Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

P. Jean-Yves DUCOURNEAU CM

Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

Avant toute chose, mettons-nous en présence de Dieu en priant avec les mots de saint Vincent de Paul : « Ô mon Dieu, nous nous donnons à vous pour l’accomplissement du dessein que vous avez sur nous ; nous nous reconnaissons indignes de cette grâce mais nous vous la demandons par l’amour de votre Fils ; nous vous la demandons par la Sainte Vierge. Donnez-nous la, mon Dieu, pour votre gloire. Et bénissez-nous, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (IX, 127)

     Quoi de plus opportun que de répondre à l’initiative du Père Général de la Congrégation de la Mission de créer un festival vocationnel missionnaire sur l’année, que de reprendre à notre compte le thème de ce mois de septembre pour rendre hommage à l’un de nos frères martyrs, le père François-Régis Clet, qui, suivant l’exemple de beaucoup, a vécu cette phrase de saint Vincent : « Notre vocation est d’aller, non pas dans une paroisse, non dans un diocèse mais dans le monde entier » (XII, 215).

     La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

     François-Régis Clet a été un de ces missionnaires zélés qui ne vivaient que pour la Croix du Christ à apporter au monde puisqu’elle en est le chemin de salut. Ici même, dans cette Maison-Mère où reposent ses restes de martyr, mettons-nous sous sa sainte protection car son âme est bien au Ciel, avec tous ses compagnons martyrs de Chine, dans l’immense cortège de tous les martyrs de l’Eglise, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, puisque, comme le rappelait en son temps saint Jean-Paul II, ce temps du martyre est toujours là. Avec la sainte Patronne des Missions, sainte Thérèse de Lisieux, avec notre saint Patron, saint Vincent, avec celui qui a mis ses pas dans les pas de François-Régis Clet, saint Jean-Gabriel Perboyre que nous avons célébré ce mois-ci, que saint François-Régis Clet nous apprenne, par son éloquent témoignage, à garder, avec la Joie de la Mission, la vertu d’espérance qui l’a conduit à ne jamais renoncer au Christ. Maintenant, invitons-le à raconter lui-même son histoire d’homme qui est devenue, par la grâce de Dieu, une histoire sainte.

     Je suis né en 1748, à Grenoble, une ville qui compte alors 30 000 habitants. Mon père, Césaire, est employé dans un atelier de négociant en toiles et il s’est marié avec la fille du patron, Claudine.  Nous sommes 15 frères et sœurs, dont François qui devient Chartreux et Anne-Constance qui entre au Carmel. Je suis le dixième. Mes parents m’ont donné le prénom de François-Régis en l’honneur de saint François-Régis, un missionnaire jésuite.

     Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai entendu plusieurs missionnaires raconter leur vie que je considérai comme extraordinaire et magnifique. A ce titre, les missionnaires de la Congrégation de la Mission, que l’on appelle toujours les lazaristes, ne m’étaient pas inconnus. Ainsi donc, j’entre au noviciat de la Congrégation à 21 ans, à Lyon. Le 27 mars 1773, à 25 ans, je reçois l’ordination presbytérale des mains de l’évêque auxiliaire de Lyon. Je vais célébrer une de mes premières messes au sanctuaire marial de Notre-Dame de Valfleury, tenu par les lazaristes depuis 1687 et situé proche de Saint-Etienne.

     Ma première mission m’est alors confiée. Moi que l’on surnomme gentiment « la bibliothèque vivante », je me vois nommé professeur de théologie morale au Grand Séminaire d’Annecy, qui fut le premier séminaire fondé par les lazaristes hors de Paris en 1642. Peu de temps après, j’en deviens le supérieur. C’est dans ces années que je perds mon père, en 1783 et ma mère quatre ans après.

     Après 15 années de service dans le diocèse de saint François de Sales qui fut un grand ami de notre fondateur Monsieur Vincent, le Supérieur Général de la Congrégation, monsieur Cayla de la Garde, me choisit pour assurer la charge de supérieur du séminaire interne de la Congrégation, qui correspond au noviciat chez les religieux,. Je me retrouve donc à Paris en fin d’année 1788.

     Chacun sait ce qui s’est passé en France en 1789. Après plusieurs années de mauvaises récoltes et d’augmentation du prix de la farine, après une précarisation des bourgeois et du Tiers-Etat, la révolte gronde et s’étend à tout le pays, et les réformes espérées ne viennent pas. L’Eglise, perçue comme privilégiée au service de la noblesse, malgré le fait que bon nombre de prêtres n’ont pas eux-mêmes de quoi vivre, ne sort pas indemne de cette période. Même si les livres d’histoire ne le mentionne jamais, je me souviens que le 13 juillet 1789, les portes de la maison de Saint-Lazare, où nous étions, ont été enfoncées et que tout a été dévasté par des pillards attisés par des esprits belliqueux. Certains de mes confrères ont dû fuir, parfois avec leurs habits déchirés. La bibliothèque a été saccagée et même le potager et les moutons qui servaient de nourriture aux plus pauvres ont subi le préjudice. La chapelle a pu être préservée grâce à un valeureux confrère qui n’a pas hésité à s’interposer face à la foule haineuse qui voulait jeter les restes de notre fondateur dans la Seine. Dès le lendemain, chacun se mit au travail pour remettre en ordre ce qui pouvait l’être et je repris moi-même les cours donnés aux séminaristes.

     Heureusement, l’Esprit du Seigneur est plus fort que la haine. Il envoie du réconfort à la Congrégation par les nouvelles de confrères déployés comme missionnaires en lointaine Chine. Le Supérieur général nous partage alors ces lettres. Je rappelle ici que la Congrégation de la Mission est présente en Chine à partir de 1784, sur la volonté de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en remplacement des jésuites, dont la Compagnie a été supprimée en 1773 par le pape Clément XIV. Dès cette année-là 3 confrères y sont présents, puis 2 autres en 1788 puis un autre départ en 1791 et deux autres confrères, Louis Lamiot et Augustin Pesné, ordonnés prêtres à leur arrivée à Macao, que j’ai l’honneur de bien connaître puisque je vais partir avec eux, bien qu’initialement, ce n’était pas envisagé. Macao, quant à elle, est une possession portugaise au sud-est de la Chine.

     Comme la Providence se joue des choses humaines, je fus choisi pour les accompagner. Le troisième confrère prévu pour ce départ est retenu en province et ne peut donc être présent au départ du bateau prévu le 2 avril 1791 depuis le port de Lorient. En fait, j’ai bien insisté pour remplacer ce confrère absent. Comme le temps presse et que je n’ai pas l’occasion de dire physiquement au-revoir ou même adieu à ma famille, j’écris ceci à ma sœur aînée Marie-Thérèse : « Enfin mes vœux sont exaucés. La Providence me destine à aller travailler au salut des infidèles. Vous sentez que je sens trop le mérite de cette faveur divine pour ne pas y correspondre par un parfait acquiescement. En un mot, je pars incessamment pour la Chine avec deux de mes confrères, qui sont aussi contents que moi de notre heureuse destination ». Ma famille s’inquiète et essaie de me faire changer d’avis. Je leur livre ces mots « Je m’étais préparé aux assauts que votre tendresse et votre sensibilité me livreraient. Je ne me repens pas d’avoir agi ainsi, mais je crois suivre en cela les vues de la Providence sur moi ». Je me souviens alors des paroles de saint Vincent : « Au reste, c’est une espèce de martyre que d’exposer sa vie, traverser les mers pour le seul amour de Dieu, le salut du prochain » (XI, 423). Je sais bien, en moi-même, que ce voyage sera effectivement le grand voyage de ma vie de missionnaire de l’Evangile et qu’il n’y aura pas de retour.

     Le long voyage en bateau dura jusqu’au 15 octobre. Ensuite, durant trois mois, mes confrères et moi, nous apprenons le chinois. A l’issue, M. Lamiot est appelé à renforcer l’équipe missionnaire de Pékin, M. Pesné doit rejoindre la province du Hou-Kouang à l’est du pays et moi je suis nommé dans la province du Kiang-Si, à l’est du Hou-Kouang. Bien entendu, nous devons être discrets car un édit de l’empereur réitère l’interdiction faite aux étrangers de pénétrer sur le territoire chinois sans autorisation et d’y prêcher sa religion.

     Peut-être qu’il serait utile, à ce moment de mon récit d’ouvrir une parenthèse conséquente sur cette interdiction car, ce ne fut pas toujours le cas.

     La Chine a certainement connu une primitive période d’Evangélisation mais elle ne semblait pas avoir enraciné la Croix du Christ sur ce territoire. Bien plus tard, les premiers missionnaires en Chine furent les Jésuites qui accomplirent ainsi la volonté de saint François-Xavier d’y implanter la croix du Christ, comme ils venaient de le faire au Japon. Ils arrivèrent en 1581 et leur succès fut rapide et considérable. L’artisan de cela fut le père Matteo Ricci qui, à trente ans, arriva en Chine en 1582. En 20 ans de ministère, il gagna le respect de l’empereur et acquit une certaine influence à la cour impériale. Maitrisant la langue, il écrivit des traités sur des sujets aussi variés que l’amitié et la science. Il adopta le costume et les coutumes locales et entretint de bonnes relations avec les intellectuels. Les chinois se passionnèrent pour l’astronomie, les sciences physiques et la technique occidentale que le Jésuite leur présentait. Parlant de Dieu, il recourait au langage local qui évoquait l’Être suprême ou le ciel, estimant également que le confucianisme était davantage une philosophie qu’une religion et qu’à ce titre, il était compatible avec la foi chrétienne. Il espérait christianiser petit à petit les rites confucéens et désirait créer un clergé chinois malgré le refus du Général des Jésuites. Il obtint même du pape Paul V en 1605, l’autorisation de célébrer la messe en chinois.

     Lorsque le père Ricci mourut en 1610, il laissait une œuvre de 2500 convertis, dont plusieurs mandarins et hauts personnages proches de l’empereur. Ses successeurs continuèrent sur sa lancée, jusqu’à l’invasion de l’empire par les Mandchous qui fit s’effondrer la dynastie Ming. Une fois le calme revenu dans le pays, malgré quelques persécutions chrétiennes,  les Jésuites revinrent à la cour, adoptant une approche de savant, à un point tel que l’un d’entre eux devint président du bureau des mathématiques de l’empire, poste illustre s’il en est. A cette époque, il y avait 117 missionnaires catholiques en Chine dont 59 Jésuites. Sans devenir chrétien, l’empereur Kang-Hsi accorda la liberté de culte aux chrétiens en 1692.

     Comment en est-on arrivé à l’interdiction d’entrer en Chine ? Hélas, peut-être que la jalousie d’autres congrégations missionnaires à l’encontre de la réussite jésuite a attisée le feu. Franciscains, dominicains, Missions étrangères de Paris, soulevèrent, après la mort de Matteo Ricci, ce qu’on a appelé « la querelle des rites ». Les Jésuites furent accusés de syncrétisme et de compromis avec le confucianisme. Rome s’en mêla. Au départ le pape Paul V, en 1615, donna raison aux Jésuites : on pouvait célébrer en chinois, traduire les Livres saints, et même, en 1656, Rome précisa que les honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres décédés restant dans l’ordre des rites civils, il est possible d’y assister.

     Là-dessus, les Jansénistes s’en mêlèrent à leur tour en dénonçant ce qu’ils considéraient comme un laxisme conduisant au syncrétisme. A ce titre, ils mirent en avant certaines dérives malheureusement constatées et en firent une généralité. On se souvient des écrits de Blaise Pascal dans Les Provinciales en 1656: « (les jésuites) se trouvant en des pays où un Dieu crucifié passe pour folie, ils suppriment le scandale de la croix et ne prêche que Jésus-Christ glorieux, et non pas Jésus-Christ souffrant. Ils permettent aux chrétiens l’idolâtrie même, par cette subtile invention, de leur faire cacher sous leurs habits une image de Jésus-Christ, à laquelle ils leur enseignent de rapporter mentalement les adorations publiques qu’ils rendent à l’idole ». Les Jésuites demandèrent alors l’arbitrage de l’empereur pour confirmer le caractère civil de certains rites, ce qu’il fit, mais Rome réfuta cet avis, s’estimant plus compétent en matière de théologie. Ainsi en 1704, Rome interdit la liturgie en chinois et l’accommodement supposé avec le confucianisme. L’empereur ne tarda pas à réagir. Il écrit en 1706: « Voilà donc la manière dont les occidentaux bornés parlent de la haute doctrine chinoise, bien qu’aucun d’eux n’ait été instruit en Chine. Les Européens ne peuvent assez pénétrer le sens de nos livres ; il est donc à craindre que le pape ne fasse quelque règlement qui, fondé sur de fausses informations, attirera infailliblement la ruine du christianisme dans mon empire. Dorénavant, aucun Occidental n’aura la permission de propager sa religion en Chine ».  

     En 1717, ne subsistèrent en Chine que 47 prêtres. En 1724, le nouvel empereur, Yong-Tcheng durcit encore le ton, malgré la supplique des jésuites : « Les prêtres attirent à leur loi le peuple ignorant… L’Empire n’en retire pas le moindre avantage. Il faut laisser à la cour les prêtres utiles pour le calendrier et d’autres services, mais les autres, qu’on les conduise à Macao. Que les temples qu’ils ont bâtis soient tous changés en maisons publiques ; qu’on interdise rigoureusement cette religion ».

     Des persécutions furent alors menées sur tout l’empire durant 125 ans, l’Eglise devint clandestine. On estime qu’à la fin du XVIIIème siècle, soit à la période où je fus envoyé en Chine, que restaient à peu près 80 prêtres chinois et 31 missionnaires européens.

     Voilà dans quel contexte le Seigneur m’envoie en Chine. Comme il faut de la discrétion, j’opte, comme mes confrères, pour la tenue locale. Habillé en tenue chinoise, je porte, derrière la tête, une natte postiche de cheveux. La nuit, je me couche sur une planche sur laquelle est étendue une légère couche de paille, couverte d’un tapis avec une couverture plus ou moins chaude dans laquelle on s’enveloppe. Par contre, j’ai beaucoup de mal à apprendre et à maîtriser cette langue chinoise. J’écris à mon frère chartreux que « cette langue est indécrottable, les caractères qui la composent ne sont pas destinés à exprimer des sons mais les pensées. Je suis arrivé trop âgé en Chine pour en avoir une connaissance passable ». Si bien, d’ailleurs que sur la route qui me conduit à la mission, mon guide chinois doit me présenter comme une personne en deuil qui ne parle pas.

     Arrivés enfin à la Mission, une maison vaste mais délabrée, même si je reste seul pour le gigantesque travail pastoral qui m’attend, je me réjouis dans la lettre que j’écris à ma sœur Marie-Thérèse : « une nouvelle carrière s’ouvre pour moi. Il s’agit de renouveler l’esprit de religion dans d’anciens chrétiens qui sont abandonnés à eux-mêmes depuis plusieurs années et de convertir les infidèles. Voilà j’espère, mon occupation jusqu’à ma mort ». Je fais donc ce que je peux, mettant toute ma confiance en la divine Providence, qu’il ne s’agit pas, comme le rappelle Monsieur Vincent, d’enjamber mais de laisser faire. Conscient de ma faiblesse, j’écris à mon frère que « toutefois, il vaut mieux que la terre soit labourée par un âne que si elle demeurait sans culture ». Je reste aussi conscient de l’esprit versatile des nouveaux convertis : « j’aurais pu en baptiser un plus grand nombre qui me pressaient de leur accorder cette grâce, mais ils ne m’ont pas paru assez instruits et nous avons remarqué que les catéchumènes facilement baptisés apostasiaient aussi facilement ».

     Au bout d’un an de cette riche mission, mon supérieur, le père Raux, m’appelle pour renforcer la communauté missionnaire dans la province de Hou-Kouang, où se trouve mon compagnon de voyage en bateau, M. Pesné et un autre confrère, M. Aubin. Très vite, je suis confronté à la dégradation de la situation. Le Père Aubin, en voyage pour rencontrer l’évêque de Chensi est arrêté, mis en prison où il meurt empoisonné. Quant à Augustin Pesné, à 29 ans, il décède de maladie.

     Je me retrouve, une fois de plus, seul pour la mission, dans cette province immense, aux terres fertiles au point qu’elle est qualifié de grenier de l’empire. Cependant, si la terre est riche, le cœur des hommes n’est pas facile à cultiver. J’écris ainsi en 1802 : « j’ai autour de moi à une petite distance plus de 2000 chrétiens. Ici, les conversions des païens sont rares, témoins du scandale de quelques mauvais chrétiens, ils refusent de s’instruire d’une religion si mal pratiquée ». Au bout de 3 ans, j’accueille le père Joseph Ly qui est vite envoyé dans la province du Kiang-Si. En 1799, c’est le père Jean Tchang qui me rejoint mais lui aussi est envoyé en 1807 au Kiang-Si. Puis, le père Juventin Tchang qui décède 3 ans après. En 1804, le père Paul Song vient me rejoindre jusqu’à mon martyre. En 1808 enfin, viennent les pères Ignace Ho et François Cheng, ce dernier sera mon compagnon de prison. Un an plus tard, nous accueillons pour un temps très bref, le père Antoine Tcheng qui est rapidement envoyé au Kiang-Si. En 1809, le frère Paul Wang nous rejoint ainsi qu’en 1817, le père Ngaï. On m’a aussi promis la présence d’un confrère français, le père Dumazel, qui, ayant connus quelques ennuis de voyage, arrive chez nous au bout de 10 ans d’attente. Hélas, ce confrère va succomber rapidement à une fièvre typhoïde à 49 ans en 1818. Quant à moi, j’ai contracté une pleurésie qui m’a fait craindre le pire, au point de penser  à demander les derniers sacrements, qui m’a laissé « une enflure de jambes et l’impossibilité de dépasser une quinzaine de kilomètres à pied par jour ».

     Constituer une communauté au profit de la mission n’est pas chose aisée, nous devons sans cesse implorer la Divine Providence de soutenir son œuvre de miséricorde.  De plus, le contexte n’est pas favorable. L’insécurité est permanente à cause des brigands et de certains groupes rebelles au pouvoir qui sèment la terreur, notamment lors de l’avènement du nouvel empereur Kia-King, en tuant tous ceux qui ne veulent pas les rejoindre. Il y a aussi cette permanente méfiance vis-à-vis du christianisme perçu comme une doctrine qui s’oppose à la culture et à la philosophie chinoise.

     Je sais aussi que depuis quelque temps déjà, la situation politique, sociale et même religieuse, n’est pas facile en France, et même en Europe. Je réponds ainsi à mon frère Chartreux parti en exil à Rome, qui me donne ces tristes nouvelles : « A la vue de l’état désastreux où se trouve l’Europe, je ne puis que bénir la Providence de m’avoir soustrait à tant de maux… Il vaut mieux être en Chine qu’en France : nos infidèles sont loin d’avoir l’atrocité de vos impies ». Et, comparant nos deux situations, je lui écris encore : « Tous les pays sont bons, pourvu qu’on puisse servir Dieu. Notre Patrie est le Ciel, où l’on peut arriver de tous les pays du monde ».

     Sur place, en Chine, la vie que je mène est spartiate et pauvre. La résidence de la mission, que j’appelle « le château de paille » possède un sol en terre battue et un toit de chaume, comme l’église. La vie de prière est notre seule richesse, mais elle ne permet pas d’aider les autres communautés, tout aussi pauvres. J’écris au Supérieur de Pékin qui me demande des nouvelles : « la famine nous a fort appauvris, et je n’ai point d’argent à vous envoyer. Cette année, à cause de la sècheresse, point de riz, il faut presque tout acheter, tout est cher, voyez si vous êtes assez riches pour aider notre pauvreté ». Sur place, moi qui suis le supérieur de cette communauté, je rappelle que les principes de Dieu sont notre référence : « Revêtons-nous de tendresse et de miséricorde, de bonté, d’humilité et de patience, car nous devons, nous qui sommes plus forts, soutenir la faiblesse des infirmes et ne pas nous complaire en nous-mêmes ». Je souligne encore à tous que « nos brebis ne forment qu’un seul troupeau, comme il n’y a qu’un seul Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ » et donc « il faut exhorter nos chrétiens à apprendre le catéchisme des sacrements, mais ne pas les obliger ou forcer à l’apprendre. On doit seulement exiger qu’ils sachent ce qui est strictement requis pour la réception des sacrements ». Je sais que des confrères refusent parfois cette exigence. Ils se plaignent du fait que leur travail est trop lourd, pourtant « il me semble n’avoir jamais eu l’intention de ruiner la santé de mes confrères par un travail au-dessus de leurs forces » et je leur rappelle ce que saint Vincent en son temps disait déjà : il faut « ménager votre santé, en Chine surtout où les prêtres sont rares ; il vaut mieux vivre que mourir pour la gloire de Dieu ». L’important est d’être « l’exemple des fidèles par nos paroles, nos démarches, notre charité, notre foi, notre pureté ».

     Pourtant, mourir pour la gloire de Dieu est ce qui attend les missionnaires qui sont en situation irrégulière en Chine. Le père Richenet, procureur des Missions à Macao, de 1801 à 1815, rappelle, dans une lettre adressée eu gouvernement français en 1817 que « les missionnaires ne sont admis que pour le service de l’Empereur, par conséquent seulement à Pékin en qualité d’artistes, de peintre, horlogers, astronomes pour faire le calendrier lunaire ». Moi, je ne suis rien de tout cela, je suis seulement missionnaire du Christ, envoyé ici pour vivre de la Croix du Christ et mourir pour elle car je sais qu’elle est le chemin de mon salut. Je suis, avec mes confrères, envoyés auprès des quelques 200 000 chrétiens de l’Empire. Ils sont mon seul souci, malgré le fait que je dois faire œuvre de prudence dans mes déplacements.

     Je rappelle que des persécutions envers les chrétiens sont toujours là. Dès 1799, elles viennent aussi bien du pouvoir central que des rebelles. En 1805, les Mandarins, qui sont les notables du pays, poussent l’Empereur à exiler, voire à torturer les chrétiens jusqu’à leur abjuration. En 1811, le pouvoir arrête un missionnaire chinois porteur de papiers concernant le pouvoir spirituel que lui confère l’évêque, avec la précision de certains lieux de mission. Les mandarins accusent alors les chrétiens de vouloir substituer les gouverneurs de ces villes. S’en suit une persécution et un ordre donné aux étrangers de quitter le pays. On raconte aussi à l’Empereur que le jour de fête de l’Assomption, les chrétiens vont se révolter contre lui. Sa réaction est cinglante : un édit impérial ordonne alors aux chrétiens de renoncer à leur religion sous peine de persécution. La situation se dégrade et je sais que je suis clandestin. Notre misérable « château de paille » est détruit, ainsi que l’école et l’église.

     En 1818, un phénomène climatique plonge Pékin sous une pluie violente et des ténèbres jusque là jamais vues. A l’image de Néron qui trouve son bouc émissaire dans les chrétiens lors de l’incendie de Rome, les oracles impériaux accusent les chrétiens d’être à l’origine de ces « menaces du ciel ». Il convient alors de renforcer la persécution contre eux. Bon nombre de prêtres et missionnaires chinois sont alors arrêtés, emprisonnés et exilés. Notre confrère, le père Chen est de ceux-là. J’écris au supérieur, M. Lamiot, que je connais bien : « notre croix est la capture de M. Chen. Il a été vendu par un nouveau Judas, 20 000 deniers. Il a été envoyé à Ou-Tchang-Fou avec 18 chrétiens pris à peu près dans le même temps ». En ce qui me concerne, alors que je suis déjà âgé de 71 ans, avec mon confrère M. Ho, je me cache dans des antres et des cavernes de la province que je me résous à quitter après 4 mois de cavale pour me réfugier au Honan chez une famille chrétienne durant 6 mois. Ignace Ho avait rejoint la mission à 27 ans et par la suite, arrêté, il sera exilé en Tartarie où il mourra sous les coups de rebelles musulmans en 1825.

     L’esprit de Judas est malheureusement toujours présent dans le combat contre l’Evangile. Un apostat auquel j’avais reproché sa mauvaise conduite m’a retrouvé et pour quelques 1000 taëls, soit 7000 francs or, me fait arrêter. Je lui dis : « Mon ami, dans quel dessein es-tu venu ici ? Ah que j’ai pitié de toi ! ». Il me répond alors : « Pourquoi me plaindre et me pardonner, je n’en ai pas besoin ». C’est alors qu’il dit aux soldats venus avec lui : « C’est lui ! Prenez-le ! ». Nous sommes le 16 juin 1819. On me couvre de chaînes, aux poignets, au cou et aux chevilles. On arrête avec moi les habitants de la maison et on pille aussi les maisons des chrétiens voisins, dans ce village de Kin-Kia-Kang à environ 4 km de la ville de Nan-Yang-Fou, où notre triste cortège a été conduit sous les cris et huées des badauds.

     Ma passion pour Jésus-Christ commence alors. Le mandarin exige de moi que je lui donne les noms des missionnaires et des chrétiens que je connais. Pour ce faire, m’ayant agenouillé sur des chaînes de fer, il commence par m’administrer 30 coups de semelle de cuir sur le visage de toutes ses forces, si bien que le sang gicle déjà. Pour toute réponse, je trouve la force de lui dire : « Mon frère, maintenant tu me juges, mais dans peu de temps, mon Seigneur te jugera lui-même », ce qui me vaut encore 30 coups sur le visage et de rester des heures plié sur les chaînes de fer, avec les mains attachées derrière le dos.

     On m’envoie alors à 200 km de là, à la prison de Khaï-Fong-Fou, et là encore, je suis torturé car je ne réponds rien aux demandes du mandarin. Je reste enfermé dans cette prison durant 1 mois et je trouve, au milieu de mes tortures, le moyen d’écrire au père Richenet et de lui faire passer le courrier : « Dès que la nuit arrive, il faut se coucher et mettre une de ses jambes dans une entrave jusqu’au lendemain. Cette entrave est formée de 2 planches que le geôlier réunit ensemble et ferme par un cadenas. De plus, une chaîne de fer nous lie tous sur notre chevet et nous empêche de lever la tête, on peut seulement, avec bien des efforts, se tourner sur le côté ou sur le dos ».

     Comme je fus missionnaire dans la province du Hou-Kouang, le mandarin décide alors de me transférer à Ou-Tchan-Fou, la ville principale de cette province. Durant 20 jours, je vais donc voyager dans une cage de bois, avec les fers aux pieds, les mains menottées, et une chaîne au cou, avec d’autres malheureux prisonniers. « Mon séjour dans les prisons du Honan et ma longue route avaient fort altéré ma santé. J’étais alors dans un pauvre état, une grande maigreur, une longue barbe qui fourmillait de poux ». Ce que je sais malgré tout cela, c’est que le Christ est avec moi.

     Dans ma nouvelle prison, j’ai la douleur d’y rencontrer le père Chen, même si la joie de nous retrouver efface cette tristesse de se voir ici. Il y a avec nous quelques chrétiens. Rien ne nous barre la route pour que nous priions ensemble. La confession est donnée et même, nous avons la joie immense de recevoir la communion d’un missionnaire qui arrive à se faufiler pour venir jusqu’à nous. J’exulte de joie : « Admirez ici la Divine Providence, qui contre la première intention du mandarin, a réuni deux prêtres dans une même prison avec dix bons chrétiens que j’ai confessés plusieurs fois, et qui ont reçu avec nous la communion des mains d’un de nos confrères. C’est peut-être inouï dans les prisons de Chine ».

     Cet état de relative grâce ne dure guère. J’apprends l’arrestation du père Lamiot. Bien qu’il l’attribue au même traître qui nous a vendus, le père Chen et moi, cette arrestation est sans doute due aux lettres que j’ai laissées à la mission et qui lui étaient destinées. Je lui écris de me pardonner pour cette imprudence et que je prendrai tout sur moi car l’important est de sauver la mission de Pékin. Lorsque je le revois enfin, nous sommes tous trois, le père Chen, Louis Lamiot et moi-même agenouillés sur des chaînes pour l’interrogatoire. Je sais, que plus tard, le père Lamiot écrira quelques mots sur mon attitude, je les cite ici : « Je répondis au mandarin que je connaissais M. Clet, quoique sa figure fut si décomposée que je ne reconnaissais aucun de ses traits. J’ai été frappé de la sagesse de ses réponses. Lorsqu’on me fit mettre à genoux à son côté, il se mit à pleurer. Comme on voulait frapper M. Chen, il s’écria : ‘Pourquoi le frapper ? je suis seul coupable’. Le mandarin lui réplique : ‘Vieille machine ! Tu as corrompu trop de nos gens. L’Empereur veut ta vie !’ Il répondit : ‘Bien volontiers’. J’admirai sa sensibilité extrême pour M. Chen et pour moi, son intrépidité pour le martyre, et sa présence d’esprit ; ce qui me fit une impression qui ne s’effacera jamais de mon âme ».

     Le 1er janvier 1820, je comparais au tribunal, avec tous les chrétiens. Le père Lamiot est déclaré innocent mais doit quitter la Chine pour Macao. Le père Chen est exilé en Tartarie où il mourra. Quant à moi, j’attends l’avis de l’empereur qui tarde, sans me faire d’illusion sur mon sort. « Je me prépare à mourir et j’attends, grâce à Dieu cet arrêt avec patience et tranquillité ». Qu’à cela ne tienne, cela me laisse le temps de célébrer la Conversion de Saint Paul et donc la fondation de la Congrégation. Je peux même communier en prison.

     Enfin, le 17 février, l’avis impérial arrive : « Liéou François, c’est mon nom en chinois, entré secrètement en Chine, a trompé beaucoup de monde en prêchant sa doctrine. Il sera étranglé sans délai, comme c’est la coutume ». Avant de suivre les soldats vers le supplice, je demande l’absolution au père Chen, et devant les larmes de mes frères prisonniers, je prononce ces mots « soyez toujours de fervents serviteurs de Dieu et n’abandonnez jamais la foi », et je les bénis une dernière fois, sachant au fond de moi, à la suite de saint Paul, « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous » (Rom 8). Dans la nuit qui suit, je suis conduit sur le lieu de mon calvaire. Le 18 au matin, on s’arrête face à un poteau de 2 mètres planté dans le sol. Une traverse est figée sur le sommet. J’ai l’autorisation de prier Notre Seigneur une dernière fois puis, mon cœur étant prêt à lui rendre grâce par le don de ma vie, « c’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la Parole de Dieu » (Tim 2). Je dis aux soldats : « liez-moi ». Ceux-ci m’attachent les mains et le dos derrière la traverse, et les pieds, liés l’un à l’autre, au montant du poteau. On me passe alors une corde autour du cou, nouée à un bâton que l’on tourne. La corde, trop usée, se rompt et cela oblige à la changer. On recommence la manœuvre et l’on tourne la corde à trois reprises jusqu’à ce que je rende à Dieu mon dernier soupir, après 72 ans de vie terrestre et 28 ans passés en Chine. Mon corps est enseveli une première fois dans le cimetière des condamnés à mort, puis récupéré par les chrétiens qui le mettent au cimetière de la Montagne rouge où reposent d’autres valeureux missionnaires. Aujourd’hui, mes restes reposent dans la Chapelle de la Maison-Mère, ici, à Paris, à proximité de celui qui, 20 ans plus tard, a suivi mes pas dans le martyre, dans les mêmes conditions et au même endroit, saint Jean-Gabriel Perboyre. L’Eglise ma élevé sur l’autel de la béatification en 1900 et sur celui de la canonisation en 2000 avec mes 120 frères chrétiens martyrisés en Chine, en la fête de sainte Thérèse de Lisieux, la patronne des missions, ce que Dieu ne fit pas sans dessein ce jour-là. 

     Dans la Joie de la Mission, prions : Tu as envoyé, Seigneur, ton serviteur François-Régis Clet évangéliser les nations et après sa longue vie de travail apostolique, tu l’as couronné par le martyre. Daigne, par la force de ton Esprit, nous affermir dans la foi pour l’annonce de l’Evangile. Par Jésus le Christ notre Seigneur.

Donné à la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, en la fête de saint Vincent de Paul.

 

Références :

-D’après Les 72 lettres de François-Régis CLET, de « soldat du Christ, le BX FR Clet » de G de Mongesty. Parsi 1906 et de « François-Régis Clet » par André Sylvestre. Moissac. 1998.

-Jacques A.Blocher et Jacques Blandenier : « L’Evangélisation du monde » vol.1, Ed. de l’institut biblique de Nogent.

Partager sur email
Partager sur print

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi

Bernard Massarini

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi. Je vous propose aujourd’hui de le regarder moins comme le centre, mais comme l’homme de relations. L’homme fidèle aux siens et obéissant à ses proches ce qui va le conduire à découvrir sa mission et se mettre au service des plus fragiles.

Un homme attentif aux siens et obéissant à ses proches. Tout d’abord, c’est lui qui le dit lorsqu’il parle aux sœurs, c’est un homme avec son tempérament qui jeune, aura même honte de son père venant le visiter chez les cordeliers où il commence ses études. Cependant, dès qu’il termine ses premières études, il projette de se faire prêtre pour offrir aux siens des moyens et  lui rechercher une honnête retirade, comme lui a laissé entrevoir le vice-légat à Avignon : « il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France » (I, 2.)

Bon gascon il sait que pour avoir de la promotion il faut avoir de l’argent et se faire remarquer. Avoir de l’argent cela s’obtient par la recherche de bénéfices et avoir des relations en montant sur Paris. Monsieur Vincent tracte plusieurs rentes de monastères et sur Paris s’obtient les grâces de la reine Margot et se fait proche de Monseigneur de Berulle. Il place ses cartes pour obtenir ce qui lui semble bon pour lui et pour les siens.

Homme de relation il rencontre à la Catho un docteur en théologie Mr Duval, grand théologien qui deviendra son directeur spirituel. Dans ses relations auprès de la reine Margot, il rencontre un théologal, qu’elle avait retenu à son service. L’homme entre en période de doutes profond sur la foi. Il va choisir de prendre sur lui les doutes de l’homme sur lui pour l’en libérer. Il nous racontera qu’il sera traversé par les doutes de la foi et ne s’en sortira qu’en mettant sa main sur son cœur pour toucher le credo qu’il avait enfermé dans la poche de sa soutane et faisant le vœu de service des pauvres.

Dès 1611, son ami Bérulle lui demande pour l’aider à se mettre au service de la paroisse de Clichy afin de récupérer François Gondren, un jeune prêtre dans l’institut qu’il fonde. Encore une fois de plus, Vincent écoute et il reçoit sa première paroisse. C’est dans cette paroisse qu’il découvre la vocation de curé et se dit heureux comme le pape : « je me disais à moi-même : «Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple !» Et j’ajoutais : «Je pense que le Pape n’est pas si heureux qu’un curé au milieu d’un peuple qui a si bon cœur.» Et un jour Monseigneur le cardinal de Retz me demandait : a Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ?» Je lui dis : à Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.» ­ a Pourquoi ?» ­ «C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous Monseigneur, n’êtes si heureux que moi.» (IX, 55)

C’est ensuite sur le conseil de son ami le Cardinal de Bérulle qu’il accepte le poste de précepteur chez les Gondi et va ainsi rencontrer la famille qui lui révèlera sa vocation. Il se met au service de sa nouvelle « patronne » Madame de Gondi et va sur sa demande, confesser un paysan employé sur les terres de la duchesse qui est mourant : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. » (XII, 180) Comme elle l’a suivi et notant le bienfait du sacrement, Madame la duchesse l’invite à prêcher sur la réconciliation, ce qu’il va  faire les jours suivant. La prédication sera suivie de multiples confessions ce qui va lui donner l’idée de créer une congrégation : la Congrégation de la Mission. Une congrégation pour réconcilier les gens des champs avec le Père Créateur. C’est cette même Mme de Gondi qui quelques années plus tard fournira les fonds pour qu’il puisse commencer à missionner sur ses terres afin que davantage de gens des champs puissent entrer en contact avec la grâce de Dieu.

Rendant encore service à son « mentor » le Cardinal de Bérulle qui souhaite intégrer un autre jeune prêtre : Johannes Lourdelot dans son institut, il est prié  d’aller le remplacer dans les Dombes lyonnaises à Chatillon.

Il doit accepter les conditions qui lui sont offertes. Il sera logé chez un noble protestant, avant de pouvoir disposer d’un presbytère décent. Cet homme est protestant, il va être touché par l’engagement missionnaire de monsieur Vincent va revenir à la foi catholique.

Il obéit de  nouveau à l’appel de deux dames de la paroisse qui viennent le voir avant une messe, « …un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres… » (IX, 243). Elles lui font  changer son homélie et il invite les fidèles à la charité. C’est ce geste et sa visite l’après-midi à la famille qui va lui donner l’idée de créer la première charité.

Nous le voyons c’est en obéissant à sa recherche pour le bien des siens et ensuite en obéissant aux personnes qui le sollicite qu’avance son projet, c’est en obéissant qu’il va est conduit à se met à la suite de l’Esprit-Saint pour déployer ses réalisations.

Cela ne s’arrête pas là, car la rencontre avec celle qui va devenir sa collaboratrice c’est à l’évêque du Bellay qu’il la doit. Il lui confie une dame de sa famille jeune veuve : Louise Marillac. Monsieur Vincent accepte cette femme de foi à la situation familiale douloureuse : elle est récemment veuve et qui a un fils instable. Il va la charger de visiter les charités naissantes et l’associer progressivement à son œuvre. C’est elle qui avec lui va organiser les premières consacrées servantes des pauvres : celles qui vont devenir les Filles de la Charité.

Comme ce portrait que je viens de vous dresser le montre, c’est par l’obéissance quotidienne aux médiations survenues dans sa vie, une fois son objectif choisi, que Monsieur Vincent va devenir le grand saint de la charité pour lequel le dossier de canonisation aura plus de 300 positions parlant de situations de charité qu’il a mises en place.

C’est par l’écoute attentive des personnes dont il s’est entouré pour parvenir à son honnête retirade qu’il va devenir le frère de tous les pauvres : sans-abris, filles à la rue, enfants abandonnés, déplacés de guerre, aînés, galériens, chrétiens esclaves des nations musulmanes.

Ne l’oublions pas quelques soit notre façon d’entrer dans le service du Christ, une fois notre objectif découvert, si nous nous mettons dans une disposition d’obéissance quotidienne aux évènements qui surviendront, nous serons sans aucun doute conduit là où Dieu nous attend : l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres dans les pas de Jésus.

Sur cette route restons toujours ancré en Jésus par l’oraison : ce cœur à cœur avec Dieu qui lui permet de s’établir fermement en nous. L’oraison étant conservé l’œuvre de Dieu pourra se continuer. Demandons à Monsieur Vincent, où que nous soyons sur la route de nos objectifs de réussite personnelle de nous maintenir dans cette écoute du Père et n’oublions pas les cinq petites pierres que Vincent a donné aux lazaristes pour vivre leur vocation. Ces cinq petites pierres de la fronde de David, celles qui lui ont permis de triompher de l’ennemi de la promesse : ces cinq vertus qui vont accompagner la vie du missionnaire et des vincentiens au service des plus fragiles de leurs frères : humilité, simplicité, douceur, zèle, mortification  

Rendons grâce à Dieu pour le chemin ouvert par Monsieur Vincent, continuons la louange en accueillant le don du Christ par son eucharistie

Partager sur twitter
Partager sur email
Partager sur print

Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24).

Roberto Gomez

Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

Chères sœurs, chers frères. La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24). Jésus prend le contre-pied d’une forme de promotion de la vengeance qui ne laisse à la fin que tristesse et encore plus de violence : « Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ». Ne vous amusez pas à faire de calcul mathématiques. Les disciples de Jésus, ses amis, doivent pardonner sans compter.

Avouons-le, mes amis, nous avons très souvent du mal à pardonner, n’est-ce pas ?  Certains sont carrément rancuniers ou éprouvent presque une incapacité profonde à accorder le  pardon. Jésus le sait ! Il connaît la nature humaine, c’est pour cela qu’il livre cet enseignement à Pierre et en lui à tous ses disciples.

Pourquoi avons-nous tant de mal à pardonner ? On nous a transmis de fausses idées sur le pardon, c’est pourquoi nous avons du mal à pardonner. Voici trois fausses idées :

  1. Nous pensons souvent que pardonner c’est offrir un cadeau à quelqu’un qui ne le mérite pas. Cette personne qui m’a fait souffrir, qui m’a fait du mal, ne mérite pas de ma part le moindre geste de générosité ; voilà ce que nous pensons au fond de nous-mêmes. Or, pardonner ce n’est pas offrir un cadeau à l’autre mais se faire un cadeau à soi-même. Celui qui pardonne se libère, s’apaise, récupère la liberté intérieure perdue à cause du mal subi.
  2. On nous a souvent appris que pardonner c’est oublier. Aaah ! Si tu n’as pas oublié c’est que tu n’as pas pardonné ! Eh bien c’est faux ! Pardonner est autre chose que devenir amnésique. Si Jésus enseigne le pardon c’est tout en sachant qu’une mémoire blessée ne permet pas de vivre de manière épanouie. Il est toujours possible de guérir ses blessures et la meilleure manière d’en prendre soin c’est de l’identifier, de la nommer ; non pas de l’ignorer. Un proverbe enseigne que le plus long chemin commence toujours par le premier pas. En effet, le premier pas dans le processus du pardon est celui de renoncer à la vengeance. Oui, on m’a fait du mal, mais je ne me vengerai pas. Je ne rendrai pas le mal pour le mal.
  1. Pardonner ne consiste pas à ignorer le mal subi ou faire comme si aucun mal n’avait été commis. Oui, on peut pardonner tout en tirant des conséquences pour l’avenir. Si, par exemple, une personne a divulgué quelque chose d’important et en faisant cela elle m’a causé du tort, la prochaine fois je sais que ne pourrai pas lui accorder toute ma confiance. Je ne recommencerai pas, mais je continuerai à lui parler, à la traiter avec dignité et respect. Tenez par exemple, le Pape Jean-Paul II a pardonné à son agresseur. Il est même allé le voir en prison. Cependant il n’a pas empêché la justice de faire son œuvre. Je n’ai jamais entendu dire qu’il ait demandé sa libération.

Il y a tant d’autres fausses idées sur le pardon que l’on nous a transmises qui nous empêchent de pardonner à la manière de Jésus. Il est vrai que sa parole est exigeante. C’est pour cela qu’il a recours à une parabole pour faire comprendre la complexité et les raisons d’être du pardon.

Deux débiteurs sont mis en scène dans l’évangile. Le premier doit des millions pour faire court. Il sait pertinnement qu’il ne pourra jamais rembourser sa dette. La pratique de l’époque était sans pitié : il devait être dépossédé de tout, être vendu avec sa femme, ses enfants et tous ses avoir en remboursement de la dette. L’homme en question se sait perdu. Il demande alors du temps, de la patience, de la pitié dirions-nous. Le roi lui accorde bien plus que cela. Sa dette est effacée totalement, sans contrepartie… Quelle générosité de ce roi qui voilait précisément régler  ses comptes. Le deuxième débiteur, de son côté n’a qu’une dette infime envers  celui qui vient d’être gracié … On s’attend dans cette histoire à ce que le premier agisse avec la même générosité dont il a bénéficié. Il n’en est rien. Vous connaissez la fin. La parabole se termine par une affirmation redoutable : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera , si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». Telle est la pointe de la parabole. Elle veut que nous nous reconnaissions que la grâce de Dieu est toujours assurée. Sa seule limite est celle que nous fixons.

Le pasteur Paul VERGARA, qui sauva une soixantaine d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, affirmait : « Il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés[1]. » La seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons en refusant le pardon à notre tour. D’autre part, Dieu ne peut pas nous demander autre chose que ce qu’il donne. En Jésus nous sommes pardonnés, sans limite ni condition. Nos dettes, nos péchés, notre complicité avec le mal ont été cloués sur la croix. La dette a été payée. C’est le Christ qui en a payé le prix. Alors, si le Seigneur nous a pardonné, faisons de même avec les autres.

On a posé à Julien GREEN une question : si Dieu existe, si le ciel existe qu’est-ce qu’il te dira en arrivant la haut ? Oh oui ! répondit-il, je sais ce qu’il me dira. Il me dira : « Je suis un Dieu pardonneur ».

Seigneur, donne-nous la grâce du pardon. Fais-nous le cadeau de la liberté intérieure, de la fraternité gagnée par le pardon et la réconciliation.  Donne-nous la grâce ne pas refuser aux autres précisément ce que nous recevons gratuitement et généreusement de ta part, le Dieu pardonneur, Amen.

Le 13 septembre 2020

Chapelle de la Médaille Miraculeuse

 

                                      

[1] Le 25 février 1945.

 

Partager sur email
Partager sur print

“La vida es bella”. Mi experiencia con la COVID-19

Mis queridos hermanos en el Señor, hace ya cuatro meses y medio que experimenté en carne propia la vulnerabilidad de mi humanidad a través de la Covid 19. Fue un momento difícil, de incertidumbre y de miedo. Pero les confieso que también fue un tiempo en el que pude apreciar más de cerca la misericordia y compañía de Dios...

P. Alexis Octavio VARGAS SANDOVAL CM

“La vida es bella”. Mi experiencia con la COVID-19

“Me has curado, me has hecho revivir, la amargura se me volvió paz cuando detuviste mi alma ante la tumba vacía y volviste la espalda a todos mis pecados. El abismo no te da gracias, ni la muerte te alaba, ni esperan en tu fidelidad los que bajan a la fosa. Los vivos, los vivos son quienes te alaban: como yo ahora. El padre enseña a sus hijos tu fidelidad. Sálvame, Señor, y tocaremos nuestras arpas todos nuestros días en la casa del Señor” (Isaías 38, 16-20).

Mis queridos hermanos en el Señor, hace ya cuatro meses y medio que experimenté en carne propia la vulnerabilidad de mi humanidad a través de la Covid 19. Fue un momento difícil, de incertidumbre y de miedo. Pero les confieso que también fue un tiempo en el que pude apreciar más de cerca la misericordia y compañía de Dios, además de la solidaridad de ustedes mi comunidad local y parroquial, la provincia de Francia, mi familia, mis amigos y tantas personas de la familia vicentina y de buena voluntad y también la preocupación del personal de la salud del hospital Robert Ballanger; por medio de la oración, los cuidados o quizás desde un pequeño gesto, un pensamiento, un mensaje, en fin. Les estaré eternamente agradecido.

En ocasiones es difícil expresar los sentimientos y más entre nosotros hombres consagrados por la causa del amor. Deberíamos siempre volver a la fuente inagotable de la misericordia de Dios, sobre todo sabiendo que somos un don para el otro, y que la vida se gana dándola. Sí, han pasado tres meses desde mi salida del hospital y he tenido el tiempo para hacer un alto en el camino, reorientar mi vida, mi ministerio y creo que para todos este tiempo en medio de tanto, nos ha medido nuestra capacidad de resistir y de dar esperanza, justo allí donde a muchos los sobrecoge el desánimo y flaquean las fuerzas.

Quisiera valerme del Evangelio del domingo 18 del tiempo ordinario para contarles esa experiencia a mi manera. El evangelio de ese domingo comenzaba con un hecho doloroso para Jesús: la muerte de su muy querido amigo Juan Bautista. Por eso vio prudente en medio del dolor retirarse solo a un lugar para estar con su Padre. Qué importante es un tiempo para repensar las cosas, y para no hacer como si nada hubiera ocurrido. Pero ¿cómo me pasó todo esto? ¿Y por qué a mí? De todas formas, a todos nos llega el momento y de qué manera. La experiencia comenzó 15 días antes de hacerme el examen. Asistí a un almuerzo con la comunidad en una parroquia vecina donde habitualmente almorzamos juntos los sacerdotes de la unidad pastoral cada 15 días. El párroco anfitrión había ido al este del país, donde ya había habido algunos casos, sin embargo, como era el comienzo de esta turbulencia que aún sacude el mundo, no se le prestó mucha atención al riesgo que ello pudiese significar. Pasaron tres días y debí volver a la parroquia mencionada a una reunión de preparación de catequesis para adultos, pues hago parte del equipo junto con el párroco,  y nuevamente cenamos con él y su vicario en una mesa muy pequeña. Nada de distanciamiento físico en ese momento. Llegó el fin de semana y no me sentía muy bien. Empecé a tener fiebre, resfriado, mal de estómago y con esto pérdida del apetito. Como los síntomas siguieron el lunes siguiente fui al médico. Éste me hizo una consulta bastante rápida y me dijo que no era grave, que se trataba de un resfriado, me dio unos medicamentos para la fiebre y el dolor y que tomara algunos días de reposo. Como de costumbre, cuando uno va al médico y recibe buenas noticias se siente más seguro. No obstante, siguieron pasando los días y la mejoría nada que llegaba, toda esa semana la pasé así, con los mismos síntomas.

El fin de semana, como es usual, fueron unas mujeres de la parroquia. Ellas me insistieron para que me hiciera el examen. Esperé hasta el lunes para hacerlo. Había que llamar a un número. Llamé y me dijeron que fuera por urgencias al hospital Robert Ballanger. Ese 16 de marzo en las horas de la tarde un colega de la comunidad me acompañó. Había que esperar un poco. Le dije que se fuera a la casa y que cuando todo pasara lo llamaría para que me recogiera. La espera fue un poco larga: unas dos horas; pero uno como que presiente las cosas, cuando entras al hospital por algo que te pasa a ti, ves que el panorama se te oscurece. La pandemia estaba empezando la gente tenía miedo de cualquiera que fuese posible de caso de corona virus. Ahora comprendo de verdad la labor de todo el personal de la salud, todo lo que arriesgan. Bueno, me hicieron el examen, había que esperar el resultado. Yo estaba en una camilla, y a eso de la 9:30 pm, me dieron los resultados confirmando que era positivo, recuerdo que tomé la noticia normal y me dije bueno esto pasará. Uno cree que como es joven y fuerte será cuestión de tiempo. Le mandé un mensaje al colega contándole que era positivo y que debía esperar aún en el hospital que más tarde lo llamaría. Pues, les cuento que hasta ahí tengo memoria, después vino lo otro de estar sometido a ese coma artificial casi un mes.

¿De esta experiencia qué puedo decir?

Primero que es como estar entre el sueño y vigilia, como estar desconectado de la realidad y al mismo tiempo ser consciente. La mente divaga mucho. Tuve muchos sueños; pero les digo que uno no deja de ser lo que es. Me explico: en los sueños o esa realidad artificial todo tiene ver con la tarea que realizas; en mi caso, la concerniente al sacerdocio. Cito algunos ejemplos, pero son muchísimos unos buenos, otros una pesadilla completa. En otra oportunidad les contaré con más detalles. Entre otras cosas soñé que todo esto que me pasó se dio en medio un viaje a España y que íbamos en un barco y que había naufragado, y que fuimos rescatados por la marina francesa y que nos habían llevado a Barcelona y yo juraba que estaba en España. Además, recuerdo muy bien que hasta había pensado llamar a Toño (José Antonio Gonzáles, cohermano en estudios en Salamanca) a que fuera por mí. ¿Ven? Hay mucha coincidencia, pero también fantasía. Por ejemplo, que después del rescate yo estaba en una gran sala y que me llamaban y no podía caminar, ni moverme siquiera,  con mucha sed, pero que no había agua. Apenas me dieron un poquito y yo pedía más y más. Otro sueño consistía en que yo iba a Cali, Colombia que era tiempo de fiestas, pero que iba sólo por tres días de descanso y que me había enfermado y que estaba en una casa de las Hijas de la Caridad; allí mismo donde brindaban cuidados médicos y que había estado hospitalizado por un mes. Sabía que allí estaban los cohermanos, pero que habían sido las hermanas las que me habían cuidado. Hasta recuerdo que la ecónoma no quería hacer nada de rebaja por la hospitalización. Como a mí me hicieron traqueostomía que eso también había sido en Cali y que el médico que me la había hecho era un cohermano sacerdote de la provincia de Italia que había conocido en Roma y con quien íbamos a hacer una misión más adelante.

Después que pasó este tiempo y leyendo todo lo que me ocurrió, puedo decir que la mente es algo increíble, hay una cierta predisposición que te ayuda a dar el siguiente paso. Me explico:  estos tres sueños que les cuento me ayudaron mucho en la recuperación, ¿por qué?  Cuando me desperté o me despertaron mejor, yo tenía una sed increíble, de verdad que no me aguantaba, pedía agua y más agua, fue lo primero que pedí, pero no me daban y yo no entendía por qué. Por eso alguna enfermera muy querida me pasaba un paño húmedo por la boca, eso me refrescaba un poco. El segundo, yo no me podía mover en aquella gran sala. Me encontraba en una gran sala con muchos médicos y enfermeras entubado con sondas y de verdad estaba paralizado. Me dolía todo. No me podía mover. Y el tercero fue la cuestión de la “traqueo”, como lo había soñado para mí no fue difícil de aceptar. Es decir, todo ya estaba integrado de antemano, creo que ahí está la fe, Dios que dispone todo nuevamente. Además de esos sueños, también soné que había hecho un viaje en familia, que había ido en misión a la India, que había estado en una misa con el Papa a la una de la mañana y que me parecía muy raro. Que la provincia había comprado unos terrenos en las afueras de Bogotá y que me habían mandado como superior y trabajaría con uno de los García, (en nuestra provincia de Colombia tenemos o tuvimos cinco hermanos sacerdotes de los cuales fueron dos obispos que ya fallecieron, no sé si por eso de ser obispos) un hermano, y además era una obra en compañía con hijas de la caridad ya mayores. Y así otros tantos.

Volviendo al texto del evangelio, ese tiempo de retiro para Jesús (tiempo de hospitalización para mí, de cuarentena para ustedes), creo que ha sido un tiempo de reconciliación (con nosotros mismos, con los hermanos, la familia) para volver a la acción; es decir, materializar la caridad. Estoy convencido como el gran misionero San Juan Gabriel Perboyre de que no se necesitan más signos (el evangelio, la eucaristía y el crucifijo) para entregarse a la causa del amor.

Sí, el mundo necesita compasión, las multitudes buscan ser consoladas y nosotros somos las manos y los pies de Jesús.  ¿Cuál es mi respuesta hoy a esta propuesta de ayudar a sanar las heridas de tantos hermanos? A veces nuestra actitud es la de los discípulos:  despachar a la gente, que se las arreglen como puedan, y de esta manera, queridos hermanos, podríamos quedarnos en el aspecto milagroso de la acción de Jesús, pero Él quiere enseñarnos algo más: que no es necesario tenerlo todo para hacer algo, solo es necesario dar ese poco que tenemos y con Jesús será abundante, porque es su obra, no mis cálculos. Da sin medida y te darán sin medida y cuando sientas que no puedes más descubrirás que  dispones de cinco panes y dos pescados, que parecen poco, pero que con la presencia de Jesús harán la diferencia. Se trata de donar algo de tu tiempo, de tu dinero, de tu simpatía, de tu amistad y ese don que tú haces será contagioso. Si los otros te ven hacer algo harán como tú y habrá suficiente para nutrir la multitud. Nuestro santo fundador multiplicó no sólo el pan, sino también el amor, de tal modo que todos tuvieran algo.

Ahora quisiera nuevamente hacer un reconocimiento especial a todos por su solidaridad, amistad y cariño. Esos pequeños gestos de amor, de aprecio… valen oro para mí. Después de mi salida del hospital el 2 de mayo me han acompañado sentimientos de agradecimiento. La vulnerabilidad de la vida me recordó de una manera muy viva algo que ya sabía y que de tanto repetirlo parece hasta banal: “nada es para siempre”.  Ni la vida ni la salud ni los amigos; en fin, pero he aprendido lo que muchas veces predicamos:  la vida es un milagro y cada día, cada hora, cada minuto, cada segundo cuenta y debemos atrevernos a vivir, a arriesgar por lo mejor, por lo más bueno, no importa que uno se estrelle contra un muro, te quedará la satisfacción de que hiciste algo, lo intentaste y hay que volver a intentarlo una y otro vez. Hay que darse de alguna manera la oportunidad de equivocarse porque eso nos despierta y nos lleva asumir la vida con mucha más responsabilidad, y así estaremos convencidos de que lo importante es buscar cada día ser más auténticos, aprendiendo a sentir vergüenza de las propias faltas. No veo otro camino para un verdadero cambio. Cuando estaba en Medellín siendo rector Diego Luis, él insistía siempre en esta frase que recuerdo desde entonces, no sé si era de él, pero me gustó: “no le pidas a la estructura, lo que no te da tu propia conversión”. Para que no suene tan religioso, yo diría tu propia convicción, porque también he aprendido que los cambios vienen de adentro, de lo más íntimo, lo que más se cuida.

Les quiero compartir algunos sentimientos de la lectura espiritual que hice de esa experiencia límite.

  • El poder de la Oración y acción de gracias

Se traduce en la presencia de Dios que no nos falta nunca, y en la perseverancia de todos ustedes en la plegaria. Confieso hoy que tengo una deuda muy grande con todos. Sí, les debo la vida, y por supuesto, también a todas las personas que estuvieron pendientes de mí en el hospital. Por eso los invito a que se sientan orgullosos de la fe que tienen. Han logrado lo que pidieron:  un milagro, pues inclinaron a Dios que escuchó su oración. Mi vida es testigo. A veces nos desanimamos porque le pedimos a Dios y no logramos eso que deseamos, pero esto que hicieron por mí les puede dar la certeza de que Dios es compasivo y misericordioso y que vale la pena esperar contra toda esperanza.

  • La presencia del otro y los signos de Dios

Un día después de haber tomado nuevamente consciencia, caí en la cuenta de que una de las enfermeras era africana. No estoy seguro si era del Congo. Tenía aproximadamente 27 años de edad. Se me acercó y con mucho respeto me dijo al oído: “padre vengo para que recemos juntos». Esa acción se me quedó marcada. Algunas de las oraciones que me compartió, sobre todo a la Virgen María, las sabía hasta en latín. Esto sucedió dos o tres veces. Una vez terminada la plegaria me decía: “padre yo siempre estoy pasando por aquí y cuando necesite orar me manda  llamar con las compañeras”. Pueden ver, Dios siempre manda alguien que te susurrará al oído que siempre está ahí y por eso creemos en los ángeles y sobre todo en el ángel de la guarda. Vean una vez más la mano de Dios de manera patente. Sé que la Iglesia y el mundo atraviesan momentos difíciles, pero no hay que tener miedo. Por el contrario, creer siempre en el Señor que les prometió a los discípulos, y en  ellos a nosotros, que no estaríamos  jamás solos. Habrá siempre algo que nos empuja hacia adelante milagrosamente. Esa es la fuerza del Espíritu que da vigor al cuerpo y coraje al alma. 

  • La experiencia de la resurrección y el milagro de sentirse vivo

Hablamos siempre de la resurrección y tenemos suficientes relatos de la misma en la escritura y somos muchas veces muy buenos para hablar sobre ella, pero cuando uno la experimenta, cualquier explicación se queda corta porque te das cuenta que no es un argumento sino un hecho concreto del cual eres testigo. Después que yo fui consciente de dónde estaba, tenía en la cabeza esa preocupación de dar signos de vida, de decirles a ustedes y sobre todo a mi familia:  ¡yo estoy vivo, no sufran más! Pensaba sobre todo en papá y mamá, en cómo la estarían pasando de mal, porque ya perdieron un hijo y seguro que habría sido un dolor aún más fuerte, pues, ¿qué madre o padre quiere perder a su hijo? Con esto puedo decirles que para mí personalmente la resurrección significa “despertarse”, y ¿para qué?, para decir como el Señor:  ánimo, soy yo, no tengan miedo. Para anunciar esta buena noticia que significa la vida. Por eso yo los invito a despertarse para ver los signos de Dios. Porque estamos vivos , mas no despiertos  y esa es una diferencia muy grande. ¿Cómo reconocer el amor de Dios en nuestra vida? En este sentido, san Pablo llegó a afirmar que si Cristo no hubiera resucitado, vana sería nuestra fe.  De ahí que  las dudas sobre la presencia de Dios en mi vida de alguna manera han desaparecido. ¡Cómo no ver la obra de Dios en mi vida!

Con esto  les cuento la gran alegría que experimentaron  todos cuando volvieron a escuchar mi voz, y lo digo sobre todo por mi familia. De verdad que esta vez las lágrimas fueron de alegría. A la vez, sentí a mi familia mucho más confiada en Dios, y qué bueno, a veces los malos momentos de la vida nos llevan a poner todo en manos de Dios que sabe manifestarse. Y sí, las cosas de Dios tardan, pero llegan y nos dan seguridad. Algunos de mis cohermanos me expresaron también que nunca habían rezado tanto por alguien. Eso toca el corazón, de verdad que lo confieso y así corroboro que ahí se reconoce de verdad a los amigos cuando nos ayudan a atravesar las tempestades del dolor. Hoy más que nunca estoy seguro de que vale la pena vivir y tener los  amigos y la familia que tengo, y que no solo mis padres o mis hermanos hubieran dado su vida por mí, sino también muchos de ustedes. De verdad que ahí se cumple la Escritura: nadie tiene amor más grande que aquel que da la vida por sus amigos. Inmensas gracias por compartir este milagro que significa mi vida y les seguiré pidiendo oración por mí y de igual manera les aseguro la mía y por sobre todo mi amistad. Los amo en el Señor y ahora más que nunca. Sigamos soñando con el Cielo del cual vemos ya los signos materializados en esta Tierra, pero sobre todo creamos que hay vida eterna.  No seremos nunca defraudados.

Partager sur email
Partager sur print

“La vie est belle”. Mon expérience de la COVID-19

Mes chers amis, dans le Seigneur : il y a déjà quatre mois et demi que j'ai vécu dans ma propre chair l'expérience de la vulnérabilité de ma condition humaine à travers la COVID 19. Ce fut un moment difficile, d'incertitude et de peur. Mais je vous avoue que ce fut aussi un temps pendant lequel j'ai pu apprécier de plus près la miséricorde de Dieu et sa présence...

P. Alexis Octavio VARGAS SANDOVAL CM

“La vie est belle”. Mon expérience de la COVID-19

« Tu m’as guéri, tu m’as fait revivre, l’amertume s’est changée en Paix, quand tu as arrêté mon âme devant la tombe vide et que tu as jeté derrière toi tous mes péchés. L’abime ne te rend pas grâce, la mort ne te loue pas, et ceux qui descendent dans la fosse n’espèrent pas ta fidélité. Ce sont les vivants, les vivants qui te louent, comme moi maintenant. Le père enseigne à ses enfants la fidélité. Sauve-moi, Seigneur, et nous jouerons de la harpe tous les jours dans la maison du Seigneur » (Isaïe 38, 16-20).

Mes chers amis, dans le Seigneur : il y a déjà quatre mois et demi que j’ai vécu dans ma propre chair l’expérience de la vulnérabilité de ma condition humaine à travers la COVID 19. Ce fut un moment difficile, d’incertitude et de peur. Mais je vous avoue que ce fut aussi un temps pendant lequel j’ai pu apprécier de plus près la miséricorde de Dieu et sa présence, ainsi que la solidarité de toute ma communauté local et paroissiale, de la Province de France, de ma famille, de mes amis et de tant de personnes de la famille vincentienne, ou de bonne volonté et aussi le dévouement du personnel de la santé de l’hôpital Robert Ballanger; à travers la prière, de soins, ou peut-être un petit geste, une pensée, un message : je vous en serai éternellement reconnaissant.

Je peux vous dire que parfois il est difficile d’exprimer ses sentiments et davantage encore entre nous, hommes consacrés pour la cause de l’amour. Nous devrions toujours en revenir à la source inépuisable de la miséricorde de Dieu, sachant surtout que nous sommes un don pour l’autre et que la vie se gagne en la donnant. Oui, trois mois ont passé depuis ma sortie de l’hôpital et j’ai eu le temps de faire une halte sur le chemin, de réorienter ma vie, mon ministère ; je crois que, pour tous, « ce temps au milieu de rien » nous a fait mesurer notre capacité à résister et à redonner espoir devant le découragement de beaucoup.

Je voudrais m’appuyer sur l’évangile de dimanche 18ème du temps ordinaire pour vous raconter cette expérience à ma façon. L’évangile de ce dimanche commençait par un évènement douloureux pour Jésus : la mort de son très cher ami Jean-Baptiste. Il a donc cru nécessaire, dans sa douleur, de se retirer seul dans un lieu pour être avec son Père. Comme c’est important un temps pour méditer et ne pas faire comme si rien ne s’était passé ! Mais comment c’est arrivé tout cela ? Et Pourquoi à moi ? De toutes façons, il nous arrive à tous un moment difficile, et comment cela arrive-t-il ? Cela a commencé 15 jours avant de faire le test. J’avais assisté à un déjeuner avec la communauté dans une paroisse voisine où nous déjeunons d’habitude tous les 15 jours, tous les prêtres de l’unité pastorale. Il se trouve que le curé était allé en Alsace où il y avait déjà eu quelques cas. Cependant, comme c’était le début de cette turbulence qui secoue encore le monde, on n’y a pas prêté attention. Et puis trois jours ont passé et je suis retourné à une réunion de préparation à la catéchèse pour adultes dont je fais partie avec ce curé et nous avons dîné à nouveau avec lui et son vicaire à une très petite table. Aucune distanciation à ce moment-là. Le week-end est arrivé et je ne me sentais pas bien. Je commençais à avoir de la fièvre, enrhumé, mal à l’estomac et perte de l’appétit. Comme les symptômes continuaient, je suis allé chez le médecin le lundi suivant. Il m’a fait une consultation rapide et m’a dit que ce n’était pas grave, qu’il s’agissait d’un rhume, il m’a donné des médicaments pour la fièvre et la douleur et m’a dit de prendre quelques jours de repos.

D’habitude, quand on va chez le médecin et qu’il donne de bonnes nouvelles, on se sent rassuré. Les jours passaient et il n’y avait pas d’amélioration. J’ai passé toute cette semaine-là avec les mêmes symptômes. Ce week-end, comme d’habitude, des femmes de la paroisse sont venues. Elles ont insisté pour que je fasse un test. J’ai attendu le lundi pour le faire. Il fallait appeler un numéro de téléphone. J’ai appelé et on m’a dit d’aller aux urgences de l’hôpital Robert Ballanger. Ce 16 mars dans l’après-midi, un confrère de la communauté m’a accompagné. Il fallait attendre un peu. Je lui ai dit de rentrer à la maison, et que, quand j’aurais terminé, je l’appellerais pour qu’il vienne me chercher. L’attente fut un peu longue : environ 2 heures, mais comme on pressent quelque chose quand on rentre à l’hôpital, on voit que le panorama s’assombrit. Etant donné que la pandémie commençait, les gens avaient peur de moi. Maintenant je comprends vraiment le travail du personnel soignant et tout ce qu’ils risquent. On m’a examiné. Il fallait attendre le résultat. J’étais sur un brancard, et vers 21h30, on m’a donné les résultats, me confirmant que j’étais positif : je me souviens que j’ai pris la nouvelle normalement et que je me suis dit : ça va passer. On croit, parce qu’on est jeune et fort, que ce sera une question de temps. J’ai envoyé un message à mon confrère lui disant que j’étais positif, que je devais encore attendre à l’hôpital et que je l’appellerais plus tard. Jusqu’à ce point j’ai gardé la mémoire des événements, mais après, on m’a mis en coma artificiel pendant presque un mois.

Que puis-je dire de cette expérience ?

D’abord, c’est comme si on était entre la veille et le sommeil, comme si on était déconnecté de la réalité tout en étant conscient. Je m’explique : dans les rêves ou cette réalité artificielle, tout a à voir avec la tâche qu’on accomplit, c’est-à-dire pour moi, celle qui concerne mon sacerdoce. Je cite quelques exemples, mais il y en a beaucoup, certains bons, d’autres qui sont un vrai cauchemar. Je vous raconte en détails. Entre autres, j’ai rêvé que tout cela m’était arrivé au cours d’un voyage en Espagne, je ne sais comment, nous étions dans un bateau qui avait naufragé, Nous avons été sauvés par la Marine française qui nous avait emmenés à Barcelone et j’aurais juré que j’étais en Espagne. En outre, je me souviens très bien que j’avais même pensé appeler Toño (José Antonio Gonzalez, confrère colombien en études à Salamanque) pour qu’il vienne me chercher. Vous voyez ? Il y a beaucoup de vrai, mais aussi beaucoup d’imagination. Par exemple, après le sauvetage, j’étais dans une grande salle, on m’appelait et je ne pouvais pas marcher, ni même bouger ; j’avais très soif, mais il n’y avait pas d’eau. On m’en avait donné un tout petit peu et j’en demandais encore et encore. Un autre rêve était que j’allais à Cali en Colombie, pendant les fêtes, mais seulement pour trois jours de repos, et que j’étais tombé malade ; j’étais dans une maison des Filles de la Charité, la même où on donnait des soins médicaux et j’y avais été hospitalisé pour un mois. Je savais que là étaient mes confrères mais c’étaient les sœurs qui me soignaient. Je me souviens même que l’économe ne voulait me faire aucune remise sur l’hospitalisation. Comme on m’a fait une trachéotomie, je rêvais qu’elle avait aussi eu lieu à Cali et que le médecin qui me l’avait faite était un confrère prêtre de la province d’Italie que j’avais connu à Rome et avec lequel nous étions partis en mission plus tard.

Le temps a passé et en relisant tout ce qui m’est arrivé, je peux dire que l’esprit est incroyable : il y a une certaine prédisposition qui aide à faire le pas suivant. Je m’explique : ces trois rêves que je vous raconte m’ont beaucoup aidé au rétablissement. Pourquoi ? Quand je me suis réveillé, ou plutôt, qu’on m’a réveillé, j’avais une soif épouvantable. Vraiment je n’en pouvais plus, j’ai demandé de l’eau et encore de l’eau, c’est la première chose que j’ai demandée, mais on ne m’en donnait pas, et je ne comprenais pas pourquoi. C’est pour cela qu’une infirmière très chère me passait un linge humide sur la bouche et cela me rafraichissait un peu. Le second rêve, je ne pouvais pas bouger dans cette grande salle.

Je me trouvais dans une grande salle avec beaucoup de médecins et d’infirmières. Intubé avec des tuyaux et vraiment, j’étais paralysé. J’avais mal partout. Je ne pouvais pas bouger. Et le troisième rêve, la « trachéo », comme je l’avais rêvé, n’a pas été difficile à accepter pour moi. C’est-à-dire, tout était intégré à l’avance, alors, comme je vous le dis, c’est peut-être mon point de vue : je crois que là est la foi : Dieu dispose tout à nouveau.

En plus de ces rêves, je rêvais aussi que j’avais fait un voyage en famille, que j’étais allé en mission en Inde, que j’étais allé à une messe avec le Pape à 1h du matin et cela me paraissait très étrange. Je rêvais aussi que la province de Colombie avait acheté des terrains dans la banlieue de Bogotá, qu’on m’avait envoyé comme supérieur, et que je travaillerais avec un des frères Garcia (dans notre province de Colombie, nous avons où nous avons eu 5 frères prêtres dont 2évêques décédés, je ne sais pas si c’est parce qu’ils étaient évêques !), un frère, et en plus c’était une œuvre en association avec des filles de la charité déjà âgées. Et ainsi, beaucoup d’autres rêves.

Pour en revenir à l’évangile, ce temps de retrait pour Jésus (temps d’hospitalisation pour moi, de quarantaine pour vous) je crois que cela a été un temps de réconciliation (avec nous-mêmes, nos frères, la famille) pour retourner à l’action, c’est-à-dire, vivre la charité. Je suis convaincu, comme le grand missionnaire Jean-Gabriel de Perboyre, qu’on n’a pas besoin d’autres signes (l’évangile, l’Eucharistie, le crucifix) pour se donner à la cause de l’amour.

Oui, le monde a besoin de compassion, les foules cherchent à être consolées et nous, nous sommes les mains et les pieds de Jésus. Quelle est ma réponse aujourd’hui à cette proposition d’aider à guérir les blessures de tant de frères ? Notre comportement est parfois celui des disciples : on reçoit les gens, et ensuite, qu’ils se débrouillent comme ils peuvent. Et ainsi, chers frères, nous pourrions en rester à l’aspect miraculeux de l’action de Jésus, mais lui veut nous enseigner davantage : il n’est pas nécessaire de tout avoir pour faire quelque chose, il faut seulement avoir le peu que nous avons, et avec l’aide de Jésus, ce sera l’abondance, parce que c’est son œuvre, et pas mes calculs. Donnez sans mesure et on vous donnera sans mesure ; quand on sentira qu’on n’en peut plus, on découvrira qu’on dispose de cinq pains et de deux poissons, cela parait bien peu, mais l’aide de Dieu complètera. Il s’agit de donner un peu de notre temps, de notre argent, de notre sympathie, de notre amitié, et ce don que nous faisons sera contagieux. Si les autres nous voient faire quelque chose, ils feront comme nous et il y en aura assez pour nourrir la foule. Notre Saint fondateur a multiplié non seulement le pain, mais aussi l’amour, pour qu’il y en ait pour tous.

Maintenant je voudrais être reconnaissant à nouveau spécialement à tous pour leur solidarité, leur amitié et leur affection. Les petits gestes d’amour, d’estime… cela vaut de l’or pour moi. Après ma sortie de l’hôpital le 2 mai, ce sentiment de reconnaissance m’a toujours accompagné. Je vous avoue que la vulnérabilité de la vie m’a rappelé très vivement ce que je savais déjà et qui est même banal : « rien n’est pour toujours ». Ni la vie, ni la santé, ni les amis; mais j’ai vraiment appris ce que nous prêchons souvent : la vie est un miracle, et chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde compte et nous devons oser vivre, risquer ce qu’il y a de mieux, n’importe si on s’écrase contre le mur, on aura au moins la satisfaction d’avoir fait quelque chose, d’avoir essayé, et il faut essayer encore et encore. Il faut, pour ainsi dire, se donner l’occasion de se tromper parce que cela nous réveille et nous conduit à assumer la vie avec beaucoup plus de responsabilité, et ainsi nous serons convaincus de l’importance de rechercher tous les jours à être plus authentique et d’avoir honte de nos propres fautes. Je ne vois pas d’autre chemin pour un véritable changement. Quand j’étais à Medellin, alors que Don Luis était recteur, il insistait toujours sur cette phrase dont je me souviens depuis, je ne sais pas si elle était de lui, mais elle m’a bien plu : «Ne demande pas à l’Institution  ce que ne te donnera pas ta propre conversion ». Pour que cela ne paraisse pas aussi religieux mais une conviction, j’ai aussi appris que les changements viennent de l’intérieur, du plus intime, ce qui compte le plus.

Je voudrais partager avec vous quelques sentiments de l’interprétation spirituelle que j’ai eue de cette expérience-limite.

  • Le pouvoir de la prière et action de grâce

Elles se traduisent dans la présence de Dieu qui est toujours là et dans la persévérance de la prière de vous tous. Je vous avoue qu’aujourd’hui j’ai une grande dette envers vous tous. Oui, je vous dois la vie, et bien sûr aussi, à tous ceux qui se sont inquiétés pour moi à l’hôpital. Je vous invite à vous sentir fiers de votre foi. Vous avez obtenu ce que vous avez demandé: un miracle, parce que vous avez incliné Dieu à écouter votre prière. Ma vie en est témoin. Parfois nous nous décourageons parce que nous n’obtenons pas ce que nous demandons à Dieu, mais ce que vous avez fait pour moi peut vous donner la certitude que Dieu est compatissant et miséricordieux et que cela vaut la peine d’espérer contre toute espérance.

  • La présence de l’autre et les signes de Dieu

Le lendemain du jour où j’ai repris conscience, je me suis rendu compte qu’une des infirmières était africaine. Je ne suis pas sûr qu’elle était congolaise. Elle avait à peu près 27 ans. Elle s’est approchée de moi et m’a dit à l’oreille avec beaucoup de respect : « Père, je viens pour prier ensemble». Cela m’a marqué. Quelques-unes des prières partagées avec moi, surtout à la Vierge Marie, elle les connaissait même en latin. C’est arrivé deux ou trois fois; la prière terminée, elle me disait « Père, je passe toujours par ici et quand vous aurez besoin de prier, faites-moi appeler avec mes compagnes ». Comme vous pouvez voir, Dieu envoie toujours quelqu’un qui susurre à l’oreille qu’il est toujours là et pour cela, nous croyons aux anges et surtout, à l’ange gardien. Voyez, une fois de plus, la main de Dieu, de manière évidente. Je sais que l’Eglise et le monde traversent des moments difficiles, mais il ne faut pas avoir peur. Au contraire, toujours croire au Seigneur qui a promis à ses disciples, et à nous à travers eux, que nous ne serions jamais seuls. Il y aura toujours quelque chose qui nous pousse en avant miraculeusement. C’est la force de l’Esprit qui donne vigueur au corps et courage à l’âme.

  • L’expérience de la résurrection et le miracle de se sentir vivant

Nous parlons toujours de la résurrection et nous en avons suffisamment de récits dans l’Ecriture et souvent nous en parlons très bien, mais quand on la vit, n’importe quelle explication ne suffit pas car on se rend compte que ce n’est pas une idée abstraite, mais un fait concret dont on est témoin. Après avoir été conscient de l’endroit où j’étais, j’avais dans la tête le souci de donner des signes de vie, vous dire à vous et surtout à ma famille : « je suis vivant, ne souffrez plus ! » Je pensais surtout à papa et maman, comme ils devaient être angoissés, ayant déjà perdu un enfant, et bien sûr, cela eût été une douleur encore plus forte car, quelle mère ou quel père veut perdre son enfant ? Je peux vous dire que pour moi personnellement, la résurrection signifie «se réveiller» et pour quoi? Pour dire comme le Seigneur : « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ». Pour annoncer cette bonne nouvelle qu’est la vie. C’est pour cela que je vous invite à vous réveiller pour voir les signes de Dieu. Nous sommes vivants, mais pas réveillés et c’est une très grande différence. Comment reconnaitre l’amour de Dieu dans notre vie ? Dans ce sens, Saint Paul a affirmé que si le Christ n’était pas ressuscité, notre foi serait vaine. Ainsi tous les doutes sur la présence de Dieu dans ma vie ont disparu. Comment ne pas voir l’œuvre de Dieu dans ma vie! Je ne vous dis pas la grande joie de tous quand ils ont entendu à nouveau ma voix, et, je le dis surtout pour ma famille. Cette fois vraiment, les larmes ont été de joie. En même temps, j’ai senti ma famille beaucoup plus confiante en Dieu, et bon, parfois les mauvais moments de la vie nous portent à tout remettre entre les mains de Dieu qui sait se manifester. Et si cela tarde, cela finit toujours par arriver et nous en donne la preuve. Certains de mes confrères m’ont dit aussi qu’ils n’avaient jamais autant prié pour quelqu’un. Cela touche le cœur et je vous assure vraiment que c’est là où on reconnait ses amis, quand ils nous aident à traverser les orages de la douleur. Aujourd’hui plus que jamais, je suis sûr que cela vaut la peine de vivre et d’avoir les amis et la famille que j’ai, et que non seulement mes parents ou mes frères auraient donné leur vie pour moi, mais aussi nombre d’entre vous. L’écriture s’accomplit : il n’ya pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Merci immensément de partager ce miracle qu’est ma vie et je vous demanderai encore de prier pour moi, de même que je vous assure de mes prières et de mon amitié. Je vous aime dans le Seigneur, maintenant plus que jamais. Continuons à désirer le ciel dont nous voyons les signes concrets sur cette terre, mais surtout, croyons en la vie éternelle. Nous ne serons jamais déçus.

 

Villepinte, Seine Saint Denis, France, Août 2020, Fête de l’Assomption de la Vierge Marie

Partager sur email
Partager sur print

Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y…

Roberto Gomez

Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

Chers frères, chères sœurs, Si ton frère a commis un péché… que faire ?

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y… Voilà la pratique assez généralisée dans la société actuelle. En fait, si ton frère a commis un péché que ce soit contre toi ou contre quiconque, dénonce-le, ébruite-le sans penser conséquences psychologiques ou familiales. Ne te pose surtout pas la question de savoir si cela détruit l’autre. Le fameux droit à l’information va jusque-là !

La réponse de Jésus est bien différente et vous l’avez entendue dans la page de l’évangile que nous venons de proclamer. Elle est humaine et humanisante. Elle est de plus, graduelle, progressive. Jésus évoque une procédure qui reprend une pratique ancienne du livre du Deutéronome 19,15 : d’abord, parler seul à seul avec la personne qui commet un péché contre toi. Si tu ne réussis pas, si la personne n’écoute pas appelle alors deux témoins et parle avec l’intéressé. S’il refuse encore d’écouter dis-le à la communauté, à l’Eglise. Et si la personne refuse d’écouter l’Eglise qu’elle soit considérée comme un « païen ou un publicain ». Cette dernière formule est bien étrange puisque nous savons bien que Jésus aime les païens et les publicains.

Quelle est l’intention, quelle est l’intentionnalité derrière cette procédure mise en avant dans la communauté de l’évangéliste Matthieu ? Certainement pas celle de détruire l’autre, ni le de dénigrer ou l’humilier.  Non plus celle de se poser en juge ou en supériorité par rapport à l’autre. Gagner son frère, ne pas le perdre, ne pas l’exclure… faire tout son possible pour que le membre de la communauté en question cesse d’être une cause de scandale ou de chute pour celle-ci, voilà intentionnalité proposée par Jésus. C’est l’intentionnalité qui définit le caractère éthique ou moral de nos actes.

Dans la vie consacrée, chez les religieuses et les religieux, un joli nom a été donné à cette pratique connue des premières communautés chrétiennes notamment celle de Matthieu et celle de saint Paul (2 Co 13,1) entre autres. Ce joli nom dont on parle est la correction fraternelle. Or, celle-ci est possible si d’abord il y a un esprit commun, une vie d’église réelle et surtout si l’on veut se mettre volontairement à l’école de Jésus. Malheureusement nos communautés chrétiennes dominicales ne sont pas vraiment des communautés, ni de d’églises domestiques. On  ne se connaît même pas ! Peut-être même que l’on ne veut pas se connaître ! On consomme l’eucharistie mais on a du mal à faire eucharistie et communauté ! Nos communautés religieuses ont aussi du mal à être de véritables communautés où la Parole et la présence du Christ président à nos vies. Voilà pourquoi cette correction fraternelle est devenue difficile. Peut-être aussi  par manque d’humilité et de simplicité de nos vies. L’individualisme ambiant exige que personne n’interfère ma vie, ni mes intérêts. Et il y a encore la dureté, voire la brutalité avec laquelle dans le passé on a voulu pratiquer la correction fraternelle.

Alors, frères et sœurs, faut-il renoncer à cette pratique proposée par l’évangile aux communautés chrétiennes ? Comment résoudre alors les difficultés, les petits ou grands problèmes qui surgissent ici et là dans nos communautés de vie ? Est-ce que la parole du Christ a quelque chose à nous dire encore aujourd’hui ?

Ne cédons surtout pas à la facilité de ne rien faire. Ne tombons pas dans la tentation des temps modernes en nous servant des réseaux sociaux pour détruire l’autre ou l’écraser. Ne tombons pas non plus dans la tentation de nous taire. Il me semble que l’évangile de Matthieu n’évoque pas des crimes graves que l’on cacherait par commodité comme cela s’est passé dans la société et aussi dans  l’église à propos de la pédophilie. Pour les choses graves il existe d’autres procédures. Ne sombrons pas non plus dans la tentation de devenir des juges ou des bourreaux bienveillants tels des inquisiteurs. Il s’agit uniquement de gagner nos frères et nos sœurs  pour le Christ au sein de nos communautés. A ce propos le pape François a été clair et éloquent le 12 septembre 2014 dans l’une de ses homélies quotidiennes à la Maison Sainte Marthe :

« Si tu dois corriger un petit défaut chez l’autre, pense tout d’abord que tu en as personnellement de tellement plus gros. La correction fraternelle est une action pour guérir le corps de l’Église. Il y a un trou, là, dans le tissu de l’Église, qu’il faut absolument recoudre. Et il faut le recoudre à la manière de nos mères et de nos grands-mères qui, lorsqu’elles reprisent un vêtement, le font avec beaucoup de délicatesse. Si tu n’es pas capable d’exercer la correction fraternelle avec amour, avec charité, dans la vérité et avec humilité, tu risques d’offenser, de détruire le cœur de cette personne, tu ne feras qu’ajouter un commérage qui blesse et tu deviendras un aveugle hypocrite, comme le dénonce Jésus. Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil… Hypocrite ! Reconnais que tu es plus pécheur que ton prochain, mais que toi comme frère tu dois le corriger. Nous ne pouvons corriger une personne sans amour et sans charité. On ne peut en effet réaliser une intervention chirurgicale sans anesthésie : c’est impossible, parce que sinon le patient meurt de douleur. Et la charité représente comme une anesthésie qui aide à recevoir le traitement et accepter la correction. Il faut donc prendre notre prochain à part, avec douceur, avec amour et lui parler. Il faut également parler en vérité, ne pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Il arrive si souvent que dans notre entourage nous disions des choses à propos d’autres personnes qui ne sont pas vraies : cela s’appelle de la calomnie. Ou si elles sont vraies, on s’arroge le droit de détruire la réputation de ces personnes. Quand quelqu’un te dit la vérité, ce n’est pas facile de l’entendre, mais si cette vérité est dite avec charité et avec amour, c’est plus facile de l’accepter. Un signe qui peut-être peut nous aider, c’est le fait de ressentir « un certain plaisir » quand l’on voit quelque chose qui ne vas pas et que l’on estime qu’il nous faut exercer une correction : il faut être attentifs parce qu’alors cela ne vient pas du Seigneur. Quand cela vient du Seigneur, il y a toujours la croix, et l’amour qui nous porte, la douceur. Ne nous transformons pas en juge. Nous chrétiens nous avons cette fâcheuse tentation : nous extraire du jeu du péché et de la grâce comme si nous étions des anges… Et bien non ! C’est ce que Paul nous dit : « Il ne faut pas qu’après avoir prêché aux autres, nous soyons ensuite disqualifiés ». Et si un chrétien, dans sa communauté, ne fait pas les choses – également la correction fraternelle – dans la charité, en vérité et avec humilité, il est disqualifié ! Il est tout sauf un chrétien mature. Prions donc afin que le Seigneur nous aide à exercer ce service fraternel, si beau mais si douloureux, d’aider nos frères et nos sœurs à devenir meilleurs, et qu’il nous aide à le faire toujours avec charité, en vérité, et avec humilité ».

Ce dimanche nous sommes plus que trois réunis ici en son nom, et nous prions le Seigneur pour qu’il nous aide à devenir vraiment une communauté qui prie, aime, pardonne et transmet la paix du Seigneur.  Une église qui sait recoudre le tissu abimé de nos communautés chrétiennes.  Il est là au milieu de nous le Seigneur ressuscité.

Partager sur email
Partager sur print