Aujourd’hui, on parle beaucoup d’une crise de la foi, mais on parle peu de la crise du sentiment religieux. Et pourtant, comme le soulignent certains théologiens, le drame de l’homme contemporain n’est pas, peut-être, son incapacité à croire, mais sa difficulté à sentir Dieu comme Dieu.

Jose Antonio PAGOLA

Épiphanie du Seigneur – A (Matthieu 2,1-12). Méditation

APPRENDRE À ADORER DIEU

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’une crise de la foi, mais on parle peu de la crise du sentiment religieux. Et pourtant, comme le soulignent certains théologiens, le drame de l’homme contemporain n’est pas, peut-être, son incapacité à croire, mais sa difficulté à sentir Dieu comme Dieu. Même ceux qui se disent croyants semblent perdre la capacité de vivre certaines attitudes religieuses devant Dieu.

Un exemple clair est la difficulté de l’adorer. Dans des temps pas très lointains, il semblait facile de ressentir respect et adoration devant l’immensité et le mystère insondable de Dieu. Il est plus difficile aujourd’hui d’adorer celui que nous avons réduit à un être étrange, inconfortable et superflu.

Pour adorer Dieu, il faut se sentir créatures, infiniment petites devant lui, mais infiniment aimées par lui ; admirer sa grandeur insondable et goûter sa présence proche et aimante qui enveloppe tout notre être. L’adoration est (l’) admiration. C’est (l’) amour et (le) don de soi. C’est abandonner notre être à Dieu et rester dans un silence reconnaissant et joyeux devant lui, admirant son mystère depuis notre petitesse.

Notre difficulté à adorer vient de racines différentes. Celui qui vit intérieurement étourdi par toutes sortes de bruits et secoué par mille impressions passagères, sans jamais s’arrêter à l’essentiel, trouvera difficilement «l’adorable visage» de Dieu.

D’autre part, pour adorer Dieu, il faut s’arrêter devant le mystère du monde et savoir le regarder avec amour. Celui qui regarde la vie avec un amour qui va jusqu’au fond commencera à entrevoir les traces de Dieu plus tôt qu’il ne le pense.

Seul Dieu est adorable. Ni les choses les plus précieuses ni les personnes les plus aimées ne sont dignes d’être adorées comme lui. C’est pourquoi seul celui qui est libre intérieurement peut vraiment adorer Dieu.

Ce culte de Dieu ne s’écarte pas de l’engagement. Celui qui adore Dieu lutte contre tout ce qui détruit son «image sacrée» qu’est l’être humain. Celui qui adore le Créateur respecte et défend sa création. Adoration et solidarité, adoration et écologie sont intimement liées. Nous comprenons bien les paroles du grand scientifique et mystique Teilhard de Chardin : «Plus l’homme se fait homme, plus il éprouvera le besoin de l’adorer».

Le récit des Mages nous offre un modèle d’adoration authentique. Ces sages savent regarder le cosmos jusqu’au fond, saisir les signes, s’approcher du Mystère et rendre leur humble hommage à ce Dieu qui s’est incarné dans notre existence.

Traducteur: Carlos Orduna

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