Ces jours-ci circulent sur la Toile, des avis comme quoi il y aura un avant et un après corona. Comme si cela allait de soi qu’une nouvelle prise de conscience de ce qu’est la vie, va déboucher nécessairement sur un style de vie radicalement différent. C’est une belle espérance mais ça risque aussi d’être une simple utopie

Vincent Goguey

Un « corona » pour sortir d’une addiction profonde

Ces jours-ci circulent sur la Toile, des avis comme quoi il y aura un avant et un après corona. Comme si cela allait de soi qu’une nouvelle prise de conscience de ce qu’est la vie, va déboucher nécessairement sur un style de vie radicalement différent. C’est une belle espérance mais ça risque aussi d’être une simple utopie.

Je suis toujours étonné de voir dans bien des situations qu’on s’en remet d’une manière quelque peu inconsciente comme si la solution allait arriver comme par enchantement avec un simple coup de baguette magique ! Après la coupe du mondial de foot en 98 tout le monde disait qu’il y aurait un avant et après mondial sur la question de la fraternité entre les différentes origines…

Que vivions nous avant l’arrivée du corona ? Nous étions dans des addictions profondes : le consumérisme, l’activisme, le matérialisme. Une obsession à l’achat compulsif. Dans ce domaine je n’ai jamais compris l’argument des financiers décrivant le chiffre d’affaire du dimanche étant essentiel à la bonne marche des commerces !!! Si j’ai vraiment besoin de quelque chose, je trouverais obligatoirement un moment pour aller le chercher, sinon c’est bien de l’ordre du superflu ! Notre société a distillé en nos esprits que pour exister, pour être quelqu’un il faut consommer ! Bienheureuse sobriété où es tu ??

Nous étions donc des addicts. Le corona nous a fait entrer en cure de désintoxication. Pendant cette cure (comme dans toute autre cure) il y a différentes réactions. La nouveauté nous fait sourire, il y a un soulagement à un rythme qui n’était plus supportable, puis il y a énervement, incompatibilité avec un nouvel ordre des choses, le manque se fait ressentir etc.

Il y a un élément absolument indispensable pour la réussite d’une cure de désintoxication : la décision par l’addict lui-même de s’en sortir ! Sans cela la cure est vouée à l’échec. Avant le corona, bien des citoyens reconnaissaient déjà qu’il fallait un changement radical de notre société. On peut espérer que ceux-là étaient dans la disposition intérieure de prendre cette décision de changer de style de vie. Mais la grande majorité n’en est pas là. Pour qu’un alcoolique décide d’entrer en cure, il faut d’abord qu’il prenne conscience qu’il est alcoolique, pour cela qu’il voit l’état déplorable dans lequel il vit et les conséquences de son addiction pour lui-même et pour son entourage. Première énorme étape. Vient ensuite l’étape du murissement de la décision de vouloir s’en sortir. Combien de fois un dépendant à l’alcool va se dire « demain j’arrête » avant d’arriver un jour à prendre enfin cette décision indispensable pour s’en sortir : « j’ai besoin des autres pour sortir de là et je dois passer par une cure ! » ?

Enfin c’est la cure, celle qui permet de reprendre gout à la vie, d’apprécier les choses simples du quotidien, réajuster les relations avec son entourage etc. Ensuite viendra la post cure : là le défi est tout aussi grand, car combien se croient guéris en sortant d’une cure et voudraient reprendre la vie comme avant ! C’est le gros piège. Un ancien addict restera à vie, dépendant. Il lui faut assumer ce statut d’abstinent qui demande une vigilance permanente.

Avec notre fameux corona, nous en sommes donc à l’étape de la cure, à la différence que personne n’a décidé par soi-même de faire cette cure. Donc le premier gros risque en sortant de notre confinement est de nous jeter sur la première bouteille qui passe, euh pardon le premier magasin ouvert ! Le risque est bien de retomber dans une frénésie d’achat et d’activités pour rattraper le temps perdu, pour se faire croire que maintenant on a repris en main notre vie et qu’on fait ce que l’on veut. Grossière erreur qui nous attend tous.

Pour que cette belle espérance évoquée au début de mon propos puisse être tant soit peu réalisable, il est absolument indispensable que durant notre période de cure, chacun d’entre nous fasse un réel état des lieux de se qu’il vivait avant, de ce qu’il découvre maintenant et de ce qu’il veut pour demain. Cet état des lieux non pas que pour soi d’une manière personnelle ou familiale mais plus largement pour l’ensemble de la société et même à l’échelle du monde puisque le pape appelle notre terre « la maison commune ». A partir de cet état des lieux quelles seront les décisions radicales nécessaires à prendre et qui demanderont des renoncement sévère (aucun alcoolique renonce avec joie à ses anciennes fréquentations qui le tiraient vers le fond, c’est un vrai combat quotidien). Quels nouveaux modes relationnels mettre en place au sein de la famille pour que ça puisse fonctionner durablement (il nous faut sortir de notre individualisme mortifère pour nous ré-ouvrir à la fructuosité d’une vie partagée.

L’espérance ne fonctionne pas comme un coup de baguette magique, elle demande de nous impliquer dans ce que nous espérons, d’y croire pleinement et d’y travailler concrètement au quotidien, alors le changement s’opérera.

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