“Voici, je fais toutes choses nouvelles” (Apocalypse 21, 5) Message du Supérieur Général, à tous les confrères de la Congrégation de la Mission

En cette période de grande souffrance, conséquence de la pandémie COVID-19, tant de personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles, peut-être, des membres de famille, des amis et des personnes que nous avons connues et servies. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont été infectés par le coronavirus.

Tomaz Mavric

“Voici, je fais toutes choses nouvelles” (Apocalypse 21, 5) Message du Supérieur Général, à tous les confrères de la Congrégation de la Mission

A tous les confrères de la Congrégation de la Mission Mes chers confrères, Que la grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

“Voici, je fais toutes choses nouvelles” (Apocalypse 21, 5)

En cette période de grande souffrance, conséquence de la pandémie COVID-19, tant de personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles, peut-être, des membres de famille, des amis et des personnes que nous avons connues et servies. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont été infectés par le coronavirus. De nombreuses familles et communautés souffrent de la perte d’un être cher, de la perte de leur travail, de la perte de leur paix intérieure, à cause de la maladie, du confinement, de l’isolement de la société et des inquiétudes concernant l’avenir.

Je voudrais, en ce moment, avec ces simples lignes, atteindre le cœur de chaque Province, Vice-Province, Région, Mission Internationale, le cœur de chaque communauté et de chaque confrère de notre Petite Compagnie, où que vous servez, où que vous soyez maintenant, nos confrères-évêques du monde entier, et les confrères qui, pour une raison ou une autre, vivent en dehors de la communauté CM, beaucoup d’entre eux seuls.

Notre Fondateur, Saint Vincent de Paul, a exprimé un jour avec tant d’émotion, je pourrais même l’imaginer avec les larmes aux yeux : ” Que j’ai peine de votre peine [1]! “. Ce sont ces mots que je voudrais répéter aujourd’hui à chacun d’entre vous, chers confrères, ” Que j’ai peine de votre peine ! “. Nous portons les peines des uns et des autres.!

Cependant, en cette période de grande peine, notre proximité spirituelle, émotionnelle et mentale les uns avec les autres au sein de la Congrégation a atteint des proportions extraordinaires vis-à-vis de tous ceux que chacun d’entre nous porte dans son cœur et ceux que nous servons.

Approfondissons notre vie de prière. Grandissons dans l’ouverture les uns envers les autres. Intensifions notre recherche de solutions communes à la situation dramatique que nous sommes en train d’expérimenter en tant qu’individus, communautés, famille, pays, continents et monde.

Nous sommes profondément reconnaissants au personnel médical qui, jour et nuit, se bat pour la vie de milliers et de milliers de nos frères et sœurs dans le monde entier. Nous sommes profondément reconnaissants au Pape François, aux évêques, aux prêtres, aux frères, aux diacres, aux sœurs, à toutes les personnes consacrées et aux laïcs. Grâce à de merveilleuses initiatives, toutes ces personnes restent en contact les unes avec les autres, avec les malades, les abandonnés, les sans-abri, les communautés paroissiales, les autres groupes ecclésiaux et les diocèses, en aidant les personnes dans leurs divers besoins matériels, émotionnels, psychologiques et spirituels.

Nous saluons vivement les autorités gouvernementales nationales et locales, la police, les fonctionnaires et les nombreux bénévoles qui sont engagés dans cette bataille.

Vous, chers confrères, êtes certainement aux premières lignes dans beaucoup de ces domaines, un confrère de plus dans un domaine, un autre de plus dans un autre, mais je suis convaincu que chacun d’entre nous essaie de faire de son mieux. Je vous en remercie du fond du cœur !

Nous savons que, tout en faisant le bien, nous devons être attentifs à suivre les prescriptions et les directives qui nous sont données par les dirigeants gouvernementaux et les autorités sanitaires, pour le bien de tous, pour ceux qui sont servis, ainsi que pour ceux qui servent. Néanmoins, cela ne nous empêche pas d’être inventifs et de voir ce qui davantage peut être fait pour nos frères et sœurs, en les aidant dans l’esprit de notre Fondateur, de manière holistique, dans les domaines où ils sont actuellement le plus dans le besoin.

Cela fait également partie de notre charisme d’impliquer les autres dans les initiatives que le Christ nous inspire de réaliser. Agissons ensemble comme des confrères avec d’autres membres de la Famille vincentienne, ainsi qu’avec d’autres collaborateurs.

En ce moment, nos pensées vont également au-delà du temps présent vers la période où la pandémie de coronavirus sera en grande partie terminée. Tant de personnes ressentiront les conséquences dramatiques de ce que l’économie mondiale vit à cause de ce virus.

Alors que nous continuons à approfondir notre vie de prière, individuellement, en tant que communauté, en tant que congrégation, en nous soutenant les uns les autres, en soutenant les personnes que nous servons, nos familles et nos amis, au milieu de toute cette souffrance, cette insécurité et cette lutte, les paroles de Jésus tirées du livre de l’Apocalypse deviennent si consolantes et édifiantes pour nous-mêmes et pour les autres : “Voici, je fais toutes choses nouvelles”.

En ce moment, j’invite chacun d’entre nous à réfléchir à ces paroles du Christ qui touchent tous les coins de notre être intérieur, tout ce que nous sommes, tout ce que nous pensons, tout ce que nous faisons. Jésus nous dit, en d’autres termes : Je suis toujours en mouvement… Je vais toujours de l’avant… J’avance toujours pour le mieux. Je fais toujours des choses nouvelles pour vous, pour chacun, pour chaque communauté, pour la Petite Compagnie, pour tous nos proches, pour toutes les personnes que nous servons, pour les Pauvres.

C’est dans ce temps de grâce spécifique qui nous a été donné que nous sommes également invités à réfléchir, à prier et à méditer ce que fait Jésus par ses paroles. “Je fais toutes choses nouvelles” signifie pour moi personnellement, pour ma communauté, pour la Petite Compagnie. Cette pandémie a touché la vie, le cœur et l’esprit de la plus grande partie de l’humanité. Nous sommes invités et appelés à voir la réalité présente également à travers les yeux et le cœur de Jésus, à faire totalement confiance à la Providence pour que, de cette réalité bouleversante dans laquelle nous vivons, quelque chose de bon, de positif et de meilleur surgisse, alors que Jésus continue à marcher dans le monde en faisant toutes choses nouvelles !

Chers confrères, à la Curie générale, nous avons reçu des emails, des appels téléphoniques, des messages WhatsApp de votre part et des communautés, nous faisant part de la réalité dans laquelle vous vivez, de votre état de santé, de l’état de santé des personnes que vous servez. Nous vous sommes très reconnaissants pour toutes les nouvelles de votre part, où que vous soyez dans le monde et nous vous incluons dans nos prières, dans l’Eucharistie.

Chers confrères, une fois de plus, à tous, je dis MERCI de tout cœur. Accompagnons le Christ à travers le monde dans notre esprit, notre cœur et notre corps, Lui qui ne cesse de faire toutes choses nouvelles.

 

[1] Pierre Coste, Saint Vincent de Paul: Correspondance, Entretiens, Documents, Paris, Librairie Le Coffre, 1920, Tome I, page 142.

 

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia.

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia. Dorothy c’est tout un symbole : religieuse missionnaire, éliminée par le lobby des latifundios, elle s’opposait à la destruction de la forêt et défendait les petits paysans qui voulaient vivre en harmonie avec leur « Mère Terre ». Je la connaissais pour avoir travaillé pendant vingt-ans dans la même région.

 

Dans Querida Amazonia, François nous fait part de ses quatre rêves : le social, le culturel, l’écologique et l’ecclésial. Il s’inspire de l’exemple de Dorothy et de tant de martyrs d’Amérique latine qui ont et continuent à donner leurs vies pour les peuples d’Amazonie. Les rêves de François ne seraient qu’une utopie de plus s’ils n’avaient été vécus et expérimentés au sein des communautés et marqués du sceau du sang des martyrs !

 

Dorothy n’imaginait point pouvoir défendre les paysans sans terre, sans valoriser leurs racines culturelles, souvent méprisées par des relents de racisme. Cohérente avec ses choix, elle partageait les conditions de vie frugale et d’insécurité des petits paysans, elle en paiera le prix fort. Le souci de la Terre-Mère nourricière, dont il faut protéger la biodiversité, était l’expression la plus affirmée de sa mystique. Les communautés ecclésiales de base étaient son Eglise vivante et la forêt son couvent bien aimé. Son choix prioritaire des pauvres illuminait son doux regard qui ne cessait de révéler l’Amour du Père et de son Fils pour les exclus. Les dimensions sociale, culturelle et écologique se rejoignaient, portées dans un même fleuve de vie. Dorothy rêvait oui, trop peut-être, pour croire en l’humanité.

 

A son tour, François nous a surpris en joignant sa voix prophétique aux grands poètes d’Amérique Latine. Il nous invite à ouvrir les yeux du cœur pour comprendre les défis et les enjeux qui attendent ceux qui veulent sauver cette Querida Amazonia. Les quatre rêves sont ceux de Dorothy et de ceux qui, au cœur de l’Amazonie, s’opposent à son pillage. L’appât du gain entraine la disparition des communautés autochtones et de leur environnement. Pollution des fleuves et mort de la faune en sont les conséquences dramatiques.

 

Sans respect des traditions et croyances ancestrales des tribus indigènes, des pasteurs évangéliques s’emploient à les civiliser en les convertissant. Anesthésiés par la louange importée, ils deviennent des proies faciles aux mains de trafiquants sans scrupules. La théologie de la prospérité a remplacé la théologie de la Libération. Toutes les formes d’esclavage font leur apparition.

 

Les ressources sont prospectées par une classe de privilégiés qui, au nom du progrès, s’arroge tous les droits y compris celui de supprimer les gêneurs. Périodiquement des responsables syndicaux, des défenseurs de l’environnement, des chefs de peuples indigènes sont froidement assassinés. L’impunité est totale dans le nouveau régime, élu par ceux qui rêvaient d’un Messie rétablissant les valeurs chrétiennes contre le péril du socialisme versus Venezuela !

 

François, dans un cri prophétique, dénonce les injustices et les crimes permanents. Au paragraphe 19, il écrit : J’ai honte et « je demande humblement pardon pour les crimes contre les peuples autochtones… ». En réponse, le président du Brésil l’accusera de vouloir s’approprier l’Amazonie qui ne serait pas cette terre querida (chérie) qu’il faut protéger, mais un trésor qu’il faut exploiter pour faciliter les progrès économiques du Brésil. Ils profiteront comme toujours aux élites et jetteront dans la misère des milliers d’infortunés, expulsés de leurs terres ! L’histoire a la manie de se répéter !

 

Il reste une surprise dans le dernier chapitre, due à une attente frustrée. Où sont donc passés les « Viri probati », « la proposition d’un rite amazonien », « l’officialisation des ministères féminins » ? L’espérance était grande après les audacieuses propositions faites au Synode du mois d’octobre ! Mais voilà, François a décollé de la réalité et s’est mis à rêver !

 

Les conservateurs crient victoire. Le Pape nous a écouté ! Le camp adverse qui pensait en finir avec la loi du célibat et entrer dans l’histoire ne cache pas sa frustration. Comme nous venons de le voir, l’urgence en Amazonie n’est pas la question des Viri Probati, ni celle de la question de nouveaux ministères. Les communautés n’ont pas attendu le Synode pour s’organiser, elles le font depuis la Conférence de Medellin en 1968.

 

Mauricio Lopes, secrétaire exécutive du Reapam (Rede Eclesiástica Panamazônica) écrit : Les prêtres mariés et les femmes diacres, sont deux thèmes qui distraient et réduisent l’ampleur du synode et dévient le regard de l’objectif principal : dénoncer l’extractivisme destructeur qui graduellement réduit à néant le poumon du monde… D’un côté, il y a un conservatisme qui prétend que rien ne doit changer dans le modèle de l’Eglise. Et de l’autre, des groupes qui ne vivent même pas en Amazonie, mais assument une position idéologique qui ne représente pas les nécessités de notre territoire.

 

François n’est pas tombé dans le piège de fausses solutions et d’autre part, il ne ferme aucune porte. Il invite l’Eglise à changer son regard et nous interpelle par une approche différente de la réalité, qui permet de dépasser les clivages et les différences. Les connaisseurs retrouveront sa méthode : devant deux positions contraires, il faut trouver une troisième voie qui ne fait ni vainqueurs ni vaincus. Attentifs aux appels de l’Esprit, les uns et les autres trouvent alors un consensus qui surpasse les clivages et permet de s’investir sur un nouveau projet ecclésial !

 

Dorothy avait résolu la question en s’attaquant au vrai problème. Il est heureux que le jour de la publication de l’exhortation, tous puissent se souvenir que la bonne piste se trouve sur celle ouverte par les Dorothy de l’Amazonie et non dans les laboratoires théologico- pastoraux. François l’a compris et il invite l’Eglise en Amazonie à poursuivre sa recherche.

 

Mais petit problème : Dans le rêve ecclésial, il y a un aspect qui pourrait devenir un cauchemar ! Ghislain Lafont, théologien renommé, écrit : Il me parait, pourtant, quand on parle du sacerdoce à partir de ce qui lui est spécifique et que l’on cherche cette spécificité seulement dans le pouvoir du sacerdote sur les sacrements, qu’il ne soit pas possible de réaliser une Eglise d’Amazonie, humaine et eucharistique ; on court le risque de la maintenir dans un régime clérical… Les numéros 87-90 de Querida Amazonia ne semblent pas avoir accueilli ce que le Concile Vatican II avait dit sur le sacerdoce. Comment sortir de cette impasse ? (Article publié dans Settimana News, 26. 02. 2020)

 

Le rappel du rôle irremplaçable, et qui ne peut être délégué, du prêtre pour la célébration de l’Eucharistie semble bloquer toute innovation. Et pourtant, ne peut-on pas imaginer une nouvelle approche des ministères ! Tant d’études et de publications après le Concile Vatican II semblent être tombées dans les oubliettes des forteresses cléricales !

 

Pour avoir passé plus de trente années en Amazonie, je sais que la solution des Viri Probati était illusoire. Au Brésil, il existe cinquante mille communautés sans prêtres. Faut-il en ordonner pour certaines et pas pour d’autres ? La suggestion était de choisir des diacres permanents qui eux n’habitent que les grandes villes ! François a flairé le danger. Cette solution ne résolvait rien, au contraire elle aurait eu pour effet de renforcer le cléricalisme. Le prêtre ne chasserait-il pas la plupart des femmes animatrices des communautés qui jusque-là n’aurait rempli qu’un rôle de suppléance !

 

Fallait-il instituer un ministère propre aux femmes ? Débat. Les ministères ne pouvaient se penser qu’en relation avec le ministère sacerdotal et le pouvoir qui lui est attaché. La femme aurait ainsi un rôle propre à sa condition ne conduisant jamais à des responsabilités qui ne peuvent être assumées que par des hommes. Le Il n’y a plus ni homme ni femmes de Galates 3, 28) étant renvoyé aux calendes grecques des agendas de la dogmatique !

 

Il est sage que François n’ait pas voulu toucher au système, conscient qu’il ne servirait à rien de mettre un tissu de secours sur un vieux. A vin nouveau outre neuve ! Le seul modèle que nous connaissions étant le clérical, il faut chercher une autre voie si nous voulons éviter de cléricaliser tous ceux qui accèdent à des ministères ou à des fonctions dans l’Eglise. En dépouillant la fonction sacerdotale de sa carapace cléricale, à l’exemple du Christ qui s’est dépouillé de sa forme de Dieu sans perdre sa divinité (Ph 2, 6-11), nous retrouverions le sens de la fonction sacerdotale que décrit la lettre aux Hébreux. Une piste sûre.

 

L’Amazonie n’a pas besoin de prêtres sacrificateurs mais de missionnaires qui se sacrifient à l’exemple de Dorothy. Ordonner des hommes mariés pour pallier au manque de ministres ordonnés peut réduire et la fonction sacerdotale et l’eucharistie qui ne devrait pas apparaître comme la propriété exclusive du ministre ordonné. C’est dans participation active de toute la communauté, expérimentée déjà dans les célébrations de la Parole, qu’il est possible de trouver la fonction de l’Eucharistie, parfois vécue comme un bel acte de dévotion auquel nous aurions la grâce de participer.

 

François laisse cependant une porte ouverte. Il fait un retour sur l’expansion de la foi chrétienne qui est sortie de la matrice juive et a su s’incarner dans les cultures gréco-romaines et acquérir sur son passage différentes modalités. De façon analogue, en ce moment historique, l’Amazonie nous met au défi de surmonter des perspectives limitées…pour chercher des voies plus larges et audacieuses d’inculturation.

 

Autant dire que Pierre laisse maintenant agir Paul pour qu’il ouvre l’Evangile aux Peuples d’Amazonie, libérés des lois et des exigences de la culture européenne. Un chantier attend l’Eglise en Amazonie. Viser juste, c’est écouter les Dorothy qui sont sur le terrain. L’Eglise changera quand les hommes ne seront plus les seuls à gouverner et à protéger leurs privilèges !

 

P. François Glory en ce 1er mars 2020

 

Date du Décès du père Ernesto Cardenal, prêtre, politique et poète. L’âme du Nicaragua

Pour poursuivre la réflexion je recommande la lecture du dernier n° 232 « Le Monde de la Bible ». Il fait une étude sur Le Prêtre des polythéismes au christianisme.

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“Akamasoa” Argentine. Le projet argentin cherche à sortir les personnes pauvres de la pauvreté en leur donnant la dignité

Selon le prêtre missionnaire argentin Pedro Opeka, la misère n’est pas un mauvais sort, mais le résultat d’une perte de souci social des responsables politiques qui tournent le dos à leur propre peuple. Au début du XXe siècle, la patrie du Pape François était le “grenier du monde” avec une immense production qui représentait la moitié de celle de l’Amérique Latine.

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“Akamasoa” Argentine. Le projet argentin cherche à sortir les personnes pauvres de la pauvreté en leur donnant la dignité

ROSARIO, Argentine – Selon le prêtre missionnaire argentin Pedro Opeka, la misère n’est pas un mauvais sort, mais le résultat d’une perte de souci social des responsables politiques qui tournent le dos à leur propre peuple.  Au début du XXe siècle, la patrie du Pape François était le “grenier du monde” avec une immense production qui représentait la moitié de celle de l’Amérique Latine.

Des dizaines d’années de mauvaise gestion ont conduit à une situation de grande pauvreté en Argentine, qui a désormais plus de 4500 bidonvilles et de logements illégaux dans le pays. Environ 35% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec 50% d’enfants de moins de 18 ans pauvres.  

Confronté à cette réalité, Gaston Vigo, un jeune catholique chrétien de 30 ans, a lancé Akamasoa Argentine, Plus d’humanité.

Akamasoa est le nom de la ville construite par Opeka qui aujourd’hui héberge plus de 30.000 personnes à Antanarivo, Madagascar où le prêtre missionnaire a servi depuis un demi-siècle.

Cette ville a été constituée de 5000 maison sans compter les écoles, les hôpitaux, les terrains de jeux, et même un petit stade où il dit la messe pour des milliers de personnes chaque dimanche.

Vigo lui a rendu visite en 2018 pour essayer de comprendre sa méthode. Il a travaillé avec CONIN, une ONG argentine, qui essaie de lutter contre la malnutrition chronique en Argentine. 

« Je suis venu à Madagascar avec le rêve de demander à Pedro de nous partager le concept d’Akamasoa en Argentine, lui expliquant que son travail nous était nécessaire, avec son intuition d’aider sans assister » nous a dit Vigo au téléphone. « Akamasoa consiste dans l’aide pour que le pauvres tiennent debout afin qu’ils ne vivent plus à genoux ». 

“Akamasoa Argentine est né d’une profonde émotion à cause de la peine de savoir qu’il y a beaucoup de monde qui sont abandonnés”, dit-il. « J’ai souvent dit que l’Argentine n’est pas quelque chose que nous avons hérité de nos parents, mais quelque chose que nous allons léguer à nos enfants. Mais qu’allons-nous leur laisser ? Un pays avec 134.000 personnes mourant de faim dans les 70 prochaines années ? Un pays avec 60% d’enfants pauvres? Un pays ou 50% d’entre eux ne finissent pas le lycée?”

Vigo a vécu longtemps à Akamasoa à Madagascar où il dit qu’il est devenu “humble” parce qu’il a été impressionné par la transformation de la décharge municipale où  a maintenant été construire “la ville de l’amitié”, transformant “l’enfer de la faim en une oasis d’espérance”.

Lorsqu’il est rentré en Argentine, il a rencontré la fondation Mas Humanidad (Plus d’Humanité) qui dirige les trois centre CONIN qui luttent contre la malnutrition des jeunes en proposant des ateliers et des séminaires pour adultes, avec la philosophie : faire tout son possible pour aider les autres à sortir de la pauvreté.

“J’ai rejoint les équipes de cette organisation, qui a déjà des structures, des ressources humaines et la même vocation de servir les autres », dit Vigo. Ce fut la naissance d’Akamaso-Argentine, Plus d’Humanité, un organisation qui aujourd’hui aide 600 personnes en essayant de créer le même oasis d’espérance qui a été fondé à Madagascar.

“Comment n’aurions-nous pas essayé de faire cela en Argentine, dans ce qui fut dans le passé le phare de l’Amérique Latine ? » dit Vigo.

La crise générée par le coronavirus a changé le travail d’Akamasoa Argentine, aller au service des personnes au lieu de les voir venir dans les centres, solliciter de l’argent au lieu de la nourriture aux donateurs, réduire les mouvements. Mais toujours travailler sur les chapeaux de roues, aidant 195 enfants de moins de 5 ans qui sont dénutris et auront des retards de croissance s’ils ne reçoivent pas d’aide.

Vigo et Opeka sont demeurés fermés, mais en contact permanent par WhatsApp. Le laïc a mis au courant le prêtre du progrès fait dans la petite région de Lima, dans la banlieu de Buenos Aires, où est basé le projet, avec les premières maison déjà construites par les familles elles-mêmes, comme cela se fait à Madagascar.

« Pedro a une façon de conduire le projet incroyable, très humble, très humain, nous disant que nous devons trouver notre identité et que même s’il y a peut-être des choses que nous pouvons reproduire, nous devons trouver nos propres solutions aux problèmes complexes qui naissent quotidiennement » dit Vigo.

« Mais nous avons la joie d’avoir une boussole, sachant que si nous avons besoin d’eux, nous pouvons les appeler, ils ont tracé un chemin pour nous, raison pour laquelle nous avons choisi de garder le nom, sachant ainsi la direction que nous prenons, cette ville de 29.000 personnes divisés en 22 quartiers a permis à un million de personnes de sortir de l’extrême pauvreté » dit-il. « Nous prenons cette route, humblement mais aussi certains que nous pouvons le faire devenir réalité ».

L’an dernier, le Pape François a visité Akamasoa durant sa visite pastorale en Afrique. Le Pontife a dit que cette ville malgache illustre « la foi vivante » traduite en actes concrets capable de « déplacer des montagnes ». « Une foi qui rend possible de voir la chance au lieu de l’insécurité ; de voir l’espérance au lieu de la fatalité, de voir la vie au lieu de paroles de morts et de destruction, » a dit François.

Vigo dit qu’il est habité par la même foi, et Akamasoa Argentine n’aide pas seulement des familles à sortir les enfants de la malnutrition mais les aide à terminer l’école, apprendre le commerce, chercher des emplois et construire le propre voisinage avec des briques et du mortier, au lieu des abris de ferrailles et de sacs de plastiques habituels dans les bidonvilles argentins.

“La plus grande satisfaction serait de construire en cinq ans une communauté d’amis, ce qui est le sens d’Akamasoa en Malgache » continue-t-il. « Nous voulons casser le circuit de l’assistance que enferme dans la misère dans laquelle les pauvres vivent »

Vigo dit qu’il rêve d’un jour durant lequel « les aides du gouvernement ne seront pas la seule façon d’aider les pauvres, mais où il leur offrira l’éducation, l’emploi, la nourriture et la dignité ».

Akamasoa Argentina, dit-il, n’est pas un projet à durée déterminée, mais une cause –en terminer avec la pauvreté. Il ne définit pas Akamasoa comme une ONG, mais un mouvement de solidarité qui « Dieu aidant » en inspirera d’autres. « Nous avons besoin de personnes passionnées pour redonner la dignité aux autres, qui comprennent que nous ne pouvons pas être heureux tant qu’il y a des malheureux », termine Vigo.

De Crux le 20 mars 2020

 

Inés San Martín

ROME BUREAU CHIEF

Collaboration du Père Bernard MASSARINI CM

 

Photo : Des enfants posent pour une photo face la construction de la première maison du projet argentin Akamasoa (Argentine)

 

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Un « corona » pour sortir d’une addiction profonde

Ces jours-ci circulent sur la Toile, des avis comme quoi il y aura un avant et un après corona. Comme si cela allait de soi qu’une nouvelle prise de conscience de ce qu’est la vie, va déboucher nécessairement sur un style de vie radicalement différent. C’est une belle espérance mais ça risque aussi d’être une simple utopie

Vincent Goguey

Un « corona » pour sortir d’une addiction profonde

Ces jours-ci circulent sur la Toile, des avis comme quoi il y aura un avant et un après corona. Comme si cela allait de soi qu’une nouvelle prise de conscience de ce qu’est la vie, va déboucher nécessairement sur un style de vie radicalement différent. C’est une belle espérance mais ça risque aussi d’être une simple utopie.

Je suis toujours étonné de voir dans bien des situations qu’on s’en remet d’une manière quelque peu inconsciente comme si la solution allait arriver comme par enchantement avec un simple coup de baguette magique ! Après la coupe du mondial de foot en 98 tout le monde disait qu’il y aurait un avant et après mondial sur la question de la fraternité entre les différentes origines…

Que vivions nous avant l’arrivée du corona ? Nous étions dans des addictions profondes : le consumérisme, l’activisme, le matérialisme. Une obsession à l’achat compulsif. Dans ce domaine je n’ai jamais compris l’argument des financiers décrivant le chiffre d’affaire du dimanche étant essentiel à la bonne marche des commerces !!! Si j’ai vraiment besoin de quelque chose, je trouverais obligatoirement un moment pour aller le chercher, sinon c’est bien de l’ordre du superflu ! Notre société a distillé en nos esprits que pour exister, pour être quelqu’un il faut consommer ! Bienheureuse sobriété où es tu ??

Nous étions donc des addicts. Le corona nous a fait entrer en cure de désintoxication. Pendant cette cure (comme dans toute autre cure) il y a différentes réactions. La nouveauté nous fait sourire, il y a un soulagement à un rythme qui n’était plus supportable, puis il y a énervement, incompatibilité avec un nouvel ordre des choses, le manque se fait ressentir etc.

Il y a un élément absolument indispensable pour la réussite d’une cure de désintoxication : la décision par l’addict lui-même de s’en sortir ! Sans cela la cure est vouée à l’échec. Avant le corona, bien des citoyens reconnaissaient déjà qu’il fallait un changement radical de notre société. On peut espérer que ceux-là étaient dans la disposition intérieure de prendre cette décision de changer de style de vie. Mais la grande majorité n’en est pas là. Pour qu’un alcoolique décide d’entrer en cure, il faut d’abord qu’il prenne conscience qu’il est alcoolique, pour cela qu’il voit l’état déplorable dans lequel il vit et les conséquences de son addiction pour lui-même et pour son entourage. Première énorme étape. Vient ensuite l’étape du murissement de la décision de vouloir s’en sortir. Combien de fois un dépendant à l’alcool va se dire « demain j’arrête » avant d’arriver un jour à prendre enfin cette décision indispensable pour s’en sortir : « j’ai besoin des autres pour sortir de là et je dois passer par une cure ! » ?

Enfin c’est la cure, celle qui permet de reprendre gout à la vie, d’apprécier les choses simples du quotidien, réajuster les relations avec son entourage etc. Ensuite viendra la post cure : là le défi est tout aussi grand, car combien se croient guéris en sortant d’une cure et voudraient reprendre la vie comme avant ! C’est le gros piège. Un ancien addict restera à vie, dépendant. Il lui faut assumer ce statut d’abstinent qui demande une vigilance permanente.

Avec notre fameux corona, nous en sommes donc à l’étape de la cure, à la différence que personne n’a décidé par soi-même de faire cette cure. Donc le premier gros risque en sortant de notre confinement est de nous jeter sur la première bouteille qui passe, euh pardon le premier magasin ouvert ! Le risque est bien de retomber dans une frénésie d’achat et d’activités pour rattraper le temps perdu, pour se faire croire que maintenant on a repris en main notre vie et qu’on fait ce que l’on veut. Grossière erreur qui nous attend tous.

Pour que cette belle espérance évoquée au début de mon propos puisse être tant soit peu réalisable, il est absolument indispensable que durant notre période de cure, chacun d’entre nous fasse un réel état des lieux de se qu’il vivait avant, de ce qu’il découvre maintenant et de ce qu’il veut pour demain. Cet état des lieux non pas que pour soi d’une manière personnelle ou familiale mais plus largement pour l’ensemble de la société et même à l’échelle du monde puisque le pape appelle notre terre « la maison commune ». A partir de cet état des lieux quelles seront les décisions radicales nécessaires à prendre et qui demanderont des renoncement sévère (aucun alcoolique renonce avec joie à ses anciennes fréquentations qui le tiraient vers le fond, c’est un vrai combat quotidien). Quels nouveaux modes relationnels mettre en place au sein de la famille pour que ça puisse fonctionner durablement (il nous faut sortir de notre individualisme mortifère pour nous ré-ouvrir à la fructuosité d’une vie partagée.

L’espérance ne fonctionne pas comme un coup de baguette magique, elle demande de nous impliquer dans ce que nous espérons, d’y croire pleinement et d’y travailler concrètement au quotidien, alors le changement s’opérera.

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Mon chien m’aime-t-il ?

Telle est la question persistante d’un collégien à chaque fois qu’il rencontre un prêtre. Et chacun dit « non, ton chien ne t’aime pas ! »

Vincent Goguey

Mon chien m’aime-t-il ?

Telle est la question persistante d’un collégien à chaque fois qu’il rencontre un prêtre. Et chacun dit : « non, ton chien ne t’aime pas ! » Scandale et incompréhension, révolte et confrontation de la part de plusieurs d’entre eux dans cette classe de troisième. Le sujet est très délicat dans notre société si encline à s’investir dans la cause des animaux, au risque de ne plus s’émouvoir de voir nos semblables à la rue ou affamés.

Mais pourquoi donc ces prêtres s’obstinent ils à dire que les animaux n’aiment pas les humains ? C’est pourtant très clair, nous dit ce jeune, quand nos amis les bêtes nous retrouvent à la maison, ils sont tout à la joie, ils remuent la queue, nous font la fête, viennent nous faire de gros câlins et voudraient nous lécher tout le visage. Tout cela, si ce n’est pas des signes d’amour, je n’y comprends rien. Ils nous sont attachés, on peut percevoir de la fidélité de la part de certains d’entre eux qui vont jusqu’à se laisser mourir à la mort de leur maitre. Et en plus quand j’ai besoin de lui parler, il m’écoute, il me comprend, il ne me juge pas. Il sent quand je suis avec de la tristesse et il vient me consoler. Alors pourquoi donc s’obstiner à ne pas voir l’évidence, mon chien il m’aime ! D’ailleurs je peux dire que j’aime autant mon chien que ma sœur ! Elle, elle ne montre pas autant de joie quand je rentre à la maison, elle ne me calcule pas, pire elle vient régulièrement m’embêter.

Eh oui l’animal de compagnie a pris bien de la place dans la vie de nos contemporains. Au risque de mettre beaucoup de confusion. Lorsqu’on en arrive à avoir autant d’amour pour un animal que pour un semblable (et je l’ai entendu aussi par des adultes, évoquant avoir la même peine au moment du décès de leur enfant ou d’un animal !!!), il y a même des psys pour animaux, oups pardon il faut dire des comportementalistes, et on se met maintenant à fêter les anniversaires de ces charmantes bêtes. J’ai même vu une femme coupant son ostie en deux pour en donner la moitié à son petit chien ! Une réflexion est quelque peu nécessaire pour ne pas faire n’importe quoi.

Si nous disons que les animaux ne nous aiment pas, c’est pour évoquer une différence radicale entre l’animal et l’humain. Que ce soit pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, l’homme est créé à l’image de Dieu et pour cela il a insufflé son souffle de vie. Lorsque des personnes disent que les animaux nous aiment, ils projettent des sentiments humains sur ce que peuvent ressentir leurs protégés. Bien évidemment qu’il a de l’attachement, une présence très importante, un besoin affectif etc. C’est indéniable.

Il faut aussi reconnaitre que notre langue française est très pauvre en vocabulaire et un seul mot regroupe des situations très différentes. On a que ce mot amour pour dire notre lien avec les fraises, une bonne pâtisserie, un animal, un film qui nous a plu, ou encore ses enfants ou sa femme. Il est même étonnant de constater qu’il nous faut inverser des adjectifs pour dire le contraire de ce que nous disons. J’aime une personne (là il y a le max d’amour) j’aime beaucoup une personne (là c’est moins que de dire j’aime !!!). Un ami est une personne en amitié, pour dire celui qui pourrait être notre compagnon de vie on va dire « petit » ami !!! Paradoxe de la langue française.

Sur le fait qu’un animal nous comprenne, certes il peut ressentir notre émotion principale, particulièrement lorsque nous allons mal, mais de dire que c’est mon confident, il y a un fossé non franchissable. Car le propre d’un ami (humain je veux dire) ce n’est pas d’acquiescer à tout ce que dit l’ami mais c’est aussi lui faire des retours, c’est argumenter parfois par un point de vue différent pour lui faire prendre conscience d’une réalité qu’il ne voit pas. Derrière cela il y a toute la réalité du discernement, du jugement ajusté à une situation particulière.

Il faut aussi réfléchir par l’absurde. Est-ce qu’un animal est capable de faire du mal comme le font les humains ? Bien évidemment que non, car nous avons le libre arbitre qui nous donne cette terrible et en même temps passionnante aptitude du discernement entre le Bien et le Mal. Cela les animaux ne l’ont pas (ils ne se font pas la guerre, ils ne fabriquent pas d’armes). L’amour n’est pas qu’un sentiment, un affect, c’est aussi une décision. Aimer c’est être capable de donner sa vie pour quelqu’un, ça demande réflexion puis décision !

Autre aspect : nous n’avons aucune difficulté à « aimer » un animal, contrairement à nos proches qui parfois nous gonflent vraiment et… nous empêchent de respirer (alors ils te gonflent ou ils t’asphyxient ?… que de paradoxes !). Dans les évangiles, le Christ nous donne un enseignement, mieux un commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Si nous voulons avancer vers l’éternité, il nous faut « apprendre » à aimer. C’est donc bien que cela n’est pas évident. Tout l’évangile est un long apprentissage à l’amour. Donner plus de place à l’autre qu’à soi ! L’amour demande de renoncer à soi, pour permettre de faire advenir la part divine de l’autre et ainsi mieux vivre cette communion divine.

Si, aimer nos semblables étaient aussi facile que d’aimer un animal, le Christ ne l’aurait pas institué comme commandement aussi important que celui d’aimer Dieu ! « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là ! » Marc 12, 30-31.

Nous sommes entrés dans une période où l’on nivelle tout par le bas. On voudrait que tout ait la même importance. Au nom du respect de la différence, on ne supporte plus les différences ! Nous ne savons plus hiérarchiser. Il nous faut apprendre à avoir des priorités dans la vie. Oui il y a beaucoup à faire pour qu’on ne fasse pas n’importe quoi avec les animaux et c’est très bien qu’il y ait des associations de défenses des animaux. Mais que cela ne nous éloigne pas du grand défi de notre présence sur Terre : Apprendre à aimer l’autre, car plus je m’investis à le faire grandir et plus je rentre dans cette communion divine. J’ai besoin de l’autre pour avancer sur le chemin de la vie éternelle.

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