Le cas de l’art public soutenu par la communauté en tant que ministère vincentien

Toute la lecture que j’ai faite de Saint-Vincent, me fait penser qu’en son temps, la fabrication de l’art visuel n’était pas quelque chose pour un membre de la Congrégation. La vanité et la commercialisation qu’il constatait dans l’art à son époque devait le déranger. Que penserait-il de mes efforts en 2021 ?

Bro Mark E. Elder CM

Le cas de l’art public soutenu par la communauté en tant que ministère vincentien

Il y a plus de vingt ans maintenant que l’on m’a demandé (ou que j’ai reçu la permission), de réaliser un cycle mural dans le hall de la Curie générale à Rome. Le révérend Robert Maloney, cm, supérieur général à l’époque, avait entendu et vu certaines de mes œuvres antérieures d’art mural à Chicago. Je pense donc qu’il s’est senti à l’aise pour me donner cette occasion. Les autres confrères vivant à la Curie en 2000, naturellement, étaient plus réservés. Je suis sûr qu’ils s’attendaient à ce que j’ai un thème et des croquis prêts quand j’ai passé la porte en février de cette année. J’ai montré à la maison une présentation de mes œuvres murales antérieures. Une fois terminé, j’ai demandé à chacun : « Quel message devrait avoir une composition murale pour les visiteurs de la Curie ? « Qu’est-ce que vous, (Les deux images : La famille vincentienne, Les Glaneurs, la Curie, Rome, 2000.) membres de la maison- la communauté, voulez dire dans cette peinture murale ? En posant des questions comme celle-ci, je me suis à mis à leur service, et les confrères ont été surpris. Ils ne savaient pas que l’art pouvait être créé à partir d’un dialogue avec eux. Ils ne savaient pas qu’ils pouvaient eux-mêmes être créateurs d’art. Je suis un artiste instrument de la volonté de la communauté. Quelle que soit cette communauté et n’importe où. C’est l’essence même de la façon dont je travaille et enseigne sur l’art, afin que je puisse être la voix de ceux qui n’ont pas de voix. Si ma version de l’art était présente à l’époque de Vincent, je crois vraiment qu’il serait à l’aise avec ce que je fais, et essaie d’encourager.

Our beaucoup de gens, le stéréotype de l’art semble être égocentrique. Certes, dans le monde de l’art contemporain commercial, il l’est. C’est leur affaire de faire des œuvres d’art comme produit à vendre, afin de promouvoir le nom de l’artiste. Il est difficile pour eux de séparer l’œuvre privée de l’artiste de sa vie publique, c’est souvent ainsi.

Pour moi, c’est différent. J’aime faire des peintures murales parce que les peintures murales ne peuvent pas être une marchandise d’art. Elles sont disponibles pour n’importe qui afin d’en profiter à tout moment, en particulier celles qui sont sur les murs extérieurs. Cela peut sembler plutôt socialiste, mais ce peut être aussi une approche très chrétienne. Permettez-moi de donner un exemple ou deux.

J’étais dans mon bureau d’université de DePaul Uun jour en 2007, quand j’ai reçu un appel d’un représentant d’une école primaire catholique à Philadelphie, PA. (Sur la côte est des USA.) L’école (l’école catholique DePaul) avait vu certaines de mes œuvres, et voulait m’inviter à faire une peinture murale pour eux. Leur intention était de montrer au quartier de quoi il s’agissait. Si le lecteur a les moyens d’explorer des « peintures murales à Philadelphie », cela conduirait le lecteur à une révélation. Toute la ville comprend la valeur de l’art public soutenu par la communauté. La ville en est remplie.

Alors que j’écris ceci, il y a plus de 4.000 pièces murales extérieures dans les divers quartiers de Philadelphie. Présentes dans les quartiers riches et pauvres. Toutes très bien entretenues et de nouvelles sont ajoutées chaque année. Alors lorsqu’est venu pour moi le temps de commencer à travailler avec les gens de la DePaul Catholic School à Germantown de Philadelphie, j’ai été présenté à tout le quartier. Plus de 2000 personnes de l’école et du quartier environnant sont venues à ma séance de présentation et d’échange. Collectivement, ils ont tout de suite compris ce qu’ils voulaient dire et ils ont pu voir que j’écoutais. Un mois plus tard, quand j’ai révélé mon premier croquis pour l’école, ils ont pu voir que je les avais entendus. L’ensemble du quartier a aimé la proposition et tout le quartier a été très réceptif pour le projet.

Il a fallu 3 sessions d’été (de six semaines chacune) durant lesquelles j’ai dirigé tous les bénévoles dans un atelier portes ouvertes. Les parties de base de la peinture murale ont été décomposées sur un espace où n’importe qui de 6 à 85 ans pouvait venir et aider à peindre la peinture murale. Et ils l’ont fait, plus de 250 personnes sont venues m’aider à peindre et à installer le mural, au moment où il a été achevé en 2010. Il inclut notre propre Supérieur Général de l’époque, le Père Gregory Gay, cm

La couleur, la composition, et toutes les personnes participantes, sont une grande preuve de l’efficacité de la peinture murale. Elle est jusqu’à ce jour l’une des parties les plus lumineuses de Germantown.

 

Vincent’s Orchard, école catholique DePaul, Philadelphie, PA, 2010

Au fil des ans, j’ai collaboré de la même façon avec quelques quartiers de Chicago. L’un d’eux St.Vincent’s Orchard, Ecole Catholique DePaul, Philadelphie PA, 2010, ce quartier était le quartier de Chicago Sud. Un quartier pauvre avec un centre d’art très organisé. On m’a demandé de collaborer avec les jeunes artistes là-bas, et mes propres étudiants DePaul. Plusieurs sessions de conversation avec les étudiants du centre d’art ont donné un thème qui disait « non » aux gangs organisés, et le respect de leurs héros locaux dans le quartier.

Lorsque la peinture murale a été installée à la fin de l’été 2007, elle a été bien reçue pour son message positif.

J’ai d’autres pièces sur le territoire des États-Unis. Tant dans les écoles que dans les paroisses. Le tout réalisé de la même façon. En ce moment, je travaille un projet assez intense à l’Université DePaul. Il est situé sous l’arrêt de train surélevé Fullerton dans le quartier de Lincoln Park. Les voies sont maintenues par de grands piliers en béton. DePaul est bientôt sur le point de célébrer son 125e anniversaire. J’ai pensé qu’il serait bon d’illustrer son histoire en décorant les piliers qui tiennent la station. J’ai eu la coopération de la Chicago Transit Authority et de l’Université. Ils étaient tous les deux enjoués par l’idée. L’ensemble du contenu provient des gens de l’Université. Le corps professoral, le personnel et les étudiants. Les étudiants ont beaucoup pour composer les dix-huit piliers qui composent la collection, et elle sera terminée, avec vingt-cinq.

Au tournant du XXe siècle, DePaul était appelée « la Petite École sous le « L» (Loop = métro centre-ville). Je suis sûr que Saint-Vincent auraitaimé ce surnom. Au dernier décompte, nous avons 22 000 étudiants. Mais l’esprit de « petit » est toujours là. Ainsi, le titre de cette pièce est L’histoire de la petite école sous le « L », Sous le « L ».

Mural @ 91st. St. Bro. Mark et les Elèves du Centre d’Art Visuel à Chicago IL.

Au tournant du XXe siècle, DePaul était appelée « la Petite École sous le « L» (Loop = métro centre-ville). Je suis sûr que Saint-Vincent auraitaimé ce surnom. Au dernier décompte, nous avons 22 000 étudiants. Mais l’esprit de « petit » est toujours là. Ainsi, le titre de cette pièce est L’histoire de la petite école sous le « L », Sous le « L ».

Toute la lecture que j’ai faite de Saint-Vincent, me fait penser qu’en son temps, la fabrication de l’art visuel n’était pas quelque chose pour un membre de la Congrégation. La vanité et la commercialisation qu’il constatait dans l’art à son époque devait le déranger. Que penserait-il de mes efforts en 2021 ?

Je crois vraiment qu’il serait à l’aise avec cela. Parce qu’il verrait que des communautés pauvres dans leur ensemble y trouvent un moyen d’exprimer et de visualiser ce qui est leur semble important. La propriété du message, l’enthousiasme de la confiance retrouvée sont merveilleuses à retrouver dans les personnes, pour chaque nouvelle pièce que nous aidons à créer.

Saint Vincent n’aime peut-être pas son portrait dans le hall de la Curie. (Comment le pourrait-il ? Etant le véritable homme de l’humilité.) Mais ce fut le choix des confrères de la maison à l’époque de l’avoir ainsi souhaité. Ainsi que le reste de la peinture murale. Ce sont eux qui ont fait les grands choix que nous pouvons encore voir aujourd’hui.

 

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Édit publiant l’ouverture de la cause de canonisation de Mgr Jacques-Émile Sontag et de ses trois compagnons

En juillet 1918 mouraient à Ourmia (Iran) ces quatre religieux de la Congrégation de la Mission. Leur renommée de martyre et les signes obtenus par leur intercession progressant toujours malgré les années, la demande formelle étant présentée de commencer leur cause de canonisation et d’en donner connaissance à la communauté ecclésiale...

CMission

Édit publiant l’ouverture de la cause de canonisation de Mgr Jacques-Émile Sontag et de ses trois compagnons

En juillet 1918 mouraient à Ourmia (Iran) ces quatre religieux de la Congrégation de la Mission. Leur renommée de martyre et les signes obtenus par leur intercession progressant toujours malgré les années, la demande formelle étant présentée de commencer leur cause de canonisation et d’en donner connaissance à la communauté ecclésiale, nous avons décidé, ayant reçu l’avis positif de la Conférence des évêques de France et le Nihil obstat de la Congrégation pour les causes des saints, d’ouvrir cette cause par décret du 6 janvier 2021.

Nous invitons tous les fidèles à nous communiquer directement toutes les informations susceptibles de donner prétexte, de quelque manière, à douter de la renommée de martyre des Serviteurs de Dieu.

Selon le droit de l’Église, nous ordonnons aussi par le présent ÉDIT, à tous ceux qui en posséderaient, de remettre au Président de la commission d’enquête, dans les délais les plus brefs, tout écrit, édité ou non, qui aurait pour auteur l’un des Serviteurs de Dieu, et n’aurait déjà été consigné à la Postulation de la Cause, et tout document intéressant cette cause. Ceux qui voudraient conserver les originaux pourront en présenter la copie dûment authentifiée.

Ces documents doivent être adressés au Président de la commission d’enquête pour cette cause, 17 rue des Ursins à Paris 4e.

Enfin, pour promulguer le décret d’ouverture du 6 janvier 2021, nous ordonnons que le présent EDIT soit publié dans Paris-Notre-Dame et demeure pendant deux mois sur le site internet du diocèse de Paris.

Donné à Paris, le 6 janvier 2021
Michel AUPETIT
Archevêque de Paris

Par mandement,
Jean-Marie Dubois, chancelier

Pour plus d’information et connaître l’Edit, faire Click ICI !

 

 

Photo : Giuseppe Felici, domaine public via Wikimedia Common

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LETTRE APOSTOLIQUE SOUS FORME DE «MOTU PROPRIO» SPIRITUS DOMINI DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA MODIFICATION DU CAN. 230 § 1 DU CODE DE DROIT CANONIQUE EN CE QUI CONCERNE L’ACCES DES PERSONNES DE SEXE FEMININ AU MINISTERE INSTITUE DU LECTORAT ET DE L’ACOLYTAT.

Dans certains cas, cette contribution ministérielle trouve son origine dans un sacrement spécifique, l'Ordre sacré. Tout au long de l'histoire, d'autres charges ont été instituées dans l'Eglise et confiées à travers un rite liturgique non sacramentel à des fidèles, en vertu d'une forme particulière d'exercice du sacerdoce baptismal, et pour aider le ministère spécifique des évêques, des prêtres et des diacres.

Pape Francois

LETTRE APOSTOLIQUE SOUS FORME DE «MOTU PROPRIO» SPIRITUS DOMINI DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA MODIFICATION DU CAN. 230 § 1 DU CODE DE DROIT CANONIQUE EN CE QUI CONCERNE L’ACCES DES PERSONNES DE SEXE FEMININ AU MINISTERE INSTITUE DU LECTORAT ET DE L’ACOLYTAT.

L’Esprit du Seigneur Jésus, source éternelle de la vie et de la mission de l’Eglise, distribue aux membres du Peuple de Dieu les dons qui permettent à chacun, de façon diverse, de contribuer à l’édification de l’Eglise et à l’annonce de l’Evangile. Ces charismes, appelés ministères dans la mesure où ils sont publiquement reconnus et institués par l’Eglise, sont mis à la disposition de la communauté et de sa mission de façon stable.

 Dans certains cas, cette contribution ministérielle trouve son origine dans un sacrement spécifique, l’Ordre sacré. Tout au long de l’histoire, d’autres charges ont été instituées dans l’Eglise et confiées à travers un rite liturgique non sacramentel à des fidèles, en vertu d’une forme particulière d’exercice du sacerdoce baptismal, et pour aider le ministère spécifique des évêques, des prêtres et des diacres.

Selon une vénérable tradition, la réception des «ministères laïcs», que saint Paul VI réglementa dans le Motu Proprio Ministeria quaedam (17 août 1972), précédait en tant que préparation la réception du sacrement de l’Ordre, même si ces ministères étaient conférés à d’autres fidèles de sexe masculin ayant l’idonéité requise.

 Certaines assemblées du synode des évêques ont souligné la nécessité d’approfondir ce thème sur le plan doctrinal, afin qu’il réponde à la nature des charismes sus-mentionnés et aux exigences des temps, en offrant un soutien opportun au rôle d’évangélisation qui revient à la communauté ecclésiale.

En réponse à ces recommandations, un développement doctrinal a été atteint ces dernières années, qui a mis en évidence le fait que certains ministères institués par l’Eglise ont pour fondement la condition commune du baptisé et du sacerdoce royal reçu dans le sacrement du baptême; ceux-ci sont distincts, dans leur essence, du ministère ordonné reçu avec le sacrement de l’Ordre. En effet, une pratique consolidée dans l’Eglise latine a également confirmé que ces ministères laïcs, étant fondés sur le sacrement du Baptême, peuvent être confiés à tous les fidèles qui ont l’idonéité requise, de sexe masculin ou féminin, selon ce qui est déjà implicitement prévu par le can. 230 § 2.

Par conséquent, après avoir consulté les dicastères compétents, j’ai décidé de modifier le can. 230 § 1 du Code de droit canonique . Je dispose donc que le can. 230 § 1 du Code de droit canonique soit rédigé à l’avenir de la façon suivante:

«Les laïcs qui ont l’âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des évêques, peuvent être admis d’une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères du lectorat et de l’acolytat; cependant, cette collation de ministère ne leur confère pas le droit à la subsistance ou à une rémunération de la part de l’Eglise».

Je dispose également la modification des autres dispositions, ayant force de loi, qui se réfèrent à ce canon.

J’ordonne que ce qui a été décidé par cette Lettre apostolique sous forme de Motu Proprio, soit appliqué de manière ferme et stable, nonobstant toute chose contraire, même digne d’une mention spéciale, et soit promulgué à travers sa publication dans L’Osservatore Romano, entrant en vigueur le même jour, et ensuite publié dans le bulletin officiel des Acta Apostolicae Sedis .

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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L’OCCASION DE LA XXIXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2021. Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères (Mt 23, 8). La relation de confiance à la base du soin des malades

Devant les besoins de notre frère et de notre sœur, Jésus offre un modèle de comportement tout à fait opposé à l’hypocrisie. Il propose de s’arrêter, d’écouter, d’établir une relation directe et personnelle avec l’autre, de ressentir empathie et émotion pour lui ou pour elle, de se laisser toucher par sa souffrance jusqu’à s’en charger par le service (cf. Lc 10, 30-35).

Pape Francois

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L’OCCASION DE LA XXIXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2021. Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères (Mt 23, 8). La relation de confiance à la base du soin des malades

Chers frères et sœurs !

La célébration de la 29ème Journée Mondiale du Malade, qui aura lieu le 11 février 2021, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, est un moment propice pour réserver une attention spéciale aux personnes malades et à celles qui les assistent, aussi bien dans les lieux dédiés aux soins qu’au sein des familles et des communautés. Ma pensée va en particulier vers tous ceux qui, dans le monde entier, souffrent des effets de la pandémie du coronavirus. Je tiens à exprimer à tous, spécialement aux plus pauvres et aux exclus, que je suis spirituellement proche d’eux et les assurer de la sollicitude et de l’affection de l’Église.

1. Le thème de cette Journée s’inspire du passage évangélique dans lequel Jésus critique l’hypocrisie de ceux qui disent mais ne font pas (cf. Mt 23, 1-12). Quand on réduit la foi à de stériles exercices verbaux, sans s’impliquer dans l’histoire et les besoins de l’autre, alors la cohérence disparaît entre le credo professé et le vécu réel. Le risque est grand. C’est pourquoi Jésus emploie des expressions fortes pour mettre en garde contre le danger de glisser vers l’idolâtrie envers soi-même et il affirme : « Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères » (v. 8).

La critique que Jésus adresse à ceux qui « disent et ne font pas » (v. 3) est toujours salutaire pour tous car personne n’est immunisé contre le mal de l’hypocrisie, un mal très grave qui a pour effet d’empêcher de fleurir comme enfants de l’unique Père, appelés à vivre une fraternité universelle.

Devant les besoins de notre frère et de notre sœur, Jésus offre un modèle de comportement tout à fait opposé à l’hypocrisie. Il propose de s’arrêter, d’écouter, d’établir une relation directe et personnelle avec l’autre, de ressentir empathie et émotion pour lui ou pour elle, de se laisser toucher par sa souffrance jusqu’à s’en charger par le service (cf. Lc 10, 30-35).

2. L’expérience de la maladie nous fait sentir notre vulnérabilité et, en même temps, le besoin inné de l’autre. Notre condition de créature devient encore plus claire et nous faisons l’expérience, d’une manière évidente, de notre dépendance de Dieu. Quand nous sommes malades, en effet, l’incertitude, la crainte, et parfois même le désarroi, envahissent notre esprit et notre cœur ; nous nous trouvons dans une situation d’impuissance car notre santé ne dépend pas de nos capacités ou de notre “ tourment ” (cf. Mt 6, 27).

La maladie impose une demande de sens qui, dans la foi, s’adresse à Dieu, une demande qui cherche une nouvelle signification et une nouvelle direction à notre existence et qui, parfois, peut ne pas trouver tout de suite une réponse. La famille et les amis eux-mêmes ne sont pas toujours en mesure de nous aider dans cette quête laborieuse.

À cet égard, la figure biblique de Job est emblématique. Sa femme et ses amis ne réussissent pas à l’accompagner dans son malheur ; pire encore, ils amplifient en lui la solitude et l’égarement en l’accusant. Job s’enfonce dans un état d’abandon et d’incompréhension. Mais, précisément à travers cette fragilité extrême, en repoussant toute hypocrisie et en choisissant la voie de la sincérité envers Dieu et envers les autres, il fait parvenir son cri insistant jusqu’à Dieu qui finit par lui répondre en lui ouvrant un horizon nouveau. Il lui confirme que sa souffrance n’est pas une punition ou un châtiment ; elle n’est même pas un éloignement de Dieu ou un signe de son indifférence. Ainsi, cette vibrante et émouvante déclaration au Seigneur jaillit du cœur blessé et guéri de Job : « C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (42, 5).

3. La maladie a toujours un visage, et pas qu’un seul : il a le visage de chaque malade, même de ceux qui se sentent ignorés, exclus, victimes d’injustices sociales qui nient leurs droits essentiels (cf. Lett. enc. Fratelli tutti, n. 22). La pandémie actuelle a mis en lumière beaucoup d’insuffisances des systèmes de santé et de carences dans l’assistance aux personnes malades. L’accès aux soins n’est pas toujours garanti aux personnes âgées, aux plus faibles et aux plus vulnérables, et pas toujours de façon équitable. Cela dépend des choix politiques, de la façon d’administrer les ressources et de l’engagement de ceux qui occupent des fonctions de responsabilités. Investir des ressources dans les soins et dans l’assistance des personnes malades est une priorité liée au principe selon lequel la santé est un bien commun primordial. En même temps, la pandémie a également mis en relief le dévouement et la générosité d’agents sanitaires, de volontaires, de travailleurs et de travailleuses, de prêtres, de religieux et de religieuses qui, avec professionnalisme, abnégation, sens de la responsabilités et amour du prochain, ont aidé, soigné, réconforté et servi beaucoup de malades et leurs familles. Une foule silencieuse d’hommes et de femmes qui ont choisi de regarder ces visages, en prenant en charge les blessures des patients qu’ils sentaient proches en vertu de leur appartenance commune à la famille humaine.

De fait, la proximité est un baume précieux qui apporte soutient et consolation à ceux qui souffrent dans la maladie. En tant que chrétiens, nous vivons la proximité comme expression de l’amour de Jésus-Christ, le bon Samaritain qui, avec compassion, s’est fait le prochain de chaque être humain, blessé par le péché. Unis à lui par l’action de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à être miséricordieux comme le Père et à aimer en particulier nos frères malades, faibles et souffrants (cf. Jn 13, 34-35). Et nous vivons cette proximité, non seulement personnellement, mais aussi sous forme communautaire : en effet, l’amour fraternel dans le Christ engendre une communauté capable de guérison qui n’abandonne personne, qui inclut et accueille, surtout les plus fragiles.

À ce propos, je désire rappeler l’importance de la solidarité fraternelle qui s’exprime concrètement dans le service et peut prendre des formes très diverses, toutes orientées à soutenir le prochain. « Servir signifie avoir soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple » (Homélie à La Havane, 20 septembre 2015). Dans cet effort, chacun est capable de « laisser de côté ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance en voyant concrètement les plus fragiles. […] Le service vise toujours le visage du frère, il touche sa chair, il sent sa proximité et même dans certains cas la “ souffre ” et cherche la promotion du frère. C’est pourquoi le service n’est jamais idéologique, du moment qu’il ne sert pas des idées, mais des personnes » (ibid.).

4. Pour qu’une thérapie soit bonne, l’aspect relationnel est décisif car il permet d’avoir une approche holistique de la personne malade. Valoriser cet aspect aide aussi les médecins, les infirmiers, les professionnels et les volontaires à prendre en charge ceux qui souffrent pour les accompagner dans un parcours de guérison, grâce à une relation interpersonnelle de confiance (cf. Nouvelle Charte des Opérateurs de Santé (2016), n. 4). Il s’agit donc d’établir un pacte entre ceux qui ont besoin de soin et ceux qui les soignent ; un pacte fondé sur la confiance et le respect réciproques, sur la sincérité, sur la disponibilité, afin de surmonter toute barrière défensive, de mettre au centre la dignité du malade, de protéger la professionnalité des agents de santé et d’entretenir un bon rapport avec les familles des patients.

Cette relation avec la personne malade trouve précisément une source inépuisable de motivation et de force dans la charité du Christ, comme le démontre le témoignage millénaire d’hommes et de femmes qui se sont sanctifiés en servant les malades. En effet, du mystère de la mort et de la résurrection du Christ jaillit cet amour qui est en mesure de donner un sens plénier tant à la condition du patient qu’à celle de ceux qui prennent soin de lui. L’Évangile l’atteste de nombreuses fois, en montrant que les guérisons accomplies par Jésus ne sont jamais des gestes magiques, mais toujours le fruit d’une rencontre, d’une relation interpersonnelle où, au don de Dieu offert par Jésus, correspond la foi de celui qui l’accueille, comme le résume bien la parole que Jésus répète souvent : « Ta foi t’a sauvé ».

5. Chers frères et sœurs, le commandement de l’amour que Jésus a laissé à ses disciples se réalise aussi concrètement dans la relation avec les malades. Une société est d’autant plus humaine qu’elle prend soin de ses membres fragiles et souffrants et qu’elle sait le faire avec une efficacité animée d’un amour fraternel. Tendons vers cet objectif et faisons en sorte que personne ne reste seul, que personne ne se sente exclu ni abandonné.

Je confie toutes les personnes malades, les agents de santé et ceux qui se prodiguent aux côtés de ceux qui souffrent, à Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades. De la Grotte de Lourdes et de ses innombrables sanctuaires érigés dans le monde entier, qu’elle soutienne notre foi et notre espérance et qu’elle nous aide à prendre soin les uns des autres avec un amour fraternel. Sur tous et chacun, je donne de tout cœur ma Bénédiction.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 20 décembre 2020, quatrième dimanche de l’Avent.

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Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu».

Jose Antonio PAGOLA

Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu». Lorsqu’un homme ou une femme ne cherche ou ne connaît l’amour que dans ses manifestations décadentes, lorsque sa vie est exclusivement motivée par des intérêts égoïstes de profit ou de gain, quelque chose se dessèche dans son coeur.

Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, mènent un style de vie qui les accable et les appauvrit. Prématurément vieillis, endurcis de l’intérieur, incapables de s’ouvrir à Dieu par une quelconque brèche de leur existence, ils cheminent dans la vie sans la compagnie intérieure de personne.

Le théologien Alfred Delp, qui fut exécuté par les nazis, voyait dans ce «durcissement intérieur» le plus grand danger pour l’homme moderne: «Ainsi l’homme cesse de lever les mains de son existence vers les étoiles. L’incapacité de l’homme moderne à adorer, aimer et vénérer s’enracine dans son ambition excessive et dans le durcissement de son existence».

Cette incapacité à adorer Dieu s’est aussi étendue à de nombreux croyants, qui ne cherchent qu’un «Dieu utile». Ils ne s’intéressent qu’à un Dieu qui serve leurs projets individualistes. Dieu devient ainsi un «objet de consommation» dont on peut disposer selon sa convenance et ses propres intérêts. Mais Dieu, c’est tout autre chose. Dieu est l’Amour infini, incarné dans notre propre existence. Et, devant ce Dieu, la première attitude est l’adoration, la joie, l’action de grâce.

Quand on l’oublie, le christianisme risque de devenir un gigantesque effort d’humanisation, et l’Église une institution toujours tendue, toujours accablée, toujours avec le sentiment de ne pas atteindre le succès moral pour lequel elle se bat et fait des efforts.

Cependant, la foi chrétienne est avant tout la découverte de la bonté de Dieu, l’expérience de reconnaître que lui seul sauve: le geste des Mages devant l’Enfant de Bethléem exprime la première attitude de tout croyant devant Dieu fait homme.

Dieu existe. Il est là, au plus profond de nos vies. Nous sommes accueillis par lui. Nous ne sommes pas perdus au milieu de l’univers. Nous pouvons vivre avec confiance. Devant un Dieu dont nous savons seulement qu’il est Amour, il n’y a de place que pour la joie, l’adoration et l’action de grâce. C’est pourquoi «quand un chrétien pense qu’il n’est plus capable de prier, il devrait au moins garder en lui la joie» (Ladislao Boros).

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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