Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu ! Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

P. Christian Mauvais, cm

Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Mot d’accueil.

Frères et sœurs, bienvenue !

C’est une joie pour nous tous que de vous accueillir aujourd’hui dans cette Chapelle restée fermée à toute personne pendant plusieurs semaines. Elle n’en est pas pour autant devenue un tombeau sans aucune respiration, sans aucun mouvement de vie, sans aucun rassemblement. Chaque jour, la communauté s’est retrouvée ici, pour chanter les louanges, prier, méditer, célébrer et ces temps devant le Seigneur vous rejoignaient ; vous étiez présents avec nous, vous, vos familles, les personnes malades, hospitalisées, décédées, l’ensemble des soignants, toute personne dévouée sans compter etc…. cette chapelle n’a jamais été fermée à la vie ; à toute présence humaine. Ce n’était pas un silence de mort mais une musique de vie qui y régnait !

De vous voir ce matin et en bonne santé, cela fait plaisir car le visage de quelqu’un est irremplaçable ; il est notre vis à vis, ce face à face nécessaire pour respirer à plein poumons la vie offerte et reçue. Prenez le temps de vous regarder pour vous souhaiter la bienvenue, et ne pouvant le faire par un baiser de paix comme nous y invite st Paul, nous pouvons nous applaudir en signe d’accueil joyeux !

C’est un commencement… il y a encore de la place et chacun pourra peu à peu revenir s’asseoir, offrir, recevoir. Ces places vides peuvent nous donner le vertige et nous faire nous lamenter. Regardons-les plutôt comme un appel qui nous est adressé chaque dimanche : laisser une place à ce frère, cette sœur absent aujourd’hui et que nous souhaitons inviter, qui ne se sent pas encore prêt à venir avec nous, qui n’a pas encore compris à quel point il est aimé et attendu !

Le rassemblement eucharistique ne sera vraiment réalisé, que le jour où il ne manquera aucune personne , où chacun sera reconnu pour ce qu’il est, nécessaire pour former le Corps du Ressuscité qui est remis dans le cœur de notre Père.

Déjà avec vous, il y a tant de personnes dont vous portez la vie, avec leurs joies et leurs angoisses, leurs deuils, leurs désespérances ! toutes ces personnes connues, aimées, rencontrées.

Cette crise nous révélant notre fragilité personnelle et collective, nous rend humbles et nous invite à l’abandon et à la confiance. C’est dans notre faiblesse que la Grâce trouve la place pour produire ses fruits. Elle nous fait passer du ‘chemin du moi’ au chemin de Dieu et des autres.

Présentons-nous ensemble devant le Seigneur pour lui dire simplement MERCI, lui demander PARDON ; qu’il nous purifie dans son Esprit qui fait notre unité, qui fait de nous tous une même famille.

HOMÉLIE

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu !

Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

Qui donc est ce Père qui nous reçoit chez lui, qui nous reconnaît et nous aime comme ses enfants, qui nous regarde avec ce regard unique, celui-là même qu’il porte sur son Fils bien-aimé ? Moïse a été le témoin de l’identité de ce Dieu dans sa rencontre avec lui sur la Montagne au moment de conclure une alliance, de s’engager dans une Promesse. Moïse a demandé le nom de celui qui devenait son partenaire dans l’Alliance car on ne s’engage pas à la légère, avec un inconnu quand il s’agit de son avenir. Dieu descend et vient se placer auprès de Moïse : « le Seigneur… Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Devant ce dévoilement de l’identité de Dieu, Moïse se prosterne et invite Dieu à rester auprès de son peuple, à marcher au milieu de ce peuple car, reconnaît-il, c’est un peuple à la nuque raide qui a besoin d’être relevé par le pardon pour devenir héritiers d’une Promesse de Vie.

Dans ce dialogue, chacun a pu dire qui il est, en vérité et dire ce qu’il espère. Devant tant de bonté, de miséricorde de la part de Dieu, l’homme ne peut que demander d’être accompagné et renouvelé par le pardon. Une juste relation commence. Se connaître pour faire alliance, demeurer en communion, sachant que c’est dans le regard de l’autre que nous découvrons ce que veut dire aimer, être aimé. Le regard de Dieu transforme, met au jour ce que nous sommes !

Qui donc est ce Père  qui nous donne son Fils, qui accepte que son Verbe prenne chair pour nous ouvrir le chemin qui conduit à cette béatitude en Dieu ? En Jésus, nous découvrons combien nous sommes aimés, portés et conduits à la Vie et donc porteurs de vie !

  • Ce temps de confinement nous a appris en quelque sorte à nous connaître personnellement et dans notre relation avec les autres et celle avec Dieu. Il a fait naître chez certains, la peur de la mort, la sienne et celle des autres, la peur de la contamination, de la maladie, la peur de l’autre et ces sentiments ont pu dominer nos pensées, le rythme de nos vies, les sujets de conversation, et peut être aussi nous replier sur nous-mêmes, nous fermer à la vie, au risque. Une souffrance car nous ne sommes pas faits pour cela mais pour être ensemble, marcher ensemble, donner sens ensemble, nous aimer les uns les autres !
  • Ce temps de confinement a permis dans bien des endroits à ce que les gens se découvrent  et se reconnaissent ; ils étaient proches par l’habitation et pourtant ne se connaissaient pas. Ils ont appris à se dévoiler, à se montrer, à se dire et à agir ensemble. Il y a eu de belles expériences de communion ; un grand pas a été fait pour vivre une alliance nouvelle dans des quartiers, des immeubles, des rues, des lieux de travail, pour s’engager autrement dans la vie, en comptant sur l’autre et en se tournant vers l’autre. Une joie car le regard porté sur les autres a ouvert les cœurs, les mains, les portes. Une autre respiration pleine de vie !
  • Pour certains, ces conditions incertaines et source de peine ont été l’occasion de donner une autre place à la prière, la foi, la vie remise entre les mains de Dieu avec confiance.

D’une manière ou d’une autre nous avons expérimenté cette proximité de Dieu au milieu de nous malgré les apparences, nous avons reconnu notre vulnérabilité, notre fragilité, notre humanitude ! nous nous sommes reconnus comme personnes à la nuque raide,  braqués, raidis parfois dans notre analyse de la situation, notre jugement, et compréhension de la réalité et que nous avons refusé de comprendre ce qui nous était dit, proposé comme chemin pour  consolider notre communion.

Et là nous sommes en plein dans le Mystère de l’Amour. Nous faisons, très petitement, l’expérience de ce qui se passe en Dieu où le Père ne cesse de regarder son Fils et l’humanité, où le Fils ne cesse de regarder son Père où il retrouve ses frères et sœurs. Merveilleux mouvement de l’Esprit qui ouvre largement notre regard vers l’autre et qui nous rend si heureux. L’humanité a été traversé par ce souffle de renouveau et nous nous sommes assouplis dans nos raideurs, dans nos liens.

Fêter la Trinité c’est fêter cela. Notre engagement les uns envers les autres pour la vie, pour les plus fragilisés, démunis, oubliés. L’identité de Dieu que nous recevons,  nous oblige à nous tourner vers les autres et surtout vers ceux qui ne sont pas regardés, le faire avec compassion, bonté, douceur, porteurs de Paix.

Une base nouvelle pour vivre une alliance durable. ‘Laudato Si’ en est un contrat, qu’il nous faut relire, aborder pour découvrir l’unité et la beauté du monde, de la création ; qu’en fait tout se tient dans un mouvement d’amour, de vie.

Prenons du temps pour faire une lecture de ce temps vécu bien malgré nous ? qu’en retenons-nous pour avancer sur le chemin de la vie ? qu’avons-nous envie de continuer à pratiquer, à mettre en œuvre pour une nouvelle humanité, pour prendre soin des autres, de la création ? quel temps se donner pour reconnaître dans la foi, que Dieu marche au milieu de nous, comme Celui qui est plein de douceur, de vérité  et qui nous invite à changer notre regard sur le monde, sur les autres, sur notre fonctionnement, ?

Dieu est quelqu’un de profondément bon et juste, qui nous aime tant qu’il ne recule devant rien pour que nous entrions dans sa vie d’amour : il nous a donné son Fils. Que faisons-nous de ce cadeau ? comment nous mettre dans son écoute pour demeurer dans son Alliance et marcher vers la Vie ?

Bonne fête et encore bienvenue dans ces rassemblements d’Église.

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