La Simplicité. Réflexion d’un confiné

L’authentique simplicité conduit à une communication directe avec Dieu. Elle facilite une croissance dans la Foi, même si la Foi ne donne qu’une vision, qu’une connaissance limitée de Dieu, que nous n’avons pas encore vu face à face.

Eric Ravoux

La Simplicité. Réflexion d’un confiné

Pour commencer, une petite précision. Quand saint Vincent parle des vertus, il n’en parle pas seulement sous l’angle de la morale, comme on pourrait l’entendre encore aujourd’hui : « voyait comme cette personne est vertueuse, de bonne moralité, de bonne manière », … avec le risque que cet aspect moralisant ne soit qu’un verni, une apparence. Saint Vincent axe les vertus selon une visée plus profonde, il les voit d’abord en Dieu, en Jésus, et les prend ensuite comme modèle pour façonner tout notre être, notre manière de nous comporter, notre relation aux autres, à nous-mêmes, notre rapport aux biens, aux possessions … Ce n’est pas seulement la façade.

En parlant de la Simplicité, saint Vincent la décrit comme son évangile : « Dieu m’a donné une telle estime de la simplicité que je l’appelle mon évangile » (IX, 606).

Parlant de Dieu saint Vincent nous dit : « Dieu est un être simple, qui ne reçoit aucun autre être, une essence souveraine et infinie qui n’admet aucune agrégation avec elle ; c’est un être pur, qui jamais ne souffre d’altération. Or cette vertu du Créateur se trouve en chacune de ses créatures par communication » (XII, 172).

L’authentique simplicité conduit à une communication directe avec Dieu. Elle facilite une croissance dans la Foi, même si la Foi ne donne qu’une vision, qu’une connaissance limitée de Dieu, que nous n’avons pas encore vu face à face.

La simplicité, a rendu saint Vincent capable de voir avec les yeux du Christ, pour apprécier les événements et les personnes avec l’esprit du Christ.  Il possédait le don de voir les traits et la personne de Jésus-Christ sous les corps blessés et dans les esprits tourmentés des pauvres. La pureté de cœur et la pureté d’intention sont parties intégrantes de la vertu de simplicité.

La simplicité est d’abord une attitude intérieure. Notre vocation de chrétien est de participer à la vie de Dieu, à ce qu’il est : or, Dieu est simple. La simplicité intérieure, c’est avoir un esprit d’enfant qui ne cesse de s’émerveiller avec sincérité, paix, joie et générosité, capable de confiance, d’enthousiasme, d’audace et de curiosité. Et combien cela manque ça aujourd’hui !! Je suis souvent étonné, voire effaré, du manque d’enthousiasme, de simple curiosité de beaucoup de jeunes que je peux rencontrer durant l’année. Paralysés par les inquiétudes que notre société nous impose, nous bourre le crâne, ils fuient, se déconnectent (en se connectant), et perdent toute simplicité.

Cette simplicité est source de liberté intérieure, elle devrait se traduire en nous par une plus grande disponibilité, une docilité plus grande à l’Esprit, par une absence de calcul afin d’être sincère et cohérent envers nous-mêmes et envers les autres. Enfin je dois surtout savoir que cette simplicité, je dois la mendier à Dieu dans la prière, afin qu’elle se traduise dans mes paroles, dans mes gestes, dans toutes mes attitudes extérieures.

Petite parenthèse pour tous les pasteurs : saint Vincent exhortait déjà en son temps les prêtres à être simple dans leur pastorale, leur parlé, à être clair et compréhensible pour tous. Recommandations que le Pape François n’a pas manqué de nous rappeler … Alors mettons de côté nos ronds-de-jambe verbaux pour nous rapprocher des vrais gens.

La simplicité c’est savoir être vrai avec soi-même :

  • Se connaître et s’accepter telles que nous sommes avec nos limites et surtout avec nos qualités, nos talents et nos dons. Combien pouvons-nous être aveugles sur tout le potentiel que Dieu a mis en nous. Si nous voulons être bien dans notre peau ayons au moins la simplicité de reconnaître l’être merveilleux que nous sommes, à l’image de Dieu, aimé de Dieu.
  • Savoir être indifférent à l’image de marque que l’on peut nous attribuer ou que l’on cherche à avoir vis-à-vis des autres. Veillons toujours à être vrai avec nous-mêmes et à vivre en vérité.

La simplicité c’est être vrai avec les autres :

  • Une relation simple clarifie, met à l’aise l’autre et fait vivre un partage à égalité. Le manque de simplicité nous enferme et nous fait enfermer l’autre dans une fonction, un comportement … La simplicité favorise une authenticité, une franchise de relations, crée un climat de confiance qui permet ensemble de construire.
  • En conséquence, l’acceptation de soi-même, mettant l’autre à l’aise, permet à un groupe d’exister, de tendre vers le même objectif, de prendre les moyens de le réaliser à travers la diversité de ses membres. Et combien de beaux exemples nous sont donnés aujourd’hui à travers toutes les initiatives citoyennes, environnementales, écologiques, agricoles …, qui ne cessent d’éclore un peu partout. Je pense au mouvement Colibris, L’Or des Simples, … et tant d’autres.

Ce temps de confinement pourrait nous aider à nous simplifier, dans notre relation à nous-mêmes, aux autres, aux choses. Un temps pour nous rapprocher de l’essentiel qui n’est pas de l’ordre de la possession.

J’entends et je lis souvent sur les réseaux sociaux : « Vivement que tout redevienne normal ! ». NON, au contraire, changeons, simplifions-nous et ne gardons que l’essentiel. Notre monde et nous-mêmes n’en seront que mieux.

A vous maintenant de développer et de me partager ce que vous en pensez !!

 

Tourrettes-sur-Loup, le 31 mars 2020

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