Les jeunes, la foi et le discernement des vocations


Les jeunes, la foi et le discernement des vocations

DOCUMENT PRÉPARATOIRE

« Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11) : tel est le projet de Dieu pour les hommes et les femmes de tout temps et donc aussi pour tous les jeunes hommes et les jeunes femmes du IIIème millénaire, sans exception.

Annoncer la joie de l’Évangile, c’est la mission que le Seigneur a confiée à son Église. Le Synode sur la nouvelle évangélisation et l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium ont abordé la façon d’accomplir cette mission dans le monde d’aujourd’hui. En revanche, les deux Synodes sur la famille et l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia ont été consacrés à l’accompagnement des familles à la rencontre de cette joie.

En continuité avec ce cheminement, à travers un nouveau parcours synodal sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », l’Église a décidé de s’interroger sur la façon d’accompagner les jeunes à reconnaître et à accueillir l’appel à l’amour et à la vie en plénitude. Elle souhaite également demander aux jeunes eux-mêmes de l’aider à définir les modalités les plus efficaces aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle. À travers les jeunes, l’Église pourra percevoir la voix du Seigneur qui résonne encore aujourd’hui. Comme jadis Samuel (cf. 1 S 3,1-21) et Jérémie (cf. Jr 1, 4-10), certains jeunes savent découvrir les signes de notre temps qu’indique l’Esprit. En écoutant leurs aspirations, nous pouvons entrevoir le monde de demain qui vient à notre rencontre et les voies que l’Église est appelée à parcourir.

La vocation à l’amour revêt pour chacun une forme concrète dans la vie quotidienne à travers une série de choix, qui allient état de vie (mariage, ministère ordonné, vie consacrée, etc.), profession, modalité d’engagement social et politique, style de vie, gestion du temps et de l’argent, etc. Assumés ou subis, conscients ou inconscients, il s’agit de choix auxquels personne ne peut échapper. L’objectif du discernement des vocations consiste à découvrir comment les transformer, à la lumière de la foi, en autant de pas vers la plénitude de la joie à laquelle nous sommes tous appelés.

L’Église est consciente de posséder « ce qui fait la force et le charme des jeunes : la faculté de se réjouir de ce qui commence, de se donner sans retour, de se renouveler et de repartir pour les nouvelles conquêtes » (Message du Concile Vatican II aux jeunes, 8 décembre 1965) ; les richesses de sa tradition spirituelle offrent de nombreux instruments permettant d’accompagner la maturation de la conscience et d’une liberté authentique.

Dans cette perspective, ce Document Préparatoire entend lancer la phase de consultation de l’ensemble du Peuple de Dieu. Adressé aux Synodes des Évêques et aux Conseils des Hiérarques des Églises orientales catholiques, aux Conférences épiscopales, aux Dicastères de la Curie romaine et à l’Union des Supérieurs Généraux, il s’achève par un questionnaire. En outre, une consultation de tous les jeunes est prévue par le biais d’un site internet, comprenant un questionnaire sur leurs attentes et sur leur vie. Les réponses apportées à ces deux questionnaires serviront de base pour la rédaction du Document de travail appelé Instrumentum laboris, qui sera le point de référence pour les débats des Pères synodaux.

Ce Document Préparatoire propose une réflexion structurée en trois étapes. Il commence par définir sommairement certaines dynamiques sociales et culturelles du monde dans lequel les jeunes grandissent et prennent leurs décisions, pour en proposer une lecture de foi. Puis il parcourt les passages fondamentaux du processus de discernement, qui est l’instrument principal que l’Église peut offrir aux jeunes pour qu’ils découvrent leur vocation à la lumière de la foi. Enfin il aborde les points fondamentaux d’une pastorale des vocations des jeunes. Il ne s’agit donc pas d’un document achevé, mais d’une sorte de proposition qui entend favoriser une recherche dont les fruits ne seront disponibles qu’au terme du parcours synodal.

Télécharger le document complet

Annoncer la joie de l’Évangile, c’est la mission que le Seigneur a confiée à son Église.

Mot d’accueil à Folleville


Mot d’Accueil

à Folleville

Notre présence à Folleville, ce 25 janvier, 400 ans après M. Vincent revêt une signification toute particulière pour nous tous.

En effet, plus qu’un simple pèlerinage traditionnel à cette période, plus qu’un simple retour aux sources, nous voulons aujourd’hui faire mémoire d’un événement qui a été fondateur pour toute la famille vincentienne. Cet événement est à l’origine d’une dynamique qui a mis en mouvement un nombre incalculable de personnes de toutes conditions, de tous bords. Cela, pour aider le Pauvre à retrouver un visage humain au Pauvre en lui redonnant toute sa place dans la société et dans l’Église et faire ainsi que l’Église devienne et la société deviennent également des lieux de vie, de miséricorde.

Cette démarche peut être une source d’inspiration pour notre présence au monde ! Même un réveil !

Oui, partageons une action de grâce commune pour le chemin parcouru durant ces 400 ans, pour les diverses missions vécues, les personnes qui ont été relevées, guéries et mises en route ; la mission a pris différents visages au cours des siècles mais les missionnaires ont tenté d’être fidèles à Jésus Christ comme a sur l’être St Vincent.

Soyons reconnaissants envers nos ainés d’hier et d’aujourd’hui. Ils ont tenu bon ensemble, de s’être laissés pousser par ce dynamisme et ils nous y ont entrainés. Ils sont de vrais témoins pour nous.

Oui, faisons une demande de pardon pour nos infidélités au Charisme de notre fondateur, nos réticences, nos peurs, notre frilosité face à ce Souffle de l’Esprit Saint qui nous bouscule. Pardon pour notre individualisme, notre égoïsme qui étouffe notre élan missionnaire. Nous avons besoin de guérison dans nos relations entre nous, entre les membres de la même famille. Nous avons besoin de guérison dans nos appréhensions des réalités humaines, ecclésiales, sociales.

Oui, engageons-nous aussi ensemble dans une démarche de conversion personnelle, communautaire, pastorale et missionnaire ! nous entrerons ainsi davantage dans une dynamique nouvelle pour vivre la Mission comme mystique de la Charité !

Se laisser guider par l’Esprit ne peut se faire sans remise en cause. L’urgence de la mission ouverte sur l’avenir provoque bien des tensions dans la communion.
(Lécrivain, sj)

Mettons-nous dans la mouvance de l’Esprit ; qu’il nous  guérisse pour nous entrainer sur les chemins du monde d’aujourd’hui porter la Bonne Nouvelle à ceux qui l’attendent. Que l’Esprit réveillent en nous des énergies nouvelles !

Dans notre pèlerinage d’aujourd’hui, le cœur de St Vincent nous accompagne comme il le fait chaque jour quand nos propres cœurs battent eux-mêmes au rythme de la Charité et dans le Souffle qui nous envoie en Mission. La Charité du Christ envers des pauvres a été ce feu qui a embrasé notre fondateur. La Charité du Christ a été ce qui a mis en route st Vincent et a fait de lui un missionnaire de la Charité envers le Frère. Ce nom de Dieu  ‘la Charité’ vous a été donné à vous mes sœurs car vous êtes celles qui portez l’Amour de Dieu aux pauvres. Cet amour nous met tous finalement en état d’urgence.

Ce mouvement d’allant et de venant qui nous caractérise tous, trouve son origine dans l’envoi du Fils de Dieu au cœur du monde pour y révéler le visage de notre Dieu. C’est un mouvement d’abaissement qui nous situe au niveau du visage de l’homme, particulièrement celui qui est au dernier rang, à la dernière place ; ceci pour vivre avec lui, humblement, un face à face, un cœur à cœur qui lui redonne dignité et permet à chacun de trouver sa véritable place dans la société, dans l’Eglise.

Ce mouvement nous oblige à nous tourner vers nos frères les plus délaissés mais aussi vers notre frère ainé qui est toujours resté tourné vers son Père. C’est dans ce face à face là, que Jésus et St Vincent ont puisé leur énergie pour entreprendre, leur créativité pour ouvrir des chemins nouveaux, leur audace pour appeler et s’unir dans la mission.

Quand les 2 cœurs sont à l’unisson, rien ne les arrête ! L’Amour a toute liberté pour se manifester et se répandre.

Si nous portons un regard sur ce que nous sommes et vivons aujourd’hui dans nos différentes insertions au service de l’homme, nous pouvons certes, être satisfaits, même fiers, mais pouvons-nous nous en contenter, en rester là ? N’avons-nous pas à nous interroger, à nous remettre en cause  pour nous déplacer là où il a urgence, pour nous faire sortir de nos lieux habituels, de nos fonctionnements classiques, pour nous engager à travailler ensemble au service intégral de l’homme d’aujourd’hui dans ses pauvretés qui sont multiples ?

Comme Vincentiens, nous, missionnaire, sommes appelés à vivre toujours en communion les uns avec les autres pour être au service de nos frères et sœurs dans le monde. La collaboration fait partie de notre histoire depuis le début.

Faisons donc corps pour que la Charité soit effective ; mettons en commun nos forces, nos compétences, nos expériences, notre vie de prière : la dignité et l’espoir des pauvres y gagneront.  Cela demande confiance en l’autre, respect, compréhension. Pour rayonner, il faut être plusieurs et de différents styles : prêtres, frères, laïcs, religieuses etc. ; personne n’est de trop, il y a de la place pour tous et là aussi, il nous faut innover une manière de travailler ensemble.

Continuer la mission de St Vincent nous amène à être nous-mêmes des fondateurs aujourd’hui ; c’est ainsi que nous serons fidèles à son Charisme, non pas en le copiant mais en nous mettant en mouvement, dans cette dynamique qui est celle de l’Esprit qui envoie le Fils sur terre.

Les services, ministères qui nous sont confiés sont notre « être-ensemble » au monde.  Dans cet « être au monde », ce qui me paraît prioritaire et urgent, c’est de communier à la vie des gens, de partager leur vie ;

Dans l’église, il y a une exigence qui doit nous interpeller : celle de l’annonce, de la mission ; elle n’est pas le résultat d’une statistique mais une exigence du ‘allant et venant’ car il s’agit d’emprunter, d’ouvrir, de préparer des chemins. C’est une dynamique et c’est fondateur.

Il ne nous est pas demandé d’être blasés  mais blessés par la vie des gens ; Il ne nous est pas demandé d’être rentables mais d’engendrer des vies, d’autoriser des vies à s’ouvrir !

  • Engendrer des vies par des temps de gratuité, d’écoute où l’autre puisse dire et se décharger de ce qui est lourd dans sa vie, de ce qui l’abîme, de ce qui la rend stérile, de ce qui empoisonne ses relations. C’est la démarche vécue par ce paysan de Gannes auprès de Vincent. L’homme a besoin de s’unifier, non de s’éclater. Il a besoin de se désencombrer pour que sa source intérieure puisse à nouveau couler et féconder sa vie. La confession a plusieurs modèles mais elle demeure un lieu de guérison totale.
  • Engendrer des vies par des temps de formation qui ouvrent à la connaissance de l’autre, qui ouvrent des horizons plus larges ; formation qui donne des outils pour appréhender le monde, le comprendre, y prendre sa place ; outils pour se mettre au service de l’autre et pour faire grandir chacun. Formation qui donne du sens, qui aide à s’élever, à nourrir une spiritualité.
  • Engendrer des vies en les éveillant et en réveillant ce qui est endormi en elles comme compétences, dons, énergies, pour les mettre au service de l’autre ; l’un et l’autre trouveront leur place dans la société et s’épanouiront, grâce à un projet construit ensemble.

Plus nous parlerons des pauvres, plus nous nous en éloignerons. Plus nous serons proches d’eux, plus nous serons à notre place et serons appelants, attirants. Ce n’est pas avec des mots que nous sommes missionnaires mais par nos engagements concrets au service de la vie des gens ; là nous serons pris au sérieux.

C’est par l’incarnation que le Fils de Dieu a le mieux parlé de son Père ; sa proximité, ses gestes, ses guérisons ont éveillé chez les gens une autre dimension dans leur vie, les ont élevés à une autre dignité.  Retrouvons cette simplicité d’être.

Quand la vie intérieure se referme sur ses propres intérêts, il n’y a plus d’espace pour les autres, n’y entrent pas les pauvres, on n’écoute plus la voix de Dieu, on n’apprécie pus la douce joie de son amour, on ne vibre plus d’enthousiasme pour faire le bien
(EG 2)

Pour engendrer les gens à la vie il nous faut des temps entre nous pour que la vie nous gagne, fasse de nous éveilleurs, des engendreurs. Et la vie communautaire est un de ces temps ou lieux. Elle est un ressort pour la mission, elle est un lieu de charité mutuelle. On ne peut donner que ce que l’on reçoit entre nous !

Elle se doit d’être un lieu de ressourcement par la prière sous toutes ses formes, l’eucharistie et le pardon, par la lecture des Constitutions et Normes. Elle doit battre selon le cœur de chacun au rythme du cœur du Christ et du Pauvre. Peut-être nous faut-il réinventer une manière d’être ensemble pour la mission en ouvrant nos communautés à d’autres acteurs.

Il est important de ne pas se mettre en route sans Dieu ; lui seul nous engendre à sa Vie par son Souffle ! Faisons lui confiance. Important de ne pas se mettre en route sans nous tous ; nous engendrons une nouvelle manière de vivre, comme disciples du Christ ! Faisons nous confiance. Il est important de ne pas se mettre en route sans les personnes, notamment celles qui sont blessées ; elles nous engendrent à la vie en Dieu. Faisons leur confiance.

Devant le cœur de St Vincent, faisons le pari de la confiance. Ce capital Foi/confiance seul ouvre à l’espérance. Seul il nous met en route, en mouvement et nous fait devenir audacieux.

Maintenons vivant ce capital/confiance ! c’est notre trésor.

Père Christian Mauvais, CM🔸

Devant le cœur de St Vincent, faisons le pari de la confiance. Ce capital Foi/confiance seul ouvre à l’espérance. Seul il nous met en route, en mouvement et nous fait devenir audacieux.

A lire sur internet :

L’église de Folleville au cœur du pèlerinage

L’Ambulance de Notre-Dame de Pouy


L’Ambulance de Notre-Dame de Pouy

Les Lazaristes de Dax

Le terme Ambulance désignait aussi bien le véhicule que l’unité médico-chirurgicale (ou hôpital)  près des champs de bataille ou en zone plus éloignée, accueillant les soldats blessés. C’est ainsi qu’en septembre 1914 le Grand Séminaire des Lazaristes de Dax fut transformé en Ambulance.

Nous remercions le Père Jean-Marie LESBATS (lazariste),  de nous avoir transmis ce texte qui, s’il n’est pas signé, doit être écrit (en 1920) par le Père Pierre Coste. L’Ambulance de Notre Dame de Pouy fut fermée le 1er février 1919.

RELATION SUR L’AMBULANCE de NOTRE-DAME du POUY

Le 27 Janvier 1919, M. l’Administrateur de l’hôpital 86 (Lazaristes de Dax ) recevait de M. le Délégué Régional de la S.B.M. de Bordeaux la lettre suivante :

Je m’empresse de vous informer que le Directeur du Service de Santé m’avise qu’il a prononcé la fermeture provisoire de votre Formation à partir du 1er Février prochain.

Ouverte le 1er Septembre 1914, l’Ambulance de N.-D. du Pouy a donc existé 4 ans et 5 mois. Nous voudrions esquisser sa petite histoire.

Dès le début des hostilités, M. Delanghe mit à la disposition du Service de Santé une partie de la Maison de N.-D. du Pouy. Son offre ne fut pas tout d’abord accep­tée. Cependant, le 31 Août, dans l’après-mi­di, comme on a renoncé à transformer en hôpital le Collège de Jeunes Filles de la ville, et que .des blessés vont arriver à Dax, on fait savoir à M. le Visiteur qu’une Ambulance de la Croix-Rouge sera établie dans le local des Lazaristes.

À ce moment, N.-D. du Pouy re­gorge de monde : car la Maison-Mère y a cher­ché un refuge. Néanmoins, on n’hésite pas. On est serré ? On se serrera davantage ! Il faut faire place aux défenseurs de la France…

Cinq Salles leur sont réservées : la Salle de Philosophie, la Salle d’Oraison avec la sacristie, la Salle de Récréation des Étudiants, la Salle de Théologie, et la Salle de Récréation des Frères Coadjuteurs. Rien n’est prêt ! et les Blessés seront là dans 2 jours. On se hâte donc ; on cherche du linge, des lits, des tables, des armoires, de la vaisselle. On vide les Salles : avant tout, la propreté la plus grande. Pas de microbes ! Et les maçons envoyés par le si serviable M. Ducamp passent la nuit à blanchir les murs.

Cependant, le 1er Septembre 1914, un peu avant le lever de la Communauté, un coup de téléphone apprend à M. Marlats qu’un train de Blessés est sur le point d’arriver à Dax… L’aménagement de l’Ambulanceest à pei­ne commencé : que faire ? “Recevoir les Bles­sés !” répond M. Delanghe consulté.

Ils arrivent vers 8 heures, au nombre de 80. Tous sont fatigués ; certains grelottent de fièvre ; beaucoup sont démora­lisés. Les déposer dans les Salles est impos­sible ; on transforme donc la Cour intérieure en dortoir. Étendus sur leurs brancards, ou assis sur des bancs, les Blessés sont alignés sous la véranda. Il sont couverts de boue et de sang. On apporte de l’eau ; et chacun, prêtres, étudiants, séminaristes, électrisés par l’exemple de M. Delanghe, M. Kieffer, M. Mar­lats, s’empressent de leur laver le visage, les mains, et les pieds. Pendant ce temps, le Frère cuisinier a préparé un excellent café au lait ; les Séminaristes et les Étudiants l’offrent : il est accepté avec plaisir et re­connaissance.

Cependant, peu à peu, les bles­sés, après être passés par la Salle de pansements, gagnent leur Salle respective et goû­tent enfin dans un bon lit un repos souhaité et réparateur.

Cette réception cordiale, qui réconforte nos soldats, a touché leur cœur. Elle fait également une impression heureuse et profonde sur M. le Sous-Préfet, M. le Mai­re, et quelques notables présents.

L’arrivée des premiers Blessés à l’Ambulance a été racontée par un Étudiant écrivant à ses Frères mobilisés. Nous nous en voudrions de ne pas citer ici cette page délicieuse :

Vers la fin d’Août, trois Ambu­lances étaient organisées dans la ville de Dax. Après les Baignots, les Thermes, Graci­et, ce fut le tour de N.-D. du Pouy d’orga­niser la sienne.

C’était le 1er Septembre, vers 6 heures du matin. La nouvelle se répand sou­dain parmi nous : 80 Blessés attendent à la Gare.       Presque tout était à faire encore pour les recevoir. En quelques heures, grâce à l’entrain que tout le monde met à l’ouvra­ge, notre Salle de Récréation et la Salle d’Oraison sont transformées en dortoirs ; la Salle de Théologie devient Salle de pansements. Les bancs sont alignés sous la marquise ; les seaux, les bassins, placés tout à côté. Tout est prêt ! Il est temps : car nous entendons déjà voitures et automobiles qui amènent nos hôtes…

Nos Blessés paraissent. Quelle émotion ! Quel saisissement pour nous, à la vue de ces hommes aux habits souillés de boue et de sang, blessés, à bout de forces ! C’était Jésus-Christ sollicitant nos soins. Aussitôt tous : prêtres, étudiants, séminaristes, s’empressent. Les souliers sort délacés avec d’infinies précautions pour ne pas blesser les pieds déjà si meurtris. Dou­cement, respectueusement, nous lavons ces fi­gures pâlies, ces mains ensanglantées …

Une ou deux heures après, nos chers blessés repo­saient tous dans un lit bien doux, dans la paix et le calme parfait…

Ainsi naquit en hâte, à l’aube du 1er Septembre 1914, l’hôpital Auxiliaire de Notre-Dame du Pouy. Disons maintenant comment il a vécu.

 

CE QUE FUT NOTRE AMBULANCE AU POINT DE VUE ADMINISTRATIF

C’est la “Société de Secours aux Blessés Militaires” qui a pris la direction de l’Ambulance. M. Dubroca, avocat du Barreau de Dax, est nommé Administrateur ; M. Schleich, Re­ceveur Municipal, fait fonction de Comptable. Ils installent leur Bureau  dans le Parloir, face à la loge du Frère Portier. L’un et l’autre res­teront à leur poste jusqu’à la fermeture de l’É­tablissement.

Ainsi qu’on l’a dit plus haut, cinq Salles ont été mises à la disposition du Service de Santé. D’abord Salle de pansements, la Salle de Théologie devint plus tard un dortoir, ainsi que la Salle de Récréation des É­tudiants, la Salle d’Oraison, et la Salle de Récréation des Frères Coadjuteurs. La Salle de Philosophie, avec la petite sacristie de la Salle d’Oraison, est transformée en Salle de pansements et de Pharmacie. Entre la salle de Théologie et le corridor qui mène aux WC., on place le vestiaire. La véranda est un ré­fectoire idéal pendant l’été, l’automne et le printemps ; pendant l’hiver, on l’installe dans la Salle de Récréation des Prêtres, et, en 1915, dans la Salle de Récréation des Sémina­ristes partis pour Paris.

Une Fille de la Charité, Sœur Angèle, Melle Thérould, Melle Mora, Melle Contraires, aidées de, quelques infirmiers, dont deux séminaristes, un frère coadjuteur et un prêtre de la mission, et deux prêtres du dio­cèse d’Aire, veillent au bon entretien du lin­ge et du matériel, à la propreté des salles et des corridors.

Nous devons mentionner ici le dévouement de certaines personnes qui, jusqu’à la fin de la guerre, ont aidé les infirmières à raccommoder ou à renouveler le linge de l’Am­bulance.

Séminaristes et Étudiants bran­cardent les blessés qui arrivent et, sans se lasser, passent la nuit près d’eux.

Comme les Salles sont gaies, avec leurs lits en cercle le long des mu­railles, recouverts d’une couverture blanche et propre, baignant dans une lumière abondan­te que laissent passer des ouvertures larges et nombreuses ! On souhaiterait presque d’être malade pour y être soigné ! …

N.-D. du Pouy s’était chargée de la nourriture, de l’éclairage, du chauffage et du blanchissage, moyennant une rétribution de 2 Fr., puis de 2,50 Fr., et enfin, depuis Octobre 1918, de 3 Fr. par jour et par homme.

Aux premiers mois des hostili­tés, Séminaristes et Étudiants servent les soldats à table. Plus tard, ce rôle fut laissé aux infirmiers militaires, et plus spécialement au Frère Lahouze. Tous s’en acquittent avec joie, car l’appétit de nos poilus est bon. Et comment ne le serait-il pas ? Chaque jour, à chaque repas, on leur présente une soupe excellente, un gros morceau de viande de qualité supérieure, des légumes frais à discrétion, un dessert, et un grand verre de pinard … sans eau. Le jeudi et le di­manche, on y ajoute du café et de la gniole … pardon ! du bon Armagnac. Etonnez-vous après cela qu’un de nos poilus qui avait beaucoup maigri dans les hôpitaux de l’Avant ait réussi à grossir de sept livres en dix jours !!! Et comprenez la désolation de M. l’Econome … quand est arrivé le régime des restrictions.

Toutes les fêtes civiles, tou­tes les fêtes de l’Eglise Universelle, toutes les fêtes de la Famille de Saint Vincent é­taient marquées par un petit extra : excel­lent moyen de faire connaître la Religion à nos Poilus. Vin blanc de Chalosse, vins rou­ges de Bordeaux et de Bourgogne, vin pétil­lant de Champagne étaient les bienvenus ! Un petit verre de liqueur – Bénédictine. Yzarra, etc. – n’était pas refusé ! Et la douceur d’un bon cigare avec sa fumée parfumée aidait à faire la digestion…

Après ces menus, on s’explique la réponse d’un infirmier à un sergent qui l’interrogeait sur l’Ordinaire des sous-offi­ciers : “Ici, tous les soldats sont sergents”, et la réflexion d’un poilu : “Ils n’y ga­gnent pas à nous nourrir, ces Messieurs !”… En effet, ils y perdaient ; mais ils faisaient plaisir : il suffisait … D’ailleurs, en maintes circonstances, des âmes charitables, touchées des soins délicats qu’ils donnaient aux “braves poilus”, leur envoyèrent des se­cours en nature et en argent.

Aux soldats qui aimaient à lire on a procuré des livres variés : romans, revues, journaux. A ceux qui aiment à jouer, on fournit un jeu de Darnes, un Loto, un Domino. des cartes, des quilles, un croquet. A un vio­loniste, un violon ; à un peintre, des cou­leurs et des crayons. Quand on s’ennuie dans les Salles, s’il pleut on se rend ou on se fait porter sous la véranda ; et s’il fait beau, on élit domicile au jardin : semblable au lézard, on boit à longs traits du soleil et on prend un bain de lumière. A l’occasion, les tilleuls fournissent, avec une agréable infusion, des parfums, de l’ombre, et de la fraîcheur. Quant à ceux qui ont les jambes so­lides, ils montent sur la colline, d’où s’é­lance la Tour de Borda ; et, après avoir erré à loisir dans le bois, du haut du kiosque ils contemplent Dax, la Chalosse, les Landes, ad­mirent la neige dorée et la masse imposante des Pyrénées, cherchent la mer derrière les pins et, s’ils ne la voient, l’entendent.

Deux fois par semaine ont lieu des promenades collectives, puis des promena­des individuelles. Quelquefois un groupe pri­vilégié est porté par l’Omnibus de Notre-Dame à la Maison Natale de Saint Vincent de Paul, et au Sanctuaire de N.-D. de Buglose.

Aussi, lorsque les Inspecteurs Administratifs passent, ils mettent sur les registres d’observations : “Pas de réclamation de la part des malades.- Nourriture suffisante, et bien préparée .- Hôpital très bien tenu.” – Et lorsque les Blessés, débarquant en Gare, demandent à des employés ou à des gendarmes : “Dis donc, vieux, à quel Hôpital est-on le mieux à Dax ?”, on répond : “Va aux Lazaristes ! ”

 

CE QUE FUT L’AMBULANCE AU POINT DE VUE MÉDICAL

Quand on créa l’Ambulance, le Service médical fut confié au Docteur Mora, de Dax. Sœur Angèle, Melle Thérould, Melle Mora, Melle Contraires, Frère Lahouze, Frère Schweizer, et l’infirmier Dabadie étaient ses aides.

Intelligent, un peu froid, le Docteur Mora était un excellent médecin. Très habile à diagnostiquer une maladie, il savait aussi prescrire le remède approprié. Il était très bon pour les Blessés ; et, comme un Ins­pecteur ne le trouvait pas assez sévère, il déclara vouloir encore pécher par excès de bonté. Dévoué à l’excès, il venait tous les jours à l’Ambulance et, à plusieurs repri­ses, malgré son âge et sa santé précaire, il n’hésita pas, après avoir passé la nuit à­ attendre les Blessés en Gare, à consacrer enco­re toute la matinée à les soigner à N.-D. du Pouy. Quand il cessa de venir à l’Ambulance, en 1917, c’est qu’il était frappé mortelle­ment.

Son contact quotidien avec une religieuse en qui il avait pleine confiance, sa connaissance plus intime des prêtres et des frères de St. Vincent de Paul, firent tomber certains préjugés et ouvrirent les yeux de son âme à la vie surnaturelle. Sa mort fut très chrétienne. La Messe des Obsèques, chantée par un prêtre mobilisé qui fut son secrétaire, un christ déposé sur son cercueil au nom de l’Am­bulance, une délégation de l’Ambulance et de la Maison exprimèrent à sa famille la recon­naissance des Blessés et des Lazaristes de N.-D.- du Pouy.

  1. Parier, Aide-major de 1ère Class­e succéda au Docteur Mora. Il resta peu, mais il fut aimé de ses malades qu’il aimait et soignait avec science et exactitude. Quand il nous quitta, en Juillet 1917, rappelé aux Armées, il fut unanimement regretté, pleuré même. Une gerbe de fleurs, cueillie en hâte, lui dit de façon pittoresque les sentiments qui étaient au fond de tous les cœurs.
  2. Goyenèche, Aide-Major de 2ème Classe, ne fit que passer.

Il fut remplacé par M. le Docteur Beaumont, Major de 2ème Classe. L’année 1918 fut un peu rude. De nombreux et gros Blessés furent hospitalisés longtemps à N.-D. du Pouy : ils trouvèrent toujours en M. Beaumont des soins ­intelligents et consciencieux.

Sœur Angèle est un vrai trésor ! Car elle est une infirmière hors-ligne ; et elle est dévouée comme une digne Fille de St. Vincent de Paul. Après avoir pansé pendant 4 ou 5 heures, elle ira faire un lit avec en­train, balaiera rapidement un corridor, cirera la Salle de pansements, raccommodera du linge, et sera encore là à minuit ou 1 heure pour assigner leur place aux Blessés qui arrivent… Après cela, laissez-la commander vivement : c’est la fille d’un Général. Au reste, elle ne commande que dans l’intérêt des Blessés, qui comprennent vite sa manière d’agir, la respec­tent, lui obéissent, et lui conservent une pro­fonde reconnaissance pour ses soins si dévoués et si éclairés.

Mademoiselle Thérould est une infir­mière distinguée, très habile, et d’un absolu dévouement. Quand, au bout de 6 mois, elle dut quitter l’Ambulance pour se donner à d’autres devoirs, elle emporta l’estime de tous.

Mademoiselle Mora paraît distante : elle n’est que discrète. Très attentive, elle travaille bien, sans bruit. Elle est la digne collaboratrice de son père. Et, ce qui ne gâ­te rien, elle connaît admirablement l’art de “gâter” les Blessés ou malades par des “petits plats de sa composition” .

Mademoiselle Contraires a passé, toute simple, toute douce, exécutant ponctuellement les ordres de son Infirmière-ma­jor. Pendant 1 ans, abeille laborieuse, elle a voltigé de salle en salle, soignant avec délicatesse, et réconfortant avec un sourire. On n’oubliera pas son blanc costume, insigne du dévouement de la Jeune Fille Française Catholique.

Le Frère Schweizer parle si bien le français que les soldats se refusent à croire qu’il est d’origine suisse. Il a été chargé spécialement des hospitalisés. Quel heureux choix ! et comme il a été fidèle à la consigne ! Il reçoit les soldats quand ils arrivent ; veille à ce qu’ils aient un bon lit ; leur apporte aussitôt un peu de bouil­lon bien chaud ; mendie du papier à lettres pour qu’ils puissent écrire ; quête pour avoir des livres, des jeux, des, disques de gramo­phone, un peu de tabac, des cigares, du vin, de la gniole.

A ceux qui s’ennuient de rester au lit, il apprend à relier ou à fabriquer des fleurs dont il pare l’autel de la Vierge. Il est là à l’heure des repas, et s’assure que rien ne manque. On le trouve encore à la Salle de pansement, aidant le Médecin ; et, d’un mot, d’un sourire, donnant un peu de cou­rage au patient. Il est près des soldats le jour ; si c’est nécessaire, il est près d’eux la nuit. Il parle avec eux de la pluie, du beau temps, de leur famille, de leurs bles­sures, de leurs exploits. Il leur parle aussi de religion, et acquiert sur eux un ascendant considérable. Les poilus l’appellent : “Mon­sieur l’Abbé”. Présent à leur arrivée, il as­siste à leur départ ; et quand ils ont quitté l’Ambulance, il garde leur souvenir…

Aimable Frère Schweizer, que de bien vous avez fait à nos chers Blessés. Croyez-le : votre bonté souriante brillera longtemps au plus intime de leur cœur !…

 

Et Monsieur baptiste ?

“Monsieur Baptiste”, c’est le Frère Lahouze, accouru d’Antoura (Liban) à la mobili­sation… Brusque, parfois un peu trivial dans ses paroles, il a un cœur d’or. Tenez­-vous tranquilles, chers poilus, sinon gare à M. Baptiste !.. Il n’est pas caporal, mais il aurait dû l’être. Il vous gronde : mais il vous soigne si bien, de nuit, de jour !.. Souvent son asthme l’étouffe ; énergique, il marche quand même ; et, maternel, vient voir discrètement si vous dormez bien.

Essentiellement actif, il travaille sans cesse, et procure du travail aux autres. A celui-ci il fait peindre une voitu­re, des contre-vents ; à celui-là il fait ré­parer un plancher. Jardinier avec les jardi­niers, il est vigneron avec les vignerons. A tous ceux qui s’ennuient et qui veulent et peuvent travailler, il procure une occupation et un peu de … “pinard” ! … Aussi quand nos poilue quittent l’Ambulance, emportés par l’automobile, qu’est-ce qu’on entend ! “Vive M. Baptiste ! Vive M. Baptiste ! ”

Nous ne disons rien de M. Mar­lats, qui fut jusqu’au bout l’homme d’affai­res de l’Ambulance, le grand protecteur des soldats, et leur avocat habile et tenace quand il s’agissait d’obtenir des Chefs ou des Mé­decins quelque faveur ou quelque permission exceptionnelle. Aussi beaucoup lui ont-ils voué la plus touchante reconnaissance.

Avec un tel personnel, les ma­lades étaient sûrs d’âtre parfaitement soi­gnés. Ils le furent en effet. Témoin le jugement des blessés eux-mêmes ; témoin la pré­dilection marquée qu’avait pour “les Lazaristes” M. Vielle, Médecin-Chef de la Place de Dax ; témoin encore les paroles élogieuses adressées par les Inspecteurs Généraux lors de leurs visites ; témoin enfin le Registre des inspections Médicales, où l’on trouva plu­sieurs fois signés du Directeur-adjoint du Service de Santé, pourtant sévère, cette men­tion : “hôpital très bien tenu” .

 

CE QUE FUT L’AMBULANCE AU POINT DE VUE RELIGIEUX

1995 Blessés ou Malades ont été hospitalisés dans notre Formation. Dans ce nombre, 2 étaient Juifs, 5 protestants, 2 musulmans, 1 sans religion ; tous les autres se sont déclarés Catholiques.

Un Rabbin s’est présenté deux fois, alors qu’il n’y avait pas de Juifs. Nous n’a­vons jamais vu de ministre Protestant.

Voici comment était organisé le Service religieux pour les Catholiques.

Ils eurent un aumônier à eux : M. Duhour, d’abord ; M. Payen, ensuite ; enfin M. Darricau. L’aumônier restait en contact per­manent avec les Blessés. Il les visitait fré­quemment. Il s’entretenait avec eux familière­ment ; lesmettait au courant des cérémonies qui se faisaient à la Chapelle, et les invitait à y assister si cela leur faisait plaisir.

Matin et soir, Sœur Angèle réci­tait publiquement la prière dans les différen­tes Salles.

Le Dimanche, à 8 heures, une messe était dite dans notre Chapelle : elle était ex­clusivement réservée aux Soldats des Lazaristes et des Baignots. Pendant cette Messe, chants par les soldats, et instruction par l’aumônier ou un autre prêtre. Voici comment un Etudiant rendait compte de cette cérémonie à ses Frères mobilisés :

« Nous voici au Dimanche de la Passion. Huit heures vont sonner ; la Chapelle s’emplit peu à peu. Ce sont surtout des mili­taires qui forment l’auditoire. Ils sont peut-être 150, installés les uns dans la partie réservée aux fidèles, les autres dans l’espace qui se trouve entre les stalles. De nombreuses soutanes se montrent aux tribunes. L’office commence ; M. Duhour célèbre la messe. M. Bo­gaërt, en surplis, récite à haute voix la prière du matin. L’instruction commence aussitôt après l’Evangile. C’est le tour de M. Bogaërt de prêcher aujourd’hui ; l’ordre des instruc­tions l’amène à traiter le sujet si important et très délicat de la Confession. Tout le ser­mon se résout à ces deux questions : Pourquoi nous confesser ? Comment nous confesser ?

Bogaërt y a répondu à l’apostolique, très simplement, mais avec toute l’ardeur du son âme de prêtre. La claire exposition de la doc­trine est parsemée de plusieurs récits qui la mettent dans un plus grand jour encore, et lui. communiquent lumière et mouvement. Les soldats se déclarent ravis de “tout comprendre” ; “pas un mot ne nous échappe, et ces histoires donc ! elles vous gravent pour toujours dans la mémoi­re le,s vérités de la religion !” Mais bien­tôt nous entendons les tintements d’une sonnette. “Vous le savez, c’est le moyen “constitutionnel” d’avertir nos prédicateurs qu’il est temps de conclure… Cependant F. Dutrey s’est installé à l’harmonium ; les feuilles sont distribuées par les soins de F. Trocq, et nos braves soldats entonnent de tout coeur un de ces nombreux cantiques composés pour le Temps de la Guerre. En vérité, c’est fort impressionnant… Après l’Élévation, le prêtre invite les assistants à se recueillir et à prier avec ardeur Jésus-Christ présent sur l’autel pour notre âme, pour nos parents, pour le salut de notre France bien­ aimée. Le chant d’un cantique termine la cérémonie. »

A l’occasion des Grandes Fêtes de l’Église, on invitait les soldats à a’approcher des Sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.. On insistait un peu plus vivement à l’approche de Pâques. Beaucoup répondaient à cet appel. Une lettre d’un Etudiant à ses Frères nous dépein­dra encore la Cérémonie de Pâques 1916.

« A 7 h., Messe de Communion pour les Militaires .. Oh ! la belle cérémonie ! Près de 200 Soldats, tous combattants revenus du Front, tous plus ou moins mutilés, se pressaient sur les bancs. Si vous aviez pu con­templer l’expression de joie et de sérénité qui était peinte sur le visage de tous ces braves gens ! L’air de fête qui s’échappait de toute leur personne, leur uniforme immaculé achevaient de donner le change. Ces hommes sem­blaient plutôt revenir de la parade que des tranchées remplies de boue et de sang. FF. Bi­la et Deymier servaient la Messe en uniforme. Après l’Evangile, allocution par M. Duhour : Louange à Dieu, le Christ est ressuscité ! tel fut le leitmotiv de ce discours, tout à fait chant de triomphe et cri d’allégresse, et affirmation des espérances qui remplissent nos âmes. Quand le prêtre eut terminé son exhorta­tion, nos soldats entonnèrent le Credo. Ils le firent avec toute leur âme ; ils furent bien un peu déroutés tout de même, car dans ce Cre­do chanté sans ritournelles, sans la plus pe­tite fioriture, ils ne reconnaissaient plus leur Dumont. Chose admirable ! toutes les rè­gles de la liturgie furent observées, en cette messe de soldats : il ne faut pas de cantique français pendant la Messe, dit-on, mais du la­tin. Va donc pour le latin ; parfaitement ! Et nos troupes chantèrent après l’Élévation un Panis Angelicus en plain-chant ! Puis M. Duhour récite à haute voix les Actes avant la Commu­nion. Tous les soldats suivent sur leur petit livre. Et alors, ce fut bien le moment le plus touchant de toute la cérémonie : plus de 150  s’approchèrent de la Table Sainte. Ils ont ac­compli cet acte de haute religion délibérément, en pleine liberté, et avec ce sérieux, cette dignité et cette majesté que donne à l’être intelligent le contact avec la Mort. Ils gar­deront sûrement dans leur coeur, à côté du souvenir de leur Première Communion, le souve­nir de cette Communion Pascale, en l’An de grâce 1915. »

M. Payen et M. Gobeau furent écou­tés aussi avec beaucoup d’intérêt et de pro­fit ; le premier pendant 2 ans, le second pendant une année.

Quant à M. Darricau, dès ses pre­miers sermons il fit sensation. Un sergent, sortant de la Chapelle et rencontrant un in­firmier lui dit à brûle-pourpoint : “Ah ! il parle bien, le jeune Aumônier !”     et comme ce­lui-ci réplique : “ça ne me surprend pas”, il ajoute : “C’est un As !”

Parmi les soldats, quelques-uns n’ont pas fait la Première Communion. Ils de­mandent à s’instruire ; et, quand ils sont prêts, ils communient avec joie. D’autres n’ont pan été confirmés ; ils apprennent également le catéchisme, et, quand ils le savent, Mon­seigneur de Cormont est heureux de leur admi­nistrer le Sacrement qui fera d’eux des sol­dats du Christ et de parfaits chrétiens.

La procession du Saint-Sacrement, à N.-D. du Pouy, est très belle. Elle doit ce­la à son site merveilleux. Les soldats étaient fiers d’y prendre part. Celui-ci faisait des guirlandes ; celui-là posait des oriflammes ; un autre aidait à dresser les Reposoirs. Ceux qui pouvaient marcher escortaient dévotement le Saint-Sacrement ; ceux qui étaient impotents se faisaient porter sous la véranda ou à la Chapelle, afin d’assister au triomphe de No­tre-Seigneur.

Nous avons eu 4 décès à notre Ambulance. Ces quatre soldats sont morts en bons chrétiens, après avoir communié et reçu l’extrême-onction en pleine connaissance.

Par tempérament, les Français ne sont donc pas anticatholiques. Ce sont plutôt de grands ignorants. Instruisons-les. Montrons-leur de belles cérémonies qui leur parlent aux yeux, et ils aimeront la Religion de Nos Pères, qui a fait la France si grande et si belle.

Telle fut la vie de l’Ambulance établie pendant la Guerre à N.-D. du Pouy : 1995 Blessés s’y sont succédés de 1914 à 1919. C’étaient des prêtres, des avoués, des artistes, des étudiants, des employés, des négociants, des industriels, des ouvriers, des agriculteurs. Tous ont reçu à Notre-Dame un excellent accueil ; on a essayé de les en­tourer de bons soins, d’affection et de dé­vouement. On a tâché de leur montrer par des actes ce qu’est la Religion Catholique et la Vie Religieuse.

Beaucoup l’auront compris. Chez plusieurs des préjugés hostiles seront tombés ; chez d’autres sera née une véritable affection pour le Prêtre. Nous en avons des preuves claires et nombreuses. Que de Lettres charmantes venues de tous les points du Front de France et d’Orient nous pourrions citer ici !… Celui-ci écrit pour le plaisir de rester en relations avec des prêtres qu’il a appréciés ; celui-là pour exprimer sa reconnaissance. Un autre, prisonnier en Allemagne, se rappelant combien on a été généreux autre­fois pour lui à Notre-Dame du Pouy, n’hésite pas à demander ce qui lui manque. Un quatri­ème s’est trouvé si heureux à l’Ambulance qu’il s’établit à Dax et vient fréquemment visiter ces Messieurs. Un cinquième quitte l’hôpital pour réforme : avant de se marier, il revient et invite M. Marlats à son maria­ge…

Et la meilleure preuve que la reconnaissance des anciens Blessés est sincè­re et profonde, c’est qu’un certain nombre continue cette correspondance avec la Maison depuis 2, 3 et 4 ans.

Le Docteur Mora, sentant sa fin prochaine, demande les Derniers Sacrements, mais il veut les recevoir d’un Prêtre de la Mission.

Pourquoi ne dirait-on pas enfin que les deux prêtres infirmiers du diocèse d’Aire, ont donné à ces Messieurs leur estime et une réelle affection ?

Pendant la Guerre, N.-D. du Pouy ne s’est pas consacrée à l’œuvre des Missions. Mais par la manière dont elle a di­rigé l’Ambulance, elle a en quelque sorte prêché une Mission permanente à toute la France et fait du bien à l’âme de ceux qui y ont été hospitalisés.

Y a-t-il présomption à supposer que St. Vincent de Paul aura été satisfait de l’œuvre de charité spirituelle et corporelle accomplie à l’Hôpital de N.-D. du Pouy pen­dant la durée de la Grande Guerre ?…

Copyright © 2017 Diocèse aux armées françaises – Tous droits réservés🔸

Pendant la Guerre, N.-D. du Pouy ne s’est pas consacrée à l’œuvre des Missions. Mais par la manière dont elle a dirigé l’Ambulance, elle a en quelque sorte prêché une Mission permanente à toute la France et fait du bien à l’âme de ceux qui y ont été hospitalisés.

Le Supérieur Général ouvre l’année du 400e anniversaire du charisme vincentien


Le Supérieur Général ouvre l’année

du 400e anniversaire du charisme vincentien

Rome, le 25 janvier 2017, à tous les Confrères de la Congrégation de la Mission

Chers Confrères,

Que la grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Mon cœur est submergé de gratitude et de joie pour ce « cadeau du ciel », permettant à la Congrégation de la Mission et l’ensemble de la Famille vincentienne de célébrer, pendant l’année 2017, le 400e anniversaire du charisme vincentien, qui a laissé de profondes marques de l’amour inconditionnel de Jésus pour le monde tout au long des 400 dernières années, et continue de le faire aujourd’hui !

Au cours de cette année, la Congrégation de la Mission et l’ensemble de la Famille vincentienne vont choisir différentes dates pour le début des célébrations. Certains ont déjà commencé. D’autres vont commencer plus tard. Mais il y a une date qui est la source, la raison d’être de la célébration, le début du « chemin de Saint Vincent de Paul », le début du charisme vincentien : le 25 janvier 1617 dans le village de Folleville, en France.

C’est dans ce petit village que Vincent a été touché par l’immense pauvreté spirituelle des gens de la campagne. Quelques mois plus tard, il fit l’expérience de l’immense pauvreté matérielle dans la ville de Châtillon qui donna naissance aux Dames de la Charité, connues aujourd’hui sous le nom de l’AIC, et qui témoigne magnifiquement du charisme vincentien dans le monde. Il a commencé par encourager les autres à changer leur vie de l’intérieur et à rejoindre les gens qui, autour d’eux, avaient des besoins matériels. En même temps, il a expérimenté sa propre conversion, se consacrant totalement aux besoins spirituels et matériels des pauvres et apportant la collaboration de tant de personnes qui ont suivi ses pas, pour faire de l’Évangile une réalité « ici et maintenant » pour des millions et des millions de gens depuis les 400 ans qui se sont écoulés depuis cette époque. Cette mission ne se terminera pas avant que la Charité ne soit mondialisée, avant que la Charité n’ait embrassé tous les coins du monde et touché le cœur de chaque personne !

Le thème de l’Année jubilaire, qui nous accompagne tout au long des 12 mois est : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ».

 

Il y a déjà de nombreuses et incroyables initiatives au sein de la Congrégation de la Mission, ainsi que dans toute la Famille Vincentienne, pour célébrer le 400e anniversaire du charisme vincentien dans tous les coins du monde au plan local, national et international, et il y a encore des initiatives à venir. Tous ont à l’esprit les paroles de Jésus tirées de Matthieu 25, 31-46, si chères aux Vincentiens et à tous ceux qui embrassent le charisme de Vincent de Paul : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ».

Alors que nous entendons de l’extérieur le cri des pauvres, nous ne devons pas oublier d’écouter le cri des pauvres à l’intérieur de nous, de la pauvreté en nous qui appelle à l’aide, à la liberté, à la rédemption. C’est l’acceptation et la reconnaissance par Vincent de sa propre pauvreté qui l’a amené à purifier son propre cœur, son cœur qui battait si fortement pour les personnes en marge de la société ! L’approche de Vincent à l’égard de la personne n’était pas l’approche d’une théologie « d’en haut », « mais plutôt une approche de la pauvreté et de la personne de Vincent lui-même, l’approche d’une théologie « d’en bas ». Accueillir l’étranger qui est en nous, qui existe en chacun de nous, embrasser cet étranger, l’accepter, puis tout remettre à Jésus pour guérir nos blessures, nous livrer complètement à lui et nous confier entièrement à sa Providence : c’était le chemin de Vincent. Qu’il en soit de même pour chacun de nous !

Les fruits durables de ces 400 dernières années sont visibles dans les milliers et milliers de nos confrères et d’autres membres des nombreuses branches de la Famille Vincentienne qui ont cheminé avant nous, ont suivi la voie de Vincent, le charisme vincentien, au mieux de leurs capacités. C’est maintenant notre tour.

Outre les nombreuses initiatives que nous élaborerons tout au long de l’année 2017 pour célébrer le 400e anniversaire du charisme vincentien, j’aimerais encourager et défier chaque membre de la Congrégation, chacun de nous, avec une autre initiative commune. L’initiative n’est pas nouvelle. Beaucoup travailleront très dur à cette initiative à divers degrés dans les différentes parties du monde d’une manière spéciale au cours de cette année jubilaire. D’une part, l’initiative est vieille, très vieille ; d’autre part, elle est toujours nouvelle, toujours nouvelle, comme l’Évangile !

Je parle de nouvelles vocations à la Congrégation de la Mission, de nouvelles vocations de prêtres et de frères. Il est clair que l’initiative vient toujours de Jésus, mais nous devons coopérer et aider la personne que Jésus appelle à la vie consacrée, dans la mesure du possible, pour que cet appel devienne une réalité. Pour lancer cette initiative, j’aimerais utiliser quelques chiffres comme source de notre orientation.

La Congrégation de la Mission compte actuellement environ 3 200 membres dans le monde et réunit 800 candidats séminaristes en théologie et en philosophie, et au Séminaire interne.

L’initiative est la suivante : chacun de nous, collectivement, en groupe ou individuellement, se fixera cet objectif concret : prier, être attentif, rechercher, encourager et inviter un nouveau candidat à se joindre à nos forces pendant cette Année Jubilaire. Pouvons-nous imaginer 3 200 nouveaux candidats à la Congrégation de la Mission ? Est-ce irréaliste ? Est-ce un fantasme ? Avec Jésus tout est possible !

Grâce à cette initiative, nous espérons que de nombreuses nouvelles vocations se présenteront durant l’année du Jubilé. D’autres peuvent se joindre à nous dans les années à venir, comme le fruit du 400e anniversaire. Rien n’est impossible pour Jésus, et nous sommes invités à faire tout notre possible pour coopérer avec lui. La Providence fera le reste. L’initiative et le défi pour nous est clair. Chaque confrère se fixe cet objectif : je m’offre comme un outil à Jésus pour apporter un nouveau candidat à la Congrégation de la Mission dans cette année jubilaire. Rien de plus, mais rien de moins !

Avançons donc dans cette Année de Grâce avec les paroles de Saint Vincent de Paul :

Je vous souhaite un nouveau cœur et un amour tout nouveau pour celui qui nous aime incessamment aussi tendrement comme s’il commençait dès à présent de nous aimer ; car tous les plaisirs de Dieu sont toujours nouveaux et pleins de variété, quoi qu’il ne change jamais
(Lettre 288, SV I, 418)

Que l’année du Jubilé soit accompagnée de l’intercession de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse, de Saint Vincent de Paul, et de tous les autres Bienheureux et Saints de la Famille Vincentienne !

P. Tomaž Mavrič, CM
Supérieur Général Congrégation de la Mission🔸

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli…

Peinture d’Arturo Asensio

Des aumôniers militaires sur le front de Picardie


Des aumôniers militaires

sur le front de Picardie

Octobre 2002, Des aumôniers militaires sur le front de Picardie

Une récente biographie de St Vincent de Paul, tout dernièrement traduite en français, et qui fera date, évoque la mission atypique que notre saint et ses compagnons prêchèrent aux Armées en 1636 – José Maria Roman, “St Vincent de Paul – Biographie” – Traduction : André Sylvestre, cm ; Jules Vilbas, cm ; Jean-Marie Lesbats, cm. cf. présentation et extrait du chapitre concerné dans ce n° d’Egmil, page 01-27 -. Ce bref épisode de l’histoire de l’aumônerie militaire en France mérite notre attention et suscite quelques remarques, et pas seulement pour l’historien.

Les événements d’août 1636

Que se passe-t-il donc en 1636 ? Les troupes espagnoles de Don Fernand d’Autriche envahissent le Nord de la France, culbutent les armées royales et, début août, campent à 60 kms de Paris. Louis XIII et Richelieu lèvent en hâte des troupes pour contre-attaquer. A la mi-août, plus de 70 compagnies ont été formées.

C’est alors que le chancelier Pierre Séguier donne l’ordre (peu après le 15 août) à St Vincent de Paul de fournir à l’armée vingt prêtres – sur les 29 que la Compagnie de la Mission comprenait alors – pour prêcher une mission à ces régiments. Cette mission durera six semaines. La campagne militaire se poursuivra, quant à elle, jusqu’en novembre, mais seulement quelques-uns des prêtres furent retenus jusque-là pour assurer la fonction d’aumônier.

Ces événements appellent quelques remarques. D’une part, quant à l’attitude de l’autorité politique ou miliaire, d’autre part, quant à celle de St Vincent de Paul, pour y répondre.

Les initiatives du chancelier royal

Peut-être s’attendrait-on à ce que St Vincent de Paul, alerté sur la gravité de la situation, et témoin direct de la préparation d’une nouvelle armée pour contre-attaquer, proposât l’aide spirituelle de quelques prêtres de la Mission auprès de ces unités, voire demandât au Roi de ménager des postes d’aumôniers dans les différents régiments. Or, les choses ne se font pas ainsi, c’est le chancelier qui “réquisitionne ” les prêtres et non l’Église qui réclame d’être présente.

De plus, l’ordre porte d’abord sur la prédication d’une mission, pas seulement sur l’accompagnement pour assister spirituellement les hommes, avant et au long de la bataille. Une mission sur six semaines, cela indique une démarche catéchétique et sacramentelle quelque peu approfondie ; le nombre d’aumôniers est, lui-même, élevé et correspond à peu près à un prêtre pour quelque centaines d’hommes. Celui des confessions est lui aussi remarquable (plus de 4000 à la date du 20 septembre, soit en l’espace de quatre semaines).

Ce n’est que dans un deuxième temps, celui de la campagne proprement dite et avec un effectif en aumôniers bien moindre, qu’on devine la mise en place d’un autre style d’action pastorale, où il s’agit d’accompagner les militaires sur le terrain et dans des combats.

A remarquer encore le fait que le chancelier Séguier inscrit dans sa suite personnelle un poste d’aumônier, qui sera rempli par Robert de Sergis. On aimerait évidemment connaître de manière plus précise les intentions qui étaient celles du chancelier et du Roi dans cette perspective, et en particulier vis-à-vis des 6 semaines de ” mission “.

Le règlement que St Vincent de Paul donna à ses prêtres en la circonstance répond peut-être pour une part à cette question, au moins en son premier article :

Les prêtres de la Mission, qui sont à l’armée, se représenteront que Notre Seigneur les a appelés à ce saint emploi : Pour offrir leurs prières et sacrifices à Dieu pour l’heureux succès des bons desseins du Roi et pour la conservation de son armée
– ibid. p. 192.

La généreuse réponse de St Vincent de Paul

Le chancelier réclamait vingt prêtres, Vincent de Paul ne disposait que de quinze prêtres présents à Paris, qu’il envoya aussitôt ; lui-même se déplaça au Q.G. royal à Senlis ; il rédigea sans tarder un règlement -que nous avons déjà évoqué plus haut- pour ces prêtres nouvellement promus aumôniers militaires. On voit qu’il cherche par là à maintenir l’excellence de la vie spirituelle et religieuse de ses confrères et, simultanément, à orienter leur action pastorale, notamment en vue de la conversion et de la sanctification des soldats, qui leur étaient confiés : ” aider les gens de guerre qui sont dans le péché à s’en retirer, et ceux qui sont en état de grâce à s’y conserver “.

Il songera aussi à donner à l’aumônier de la suite personnelle du chancelier Séguier des instructions utiles pour se bien comporter dans sa charge d’aumônier des ” grands “. Somme toute, Vincent de Paul, avant la lettre, compose un directoire de l’aumônier catholique !

Clairement, dans ces documents, apparaît l’assurance paisible de Vincent de Paul quant à la légitimité de ce ministère aux Armées, que ce soit à travers l’expression des sentiments patriotiques ou à travers la conviction que le ” Dieu des Armées ” – St Vincent de Paul aime à rappeler ce titre que l’ancien testament (une quinzaine d’emplois) et la liturgie donnent volontiers à Dieu – ne s’oppose pas au métier des armes ou aux actions militaires qui restent ordonnées à donner la paix.

Outre cet usage qu’il fait, comme au premier degré, de l’expression vétéro-testamentaire du ” Dieu des Armées “, on remarquera son ” utilisation ” du passage de l’Évangile où Jean déclare ” N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive ” (Mt 10, 34) ; St Vincent de Paul commente : ” et cela pour nous donner la paix qui est la fin de la guerre “. Le métier des armes et l’action militaire elle-même trouvent donc leur légitimation éventuelle dans cette recherche et dans cette construction de la paix, à la suite du Christ lui-même, au prix parfois de l’usage du glaive.

De cet épisode, vieux de plus de trois siècles et demi, je retiens trois conclusions qui pourraient s’avérer toujours d’actualité :

 

  1. Ce grand missionnaire et consolateur de toutes les misères, que fut Vincent de Paul, n’eût pas l’initiative de cette action pastorale auprès des militaires (ni lui, ni l’Église en son temps) ; c’est bien le commandement qui eût l’initiative, et qui définît même la ligne d’action des aumôniers, mais St Vincent de Paul, rapidement, y répondit avec une grande générosité et un grand sérieux dans la mise en oeuvre de son ” dispositif ” (même si ses moyens restaient limités et en deça du programme qui lui avait été fixé).
  2. Le programme de ” la pastorale aux Armées “, que cet épisode suggère, apparaît double : chronologiquement d’abord, le temps de la mission, puis celui des opérations militaires ; cela n’est d’ailleurs pas réductible à l’idée d’un temps de prise de contact, puis d’un temps d’accompagnement dans l’action. Il s’agit plutôt de deux pôles : un pôle proprement d’évangélisation et un pôle de conseil et d’écoute (l’un et l’autre pouvant d’ailleurs s’exprimer à travers un ” vivre avec “). C’est ce premier pôle, qui se traduit à travers la demande d’une ” mission “, qui peut sans doute nous inspirer aujourd’hui, sachant qu’il est quelque peu oublié comme tel, ou traité de manière extrinsèque, alors qu’il permet d’apporter du sens et de la profondeur à l’autre pôle d’accompagnement spirituel.
  3. Vincent de Paul cherche à fonder de manière christologique cette présence dans les Armées et au cours des actions militaires. Il s’agit de suivre le Christ qui vient apporter la paix aux hommes mais à travers un chemin de contradiction : le glaive, le feu … Il ne s’agit pas seulement de porter secours, le cas échéant, au combattant malheureux et souffrant, mais bien de dégager un sens à ce métier des armes, s’il est vraiment au service de la Paix.
Patrick LE GAL, Evêque aux Armées Françaises 🔸

Les prêtres de la Mission, qui sont à l’armée, se représenteront que Notre Seigneur les a appelés à ce saint emploi !

En route pour Folleville

En route pour Folleville

Lettre du Visiteur Provincial de France

Chers confrères, Que la Grâce et la Paix de Jésus Christ soient toujours avec vous!

1617-2017 : deux dates qui marquent notre histoire au sein de la Congrégation de la Mission. 400 ans où les confrères missionnaires se sont donnés à la suite du Christ, Evangélisateur des Pauvres ; animés du Charisme de St Vincent de Paul, ils ont été fidèles à servir, dans sa globalité, la personne humaine en détresse humaine et spirituelle.

2017. Une année où nous allons faire mémoire de cet événement fondateur qu’est le Charisme vincentien qui anime tant de personnes à travers le monde, rassemblées dans différentes branches de la Famille Vincentienne ou ailleurs. Le Charisme donne sens à beaucoup d’engagements.

Différents évènements vont jalonner ces mois prochains à travers la France : conférences, célébrations, spectacles, rencontres, pèlerinages etc. Un agenda va être prochainement édité pour nous rappeler ces diverses manifestations que ce soit à Châtillon sur Chalaronne avec les AIC, à Gannes-Folleville pour nous-mêmes, à Paris, au Berceau St Vincent de Paul pour ne citer que les grands lieux.

Sur proposition de notre Père Général, le P. Tomaz MARVRIC, les reliques de St Vincent sortiront pour parcourir la France à la rencontre de la population en attente de sens, de présence. Une équipe a été mise en place pour organiser ce pèlerinage particulier ; vous serez donc invités à vous investir avec d’autres pour accueillir ces reliques.
Dans l’immédiat, je vous invite à noter dans vos agendas personnels, communautaires et apostoliques la date des 24 et 25 janvier 2017.

L’équipe de formation permanente propose pour le 24 janvier, un échange commun sur les nouveautés de la mise en oeuvre du Charisme à travers les deux volets connus : Mission et Charité. Et pour le 25 janvier, un pèlerinage des confrères de la Province à Folleville. Un programme plus détaillé vous sera envoyé en temps voulu.

Merci de retenir dès maintenant, ces dates sur vos agendas et de participer ensemble à cette ouverture de l’année du 400ème anniversaire du Charisme de notre Fondateur.

Fraternellement.

P. Christian Mauvais, cm🔸

Grand Pèlerinage à Folleville – Mercredi 25 janvier 2017

programme et informations

Chers Confrères,
Je vous fais suivre la Lettre du Visiteur concernant nos deux Journées Provinciales de célébration des 400 ans du charisme vincentien :

  • Mardi 24 janvier 2017 à la Maison-Mère, 95 rue de Sèvres.
  • Mercredi 25 janvier 2017 à Folleville.

Je vous envoie également le programme des deux journées.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

  • Les Filles de la Charité seront avec nous à Folleville pour le pèlerinage du mercredi 25 janvier. Elles porteront la « Relique du coeur » de saint Vincent de Paul.
  • Nous irons en CAR, qui partira de 95 rue de Sèvres, 75006, Paris. Il est donc important de s’inscrire (cf. fiche d’inscription).
  • Exceptionnellement, l’église de Folleville sera bien chauffée pendant la Conférence et la messe. Personne n’aura froid à l’intérieur de l’église.
  • Le déjeuner aura lieu dans la salle municipale à proximité de l’église de Folleville. Il y a des toilettes.
Fiche d’inscription & Domcuments :

Flyer | Dépliant explicatif