Je voudrai vous partager quelques réflexions à la suite de mes trois ans de mission en Périgord. Ce qui suit est plus particulièrement un certain constat d’une réalité pas toujours évidente à accueillir. Le risque est d’être dans un certain déni de réalité.

Vincent Goguey

Une Église en désarroi

Je voudrai vous partager quelques réflexions à la suite de mes trois ans de mission en Périgord. Ce qui suit est plus particulièrement un certain constat d’une réalité pas toujours évidente à accueillir. Le risque est d’être dans un certain déni de réalité. Il y a des lieux d’Église qui fonctionnent bien, avec des communautés rassemblées qui ont toute une dynamique et où l’on sent la joie de se retrouver pour célébrer le Seigneur ; béni soit Dieu. Il y en a d’autres où c’est plus difficile, souffrant. C’est ce que je voudrais évoquer maintenant.

La discussion avec un prêtre du diocèse m’a permis de mettre des mots sur ce que je ressentais depuis quelques temps vis-à-vis de mon vécu, principalement en église rurale. Ce prêtre me partageait qu’à son ordination (il y a déjà 25 ans) il disait qu’un très gros pourcentage de sa mission serait de faire du soin palliatif en église ! Donc accompagner jusqu’à la mort avec le plus d’attention et de délicatesse possible ! Ceci serait bien si nous avions les moyens et dispositions que l’on peut trouver dans ces centres d’accompagnements en soins palliatifs mais c’est rarement le cas.

Il est donc nécessaire de déplacer quelque peu l’image et de regarder un couple dans sa vieillesse où l’un des deux commence à avoir petit à petit de plus en plus besoin d’aide. Très souvent l’autre entre dans une attitude d’aide, ouvrant insensiblement le sillon du déséquilibre : Aidant / Aidé ! Ça peut arriver à la suite d’un AVC ou autre attaque, mais souvent ça commence par le besoin d’aide à mettre les bas de contention, ou d’une aide pour se déplacer ou encore de faire la toilette. La dépendance s’aggravant, l’Aidant devient quelque peu prisonnier de cette relation instaurée sans regarder de trop près ce que cela implique. Le souci est qu’un bon nombre d’Aidant, décède avant l’Aidé !!! Ces personnes s’y épuisent littéralement ne calculant pas le déséquilibre instauré par la dégradation de santé du conjoint. Dans ces situations de couples, il est bien souvent assez difficile de faire prendre conscience à l’Aidant qu’il a lui aussi besoin d’aide, de répit, de moments pour se ressourcer, sortir de cette situation où il n’est devenu QUE Aidant. L’Aidé peut même parfois devenir très exigeant. L’Aidant a bien souvent le sentiment de l’abandonner, de ne pas tenir son engagement d’être là pour le meilleur… et pour le pire. Il n’est plus à l’écoute de ses propres besoins. Littéralement il meure à la tâche !

En campagne, l’Église fonctionne principalement avec des personnes ayant un âge très honorable comme l’on dit pudiquement. Un très grand pourcentage des personnes investies a largement au-dessus de 70 ans, allant très facilement au-delà des 80 ans et plus ! Lorsque ce n’est pas l’âge qui est en cause, ça peut aisément être un souci de santé, ou un agenda surchargé qui amène à avoir des équipes paroissiales très fragiles.

Je suis très admiratif du très grand dévouement des personnes que j’ai pu rencontrer dans bien des paroisses du Périgord pendant trois ans. Ayant développées tout un tas d’attitudes et compétences personnelles, elles savent donner le meilleur d’elles-mêmes. C’est un très beau témoignage de foi et d’engagement au sein de l’Église. Elles mettent en pratique l’évangile, tendant à servir au mieux tout ce monde qui gravite autour de la paroisse.

Les troupes s’amenuisant, les différentes responsabilités se concentrent sur quelques personnes qui se donnent comme mission de tout tenir pour que l’Église reste une présence dans leurs villages, leurs bourgs. Nous avons facilement l’idée d’avoir à « faire son devoir », pour certains c’est même « mourir les armes à la main ». Mais est-ce ajusté ? C’est-à-dire est-ce juste ?

Il y a une ou deux décennies en arrière, les différentes charges d’une paroisse étaient réparties sur un bon nombre d’investis. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Est-ce ajusté de demander à des personnes s’étant engagées, il y a 20 ou 30 ans pour une de ces responsabilités de se retrouver avec 4, 5 ou 6 casquettes différentes (conseil économique, équipe pastorale, équipe liturgie, animation dans les EHPAD, visite à domicile, équipe funérailles, équipe des fleurs, catéchèse, aumônerie, secours catholique ou autres etc.) ?

L’ecclésiaste nous dit bien qu’il y a un temps pour tout ! L’âge avançant, il n’y a plus la même résistance, la même dynamique. Je vois certaines personnes parfois délaisser quelque peu leur famille pour être au service de cette Église très chronophage. Tant qu’elles ont le nez dans le guidon, elles ne s’aperçoivent pas trop de ce disfonctionnement. La période de confinement à fait prendre conscience à bon nombre d’entre elles de cela et bien de nos anciens ne sont plus prêts à réinvestir autant dans leurs engagements ecclésiaux ou associatifs. Ils ont compris qu’il fallait lever le pieds car ils ont autre chose à vivre dans leur vieillesse avançant. Parfois le surinvestissement peut être une excuse pour ne pas se voir avancer en âge et prendre conscience de son propre amenuisement.

Nous avons un travail de deuil à vivre : l’Église n’a plus la dimension sociale d’antan. Depuis des siècles nous sommes organisés en territoires géographiques. Aujourd’hui, il n’est plus possible de « tenir » ce territoire sous cette forme territoriale en monde rural (terrible de penser notre relation au monde en termes de « tenir » !!!).

Derrière cela se cache peut-être d’une manière sournoise, comme le malin sait si bien le faire, une volonté de « ramener » à soi (à l’Église) tous ceux qui nous entourent ! Sommes-nous ajustés à l’évangile ? Le Christ n’impose rien, il nous demande juste d’être témoin de sa présence, d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume, de diffuser Sa Paix. S’il n’y a personne pour l’accueillir, il suffit de sortir et de secouer la poussière de nos sandales. Lorsqu’on n’est pas accueilli dans un village, nul besoin de faire tomber la foudre du ciel dessus mais simplement aller plus loin. Avons-nous cette liberté intérieure ?

Toute cette décadence de l’Église doit nous mener à être davantage à l’écoute de l’Esprit Saint. Que nous dit-il dans sa manière de mener l’Église aujourd’hui ? A quelle conversion nous invite-t-il ? Un autre prêtre sur le diocèse évoque la période de Jérémie qui annonçait l’exil. Sommes-nous prêts à vivre cet exil de l’Église en terre rurale et de rester confiant à l’Esprit de Dieu qui conduit son peuple selon la volonté du Père ? Je sais que mon propos est quelque peu frustrant car nous aimerions avoir une perspective, des réponses, le plus clair possible, dans ces temps troublés et pourtant…

Acceptons de rentrer dans une période où nous ne voyons rien, apprenons à accueillir ce désarroi dans la confiance pour ne pas faire tant notre volonté que celle de Dieu. Non pas nous désinvestir et ne plus nous intéresser du devenir de notre communauté de croyants mais avancer sur un chemin de conversion en nous mettant d’avantage à l’écoute de l’Esprit de Dieu. C’est Dieu qui guide son Église. Il est temps de vivre une conversion pastorale !

Autres réflexions à suivre…

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