Contrairement aux évangiles synoptiques de Pâques qui commencent à l'aube, le récit de Jean commence dans l'obscurité, l'absence de lumière (c’était encore les ténèbres). Arrivée devant le tombeau, Marie-Madeleine découvre que la pierre a été roulée. Elle en déduit qu’on a enlevé le corps de Jésus.

Bernard Schoepfer

Homélie – dimanche 12 avril 2020 – Résurrection du Seigneur – messe du jour de Pâques. ” Il vit, et il crut “. Jn 20, 8 – Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Contrairement aux évangiles synoptiques de Pâques qui commencent à l’aube, le récit de Jean commence dans l’obscurité, l’absence de lumière (c’était encore les ténèbres).  Arrivée devant le tombeau, Marie-Madeleine découvre que la pierre a été roulée. Elle en déduit qu’on a enlevé le corps de Jésus. Elle court prévenir Pierre et Jean. Tous deux arrivent devant le tombeau vide. Ils voient les linges restés sur place et bien rangés. Pierre est perplexe ; mais pour Jean, c’est différent quelques mots disent sa foi : « Il vit et il crut. »

Nous nous rappelons qu’il avait suivi Jésus jusqu’au pied de la croix ; il avait participé à l’ensevelissement. Il voit bien qu’il n’y a pas de désordre provoqué par une violation de sépulture :  « Il vit, et il crut. » Tout est là, dans l’attitude du disciple bien-aimé.

Qu’a-t-il vu ? Pas grand chose. Mais cela suffit à celui qui est humble de cœur, à celui qui a reposé sur le cœur de Jésus pendant sa passion et sait discerner sa présence dans les signes discrets de son passage. C’est bien l’humilité du cœur qui nous donne accès au Ressuscité, par le moyen de la foi. Ce mystère qui résiste et échappe aux sages et aux savants ; il ne s’ouvre aux petits qu’à travers un regard de foi.

Comme l’a écrit Saint-Exupéry dans le petit prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Oui, ce sont les yeux du cœur qui fondent notre foi. A proprement parler, ce n’est pas un voir, mais un entrevoir qui ouvre à la foi. Tout le monde voit. Mais peu savent entrevoir. Entrevoir : voilà le verbe de la foi. Il n’y a pas de preuves, mais seulement des signes, efficaces, fondateurs, sûrs.

Clairvoyance des yeux qui aiment : ils voient ce que les autres ne voient pas. Dans les objets muets qui s’offrent à son regard – le tombeau vide, les linges, le suaire – Jean sait reconnaître les signes de la résurrection : « Il vit, et il crut. »

Il n’y a eu aucun témoin à la résurrection au petit matin de Pâques, seulement des disciples qui n’ont trouvé que le tombeau vide. Seulement des disciples à qui il se fera voir. Il y a bien là de quoi bouleverser quelqu’un, de quoi mettre hors de soi, de quoi en rester muet de stupéfaction et de sidération. Il y a là une expérience qui bouleverse la vie. Car c’est une expérience de foi et non une découverte intellectuelle, une démonstration, une évidence immédiate.

A tous ceux qui chercheraient des preuves de la résurrection, il leur est demandé de changer leur manière de voir. À tous ceux qui veulent croire, il leur est demandé de partir de la réalité visible de l’existence pour accéder à la réalité invisible grâce aux signes et au témoignage des apôtres. Des signes de résurrection, il y en a des milliers chaque jour dans notre vie, dans la vie de ceux que nous rencontrons.  Jésus est vivant, et c’est en lui que nous sommes vivants.

« Il vit et il crut ». En ce dimanche de Pâques, nous sommes invités à aller au tombeau nous aussi, à regarder à l’intérieur avec les yeux de notre imagination. Comme Marie-Madeleine, comme Pierre et l’autre disciple, Jean, nous verrons les linges et le suaire. Nous regarderons le lieu en détail, mais notre imagination sera impuissante à nous montrer Jésus ressuscité.
La seule voie qui nous est accessible, c’est celle de la foi. Cette foi n’est pas une fuite en avant ou une représentation ésotérique. Demandons au Seigneur, en ce beau jour de Pâques, de sortir de nos tombeaux, de toutes sortes. A voir davantage du point de vue de Dieu et de Jésus, et moins du nôtre. A regarder comme saint Jean, à travers le visible pour repérer les signes de l’invisible. La foi est bien une manière de regarder la réalité dans sa profondeur et donc dans sa vérité. Dimanche, prochain, dimanche de la Divine miséricorde, Jésus dira à Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jn 20, 29)

Le disciple bien-aimé qui a discerné les sentiments de Jésus, en reposant sur son cœur, est capable de voir sa présence ou son passage dans toute chose, même la plus petite. Il a intériorisé dans son cœur la Présence aimante de son Seigneur. Pas besoin de miracle, la certitude de la présence du Vivant est donnée à celui qui croit humblement à son amour. Et cela suffit. La foi suffit : « Il vit, et il crut. »

Aujourd’hui, c’est Jour de Pâques sur notre terre qui marche encore dans les ténèbres. L’angoisse continue à nous assombrir et les marques de la mort sont bien présentes parmi nous ; la  pandémie (covid 19) traverse nos pays et frappe les populations. Mais, au cœur de cette eucharistie, nous croyons que le tombeau est vide ! La mort n’aura pas le dernier mot : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. »

En célébrant, ce jour de Pâques 2020, nous voulons apporter dans notre monde une note d’espérance et de joie. « La résurrection du Christ, écrit le pape François dans la joie de l’Evangile, produit partout les germes de ce monde nouveau; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante ! » (La joie de l’Evangile, n° 278)

Partager sur email
Partager sur print