Office du Vendredi Saint en la Chapelle saint Vincent de Paul. Maison-Mère. Méditation du 10 avril 2020

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’enfant de Marie est né et déposé dans une mangeoire comme berceau. Au cœur de la nuit, la source de toute lumière apparaît, fragile. Au cœur du silence, la Parole éternelle se fait chair, fragile. Mais tous les possibles sont en attente.

P. Christian Mauvais, cm

Office du Vendredi Saint en la Chapelle saint Vincent de Paul. Maison-Mère. Méditation du 10 avril 2020

P. Christian Mauvais, cm
P. Christian Mauvais, cm

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’enfant de Marie est né et déposé dans une mangeoire comme berceau. Au cœur de la nuit, la source de toute lumière apparaît, fragile. Au cœur du silence, la Parole éternelle se fait chair, fragile. Mais tous les possibles sont en attente.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

La vie continue d’être offerte à travers ces hommes et femmes qui se donnent sans cesse et qui font les gestes qui sauvent, qui guérissent, qui encouragent, qui réconfortent. Des petites lumières qui surgissent chaque jour. Parole de vie qui se fait chair. Des mercis jaillissent pour soutenir et qui brisent le silence.

‘N’éteignons pas la flamme qui faiblit, qui ne s’altère jamais et laissons-la rallumer l’espérance’.[1]

Et le désert appelle à croire que la vie est possible !

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme a osé sortir pour comprendre le Mystère de Jésus, pour approfondir sa connaissance de la Loi avec un Maître. Au cœur de la nuit, une autre naissance lui est proposée pour s’ouvrir à la vie.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des hommes et des femmes font leur possible pour comprendre ; sans relâche, jour et nuit. ils cherchent à connaître davantage le fonctionnement de ce qui perturbe la vie de tous. Ils entrent dans l’immensément petit pour en déchiffrer le mystère ; Ils cherchent à approfondir leurs connaissances et à se les partager pour faire reculer l’ignorance et faire gagner la vie. ‘C’est le temps de notre jugement : le temps de choisir. Le temps de réorienter la route de sa vie vers toi Seigneur, et vers les autres.’[2]

Et le désert prend les couleurs de l’espoir.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme s’avance, seul, dans la nuit pour vivre une rencontre unique, celle d’un Fils avec son Père, à l’écoute l’un de l’autre, l’un tourné vers l’autre, dans une belle réciprocité. Au cœur de la nuit, une présence se donne dans la prière. Une force qui renouvelle les énergies.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

La prière, la méditation, la lecture permettent à beaucoup d’entrer en relation avec l’Autre, de retrouver ce chemin intérieur. Ces temps d’arrêt s’intensifient. Nous entrons peu à peu dans une relation plus profonde, plus sereine avec Celui qui nous envoie et qui est en dialogue constant avec nous et dont la présence nous comble.

‘Nous avions laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie, à notre communauté’.[3]

Et le désert nous offre une Présence aimante.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme s’abaisse devant ses amis rassemblés et accomplit l’humble geste du service qui donne dignité à chacun. Le geste du lavement qui permet d’avoir part à la Vie. Au cœur de la nuit, se dessine la fraternité qui unit les uns et les autres. Tout reste cependant fragile mais tout est dit dans ce don, dans ce geste.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des gestes de bonté se multiplient et créent une chaine fraternelle ; gestes de bonté, d’attention, de solidarité, d’entraide, d’amour. Des cœurs s’éveillent à la présence de l’autre vulnérable, fragile et les soutiennent dans leur désarroi, à l’image de Simon de Cyrène.

‘Reste manifeste cette appartenance commune à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.’[4]

Et le désert nous réapprend la joie de la gratuité.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’Homme se retrouve seul dans le désert d’un jardin, face à son destin. Au cœur de la nuit, les amis sont endormis, absents ; le Père lui-même demeure silencieux face à l’angoisse qui l’envahit. Le silence est pesant. Le vide se fait sentir et donne place à l’angoisse. La nuit s’obscurcit. La descente est vertigineuse.

 Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des vies sont isolées. Le silence se fait sentir. Le vide est là, qui nous laisse sans voix, comme si Dieu était sorti de ces lieux de rassemblement : églises, mosquées, synagogues, temples… comme si Dieu était absent de ces moments de funérailles  où les défunts s’en vont seuls, sans famille, sans amis ; le vertige nous prend. La nuit devient plus dense.

Les ténèbres remplissent tout d’un silence assourdissant, d’un vide désolant’.[5]

Et le désert nous plonge dans une nuit plus profonde, dans les enfers !

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit . l’Homme est condamné, ridiculisé, maltraité. La Parole se tait ; elle devient silence comme pour faire taire le mensonge. Et en plein milieu du jour, les ténèbres sont là, tuant la Lumière. Un grand cri jaillit, l’Esprit est rendu. Une profession de foi nait sur les lèvres d’un homme.

« D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes. Elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage »[6]

La nuit est envahissante. Et le désert est froid. Il nous invite à nous taire, à entrer dans nos profondeurs, à prononcer sur le bout des lèvres : ‘tu es Fils de Dieu’.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. La pierre du tombeau est roulée. La Lumière envahit tout, elle éclaire toute la création d’un jour nouveau. Le chant de l’Alléluia retentit partout. Les cœurs sont habités de paix.

‘’Il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite’.[7]

La nuit est vaincue. Et le désert refleurit ; il nous invite à une autre sortie, sans crainte.

 

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[1] Méditation du Pape ce vendredi 27 mars 2020- Place st Pierre à Rome

[2] idem

[3] méditation du Pape ce 27 mars 2020 place st Pierre.

[4] idem

[5] idem

[6] idem

[7] idem

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