Comme chaque année, au dernier dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à célébrer le Christ Roi de l’Univers. Instituée par le Pape Pie XI, en 1925, la fête du Christ Roi, avec à cette époque une connotation plutôt socio-politique, a pris vocable, dans la mouvance du Concile Vatican II, de Fête du Christ Roi de l’Univers, soulignant ainsi la dimension eschatologique, celle de la fin des temps, de ce monde nouveau déjà présent et encore à venir.

Yves BOUCHET

Dimanche 22 novembre 2020 « Christ Roi de l’Univers ». Homélie à la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Paris

Comme chaque année, au dernier dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à célébrer le Christ Roi de l’Univers. Instituée par le Pape Pie XI, en 1925, la fête du Christ Roi, avec à cette époque une connotation plutôt socio-politique, a pris vocable, dans la mouvance du Concile Vatican II, de Fête du Christ Roi de l’Univers, soulignant ainsi la dimension eschatologique, celle de la fin des temps, de ce monde nouveau déjà présent et encore à venir.

La royauté du Christ, en effet, n’est pas de ce monde, Jésus lui-même l’affirmait à Pilate. « Ma royauté ne vient pas de ce monde ».  Elle se démarque des modèles humains d’hier et d’aujourd’hui. Et Jésus n’a jamais revendiqué le titre de roi terrestre : Il est venu pour servir, non pour être servi. « Je suis parmi vous comme celui qui sert. » dit-il à ses amis. Il est ce roi, comme on aime à le chanter : « Roi d’humilité, roi sans palais, roi sans armée. » Sa force n’est pas dans la puissance et l’accumulation de richesses.  Son autorité ne se déploie pas dans la domination, voire dans l’exploitation des hommes, mais tout au contraire, dans la patience, l’attention, la confiance, le respect, le pardon. Finalement, un roi qui nous surprend et nous désarme par la puissance de son Amour et par la force de son Pardon. Un amour total, sans mesure, qui fait dire à Jésus : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne. » et qui la donne pour la multitude, en rémission des péchés.   

« Alors que les grands de la Terre se construisent des « trônes » pour leur pouvoir, Dieu choisit un trône inconfortable, la croix, de laquelle il règne en donnant la vie. » dit le Pape François

En nous appuyant sur les textes bibliques que nous venons d’entendre, nous pouvons relever trois aspects de cette figure du Christ Roi de l’Univers

– Tout d’abord la figure du roi comme celle d’un berger qui veille sur son troupeau et le rassemble. « Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis et je veillerai sur elles » avons-nous lu dans le livre du prophète Ezéchiel.  Un roi berger ! C’est bien le contraire des tendances de tout pouvoir qui ne pense souvent qu’à s’enrichir au détriment du peuple et des plus pauvres. Et tout au long de sa vie terrestre, Jésus n’a eu cesse de manifester cette tendresse, cette attention envers les hommes et en particulier le plus humbles, les malades, les étrangers, les rejetés, tant sur le plan social que religieux. Et non simplement il l’a manifesté en paroles : « Va, je ne te condamne pas » « lève -toi et marche » « Tes péchés sont pardonnés » Mais aussi en posant des actes :  guérissant des malades, nourrissant des foules, relevant des morts et jusqu’à se donner lui-même en donnant sa vie sur la croix. Voilà notre Roi, notre Christ Roi de l’Univers. Ce Berger plein de compassion, de tendresse et d’amour. Et ce Roi, berger de l’humanité, est le reflet même du visage de son Père qui est aussi, comme nous allons le redire tout à l’heure : Notre Père.

– Un deuxième aspect de la figure du Christ Roi de l’Univers est mis en valeur dans la lettre de Paul aux Corinthiens. Il nous parle du Christ ressuscité, berger de toute humanité, qui veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Le Christ Sauveur et Rassembleur. Par sa mort et sa résurrection, il a triomphé de toutes les puissances du mal. Il nous entraine avec lui sur le chemin du Royaume. Et par le Baptême nous sommes déjà entrés avec lui dans le mouvement du mystère pascal, jusqu’au jour où nous serons définitivement avec lui et où « Dieu sera tout en tous.» Depuis la résurrection, nous sommes en effet dans « les temps qui sont les derniers » et dans l’attente du dernier avènement. Dans une attente qui nous engage dés ici-bas, à nous investir à sa suite, et avec sa grâce, sur le chemin de la fraternité et du pardon. Dans   une attente qui nous engage aussi à savoir discerner au cœur de nos vies et de la vie du monde, les signes de sa présence et de sa venue.

– Le troisième aspect de la figure du Christ Roi de l’Univers nous est révélé pat Jésus lui-même qui, non simplement s’est approché des hommes en bon berger, mais qui s’est identifié aux plus humbles et aux plus pauvres. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» 

Proche des petits et des exclus, le Christ Roi de l’univers se reconnaît en chacun d’eux. Et c’est donc à la manière dont nous les aurons accueillis que nous serons jugés. « J’ai eu faim, j’étais malade, j’étais prisonnier, j’étais un étranger … »

La porte du Royaume est ouverte, mais la franchir ne consiste pas simplement à entrer dans nos églises ou à se retrouver dans le secret de la prière. La porte du Royaume nous dit Jésus, est à franchir en osant nos pas dans le concret de la vie, dans le vif de notre actualité traversée par ses misères et ses espoirs, dans la rencontre des hommes et en particulier des frères et sœurs en souffrance. Le Royaume est présent et en construction dans chaque écoute patiente, chaque sourire encourageant, chaque fardeau partagé, chaque regard respectueux et aimant, chaque geste de paix et de réconciliation.

Dans une prière que nous adressons à saint Vincent de Paul, pour lequel cet évangile de Matthieu a été phare et lumière pour sa vie, nous concluons : « Fais-nous souvenir que tous un jour nous serons jugés sur l’amour »

Ce jugement ne doit pas nous apeurer en pensant à la fin des temps, mais doit nous engager dans l’aujourd’hui de la vie, car c’est bien là que tout commence : « Le Royaume est là parmi nous. »

Le Christ roi de l’univers, berger de l’humanité, sauveur et rassembleur a fait choix d’habiter le palais du cœur des hommes pour nous conduire ensemble à la Vie, avec lui et pour l’Éternité.

Amen

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