LETTRE DE L’AVENT. « L’amour est inventif jusqu’à l’infini » et, par conséquent, dans l’Eucharistie, vous trouvez tout.

LETTRE DE L’AVENT

« L’amour est inventif jusqu’à l’infini » et, par conséquent, dans l’Eucharistie, vous trouvez tout.

A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Mes chers confrères, La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous ! Dans ma lettre pour la fête de notre fondateur, le 27 septembre 2016, je nous ai encouragés à réfléchir sur saint Vincent de Paul comme « mystique de la Charité ». A partir de cette lettre, basé sur nos Règles Communes et nos Constitutions, nous avons commencé à réfléchir sur ce qui fait de saint Vincent de Paul un mystique de la Charité.

Dans la lettre de l’Avent pour l’année 2016, nous avons réfléchi sur « l’Incarnation » comme un des piliers de la spiritualité de saint Vincent de Paul. Dans la lettre de Carême 2017, nous avons approfondi le deuxième pilier de la spiritualité de notre fondateur, la « Sainte  Trinité ». Dans la lettre de l’Avent de cette année, nous méditerons sur le troisième pilier de la spiritualité de saint Vincent, « l’Eucharistie ».

Au dixième chapitre des Règles Communes, dans un passage sur les fondements de notre spiritualité où il évoque l’Incarnation et la Sainte Trinité, saint Vincent laisse entendre que dans l’Eucharistie, vous trouvez tout. Il écrit :

Et d’autant que, pour bien honorer ces mystères [la Sainte Trinité et l’Incarnation], l’on ne saurait donner aucun moyen plus excellent que la due vénération et le bon usage de la sacro-sainte Eucharistie, soit que nous la considérions comme sacrement, soit en tant que sacrifice, vu qu’elle contient en soi comme le précis de tous les autres mystères de notre foi, et que par sa vertu elle sanctifie et enfin glorifie les âmes de ceux qui communient dignement ou célèbrent avec les dispositions requises, et que par ce moyen on rend à la Sainte Trinité et au Verbe Incarné une très grande gloire ; partant, nous n’aurons rien en plus grande recommandation que de rendre à ce sacrement et sacrifice l’honneur qui lui est dû, et même nous emploierons tous nos soins à procurer que tout le monde lui porte même honneur et révérence : ce que nous tâcherons d’accomplir le mieux qu’il nous sera possible, mais particulièrement en empêchant, autant que faire se pourra, qu’on dise ou fasse rien qui le déshonore tant soit peu, et instruisant soigneusement les autres de ce qu’ils doivent croire d’un si haut mystère, et comment ils le doivent honorer1.

Dans l’Eucharistie, vous trouvez et pouvez réfléchir, méditer, contempler, adorer et avoir une rencontre personnelle à toutes les étapes de la vie de Jésus depuis l’Incarnation :

  • Jésus dans le sein de Marie
  • Jésus dans la crèche
  • Jésus, enfant à Nazareth avec ses parents, Marie et Joseph
  • Jésus durant ses trois années de mission où il annonce la Bonne Nouvelle
  • La passion et la mort de Jésus sur la croix
  • La résurrection de Jésus
  • L’ascension de Jésus
  • La Sainte Trinité.

A cette intuition que dans l’Eucharistie vous trouvez tout, s’ajoutent d’autres paroles prophétiques et qui inspirent, provenant de son expérience de vie la plus profonde : « l’amour est inventif jusqu’à l’infini ». Une des phrases les plus connues de Vincent qui a utilisé ces mots spécifiques en référence à l’Eucharistie, pour essayer d’expliquer ce qu’est l’Eucharistie, ce que produit l’Eucharistie, ce que nous trouvons dans l’Eucharistie. L’imagination de Jésus a trouvé ce moyen concret pour être toujours avec nous, nous accompagner toujours et rester avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Son amour, inventif jusqu’à l’infini, ne cesse de nous surprendre aujourd’hui, ici et maintenant !

De plus, comme l’amour est inventif jusqu’à l’infini, après s’être attaché au poteau infâme de la croix pour gagner les âmes et les cœurs de ceux dont il veut être aimé et pour ne parler d’autres stratagèmes et innombrables tous ensemble dont il s’est servi à cet effet pendant son séjour parmi nous, prévoyant que son absence pouvait occasionner quelque oubli ou refroidissement dans nos cœurs, il a voulu obvier à cet inconvénient en instituant le très auguste sacrement, où il se trouve réellement et substantiellement comme il est là-haut au ciel. Mais de plus, voyant que, s’il voulait s’abaisser et anéantir encore plus qu’il n’avait fait en son incarnation, en quelque manière il se pourrait rendre plus semblable à nous, ou du moins nous rendre plus semblables à lui, il a fait que ce vénérable sacrement nous servît de viande et de breuvage, prétendant, par ce moyen, que la même union et ressemblance qui se font entre la nature et la substance, la même se fît spirituellement en chacun des hommes. Parce que l’amour peut et veut tout, il le voulut ainsi ; et de peur que les hommes n’entendant pas bien cet inouï mystère et stratagème d’amour, ne vinssent à négliger de s’approcher de ce sacrement, il les y a obligés sous peine d’encourir sa disgrâce éternelle : Nisi manduca veritis car nem Filii hominis, non habebitis vitam. (Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’avez pas la vie en vous.) (cf. Jean 6,53)2

Si nous trouvons tout dans l’Eucharistie, c’est donc là que Jésus nous parle ici et maintenant depuis le sein de sa Mère. Il nous parle ici et maintenant de la crèche en tant que nouveau-né. Il nous parle ici et maintenant comme un enfant à Nazareth. Il nous parle ici et maintenant comme Celui envoyé par le Père qui, là où il passait, faisait le bien. Il nous parle ici et maintenant de sa passion et de sa mort sur la croix. Il nous parle ici et maintenant de sa résurrection. Il nous parle ici et maintenant de son ascension. Il nous parle ici et maintenant comme l’une des trois personnes de la Trinité. La réalité ici et maintenant de tout être humain depuis la conception jusqu’à la mort est toujours présente dans l’ici et maintenant de l’Eucharistie, de même que l’ici et maintenant de l’Eucharistie est présent dans l’ici et maintenant de chaque être humain.

Quand il institua le saint Sacrement, – il dit à ses apôtres : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum ; ce qui veut dire : j’ai désiré ardemment manger cette pâque avec vous. Or, puisque le Fils de Dieu, qui, en la sainte Eucharistie, se donne lui-même, l’a désiré d’un si ardent désir, desiderio desideravi n’est-il pas juste que l’âme qui le désire recevoir et de qui il est le souverain bien, le désire de tout son cœur ? Ce qu’il a dit à ses apôtres, soyez assurées, mes filles, qu’il le dit encore à chacune de vous. C’est pourquoi il faut essayer d’exciter votre désir par quelque bonne pensée. Vous désirez venir à moi, mon Seigneur ; et qui suis-je ? Mais moi, mon Dieu, je désire de tout mon cœur aller à vous, car vous êtes mon souverain bien et ma fin dernière. Feu Monsieur l’évêque de Genève disait qu’il célébrait toujours comme si c’était la dernière fois, et communiait comme si c’était en viatique. La pratique est excellente, et tant que je puis, mes chères filles, je vous la conseille3.

Chers confrères, le temps de l’Avent nous offre une magnifique occasion pour approfondir et fortifier ce troisième pilier de notre spiritualité vincentienne, l’Eucharistie, cet « amour inventif jusqu’à l’infini », ce lieu où nous trouvons tout ! A cette fin, je suggère d’adopter les pratiques suivantes pour vivifier, renouveler ou approfondir la place de l’Eucharistie dans notre vie :

  1. Avant la célébration de la Sainte Messe, prenons le temps, en silence, de nous préparer à accompagner Jésus sur le chemin du calvaire, de la croix, de sa mort et de la résurrection.
  2. Après la célébration de la Sainte Messe, prenons le temps, en silence, de remercier Jésus d’avoir la possibilité de témoigner et de participer encore et encore à son sacrifice, sa mort et sa résurrection.
  3. Une fois par semaine, prenons au moins une demi-heure d’adoration devant le Saint Sacrement en communauté.
  4. Chaque fois que nous quittons la maison pour aller quelque part, arrêtons-nous à la chapelle de la Communauté ou à l’église, entrons un moment pour demander à Jésus dans le tabernacle de nous accompagner là où nous allons, dans le service que nous sommes appelés à rendre, dans la tâche que nous voudrions accomplir… après avoir adoré le Saint Sacrement et après lui avoir offert le travail qu’elles iront faire, elles lui demanderont la grâce de dire aux pauvres malades Ce qu’il désire qu’il leur soit dit de sa part pour leur salut4.
  5. Chaque fois que nous revenons de quelque part, arrêtons-nous à la chapelle de la Communauté ou à l’église pour remercier Jésus pour toutes ses bénédictions. On gardera aussi les autres louables coutumes de la Congrégation, comme sont celles-ci : Immédiatement avant que de sortir de la maison, comme aussi après y être rentré, aller à l’église et y saluer Notre-Seigneur au Saint-Sacrement5.
  6. Pendant la journée, faisons une brève visite à Jésus dans le tabernacle pour nous permettre de renouveler notre paix intérieure, pour nous recueillir, pour recevoir un signe ou une réponse aux questions et aux doutes qui sont présents à notre esprit, à un moment donné.…or, quand on dit quelque chose de malhonnête que nous avons peine à supporter, il ne faut point répondre, mais élever son cœur à Dieu pour lui demander la grâce de souffrir cela pour l’amour de lui, et aller devant le saint Sacrement dire votre peine à Notre-Seigneur…

J’ai demandé à notre confrère, Emeric Amyot d’Inville, missionnaire à Madagascar, de partager avec nous une réflexion personnelle sur l’Eucharistie. Puissent ses pensées inspirer votre propre contemplation.

Saint Vincent apportait une importance très spéciale à l’Eucharistie, aussi bien dans la vie spirituelle de ses fils et filles spirituels que dans la prédication missionnaire. Elle doit garder cette place centrale pour nous, aujourd’hui. Permettez-moi de vous partager certains points qui me semblent revêtir une importance particulière pour notre vie spirituelle et notre apostolat aujourd’hui.

Cette première réflexion est dirigée spécialement à l’intention des prêtres. Je voudrais mettre en relief une donnée importante et parfois négligée : quand nous, ministres de l’Eucharistie, célébrons la messe, nous faisons un avec le Christ, en raison de notre sacerdoce ministériel : agissant au nom et en la personne du Christ tête, nous rentrons dans le « je » de l’unique grand prêtre, Jésus. Nous lui prêtons notre voix, nos mains et notre cœur pour que, disant à la première personne les paroles mêmes de Jésus « Ceci est mon corps… Ceci est mon sang », celui-ci réalise le changement du pain en son Corps et du vin en son Sang. Il se produit ainsi, pour nous, prêtres, une intimité plus grande avec le Christ qu’il nous faut goûter chaque jour et par laquelle un sens très profond est donné à notre identité sacerdotale.

Nous tous, prêtres, frères, sœurs et laïcs vincentiens, de par notre baptême, sommes des « fidèles du Christ », pour reprendre l’expression du Concile. Aussi, en raison dusacerdoce commun des fidèles, que nous partageons, il nous revient à tous sans distinction d’offrir au Père notre vie et celle de tous ceux qui nous entourent en union avec l’offrande eucharistique du Christ. Pendant la messe, au moment de l’offertoire, ou même pendant l’élévation, prenons le temps de joindre notre vie et celle du monde et de l’Eglise à l’offrande de Jésus à son Père pour lui rendre gloire et pour recevoir de lui grâces et bénédictions. C’est ainsi que notre messe se charge d’une densité humaine particulière qui est offerte à Dieu le Père par le Christ.

Nous tous indistinctement, qui sommes des fidèles, recevons la communion, aboutissement de la messe. Les paroles de Jésus en saint Jean, « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56), doivent nourrir et orienter notre action de grâce après la communion pour en faire un moment d’intimité amoureuse, dans le silence et le recueillement, avec le Christ dont Jean a dit, dans son introduction au récit du repas pascal : « Lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le  monde, les aima jusqu’à l’extrême » (13,1b). Le Christ qui nous a aimé jusqu’à l’extrême dans sa passion comme dans son Eucharistie dont elle est le mémorial, attend notre amour en réponse au sien. C’est le moment, après la communion, de le lui exprimer dans une prière silencieuse et fervente. Notre communion vaudra ce que vaut notre action de grâce.

Enfin, après la messe, loin de dire au revoir à Jésus que nous laisserions dans le silence du tabernacle, nous partons avec lui, « demeurant en lui et lui en nous », pour vivre avec lui et en lui notre journée avec ses rencontres, ses joies, ses peines et ses responsabilités.

Nous partons avec lui vers ceux avec qui nous vivons et qui nous sont confiés. Nous, vincentiens, partons pour évangéliser les pauvres, les servir corporellement et spirituellement, leur annoncer la parole de la vie et être au service de leur promotion humaine, « à la suite du Christ évangélisateur des pauvres » et en union avec lui. « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit » (Jn 15,5).

Tel est le terme de l’Eucharistie et le secret de la fécondité spirituelle de notre vie et de notre apostolat. Que la réflexion, la méditation, la contemplation, l’adoration et la rencontre personnelle avec Jésus dans l’Eucharistie et le Saint-Sacrement – l’amour inventif de Jésus jusqu’à l’infini, là où nous trouvons tout – nous aident à préparer les prochaines fêtes de Noël ainsi que la mission de toute une vie que nous sommes appelés à réaliser !

Votre frère en saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

Le temps de l’Avent nous offre une magnifique occasion pour approfondir et fortifier ce troisième pilier de notre spiritualité vincentienne, l’Eucharistie, cet « amour inventif jusqu’à l’infini », ce lieu où nous trouvons tout !

Notes :

1 Règles Communes de la Congrégation de la Mission, Chapitre X, article 3.

2 Coste XI, 146 ; Conférence 102, Exhortation à un Frère mourant, 1645.

3 Coste IX, 336 ; Conférence 31, Sur la Sainte Communion, le 18 août 1647.

4 Coste XIII, 766 ; Document 186, Sur la préparation des malades de l’Hôtel-Dieu à la confession générale (1636).

5 Règles Communes de la Congrégation de la Mission, Chapitre X, article 20

6 Coste X, 185; Conférence 74, Sur l’amour des souffrances physiques et morales (Règles Communes, art. 6), le 23 juillet 1656.

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres. 33e dimanche tuTemps Ordinaire. 19 novembre 2017

  1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles videsqui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

  1. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureuxet héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

  1. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

  1. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation àsuivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

  1. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’: ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

  1. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

  1. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33èmedimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

  1. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Pèreest la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Pèreest une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.
  2. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvress’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017. Mémoire de saint Antoine de Padoue

Pape François 🔸

Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur

Pape François
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Pour aller vers le site : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/poveri/documents/papa-francesco_20170613_messaggio-i-giornatamondiale-poveri-2017.html

Lendemains de Fêtes

Lendemains de Fêtes

Depuis les prémices de l’année des « 400 ans », je note une efflorescence d’études, de recherches, de textes divers et internationaux. D’aucuns répètent, d’autres innovent. Mais je suis interrogé par la réflexion d’un confrère : « Après les célébrations conclues que restera-t-il de tout cela ? ». Lui, doute de quelque résultat. A-t-il raison de se projeter ainsi et nous avec lui ? Permettez-moi d’interroger Monsieur Vincent dans les deux pages requises de l’auteur par la commission qui gère C’Mission

Je regarde sa ténacité : de son vivant, Folleville impulse quelques 840 missions sur Paris et ses alentours tandis que, par les autres maisons, les missionnaires[1] touchent environ un tiers du territoire français. Il va répétant pour se tenir sur la défensive identitaire : « notre principal est l’instruction du peuple de la campagne » (IV, 42). Les charités sont systématiques et clôturent chaque mission ; elles sont d’autant jusqu’à la mort du fondateur et ne peuvent être recensées avec précision. Mais il y a les à-côtés : les exercices spirituels ouverts à tous et c’est là une originalité, soit pour le seul saint Lazare 700 ou 800 à personnes par an (Soit 20.000 entre 1634 et 1660). J’aime relire sous la plume avertie de J-M Roman, les œuvres mal connues : les prédications aux soldats, l’aumônerie des galériens, les interventions ponctuelles efficaces dans les régions dévastées et les œuvres conséquentes, telles que les enfants trouvés, les mendiants, le prisonniers, les esclaves, les malades, les aliénés, les orphelins, les inondés, les paysans déplacés, les religieux et religieuses déplacés, les prêtres appauvris, les exilés etc. Ténacité aussi dans la formation des prêtres en contribuant à l’ouverture de séminaires dans un contexte très favorable (Olier et st Sulpice (voyez l’exposition en cours dans l’église), Bérulle et l’Oratoire, Jean Eudes et des évêques sensibles à ce problème) quelques 400 prêtres par an, sortent des séminaires vincentiens. Les conférences des mardis prolongent cette institution et assurent la permanence de la formation initiale.

Ténacité enfin du côté de Châtillon avec les confréries, et l’élan caritatif donné à partir de cette source perpétuelle ; les dames de condition s’associent de la même manière une fois Vincent à Paris : elles découvrent la personne du pauvre et du même coup se sanctifient. Bloquées par leur rang et leurs obligations mondaines, elles passent la main à leurs servantes dont certaines vont se regrouper en compagnie des Filles de la charité sous la houlette de ste Louise de Marillac et de l’exemplaire Marguerite Naseau. Et suivront aussi toute l’animation spirituelle et des œuvres charitables propres à leur génie féminin.

Ténacité des propos aussi : un principe l’anime : « tenir bon ». Par exemple cultiver les fruits acquis et semer ailleurs comme il le dit à propos de l’expansion de l’Eglise : « Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu’ils possèdent, et envoient l’autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. C’est ainsi que nous devons faire : maintenir ici courageusement les possessions de l’Église et les intérêts de Jésus-Christ, et avec cela travailler sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés » (septembre 1656 aux missionnaires sur l’Eglise-XI, 355). Il applique à l’activité missionnaire ce qui est une clé de base pour l’avancement spirituel : « il faut grâce pour commencer ; il en faut encore pour persévérer jusqu’à la fin » (I, 356). Ainsi de la Bonne Nouvelle, ainsi de l’activité caritative : il faut l’aide divine pour continuer, sinon le fruit tourne vite à l’aigre.

Que nous reste-t-il à faire ? Tout. L’histoire et sa célébration sont des sortes de tremplins pour mieux rebondir. Beaucoup est à inventer pour aujourd’hui sur le plan de l’Annonce de l’Evangile : initiation, problématique du langage, décalages de toujours entre la pensée théologique et la vie compliquée de beaucoup, méconnaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et surtout d’une Eglise trop sophistiquée et hyper structurée; accompagnement des personnes ; aides des réseaux de contact et de vie ; rassemblements de la vie cultuelle : apprentissage et pratique sacramentelle. Que faire de solide et de vérifiable qui soit ajusté, dans ce pays qui vit naitre st Vincent, il y plus de 400 ans ? Et au plan caritatif ? On vient de parler de changement systémique. Est-ce acquis et suffisant ? En Europe, l’heure serait à « l’entreprise bienveillante » me souffle un homme d’affaire avisé de sensibilité chrétienne, c’est-à-dire donner à la personne que nous rencontrons, ses meilleures chances en lui permettant d’exprimer ce qu’elle porte de meilleur en elle. Cela demande de notre part beaucoup d’attention, de complicité, de délicatesse, d’écoute, de proximité, de savoir-faire pour comprendre et aimer et pour aimer en comprenant. Voilà une attitude vincentienne par excellence

Une chose me titille : j’ai vu ce vaste rassemblement romain appelé « symposium ». Une réussite et un chiffre impressionnant de 11.000 participants, sources romaines ! J’ai entendu des paroles stimulantes pour l’ensemble de la famille vincentienne, nouvelle réalité aux expressions les plus variées, soit modestes, soit fort actives. L’ardeur manifestée, l’enthousiasme collectif, la fascination du nombre enjolivent l’avenir. Bravo aux organisateurs et merci aux participants !

Mais je ne cache pas que je rejette tout amalgame. Si tout se retrouvait dans un vaste ensemble incolore et activé par des principes généraux, le dommage pourrait être considérable. Chaque partie de la famille doit garder ses caractéristiques propres. Un exemple : trois vertus de service pour les filles de la charité, cinq vertus apostoliques pour les confrères de la Mission et non une mixture indifférenciée offerte à tous. St Paul nous inspire : nous sommes un corps et chaque membre apporte sa spécificité, son utilité et sa place irremplaçable pour que l’ensemble vive en harmonie. Chaque groupe est unique en soi et étroitement solidaire. Pour une vraie synergie, il convient de cultiver nos différences réciproques. Ne tombons pas dans la tentation facile d’un conglomérat mais décidons de vivre distincts et complémentaires. La volonté authentifie le désir d’agir ensemble. La richesse ne peut venir que de chaque esprit d’origine. Le seul argument fructueux est issu du charisme de st Vincent, lié à sa personne, à son histoire, aux raisons qui l’ont conduit à donner telles réponses à tels besoins, de telle manière par telle fondation. De cette entreprise naît l’esprit vincentien qui demande toujours actualisation et fécondité pour le monde présent. Pour que vive l’authenticité de l’ensemble, que soit vive et généreuse l’esprit et l’action de chaque branche.

Et provocation possible encore : pourquoi pas de nouvelles créations ? Le prédicateur de la retraite d’Ars, Luigi Mezzadri, jamais assez remercié,  a donné beaucoup à penser ; il faudra en reparler….

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Que nous reste-t-il à faire ? Tout. L’histoire et sa célébration sont des sortes de tremplins pour mieux rebondir.

Notes :

[1] Mezzadri-Roman, Histoire de la Congrégation de la Mission Tome I, DDB, 1994.

Un Missionnaire comme Pasteur

Un Missionnaire comme Pasteur

En octobre 2014, le visiteur me demande de prendre la paroisse Saint Vincent Notre Dame du diocèse d’Air et Dax. Moi, lazariste chilien, c’était un beau cadeau, puisque je serai le pasteur de cette nouvelle paroisse de huit communes et parmi elles le village du Puy, le lieu natal de Saint Vincent de Paul, le lieu du Berceau de Saint Vincent de Paul.

Dans ma tête sont venus pas mal de pages de la vie de notre Saint fondateur, parti de sa vie et aussi le désir de pouvoir aller au service de nos frères de la campagne. Une réalité se répète, du vécu du 17 siècle et du vécu aujourd’hui. La différence c’est qu’au 17 siècle il y avait trop de clergé qui désertaient la campagne et aujourd’hui le manque de prêtres. Dans les deux cas le peuple de Dieu de la campagne reste le point commun.

Dans ce contexte, et bien d’autres aspects bien sûr, j’ai pris cette paroisse comme missionnaire et pasteur.

Comme missionnaire (Lazariste), je suis envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle. Une annonce en communion avec l’Église de Dax. J’en ai profité chaque moment pour parler de l’Évangile et d’y revenir tant que possible. Le moment privilégié les homélies pendant la messe. Partager quelques réflexions et d’approcher l’Évangile aux gens. Je suis convaincu que l’Évangile nous pouvons le vivre dans le quotidien. Si Dieu s’est fait homme c’est pour faire demeure parmi nous, mais aussi pour nous porter vers son Père et notre Père.

Un autre moment pour partager la Bonne Nouvelle c’était les rencontres avec les groupes de service de la paroisse : L’EAPP, le CPP, les équipes liturgiques, le SEM, le Caté, etc. Avec eux j’ai cheminé pour faire passer le message d’être un corps et pas n’importe quel corps mais le Corps du Christ. Les structures que nous connaissons dans la vie de l’Église parfois occultent, cachent une belle réalité de notre être Église, faire partie du Corps du Christ, membres de ce Corps, des Pierres vivantes du Temple. Nous ne sommes pas des fonctionnaires de l’Eglise, mais des Disciples et Missionnaires. Quand la réalité frappe si dur à nos Églises, nous sommes invités à conforter et préparer ce peuple à se prendre en responsabilité et de continuer la vie de la foi, dans la foi. Je pouvais faire part d’autres réalités que j’ai connu et accompagné où le prêtre n’est pas présent tout le temps et parfois une seule fois par an, et que malgré cette absence la communauté continue à vivre sa foi. Il peut manquer des prêtres, mais jamais manquera le Pasteur.

Pendant ces trois années j’ai vécu ma vocation pleinement comme missionnaire et pasteur. J’étais fier et content de pouvoir accompagner ce peuple avec ses fragilités mais aussi avec ses belles forteresses. Je ne suis pas sur si j’ai fait un bon travail, mais je me suis donné tout entier à la Mission de l’Église comme Missionnaire et Pasteur. Merci beaucoup pour cette belle expérience, merci au peuple de la paroisse Saint Vincent Notre Dame, merci à la Congrégation pour me permettre de vivre c’est aspect de notre être Lazariste. J’ai vécu une Mission de trois ans, j’étais pendant trois ans un pasteur missionnaire.

P. Neftali SHAW, CM 🔸

Si Dieu s’est fait homme c’est pour faire demeure parmi nous, mais aussi pour nous porter vers son Père et notre Père

Adresse actuelle du Père Neftali :

Communauté de Valfleury

Résidence du Sanctuaire

3, rue du Genêt d’Or

42320 Valfleury – France

Les Vincentiens du monde entier se rencontrent à Rome. Retour sur le Symposium 12 – 15 octobre 2017

Les Vincentiens du monde entier se rencontrent à Rome.

Retour sur le Symposium 12 – 15 octobre 2017

Pour le quatrième centenaire de la naissance du charisme vincentien, des Vincentiens du monde entier étaient invités par le père Thomaz Mavric, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission et de la Compagnie des Filles de la Charité et Président du Comité Exécutif de la Famille Vincentienne, à se retrouver à Rome pendant le week-end   du 12/15 octobre pour « célébrer en famille notre héritage vincentien ».

Ce symposium devait ainsi constituer le point d’orgue de cette année jubilaire et une occasion privilégiée pour tous les membres de la Famille Vincentienne de faire connaissance, de s’enrichir mutuellement et surtout en présence du cœur de Saint Vincent de Paul de renouveler leur zèle missionnaire. Le thème retenu pour ce symposium : « Accueillir l’étranger », un thème brûlant d’actualité a donné lieu à d’intenses et intéressants échanges avec nos frères et sœurs du monde entier notamment avec ceux du Proche-Orient (Liban, Syrie…) ou de pays sinistrés par des catastrophes naturelles (Italie) qui par leur partage émouvant nous ont permis de redécouvrir toute l’actualité et la pertinence de la spiritualité vincentienne pour l’Église et le monde d’aujourd’hui.

Parmi les 11 000 vincentiens originaires de plus de 99 pays et issus d’une des 200 branches vincentiennes présentes à ce symposium , on pouvait noter la présence de la délégation française où les différentes branches de la Coordination de la Famille Vincentienne étaient bien représentées : les Lazaristes (le Visiteur, les pères Massarini, Ghali, Leukeumo, Rabarison, le frère Margoux, les séminaristes Gaspard Ntakirutimana, Maximilian Andrei, Jean-Baptiste Gning, Yohann Petit, Vincent Labarsouque et un regardant originaire du Loir et Cher Sylvain), les Filles de la Charité (avec essentiellement beaucoup de jeunes consœurs), la JMV ( la présidente , la sœur conseillère nationale et le conseiller spirituel national) la Société Saint Vincent de Paul, les AIC- Équipes Saint Vincent, les Sœurs de la charité de sainte Jeanne Antide Thouret, les Sœurs de la Charité de Strasbourg, les Sœurs de l’Union Chrétienne, les Religieux de Saint Vincent de Paul chez qui plusieurs membres de FAMVIN France ont pu loger.

Il s’est donc agi d’un événement exceptionnel et inédit (à notre connaissance la première rencontre vincentienne internationale ouverte à tous les membres de la Famille Vincentienne) relayé d’ailleurs par plusieurs médias (famvin.org mais aussi Radio Vatican, Aleteia, Zénith…) dont nous nous efforcerons à trois voix ( Sœur Julie Morniche, Pères Bernard Massarini et Patrick Rabarison) de vous partager dans les lignes suivantes un modeste compte-rendu. Bonne lecture !

Jeudi 12 octobre- Temps de prière en l’honneur de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse à la Basilique Saint Jean du Latran.

Une démarche forte et particulièrement significative des organisateurs de ce symposium est d’avoir voulu encadré cet événement entre deux temps de prière sur deux lieux éminents de l’histoire spirituelle romaine, la Basilique Saint Jean du Latran et la Basilique Saint Paul hors-les-murs. Si le symposium se clôturait le dimanche 15 octobre à la Basilique Saint Paul par la célébration eucharistique, il s’ouvrait officiellement le jeudi 12 octobre à la Basilique Saint Jean du Latran par un temps de prière en l’honneur de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse sous le patronage de laquelle le père Joseph Agostino, coordinateur du Symposium, voulait placer cet événement.

Ce temps de prière ne doit pas nous faire oublier par ailleur le passage de tous les vincentiens francophones au Collège Apostolique du Léonien, ancien siège de la Curie Généralice. Sous le regard bienveillant de Monsieur Vincent en personne (frère Maxime) qui bien que saint n’était pas sans éveiller par son costume d’époque quelques soupçons chez les carabinieri, un véritable « kit vincentien » nous a été généreusement offert comprenant un sac frappé du logo de l’année jubilaire (dont notre cher confrère le père Alexis est l’auteur), le guide programme du symposium, un foulard jaune de reconnaissance et bien sûr nos badges d’identité. Dans les rues romaines, les bouches de métro et plus tard sur la place Saint-Pierre qu’il était beau et inoubliable de voir des laïcs, des sœurs, des frères et des prêtres vincentiens colorer Rome, la Ville éternelle, du jaune vincentien. Il est vrai que le temps de ce week-end du 12/15 octobre, on peut le dire, Rome était une ville vincentienne ! Même les boutiques jouxtant la place Saint-Pierre vendait pour l’occasion des « chapelets vincentiens » !

Vendredi 13 octobre. Rencontre par groupes linguistique : Spiritualité Vincentienne et ses défis prophétiques

C’est avec quelques retard que les diverses délégations francophone se retrouvent dans la grande basilique Grégoire VII, toute proche de la salle d’audience Paul VI. Venus du Congo, du Tchad, du Cameroun, du Nigeria, du Vietnam, du Liban, du Bénin, Sénégal, quelques slovènes quelques slovaques et la délégation de France composée de conférenciers, d’équipières, de sœurs de Jeanne Antide Thouret, de sœurs de Strasbourg, de sœurs de l’union Chrétiennes, de Filles de la Charité, nos frères les Religieux de Saint Vincent de Paul auxquels il faut ajouter les séminaristes de la Congrégation de la Mission de France, des représentants de Mr Vincent [une des 2 associations des maisons de retraite des FDLC, 11 directeurs d’établissements scolaires et des membres de l’équipe VDP-formation.

C’est le Père Ziad, visiteur du Liban, accompagné de Julien Spiewak, membre du conseil international de la Société Saint vincent et représentant de la Famille Vincentienne à l’ONU à Genève, qui vont conduire nos activités. Ils nous présentent les synthétiseurs (dont le père Guillaume Leukeumo) qui seront chargés de remonter à la Curie de la CM les idées qui surgiront de nos partages.

C’est le P. Bernard Massarini c.m. qui commence en présentant la spiritualité vincentienne de l’accueil de l’étranger il commencera par rappeler que si la notion d’étranger n’était pas contemporaine de st Vincent, elle appartient à notre histoire ancrée dans celle du Peuple de Dieu de la Bible qui a vécu cette réalité au long de son histoire et que Monsieur Vincent l’a approchée par les situations des réfugiés ou de tous les isolés dont il s’est fait proche. Il fera ressortir le double mouvement de service corporel (offrir un toit et de la nourriture pour les déplacés, et des outils et services de première nécessité pour ceux qui ont dû rester sur les lieux des désastres) tout en offrant un soutien spirituel (catéchèse et sacrements). Il rappellera l’attitude toujours positive qui le faisait mettre ne relief les aspects positifs de toutes les personnes, et s’abstiendra de théoriser le situations. Après il décrira de multiples initiatives prises en France ou en Europe où l’on note l’inventivité pour répondre aux nouvelles situations de pauvreté, il terminera invitant tous à : 1) s’abstenir du jugement sur les pauvres, 2) accueillir la personne en situation de pauvreté et non le pauvre, 3) penser à agir en réseau.

La parole est ensuite donnée à Yasmine CAJUSTE, haïtienne, ancienne présidente internationale des JMV et collaboratrice de l’équipe universitaire de Depaul Chicago. Elle nous entretient de la communication et la collaboration dans la famille vincentienne. Elle nous brosse la pédagogie évangélique dans l’Écriture en détaillant l’approche de Jésus sur la route d’Emmaüs : écoute des blessures de l’histoire en s’appuyant sur les personnes, donner les outils pour que se relève intérieurement la personne, elle nous invite à faire de même dans nos services des plus fragiles. Elle nous invite à reproduire cette expérience dans toutes nos activités. Puis elle attire notre attention sur la nécessité de collaborer entre nous (diverses branches) à ne pas hésiter à consulter les espaces d’informations communs que nous avons sur les réseaux sociaux et savoir les nourrir en partageant nos informations et nos outils.

Nous avons un patrimoine spirituel qu’il nous faut ne pas craindre de transmettre….

Des échanges remontent quelques pistes : mettre nos sites en lien, avoir notre attention toujours en vigilance pour discerner les besoins projet simple avons sites internet…mettons nous en lien. Pensons à ceux qui rencontrent des difficultés, intensifier notre collaboration pour lutter contre le développement de groupes armés de jeunes, créer ou diffuser une anthologie de textes vincentiens, produire un film sur Monsieur Vincent qui en rende compte pour aujourd’hui, unifier les instances de formation dans nos pays, développer dans nos unités locales une connaissance plus grande de la famille vincentienne, produire des communications qui appellent.

Après la pause repas c’est la Sœur Françoise Petit, conseillère général des Filles de la Charité qui va nous tracer des voies d’avenir comme Famille Vincentienne. Elle va aussi ouvrir par la belle vision du prophète Isaïe, la promesse de disparition de toutes les peines pour que s’accomplisse l’œuvre de Dieu. Après avoir évoqué des figures de la théologie pour accompagner notre marche ensemble, elle nous propose quelques pistes pour baliser le chemin : Intégrer des personnes dans les projets, vivre la fraternité avec les pauvres, mieux nous connaître entre branches, déployer la formation continue dans nos branches, que nous prenions des initiatives paix et justice, que nous convertissions nos comportements, que nous restions simples et humbles pour garder douceur et compassion

Messe de clôture de la rencontre francophone présidée par le Visiteur de la Province de France, le père Christian Mauvais

Assisté par Monseigneur Georges Abou Jaoude, archevêque maronite de Tripoli (Liban) et par le père Bernard Massarini, le père Christian Mauvais rappelle dans son homélie combien la différence peut être dans le monde qui est le nôtre à la fois source de tensions mais aussi sur le plan spirituel un beau chemin de conversion et de maturation à la suite du Christ évangélisateur des pauvres.

Le vendredi après-midi, plusieurs filles de la charité de la Province BFS ( Belgique-France-Suisse) de moins 20 ans de vocation sont allés rejoindre les périphéries de Rome pour vivre la rencontre des « Jeunes consacrés de la Famille Vincentienne ». Ce moment fraternel s’est vécu dans la joie, la simplicité, l’humilité et dans un esprit de charité ; ces belles vertus vincentienne présente dans le cœur de St Vincent et de notre charisme . Vivre des rencontres internationales est le moyen pour s’enrichir mutuellement et partager avec d’autres jeunes vincentiens sur ce qu’il se passe dans divers pays. Nous sommes une famille qui a le désir de servir le Christ dans les plus petits à la manière de St Vincent et Ste Louise ; et cela nous l’avons touché du doigt par le partage spontané entre nous, par l’eucharistie vécu ensemble, par les témoignages, et par l’envoi en mission du père Tomaz qui fut un moment d’émotion très forte pour chacune.

Ce symposium a été vécu dans une joie contemplative et active qui reflétait sur les visages et dans le cœur ; une joie qui porte à loué le seigneur et lui rendre grâce pour ce feu ardent qu’il a mis dans nos cœur. Nous sommes repartie pleine de dynamisme et avec un désir encore plus fort de continuer à aimer Celui qui nous aime et qui nous entraîne à aller au-delà de nous-mêmes pour accompagner les Pauvres que nous servons avec amour. Nous sommes dans l’espérance que ce 400éme anniversaire du charisme vincentien portera des fruits au niveau de la consécration à Dieu dans le cœur des jeunes et nous prions pour qu’il ait une joie courageuse de faire le pas vers Lui .

Samedi 14 octobre. Audience avec le Pape François- Place Saint-Pierre de Rome

Plus de 11 000 participants étaient donc attendus place Saint-Pierre pour l’audience avec le Saint Père. Le nombre de vincentiens inscrits était tel que les organisateurs furent contraints de déplacer l’audience pontificale de la salle Paul VI prévue initialement à …la place Saint-Pierre! Dans une ambiance familiale et festive une longue file d’attente jaune se formait dès 7h du matin devant le portique d’entrée où chaque participant inscrit muni de son badge d’inscription devait se soumettre aux procédures de sécurité. Avant l’arrivée du pape sur la place non pas noire de monde mais toute colorée du jaune vincentien, des animations étaient prévues avec des chants et des témoignages.

La première prise de parole fut le témoignage bouleversant d’Adia Baladi, présidente de la Jeunesse Mariale Vincentienne en Syrie. La guerre a amputé le mouvement d’un nombre significatif de ses cadres, de plus les ressources matérielles et financières ont drastiquement diminué et beaucoup d’activités ont été suspendu de sorte que la question du maintien de la JMV Syrie s’est clairement posée. Mais comme le dira Adia « cette guerre nous a rendu plus forts, unis, solidaires, elle a renforcé notre sens d’appartenance à notre pays à travers notre appartenance à la JMV de Damas ». Fort d’une conviction qu’ils ont adopté l’année dernière comme thème de l’année : « le bon travail croit en silence », ils ont décidé envers et contre tout de poursuivre leurs activités. « Nous n’avons pas permis à la guerre de nous empêcher de continuer à délivrer notre message d’amour et de service. Ce message est tellement enraciné en nos cœurs que, aucune crise ne réussira à nous pousser à l’abandon et au désespoir. Nous avons montré et nous continuons à montrer au monde qu’il y’a de la lumière dans les ténèbres. » Ces mots forts d’un ressortissant d’un pays en guerre furent sans doute pour l’assistance touchée par une telle leçon de foi, de courage et de dignité, le temps fort de la matinée voire même de ce symposium. A nos églises d’Occident bien souvent fragilisées par le double défi de la sécularisation de la société et de la pluralité religieuse, nos frères et sœurs d’Orient adressent ce message plein d’espérance : « Le message le plus important que nous pouvons annoncer au monde en tant que Jeunesse Mariale Vincentienne de Syrie est l’Amour, et la seule chose que requiert l’amour dans les circonstances comme les nôtres c’est le Courage. Parce que celui qui aime ne se laisse pas dominer par la peur. »

Du témoignage du deuxième intervenant Mr Mark McGreevy, PDG du groupe Depaul International (ensemble d’organismes de bienfaisance de spiritualité vincentienne qui travaille pour les sans-abris), nous pouvons retenir d’abord quelques chiffres importants fournis par l’Agence de l’ONU pour les établissements humains :

  • 1,2 milliard des 7 milliards sur cette planète sont sans abri sous une forme ou une autre
  • il y’a actuellement 65 millions de réfugiés dans le monde ; c’est le plus haut niveau enregistré dans l’histoire.
  • 863 millions d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans les bidonvilles et des favelas à travers le monde.-En 1950, seules 746 millions de personnes vivaient dans nos villes. Ce nombre est passé à 3,9 milliards en 2014 et atteindra 6,4 milliards d’ici 2050.

Face au développement croissant du phénomène de l’itinérance défini comme « la situation d’un individu ou d’une famille qui n’a pas de logement stable, permanent et adéquat, ou qui n’a pas de possibilité ou la capacité immédiate de s’en procurer un »[1], Mr Mark McGreevy était heureux d’annoncer le lancement à l’occasion de cette année jubilaire d’une initiative de la Famille Vincentienne internationale « l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri » et dont les objectifs seraient les suivants :

  • Créer un réseau solide de Vincentiens travaillant dans le vaste champ des personnes sans-abri et soutenir le développement de ce réseau. (comment nous demandent-ils pouvons-nous toucher davantage les personnes sans-abri présentes parmi nous pour fournir de la nourriture, un abri, de la compagnie et des opportunités)
  • Appuyer et développer les leaders existants et émergents dans ce domaine à travers le monde au moyen de sessions de formation.
  • Faire pression en faveur d’un changement structurel en appui à l’itinérance au niveau national, régional et mondial et à l’ONU en particulier. Éduquer le monde au sujet de l’itinérance. En novembre, seront ainsi réunis à Rome des unervisitaires, des théologiens et des praticiens pour étudier l’enseignement social catholique sur la question.
  • Avec le soutien et l’appui de l’Institut de l’Itinérance Mondiale établi à l’Université DePaul à Chicago « mettre fin à l’itinérance dans 150 villes à travers le monde d’ici 2030 en collaboration avec d’autres partenaires. »

Dans la conclusion de son intervention, le PDG du groupe Depaul International exhortait la famille vincentienne à prendre la mesure des enjeux que sous-tendent cette mobilisation en faveur des sans-abris et a lancé un appel adressé à chacun d’entre nous : « En ces temps de plus en plus troublés, notre tradition vincentienne et notre charisme nous appellent à agir en faveur de nos frères et sœurs sans-abri, nous voulons atteindre les sans-abris dans tous les pays où la Famille Vincentienne est présente. Nous avons besoin de votre aide et de votre soutien pour développer cette mission et mettre fin à l’injustice structurelle et la tragédie personnelle qu’est l’itinérance. Veuillez nous contacter par courrier électronique, sur Facebook et Twitter. Pour plus d’informations : https://famvin.org/fr/files/2017/06/FRANCE-Famvin-Homeless-Alliance-Covering-Paper-June-2017.pdf (cf Lettre du Père Thomaz Mavric adressé aux responsables de la Famille Vincentienne, document plus détaillé du plan du projet…). Pour découvrir le site: http://www.depaulfrance.org/section-4

La dernière prise de parole échut enfin à Mr Antonio Gianfranco, Président national de la Société Saint Vincent de Paul en Italie. Après avoir introduit une série de témoignages de rescapés du tremblement de terre qui a frappé l’année dernière l’Italie centrale et qui a fait plus de 299 morts, le Président a rappelé combien les activités du mouvement vincentien étaient orientées d’abord vers le soutien de proximité aux familles endeuillées et sinistrées mais aussi vers la relance des activités productives et la réactivation du moteur économique. Ainsi « des personnes âgées sans-abri ont été transférées et accueillies dans certaines maisons de repos, un camping-car a été acheté par une famille nécessiteuse, des tracteurs pour ceux qui devaient reprendre la culture du terrain et du bétail pour les éleveurs… » La Société Saint Vincent de Paul a pu dans certains cas remédier aux carences de l’État mis à mal par ses « lenteurs bureaucratiques ». L’action du mouvement salué par plusieurs familles de sinistrées met bien en lumière le fait que « le charisme vincentien qui a déjà 400 ans nous enseigne que les grandes vérités et valeurs fondamentales qui gouvernent notre existence ne sont pas soumises au temps, elles n’ont pas d’âge, elles se régénèrent à chaque fois que nous tendons la main à ceux qui souffrent, ceux qui sont dans le besoin, même seulement d’un réconfort, aux pauvres qui sont nos véritables maîtres de vie. »

Au cœur d’une véritable marée « jaune » le Saint-Père arrivait en fin de matinée dans sa papamobile sur la place Saint-Pierre qui aurait pu être spécialement rebaptisée ce jour-là « place Saint Vincent de Paul ». Après avoir bien pris le temps de se prêter au début d’ailleurs comme à la fin de l’audience au traditionnel bain de foule, le pape François se recueillit devant la relique du cœur de Saint Vincent avant de regagner sa place et de prendre la parole. Dès le début de son intervention le pape reprit une expression qu’il avait déjà utilisée par ailleurs dans une lettre adressée à toute la famille vincentienne à l’occasion de la fête de Saint Vincent de Paul ; il saluait en lui un instrument de « l’élan de charité qui dure dans les siècles : un élan qui est sorti de son cœur ». D’où l’importance symbolique que revêtait pour lui la présence de la relique du cœur de Monsieur Vincent à Rome. Dans cette lettre il avait pris soin de rappeler que son cœur s’était

« laissé toucher par le regard d’un homme assoiffé de miséricorde et la situation d’une famille qui manquait de tout » […] et qu’ « à ce moment-là, il a perçu le regard de Jésus qui l’a bouleversé en l’invitant à ne plus vivre pour lui-même, mais à le servir sans réserve dans les pauvres que Vincent de Paul appellerait plus tard : « nos seigneurs et nos maîtres » (Correspondance, entretiens, documents, XI, 393) ». Ces deux rencontres décisives de 1617 avaient donc donné le sens de sa mission, se mettre à la suite de ce Christ qui a dit : «Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres» (cf. Lc 4,18). Et c’est comme l’a dit le pape toujours dans la même lettre « enflammé du désir de faire connaître Jésus aux pauvres » que Saint Vincent a inauguré un chemin pour lui-même, ses compagnons de route et tous ceux qui se veulent ses héritiers. De là découle une continuité entre cette lettre et son discours sur la place Saint Pierre où il encourage tous les vincentiens à poursuivre ce chemin en leur proposant toutefois trois verbes qu’il estime très importants pour l’esprit vincentien mais aussi pour la vie chrétienne en général : adorer, accueillir et aller. Soulignant la place essentielle de la prière chez Saint Vincent, il cite une de ses lettres adressées à A. Durand : « c’est seulement en priant que l’on puise en Dieu l’amour à reverser sur le monde ; c’est seulement en priant que l’on touche les cœurs des personnes lorsqu’on annonce l’Évangile (cf. Lettre à A. Durand, 1658) ». Adorer revient donc à « se mettre devant le Seigneur […] en Lui donnant la première place, en s’abandonnant, confiants. Pour ensuite lui demander que son Esprit vienne en nous et laisser nos affaires aller à Lui. Ainsi, les personnes dans le besoin, les problèmes urgents, les situations pesantes et difficiles rentrent dans l’adoration… ». Qui adore « commence à se comporter avec les autres comme le Seigneur le fait avec Lui: il devient plus miséricordieux, plus compréhensif, plus disponible, il dépasse ses rigidités et s’ouvre aux autres. Et nous parvenons ainsi au deuxième verbe : accueillir ». Dans la définition que le pape donne de l’accueil qu’il envisage comme cette « disposition de ne pas seulement faire de la place à quelqu’un mais d’être des personnes accueillantes, disponibles, habituées à se donner aux autres » il semble réactualiser la définition d’une des cinq vertus missionnaires, la mortification. Accueillir signifie en effet pour lui « redimensionner son moi, rajuster sa façon de penser, comprendre que la vie n’est pas ma propriété privée et que le temps ne m’appartient pas. C’est un lent détachement de tout ce qui est mien : mon temps, mon repos, mes droits, mes programmes, mon agenda. Celui qui accueille renonce au moi et fait entrer dans sa vie le tu et le nous ». Décentré de lui-même le vincentien peut ainsi sortir à la rencontre des autres et répandre au plus loin le feu de la charité conformément au vœu exprimé à Monsieur Vincent à ses missionnaires :« Notre vocation est donc d’aller, non pas dans une paroisse ni seulement dans un diocèse, mais par toute la terre. Et pour quoi faire ? Pour enflammer le cœur des hommes, en faisant ce que fit le Fils de Dieu, Lui qui est venu apporter le feu dans le monde pour l’enflammer de son amour » (Conférence du 30 mai 1659) ».

Avant de conclure en remerciant les vincentiens de se mettre en mouvement sur les routes du monde pour y être les missionnaires et les témoins de la charité, le pape leur pose la question suivante que nous pouvons aussi faire nôtre : “Vais-je à la rencontre des autres, comme le veut le Seigneur ? Est-ce que je porte où je vais ce feu de la charité ou je reste enfermé à me réchauffer devant ma cheminée ?”.

Dimanche 15 octobre. Messe de clôture à st Paul-hors-les-murs

La messe de clôture du symposium fut précédée la veille par l’office des vigiles animé par la JMV International. Un des temps forts de ce temps de prière fut l’entrée de la relique du cœur de Saint Vincent qui devait y demeurer jusqu’au lendemain. Prévue initialement à 10h, la célébration eucharistique commença avec plus d’une heure de retard du fait de l’affluence de la foule et des dispositifs de sécurité qui retardaient leur entrée dans la basilique. A 11h se mettait donc en marche une procession longue et belle de drapeaux des différents pays représentés pendant tout ce week-end vincentien romain. Le Supérieur Général, le père Thomaz Mavric, revêtu d’une chasuble conçue spécialement pour cette année jubilaire était assisté de ses deux prédécesseurs les pères Grégory Gay et Robert Maloney. Reprenant à son tour la très belle image du pape de la « graine de moutarde plantée par la Providence, par Jésus dans le cœur de Saint Vincent de Paul en 1617 », le père Thomaz constate que cette graine est aujourd’hui par la grâce de Dieu un arbre de plus de deux millions de membres présents dans 150 pays dans le monde. Après avoir retracé brièvement le parcours de conversion de Vincent au Christ évangélisateur des pauvres et rappelé quelles sont les trois vertus (de simplicité, d’humilité et de douceur) constitutives du charisme vincentien, il lance par ailleurs une mise en garde. « Si nous n’arrosons pas, n’émondons pas et ne fertilisons pas l’arbre, doucement il va commencer à mourir. » D’où la place fondamentale qu’il accorde à l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus qui travaille, bouge, encourage, apporte le feu dans l’Église par ses nombreux dons et nous aide à « grandir dans la charité, d’être des disciples convaincus du charisme vincentien ». S’ensuit alors un ensemble de conseils et de recommandations que le père Thomaz nous donne pour bien vivre la spiritualité vincentienne.

  • Vivre une spiritualité profonde. L’Incarnation, la Sainte Trinité, l’Eucharistie, Marie, les vertus de simplicité, humilité, douceur […] doivent être les piliers de notre spiritualité.
  • Allier la prière et l’action dans tout ce que nous faisons, être des apôtres dans la prière et des contemplatifs dans l’action.
  • Découvrir et voir Jésus dans le Pauvre et les Pauvres en Jésus. Saint Vincent avait une approche holistique aux personnes, réagissant à leurs besoins spécifiques : spirituels, matériels, émotionnels, et physique. Cette approche, cette compréhension, cette découverte a fait de lui un »Mystique de la Charité ». Nous comme membres de la Famille Vincentienne sommes appelés à devenir des « Mystiques de la Charité ».
  • Renouveler, approfondir, raviver notre proximité aux Saints et bienheureux de la Famille Vincentienne.
  • Baser notre aide par une solide formation dans tous les aspects : humains, spirituels et professionnels en relation au service spécifique dans lequel nous sommes impliqués.
  • Continuer de développer une collaboration avec toutes les branches et membres de la famille Vincentienne.
  • S’engager d’une manière décisive sur le chemin des « Changements Climatiques » qui libèrent les Pauvres de leurs liens comme victimes à devenir plutôt partenaires égaux pour le bien de l’humanité.
  • Garder la collaboration avec les autres groupes, organisations et institutions hors de la Famille Vincentienne qui partagent les mêmes buts et visions au niveau local, national, international.

Toutes ces pistes proposées par le Supérieur Général ne visent en fait pour lui qu’à donner un nouveau souffle à cette loi énoncée par Monsieur Vincent selon laquelle « l’amour est inventif à l’infini » et à permettre au plus grand nombre de rejoindre le « chemin de la Globalisation de la Charité ». « Nous demandons la grâce de demeurer profondément enracinés dans le Charisme […] en émondant et fertilisant l’arbre de sorte que les branches puissantes atteignent les coins les plus reculés de la terre.”

Patrick RABARISON, CM ; P. Bernard MASSARINI CM, Soeur Julie MORNICHE FdlC 🔸

Ce symposium a été vécu dans une joie contemplative et active qui reflétait sur les visages et dans le cœur ; une joie qui porte à loué le seigneur et lui rendre grâce pour ce feu ardent qu’il a mis dans nos cœur.

Note :

[1] Canadian Homelessness Research Network (2012) Définition canadienne de l’itinérance. Homeless Hub: www.homelesshub.ca/CHRNhomelessdefinition/

Rencontre nationale de la Fédération des Fraternités Réunionnaises (FFR)

Rencontre nationale de la Fédération des Fraternités Réunionnaises (FFR)

Le samedi 28 octobre 2017, au foyer Sts Louis et Zélie MARTIN à Lisieux dans le Calvados, s’ouvrait  la 38e assemblée générale de la Fédération des Fraternités Réunionnaises (FFR). Cette association, crée en 1979, a pour objectif d’accueillir, d’accompagner et de rassembler les réunionnais qui rencontrent des difficultés sur le sol métropolitain.

Ce rassemblement annuel donne l’occasion aux différents représentants des régions en métropole de partager leurs expériences d’accueil, d’écoute, de conseil et d’orientation afin d’aider les réunionnais qui rencontrent des difficultés à tisser des liens et à se donner les moyens de réussir leurs insertions. La parole est aussi donnée aux nouveaux venus en métropole qui partagent leurs joies, leurs peines, leurs angoisses et font entendre leurs attentes et leurs espérances…

La mission de la FFR est diverse et variée en fonction des cas qui se présentent. Cependant, elle porte un souci particulier pour les plus démunis, pour ceux qui se retrouvent à la rue, pour ceux qui sont hospitalisés en métropole et qui se retrouvent seuls; aussi pour les personnes qui réussissent socialement mais qui se sentent isolées et très souvent déracinées…

Face à ces différentes situations, la FFR a pris l’option de cultiver et de renforcer les racines culturelles et religieuses qui se présentent comme les deux poumons de son activité. Par delà une intégration réussie, il importe que le réunionnais soit fier de son identité là où il est implanté et surtout, qu’il n’oublie pas ses racines religieuses en faisant le lien par exemple avec la communauté paroissiale qui est proche de son domicile.

«A l’exemple de Thérèse de Lisieux, quelle est notre mission de baptisés dans notre vie quotidienne?» Tel était le thème de cette année pour ce rassemblement. Les échanges ont été riches et ont permis aux participants de mieux prendre conscience de l’action de Dieu dans la vie Thérèse de Lisieux dont on célèbre cette année, les 20 ans de « Docteur de l’Eglise » proclamé par le Jean Paul II et les 90 ans du titre de « Patronne des missions » par le pape Pie XI. « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre » pourrait être le message principal que l’aumônier des réunionnais en métropole a voulu faire passer dans son intervention.

Cela dit, ce weekend n’a pas été constitué uniquement «de paroles et de discours». Les participants ont pu visiter une pommeraie où on produit du cidre, du calvados, du pommeau et du vinaigre de cidre… Puis, un peu plus tard, un temps festif où chaque représentant de région faisait découvrir leur région à travers des paniers gastronomiques ou en poussant une chansonnette et ou encore, raconter une histoire qui reflète la région où il est implanté. De plus, des musiciens reprenaient des mélodies populaires de La Réunion et d’autres, par leur déhanchement sur la piste de danse, démontraient qu’ils étaient fiers de leurs cultures créoles.

L’assemblée terminée, le rendez vous est donné pour l’année prochaine. Chacun s’est donné le moyen de se ressourcer, de tisser davantage de liens et de se gonfler d’espérance pour être dans leurs lieux de vie des ambassadeurs[1] de leur île et des témoins de l’amour de Dieu.

Bruno DORVAL, CM 🔸

Ce rassemblement annuel donne l’occasion aux différents représentants des régions en métropole de partager leurs expériences d’accueil, d’écoute, de conseil et d’orientation afin d’aider les réunionnais qui rencontrent des difficultés à tisser des liens et à se donner les moyens de réussir leurs insertions.

Note :

[1] Expression empruntée à Mgr Gilbert Aubry, évêque de St Denis de La Réunion.