Fête de Sainte Louise de Marillac

Oui, ce qui fait la sainteté de Louise de Marillac c’est, avec la grâce de Dieu, d’avoir su transformer ses blessures en sources d’eau vive où les autres (les pauvres, les petits, ses sœurs de communauté) venaient s’abreuver

Alain Perez

Fête de Sainte Louise de Marillac

Pendant longtemps, trop longtemps sans doute,  Louise de Marillac a été considérée par certains comme une femme insignifiante, pas très équilibrée et vivant dans l’ombre de St Vincent. Il est vrai que depuis son enfance, la vie ne l’a pas épargnée : étant une enfant naturelle, elle n’a pas connu sa mère, et les difficultés familiales, la maladie, l’angoisse et la nuit de la foi l’ont visitée, creusant en elle de profondes blessures…

Eh bien, paradoxalement, je dirais que c’est justement tout cela qui la rend si proche de nous et finalement si sympathique ! En effet, Louise de Marillac n’a pas été une « super-femme », une privilégiée, une héroïne. Elle n’est pas née sainte, mais elle l’est devenue, en parcourant un chemin humain et spirituel bien chaotique parfois… A travers ses difficultés personnelles et ses blessures, elle a connu de grandes purifications et des « lâcher-prise » qui l’ont fait grandir et mûrir. Et c’est ainsi que, peu à peu, ont été imprimés en elle, les traits d’une sainteté que l’on pourrait définir comme « sainteté à visage humain ».

Oui, ce qui fait la sainteté de Louise de Marillac c’est, avec la grâce de Dieu, d’avoir su transformer ses blessures en sources d’eau vive où les autres (les pauvres, les petits, ses sœurs de communauté) venaient s’abreuver. En effet, nous le savons par expérience : n’est- ce pas souvent par les choses qui nous blessent que nous devenons vulnérables, et donc ouvert aux autres et véritablement humains ?!

Mais, comment Louise a-t-elle pu décentrer son regard d’elle-même, de ses difficultés et de ses souffrances personnelles, pour le centrer sur ceux qui souffrent, et trouver ainsi son équilibre ? Sans aucun doute, par sa relation à Dieu et par son amour de Jésus vivant au milieu des hommes, et d’une manière spéciale, par son amour de Jésus vivant dans son Eucharistie et dans les démunis.

Oui, dans l’Eucharistie, notre Dieu a manifesté la forme extrême de l’amour, bouleversant les critères de pouvoir qui règlent trop souvent les rapports humains et affirmant de façon radicale le critère du service : « si quelqu’un veut être le premier de tous, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (Marc 9,35).

De plus, et « ce n’est pas un hasard, si dans l’Evangile de St Jean, nous ne trouvons pas le récit de l’institution de l’Eucharistie mais celui du lavement des pieds : en s’agenouillant pour laver les pieds de ses disciples, Jésus explique le sens profond de l’Eucharistie. Et St Paul rappelle avec vigueur, que n’est pas permise une célébration où ne resplendit pas la charité manifestée dans le partage concret avec les plus pauvres. » (Mane nobiscum Domine n°28).

St Vincent vivait déjà, sans doute, ces deux exigences fondamentales du service des pauvres. Ainsi, au cours des missions qu’il donnait dans les campagnes, il laissait souvent, comme signe concret de sa prédication dans les villages, une association destinée au service des pauvres et des malades. Mais, pour visiter et animer durablement ces associations, il fallait une femme au grand cœur et intelligente. Et c’est ainsi que St Vincent a vu en Louise de Marillac, la femme capable d’assumer cette responsabilité. Ce fût un choix pertinent !

 En effet, en réalisant ce service, Louise apprit à sortir d’elle-même, à ouvrir son cœur aux nécessités des frères les plus pauvres, isolés et abandonnés. Elle comprit que c’était là une façon de réaliser la mission du Christ : annoncer l’Evangile en témoignant par la charité.

Louise de Marillac y a investi toutes ses forces et toute son intelligence. Elle affronta avec courage et habileté les charges qui lui étaient confiées, devenant une véritable missionnaire de la Charité, animée par la conviction que « l’amour est inventif jusqu’à l’infini »…. Et, finalement,  ce sont les pauvres eux-mêmes qui la sauvèrent, comme ils avaient sauvé Vincent de Paul auparavant…

Dans son testament spirituel, Louise de Marillac a transmis aux premières Filles de la Charité cette perle précieuse qui avait donné force, lumière et couleur à son existence. Ainsi, après un si long chemin tissé d’inquiétudes et d’épreuves, Louise de Marillac recommandait à ses Filles l’essentiel. C’est-à-dire, à l’imitation de celui du Christ, son testament ne connait qu’un seul verbe : AIMER. « Mes chères sœurs, écrit-elle, ayez bien soin du service des pauvres, et surtout de bien vivre ensemble dans une grande union et cordialité, vous aimant les unes les autres, pour imiter l’union et la vie de Notre-Seigneur. Priez bien la Sainte Vierge qu’elle soit votre unique Mère. »

En ce jour où nous faisons mémoire de Ste Louise, remercions Dieu de l’avoir donnée à l’Eglise et à la Compagnie des Filles de la Charité. Prions aussi pour qu’à l’exemple de Ste Louise, nous sachions cheminer nous aussi vers la sainteté, en devenant chaque jour un peu plus humbles, simples et aimants …Un peu plus humains, finalement !…  

Que Ste Louise intercède aussi pour nous ! Qu’elle nous accompagne sur notre chemin de sainteté, nous les gens ordinaires, avec nos qualités et nos défauts, nos handicaps moraux et spirituels… Que l’exemple et la prière de Ste Louise nous obtienne la grâce de savoir nous abaisser et descendre dans notre pauvreté, avec confiance, puisque la puissance de Dieu se déploie toujours dans la faiblesse. Qu’à la prière de Ste Louise, Dieu nous accorde le don de la sainteté. Nous nous savons pécheurs et nous tombons sans cesse. Mais aussi, nous nous relevons sans cesse pour reprendre la route, parce que nous croyons à l’Amour de Dieu et nous savons, grâce à Jésus, qu’il est et qu’il sera toujours plus grand que notre cœur.

Enfin, n’oublions jamais que l’expérience de l’ Amour de Dieu nous renvoie toujours à l’Amour des petits, à la responsabilité et au service de nos frères, spécialement les plus petits et les plus pauvres. Nous inspirant de l’exemple de Ste Louise, au lieu de tant discourir sur la pauvreté, les injustices et les pauvres, ayons le courage de nous compromettre et de nous engager dans des réalisations concrètes. Comme Ste Louise, ayons le courage de voir, de dénoncer, d’agir et de servir.

C’est cela emprunter le chemin de la « sainteté à visage humain », celle dont le monde d’aujourd’hui a tant besoin !

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Homélie. Présentation du Seigneur au Temple. 2 février 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Syméon, nous dit St Luc, était un homme juste et religieux. Il attendait la Consolation d’Israël, il voulait voir le Christ, le Messie du Seigneur….Voir !

Alain Perez

Homélie. Présentation du Seigneur au Temple. 2 février 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Syméon, nous dit St Luc, était un homme juste et religieux. Il attendait la Consolation d’Israël, il voulait voir le Christ, le Messie du Seigneur….Voir ! C’est le plus profond désir qui puisse monter de notre cœur et de notre foi… Oui, nous aussi, nous voudrions voir, voir Dieu !

Or, voici que dans l’Evangile d’aujourd’hui, Syméon voit. Il voit dans l’enfant reçu dans ses bras,  le Sauveur, la lumière qui se révèle aux nations. Désormais il peut s’en aller car il l’a vu, il l’a rencontré celui qu’il attendait : cette rencontre n’est donc pas le fruit du hasard… Oui, la personnalité de Syméon est bâtie sur ce désir qui l’habite tout entier : voir le Christ, le Messie du Seigneur. Il était en attente du Messie. Il vivait cette attente dans la patience, attitude fondamentale des humbles de cœur…

Comment ne pas admirer Syméon ?! En effet, Il nous interpelle et il nous montre qu’il n’y a pas d’attente vraie, il n’y a pas de rencontre profonde sans revêtir cette attitude d’humilité et de patience. Nous savons aussi, par expérience, que si nous voulons donner par nous-mêmes un sens à notre vie, nous ne découvrirons absolument rien. Et, finalement, la vérité sur nous-mêmes se reçoit humblement, souvent après une longue attente, et parfois après bien des larmes. De même, toute vraie rencontre avec autrui est préparée par une attente du cœur, une distance humble, sinon la découverte ne se fera jamais, ou seulement en superficie !…

C’est pourquoi, il serait intéressant, maintenant, de nous poser la question : comment vivons-nous nos rencontres avec les autres ? Ne sommes-nous pas, souvent, trop pressés de connaître tout de l’autre ?Ne sommes-nous pas indiscrets , voulant, à tout prix, tout savoir de l’autre, le dépouillant ainsi de son mystère pour mieux le posséder ?!

Oui, finalement, pour découvrir le Seigneur comme pour découvrir ceux qui nous entourent, il y faut beaucoup de temps, se tenir humblement à distance, avec respect et délicatesse. Il faut savoir attendre, car l’autre n’est pas une forteresse qu’il faut assiéger, mais un mystère qu’on apprend à découvrir au bout de la patience et de la persévérance. Et toujours avec la conviction que « l’essentiel est invisible pour les yeux et qu’on ne voit bien qu’avec le cœur. » Tout ceci est valable donc, pour ce qui concerne la connaissance des autres, comme pour la connaissance de Dieu : savoir attendre,  et maintenir une certaine distance empreinte d’humilité, de respect et de patience.

Syméon attendait…et le Christ, le Messie de Dieu, est venu vers lui : il a reposé dans ses bras. Ebloui, Syméon laisse éclater sa joie : « Maintenant , ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix…Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations… »

Pourtant, Jésus ne s’est pas manifesté à Syméon et Anne comme le Dieu de gloire et de majesté. Il ne s’est pas manifesté dans la lumière de la transfiguration ! Oui, Dieu c’est souvent l’Inattendu, le Surprenant !… Déjà, au temps de Syméon, on attendait Dieu dans la gloire et la puissance … et il vient dans la personne d’un enfant, un vrai bébé vagissant, qui ne sait même pas se tenir debout et qu’il faut porter dans ses bras. …

De même, il est curieux de constater que , selon St Luc, ce ne sont pas les autorités officielles, prêtres et scribes, qui reconnaissent Jésus…mais des gens obscurs, simples et ordinaires, Syméon et Anne.  Et, par ces deux représentants des « petites gens », c’est tout le peuple des « pauvres que Dieu aime » qui vient à la rencontre du Sauveur. C’est à eux que le Sauveur se révèle en priorité.

 Syméon et Anne représentent les pauvres, parce qu’ils sont « vieux » l’un et l’autre, de cette catégorie sociale que toute société a tendance à oublier et à ne pas respecter. Malgré cela,  ils discernent la « Présence » que les autres ne voient pas. Pourquoi cela ? Parce que pour discerner cette « Présence » , il faut être pauvres. De cette pauvreté qui nous donne les yeux des simples, et des cœurs purs qui savent voir, au-delà des apparences. Qui savent voir cette Présence que, souvent, les sages et les savants ne savent pas voir…

Dans notre eucharistie d’aujourd’hui, demandons au Seigneur de répandre sur nous son Esprit d’amour, car pour voir vraiment il faut aimer vraiment. Et, qui aime vraiment est toujours en attente, toujours prêt à accueillir ; son cœur veille et sait discerner à tout moment la présence de Dieu.

Seigneur, fais de nos cœurs des cœurs de pauvres, pour que nous sachions Te reconnaître dans la pauvreté des apparences où tu te caches. Amen

 

 

           

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Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ?

Alain Perez

Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ? En fait, Jésus n’avait pas besoin d’un baptême de purification ou de conversion, tel que le pratiquait Jean Baptiste. Cependant, par son baptême, Jésus a voulu montrer, d’une part,  sa solidarité avec tous ceux qui se présentaient au Jourdain pour être purifiés, et, d’autre part, sa démarche est aussi pour nous,  une invitation à mieux vivre notre propre baptême.

En effet, au moment du baptême, le prêtre insiste sur l’entrée des nouveaux baptisés dans l’Eglise et dans la famille de Dieu. Cela est très important , bien sûr. Cependant, il ne faudrait pas voir cette entrée dans l’Eglise, dans la famille de Dieu, comme une séparation d’avec les autres, ceux qui ne sont pas chrétiens. Pourquoi cela ? Parce que, par son baptême, manifestation de solidarité, Jésus se veut semblable aux autres, mêlé à eux, partageant leur désir de conversion pour le fortifier. Et donc, à l’exemple de Jésus, le chrétien ne doit pas oublier que sa présence au monde est justement la conséquence logique de son baptême !

Ce qui veut dire que le chrétien n’est pas un être supérieur, qui se tient à distance des autres, dans une séparation orgueilleuse ou frileuse… Au contraire, c’est justement parce qu’il est baptisé , qu’il se sent solidaire des hommes d’aujourd’hui ! Le baptême, bien loin de le mettre à part, le plonge un peu plus dans le monde, comme Jésus. Le baptême n’est pas pour lui, un vaccin qui le préserve de la maladie ou du mauvais sort, ni une assurance pour la vie éternelle…Si le baptême fait entrer dans la famille de Dieu, ce n’est pas pour y vivre en ghetto, mais plutôt pour y puiser des forces neuves, afin de vivre une solidarité plus forte avec les hommes d’aujourd’hui, tout en restant levain dans la pâte, témoin d’un Dieu vraiment Dieu et vraiment homme.

De plus, l’eau du Jourdain, avant d’être l’eau qui lave, l’eau qui purifie, est d’abord l’eau de l’engloutissement, l’eau de la mort. Dans cette eau, Jésus le Fils de Dieu se plonge volontairement. Il veut ainsi montrer un autre aspect de sa solidarité : en se plongeant dans l’eau du Jourdain, il se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort. Il vient partager l’existence des hommes dans ses réalités les plus pénibles. Il descend dans les profondeurs de tout ce qui entrave la vie, dans nos souffrances, nos détresses, nos angoisses et nos fautes. Ce qui faisait dire à l’écrivain Paul Claudel :  « En Jésus Christ, Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence. »

Oui, Jésus se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort, afin de les arracher au pouvoir de la misère , du péché et de la mort… Et, s’il a pu se faire solidaire de ses frères les humains et les délivrer, c’est parce qu’il a vu « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Parce qu’il a entendu une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé…en lui j’ai mis tout mon amour » .

De la même manière, en Jésus, par Lui et avec Lui, le jour de son baptême, le chrétien reçoit l’Esprit de Dieu et cette parole venu du Père s’adresse à lui personnellement : « Tu es mon Fils, ma Fille bien-aimé(e), en toi j’ai mis tout mon amour »… Grâce à l’Esprit de Dieu, grâce à l’amour du Père, le baptisé devient un homme nouveau. Il entre dans une grande solidarité avec les hommes d’aujourd’hui. Il n’a pas peur de vivre dans le monde, au milieu de ceux qui vivent, pensent ou agissent autrement. Il ne cherche pas à vivre à part des autres, dans une confrérie de purs. Mais il partage volontiers les joies et les espoirs, les angoisses, les luttes et les efforts des hommes d’aujourd’hui. Grâce à l’Esprit de Dieu et grâce à l’amour du Père, il ne met pas son drapeau dans sa poche, et il ose affirmer ses convictions, sans vouloir faire de prosélytisme, mais aussi sans honte ni lâcheté. Parce qu’il a reçu l’Esprit de Dieu et l’amour du Père, le Chrétien, le baptisé sait prendre position clairement et courageusement, et il est prêt à ramer à contre-courant des idées reçues, fidèle à sa conscience et en dépit du « qu’en dira-t-on ».

Durant cette Eucharistie, demandons au Seigneur de réveiller en nous la grâce de notre baptême. Pour certains d’entre nous, ce baptême a eu lieu il y a déjà un certain nombre d’années. Pourtant, ce jour-là, à nous aussi, personnellement, le Seigneur nous a dit : « Tu es mon enfant bien-aimé. En toi j’ai mis tout mon amour. » Alors aujourd’hui, en souvenir de notre baptême, tournons-nous avec confiance vers Lui !

Qu’il fortifie nos corps et nos cœurs ! Qu’il fortifie notre foi en Lui !  Qu’en le suivant, nous sachions choisir le bien et rejeter le mal, choisir le courage et rejeter la peur, la honte, la lâcheté. Choisir l’amour et la solidarité et rejeter l’individualisme, l’indifférence et le sectarisme. Que le Seigneur nous donne son Esprit et son amour pour être ses témoins sur toutes les routes que nous allons parcourir tout au long de cette nouvelle année qui commence ! Amen

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Fête de l’Epiphanie. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Fête de l’Epiphanie

Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, St Mathieu nous dit qu’après avoir surmonté des moments de confusion et d’incertitude « les mages éprouvèrent une très grande joie quand ils virent l’étoile » qui leur signalait la présence du Seigneur.

La joie de la présence du Seigneur : il y a des personnes qui ne peuvent pas imaginer que le fait de rencontrer Dieu peut faire naître la joie dans une existence humaine ! Cela vient peut-être du fait qu’ils ont réprimé d’une façon constante et systématique tout appel intérieur et qu’ils se sont rendus ainsi, insensibles à la présence divine…

D’autres personnes se disent croyantes, mais il leur manque précisément, d’avoir fait l’expérience personnelle de Dieu dans leur vie, en dépassant la croyance et ses seules manifestations extérieures.

En fait, qu’en est-il de cette expérience de Dieu ? Nous pouvons avoir le sentiment d’une certaine présence de Dieu, par la communication intime et personnelle qu’est la prière intérieure ou par des évènements particuliers, ou encore par la Parole de Dieu que nous annonce l’Eglise, c’est vrai. Cependant, il ne suffit pas d’avoir une connaissance intellectuelle de tout le contenu de la Bible pour découvrir et rencontrer Dieu. Il ne suffit pas de lire des dizaines de livres de théologie pour faire l’expérience de Dieu dans sa vie ! Quelqu’un peut être docteur en théologie, en Ecriture Sainte, en spiritualité, sans avoir jamais fait l’expérience de Dieu ! Comment alors faire l’expérience de Dieu dans nos vies, comment le reconnaitre à travers les signes qu’il nous fait ?

He bien, c’est en méditant l’histoire des mages venus d’Orient que nous pouvons recevoir un message important pour nous aujourd’hui, et qui peut nous éclairer dans notre recherche. Dans la première lecture que nous avons entendue, Isaïe prophétisait la gloire de Jérusalem en insistant auparavant sur « les ténèbres qui couvrent les peuples, sur l’obscurité qui recouvre la terre. » Et St Paul parle de « ce mystère caché aux hommes des générations passées. » Ainsi donc, la première condition pour percevoir la manifestation du Seigneur c’est de reconnaître que nous sommes dans les ténèbres, que nous avons besoin de savoir, d’apprendre autre chose et que nous ne pouvons pas le découvrir seuls, pas même avec un doctorat de théologie ou d’Ecriture Sainte dans sa poche !…

 Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité… Oui, pour comprendre les signes et pour faire l’expérience de Dieu, il faut d’abord reconnaître la nuit profonde dans laquelle on est plongé, se mettre en mouvement pour en sortir, et accepter d’être éclairé, guidé par un autre. Il faut encore l’ouverture du cœur qui fait saisir les appels inattendus et souvent hors de l’ordinaire.

Oui, vraiment les mages sont pour nous des modèles d’une foi humble qui les pousse à sortir d’une situation confortable et d’une tranquille sécurité pour se mettre en marche vers l’inconnu, guidés par le signe ténu d’une étoile qui les guide, puis disparait pour réapparaitre et les mettre en présence de cette réalité si humble et tellement ordinaire et banale : une étable, Marie, Joseph et l’enfant !

Le philosophe Pascal a dit un jour que « Dieu est assez caché pour que ceux qui ne le cherchent pas de tout leur cœur ne le découvrent pas…mais il est aussi assez révélé pour que ceux qui le cherchent de tout leur cœur puissent le découvrir un jour. »

Ainsi, c’est parce que l’étoile de Dieu s’était déjà levée dans leur cœur que les Mages ont su la reconnaître dans un ciel peuplé de myriades d’étoiles… Finalement, ils n’ont fait que rechercher celui qu’ils avaient déjà trouvé dans leur cœur : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. »

De la même manière, nous ne pourrons jamais faire l’expérience de Dieu, reconnaître les signes de sa présence si nous ne sommes pas habités par une présence. Une présence qui ne se manifeste qu’aux cœurs purs et aux cœurs simples, ceux qui ont fait de la recherche de Dieu, le sens et le but de leur vie. Et puis, finalement, on peut le dire : « qui cherche trouve et l’on ne trouve que ce que l’on recherche ! » Et, l’on pourrait dire également : « Dis-moi ce que tu as trouvé et je te dirai ce que tu cherchais au plus profond de toi-même…sans peut-être te l’avouer à toi-même … »

Ainsi donc, il est bon de nous demander aujourd’hui, chacune et chacun :

  • de travail, la santé, l’amour, que sais-je encore …Qu’est ce qui occupe tes pensées, ton cœur au cours de tes journées ?
  • Tu te poses beaucoup de questions sur le sens de la vie, du mal, de la souffrance et de la mort, mais es-tu vraiment un chercheur de Dieu ? C’est-à-dire, le cherches-tu non seulement avec ton intelligence mais aussi avec ton cœur ?
  • Connaître Dieu d’une façon intellectuelle c’est très bien et cela peut aider. Mais le connaître avec le cœur c’est infiniment mieux. Et, pour cela, il faut fréquenter le Christ, rester avec le Christ, passer du temps avec lui pour devenir son ami et pour que sa présence change ta vie ! Alors, combien de temps consacres-tu chaque jour pour « demeurer avec lui ? »
  • S’il t’arrive d’être triste ou déprimé, n’est ce pas parce que tu as cherché la Joie en dehors de celui qui, seul, peut remplir l’immensité de ton cœur ?

Enfin, en ce début d’une nouvelle année, à l’occasion de la fête de l’Epiphanie (manifestation du Seigneur aux païens) que l’exemple des mages nous apprenne à partir, à risquer un nouveau départ. Qu’il nous apprenne le détachement qui donne la liberté d’être et de devenir. Le détachement qui fait place à la simplicité, à l’humilité, et qui ouvre le cœur. Qu’il nous apprenne à quitter ceci ou cela : ce qui nous retient trop loin de Lui, le Christ. Que l’exemple des mages nous apprenne à Le reconnaitre et à prendre le risque de le suivre, lorsqu’apparaîtra son étoile dans le ciel de nos vies. Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité…

Fête de la Toussaint. 2018

Fête de la Toussaint. 2018

Chers amis, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse en fêtant aujourd’hui tous les saints ! Réjouissons-nous spécialement avec les saints « de la porte à côté » (Pape François, Gaudete et exsultate n.7), ceux qui sont très peu connus et qui n’ont rien fait d’extraordinaire pendant toute leur vie. Ceux qui font partie de la « classe moyenne de la sainteté ». Ces « saints ordinaires » qui ont marché chaque jour sur le chemin de l’humilité, pour atteindre le jour, ce que l’on pourrait appeler « la sainteté des pauvres des cœur ». Oui, réjouissons-nous !

Mais, au fait, chers amis, un saint c’est quoi pour nous ? Quelqu’un de très sérieux qui évite de rire et de faire la fête ? Quelqu’un qui se préoccupe uniquement de Dieu et passe son temps en prière ? Quelqu’un de rare, à cause de ses nombreuses qualités ? Quelqu’un dont la perfection est si grande, qu’on ne pourra jamais l’atteindre ? Eh bien, non ! Et l’on a tort de croire que les saints sont des êtres rares, aux qualités exceptionnelles, car les saints ne sont pas de héros ! Et pourquoi cela ? Parce que, si l’effort vers la sainteté dessèche en nous les sources de l’amour et de la tendresse, s’il nous raidit ou nous pousse au désespoir, il risque d’aboutir à ce que nous constatons chez certains héros. Certains héros qui accomplissent des actions admirables jusqu’à s’exposer à la mort, certes, mais qui en arrivent parfois à se mettre à part de l’humanité ordinaire et à développer en eux un sentiment d’orgueil. Parfois même, ils en viennent à s’enfermer dans un orgueil hautain et méprisant envers les autres qui n’y arrivent pas. Nous avons affaire, dans ces cas-là à une prétendue sainteté, austère et revêche, une sainteté inhumaine et qui, si elle s’impose, elle n’attire finalement personne ! …

Au contraire du héros, le saint véritable qui a poussé la vertu jusqu’à son degré le plus héroïque, celui-là devient plein de tendresse envers le plus démunis et plein de miséricorde pour les pécheurs. Sa sainteté pleine de grâce n’est un reproche pour personne. En effet « la sainteté ne nous rend pas moins humains, car c’est la rencontre de notre faiblesse avec la force de la grâce » (n.34) disait le Pape François dans son exhortation apostolique « la joie et l’allégresse ».

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour. Un amour qui n’est pas atteint à coups d’efforts volontaristes, mais qui est répandu par la grâce de Dieu dans un cœur qui se purifie pour mieux l’accueillir. Oui, finalement, chers amis, le saint ce n’est pas celui qui a le moins péché, mais celui qui a le plus aimé le Seigneur et ses frères…

Alors, en cette fête de la Toussaint qui nous rappelle que nous sommes tous appelés à être saints, reprenons courage et n’ayons pas « peur de la sainteté car elle ne nous enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie » (n. 32). Nous ne serons peut-être jamais le saint et le juste, le bon chrétien, le bon prêtre la bonne religieuse que nous avions rêvé d’être, mais nous pouvons devenir ce pauvre qui n’a plus à offrir à Dieu que ses mains vides. Et alors, comme pour les saints ordinaires tout deviendra possible pour nous. Car, nôtre pauvreté deviendra une grâce et la sainteté de Dieu pourra enfin remplir nos mains vides, nos mains des pauvres, mais ouvertes et tendues pour demander et recevoir comme des pauvres… Ainsi, s’il plait à Dieu, nous prendrons place un jour auprès des saints ordinaires, ceux qui ont essayé de faire leur devoir, tout bonnement, tout simplement, mais avec tellement d’amour !… Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour.

Explications :

Homélie prononcé lors de la fête de la Toussaint à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse (Rue du Bac) à Paris

http://www.chapellenotredamedelamedaillemiraculeuse.com/