Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile...il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres...

Sylvain MANSART

Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile…il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres…

1/ La pâque, un double-évènement toujours actuel : Libération et Création

La tradition juive utilise l’agneau pour célébrer le « mémorial de la pâque » (Ex 12, 1- 8,11-14). La pâque, qui en premier lieu, est demandé par le Seigneur aux hébreux, juste avant la sortie d’Egypte, est devenu le mémorial de la libération et de la naissance du peuple d’Israël… Permettez-moi d’insister sur 2 points théologiques important pour mieux comprendre la pâque : 1/ La célébration de la pâque fait bien mémoire d’un seul double-événements. Dieu sauve les hébreux par un acte de LIBERATION de l’esclavage, de l’oppression, de l’injustice et un acte de CREATION du peuple nouveau, d’une communauté croyante…

Dieu demande de faire mémoire de cette libération et de cette naissance en sacrifiant un agneau, non pas pour se souvenir du passé, mais pour rendre présent l’événement dans l’aujourd’hui de la communauté…en faisant mémoire, Dieu continue de libérer des esclavages et de créer sa communauté !

2/ Jésus, l’Agneau qui accomplit la pâque nouvelle et éternelle : l’Eucharistie

Lorsque Jésus prend le pain et le vin, et célèbre ce mémorial de la pâque avec ses disciples le Jeudi saint, et qu’il dit que cette coupe est « la nouvelle alliance », « faite cela en mémoire de moi » (1 Co 11,23-26), il se place clairement comme l’Agneau de Dieu, qui versera son sang et qui donne sa vie… Jésus a été reconnu comme celui qui accomplit la pâque juive ! Il est le Seigneur, l’agneau doux, docile, innocent, qui se laisse conduire jusqu’à la croix… il est l’agneau sacrifié qui LIBERE l’humanité entière du mal et de toute forme d’esclavage et CREER un peuple nouveau, une humanité nouvelle pour vivre dans l’amour et la paix jusqu’à la fin des temps…. Toute la vie de Jésus montre cette vie donnée qui libère et qui fait naitre de nouvelles voix dans la communauté… L’Eucharistie de Jésus va bien au-delà du rite… elle est une œuvre d’amour et de libération à la fois spirituelle, mais aussi humaine, sociale, familiale, ecclésiale, une libération de toutes les dimensions de l’humanité et de la création… Jésus est le libérateur de toutes les chaînes qui emprisonne dans la peur, la pauvreté, la souffrance… Il est le sauveur !

Chers amis, le lavement des pieds, que nous venons d’entendre (Jn 13,1-15) est l’illustration de cet amour du Christ qui libère et donne naissance à son peuple…En se faisant serviteur, en lavant les pieds de ses disciples comme un esclave, le Seigneur libère l’humanité et en fait une communauté nouvelle, qui est invité à vivre selon son exemple, dans l’amour et le service des plus pauvres, en célébrant chaque jour le mémorial de « la pâque nouvelle ».

3/ Vivre l’Eucharistie pour suivre l’exemple de Jésus : libérateur et créateur

Grâce à cette foi du mystère de la pâque, l’Église est bien convoqué à vivre l’Eucharistie du Seigneur comme une actualisation de ce double-événement de la libération et de la création du peuple de Dieu. Chers frères et sœurs, le Christ nous dit bien « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». A travers cette phrase, nous découvrons l’Eucharistie, non pas comme une simple célébration rituelle, mais comme un mystère de vie entière, donnée et œuvrant pour la libération concrète des plus démunis, œuvrant pour soulager « la clameur des pauvres autant que la clameur de la terre1 ». Cela est le fondement d’une dès clé de l’enseignement social de l’Église qu’on appelle l’amour préférentiel pour les pauvres, compris, non comme un « communisme chrétien égalitaire », mais comme « une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne » et un désir de travailler de manière prioritaire à soulager, défendre et libérer les plus exclus, les malades, les marginaux, les addictes aux drogues ou a l’alcool, les sans-emploi, les réfugier, et j’en passe etc…

4/ le Jeudi Saint, fête du sacerdoce, ministériel et commun

Vivre l’Eucharistie, chers frères et sœurs, c’est recevoir cet amour de Dieu, c’est accueillir la libération et la fondation de notre communauté, et c’est continuer de vivre cette mission sacerdotale… de prêtres… ensemble, dans l’amour…

Chers amis, c’est ainsi que nous comprenons notre vocation de serviteur. Aujourd’hui c’est la fête des ministères ordonnés, des prêtres, qui ont fait le choix de consacrer leur vie pour ce mystère d’amour et de don, mais n’oublions pas que tous ensemble, solidaire les uns des autres, nous avons à vivre cet amour jusqu’au bout, à célébrer cette Eucharistie, cette action de grâce, en devenant les agneaux des plus démunis, pour les aimer, les servir et les intégrer à l’immense peuple de Dieu, qui n’a plus de ni frontière, ni de barrière…

Que Jésus, « Maître et Seigneur », nous aide à vivre cet amour au cœur de la crise actuelle, en communiant spirituellement à son corps et son sang. Qu’il nous aide de devenir de doux agneaux, docile, innocent, qui aime à tout donner. Bonne fête à toutes et à tous !

1 Encyclique du pape François – laudato Si, n°19.

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Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

A travers l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus.

Famille Vincentienne Internationale

Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

À travers l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent  soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus. Nous avons demandé au Père Robert Maloney, ancien Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, d’écrire sur la façon dont Vincent de Paul lui-même a réagi face aux pandémies de son temps. Nous espérons que cet article vous offre un peu d’inspiration et de réconfort. La FHA aimerait savoir comment vous réagissez. Veuillez poster vos histoires ici. Nous offrirons plus de ressources sur la question dans le cadre d’une extension de la Campagne « 13 Maisons » à partir de la semaine prochaine. Que Dieu vous bénisse tous et en particulier ceux qui travaillent dans les systèmes de santé et autres apostolats associés ».

Cher Mark,

J’ai regroupé quelques réflexions qui pourraient être utiles aux collaborateurs de l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), en particulier maintenant que nous sommes confrontés à de nouveaux défis créés par le COVID-19. J’écrirai sans doute un article plus détaillé. Mais, la crise étant urgente, je te transmets tout de suite cette brève synthèse. Elle décrit comment Saint Vincent a réagi dans la pratique à la peste. J’espère que son expérience stimulera la réflexion et générera des idées créatives parmi nous, membres de sa Famille.

Bob

 

COVID-19. Leçon de sagesse du passé. L’expérience de saint Vincent de Paul

Saint Vincent a fait l’expérience des pandémies. Aucun autre sujet peut-être ne l’a aussi profondément troublé. Les épidémies de la peste ont fréquemment ravagé l’Europe au cours de ses années d’activité, tuant de nombreuses personnes qu’il aimait. Marguerite Naseau, dont il a souvent raconté l’histoire et qu’il a toujours considérée comme la première Fille de la Charité, a succombé à la peste à 27 ans, avant même que les Filles ne soient reconnues juridiquement. Lambert au Couteau – dont Vincent a dit un jour « la perte de cet homme, je la vis comme si je m’arrachais un œil ou que je me coupais le bras » et qu’il a envoyé pour établir la Congrégation de la Mission en Pologne – est décédé au service des victimes de la peste à Varsovie en 1653. Antoine Lucas – très admiré non seulement par Vincent, mais aussi par d’autres fondateurs de communautés religieuses à cette époque – mourut de la peste à Gênes en 1656.

Les tragédies se sont multipliées dans la vie de Vincent, en particulier dans les années 1650. Il a souvent parlé de « la guerre, la peste et la famine » comme du fléau des pauvres. De plus, il y a eu des persécutions à Alger, à Tunis, en Irlande et aux Hébrides. Le premier martyr de la Congrégation de la Mission, Thaddeus Lye, séminariste, a donné sa vie à Limerick en 1652. Ses persécuteurs lui ont écrasé le crâne et lui ont coupé les mains et les pieds en présence de sa mère. Lorsqu’en 1657, en plus d’entendre que trois prêtres étaient morts en route pour Madagascar, Vincent a appris que six membres de la maison de Gênes avaient succombé à la peste, il s’est dit « accablé de chagrin » et a ajouté qu’il « serait incapable de recevoir un plus grand coup sans être complètement dévasté ».

Dans ses lettres et ses conférences, Vincent a mentionné la peste plus de 300 fois. Il a envoyé de longues lettres offrant des conseils pratiques sur l’aide aux victimes de la peste à son ami Alain de Solminihac, Evêque de Cahors, et aux supérieurs de Gênes et de Rome. Dans ses entretiens, il a décrit la peste en France, à Alger, à Tunis, en Pologne et dans toute l’Italie.

Les chiffres étaient impressionnants. La France à elle seule a perdu près d’un million de personnes à cause de la peste lors de l’épidémie de 1628-1631. À peu près à la même période en Italie, 280 000 personnes sont mortes. En 1654, 150 000 habitants de Naples succombent. Alger a perdu environ 40000 personnes en 1620-21 et de nouveau en 1654-57.

Gênes a été parmi les villes les plus durement touchées. La moitié de la ville est morte en 1657. La longue liste des membres de la Famille Vincentienne qui y ont perdu la vie est touchante.

Comme on pourrait l’imaginer, les Filles de la Charité et les confraternités étaient en première ligne pour servir ceux qui ont été touchés par la peste (sans parler de leur service à ceux dont la vie avait été perturbée par la guerre, la famine et les conflits politiques en même temps). Certaines affirmations de Vincent à ses prêtres, ses frères et sœurs, ainsi qu’aux membres laïcs des confréries, sont marquées par les circonstances de l’époque et par le manque de connaissances et de ressources médicales que nous en avons aujourd’hui. Mais une grande partie de ce qu’il a dit et comment il a réagi est tout à fait pertinente alors que les membres de la Famille Vincentienne affrontent COVID-19.

Permettez-moi de souligner quatre points :

  1. Alors qu’il se débattait avec des émotions douloureuses, Vincent est resté convaincu que, quelles que soient les circonstances, nous ne devons jamais abandonner les pauvres. Ils sont « notre part » dans la vie, a-t-il déclaré. Il disait avec fermeté aux membres de sa Famille que, même dans des circonstances extrêmement difficiles, nous devons faire preuve de créativité pour trouver des moyens de répondre aux besoins de ceux qui Vincent a écrit à Alain de Solminihac : « Les pauvres paysans frappés par la peste sont généralement abandonnés et très à court de nourriture. Ce sera une action digne de votre piété, Excellence, de prévoir cela en envoyant l’aumône à tous ces endroits. Veillez à ce qu’ils soient confiés à de bons pasteurs, qui apporteront du pain, du vin et un peu de viande pour que ces pauvres gens les ramassent aux endroits et aux heures qui leur sont indiqués… ou à quelque bon fidèle de la paroisse qui pourrait faire ça. Il y a généralement quelqu’un dans chaque zone capable de faire cet acte de charité, surtout s’ils n’ont pas à entrer en contact direct avec les pestiférés. »
  2. L’interprétation évangélique des événements par Vincent est rapidement passée au premier plan en ces temps de crise. En décembre 1657, pensant à onze membres de sa Famille qui avaient récemment perdu la vie, il écrivait : « Nous avons tant de missionnaires au ciel maintenant. Il n’y a pas lieu d’en douter, car ils ont tous donné leur vie pour la charité, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour le prochain, comme Notre Seigneur l’a dit et pratiqué. Ainsi donc, si nous avons perdu d’une part, nous avons gagné d’autre part car il a plu à Dieu de glorifier les membres de notre Famille, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, et les cendres de ces hommes et femmes apostoliques seront la semence d’un grand nombre de bons missionnaires. Telles sont, tout au moins, les prières que je vous demande d’offrir à Dieu. »
  3. Dans ses conseils aux membres de sa Famille sur la manière de servir en pleine épidémie, Vincent a choisi un juste D’une part, il les a exhortés à rester près des personnes atteintes de la peste et à ne pas les abandonner ; d’autre part, il a encouragé la Famille à respecter les mises en garde des autorités civiles et ecclésiastiques. Il dit à Etienne Blatiron, le supérieur de Gênes : « La seule chose que je vous recommande le plus sérieusement et ardemment est de prendre toutes les précautions raisonnables pour préserver votre santé ». Blatiron a pris de nombreux risques et est décédé de la peste en 1657. Vincent a écrit à Jean Martin, le supérieur de Turin : « Je crains que vous ne vous reposiez que peu de temps et que vous retourniez au travail si tôt. Au nom de Notre- Seigneur, veuillez modérer ce que vous faites et obtenir toute l’aide que vous pouvez ». Martin a survécu et servi énergiquement jusqu’en 1694.
  4. Il a élargi la définition du martyr pour inclure tous ceux qui ont vaillamment donné leur vie pour les pauvres et il n’a cessé de chanter leurs louanges. Parlant des Filles de la Charité, il a déclaré : « Un saint Père a dit un jour que quiconque se donne à Dieu pour servir son prochain et endure volontiers toutes les difficultés qu’il peut rencontrer en ceci est un Les martyrs ont-ils souffert plus que ces sœurs… qui se donnent à Dieu (et) sont parfois auprès de malades pleins d’infection et de plaies et souvent de fluides corporels nocifs ; parfois avec des enfants pauvres pour qui tout doit être fait ; ou avec de pauvres condamnés chargés de chaînes et d’afflictions… Elles sont bien plus dignes d’éloges que tout ce que je pourrais vous dire. Je n’ai jamais rien vu de tel. Si nous voyions l’endroit où s’est trouvé un martyr, nous ne l’aborderions qu’avec respect et l’embrasserions avec une grande révérence. Considérez-les comme des martyrs de Jésus-Christ, car elles servent leur prochain par amour pour Lui. »

Aujourd’hui, nous sommes confrontés au COVID-19, ce qui, pour la plupart d’entre nous, est une crise sans précédent. Comment pourrions-nous y faire face dans l’esprit de Saint Vincent ? J’ose suggérer trois actions, qui se font déjà d’une manière ou d’une autre. Ton équipe et toi, ainsi que les membres de toutes les branches de notre Famille, serez certainement en mesure de les développer davantage.

  1. Bénévolat. Les pauvres souffrent le plus de crises comme celle-ci. Souvent, ils se retrouvent sans emploi. Ils ont besoin de logement, de nourriture et d’autres services essentiels. De l’époque de Saint Vincent à nos jours, la longue histoire de notre Famille a été une réponse à de telles nécessités. On ne peut qu’admirer les médecins, les infirmières, les techniciens médicaux d’urgence, les visiteurs à domicile et autres qui continuent de servir ceux qui souffrent en ce
  2. Le marché boursier et d’autres indices économiques ont baissé de façon spectaculaire au cours de cette période. Certains prennent cela comme un signal qu’il faut éviter de donner. Pourtant, les besoins des pauvres sont d’autant plus importants dans des moments comme celui-ci. Pouvons-nous, en tant que Famille, continuer à manifester notre générosité envers les plus démunis ?
  3. Prière. Le pape François et de nombreux autres responsables religieux nous pressent de prier pour les victimes et pour une fin de la pandémie. Tomaz Mavric nous a écrit récemment pour lancer un appel similaire d’une grande sincérité. De belles prières ont été composées et circulent en ligne, comme celle du P. Jean-Pierre Renouard. En plus de cela, puis-je offrir cette suggestion simple de Saint Vincent : « Dieu lui-même nous dit :

« Une prière courte et fervente perce les nuages » (Si 35, 17). Ces fléchettes d’amour sont très agréables à Dieu et, par conséquent, sont fortement recommandées par les saints Pères, qui ont compris leur importance. C’est ce à quoi je vous exhorte, mes sœurs et frères ».

Merci, Mark, pour tout le travail que ton équipe et toi faites pour promouvoir l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais). Avec l’expansion du coronavirus, les besoins des personnes sans-abri sont plus que jamais aigus et un nombre croissant de personnes se retrouvent à la limite du sans-abrisme. Réfléchissant à un moment similaire dans la vie de Vincent, tel que décrit ci-dessus, l’un des principaux biographes du saint, le P. José-María Román, a écrit : « L’année 1657 a été une mauvaise année pour Vincent… Certains auraient pu être tentés de dire que le Seigneur accumulait les désastres sur Vincent pour tester son courage et sa vertu. Mais le vieil homme vigoureux a courageusement surmonté toutes ces adversités. Et il lui restait encore assez d’esprit pour lancer de nouvelles entreprises ».

Je suis convaincu qu’à l’exemple de Saint Vincent, notre Famille du monde entier relèvera le défi du coronavirus avec courage et créativité.

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Homélie Jeudi Saint. (Année A) 9 avril 2020 – Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Les lectures bibliques de cette fête qui ouvre le Triduum pascal nous invitent toutes les trois à l’action. En nous rappelant le sacrifice de l’Agneau pascal suivi d’un repas de communion entre les fidèles d’Israël, le Livre de l’Exode inscrit dans notre mémoire la figure de l’Agneau à laquelle Israël s’est identifié.

P Onyekachi Sunday UGWU CM

Homélie Jeudi Saint. (Année A) 9 avril 2020 – Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Les lectures bibliques de cette fête qui ouvre le Triduum pascal nous invitent toutes les trois à l’action. En nous rappelant le sacrifice de l’Agneau pascal suivi d’un repas de communion entre les fidèles d’Israël, le Livre de l’Exode inscrit dans notre mémoire la figure de l’Agneau à laquelle Israël s’est identifié. Figure d’innocence, figure de perfection, figure de choix qui nous oriente vers l’Agneau de Dieu pleinement révélé en Jésus. L’ordre adressé à Israël, c’est que cet agneau partagé, sacrifié, mangé, soit au cœur de la vie religieuse de ce peuple : “Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle, d’âge en âge, vous le fêterez” (Exode 12, 14).

Le texte de l’Évangile nous relate cet événement historique qui devient une réalité qui s’actualise sans cesse au cours de l’histoire. Au soir d’une vie humaine, Jésus et les apôtres sont réunis à l’heure de la dernière Cène dans la chambre haute pour célébrer la Pâque juive, ce mémorial de la sortie d’Égypte. Et voici Jésus, au cours de cette soirée festive, poser deux gestes que nous posons ce soir – la célébration de la Cène du Seigneur et celui du Lavement des pieds. Ces gestes qui sont qualifiés comme sacrements sans pour autant faire du Lavement des pieds un des sept sacrements. L’insistance doit être faite sur le symbolisme lié aux sacrements et surtout sur la signification de ce symbolisme qui nous renvoie toujours à leur origine. Par ces gestes, Jésus désire communiquer à ses disciples une grâce invisible et une manière de vivre la foi.

Considérons ces deux gestes :

Premièrement, la Cène ou l’Eucharistie : La table a une place éminente dans la Cène. La table, c’est l’espace de la rencontre. C’est le lieu du partage. Le lien du brassage. La table est aussi un lieu de passage. Bien souvent, son rite est précédé par une annonce : « on passe à table. » C’est donc un passage comme Pâque qui veut dire passage. Et l’Évangile de ce jour commence avec ces mots : avant la fête de la pâque. Alors qu’ils étaient à table, réunis pour manger et boire la coupe de bénédiction. Mais la table n’est pas simplement le lieu où chacun et chacune peut dévorer son repas pour retourner à ses occupations. Elle est un appel à vivre la communauté familiale, ecclésiale ou amicale. C’est pour cela que dans les consignes données à Moïse pour le peuple d’Israël, Dieu dit : Que l’agneau soit mangé par la famille, la maisonnée ou avec les gens du voisinage. C’est ainsi que le repas devient signe pour la communauté et chemin de Communion.

Jésus veut donc que cette communion prenne chair dans la communauté des disciples. Il se donne lui-même comme centre de cette communion fraternelle. Il devient le repas au cœur de cette communion. Ce repas où le Pain et le Vin sont partagés anticipe l’offrande de lui-même sur la Croix, le jour qui suit. Entouré de ses disciples, Jésus vit avec eux ce qui est la preuve ultime de l’amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Que le Repas de la Cène soit devenu le sacrement par excellence est normal. C’est de là que tout origine et c’est là que l’incarnation se renouvelle et que la passion et la mort de Jésus s’actualisent chaque jour. Et ici le rôle du prêtre prend son sens. C’est de cette institution de l’Eucharistie que naisse le sacrement de l’Ordre : « faite ceci en mémoire de moi ». L’action de faire est un ministère. C’est par le ministère des prêtres, au nom de toute l’Église par une invocation que le Christ lui-même vienne prendre la forme du pain et du vin, et se donne lui-même comme nourriture pour la vie à celui ou celle qui participe à cette communion des croyants.

Deuxième geste – Le Lavement des pieds : Le signe du Lavement des pieds que nous pourrions appeler lui aussi un sacrement dans le sens général du terme sans en faire un huitième sacrement nous fait entrer dans le sens de la mort du Seigneur. Entrer dans le geste du Lavement des pieds est un risque que Pierre à première vue ne veut pas prendre. « Tu ne me laveras pas les pieds. » Pierre ne comprend pas et refuse pensant que Jésus ne peut pas s’abaisser à un tel acte. Il n’est pas pensable pour Pierre de voir Jésus, le maître, à ses pieds. Pierre ne se laissera faire que lorsque la Parole de Jésus lui ouvre le cœur : « si je ne te lave pas les pieds tu n’auras pas part avec moi ». Il est évident que Jean, l’auteur de l’évangile, n’est pas dans une affaire de propreté rituelle ! Nous sommes pleinement dans la signification de ce geste : l’abaissement de Jésus qui se fait serviteur jusqu’au bout. Elles se cache sous cette ablution quelque chose de nécessaire au salut, puisque sans elle Pierre lui-même n’aurait pas part dans l’assemblé des apôtres et au royaume de Dieu.

Le signe du Lavement des pieds, par le geste où le Maître s’agenouille devant ses disciples nous invite à une attitude sans laquelle personne ne peut se dire disciple. Le disciple n’a pas le choix – « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». En posant ce geste réservé aux esclaves et aux serviteurs, Jésus instaure un ordre nouveau – le sacrement de service. L’autorité par le service. La hiérarchie par l’humilité. En refaisant le geste du Lavement des pieds, nous entrons dans la même dynamique. Nous avançons sur le chemin du service à l’exemple de Celui qui s’est fait le Serviteur de tous.

Alors, notre célébration eucharistique aujourd’hui et le lavement des pieds doivent réaliser ce qu’ils signifient et doivent produire leur grâce invisible. Demandons au Seigneur au cours de notre célébration la grâce d’oser prendre le risque de marcher sur les traces de Jésus dans un monde où son message et sa personne continuent de poser question, mais où les signes de l’Eucharistie et du Lavement des pieds sont de plus en plus nécessaires.

Textes : Ex 12, 1-8. 11-14 ; 1 Cor 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15

Pour revivre la Messse de ce Jeudi Saint. Click sur le lien :

https://www.facebook.com/congregation.delamission.7/videos/167267908062501/?t=11

 

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