Petite visite de notre dévotion à Marie

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Vincent Goguey

Petite visite de notre dévotion à Marie

Lorsque nous nous adressons à Marie nous nous présentons en tant que « pauvres pécheurs ».

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Lorsque nous accompagnons quelqu’un qui est dans la désolation et qui se définie à la négative, ne cherchons-nous pas à contrecarrer l’idée qu’il a de lui-même en lui montrant ce qui est valable en lui ? Ne cherchons-nous pas à lui montrer le positif qu’il n’est pas capable de voir par lui-même ? Ne nous réjouissons nous pas lorsque l’on constate qu’il réussit cela et qu’il se voit avec un regard qui tend davantage vers l’avenir et tous les possibles que cela engendre ?

Par ailleurs lorsque nous nous définissons avant tout comme « pécheur » nous oublions une donnée essentielle de notre foi. Car avant d’être pécheurs, nous sommes créés de Dieu et de plus créés à son image. Avant d’être pécheurs nous sommes enfants de Dieu. Il fait de nous ses fils et ses filles, héritiers de son Royaume selon la grâce obtenue par le Christ offert en sacrifice par amour pour nous.

Pour honorer notre Dieu et notre mère, il est bon de rappeler avec force cette dimension divine en nous plutôt que de limiter notre identité à ce qui est touché par le péché. Sinon c’est donner plus de place au Mal qu’à Dieu !

Prenons encore le temps de constater ce que produit un regard d’une mère aimante sur son enfant lorsque celui-ci prend conscience d’être aimé par sa mère lui disant avec force qu’il est son enfant bien aimé. Cela le réjouit, le stimule, lui donne plus de confiance à reprendre la route, cet amour maternel lui donne de changer son regard sur lui-même en se redisant intérieurement « maman m’aime ». La conséquence est de prendre plus au sérieux ce rôle d’être héritier du Père, soutenue par la mère !

Pour entrer davantage dans ce mystère que nous sommes : enfants de Dieu (et nous le sommes précise st Jean), je me suis mis à réciter la prière adressée à Marie en modifiant quelque peu ce que l’on dit sur nous-mêmes : pauvres pécheurs, en le remplaçant par « tes enfants » ou encore « ses enfants » (pour évoquer le fait d’être enfants du Père).

Voici donc ce que donne cette deuxième partie de la prière du chapelet :

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, tes enfants…

Et pour le « je vous salue Marie » suivant

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, ses enfants…

Exprimer cette prière de cette manière c’est avant tout me remettre vraiment dans cette filiation divine et maternelle (la mère que Jésus nous a donnée) pour m’en fortifier. C’est me charger de toute cette force qui m’est donnée par cet amour indéfectible.

A la suite de l’abbé Pierre, je modifie aussi la toute dernière phrase : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Il disait que cette vision évoquait surtout la peur de ce départ définitif, réduisait notre vie qu’à ce dernier moment ultime alors qu’avant ce moment-là il y avait toute une vie à vivre ici sur Terre.

Il remplaçait donc cette fin de prière par « maintenant et à l’heure de la rencontre ». Cette rencontre évoquant deux réalités fortes de notre foi.

Première réalité : le passage de la mort est surtout le moment où nous allons rencontrer notre Dieu face à face. Le dire ainsi c’est mettre davantage l’accent sur cette espérance immense, qui est appelée à sans cesse grandir en nous plutôt que de focaliser sur le côté tragique de notre disparition de cette Terre.

Seconde réalité évoquée dans cette formule est le fait qu’à chaque moment, à chaque rencontre faite dans mon quotidien, il y a le mystère de la présence de Dieu dans l’autre et que j’ai à y être très attentif pour déjà vivre cette rencontre divine dans chacune de mes rencontres quotidiennes.

Ces deux modifications de cette prière si populaire donnent donc ceci :

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu prie pour nous tes enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Et la suivante (lorsque nous disons le chapelet)

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous ses enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Lorsque nous regardons la structure des deux prières récitées le plus souvent, le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie », nous constatons qu’elles sont identiques. La première partie est tournée vers celui ou celle à qui nous nous adressons pour évoquer ce qu’il y a de beau et de bon dans leur identité. La deuxième partie est tournée vers nous puisque nous leur demandons de nous aider dans notre manière de mener notre vie.

Cela me donne parfois l’impression d’un enfant qui voulant obtenir quelque chose commence par dire plein de gentilles petites choses à son père ou sa mère pour les amadouer et ainsi arriver à leur extorquer ce qui le motive surtout : avoir gain de cause !

Ces prières ont donc le risque de s’intéresser davantage à nous-mêmes qu’au Seigneur ou à Marie. Pour éviter quelque peu cela, chaque première dizaine que je dis quasi quotidiennement omet la seconde partie de ces prières pour me concentrer uniquement sur ce qui est dit de Dieu et de notre mère. Ainsi je commence la première dizaine :

Notre Père qui est aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.

Je te salue Marie pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Cela me donne de mieux me défaire de mon petit moi et de me réjouir en contemplant la grandeur de notre Dieu et de la mère qui nous est confiée.

Je vous souhaite, dans cette pratique du chapelet, un bon cœur à cœur avec notre Père et notre mère qui désirent avoir des enfants épanouis et heureux dans leur vie.

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Publication : “Monsieur c’est à nos parents que vous devriez parler !” Vincent Goguey

Pendant une dizaine d’années, deux prêtres de la Congrégation de la Mission (Saint-Vincent-de-Paul), dite des « Lazaristes », sont allés à leur rencontre dans leurs classes, en France et en Belgique, pour les découvrir, accueillir leurs questionnements et les interpeller sur les sens qu’ils donnent à leur vie.

Vincent Goguey

Publication : “Monsieur c’est à nos parents que vous devriez parler !” Vincent Goguey

Rencontres avec les jeunes pour aller au-delà des clichés.

Les jeunes sont-ils ces êtres égoïstes, uniquement préoccupés d’eux-mêmes et sans aucun sens des valeurs que notre société, inquiète et volontiers pessimiste, veut souvent nous faire croire ?

Pendant une dizaine d’années, deux prêtres de la Congrégation de la Mission (Saint-Vincent-de-Paul), dite des « Lazaristes », sont allés à leur rencontre dans leurs classes, en France et en Belgique, pour les découvrir, accueillir leurs questionnements et les interpeller sur les sens qu’ils donnent à leur vie. Pour ces deux hommes, ce fut une source de joie et d’émerveillement. Quelles richesses chez tous ces jeunes qui ont aussi besoin d’être reconnus, encouragés et qui sont heureux de découvrir face à eux des adultes répondant à leurs questions existentielles !

Ce livre vous fait entrer dans les classes où les élèves se sont livrés tels qu’ils sont. C’est une occasion pour chacun, jeune ou adulte, de réfléchir à ce que nous faisons réellement de notre existence.

Note de l’Editeur : L’auteur rapporte avec justesse sa mission auprès des jeunes de milieux et lieux différents, dans une langue au parler franc qui suscite les réactions.

Tour à tour provocateur et amical, il amène son auditoire à se remettre en question pour mieux se comprendre, comprendre ses parents, sa famille et trouver sa vraie place dans la bulle de vie. Une belle aventure humaine que celle de ces deux prêtres missionnaires. À lire et faire lire à toute la famille…

À PROPOS DE CE LIVRE :

Association des Éditions ARKA

Pages : 192 // Année : 2019 // prix 15€

Pour toute commande adressez-vous à :

Vincent GOGUEY : vincent.goguey@gmail.com

” Point de départ de ce récit

2010 était l’année jubilaire de la mort de Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac. 400 ans nous séparaient de ces deux personnages qui ont marqué leur époque par leur manière d’avoir répondu aux détresses du moment, en concrétisant fortement leur foi au service des petits en luttant à leurs côtés contre les différentes formes de pauvreté. Rejoindre les pauvres des campagnes pour leur révéler l’amour de Dieu pour tous, accueillir les exilés arrivant à Paris lorsque des régions étaient en guerre, lancer des équipes de missionnaires ou de sœurs pour aller secourir ceux qui étaient restés là-bas, sauver d’une mort certaine les enfants abandonnés au fond des églises, leur trouver des lieux pour être élevés et recevoir une éducation ; pour apprendre les bases d’un métier pour subvenir à leurs besoins une fois arrivés à l’âge adulte ; prendre soin des vieillards qui croupissaient dans des masures insalubres ; aller dans des foyers où les malades n’avaient plus la force de se soigner, investir les hôpitaux pour soigner les nécessiteux… La liste pourrait encore s’allonger des œuvres et des mises en place de moyens concrets pour soulager cette humanité souffrante d’une époque où la grande noblesse avait pour plaisir de faire la guerre ou la chasse ! Un très bel héritage que nous avons à mettre en valeur, dont on peut rendre grâce pour tout le chemin parcouru et les initiatives caritatives toujours actives aujourd’hui.

Un autre aspect important à évoquer dans la figure de ce saint du « grand siècle » est la création d’une congrégation de prêtres et de frères allant à la rencontre des populations délaissées par le clergé. Annoncer aux pauvres la bonne nouvelle que Dieu les aime (Luc 4,18) est un impératif évangélique qui donne base à cette Congrégation de la Mission dont je fais partie. C’est aussi dans cette dynamique-là que nous allons à la rencontre des jeunes.

Occasion pour les « Vincentiens » d’aujourd’hui de fêter les Congrégations issues de leurs intuitions : la Congrégation de la Mission (souvent appelée « lazariste ») fondée en 1617 et la Compagnie des Filles de la Charité fondée en 1633. Pour honorer l’origine de notre fondation, les Filles de la Charité investies dans l’enseignement, ont voulu qu’il y ait des interventions auprès des collégiens et des lycéens dont elles ont la tutelle. Sur l’Hexagone, elles ont une cinquantaine d’établissements dans le secondaire, donc un bon nombre de jeunes à rejoindre !

Pour nos Congrégations, la volonté était d’intensifier nos collaborations dans différents domaines. Eric Ravoux, un de mes confrères et moi-même étions à ce moment-là responsables du service des vocations pour nos Provinces respectives. Les sœurs ont donc tout naturellement fait appel à nous pour qu’on puisse animer un temps d’échanges dans différentes classes afin de faire découvrir nos fondateurs en donnant quelques bases essentielles de notre spiritualité, de notre charisme : « Suivre le Christ évangélisateur des pauvres ».

Avant d’être au service vocations, Eric était aumônier de prison en Normandie, puis curé d’un secteur en milieu rural en Haute-Marne. Pour ma part, j’ai commencé mon ministère presbytéral auprès des jeunes en lycées professionnels dans les quartiers nord de Marseille. Etre en charge du service des vocations nous amenait spontanément à être en lien avec des jeunes, avec le désir de parler de notre fondateur et de son charisme. C’est donc avec joie que nous avons répondu à l’appel de nos sœurs. Le service « vocation » nous permettait de rencontrer des jeunes déjà motivés par la recherche de Dieu, en questionnement spirituel, et qui venaient demander un approfondissement dans leur connaissance d’une figure de l’Eglise pour nourrir leur foi ou pour faire un chemin vocationnel.

Dès nos premières interventions dans un lycée de Picardie, à la rentrée 2009, nous avons mesuré à quel point les jeunes que nous avions à rencontrer étaient aux antipodes de ce que nous avions à leur proposer. Evoquer saint Vincent, pétri de Dieu comme idéal de vie, ça ne leur disait rien. La dimension du service, l’une des particularités de notre charisme, pouvait en rejoindre certains selon les filières professionnelles dans lesquelles ils se trouvaient mais d’autres n’accrochaient que partiellement. Nous nous sommes vite rendu compte au-delà du peu de connaissances culturelles de nos interlocuteurs, de la pauvreté existentielle de notre jeunesse en France. Très rapidement nous avons décidé avec les responsables pastoraux de l’établissement qu’il valait mieux les rejoindre en interrogeant leurs besoins de vie, leurs questions de sens, plutôt que d’essayer de leur faire ingurgiter un personnage qui n’aurait d’ailleurs trouvé que peu de place dans leur vie. Force est de constater que nos interventions venaient doublement rejoindre notre charisme évoqué dans la parole évangélique en Luc 4 : « l’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur ». Ces jeunes, dans leur grande majorité, n’étaient pas en situation de pauvreté matérielle (encore qu’il y a bien des pauvretés qui se cachent pour éviter la honte) par contre de par le vide de leurs réponses aux questions existentielles, ils sont véritablement en situation de pauvreté dans ce domaine. Saint Vincent rappelait souvent aux Filles de la Charité qu’il n’était pas suffisant de soulager les corps, bien que cela soit indispensable, mais qu’il fallait aussi prendre soin de l’âme afin d’amener les personnes à trouver Dieu dans leur vie et ainsi l’orienter vers Lui pour une vie comblée.

Nous avons donc radicalement changé notre style d’interventions. Plutôt que de venir leur apporter quelque chose (la connaissance de notre fondateur), nous avons opté pour aller à la rencontre de leurs préoccupations, de leurs questions. Nous nous sommes mis à leur écoute, tout en les bousculant sur les réponses qu’ils avaient à trouver par eux- mêmes à ces questions existentielles. Ils ont assez rapidement compris que notre objectif n’était pas de leur en mettre plein la tête en leur montrant combien notre chemin était le meilleur mais bien au contraire qu’il était une invitation à se poser les questions fondamentales sur le mystère de l’existence.

Nos responsables provinciaux ont rapidement compris l’importance d’investir auprès de ces jeunes et nous ont détachés quasiment plein temps pour cette mission. C’est un ministère assez particulier dont nous désirons vous faire part dans ce livre. Il n’est guère possible de vivre cet apostolat à moitié, il est très prenant, le soir on en sort « lessivé » tant il nous a fallu donner de nous-même, mais c’est surtout une très belle grâce d’être investi auprès de ceux et celles qui n’intéressent que peu d’adultes. Ces jeunes nous ont beaucoup appris, ils nous obligent régulièrement à nous remettre en cause sur notre propre chemin, dans nos convictions. Ils nous interpellent et nous obligent à être en vérité, en adéquation avec ce que nous disons et ce que nous vivons.

Les chapitres constituant ce livre évoquent donc la rencontre et le cheminement que nous avons fait avec ces milliers de jeunes rencontrés pendant plusieurs années. Si d’une classe à l’autre le fil conducteur est en grande partie le même, il y a toujours des variantes puisque notre démarche propose de partir de leurs propres questions ou suggestions de débats.

Ainsi le tout de ce livre ne se vit pas en deux heures de temps, selon les classes ça sera tel ou tel sous chapitre de la grande nébuleuse du bonheur qui sera abordé.”

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