L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant.

Jean-Pierre Renouard

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

Sam 30 novembre 2019  / Christian Labourse +19 Novembre 2019 

En la fête de la st André, près de 200 personnes se sont retrouvées en la chapelle du Berceau pour marquer par la célébration de l’Eucharistie présidée par l’Evêque, Mgr Nicolas Souchu, la mémoire du Curé, du Supérieur et Recteur.

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué sa mémoire,  L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant. On ne vit bien que par une appartenance fondamentale qui colore toute la vie. André sera ‘disciple – missionnaire’. Selon une autre tradition, c’est lui-même qui aura la joie d’appeler Pierre son frère à devenir le roc de tous. Ils forment très vite une équipe tout à la disposition de l’homme de Galilée. Ils inaugurent une histoire qui ne finit pas de s’écrire individuellement et à plusieurs. Chacun est appelé, s’engage et en appelle d’autres, quitte à changer de projet et de vie.

C’est ce qui est advenu dans les années 50 à un petit garçon, dans une école alors grouillante de vie, à deux pas de cette chapelle, et qui a voulu se mettre tout entier, le temps, la réflexion et la prière aidant, à la disposition de ce même Jésus. Né à Hossegor, dans sa nombreuse fratrie dont Bernard, recevra aussi l’appel pour s’arrimer au diocèse de Périgueux, Christian s’attachera avec fougue à Jésus-Christ pour toujours. Il fut vite un des élèves de l’Ecole st Joseph du Berceau dont il deviendra porte-drapeau et féroce défenseur ; et Il se reconnaissait volontiers dans les vitraux de l’Oratoire de son école passant du Berceau à Notre-Dame du Pouy, puis à st Lazare, rêvant des rivages lointains et réalisant son existence sacerdotale dans son Sud-Ouest natal, au gré des évènements et des placements de ses supérieurs. Nos pas se sont croisés au matin du 17 octobre 1955 dans cette maison inoubliable de Dax pour tisser un filet que la même Obéissance nous invitait à réparer sans cesse. La liste des maisons et des charges reçues nous rappelle son curriculum vitae. Je ne veux qu’évoquer son profil à grand traits : au fil des ans et de la sagesse, l’homme est devenu joyeux, rieur, chantant, landais, humain, proche, sensible, et pour résumer, passionné, mais surtout fou de Dieu, ancré dans une vie de prière forte et d’une régularité sans faille. Sa piété était exigeante mais souvent appelante pour les jeunes.

L’appel ? Il nous invite à regarder Christian autrement. Dans cet oratoire du Berceau ou dans quelque pièce de l’école, il a entendu l’Evangile et les écrits du Nouveau Testament résonner en lui « à la missionnaire »  et il a sûrement écouté avec attention ce passage de l’épître aux Romains lu en cette fête de l’apôtre. Des prêtres et ses frères lazaristes de mérite et de vertu – je le sais – l’ont appelé ; il a entendu. Il a appris à prononcer le nom de Jésus, il a multiplié les actes de foi, il a cru en la Résurrection…Il a reçu le beau présent du salut. Ce qu’il a vécu, il a voulu que d’autres le goûtent et le fasse leur. O Christian, qui pourra dire combien tu fus tendu par l’image du Bon Pasteur. Combien de brebis tu as chargé sur tes épaules ! Avec quelle application tu leur as appris le nom de Jésus !

Deux images se croisent plutôt en moi quand ton souvenir me rejoint : tes après-midi passés en visites et tes presbytères toujours ouverts, toi prêt à l’accueil et au dialogue. C’était ta marque de fabrique et tu mettais volontiers en route l’insistance de st Paul VI, notre pape de jeunesse ardente : « L’Eglise se fait conversation ». Tu étais généreux. Tu avais pris en compte ce que st Vincent mettait au compte des vertus fondamentales le zèle, et quand je te voyais faire, je pensais à sa consigne : « Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme…Le zèle est ce qu’il y a de plus pur dans l’amour de Dieu » (XII, 307). A la suite d’autres, je souhaiterai insister aussi sur cette autre valeur sûre de Monsieur Vincent que tu as si souvent mise en pratique, ta charité. Tes presbytères se faisaient plus qu’accueil, ils étaient dortoir, salle à manger… Tu excellais d’achever, d’aller jusqu’au bout de ce que tu avais commencé. Tu savais que « la foi naît de ce qu’on entend, l’annonce de la Parole ». Alors tu as parlé de toutes les manières et tu as accompagné chacune et chacun jusqu’à son terme. Pour ces compagnonnages, merci.

Ta Passion fut longue et lourde. Mais quelle ultime prédication. Il ne se peut que tant d’offrandes consenties soient fructueuses… Je retiens ta force, don de l’Esprit mais je me plais à souligner que tu as souffert et mené le dernier combat, entouré, veillé, soutenu jusqu’au bout. Tel fut ton désir. Tel fut le choix de tes frères et de tes sœurs en st Vincent. Quel noble et savoureux exemple de communauté vraie et de famille vincentienne qui ne se paye pas de mots.

Enfin nous avions une amitié commune nourrie par sa canonisation, l’admiration pour st Jean- Gabriel Perboyre depuis que nous avions servi à Catus-Montgesty, son pays natal du Lot. Permets que nous achevions ton évocation qu’un chacun mènera à son terme, par la prière de st Jean-Gabriel. A bien des égards, elle te résume :

Silence…

 « Ô mon Sauveur, par Ta toute Puissance et Ton infinie Miséricorde,

Que je sois changé et transformé en Toi !

Que mes mains soient tes Mains.

Que mes yeux soient tes Yeux.

 Que ma langue soit ta Langue.

 Que mes sens et mon corps ne servent qu’à Te glorifier !

Mais surtout, transforme-moi :

Que ma mémoire, mon intelligence, mon cœur,

Soient ta Mémoire, ton Intelligence et ton Cœur !

Que mes actions et mes sentiments

Soient semblables à tes Actions et à tes Sentiments ».

 

Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840)

 

Une messe très priante….trois beaux cantiques chantés à l’unanimité …des larmes aux yeux !

 

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