Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24).

Roberto Gomez

Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

Chères sœurs, chers frères. La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24). Jésus prend le contre-pied d’une forme de promotion de la vengeance qui ne laisse à la fin que tristesse et encore plus de violence : « Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ». Ne vous amusez pas à faire de calcul mathématiques. Les disciples de Jésus, ses amis, doivent pardonner sans compter.

Avouons-le, mes amis, nous avons très souvent du mal à pardonner, n’est-ce pas ?  Certains sont carrément rancuniers ou éprouvent presque une incapacité profonde à accorder le  pardon. Jésus le sait ! Il connaît la nature humaine, c’est pour cela qu’il livre cet enseignement à Pierre et en lui à tous ses disciples.

Pourquoi avons-nous tant de mal à pardonner ? On nous a transmis de fausses idées sur le pardon, c’est pourquoi nous avons du mal à pardonner. Voici trois fausses idées :

  1. Nous pensons souvent que pardonner c’est offrir un cadeau à quelqu’un qui ne le mérite pas. Cette personne qui m’a fait souffrir, qui m’a fait du mal, ne mérite pas de ma part le moindre geste de générosité ; voilà ce que nous pensons au fond de nous-mêmes. Or, pardonner ce n’est pas offrir un cadeau à l’autre mais se faire un cadeau à soi-même. Celui qui pardonne se libère, s’apaise, récupère la liberté intérieure perdue à cause du mal subi.
  2. On nous a souvent appris que pardonner c’est oublier. Aaah ! Si tu n’as pas oublié c’est que tu n’as pas pardonné ! Eh bien c’est faux ! Pardonner est autre chose que devenir amnésique. Si Jésus enseigne le pardon c’est tout en sachant qu’une mémoire blessée ne permet pas de vivre de manière épanouie. Il est toujours possible de guérir ses blessures et la meilleure manière d’en prendre soin c’est de l’identifier, de la nommer ; non pas de l’ignorer. Un proverbe enseigne que le plus long chemin commence toujours par le premier pas. En effet, le premier pas dans le processus du pardon est celui de renoncer à la vengeance. Oui, on m’a fait du mal, mais je ne me vengerai pas. Je ne rendrai pas le mal pour le mal.
  1. Pardonner ne consiste pas à ignorer le mal subi ou faire comme si aucun mal n’avait été commis. Oui, on peut pardonner tout en tirant des conséquences pour l’avenir. Si, par exemple, une personne a divulgué quelque chose d’important et en faisant cela elle m’a causé du tort, la prochaine fois je sais que ne pourrai pas lui accorder toute ma confiance. Je ne recommencerai pas, mais je continuerai à lui parler, à la traiter avec dignité et respect. Tenez par exemple, le Pape Jean-Paul II a pardonné à son agresseur. Il est même allé le voir en prison. Cependant il n’a pas empêché la justice de faire son œuvre. Je n’ai jamais entendu dire qu’il ait demandé sa libération.

Il y a tant d’autres fausses idées sur le pardon que l’on nous a transmises qui nous empêchent de pardonner à la manière de Jésus. Il est vrai que sa parole est exigeante. C’est pour cela qu’il a recours à une parabole pour faire comprendre la complexité et les raisons d’être du pardon.

Deux débiteurs sont mis en scène dans l’évangile. Le premier doit des millions pour faire court. Il sait pertinnement qu’il ne pourra jamais rembourser sa dette. La pratique de l’époque était sans pitié : il devait être dépossédé de tout, être vendu avec sa femme, ses enfants et tous ses avoir en remboursement de la dette. L’homme en question se sait perdu. Il demande alors du temps, de la patience, de la pitié dirions-nous. Le roi lui accorde bien plus que cela. Sa dette est effacée totalement, sans contrepartie… Quelle générosité de ce roi qui voilait précisément régler  ses comptes. Le deuxième débiteur, de son côté n’a qu’une dette infime envers  celui qui vient d’être gracié … On s’attend dans cette histoire à ce que le premier agisse avec la même générosité dont il a bénéficié. Il n’en est rien. Vous connaissez la fin. La parabole se termine par une affirmation redoutable : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera , si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». Telle est la pointe de la parabole. Elle veut que nous nous reconnaissions que la grâce de Dieu est toujours assurée. Sa seule limite est celle que nous fixons.

Le pasteur Paul VERGARA, qui sauva une soixantaine d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, affirmait : « Il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés[1]. » La seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons en refusant le pardon à notre tour. D’autre part, Dieu ne peut pas nous demander autre chose que ce qu’il donne. En Jésus nous sommes pardonnés, sans limite ni condition. Nos dettes, nos péchés, notre complicité avec le mal ont été cloués sur la croix. La dette a été payée. C’est le Christ qui en a payé le prix. Alors, si le Seigneur nous a pardonné, faisons de même avec les autres.

On a posé à Julien GREEN une question : si Dieu existe, si le ciel existe qu’est-ce qu’il te dira en arrivant la haut ? Oh oui ! répondit-il, je sais ce qu’il me dira. Il me dira : « Je suis un Dieu pardonneur ».

Seigneur, donne-nous la grâce du pardon. Fais-nous le cadeau de la liberté intérieure, de la fraternité gagnée par le pardon et la réconciliation.  Donne-nous la grâce ne pas refuser aux autres précisément ce que nous recevons gratuitement et généreusement de ta part, le Dieu pardonneur, Amen.

Le 13 septembre 2020

Chapelle de la Médaille Miraculeuse

 

                                      

[1] Le 25 février 1945.

 

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