La visée du règne du Christ ne prétend pas exercer un pouvoir simplement stratégique, géopolitique, manipulant la faiblesse des pauvres gens ; mais la royauté du Christ veut ouvrir les croyants et les hommes de bonne volonté à ce qui est éternel, à ce qui ne passe pas, à un trésor qui ne peut pas être ni corrompu ni détruit.

Roberto GOMEZ

Homélie de la solennité du Christ Roi de l’univers

Chères sœurs, chers frères :

Chaque année depuis Vatican II, nous célébrons la fête de Christ Roi de l’univers le dernier dimanche de l’année liturgique. Il n’a pas été toujours ainsi ! Le Pape Pie XI, en 1925, a introduit la fête de Christ roi le dernier dimanche d’octobre avec le but de célébrer « le règne social de Jésus-Christ ». Le contexte n’était pas favorable à l’Eglise ; elle prétendait ainsi marquer sa place dans la société déjà engagée dans un processus de sécularisation accéléré.

Vatican II a bien fait de changer la date de cette fête dans le calendrier liturgique et surtout d’en transformer profondément le sens de cette célébration. Cette fête doit rester centrée sur le Christ (et non pas sur l’église), sur les paroles de notre Seigneur rappelées aujourd’hui dans l’évangile de saint Jean :

« Ma royauté n’est pas de ce monde, Si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes que se seraient battus. Pour que je ne sois pas livré aux juifs. En fait ma royauté n’est pas d’ici ».

Ces paroles de Jésus nous interdissent d’imaginer un règne social de Jésus, un règne mondain à la manière des royaumes terrestres… Imaginons pour un instant que la royauté de Jésus ait été à la manière des royaumes de la terre :

  • Le pouvoir de Jésus serait temporel, limité dans le temps et dans l’espace.
  • La puissance d’un Jésus roi à la manière du monde aurait engendré violence, compétition, soumission, vaine-gloire.
  • Les royaumes terrestres supposant aussi une lignée royale, un tel royaume aurait exclue les autres des privilèges et des honneurs.
  • Comme tout royaume terrestre a une fin, celui de Jésus aurait eu également une fin.

Vous le voyez, imaginer un royaume terrestre de Jésus n’a pas de sens et en réalité contredit la vie même de notre Seigneur, sa passion et son enseignement.

La royauté du Christ est avant tout spirituelle. Ce mot est piégé, inapproprié certes. Il a l’avantage de s’opposer à ce qui est mondain. On pourrait dire plutôt que le règne du Christ est eschatologique (ce mot est encore obscur). Eschatologique parce que transcendant, éternel. Le pouvoir exercé par un tel roi se joue dans les réalités humaines certes mais dépasse celles-ci. La visée du règne du Christ ne prétend pas exercer un pouvoir simplement stratégique, géopolitique, manipulant la faiblesse des pauvre gens ; mais la royauté du Christ veut ouvrir les croyants et les hommes de bonne volonté à ce qui est éternel, à ce qui ne passe pas, à un trésor qui ne peut pas être ni corrompu ni détruit. Jésus l’a bien dit dans l’évangile de Matthieu : « Amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur «  (Mt 6,20-21).     

Nous pouvons dire aussi que « La royauté du Christ résulte, non de la volonté des hommes, mais de la Pâque du Fils »[1]. Tout à l’heure, lors de la préface nous proclamerons ceci : 

« Tu as consacré́ Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette aux mains de ta souveraine puissance un règne sans limite et sans fin: règne de vie et de vérité́, règne de grâce et de sainteté́, règne de justice, d’amour et de paix ». Le trône du Christ Roi est bel et bien la croix !

Si nous célébrons le Christ roi de l’univers ce n’est parce que cela nous convient, ou parce que l’église en retirerait des privilèges… C’est une autre dynamique qui est ainsi signifié. La royauté du Christ ne peut pas être bien comprise sans la croix, ni sans la passion ni sans la résurrection.

C’est un Christ humilié par Pilate, haïe par les siens, sans pouvoir et tournée en dérisions qui se présente comme étant roi : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde, pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ». Si le Christ est Roi, il est un Roi sauveur jusqu’à la mort, serviteur dans l’humilité de l’humiliation. Enfin de comptes, la Croix interdit tout rêve d’un royaume humain sur le mode des puissants. Un Christ affirmant sa royauté dans l’humiliation, homme pour les autres, solidaire des petits et des pauvres, livrant sa vie pour eux, pardonnant à ses bourreaux, traçant le chemin de la vérité : telle est la figure du Christ Roi qui dénonce et démasque toute forme de totalitarisme politique, et la prétention à la toute-puissance. A ce propos écoutons le  Psaume 44 :

Ton trône est divin, un trône éternel ; (non temporel)
Ton sceptre royal est sceptre de droiture, (et non de puissance écrasante)
Tu aimes la justice, tu réprouves le mal.
Oui, Dieu, ton Dieu, t’a consacré́
D’une onction de joie comme aucun de tes semblables » (Ps 44, 7-8).

Maintenant, aide-nous Seigneur à bien comprendre ta royauté. Attire-nous vers toi par des liens d’amour, par la seule force bienfaisante et éternelle : ton amour, plus fort que le mal et la violence, plus fort que la mort. Si le bon larron a compris ta royauté, pourquoi serions-nous incapables de la saisir ? Peut-être parce que nous pensons qu’il y a résurrection sans mort, qu’il y a gloire sans croix, qu’il y a élévation sans abaissement. Le centurion romain, lorsque tu mourrais sur la croix : «il compris et prophétisé :  « cet homme-là est le fils de Dieu ».

Dans l’évangile de saint Jean, toi, le Christ-roi couronné d’épines, moqué de tous et abandonné y compris de tes disciples, reste au centre non seulement de la scène du calvaire mais au centre de l’histoire sainte. Certains sont allé demander à Pilate « N’écris pas ‘le roi des Juifs’ mais bien  ‘cet individu a prétendu qu’il était le roi des juifs’. Pilate le non juif, se révèle plus juifs que les juifs,  en affirmant que l’on ne touche pas à l’écriture… Ce qui est écrit est écrit.

Roberto Gomez cm

Chapelle saint Vincent de Paul

Le 20 novembre 2021

[1] Patrick Prétot, https://liturgie.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/11/2013/11/P.-Pretot-La-fete-du-Christ-roi-de-lunivers-comme-celebration-du-Mystere-Pascal.pdf vu le 21.11. 2021.

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