L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici : « Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem¬blantes et hors d'elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

Roberto Gomez

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau… Homélie Veillée Pascale 2021. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

 

Chères sœurs, chers frères :  L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici :

« Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

J’aime cette finale, dite courte de l’évangile de Marc. Il est vrai qu’elle est surprenante, mais elle est très proche de la réalité.

Pourquoi les femmes s’enfuient-elles du tombeau ? Pourquoi tremblent-elles et sont toutes bouleversées ? Pourquoi se taisent-elles et ne disent rien à personne ?

En fait, la mission confiée par le jeune homme vêtu de blanc, les dépasse et les bouleverse. On ne peut pas dire la résurrection sans être touché au corps. On ne peut pas dire la résurrection sans d’abord être complétement bouleversé et transformé soi-même. Les deux verbes utilisés par l’évangile de Marc doivent être compris : tromos et extasis :  trembler et être bouleversé.

 Trembler et être bouleversé (tromos et extasis) : ces deux verbes sont très significatifs et il faut savoir vers quoi ils pointent. Lorsqu’une personne se met à trembler parce qu’elle a peur ou parce qu’elle expérimente une vive émotion, elle ne peut pas arrêter de trembler quand elle le veut. Il y a donc comme une perte de control de soi. C’est donc normal, compréhensible si les femmes sont toutes tremblantes devant une cette heureuse annonce de la résurrection du Christ qui les dépasse et les touche au corps. Les femmes sont aussi bouleversées, toutes retournées, hors d’elle mêmes littéralement. C’est le sens du mot extasis.  

La résurrection du Christ est tellement nouvelle et inimaginable, qu’il faut perdre les évidences et le contrôle de soi pour pouvoir assimiler l’énormité de la réalité signifiée par le tombeau vide, par le tombeau ouvert (je préfère) et par la parole du jeune homme.

En un mot, nous ne pouvons pas dire la résurrection du Christ de manière crédible s’il n’y a pas une transformation de tout l’être, s’il n’y a pas un  trouble profond et s’il n’y a pas un temps d’assimilation en profondeur. Comment dire aux onze et à Pierre la résurrection du Christ sans être touché au corps, aux entrailles ? Sans être transformés ?

Je pense que nous assistons dans le récit de Marc à une véritable pentecôte ! La pentecôte marcienne (de Marc). Pourquoi cela ? Le travail de l’Esprit n’est pas toujours en douceur. L’Esprit de Dieu bouleverse, transforme, nous fait perdre nos évidences, nous projette hors de nous-mêmes… c’est la seule manière de devenir vraiment de personnes spirituelles… Autrement, nous faisons semblant de nous laisser conduire par l’Esprit alors qu’en réalité, c’est nous qui conduisons nos vies en résistant à l’Esprit qui vient secouer, bouleverser.

Pour l’instant, les femmes ne disent rien… Comment je les comprend ! Il leur faut du temps pour assimiler, pour digérer et finalement  pour dire malgré elles, l’heureuse annonce qui les dépasse. N’est pas aussi notre réalité à nous ? Joyeuses Pâques !

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