175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Près de 150 personnes avaient pris place dans la chapelle Notre-Dame de grâce, ce 2 mars, dans la rue Fondary pour la célébration du deuxième jour du triduum des 175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Bernard Massarini

175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Près de 150 personnes avaient pris place dans  la chapelle Notre-Dame  de grâce, ce 2 mars, dans la rue Fondary pour la célébration du deuxième jour du triduum des 175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul.

9 prêtres entouraient le Père  provincial de France et le provincial d Afrique de l’Ouest et moi-même ainsi que deux servants de messe pour la procession d’entrée. Célébration simple animée par un chœur qui favorisait l’action de grâce.

Dans son homélie, le père provincial nous a rappelé que l’appel à la charité était le chemin ordinaire du disciple de Jésus, qu’un chrétien sans charité est une personne sans cœur, un chrétien en peinture selon les dires de Monsieur Vincent : « …Tous les hommes composent un corps mystique ; nous sommes tous membres les uns des autres. On n’a jamais ouï qu’un membre, non pas même dans les animaux, ait été insensible à la douleur d’un autre membre ; qu’une partie de l’homme soit froissée, blessée ou violentée, et que les autres ne s’en ressentent pas. Cela ne se peut. Tous nos membres ont tant de sympathie et de liaison ensemble que le mal de l’un est le mal de l’autre. A plus forte raison, les chrétiens, étant membres d’un même corps et membres les uns des autres, se doivent-ils de compatir. Quoi ! Être chrétien et voir son frère affligé, sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! C’est être sans charité ; c’est être chrétien en peinture ; c’est n’avoir point d’humanité ; c’est être pire que les bêtes » (XII, 271). Il souligne que pour Jean-Léon Le Prevost, fondateur de leur Congrégation, aidé de Maurice Maignen et Clément Myionnet, cette charité est la marque de leur vie.  Ce 2 mars étant l’anniversaire de la première journée de patronage, le Père provincial nous a cité les impressions des premiers Frères face à des enfants  vivant dans une pauvreté repoussante, grossiers et indisciplinés. Guidés par la foi, embrasés de l’amour du Christ, ils vont déplacer des montagnes. Ainsi va naître la Congrégation des Religieux de st Vincent de Paul, composée de frères laïcs que des prêtres viendront rejoindre par la suite.

Tous après avoir rendu grâce avec Marie sont invités  à rejoindre une salle où nous attend un apéritif dinatoire et où vont se retrouver avec les Religieux de plusieurs nationalités, des fidèles de la chapelle et des autres œuvres RSV, des collaborateurs et amis ainsi que des animateurs des patronages.

Puis lentement nous sommes dirigés vers une des salles du patronage pour la table ronde réunissant autour de Louis Daufresne,  rédacteur en chef de radio Notre-Dame,  le frère Alexis Kleiner qui vient de rédiger le “Prier quinze jours avec Jean-Léon Le Prévost”, le R.P. Bernard Pitaud, sulpicien, spécialiste de l’École française, Laurence Munoz, vice-présidente de la Fédération Sportive et Culturelle de France à laquelle sont affiliés les patronages RSV, et Martin Choutet, co-fondateur de l’Association Pour l’Amitié connue pour son service de collocation solidaire.

L’animateur ouvre en nous rappelant que nous allons être situés au cœur du XIXe siècle et de l’émergence des questions sociales que l’Eglise aura soucis d’accompagner tant par des paroles que des œuvres. C’est le frère  Kleiner qui nous fait mieux découvrir Mr le Prévost. Son père était chef de fabrique (président du conseil économique) donc croyant et pratiquant fidèle. En cette première moitié du XIXème siècle la France sort de la tourmente révolutionnaire. On réouvre les églises au culte. Lorsqu’il se présente sur Paris, Jean-Léon Le Prevost fréquente les salons où il côtoie des personnalités telles que Montalembert et Victor Hugo. Il  rejoint le groupe de jeunes étudiants qui s’est constitué autour de Frédéric Ozanam et propose de mettre cette “conférence de la charité” sous le patronage de saint Vincent de Paul. Il s’agit de mettre la charité en œuvre pour montrer la pertinence de la foi chrétienne à la société anti-religieuse qui s’organise. Jean-Léon Le Prevost entend l’appel à se mettre au service de la jeunesse des classes ouvrières pauvres et participe à la dynamique qui mettra en œuvre les premières lois sociales les concernant en 1862. Si les enfants travaillent pour garantir les faibles économies familiales, il faut préserver leur aptitude à s’instruire. C’est donc avec l’aide de deux autres compagnons, Clément Myionnet et Maurice Maignen, qu’il fonde une Congrégation de frères et de prêtres à laquelle sont associés les laïcs pour servir et évangéliser les pauvres.

Il s’inscrit dans la dynamique de Saint Vincent de Paul comme nous le rappelle le Père Pitaud, à une époque ou la richesse était bénédiction et la pauvreté un statut social qui allait bénéficier de l’aumône pour vivre en harmonie, assuré de la providence divine. Monsieur Vincent va entendre l’appel de Jésus à se faire le proche des pauvres. Et dans la société, les pauvres vont devenir ses maîtres et ses seigneurs. Il met les dames riches à leur service et créé les Filles de la Charité pour qu’elles deviennent les “domestiques des pauvres” à l’image des riches qui ont les leurs. Il a le génie de l’organisation et répond à tous types de pauvretés (enfants abandonnés, personnes âgées, prisonniers etc…) prolongeant ainsi la mission de Jésus.

Puis Madame Munoz nous retrace l’histoire de la fédération des associations sportives et culturelles de France qui ont regroupées jusqu’à 4500 patronages. Nées dans l’après-guerre, elles visent à offrir aux jeunes des espaces pour se construire des personnalités fortes et harmonieuses ; elles s’inscrivent dans la dynamique du catholicisme social. Ces patronages vont progressivement se spécialiser dans les activités sportives devenant des clubs attractifs porteurs d’un projet pédagogique marqué par les valeurs chrétiennes. Dans les années 1960, l’épiscopat mettra davantage l’accent sur les mouvements d’action catholique, ce qui aura pour conséquence la perte de vitesse des patronages.

Dans les années 1980 le cardinal Lustiger, pressentant la nécessité d’espaces où pourrait être présentée la foi chrétienne dans un cadre d’animation, crée la fédération des associations culturelles, éducatives et de loisirs, relançant la magnifique expérience qui jusqu’à ce jour est en grand dynamisme.

La FSCF quant à elle va choisir de retrouver ses fondamentaux en proposant une charte GPS (guide de proposition de sens)  qui lui permettra de reprendre sa mission d’éducation intégrale, sortant de la seule culture sportive qui s’était progressivement transformée en culture de la réussite au lieu d’être une culture de la rencontre.  

Enfin nous parle Mr Choutet fondateur de l’Association Pour l’Amitié connue pour ses collocations solidaires qui permettent à des personnes à la rue de retrouver un lieu de vie en compagnie de personnes insérées en recréant des espaces de confiance et renouant le tissu social défait par la vie errante.

Depuis peu cette association développe aussi des repas partagés les dimanches dans 7 paroisses parisiennes permettant aux personnes seules de vivre leur déjeuner du dimanche autrement, et des sorties de tourisme culturel ou spirituelles associant des personnes en difficulté avec d’autres membres de communautés chrétiennes. Martin Choutet rappellera que malgré le droit au logement reconnu pour toute personne humaine nous avons en France 50.000 personnes qui chaque soir dorment en hôtel et de nombreuses personnes déplacées qui vivent en grande précarité aux portes de nos villes.

Suit un débat qui fait ressortir que les patronages sont une institution dynamique, 2 par an sont créés à Paris. Ils répondent en même temps aux besoins des familles surchargées dans les rythmes de travail et sont des lieux de transmission de la culture (apprentissage des règles de la vie commune) et spirituelle (transmission du message chrétien). Sollicité pour nous résumer l’héritage de Mr le Prévost, le frère Kleiner nous parle de la bienveillance qui devra toujours caractériser quelqu’un désirant s’engager dans ses pas. Cette qualité permet de découvrir en chacun la perle rare dont il est porteur et qu’il peut offrir à tous pour la construction d’une société fraternelle. Faisant en sorte que le Royaume de Dieu dont Jésus s’est fait le propagateur puisse se déployer.

Les derniers mots reviendront au supérieur général qui présentera les novices qui vont continuer à porter le charisme et remercie tous les coopérateurs rappelant que la congrégation désormais présente aussi au Canada, en Afrique et au Brésil va continuer à déployer ces splendides intuitions qu’ont su porter des chrétiens en période troublée.

 

LIEN IMPORTANT : https://www.paris.catholique.fr/pelerinage-pour-les-175-ans-des.html

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