L’une des forces des sectes ou de communautés nouvelles, est la convivialité entre les membres. L’inconvénient des grandes structures est l’anonymat ! L’un des griefs les plus souvent évoqué par ceux qui ne côtoient plus l’Église est sur ce ressenti d’accueil ou plus exactement de non-accueil. Pourtant bien des églises ont fait effort pour soigner l’accueil pour ceux et celles qui viennent à une célébration.

Vincent Goguey

Une Église au service du monde par amour du Christ

L’une des forces des sectes ou de communautés nouvelles, est la convivialité entre les membres. L’inconvénient des grandes structures est l’anonymat ! L’un des griefs les plus souvent évoqué par ceux qui ne côtoient plus l’Église est sur ce ressenti d’accueil ou plus exactement de non-accueil. Pourtant bien des églises ont fait effort pour soigner l’accueil pour ceux et celles qui viennent à une célébration. Mais quelle connaissance y a-t-il de ces frères et sœurs une fois que nous sommes en extérieur de l’église ? L’esprit de famille ne peut se réduire à une heure de célébration par semaine, il est indispensable qu’il s’accomplisse dans des relations naturelles tout au long de la semaine pour concrétiser cet appel du Christ à devenir ses frères et sœurs. Avons-nous le souci de savoir ce qu’ils vivent dans leur famille ? leur travail ? leur santé ? Etc. Nous sommes très marqués par le fameux « liberté chérie, je ne veux pas m’immiscer dans leur vie personnelle ». C’est ce qui a donné une base de solidité à notre indifférence d’aujourd’hui, l’un des pires maux du moment. Nous avons tous besoin de reconnaissance pour exister et là comme on ne veut pas t’imposer quoi que ce soit on te laisse de côté !

L’Église est belle que lorsqu’elle se met au service du monde. Le Christ a tant aimé le monde qu’il a donné sa vie pour lui ! Si nous sommes appelés à suivre le Christ on ne peut faire autrement que de se mettre au service du monde !

Trop souvent nous regardons l’histoire de notre Famille qu’avec les yeux de nos détracteurs ! Nous évoquons si souvent l’affaire Galilée, l’inquisition, les croisades ou la pédophilie. Il est évident qu’il ne faut pas le nier, ni nous réinterroger pour savoir comment être davantage dans l’Esprit du Christ mais l’Église ne se réduit pas qu’à cela, loin sans faut. Juste sur l’inquisition, savons-nous que ça a été une véritable avancée judiciaire au moyen-âge ? Jusque-là c’était le prince du lieu qui était juge et partie, alors c’est évident qu’on savait dès le début qui allait gagner ! L’inquisition c’est cinq points importants qui sont encore le socle de notre justice d’assise aujourd’hui : qu’il y ait une enquête (ce que signifie inquisition) qu’il y ait un avocat pour défendre l’accusé, institution d’un juge indépendant ; création d’un groupe de jurés, pris dans la population, enfin que soit apporté la preuve de l’accusation.

Avec l’affaire Galilée on veut discréditer l’Église vis-à-vis de la science. Savons-nous que Copernic était un chanoine, astronome un siècle avant Galilée à défendre l’héliocentrisme ? Bien sûr toute nouveauté apporte aussi des tensions, certaines incompréhensions, il faut du temps pour que chacun puisse faire le chemin nécessaire à une nouvelle compréhension de notre monde. En Église aussi, certains avancent plus vite que d’autres…

Il est essentiel de regarder tout ce qu’a permis l’Église au long des siècles pour être juste avec elle et réapprendre à être fière d’être membre de cette famille de Dieu !

Dans les premiers siècles, bien des évêques ont été les défenseurs de leurs cités face aux invasions des barbares. Toute l’histoire du monachisme nous montre combien les moines ont apportés des avancées substantielles à la vie des gens où ils s’implantaient. Il suffit de voir leurs actions dans le monde agricole, combien ils ont assaini de régions marécageuses, développé tout un savoir sur les plantes (pour la médecine) ou la sélection de graines pour de meilleurs rendements afin de nourrir toute la population.

Si nous observons toute l’histoire de la santé, on verra que très fréquemment l’Église, via ses missionnaires (laïcs et religieux) a développé dispensaires et hôpitaux à travers le monde. Idem avec la question de l’éducation. La plupart des écoles de religieux avait comme cible première les enfants des pauvres. L’éducation était tellement bonne que les riches y ont envoyé leurs enfants !

La présence des chrétiens auprès de personnes vulnérables et isolées est une constante en Église. Au XIXe siècles, combien de congrégations ont vu le jour pour être au service de l’abandonné ?

Plus récemment il y a eu l’action catholique qui a formé des générations entières de jeunes et adultes pour s’investir dans les rouages de la société en mettant en acte la doctrine sociale de l’Église. C’est aussi tout le développement des patronages qui ont tant marqué la génération de nos anciens avec en parallèle les premiers cinémas déployés dans les salles paroissiales. Réjouissons-nous que le monde laïc ait repris le flambeau de toutes ces institutions car une fois que le sillon est tracé pour que d’autres prennent le relais il nous est demandé d’aller sur d’autres terres en friches !

L’Église n’est donc belle que lorsqu’elle se met au service du monde, des humains par amour pour le Christ et pour répondre à l’appel de Dieu.

Comme elle est actuellement en fragilité, le réflexe est de se replier sur elle-même avec toutes les questions identitaires communautaristes et de tenter de gérer ses propres pauvretés. Pourtant il est essentiel de continuer à être au service. Elle le fait déjà sans qu’on en ait bien conscience. Lors de rencontres d’Équipe d’Animation Pastorale, j’ai pour habitude de demander aux personnes de se présenter avec une joie vécue dans leur engagement ecclésial. Quelle merveille d’entendre chacun révéler sa joie de vivre en évoquant leur engagement auprès de personnes isolées chez-elles ou en EPHAD, l’accompagnement de personnes en fin de vie ou présence auprès des familles en deuil, la visite des détenus en prison, investissement dans une association d’accueil de migrants ou autre association caritative. Ce sont les lieux de fragilités actuelles de notre société qui n’aime pas voir le monde de la souffrance et du désarroi. Chaque chrétien investi dans ces lieux est une présence concrète de l’Église dans notre société.

Il est de bon ton d’être ouvert à tous et d’accueillir chacun avec ce qu’il est… même parfois au détriment du bon sens et du respect de la Vie. L’Église est fer de lance dans la défense de la Vie avant son arrivée sur Terre (embryon) et jusqu’à son extrême limite avant le grand départ en passant par tous ceux et celles qui sont vulnérables (handicap, maladie, errants, migrants…). Elle n’est pas toujours bien perçue car elle interpelle les bonnes consciences mais nous ne sommes pas là pour plaire mais bien pour faire la volonté de Dieu.

Pour redonner vie à l’Église, il est donc nécessaire de regarder notre monde et de repérer les pauvretés du moment. Ensuite discerner les moyens nécessaires pour nous y investir. Puis passer à des actes concrets. Mais au-delà de tout cela il est tout aussi important de nous réinterroger sur notre relation au Christ. Car des gens charitables, il y en a beaucoup en dehors de l’Église. Le chemin de la foi nous apprend à marcher en équilibre entre notre attachement à notre Sauveur, le Christ et nos actions auprès des délaissés de notre société ces deux réalités sont indissociables, ce sont elles qui nous permette de vivre en Dieu.

Dieu continue à appeler, la question est de savoir si nous l’entendons et si nous sommes prêts à y répondre !

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