La crucifixion est en événement publique. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cris vers le père, le coup de lance etc. Par contre la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce que il n’y a pas eu des témoins.

Roberto Gomez

Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

Frères et sœurs : La crucifixion est en événement  public. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cri vers le père, le coup de lance, etc.  Par contre, la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce qu’il n’y a pas eu des témoins. Elle est de l’ordre de la foi, mieux encore, c’est la résurrection de Jésus qui rend possible la foi. Mais comment s’est-elle passé exactement la résurrection ? Personne ne peut le dire. On sait simplement que le tombeau est trouvé ouvert, d’autres parlent du tombeau vide, moi je préfère parler du tombeau ouvert. On sait aussi par les évangiles et par Paul qu’il y a eu des apparitions du ressuscité à plusieurs reprises : aux onze disciples, à Pierre, à Maire de Magdala… Luc conclura en disant : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24,34). Paul de son côté affirme : « En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur  et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La résurrection est au cœur  de la foi. Mais comment arriver à la foi en Jésus ressuscité ?

L’évangile de Jean que nous avons proclamé aujourd’hui insiste sur le fait que les chemins pour arriver à la foi pascale sont bien différents. La manière et le timing ne sont pas identiques. Trois personnages sont mis en avant avec leur propre itinéraire de foi : Marie de Magdala, Pierre et le disciple que Jésus aimait.

Commençons par ce dernier. Le disciple que Jésus aimait est celui qui court le plus vite, qui arrive le premier au tombeau et qui croit sans voir, sans preuves. Jean dit : « il entra dans le tombeau, il vit et il crut ». Qu’est-ce qu’il voit  donc dans ce tombeau ouvert et vide ? Des signes, simplement des signes… et ces signes lui font signe ; ce qu’il voit est signifiant  pour lui.  Quelle rapidité ! Nous pouvons en être jaloux ! Mais rappelez-vous la fidélité du disciple que Jésus aimait : il est le seul disciple mâle au pied de la croix. Les autres n’ont pas supporté la crucifixion, ils ont eu peur et ont fui. Rappelez-vous aussi qu’il a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus  et qu’il a pris la Mère de Jésus chez lui.

Passons au second personnage, à Pierre : il apparaît ici comme plus lourd et plus lent. Il est plus lent dans sa course au tombeau mais aussi dans la foi. Lui, il entre le premier dans le tombeau, constate de ses yeux que le corps inerte  de Jésus n’est plus là. Que les linges et le suaire sont là, bien disposés… mais ces signes ne lui font signe… Les signes, pourtant bien en évidence, ne le saisissent pas, ne lui rappellent rien. Il ne se souvient plus de l’Ecriture qui pourtant avait parlé de cela et de ce qui devait suivre à Jésus.  Il est comme anesthésié !!! Oui, on peut s’appeler Pierre, être le successeur de Jésus et avoir du mal à entrer dans la foi pascale. Selon Jean, il faudra que Pierre se rattrape de son triple reniement ; et qu’à trois reprises il confesse qu’il aime Jésus le bon pasteur, mort et ressuscité donnant sa vie pour ses brebis.

Puis, il y a Marie de Madeleine qui pleure et qui cherche ! Parmi les nombreuses figures féminines du quatrième évangile, Marie de Magdala est l’une des plus attachantes[1]. Elle est présente au pied de la croix de Jésus et  à sa sortie du tombeau. On pourrait dire qu’elle fait vraiment partie « des amis de Jésus » : fidèle dans l’épreuve comme dans le bonheur !

Marie de Magdala est la femme de l’amour gratuit et de l’amour de la première heure : « Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala  se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau » (20,1). Sa visite n’a pas de but précis, puisque à la différence des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), elle ne vient pas porter des aromates ; Nicodème l’a déjà fait à sa place. Les mains vides « elle vient seule, poussée par un profond désir, pour une ultime rencontre avec celui qu’elle aimait et qu’elle croit mort. Ainsi pourra-t-elle conduire son deuil  jusqu’à son terme[2]».

Marie de Magdala pleure la perte de Jésus, sa disparition. Elle est en deuil :  « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,2). Par la suite, elle constate l’absence, la perte de la visibilité du corps de son bien-aimé Jésus. Expérience universelle et douloureuse après la mort d’un être cher ! Mais elle pleure et « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau » (20,11). A ce moment-là, elle est incapable d’interpréter le tombeau vide comme un signe[3]. Elle est triste et le motif de sa peine tient dans « la radicale absence de son Seigneur : non seulement Jésus est mort, mais encore sa dépouille a disparue[4] ». Alors, des anges l’interrogent : « ‘Femme pourquoi pleures-tu ?’. Elle répondit : ‘on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis’ » (20,13). Combien elle a du mal à rentrer dans le mystère ! Jésus, qu’elle ne reconnaît pas l’interroge à son tour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (20,15). Le texte précise qu’elle se tourne en arrière, vers le passé. Le Christ ressuscité est devant ! Il faut encore qu’elle se retourne, qu’elle fasse un tour complet ; c’est-à-dire qu’elle se convertisse !

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu. L’aveuglement de Marie est riche de sens à un double niveau : d’une part, personne, même pas elle, ne peut accéder à la foi par ses seules forces ; d’autre part, seule la Parole du Christ peut remplir ce rôle, seul l’envoyé de Dieu peut susciter la foi. A ce moment-là, le Bon Pasteur du ch. 10, qui connaît ses brebis et dont les brebis connaissent la voix, l’appelle par son prénom : MARIA ! Elle, se retournant complétement, lui dit littéralement : « mon rabbi » ! Pour elle, le Ressuscité n’est personne d’autre que le Jésus terrestre réanimé, le Jésus d’avant la croix, c’est pour cela qu’elle veut le toucher, l’agripper ! Au lieu de rester là, à retenir le Christ, le Ressuscité lui ordonne de le lâcher car elle a mieux à faire ! Elle doit faire le deuil de ce corps à jamais perdu et rentrer dans une dimension pascale de la foi. C’est pour cela que l’on peut dire que « la foi pascale est la quête à corps perdu, d’un corps perdu[5] ! ». Cela veut dire, que la foi est une recherche de ce Jésus vivant, à jamais perdu, qui doit se faire avec tout l’être,  avec toute l’intelligence, avec toutes ses forces et toute son âme !

Marie de Magdala  devient alors missionnaire… La première missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle de la Résurrection à ceux qui sont devenus désormais frères de Jésus, parce qu’enfants du Père : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit » (20,17-18). Celle qui a commencé par la recherche d’un corps perdu, fini par aider à constituer un corps ecclésial, la famille du Ressuscité.

Nous aussi, nous sommes comme Marie de Magdala, parfois nous traversons des périodes de doute et avons l’impression d’avoir perdu le Seigneur. Alors,  même si cela semble difficile à comprendre, « Il nous faut perdre le Christ pour pouvoir le retrouver, incroyablement vivant  et étonnamment proche. Nous devons le laisser partir, nous désoler, pleurer son absence, pour pouvoir découvrir Dieu plus proche de nous que nous n’aurions su l’imaginer… Être désorientés, devenir comme Marie au jardin, ne sachant ce qui se passe, participe à notre formation. Sans quoi nous ne serions jamais surpris par une nouvelle intimité avec le Seigneur ressuscité[6] ».

Mes frères : les chemins vers la foi pascale sont divers, différents. L’important pour nous, c’est de chercher et même de ressentir une nostalgie brûlante lorsque nous perdons la foi  : « heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru »  (Jn 20, 29).

 

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[1] St Jean propose dans son évangile plusieurs femmes qui ont un rôle important : la Mère de Jésus, La Samaritaine, la femme adultère, Marthe et Marie, Marie de Magdala. 

[2] Cf. A. MARCHADOUR, Les personnages dans l’évangile de Jean. Miroir pour une christologie narrative, Paris, Cerf, 2011 (2° édition), p. 120.

[3] J. ZUMSTEIN, L’Évangile selon Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 271.

[4] Idem, p. 277.

[5] Expression utilisée souvent à l’oral par X. THEVENOT.

[6] Idem, p. 286.

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