L’eau d’un puits... Nous voilà à l’évangile de ce jour. Arrivé près de la ville de Samarie, là où Dieu avait promis à Abraham de donner la terre à sa descendance, Jésus, à l'heure la plus chaude de la journée, s’assoit au bord du puits creusé par Jacob.

Jean-Daniel PLANCHOT CM

Homélie. 3e dimanche de carême – Jn 4, 5-42. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

L’eau d’un puits… Nous voilà à l’évangile de ce jour. Arrivé près de la ville de Samarie, là où Dieu avait promis à Abraham de donner la terre à sa descendance, Jésus, à l’heure la plus chaude de la journée, s’assoit au bord du puits creusé par Jacob. Mais c’est Dieu, dans la personne de son Fils qui a pris chair de notre chair, qui demande ici à boire, plus exactement à une femme de Samarie, c’est-à-dire une idolâtre, païenne pour les juifs : « Donne-moi à boire ». Jésus a soif. Non pas de l’eau de ce puits mais de la soif de cette femme, la soif d’être aimée et sauvée. Au cœur de leur dialogue, il lui demande : « Va chercher ton mari ». Sans se dérober, elle lui répond : « Je n’ai pas de mari ». Alors, avec douceur, Jésus la remet devant la vérité : « tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari ».

Autrefois, après avoir dévastée la Samarie, les Assyriens envoyèrent cinq peuplades païennes pour la repeupler, chacune emmenant son idole dans ses bagages. Au total sept dieux (2 R 17, 24-31).

Jésus, qui arrive symboliquement après les cinq maris et le sixième homme de cette femme qui incarne le manque qui l’habite, se manifeste ainsi comme le seul capable de combler en plénitude sa soif d’être aimée. Lui le Messie d’Israël, il vient prendre la place de ces sept divinités qui avaient pris possession de cette terre de Samarie et se révèle ainsi le Sauveur de tous les hommes.

En Jésus, l’heure du salut vient et même elle est là, cette « heure où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Le salut apporté par Jésus consiste à nous ouvrir à nouveau l’accès vers Dieu, Source de vie. Voilà le contenu de la nouvelle Alliance que Jésus scellera en son sang sur la Croix. Désormais le lieu de l’adoration de Dieu n’est plus lié à telle ou telle montagne mais il est constitué par la communauté des disciples qui forment le corps mystique du Christ ressuscité.

Cette communauté des disciples, n’est pas close. Elle est ouverte à l’infini à tous ceux qui, dans le sillage de la Samaritaine et de ceux qui grâce à son témoignage se sont convertis, ont reconnu en Jésus, non seulement le Messie, mais « le Sauveur du monde » et qui espèrent en l’accomplissement de l’œuvre de salut de Dieu en chacune de leurs vies et en celle de tout homme. Pourtant, force est de constater combien il nous est difficile de demeurer en esprit et vérité dans cet amour de Dieu qui nous conduit à l’adorer. Notre esprit personnel de transgression nous rattrape malheureusement bien vite et la soif de cet amour dont nous gardons au plus profond de nous-mêmes la nostalgie, auprès de combien de puits d’eaux frelatées allons-nous tenter de l’apaiser !

Mais là encore, Jésus nous rejoint. Il nous attend, il nous attend au bord de ce puits où nous venons, comme la Samaritaine, étancher notre soif de vie, d’amour, de bonheur. Il nous voit arriver de loin et il nous accueille par cette parole déconcertante : « Donne-moi à boire ». Pour ne pas nous humilier dans notre désolation, il se fait mendiant. Il demande à boire à sa créature, pourtant c’est elle qui a tout à recevoir de lui. Alors arrive le constat que la seule chose que nous puissions lui donner et qui nous appartienne vraiment c’est notre péché. Serait-ce cela le merveilleux échange qui s’opère sur la croix lorsque prenant sur lui notre insignifiance, notre faiblesse, notre péché, Jésus nous donne en retour la vie éternelle, eau et sang jaillis de son cœur transpercé ?

« Seigneur, durant ce temps de Carême, donne-nous d’espérer ta présence à mes côtés dans tous nos déserts. Montre-nous auprès de quel puits de nos soifs tu viens t’asseoir pour nous demander à boire. Notre Sauveur, merci d’accueillir notre misère et notre insignifiance. La victoire de ta vie a triomphé de toutes nos morts. Bénis sois-tu ! »

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