MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

Pape Francois

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques ! Aujourd’hui retentit dans le monde entier l’annonce de l’Eglise : “ Jésus Christ est ressuscité ! ” – “ Il est vraiment ressuscité !”.

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

C’est une autre “contagion”, qui se transmet de cœur à cœur – parce que tout cœur humain attend cette Bonne Nouvelle. C’est la contagion de l’espérance : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » Il ne s’agit pas d’une formule magique, qui fait s’évanouir les problèmes. Non, la résurrection du Christ n’est pas cela. Elle est au contraire la victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “ n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu.

Le Ressuscité est le Crucifié, pas un autre. Dans son corps glorieux il porte, indélébiles, les plaies : blessures devenues fissures d’espérance. Nous tournons notre regard vers lui pour qu’il guérisse les blessures de l’humanité accablée.

Aujourd’hui ma pensée va surtout à tous ceux qui ont été directement touchés par le coronavirus : aux malades, à ceux qui sont morts et aux familles qui pleurent la disparition de leurs proches, auxquels parfois elles n’ont même pas pu dire un dernier au revoir. Que le Seigneur de la vie accueille avec lui dans son royaume les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, spécialement aux personnes âgées et aux personnes seules. Que sa consolation ne manque pas, ni les aides nécessaires à ceux qui se trouvent dans des conditions de vulnérabilité particulière, comme ceux qui travaillent dans les maisons de santé, ou qui vivent dans les casernes et dans les prisons. Pour beaucoup, c’est une Pâques de solitude, vécue dans les deuils et les nombreuses difficultés que la pandémie provoque, des souffrances physiques aux problèmes économiques.

Cette maladie ne nous a pas privé seulement des affections, mais aussi de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation qui jaillit des Sacrements, spécialement de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Dans de nombreux pays il n’a pas été possible de s’en approcher, mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis sa main sur nous (cf. Ps 138, 5), nous répétant avec force : ne crains pas, « je suis ressuscité et je suis toujours avec toi » (cf. Missel romain) !

Que Jésus, notre Pâque, donne force et espérance aux médecins et aux infirmiers, qui partout offrent au prochain un témoignage d’attention et d’amour jusqu’à l’extrême de leurs forces et souvent au sacrifice de leur propre santé. A eux, comme aussi à ceux qui travaillent assidument pour garantir les services essentiels nécessaires à la cohabitation civile, aux forces de l’ordre et aux militaires qui en de nombreux pays ont contribué à alléger les difficultés et les souffrances de la population, va notre pensée affectueuse, avec notre gratitude.

Au cours de ces semaines, la vie de millions de personnes a changé à l’improviste. Pour beaucoup, rester à la maison a été une occasion pour réfléchir, pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie, pour être avec ses proches et jouir de leur compagnie. Pour beaucoup cependant c’est aussi un temps de préoccupation pour l’avenir qui se présente incertain, pour le travail que l’on risque de perdre et pour les autres conséquences que la crise actuelle porte avec elle. J’encourage tous ceux qui ont des responsabilités politiques à s’employer activement en faveur du bien commun des citoyens, fournissant les moyens et les instruments nécessaires pour permettre à tous de mener une vie digne et pour favoriser, quand les circonstances le permettront, la reprise des activités quotidiennes habituelles.

Ce temps n’est pas le temps de l’indifférence, parce que tout le monde souffre et tous doivent se retrouver unis pour affronter la pandémie. Jésus ressuscité donne espérance à tous les pauvres, à tous ceux qui vivent dans les périphéries, aux réfugiés et aux sans-abri. Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls. Ne les laissons pas manquer des biens de première nécessité, plus difficiles à trouver maintenant alors que beaucoup d’activités sont arrêtées, ainsi que les médicaments et, surtout, la possibilité d’une assistance sanitaire convenable. Vu les circonstances, que soient relâchées aussi les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens, et que tous les Etats se mettent en condition d’affronter les besoins majeurs du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres.

Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes. Parmi les nombreuses régions du monde frappées par le coronavirus, j’adresse une pensée spéciale à l’Europe. Après la deuxième guerre mondiale, ce continent a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé. Il est plus que jamais urgent, surtout dans les circonstances actuelles, que ces rivalités ne reprennent pas vigueur, mais que tous se reconnaissent membres d’une unique famille et se soutiennent réciproquement. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier. Que ne se soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité, même en recourant à des solutions innovatrices. L’alternative est seulement l’égoïsme des intérêts particuliers et la tentation d’un retour au passé, avec le risque de mettre à dure épreuve la cohabitation pacifique et le développement des prochaines générations.

Ce temps n’est pas le temps des divisions. Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez le feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde. Ce n’est pas le temps de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, dépensant des capitaux énormes qui devraient être utilisés pour soigner les personnes et sauver des vies. Que ce soit au contraire le temps de mettre finalement un terme à la longue guerre qui a ensanglanté la Syrie bien-aimée, au conflit au Yémen et aux tensions en Irak, comme aussi au Liban. Que ce temps soit le temps où Israéliens et Palestiniens reprennent le dialogue, pour trouver une solution stable et durable qui permette à tous deux de vivre en paix. Que cessent les souffrances de la population qui vit dans les régions orientales de l’Ukraine. Que soit mis fin aux attaques terroristes perpétrées contre tant de personnes innocentes en divers pays de l’Afrique.

Ce temps n’est pas le temps de l’oubli. Que la crise que nous affrontons ne nous fasse pas oublier tant d’autres urgences qui portent avec elles les souffrances de nombreuses personnes. Que le Seigneur de la vie se montre proche des populations en Asie et en Afrique qui traversent de graves crises humanitaires, comme dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Qu’il réchauffe le cœur des nombreuses personnes réfugiées et déplacées, à cause de guerres, de sécheresse et de famine. Qu’il donne protection aux nombreux migrants et réfugiés, beaucoup d’entre eux sont des enfants, qui vivent dans des conditions insupportables, spécialement en Libye et aux frontières entre la Grèce et la Turquie. Et je ne veux pas oublier l’île de Lesbos. Qu’il permette au Venezuela d’arriver à des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre à cause de la grave conjoncture politique, socio-économique et sanitaire.

Chers frères et sœurs,

indifférence, égoïsme, division, oubli ne sont pas vraiment les paroles que nous voulons entendre en ce temps. Nous voulons les bannir en tout temps ! Elles semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie. Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel, qu’il disperse les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin.

Par ces réflexions, je voudrais souhaiter à vous tous une bonne fête de Pâques.

 

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Un cierge pascal éclaire une immense église dans la pénombre Veillée Pascale. Maison-Mère 2020

Ô Christ ressuscité : En cette Pâque 2020, marquée par la pandémie du Covid-19, nous avons plus que jamais besoin de toi, ô Jésus vainqueur de la mort ! Nous avons besoin de la force et de la confiance qui t’ont soutenu dans ton agonie et passion ; besoin du courage qui t’a permis de rester fidèle jusqu’au bout à la mission confiée par le Père ; besoin de l’amour à toute épreuve lequel s’est manifesté dans la puissance de ta faiblesse.

Roberto Gomez

Un cierge pascal éclaire une immense église dans la pénombre Veillée Pascale. Maison-Mère 2020

Ô Christ ressuscité : En cette Pâque 2020, marquée par la pandémie du Covid-19, nous avons plus que jamais besoin de toi, ô Jésus vainqueur de la mort ! 

Nous avons besoin de la force et de la confiance qui t’ont soutenu dans ton agonie et passion ; besoin du courage qui t’a permis de rester fidèle jusqu’au bout à la mission confiée par le Père ; besoin de l’amour à toute épreuve lequel s’est manifesté dans la puissance de ta faiblesse.

Désorientés ? Nous le sommes comme tes disciples qui t’ont lâché parce qu’ils n’avaient rien compris à ta messianité. Oui, désorientés parce que comme eux, nous nous enfermons dans des professions de foi trop faciles, trop confortables : nous acceptons volontiers un messie sans croix et une résurrection sans passion. Or, ton itinéraire Jésus Crucifie/Ressuscité est une invitation à assumer en tant que croyants une apparente contradiction : « tu ne te révèles ni dans la puissance sans faiblesse, ni dans la faiblesse sans puissance, mais bien dans le paradoxe entre les deux[1] ».

Bouleversés ? Nous le sommes aussi comme ces femmes intrépides qui te cherchent dans le clair-obscur de l’aube et pensent te trouver dans un tombeau fermé, dans un espace de mort. Or, elles voient de leurs yeux que le gisant n’est plus là, que le tombeau est désormais ouvert. Elles ont pour mission d’annoncer aux autres compagnons que le ressuscité les précède en Galilée. Jésus ressuscité ne peut pas être retenu dans aucun espace. Alors, elles sont toutes tremblantes et bouleversées. Telle est l’action de l’Esprit dans la vie des baptisés : faire trembler nos évidences et bouleverser nos croyances. La Bonne Nouvelle de la résurrection n’est pas crédible si elle ne bouleverse pas nos croyances, si elle ne nous prend pas au corps et nous donne de nouvelles assurances.

Envoyés ? Nous le sommes aussi comme les femmes du matin de Pâques : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront ». Cette Bonne Nouvelle, Jésus ressuscité, nous dépasse. Nous comprenons que pour être crédible, elle doit être d’abord crue, assimilée, intériorisée. Autrement dit, nous pouvons légitimement ce soir, demander au Dieu créateur de nous recréer, de nous enfanter parce qu’en Jésus-Christ, la mort, toute forme de mort, est vaincue ; et notre vie, notre vie malgré la mort, est assurée. C’est bien cela que nous sommes envoyés témoigner et professer : que la vie triomphe de la mort, de toute forme de mort. La Pâque chrétienne est le mystère de la vie jaillissant de la mort, le passage de ce monde à Dieu, passage accompli par le Christ au bénéfice de toutes ses créatures.

Ce que nous professons dans le credo « il est ressuscité d’entre les mort », nous l’avons vécu et signifié en cette veillée pascale. Le cierge pascal allumé dans une église en pénombre est un signe pour nous. Le Christ ressuscité représenté par ce Cierge brûlant est la lumière qui luit dans les ténèbres et éclaire la communauté pascale qui attend et  réclame, les yeux fixés sur lui,  la Lumière venant de « la Lumière ».

Rends possible, Jésus ressuscité, que de cette pâque, vécue dans un confinement si inconfortable, l’humanité renaisse, se renouvelle. Qu’elle retrouve sa vocation fondamentale : devenir enfants de Dieu et se reconnaître les uns les autres frères et sœurs en Jésus-Christ mort et Ressuscité pour la multitude.

____________________

« Le sens de la Pâque : elle nous enseigne que le chrétien dans l’Église doit mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Et elle ne fait pas que l’enseigner, comme on montrerait du doigt quelque chose que l’on ne tient pas en son pouvoir, elle l’opère (…) Ainsi la Pâque n’est-elle pas une simple commémoration ; elle est la Croix et le tombeau vide rendus présents. »  L. Bouyer, Le mystère pascal

 

[1] Camille FAUCANT, Marc : cinq clés de lecture, Cahier Evangile n° 181, Paris, Cerf, 2017, p. 32.

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Homélie – dimanche 12 avril 2020 – Résurrection du Seigneur – messe du jour de Pâques. ” Il vit, et il crut “. Jn 20, 8 – Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Contrairement aux évangiles synoptiques de Pâques qui commencent à l'aube, le récit de Jean commence dans l'obscurité, l'absence de lumière (c’était encore les ténèbres). Arrivée devant le tombeau, Marie-Madeleine découvre que la pierre a été roulée. Elle en déduit qu’on a enlevé le corps de Jésus.

Bernard Schoepfer

Homélie – dimanche 12 avril 2020 – Résurrection du Seigneur – messe du jour de Pâques. ” Il vit, et il crut “. Jn 20, 8 – Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Contrairement aux évangiles synoptiques de Pâques qui commencent à l’aube, le récit de Jean commence dans l’obscurité, l’absence de lumière (c’était encore les ténèbres).  Arrivée devant le tombeau, Marie-Madeleine découvre que la pierre a été roulée. Elle en déduit qu’on a enlevé le corps de Jésus. Elle court prévenir Pierre et Jean. Tous deux arrivent devant le tombeau vide. Ils voient les linges restés sur place et bien rangés. Pierre est perplexe ; mais pour Jean, c’est différent quelques mots disent sa foi : « Il vit et il crut. »

Nous nous rappelons qu’il avait suivi Jésus jusqu’au pied de la croix ; il avait participé à l’ensevelissement. Il voit bien qu’il n’y a pas de désordre provoqué par une violation de sépulture :  « Il vit, et il crut. » Tout est là, dans l’attitude du disciple bien-aimé.

Qu’a-t-il vu ? Pas grand chose. Mais cela suffit à celui qui est humble de cœur, à celui qui a reposé sur le cœur de Jésus pendant sa passion et sait discerner sa présence dans les signes discrets de son passage. C’est bien l’humilité du cœur qui nous donne accès au Ressuscité, par le moyen de la foi. Ce mystère qui résiste et échappe aux sages et aux savants ; il ne s’ouvre aux petits qu’à travers un regard de foi.

Comme l’a écrit Saint-Exupéry dans le petit prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Oui, ce sont les yeux du cœur qui fondent notre foi. A proprement parler, ce n’est pas un voir, mais un entrevoir qui ouvre à la foi. Tout le monde voit. Mais peu savent entrevoir. Entrevoir : voilà le verbe de la foi. Il n’y a pas de preuves, mais seulement des signes, efficaces, fondateurs, sûrs.

Clairvoyance des yeux qui aiment : ils voient ce que les autres ne voient pas. Dans les objets muets qui s’offrent à son regard – le tombeau vide, les linges, le suaire – Jean sait reconnaître les signes de la résurrection : « Il vit, et il crut. »

Il n’y a eu aucun témoin à la résurrection au petit matin de Pâques, seulement des disciples qui n’ont trouvé que le tombeau vide. Seulement des disciples à qui il se fera voir. Il y a bien là de quoi bouleverser quelqu’un, de quoi mettre hors de soi, de quoi en rester muet de stupéfaction et de sidération. Il y a là une expérience qui bouleverse la vie. Car c’est une expérience de foi et non une découverte intellectuelle, une démonstration, une évidence immédiate.

A tous ceux qui chercheraient des preuves de la résurrection, il leur est demandé de changer leur manière de voir. À tous ceux qui veulent croire, il leur est demandé de partir de la réalité visible de l’existence pour accéder à la réalité invisible grâce aux signes et au témoignage des apôtres. Des signes de résurrection, il y en a des milliers chaque jour dans notre vie, dans la vie de ceux que nous rencontrons.  Jésus est vivant, et c’est en lui que nous sommes vivants.

« Il vit et il crut ». En ce dimanche de Pâques, nous sommes invités à aller au tombeau nous aussi, à regarder à l’intérieur avec les yeux de notre imagination. Comme Marie-Madeleine, comme Pierre et l’autre disciple, Jean, nous verrons les linges et le suaire. Nous regarderons le lieu en détail, mais notre imagination sera impuissante à nous montrer Jésus ressuscité.
La seule voie qui nous est accessible, c’est celle de la foi. Cette foi n’est pas une fuite en avant ou une représentation ésotérique. Demandons au Seigneur, en ce beau jour de Pâques, de sortir de nos tombeaux, de toutes sortes. A voir davantage du point de vue de Dieu et de Jésus, et moins du nôtre. A regarder comme saint Jean, à travers le visible pour repérer les signes de l’invisible. La foi est bien une manière de regarder la réalité dans sa profondeur et donc dans sa vérité. Dimanche, prochain, dimanche de la Divine miséricorde, Jésus dira à Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jn 20, 29)

Le disciple bien-aimé qui a discerné les sentiments de Jésus, en reposant sur son cœur, est capable de voir sa présence ou son passage dans toute chose, même la plus petite. Il a intériorisé dans son cœur la Présence aimante de son Seigneur. Pas besoin de miracle, la certitude de la présence du Vivant est donnée à celui qui croit humblement à son amour. Et cela suffit. La foi suffit : « Il vit, et il crut. »

Aujourd’hui, c’est Jour de Pâques sur notre terre qui marche encore dans les ténèbres. L’angoisse continue à nous assombrir et les marques de la mort sont bien présentes parmi nous ; la  pandémie (covid 19) traverse nos pays et frappe les populations. Mais, au cœur de cette eucharistie, nous croyons que le tombeau est vide ! La mort n’aura pas le dernier mot : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. »

En célébrant, ce jour de Pâques 2020, nous voulons apporter dans notre monde une note d’espérance et de joie. « La résurrection du Christ, écrit le pape François dans la joie de l’Evangile, produit partout les germes de ce monde nouveau; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante ! » (La joie de l’Evangile, n° 278)

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Veillée pascale en la nuit sainte. Homélie du Pape François. Basilique vaticane Samedi saint, 11 avril 2020

« Après le sabbat » (Mt 28, 1) les femmes allèrent au tombeau. C’est ainsi qu’a commencé l’Evangile de cette Veillée sainte, avec le sabbat. C’est le jour du Triduum pascal que nous négligeons le plus, pris par la frémissante attente de passer de la croix du vendredi à l’alleluia du dimanche.

Pape Francois

Veillée pascale en la nuit sainte. Homélie du Pape François. Basilique vaticane Samedi saint, 11 avril 2020

« Après le sabbat » (Mt 28, 1) les femmes allèrent au tombeau. C’est ainsi qu’a commencé l’Evangile de cette Veillée sainte, avec le sabbat. C’est le jour du Triduum pascal que nous négligeons le plus, pris par la frémissante attente de passer de la croix du vendredi à l’alleluia du dimanche. Cette année, cependant, nous percevons plus que jamais le samedi saint, le jour du grand silence. Nous pouvons nous retrouver dans les sentiments des femmes en ce jour. Comme nous, elles avaient dans les yeux le drame de la souffrance, d’une tragédie inattendue arrivée trop vite. Elles avaient vu la mort et avaient la mort dans leur cœur. A la souffrance s’ajoutait la peur : leur arriverait-il, à elles aussi, la même fin qu’au Maître ? Et puis les craintes pour l’avenir, tout à reconstruire. La mémoire blessée, l’espérance étouffée. Pour elles c’était l’heure la plus sombre, comme pour nous.

Mais dans cette situation les femmes ne se laissent pas paralyser. Elles ne cèdent pas aux forces obscures de la lamentation et du regret, elles ne se renferment pas dans le pessimisme, elles ne fuient pas la réalité. Le samedi, elles font quelque chose de simple et d’extraordinaire : dans leurs maisons elles préparent les parfums pour le corps de Jésus. Elles ne renoncent pas à l’amour : dans l’obscurité du cœur, elles allument la miséricorde. La Vierge, le samedi, jour qui lui sera dédié, prie et espère. Dans le défi de la souffrance, elle a confiance dans le Seigneur. Ces femmes, sans le savoir, préparaient dans l’obscurité de ce samedi « l’aube du premier jour de la semaine », le jour qui aurait changé l’histoire. Jésus, comme une semence dans la terre, allait faire germer dans le monde une vie nouvelle ; et les femmes, par la prière et l’amour, aidaient l’espérance à éclore. Combien de personnes, dans les jours tristes que nous vivons, ont fait et font comme ces femmes, en semant des germes d’espérance ! Avec de petits gestes d’attention, d’affection, de prière.

A l’aube, les femmes vont au sépulcre. Là l’ange leur dit : « Vous, soyez sans crainte. Il n’est pas ici, il est ressuscité » (vv.5-6). Devant une tombe, elles entendent des paroles de vie… Et ensuite elles rencontrent Jésus, l’auteur de l’espérance, qui confirme l’annonce et dit : « Soyez sans crainte » (v. 10). N’ayez pas peur, soyez sans crainte : voici l’annonce d’espérance. Elle est pour nous, aujourd’hui. Aujourd’hui. Ce sont les paroles que Dieu nous répète dans la nuit que nous traversons.

Cette nuit nous conquerrons un droit fondamental, qui ne nous sera pas enlevé : le droit à l’espérance. C’est une espérance nouvelle, vivante, qui vient de Dieu. Ce n’est pas un simple optimisme, ce n’est pas une tape sur l’épaule ou un encouragement de circonstance, avec un sourire en passant. Non. C’est un don du Ciel que nous ne pouvons pas nous procurer tout seuls. Tout ira bien, disons-nous avec ténacité en ces semaines, nous agrippant à la beauté de notre humanité et faisant monter du cœur des paroles d’encouragement. Mais, avec les jours qui passent et les peurs qui grandissent, même l’espérance la plus audacieuse peut s’évaporer. L’espérance de Jésus est autre. Elle introduit dans le cœur la certitude que Dieu sait tout tourner en bien, parce que, même de la tombe, il fait sortir la vie.

La tombe est le lieu d’où celui qui rentre ne sort pas. Mais Jésus est sorti pour nous, il est ressuscité pour nous, pour apporter la vie là où il y avait la mort, pour commencer une histoire nouvelle là où on avait mis une pierre dessus. Lui, qui a renversé le rocher à l’entrée de la tombe, peut déplacer les rochers qui scellent notre cœur. Par conséquent, ne cédons pas à la résignation, ne mettons pas une pierre sur l’espérance. Nous pouvons et nous devons espérer, parce que Dieu est fidèle. Il ne nous a pas laissé seuls, il nous a visité : il est venu dans chacune de nos situations, dans la souffrance, dans l’angoisse, dans la mort. Sa lumière a illuminé l’obscurité du sépulcre : aujourd’hui il veut rejoindre les coins les plus obscures de la vie. Sœur, frère, même si dans ton cœur tu as enseveli l’espérance, ne te rends pas : Dieu est plus grand. L’obscurité et la mort n’ont pas le dernier mot. Confiance, avec Dieu rien n’est perdu.

Confiance : C’est une parole qui dans l’Evangile sort toujours de la bouche de Jésus. Une seule fois d’autres la prononcent, pour dire à une personne nécessiteuse : « Confiance ! lève-toi, [Jésus] t’appelle » (Mc 10, 49). C’est lui, le Ressuscité, qui nous relève nous qui sommes dans le besoin. Si tu es faible et fragile sur le chemin, si tu tombes, ne crains pas, Dieu te tend la main et te dit : “Confiance”. Mais tu pourrais dire, comme don Abbondio : « La confiance, personne ne peut se la donner » ( I Promessi Sposi – Les fiancés, XXV). Tu ne peux pas te la donner, mais tu peux la recevoir, comme un don. Il suffit d’ouvrir ton cœur dans la prière, il suffit de soulever un peu cette pierre mise à l’entrée de ton cœur pour laisser entrer la lumière de Jésus. Il suffit de l’inviter : “Viens, Jésus, dans mes peurs et dis-moi aussi : Confiance”. Avec toi, Seigneur, nous serons éprouvés mais non ébranlés. Et, quelle que soit la tristesse qui habite en nous, nous sentirons devoir espérer, parce qu’avec toi la croix débouche sur la résurrection, parce que tu es avec nous dans l’obscurité de nos nuits : tu es certitude dans nos incertitudes, Parole dans nos silences, et rien ne pourra jamais nous voler l’amour que tu nourris pour nous.

Voilà l’annonce pascale, une annonce d’espérance. Elle contient une deuxième partie, l’envoi. « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée » (Mt 28, 10), dit Jésus. « Il vous précède en Galilée » (v. 7), dit l’ange. Le Seigneur nous précède, il nous précède toujours. Il est beau de savoir qu’il marche devant nous, qu’il a visité notre vie et notre mort pour nous précéder en Galilée, c’est-à-dire dans le lieu qui pour lui et pour ses disciples rappelait la vie quotidienne, la famille, le travail. Jésus désire que nous portions l’espérance là, dans la vie de chaque jour. Mais la Galilée, pour les disciples, c’était aussi le lieu des souvenirs, surtout du premier appel. Retourner en Galilée c’est se souvenir d’avoir été aimés et appelés par Dieu. Chacun de nous a sa propre Galilée. Nous avons besoin de reprendre le chemin, nous rappelant que nous naissons et renaissons d’un appel gratuit d’amour, là, dans ma Galilée. Cela est le point d’où repartir toujours, surtout dans les crises, dans les temps d’épreuve. Dans la mémoire de ma Galilée.

Mais il y a plus. La Galilée était la région la plus éloignée d’où ils se trouvaient, de Jérusalem. Et pas seulement géographiquement : la Galilée était le lieu le plus distant de la sacralité de la Ville sainte. C’était une région peuplée de gens divers qui pratiquaient des cultes variés : c’était la « Galilée des nations » (Mt 4, 15). Jésus envoie là, il demande de repartir de là. Qu’est-ce que cela nous dit ? Que l’annonce de l’espérance ne doit pas être confinée dans nos enceintes sacrées, mais doit être portée à tous. Parce que tous ont besoin d’être encouragés et, si nous ne le faisons pas nous, qui avons touché de la main « le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1), qui le fera ? Qu’il est beau d’être des chrétiens qui consolent, qui portent les poids des autres, qui encouragent : annonciateurs de vie en temps de mort ! En chaque Galilée, en chaque région de cette humanité à laquelle nous appartenons et qui nous appartient, parce que nous sommes tous frères et sœurs, portons le chant de la vie ! Faisons taire le cri de mort, ça suffit les guerres ! Que s’arrête la production et le commerce des armes, parce que c’est de pain et non de fusils dont nous avons besoin. Que cessent les avortements, qui tuent la vie innocente. Que s’ouvrent les cœurs de ceux qui ont, pour remplir les mains vides de ceux qui sont privés du nécessaire.

Les femmes, à la fin, « embrassèrent les pieds » de Jésus (Mt 28, 9), ces pieds qui pour venir à leur rencontre avaient fait un long chemin, jusqu’à entrer et sortir de la tombe. Elles embrassèrent les pieds qui avaient piétiné la mort et ouvert le chemin de l’espérance. Nous, pèlerins en recherche d’espérance, aujourd’hui nous nous serrons contre toi, Jésus Ressuscité. Nous tournons le dos à la mort et nous t’ouvrons nos cœurs, toi qui es la Vie.

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