La proximité de la solennité de la Pentecôte nous invite à remonter à la source de notre spiritualité et de notre mission. Elle est résolument trinitaire chez st Vincent. Avec lui prenons le temps de contempler ce Mystère fondamental au-delà de nos oublis et de nos négligences. Pour lui et pour nous, la Trinité est notre modèle, l’exemplarité de notre être et de notre vie intérieure.

Jean-Pierre Renouard

REFLEXIONS SUR LA TRINITE CHEZ SAINT VINCENT DE PAUL

La proximité de la solennité de la Pentecôte nous invite à remonter à la source de notre spiritualité et de notre mission. Elle est résolument trinitaire chez st Vincent. Avec lui prenons le temps de contempler ce Mystère fondamental au-delà de nos oublis et de nos négligences. Pour lui et pour nous, la Trinité est notre modèle, l’exemplarité de notre être et de notre vie intérieure. Elle nous invite à vivre en juste harmonie, à la ressemblance des trois personnes ; au-delà de leur distinction, elles s’aiment : « Ce que le Père veut, le Fils le veut ; ce que le Saint Esprit fait, le Père et le Fils le font : ils n’ont qu’une même puissance et une même opération (23 mai 1659 – XII, 256). Consigne intéressante pour nous : nous sommes invités à communiquer en communiant dans la différence. Cela est très concret : personne ne doit reconnaitre d’emblée qui est le chef, la responsable, n’être qu’un cœur et qu’un esprit et se former à l’image du fruit le plus évident de la Trinité, la charité (20 juin 1647 – XIII, 633-634). Autre points d’application : s’aimer, échanger, vivre selon l’expression même de Monsieur Vincent, « la mutualité ».(20 juin 1647 – XIII, 641) et au nom même du comportement divin, se respecter, établir déjà « le paradis » (X, 383).

La Trinité nous habite. Elle demeure en nous : « Le Père engendre son Fils et tous deux, « respirent » le Saint Esprit. Ce mouvement quasi physique est vie ; il accompagne notre action (Pentecôte  – XI, 44). Moteur de notre vie personnelle, intérieure et active, la Trinité nous presse de nous mettre en mission. En elle, tout est mouvement : Le Père envoie son Fils et le Fils est celui qui réalise ce que veut le Père en lui proposant l’incarnation (23 mai 1655 – X, 85 ; 7 novembre 1659 –  XII, 367). Voilà ce qui nous propulse comme Missionnaires. Nous voulons « imiter les pratiques »du Christ Sauveur qui est ainsi devenu le parfum du Père (« votre ambroisie et votre nectar » ! – 7 mars 1659 – XII, 164) et le même rôle du St Esprit inspire à notre Fondateur ce bel ordre de mission : “Oui, le Saint-Esprit, quant à sa personne, se répand dans les justes et habite personnellement en eux. Quand on dit que le Saint-Esprit opère en quelqu’un, cela s’entend que cet Esprit, résidant en cette personne, lui donne les mêmes inclinations et dispositions que Jésus-Christ avait sur la terre, et elles le font agir de même, je ne dis pas d’une égale perfection, mais selon la mesure des dons de ce divin Esprit” (3 décembre 1658 – XII,108).

MALGRE TOUT, CONTINUEZ ! ALLEZ !

La Trinité est la source et la fin de toute la dynamique spirituelle de St Vincent. Et la Congrégation de la Mission est tenue à honorer d’une façon toute particulière, les ineffables mystères de la Très Sainte Trinité et de l’Incarnation” (R.C. X,2)

Pour St Vincent, Jésus reçoit tout du Père ; il est totalement dépendant de lui. Il reconnaît que le Père est l’auteur et le principe de tout le bien qui est en lui (12 décembre 1658 – XII,109 ). Il est envoyé par lui au prix d’un amour coûteux (23 mai 1655 – X, 85). On est presque dans la théologie contemporaine de « la souffrance de Dieu ». Jésus rend toute grâce à son Père par son obéissance. Car le Fils est uni au Père, dans une intimité parfaite, non seulement en tant que Verbe mais en tant qu’homme (21 février 1659 – XII, 147-148). Nous atteignons ici la relation d’amour de Jésus à son Père : il accomplit sa volonté (12 décembre 1559 – XII, 109). Jésus est garant de l’amour du Père en accomplissant son œuvre.

Vincent, pragmatiste, vise à toujours plus de concret : travailler à l’avènement du Royaume dans le cœur des hommes et des pauvres, être soucieux de justice est son souci premier. C’est de fait rendre gloire à Dieu : “ Je prie Dieu tous les jours, deux ou trois fois, qu’il nous anéantisse si nous ne sommes utiles pour sa gloire” (17 mai 1658 – XI,2). Le repère ultime de la vocation missionnaire réside toujours en une question qu’il faut savoir se poser avant d’entreprendre : “Si cela se fait, Dieu en sera-t-il glorifié ?” (XIII, 629). Car il a pour garantie :  ”Cherchons la gloire de Dieu ; il fera nos affaires” (21 février 1659 – XII, 132). Souvent il parlera du “bon plaisir” de Dieu, autre manière de parler de volonté de Dieu. Pour lui, cette volonté divine s’accomplit de façon éminente par l’évangélisation des pauvres. En cela, il est très personnel, il colle à l’Évangile et il renouvelle la spiritualité. Et si nous en doutions, en voici une preuve évangélique :

« Oh ! Quel bonheur, quel bonheur, Messieurs, de faire toujours et en toutes choses la volonté de Dieu ! N’est-ce pas faire ce que le Fils de Dieu est venu faire sur la terre, comme nous avons déjà dit ? Le Fils de Dieu est venu pour évangéliser les pauvres ; et nous autres, Messieurs, ne sommes-nous pas envoyés pour le même sujet ? Oui, les missionnaires sont envoyés pour évangéliser les pauvres. Oh ! quel bonheur de faire sur la terre la même chose que Notre-Seigneur y a faite, qui est d’enseigner le chemin du ciel aux pauvres ! » (Septembre 1655 – XI, 315)

Le Missionnaire, selon St Vincent, aime continuer l’œuvre du Christ. Il est son relais, son prolongement. Travailler, travailler ; agir, agir, tel est son mot d’ordre. Il reprend volontiers sa phrase lapidaire: “Totus opus nostrum in actione consistit”, “Toute notre entreprise est dans l’action” (XI,41); il veut une piété laborieuse, “aux manches retroussées”. Par nos œuvres, nous montrons à Dieu que nous l’aimons. Aujourd’hui, plus que jamais, pour sortir du marasme actuel, il n’est que de se donner et d’agir.

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