Être l’Église et célébrer l’Espérance. 3e et dernière partie

Être l’Église et célébrer l’Espérance.

3e et dernière partie

Réflexion donnée aux prêtres et diacres (et leurs épouses) lors de la récollection diocésaine de Carême. Diocèse d’Amiens. Maison des Petites Soeurs des Pauvres, 15 février 2018

… et célébrer l’espérance

 

Faire naître l’Église, c’est avoir toujours l’entêtement de faire naitre des communautés d’Église avec l’espoir qu’on ne peut rien contre cet élan. Car l’Espérance est spécifique de la tradition chrétienne.

La théologie c’est l’amour qui nait de l’honnêteté et de la fidélité. Face au monde souffrant, c’est affronter la vérité de la réalité. Les yeux ouverts et le cœur prêt à répondre comme le Christ à la souffrance, avec des entrailles de miséricorde. Une théologie centrée sur la miséricorde comme réaction à la souffrance de l’autre, à la manière du samaritain, à la manière de Jésus. Une miséricorde vigoureuse, agissante, qui correspond par la foi et l’espérance au Dieu de la vie qui promet la justice et la vérité. La théologie éclaire et permet la miséricorde mais elle doit s’exercer de telle façon qu’elle soit l’expression de la miséricorde de Dieu. On ne peut alors ignorer la notion de péché tant personnel que structurel dont la principale caractéristique est peut-être celle d’ôter de la vie à d’autres. Le Christ exige un engagement radical. Avec des conséquences concrètes, parfois même la persécution. Notre foi en la résurrection du Christ nous permet d’affirmer que nous croyons en un Dieu de la Vie qui triomphe de la mort. Les pauvres crucifiés, punis car exclus du système et défigurés paradoxalement apportent de la lumière à notre monde.  C’est impossible à expliquer, il faut en faire l’expérience. Que cela se fasse chair en nous. (Ste Bernadette : je ne suis pas chargée de vous le faire croire, mais si de vous le dire…)

 

La compassion humanise

Des personnes souffrent de se sentir indignes ou traitées sans dignité. Et avec l’indignité va la peur. Mais il y a aussi une sainteté dans ce monde globalisé. Une sainteté des personnes, de celles qui veulent survivre et s’aident mutuellement.

La majorité des êtres humains n’a pas droit à la parole. Le monde ne cherche pas à nommer les personnes. On donne des noms aux comètes, aux météorites, aux ouragans. Mais connaissons-nous le prénom des mendiants aux portes de nos églises ? Sans nom, sans existence il n’y a rien à faire. Aucune interpellation n’est possible.

Ne pas nommer est un acte anti divin, Parce que Dieu est celui qui nomme. Et en nommant, il donne la vie. Donner la vie pour aider l’autre, pour le faire exister, pour l’aimer est signe d’un amour plus grand, plus fort.

Le christianisme, d’une religion sensible à la souffrance s’est converti peu à peu en une religion du péché. Le péché est un esclavage, nous n’y échappons pas ! Prenons l’exemple de la femme adultère qu’ils vont lapider. Elle est adultère ! D’abord ils vont la lapider. Et là est sa souffrance !  Et après vient son péché. Mais au lieu de regarder sa souffrance d’abord, les présents voient son péché. Seul Jésus voit d’abord sa souffrance ! Bien sûr, il faut accueillir le pécheur, reconnaître le péché et sauver la personne. Qu’est ce qui permet de réagir face à la crise, l’oubli, l’insulte ? La miséricorde.  La miséricorde n’est pas une recette, ni un sentiment mais une intuition, une réaction face à la souffrance de l’autre.

Jésus était sensible à la souffrance. Il semble qu’il ne pouvait pas voir un aveugle, un muet, une femme courbée ses entrailles se nouaient et il lui fallait agir. Mettre les pauvres au cœur du christianisme coûte. S’ils ne sont pas au centre de nos projets, ils sont dans un coin. Et de là à les exclure, il n’y a qu’un pas. Mais les mettre au centre de quoi ? Nous recherchons le succès comme critère d’évangélisation.  Nous recherchons le pouvoir sans même nous en rendre compte souvent. Or les pauvres n’ont pas de succès dans le monde. Partager un peu la douleur des pauvres nous donne la force. On peut prendre peur, s’en aller loin.  Et si nous mettions nos forces dans Jésus de Nazareth ? Donner la vie pour aider l’autre, pour l’aimer est le signe d’un amour plus grand, plus fort !

Le dernier mot de notre réalité est la bonté. C’est croire qu’en réalité là où le mal a le pouvoir, la bonté a ce pouvoir. Elle peut gagner. Quand ? Comment ?  that is the question….

Jésus agissait et cela produisait de l’admiration.  Le pouvoir du mal peut être vaincu et cela donne de l’espoir. Nous ne sommes pas condamnés à l’échec, c’est ce que le Christ irradiait. La folie, c’est que la vérité et le salut viennent d’un crucifié.  Dans sa dernière semaine de vie, le Christ apparait troublé. Malgré tout il pose un acte d’amour : Il célèbre la Cène. Il ne désespère pas.

  • Qu’est ce qui me donne espoir ? pas de l’optimisme, mais l’espérance.
  • Qu’est ce qui m’empêche de désespérer ?

La vérité

Être vrai génère l’espérance. Dans un monde où le mensonge prédomine, une parole vraie nourrit l’âme. Emmaüs : « notre cœur n’était-il pas brulant ??? »

Souvent nous tuons la vérité. Nous ne lui permettons pas de surgir. Et cela noircit nos cœurs. La lucidité nous manque. La réalité est déformée. Dieu est caché. Et surgissent différents maux : le mensonge, l’ingratitude. Quand la vérité éclate, la lumière surgit de nouveau. Les différents pouvoirs peuvent tuer la vérité. Je pense à Monseigneur Romero, saint Romero d’Amérique comme le proclament les chrétiens d’Amérique Latine. Monseigneur Romero cherchait à faire parler la réalité de ce qui se passait au Salvador, son pays. Et comme on ne laissait pas parler les faits, il a parlé pour eux. Et pour cela il a été tué. Quand quelqu’un dit la vérité il reste toujours l’espérance. C’est bien pour cela que son peuple puis l’Amérique Latine toute entière l’a proclamé saint immédiatement après sa mort. Saint Roméro d’Amérique.

 

L’honnêteté face à la réalité

Laissons Dieu être Dieu. Ne manipulons pas la réalité pour l’ajouter à nos désirs. Laissons les choses être ce qu’elles sont ou… changeons-les !

Grande est la tentation de modifier la réalité et de la rendre conforme à ce que nous voulons qu’elle soit ou comme il nous plait de la montrer.

Par exemple que se passerait-il si l’église disait : « nous avons éduqué dans le pays ceux qui détiennent le pouvoir. Sans aucun doute, depuis notre bonne volonté, en nous trompant peut-être. Et nous désirons en demander pardon. Nous nous efforcerons pour que cela ne se reproduise pas. Nous chercherons à éduquer différemment. En plaçant les pauvres au centre, au cœur, au fondement de nos préoccupations. Et dites-nous si nous avançons, aussi petits soient les pas que nous donnons. » Sûr que cela rendrait l’espérance à bien des personnes. L’espérance ne se mesure pas au succès mais à la force de cette conviction.

La liberté

La personne libre est celle pour qui rien n’est obstacle au bonheur. La réalité tend à nous rendre esclaves. L’amour propre et l’égoïsme aussi. Nous voulons souvent faire le bien et nos limites nous en empêchent. Les institutions humaines développent des espoirs. Pas l’espérance !

Quand nous croisons des personnes capables de faire le bien, même au risque d’y laisser leur vie, cela crée l’espérance ! Beaucoup ont des perspectives et des horizons infinis. Les pauvres non, parce que pour eux vivre est une course d’obstacles. Et malgré tout, il existe des personnes pauvres pour qui aucun obstacle ou rien ne peut les empêcher de faire le bien. Nous en connaissons tous….

La joie

Nous divertir est relativement facile. Divertir pour échapper à la routine. Mais cela entraîne parfois l’ennui. Ce qui s’oppose à la joie, c’est la tristesse ! La joie, c’est de vivre la relation avec d’autres.

Le service

L’espérance nait aussi de gens serviables, heureux de rendre service. « La solidarité est la tendresse des pauvres » Pedro Casaldaliga.

Se pencher, laver les pieds. La solidarité c’est se porter les uns les autres, donner chacun le meilleur de ce qu’il est et de ce qu’il a. C’est être prêt à recevoir de l’autre le meilleur de ce qu’il peut donner. C’est ne pas se croire si petits, si médiocres pour n’avoir rien à donner. Ni se croire si arrogants pour n’avoir rien à recevoir. Être communauté, c’est fondamentalement cette double attitude : donner et recevoir, se nourrir les uns des autres.

Les talents

Le talent chrétien porte en lui une certaine folie. Nous vivons dans un monde qui nous impose une civilisation de la richesse. Mas cette civilisation ne nous permet pas de nourrir toute la planète. Et elle ne nous rend pas civilisés. Pire, elle nous en empêche !

Ellacuria proposait une civilisation de la pauvreté. Pas la misère ! Une austérité partagée. Et donc une civilisation de la pauvreté où les besoins vitaux sont satisfaits et d’où émerge l’immense spiritualité des pauvres. Cette spiritualité quand les pauvres donnent le meilleur d’eux-mêmes. Par la solidarité, l’accueil, le pardon. La spiritualité est l’esprit dans lequel se vit le matériel.

 

La prière

Quelque chose qui nous dépasse mais ne nous anéantit pas. Nous nous sentons petits mais dans la joie. Elle nous nomme pour nous bénir. La bénédiction est toujours un cadeau, on ne peut pas la marchander. Ou sinon elle devient appropriation. Vivre la vie comme une bénédiction, c’est comprendre qu’elle ne m’appartient pas.

Nous n’avons pas inventé le monde et nous ne pouvons pas détruire une si belle création. Nous n’en avons pas le droit. Nous pouvons manipuler, mais quelque chose de Dieu reste indéfini. Prier, c’est entrer en harmonie, connaître, le connaître Lui.

Il y a une réalité dans laquelle Dieu se rend présent. En tout.  Cette réalité que nous ne pouvons pas réduire se convertit en présence de Dieu. Dans le pauvre Dieu surgit. Dans le peuple crucifié Dieu surgit.

Le mystère

Ce que nous vivons est un mystère. Et aucune intelligence ne peut l’englober.

Quand nous sommes à bout, il y a toujours un point d’appui, et malgré notre arrogance nous ne pouvons soumettre, ni même rapetisser le mystère de Dieu.

« HEUREUX LES PAUVRES EN ESPRIT » Mt 5, 3

Combien de fois n’ai-je pas entendu : « il n’y a pas que les pauvres matériellement parlant, que fais-tu des pauvres en esprit ? »

Hélas, ce sont souvent les mêmes qui se justifient en prétendant être détachés des biens matériels mais qui poussent de grands cris quand on touche à leur portefeuille ou qui ne donnent qu’en s’assurant d’une réduction d’impôts en contrepartie !

On peut aussi entendre cette béatitude comme « heureux les appauvris par l’esprit ». Ce sont ceux que la miséricorde a conduit à avoir faim et soif de justice et qui se sont ainsi appauvris en se privant non seulement d’une bonne réputation mais aussi de mille possibilités de promotion sociale.

Ou encore ceux que la pauvreté n’a pas transformés en gens aigris, rancuniers ou envieux.  (prière Fratello)

 

SEIGNEUR JESUS,

Tu nous aimes et nous accueilles tels que nous sommes.

Tu es venu parmi les pauvres.

Comme beaucoup d’entre nous tu as connu l’humiliation et le rejet.

Pourtant tu as tout pardonné.

Donne-nous ton esprit d’Amour,

Qu’il nous aide à prier pour les riches,

Pour tous les responsables de l’injustice et de la haine

Qui n’ont pas de compassion, afin qu’ils se convertissent.

Que nous puissions leur sourire avec le cœur et désirer pour eux le bien.

Seigneur, conduis-nous vers le Père, pauvres et riches, comme des frères.

AMEN ET MERCI.

 

Les appauvris de ce système doivent être défendus, appuyés, aidés. Mais ils ne doivent pas être adulés. Ils sont de la même pâte humaine que nous.  Il ne suffit pas de leur donner à manger tant qu’il y aura tant d’inégalités criantes. En finir avec la faim dans le monde est urgent, mais c’est seulement le premier pas.  Les premiers soins sont nécessaires mais ils ne guérissent pas la société : tant que certains auront beaucoup plus, les pauvres mangeront sans doute mais ils voudront toujours avoir plus et ressembler aux premiers. Ou ils auront peur de perdre ce qu’ils ont obtenu et ils peuvent devenir aussi injustes que les premiers.  C’est sans doute ce risque qui retient tant de pauvres à l’heure d’intégrer les structures sociales. Si ces structures demeurent anti fraternelles, le manque de fraternité menace tout le monde.

« Tu as devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Tu dois choisir. » Deut 30, -19

Compassion, attention, miséricorde

Si nous voulons une société et une culture vraiment humaines et écologiquement soutenables, à la hauteur de la dignité des plus vulnérables, et de l’urgent besoin de veiller à notre maison commune, nous ne pouvons pas continuer à confier la question de l’attention au domaine privé, individuel ou familial. Ou la déléguer seulement aux femmes comme si elles étaient essentiellement plus responsables que les hommes dans la protection de la vie.

Dans la tradition judéo-chrétienne, et au cœur de notre foi, Dieu se révèle dans l’histoire créatif, généreux, compatissant, tendre et libérateur. Dieu est juste et il aime la justice. Dans la Bible, il se révèle miséricorde. Dans des actes concrets, c’est plus qu’une simple activité. C’est une qualité intérieure qui se manifeste par l’amour et la bienveillance, la gratuité et le don.  Et qui culmine dans le pardon. Source de joie contemplative. Un appel à une communauté de vie et d’amour engagés –l’alliance-.

Osée dénonce les prêtres qui privent le peuple de la connaissance de Dieu. Ce manque de loyauté et de connaissance de Dieu conduit à ce que l’homme créé par amour et pour aimer, se transforme en loup pour l’homme.

La colère de Dieu et sa miséricorde sont le signe de son indignation face à la détresse des plus pauvres. Yahvé se fâche parce que le peuple est infidèle à sa promesse d’amour à cause de la dureté de son cœur. L’amour c’est l’image de Dieu en nous.  Comme le dit un poète cubain ; « seul l’amour engendre ce qui dure, seul l’amour peut transformer la boue en miracle ».

Jésus ne voulait pas seulement guérir. Il voulait configurer les personnes. Suivre Jésus, c’est aimer comme Lui. Nous sommes appelés à être des passeurs de vie divine. A choisir ce et ceux que Dieu aime.

E.G. 53 : « De même que le commandement de « ne pas tuer » pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire « non » à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale ». Une telle économie tue.  Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid, ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de 2 points en bourse en soit une. (Célébration morts de la rue. DD et FSCA) voilà l’exclusion. On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette quand il y a des personnes qui souffrent de la faim. C’est la disparité sociale. Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible.  Comme conséquence de cette situation, de grandes masses de population se voient exclues et marginalisées : sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie. On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation qu’on peut utiliser, et ensuite jeter. Nous avons mis en route la « culture du déchet » qui est même promue. Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion, reste touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle, on ne situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie ou sans pouvoir, mais on est dehors.  Les exclus ne sont pas des exploités, mais des déchets, des restes. »

 

Luc 19, 1-10 ZACHEE

La transformation de Zachée a à voir avec l’expérience d’un Dieu qui nous désire et qui nous aime sans conditions. Par sa rencontre avec Jésus, Zachée fait l’expérience d’un Dieu qui désire être reçu dans chaque vie humaine, même la plus débridée. Un Dieu qui ne juge pas et qui offre sa bénédiction à celui qui lui offre l’hospitalité. Un Dieu capable de transformer le cœur de celui qui lui ouvre les portes avec confiance et le laisse entrer dans sa vie. Un Dieu qui nous appelle à une plénitude qui dépasse nos désirs et nos limites, nos succès et nos échecs, et qui, par-dessus le marché s’offre à nous.

Il nous a créés à son image dans notre capacité à aimer et à vivre libres et il nous invite chaque jour à grandir à sa ressemblance. C’est-à-dire à murir dans l’Amour. Il nous rappelle que la mesquinerie et l’égoïsme nous rapetissent individuellement et collectivement. Tandis que la tendresse pleine de compassion et intelligente nous épanouit et nous permet de goûter ensemble les beautés de la vie.

Un Dieu dont le projet pour la création et pour l’humanité est un projet de bonheur. Que tous nous ayons la vie, et la vie en abondance et que notre joie soit totale.

Zachée, riche publicain de Jéricho, collecteur d’impôts au service des romains, les occupants. Petit, il monte sur un sycomore, l’arbre de la protection et de la sécurité.

Jésus voit Zachée malgré la foule. Et il s’invite chez lui. Lui qui est souvent méprisé. Scandale pour la foule ! Zachée s’est enrichi sur le dos de tous. Il n’est pas fréquentable. Surtout pas par quelqu’un qui se prétend envoyé de Dieu ! A la fin du repas, dont nous ne savons rien, Zachée est touché, transformé.

La Bonne Nouvelle proclamée dans cet épisode c’est que la Bonne Nouvelle n’est pas réservée aux gens « bien ». L’amour de Dieu manifesté par Jésus rejoint tout homme, chacun est vu là où il est, et il est vu par Jésus même s’il est mal vu par les hommes. L’Amour de Dieu ne se mérite pas. Pas besoin de conversion préalable ! « Deviens vertueux et après j’irai manger chez toi. » l’amour de Dieu, parce qu’il est infini est gratuit. Seule condition : accepter de le recevoir. Alors, peut-on faire n’importe quoi et être l’ami de Dieu ? Non ; c’est parce qu’il a été retourné par cet amour gratuit et non mérité que Zachée a converti sa vie. Juste avant Jésus avait dit : « il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » Ce qui est impossible pour les hommes est possible à Dieu.

  • Zachée en est la preuve vivante. Zachée reçoit Jésus avec joie.
  • Etre sauvé, c’est reconnaître Jésus comme le Sauveur. L’accueillir comme présence de Dieu.

Jésus fait le 1er pas : « Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ». Et Zachée est tout à fait libre. Il aurait pu recevoir Jésus poliment, sans s’engager en profondeur, sans que cela ne change sa vie.

Il était libre aussi de saisir l’invitation de Jésus et d’en faire l’aujourd’hui de son salut. C’est seulement quand Zachée exprime sa décision de changer de vie : « voilà Seigneur », seulement à ce moment là Jésus parle de salut : « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham ». Zachée est justifié car il a ouvert les yeux, il a fait la vérité.

Fils d’Abraham équivaut ici à fils de la promesse. Le salut est toujours offert à tous car Dieu Lui est fidèle. 2Tim 2, 13 : « si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle car il ne peut se renier lui-même. »

* Le salut est CADEAU. POUR NOUS AUSSI…

Zachée est justifié parce qu’il accueille le salut donné par Dieu. Zachée n’est pas la cause de son salut, son attitude d’accueil est indispensable pour que le salut advienne pour lui à ce moment là.

Jéricho fut la 1ère ville de la Terre promise conquise par les tribus d’Israël. C’est aussi pour Jésus la dernière étape de la montée à Jérusalem. Où s’accomplira le salut pour l’humanité toute entière. En s’invitant chez Zachée, Jésus révèle qui est Dieu, irrésistiblement attiré par ceux qui sont en train de se perdre. Sur son arbre Zachée était bien. Il pouvait voir tout en se tenant à distance.

Jésus perçoit le désir profond de Zachée. Il éveille en lui ce qu’il a de meilleur, il vient lui révéler sa face lumineuse. Jésus nous révèle aussi son désir le plus profond : DEMEURER EN CHACUN DE NOUS.

Zachée est enfermé dans les complexités de sa vie. Il est rejeté. Il se sent inférieur de par sa petite taille. Il ne s’aime pas et on ne l’aime pas. Et c’est lui que Jésus appelle par son prénom. Zachée accepte de recevoir Jésus. On ne sait rien de ce qu’ils se sont dit . Mais on voit Zachée complètement transformé. Son cœur est devenu aimé et aimant.

Jésus révèle à Zachée un 3ème regard : pas le regard des autres, ni le sien propre, mais le regard de Dieu qui lui signifie un amour plus grand que celui qu’il imaginait. Ce que Jésus change en Zachée, c’est son expérience de Dieu, et donc son lien à Dieu.

Pourquoi ne pas profiter de ce temps de carême pour restaurer et ajuster notre relation à Dieu ?

Riches et pauvres sont bienvenus à la table du Seigneur. C’est l’honnêteté qui fait la différence. Zachée, quand il comprend cela trouve la vraie richesse de son existence.

L’appel de Jésus sonne comme une prière. Pour rencontrer Jésus, il faut descendre. Jésus nous prie de le laisser nous rejoindre.
Le pardon offert de Jésus, inconditionnel, révèle a Zachée tout ce qu’il y a de tordu, de banal, de non ajusté dans sa vie. Ses yeux et son cœur s’ouvrent à l’injustice qu’il a pu commettre. Ses richesses lui brûlent les doigts. Désormais, elles seront instrument de partage, pour soulager la détresse.

Le fruit de la conversion, c’est la joie. Une joie profonde, communicative. En rencontrant Jésus, Zachée découvre qu’il avait rendez vous avec lui-même, avec la part de sa personnalité qui était restée dans l’ombre.

Pour vivre une rencontre comme celle qu’a vécue Zachée, il faut un grand désir de rencontrer le Christ, tel que je suis, même si je me sens mal, pêcheur, complètement abattu. Il faut aussi une confiance totale. Jésus ne critique, ni ne rejette personne. Tous ont une place dans son cœur. Même ceux qui se croient perdus. Jésus n’essaie pas de nous éviter. Il s’approche, nous appelle par notre prénom, nous soigne. Il aime notre misère. Malgré notre fragilité et nos infidélités.

Combien de fois Jésus devras tu m’appeler et me dire : « où es tu ? Descends. Descends de ta vie, de ton monde, parce que je veux entrer chez toi, je veux être avec toi. » Combien de fois je construis mes propres refuges, je vis mes caprices, ma vie ?

Que nous puissions vivre cette rencontre de cœur à cœur.
Dans le silence de notre intériorité :
J’ai soif de te rencontrer Seigneur !
Je marche à tâtons,
Je te cherche dans le noir,
Désirant te trouver.
Aide-moi à apprendre depuis mon expérience et ce que je vis,
Les traces de tes pas, l’écho de ta voix, la proximité de ton regard complice.
Apprends-moi à boire dans le puits de ma vie
Pour trouver l’eau fraîche qui révèle ta présence, ta proximité, ta consolation.
Apprends-moi la fécondité de l’attente
Et montre-moi comment faire germer cette semence par la vie,
Ses désirs, ses tensions, ses rêves et ses douleurs,
Que je garde enfouis profondément dans mon cœur
Assoiffé de rencontre et de sens.

 

Marie Madeleine “l’apôtre des apôtres”

Nommée ainsi par le Pape François, le 3 juin 2016. Marie Madeleine, femme de Galilée, proche de Jésus, 1er témoin de la résurrection.

3 pistes pour aujourd’hui :

  • La place de la femme dans l’Eglise
  • La nouvelle évangélisation
  • La grandeur de la miséricorde divine

Sainte Marie Madeleine est un exemple d’évangélisatrice vraie et authentique. Qui annonce avec joie le message central de Pâques.

Elle a suivi jésus jusqu’au pied de la croix. Quand elle revient, elle pleure parce qu’elle ne trouve pas le corps du Seigneur. Le Christ a une attention particulière envers celle qui le cherche avec angoisse. Et il se laisse reconnaître comme le Maître. Il change ses larmes en joie pascale. Elle est la 1ère à voir le sépulcre vide et la 1ère à écouter la vérité de la résurrection.

Dans deux jardins différents, deux femmes : L’une a propagé la mort là où régnait la vie. (Eve) La seconde annonce la vie depuis un lieu de mort.

Jean 20, 17-18 : Jésus lui dit : « ne me retiens pas ! Car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : J’ai vu le seigneur et voici ce qu’il m’a dit. » Marie Madeleine devient messagère de la Bonne Nouvelle de la Résurrection.

François nous le rappelle : les hommes sont restés enfermés dans le Cénacle. Les femmes au contraire, dès l’aube, sont allées au tombeau pour oindre le corps de Jésus. Elles ne sont pas restées prisonnières de leur peine et de leur peur, elles sont sorties, les mains et le cœur pleins de parfum. Marie Madeleine en Jean pleure 4 fois. Profondeur du vide et ignorance du mystère. Elle est tellement préoccupée de retrouver le corps qu’elle ne reconnait pas le Vivant. Seule l’écoute de son nom la ranime.

Comparée à l’attitude des apôtres au cours de la passion, la présence des femmes au calvaire témoigne une fidélité sans faille et une communion persévérante aux épreuves du Christ. Quand les autres sont absents, il reste auprès de la croix ceux qui sont liés à Jésus par amour et maintenant appelés à devenir sa communauté. Marie Madeleine et Jean seront les 1ers et uniques témoins de sa mort et de sa résurrection.

Pour Marie Madeleine, se souvenir des paroles de Jésus ne suffit pas. Elle veut voir le corps de son seigneur parce que pour elle, il signifiait TOUT. Elle vivait grâce à Jésus, elle relit toute sa vie avec Jésus. D’où ses larmes pour la nostalgie de ce qui ne se reproduira plus.

Comme Jésus avait pleuré Lazare mort, Marie Madeleine pleure Jésus mort. Elle est la seule qui pleure Jésus mort. Pierre a pleuré sa trahison. Pierre devrait être l’icône du repentir chrétien et Marie Madeleine l’icône de l’amour pour Jésus.

La question de Jésus à Marie Madeleine est celle qu’il a prononcée aux disciples de Jean le Baptiste ; « que cherchez-vous ? ». C’est la question qu’il nous pose à nous qui voulons être ses disciples. Et chacun, appelé par son nom reconnait la voix du pasteur.

Aussitôt surgit l’ordre : « ne me touche pas ». il n’y a plus de rencontre possible entre deux corps comme avant, puisque maintenant le corps du Christ est celui du ressuscité. Marie Madeleine a vu de ses yeux, a contemplé la Parole qui donne vie. Elle doit maintenant aimer Jésus de façon différente. Elle ne doit plus regarder son passé, avec la nostalgie du vécu, mais regarder l’avenir, le ressuscité pour trouver le Père.

Après sa rencontre avec le ressuscité, Marie Madeleine devient apôtre. Elle est envoyée vers les disciples, ses frères, pour leur annoncer le message de Pâques. Et obéissante, elle leur déclare : « j’ai vu le Seigneur ». Elle croit au Christ, à partir de l’écoute de la voix du Seigneur, par elle tellement désirée et de sa présence. Elle croit alors fermement que le Christ est le Fils de Dieu. Celui qu’elle a vu ressuscité il est vrai Dieu, lui qu’elle avait tellement aimé de son vivant.

Le fils de Dieu a voulu manifester la gloire de sa résurrection à cette femme marquée par le péché et sanctifiée par le repentir. Elle, la contemplative fut le premier témoin de la résurrection sans laquelle notre foi est vaine.

Bernadette CAFFIER, Missionnaire Diocésaine – Amiens 🔸

La théologie c’est l’amour qui nait de l’honnêteté et de la fidélité. Face au monde souffrant, c’est affronter la vérité de la réalité. Les yeux ouverts et le cœur prêt à répondre comme le Christ à la souffrance, avec des entrailles de miséricorde. Une théologie centrée sur la miséricorde comme réaction à la souffrance de l’autre, à la manière du samaritain, à la manière de Jésus.

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Être l’Église et célébrer l’Espérance. 2e partie

Être l’Église et célébrer l’Espérance.

2e partie

Réflexion donnée aux prêtres et diacres (et leurs épouses) lors de la récollection diocésaine de Carême. Diocèse d’Amiens. Maison des Petites Soeurs des Pauvres, 15 février 2018

Les crises dans le ministère de Jésus

 

A quel moment de la vie de Jésus correspondent-elles ? A quels problèmes tentent-elles de répondre ? Que viennent-elles souligner ?

Relisons l’évangile de Marc.

Après le grand succès (Mc 3,7) : « Jésus se retira avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de la Galilée le suivit. »

Puis Jésus explique clairement que nombre de ceux qui le suivent n’ont pas le profil qu’il désire. Ils le suivent pour des motifs superficiels et ne voient pas l’essentiel. Ils voient mais ne comprennent pas. Du coup ils ne se convertissent pas. D’où l’insistance de Jésus : Mc 4,9 : « et Jésus disait : qui a des oreilles, qu’il entende ! »

Jésus est rejeté par les habitants de Nazareth qui se scandalisent. Mc 6 ,7 : « et il était pour eux une occasion de chute. » ; Son message n’est pas reçu, pas compris. Même ses disciples ne le comprennent pas. Mc 8, 17, 18 Jésus leur dit : Pourquoi discutez-vous parce que vous n’avez pas de pains ? Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le cœur endurci ?  Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ?  Vous avez des oreilles, n’entendez-vous pas ? …/… Ne comprenez-vous pas encore ? » Alors il s’éloigne.

Dans son ministère, Jésus ne trouvait pas toujours la consolation. Dès la fin du chapitre 3, on note une baisse du prestige personnel du Christ. Il est de plus en plus souvent contredit et repoussé. L’opposition démarre chez les pharisiens mais très vite englobe des gens très simples jusqu’à devenir un refus généralisé. Dans la parabole des vignerons, Jésus parle de lui comme de la pierre rejetée par les bâtisseurs. Il a l’intuition que sa vie touche à sa fin, qu’elle sera un échec apparent, que son œuvre n’est pas acceptée. Le refus généralisé se manifestera quand Pilate demandera « quel mal a-t-il fait ? » et la foule criera de plus en plus fort : « Crucifie-le ! »

Cette expérience de refus croissant et de rejet, les 12 la partagent et y participent. Depuis le jour où, enthousiastes ils ont été appelés solennellement pour suivre Jésus. Ils prennent part douloureusement à la crise de Jésus, de son ministère. Quand Pierre adresse ses reproches en Mc 8, 32, il montre qu’il souffre, qu’il n’en peut plus, qu’il ne comprend pas. C’est comme si lui et les autres disaient : « ça ne marche pas, on ne t’a pas suivi pour ça. Tu nous as promis autre chose ou c’est du moins ce qu’on a cru. » On retrouve la même surprise quand Jésus parle de sa passion prochaine et eux ne comprennent rien et n’osent pas l’interroger. En Mc 10, 32 : « ils étaient en chemin et montaient à Jérusalem. Jésus marchait devant eux. Ils étaient effrayés et ceux qui suivaient avaient peur. » Les apôtres restent avec Lui mais ils se demandent ce qui se passe, ils ne s’y attendaient pas !

On peut comprendre que le chrétien, le néophyte issu du monde enrichi d’une tradition, d’une structure sociale bien articulée, entre dans le petit troupeau des croyants et s’interroge : pourquoi sommes-nous si peu nombreux, ceux qui croient et se convertissent ? Pourquoi cette Parole de Dieu – si elle est véritablement Parole de Dieu ne change-t-elle pas le monde ?

Cette question, les hébreux convertis se la posaient avec douleur, amertume et étonnement : pourquoi le peuple de Dieu n’accepte-t-il pas ces paroles ? Pourquoi une conversion radicale ne répond-elle pas à ces promesses ?

La même question angoissait St Paul : Pourquoi un Messie crucifié ?  Pourquoi un message si obscur, si différent de ce que nous propose le monde ?

C’est peut-être la question que vous vous posez quand après vous être sentis appelés et avoir répondu avec enthousiasme,

  • Pourquoi Dieu ne me fait-il pas meilleur ?
  • Pourquoi après tant d’années de vie ascétique, d’efforts, de prière, de méditation, sommes-nous toujours les mêmes, avec les mêmes défauts, les mêmes difficultés comme si nous en étions au début de notre vie spirituelle ?
  • Pourquoi la Parole de Dieu ne nous a –t-elle pas transformés ?

 

Et si nous regardons notre ministère :

  • Pourquoi l’Évangile ne transforme-t-il pas le monde ?
  • Pourquoi mon apostolat donne-t-il si peu de fruits ?
  • Pourquoi notre message n’est-il pas plus attractif ? n’entraîne-t-il pas une réponse immédiate de telle façon que ceux qui l’entendent puissent l’assimiler et la mettre en pratique ?
  • Pourquoi n’y a-t-il pas adéquation immédiate entre la Parole apostolique, pastoralement bien annoncée et la réponse des personnes ?
  • Pourquoi en pastorale, ne pouvons-nous pas programmer de telle façon qu’une réponse surgisse vite et nous permette d’effectuer progressivement des programmations avec des résultats de plus en plus satisfaisants ?

 

Et personnellement nous pouvons nous interroger :

  • Pourquoi la fin d’un apostolat qui donnait beaucoup de fruit ?
  • Pourquoi apparemment Dieu n’a-t-il pas besoin de nos vies données à la limite de nos possibilités ?

Ce sont les répercussions de cette purification de la foi qui a agi chez les 12, dans l’église primitive et qui veut agir en nous aujourd’hui.

Jésus nous offre trois paraboles qui nous donnent chacune à sa manière la  réponse à la question fondamentale : POURQUOI LA PAROLE DE DIEU NE DONNE-T-ELLE PAS IMMEDIATEMENT DU FRUIT ET NE TRANSFORME-T-ELLE PAS LE MONDE, LES AUTRES, MOI-MEME ?

La parabole du Semeur et de la Semence : Luc 8, 4-15

La Parole de Dieu ne donne pas automatiquement du fruit. Elle est bonne par essence. Et si elle est bien présentée, elle devrait donner du fruit. Mais le fruit ne dépend pas d’elle seulement ; il dépend aussi des conditions de la terre,  des différentes réponses. C’est le point essentiel du mystère du Royaume de Dieu. C’est-à-dire, si on s’en donne les moyens, on obtiendra certains résultats. Mais il y a plus. C’est le mystère d’un dialogue, où une proposition est faite qui peut être acceptée ou refusée, mise de côté ou à peine considérée. C’est ce mystère que les apôtres sont appelés à vivre dans leur vie avec le Seigneur. Se rendre compte, jour après jour, que le Royaume de Dieu avance par le biais d’une proposition humble, et qui donc court le risque d’être oubliée, refusée ou combattue. Et les apôtres sont appelés à vivre comme Jésus ce mystère de l’humilité de la semence du Royaume –laquelle étant Parole de Dieu –et donc parfaite, sainte et pleine de pouvoir peut être reçue par des pierres, des épines, un terrain inculte et accepte les situations dans lesquelles elle ne peut donner aucun fruit.  Quelles peuvent être ces circonstances qui l’empêchent de donner du fruit ?

Il ressort de la parabole 3 grandes difficultés pour la prédication évangélique. Qui, même si elle est sainte, bonne et pastoralement bien proposée, souvent ne donne pas de fruit.

La 1ère difficulté : la graine que mangent les oiseaux s’explique par la mention de Satan.

Luc 8,12 : « …puis vient le diable et il enlève la parole de leur cœur de peur qu’ils ne croient et ne soient sauvés. » on voit que Satan met dans le cœur l’incompréhension de la vie de Dieu. L’incapacité à comprendre le chemin de la croix et par conséquent le désir d’un succès croissant. Le chrétien pour qui la foi est un moyen d’avoir plus, de valoir plus, d’avoir plus de prestige, d’autorité est comme la graine que mangent les oiseaux ; (qui et comment appelons nous ?)

2e difficulté : c’est quand la parole a été acceptée extérieurement. Par plaisir esthétique. Par snobisme ; Elle fait plaisir, elle est à la mode. Mais en réalité elle n’a pas été acceptée avec une profonde adhésion au Christ, avec amour pour Lui, unique façon de la conserver sans se scandaliser.

Col 2, 7-8 : « soyez enracinés et fondés en Lui, affermis dans la foi telle qu’on vous l’a enseignée, et débordants de reconnaissance. Veillez à ce que nul ne vous prenne  au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des forces qui régissent l’univers et non plus du Christ. »

Il faut être profondément enraciné en Lui et en son amour pour lui pour faire de sa recherche non une mode du moment mais une recherche permanente et profonde, qui ne craint pas le scandale.

3e difficulté : la graine étouffée nous rejoint tous. Ce sont les préoccupations quotidiennes, l’attraction de l’avoir, de la possession, du pouvoir. Pour beaucoup, la préoccupation pour gagner plus est un obstacle à la Parole même. Souvenons-nous du reproche de Jésus à Marthe alors qu’elle s’occupait de son repas …le jugement de Jésus sur l’influence négative des préoccupations –si nous voulons en vérité donner sens et valeur à ses paroles- est sévère.

En conclusion, la Parole ne donne pas du fruit automatiquement. Mais humblement, et même si elle est divine, elle s’adapte aux conditions du terrain, elle accepte les réponses même négatives. En réalité la Parole ne manque pas d’efficacité. Il lui manque d’être accueillie.

La semence qui pousse d’elle-même : Marc 4, 26-28

Il disait : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre : qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. »

C’est le contrepoint de la parabole précédente.

Ici Jésus affirme que la Parole donne du fruit spontanément. Il  veut dire aux apôtres peureux parce que la Parole est refusée, qu’elle donnera du fruit en son temps. Il faut avoir confiance, la parole semée se développera toute seule. Semons-la, avec enthousiasme, ne nous arrêtons pas, prétextant que le terrain est mauvais, ou attendant des moments meilleurs. Ne croyons pas que nous sommes les seuls responsables de la graine semée. Jetons-la en terre et allons dormir. Elle donnera du fruit.  Cette parabole nous donne un enseignement de réalisme. D’absolue confiance en cette parole qui par elle-même donnera du fruit. Il nous suffit de la semer avec confiance, patience et persévérance.

Le grain de moutarde : LUC 13, 18-19

« Jésus dit alors : A quoi est comparable le Royaume de Dieu ? A quoi le comparerai-je ? Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme prend et plante dans son jardin. Elle pousse, elle devient un arbre et les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »

Les apôtres voient que ce groupe qui entoure Jésus reste un groupe restreint, qui ne grandit pas. La plupart de ceux qui le suivent ne prend pas au sérieux la proposition de Jésus. Et lui répond par la parabole du grain de moutarde ! « N’ayez pas peur ! » le Royaume de Dieu commence avec peu. Ne prétendons pas de résultats notables. Laissons les choses se développer. De commencements imperceptibles nait le grand événement du Royaume. Jésus demande aux apôtres une confiance absolue. « Vous voyez bien que tout va de travers. Vous imaginiez un maître qui manipule les multitudes. Je ne suis pas comme ça. Cela ne dépend pas de moi. Le Royaume est une proposition entre deux personnes. C’est le pouvoir de Dieu. Et donc il se développera ainsi. Du plus petit, Dieu fera des choses immenses. Dieu invite à fermer les yeux face à la réalité de ce qui se voit. Et de les ouvrir face à ce qu’elle est réellement : la réalité mystérieuse du Royaume de Dieu qui donne du fruit mystérieusement tandis que nous ne nous en rendons pas compte.

Bernadette CAFFIER, Missionnaire Diocésaine – Amiens 🔸

On peut comprendre que le chrétien, le néophyte issu du monde enrichi d’une tradition, d’une structure sociale bien articulée, entre dans le petit troupeau des croyants et s’interroge : pourquoi sommes-nous si peu nombreux, ceux qui croient et se convertissent ? Pourquoi cette Parole de Dieu – si elle est véritablement Parole de Dieu ne change-t-elle pas le monde ?

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Être l’Église et célébrer l’Espérance. 1er partie

Être l’Église et célébrer l’Espérance.

1er partie

Réflexion donnée aux prêtres et diacres (et leurs épouses) lors de la récollection diocésaine de Carême. Diocèse d’Amiens. Maison des Petites Soeurs des Pauvres, 15 février 2018

Comment vivre la dimension ecclésiale de notre foi chrétienne dans le contexte du monde d’aujourd’hui, dans ce moment de crise.

J’aurais pu vous parler en commençant par ce que nous connaissons tous : L’atmosphère de doute, critiques, découragement, de peur aussi, d’autocensure, la descente vertigineuse des vocations, etc. il existe une forme de croyance sans appartenance à l’Église. L’Église est devenue pour beaucoup un problème, un scandale, un signe de contradiction, un obstacle à la foi.

Mais je préfère vous partager une des conclusions de la 1ère journée synode à Cœur Soleil*. La réflexion portait sur : « qui est Dieu, qui est Jésus pour moi ? » Je m’étais permis d’ajouter la question : « l’église j’en dis quoi ? » et bien lors de la mise en commun la 1ère chose dite par 2 équipes sur trois fut « Heureusement que l’église existe, sinon on irait où ? Sans l’église, où on serait aujourd’hui ? » Après sont apparues les critiques, mais seulement après.

En réalité, il me semble que la crise de l’Église naît du questionnement du sens même et du concept de Dieu.

Cette crise doit aussi se situer dans le contexte plus large des profonds changements sociaux culturels de notre époque. L’église est déconcertée face aux avancées techniques, face à la globalisation et aux nouvelles mentalités. Une nouvelle illumination théologique, une nouvelle catéchèse, une nouvelle initiation à une expérience d’Église sont nécessaires.

Dieu est plus grand que l’Église

On ne peut parler de l’église si on ne parle pas d’abord de Dieu. Les grands saints ont été des hommes et des femmes d’Église parce qu’ils étaient d’abord des hommes et des femmes de Dieu, avec une profonde expérience de Dieu.

Le « Solo Dios basta », « Dieu seul suffit », de Sainte Thérèse d’Avila est le fruit d’une profonde expérience fondatrice du mystère de Dieu. Elle déborde toutes les médiations, les relativise, et en même temps elle les intègre et leur donne sens.

L’Église sans aucun doute est un mystère, elle est humaine et divine.  Elle est médiatrice vers Dieu, mais elle n’est pas Dieu.  Lui qui, dans son amour infini déborde toute limite humaine. Le concile Vatican II l’a clairement rappelé dans le chapitre 7, paragraphe 48 de la Lumen Gentium : « et tant qu’il n’y aura pas des cieux nouveaux et une terre nouvelle » – (2P 3, 13), l’Église pèlerine dans ses sacrements et ses institutions, qui appartiennent à notre temps, porte en elle l’image de ce monde qui passe, et elle-même vit parmi ses enfants qui gémissent dans les douleurs de l’enfantement, dans l’attente de la manifestation des enfants de Dieu. C’est déjà ce que disait Paul aux Romains chapitre 8 versets 22-23 : « Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. Elle n’est pas la seule : nous aussi qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l’adoption, la délivrance pour notre corps. »

Seul le Dieu trinitaire, Père, Fils, Esprit est l’objet et le but ultime de notre foi, pas directement l’Église.  Mais nous croyons à la présence de l’Esprit Saint qui agit de façon toute spéciale dans l’Église. Et si l’Église est un mystère, c’est parce qu’elle fait partie du projet mystérieux de Dieu pour le monde.

Besoin d’une initiation aux mystères de Dieu (Mystagogie)

Sans une expérience profonde de foi face au mystère de Dieu, absolu, indicible, impossible à cerner, abime sans fond, amour inconditionnel que nous a communiqué le Christ, Sauveur et Source de Vie, sans cette expérience fondatrice, nous n’avons pas accès à l’Église. D’où l’urgence pour l’Église aujourd’hui d’initier à cette expérience personnelle et immédiate de Dieu. Sans cette expérience de foi, notre vision de l’Église se réduira toujours à une simple réalité mondaine, une organisation socioculturelle, un organisme humanitaire.

Priorité du Royaume de Dieu sur l’Église

Le cœur de la prédication de Jésus de Nazareth n’a pas été l’Église mais le Royaume. Nous lisons en Marc 1, 14-15 : « après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Évangile de Dieu et disait : le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».

Le Royaume c’est le projet trinitaire de Dieu qui veut communiquer au monde sa propre vie en commençant par délivrer miséricordieusement toute vie humaine de la souffrance et du mal. Les paraboles et les miracles du Christ sont des signes du Royaume qui est déjà là. (Luc 11, 20) : Jésus dit : « mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu vient de vous atteindre. »

L’Église est appelée à être un signe prophétique du Royaume. Et donc, elle ne peut être centrée sur elle-même, son point de mire doit être hors d’elle, tourné vers l’extérieur. Par conséquent, elle ne peut s’enfermer sur ses membres, sa doctrine, sa liturgie, ses sacrements, ses lois. Même si tout ceci est important bien sûr. Elle se doit d’être une Église servante du monde, préoccupée du droit de tous les hommes. Dans le fond, il s’agit juste de suivre le chemin du Christ, « qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. »

Et quand Jésus lance son programme missionnaire à Nazareth, il affirme : « l’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération, et aux aveugles le retour à la vue.  Renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil du Seigneur. » Luc 4, 18-19.

Ses disciples, il les envoie annoncer le Royaume, guérir les malades, libérer les possédés. Luc 9, 1-2 : « ayant réuni les douze, il leur donna puissance et autorité sur tous les démons et il leur donna de guérir les maladies. Il les envoya proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons. »

Le Royaume n’est pas une belle et lointaine utopie abstraite. C’est très concret : LIBERER DE LA SOUFFRANCE ET DE TOUT MAL. C’est pourquoi le Christ a orienté sa mission à donner la vie, à libérer de la souffrance et de la mort, à annoncer le pardon et la grâce, spécialement aux pauvres, aux marginaux et exclus de la société : les malades, les pêcheurs, les femmes, les enfants, toutes des personnes mal vues par les dirigeants de l’époque.

Et quand l’Église surgira après Pâques et la venue de l’Esprit, elle devra suivre la ligne de Jésus. C’est pourquoi elle ne se limite pas à annoncer la Parole (kérygme), ni à célébrer l’Eucharistie (liturgie) mais à servir les pauvres (diaconie) comme le rappelait Benoît XVI dans son encyclique Dieu est Amour au numéro 25 : « la nature profonde de l’Église s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu, célébration des sacrements, service de la charité. Ce sont 3 tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistante sociale qu’on pourrait laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer. »

Cela ne veut pas dire que l’Église n’a aucun sens, ni qu’elle ne doit annoncer l’Évangile à tous les hommes, baptiser et célébrer l’Eucharistie.  Cela signifie seulement que tout doit être orienté vers le Royaume de Dieu dont l’Église est un signe prophétique. L’Église du Christ doit être fidèle à l’Évangile et donc une église infidèle à l’Évangile ne serait pas l’Église du Christ.

La tentation du puritanisme

Au long de son histoire, les groupes puritains qui demandaient l’expulsion des pêcheurs n’ont pas manqué. Mais l’Évangile nous dit que seulement dans la vie éternelle on séparera le mal du bien, et qu’avant le grain et l’ivraie doivent croître ensemble. (Marc 13)

Dans l’Église il y a des pêcheurs à qui le pardon est toujours offert. Par conséquent, l’Église dans le monde non seulement accueille des pêcheurs, elle est elle-même pécheresse parce que l’église n’est pas un idéal abstrait mais une réalité concrète.

En Matthieu 16, 23 nous pouvons entendre Jésus dire à Pierre : « retire-toi derrière moi Satan ! Tu es pour moi occasion de chute car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Si Jésus a pu dire cela au premier pasteur de l’Église, que nous reste-t-il à nous ? Dieu a choisi pour réaliser sa mission des hommes et des femmes fragiles et pêcheurs, ceux que le monde méprise. « Considérez frères qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu. Il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort, ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est. Afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. » 1Cor1, 26-29

Le paragraphe 8 de Lumen Gentium réaffirme que l’Église a besoin d’une constante purification, de pénitence et de conversion.  Nous ne pouvons regarder l’église pécheresse comme extérieure à nous.  Le péché de l’église est lié à sa dimension humaine.  Elle porte le poids de nos propres péchés qui assombrissent son visage et rendent l’Évangile moins transparent.

 

L’Église est sous la force de l’Esprit

L’église primitive a pleinement conscience que son origine et sa vie sont liées à l’Esprit. De là, la conviction que l’Église est le temple de l’Esprit. 1 Cor 3, 16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » Et en Eph 5, 27 : « il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Église sainte et irréprochable. »

Si depuis toujours l’Église se sait liée à Jésus, elle a la conviction d’être née non à Bethléem, ni à Nazareth mais bien à Jérusalem à Pâques et Pentecôte.  Car l’Église n’est pas seulement reliée au Christ mais aussi à l’Esprit. Il y a deux principes constitutifs de l’Église : le christologique et le pneumatique, de l’Esprit qui sont comme les deux mains de Dieu qui nous façonne à son image et ressemblance.

 

L’oubli de l’Esprit

Le patriarche Ignace IV d’Antioche en 1968 affirmait : « sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ appartient au passé, l’Évangile est lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une simple évocation et l’agir chrétien une morale d’esclaves. »

Mais avec l’Esprit, le cosmos vit et gémit dans l’attente du Royaume, l’homme lutte contre ses défauts, le Christ ressuscité est présent, l’Évangile est force de vie, l’Église signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission c’est Pentecôte, la liturgie est mémoire et anticipation, l’agir humain devient divin.

Si l’oubli de l’Esprit réduit la vie du chrétien dans l’Église à la soumission, au ritualisme, au moralisme, comment s’étonner que cette manière de comprendre et de vivre la foi soit en crise ?

 

Sans aucun doute, l’Esprit agit

Toute l’histoire de l’Église est emplie de cette présence mystérieuse, souvent anonyme, parfois déconcertante. Tous les mouvements prophétiques, les martyrs, la vie monacale, les mouvements laïcs du Moyen Age en faveur des pauvres, la réforme protestante (Calvin, Luther) mais aussi catholique (Ignace, Thérèse, Jean de la Croix), les mouvements sociaux modernes qui revendiquent une société plus égalitaire, fraternelle et libre, les mouvements théologiques avant le Concile ( Bible, liturgie, œcuménisme, pastorale sociale), les signes des temps (féminisme,  écologie, pacifisme, respect des cultures et des religions) etc.…

La sainteté de l’Église, ses martyrs, ses missionnaires, ses mystiques, ses artistes, ses penseurs, l’héroïsme de tant d’anonymes qui vivent leur foi dans le silence quotidien, la fidélité dans le mariage et la vie religieuse, dans le ministère, l’engagement des mères et leur préoccupation pour transmettre la foi, l’enthousiasme des jeunes dans des formes variées de volontariat, (DCC), la spiritualité des différentes églises chrétiennes sont des fruits de l’Esprit. Vatican II a reconnu cette présence de l’Esprit qui vivifie l’Église, la guide, l’enrichit de ses dons, la rajeunit et la conduit.

C’est l’Esprit qui nous conduit à la foi en Dieu et au Christ.  C’est Lui qui nous permet de faire l’expérience du mystère en nous. C’est Lui qui conduit l’Église à construire le Royaume même en dehors de ses frontières. C’est Lui encore qui garantit la sainteté de l’Église en permettant que le péché ne triomphe pas en elle.

 

L’Église Apostolique

Eph 2, 20 : « vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pièce maîtresse. »

A l’origine de l’Église, le Vicaire du Christ, c’est l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui convertit l’Église en communion trinitaire et en dynamisme prophétique au service du Royaume.  Vatican II a revendiqué la valeur de la foi du peuple, le « sensus fidelium » et a même signifié que cette foi est infaillible quand elle est en communion avec la tradition de toute l’Église. (LG 12) le peuple saint de Dieu participe aussi au don prophétique du Christ, diffusant son témoignage par une vie de foi et de charité. De plus, l’Esprit Saint lui-même, non seulement sanctifie et dirige le peuple de Dieu par les sacrements et les ministères et l’enrichit de ses vertus, sinon qu’il « distribue les dons à chacun comme il le souhaite » 1 Cor 12,7.

C’est me semble-t-il tout le sens de la démarche synodale que nous vivons cette année. Les fidèles portent en eux les charismes de l’Esprit pour le service de toute l’Église. Et les pauvres sont eux aussi appelés à être vicaires du Christ. Car

– L’Église est l’Église du Jésus historique et pauvre de Nazareth

Elle est étroitement liée au Seigneur Jésus, au Christ ressuscité. C’est l’Église du Christ fondée sur lui. Eph 2,10 : « car c’est Lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparé d’avance afin que nous nous y engagions. »

L’histoire du salut est traversée par la loi de l’incarnation. L’Esprit ne s’oppose pas au Christ. C’est Lui qui rend possible l’incarnation de Jésus et le guide toute sa vie. C’est l’Esprit qui fait naître l’Église, qui continue l’œuvre de Dieu dans l’histoire du monde. C’est-à-dire : Dieu n’a pas abandonné sa création à son sort, Il intervient dans l’histoire des hommes premièrement en préparant le peuple d’Israël, puis par l’incarnation de Jésus. (LG9)

Mais quand l’Église nait à Pâques-Pentecôte, elle court le risque de s’identifier tellement au Christ glorieux et ressuscité qu’elle en oublie l’incarnation et croit que le Royaume de Dieu est arrivé. C’est pourquoi il nous faut toujours

– Revenir à l’Évangile

Le risque c’est d’oublier le mystère de l’incarnation de Jésus.

Phil 2, 68 : « Lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix »   et toute sa vie transmise par les écritures :

  • Sa naissance pauvre à Bethléem
  • Sa vie d’humble charpentier durant 30 ans
  • Sa prédication contre le pouvoir et la richesse
  • Son option en faveur des marginaux
  • Sa préoccupation pour soulager la souffrance
  • Sa compassion
  • Son opposition aux puissants et à ceux qui utilisaient la religion pour opprimer
  • Ses perpétuels conflits avec les autorités religieuses
  • Sa mort comme blasphème et malfaiteur sur une croix entre deux bandits.

 

L’Église court le risque d’oublier qu’elle est l’Église de Jésus  crucifié, que son message n’est pas celui de la sagesse de ce monde mais de la croix. « La parole de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, elle est puissance de Dieu. (1 Cor 1,18.)

La résurrection même du Christ ne nous permet pas de l’éloigner de la croix. Le ressuscité est le crucifié, ses plaies restent sur son corps glorieux.

On comprend alors que tous les mouvements prophétiques dans l’église au long de son histoire aient demandé un retour à l’église des origines, fidèle à la parole de Dieu, pauvre, humble, évangélique, communautaire, accueillante, respectueuse, proche des pauvres, l’église du crucifié.

La résurrection de Jésus signifie que son Père lui donne raison et prend parti pour les victimes. Revenir aux origines évangéliques de l’Église, c’est possible. L’Esprit Saint ne cesse d’agir. C’est un mystère, partie du projet de la Trinité pour le monde, un sacrement de salut universel.

 

Quelles attitudes pour aller de l’avant ?

 

Reconnaissance et amour

De l’Église nous avons reçu la foi chrétienne, l’Évangile, les sacrements. Elle nous a appris à prier, à pardonner et demander pardon, à aimer tous les hommes spécialement les plus pauvres. A avoir une confiance d’enfant vers Dieu Père, à chercher d’abord le Royaume de Dieu, à croire en la résurrection finale.

Par elle nous connaissons Jésus, sa vie, son enseignement, sa  croix et sa résurrection. Elle nous a appris à prier Marie, à vénérer les saints, à imiter leurs vertus. Elle donne sens à nos vies, notre travail, nos souffrances et même à notre mort.

L’amour, la solidarité, la justice, la recherche de la paix, la réconciliation et le pardon, valoriser la raison, la science et les cultures s’alimentent de l’enseignement évangélique transmis par l’Église.

Que serait-il de l’humanité, de nous sans l’Église ?

 

Justice, Attention et Bonheur

Le Christ est la manifestation d’un Dieu profondément en relation pour qui la tendresse, l’attention et la justice sont inséparables d’une profonde expérience religieuse. L’authentique affinité avec l’esprit du crucifié-ressuscité se vérifie par l’expérience d’être aimé inconditionnellement par Dieu, de vivre par sa grâce et d’être habité par sa divine sagesse.    (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus- Ste Bernadette)

Dans l’Évangile, justice et soins, équité et réciprocité, gratuité et abondance du cœur sont inséparables. Et elles surgissent du cœur même de Dieu.

La justice qui nous pousse à choisir et à pratiquer l’évangile est une justice supérieure, qui jaillit d’un amour démesuré, gratuit et inconditionnel qui nous appelle à la vie et nous soutient.  Nous sommes en chemin vers cet amour, source de joie, de bonheur et de plénitude.

Être chrétien n’est pas un programme, c’est une manière de vivre, d’être dans le monde depuis la confiance dans une promesse. Arrimé à la foi, la confiance dans la promesse et la personne du Christ, le christianisme propose un style particulier de vie. Une façon joyeuse, responsable et généreuse d’habiter le monde.  Qui nous invite à transformer ce qui est souvent un terrain hostile ou un désert inhospitalier en un monde plus humain et une terre habitable. Avec la possibilité de nous transformer en sources de grâces et de bénédictions pour d’autres, permettant la participation de tous au banquet.  Un projet déjà en marche, qui n’est pas une utopie irréalisable mais une réalité qui se vit dans l’histoire du monde, entre les douleurs de l’enfantement et en attente de la plénitude. Une réalité qui est déjà présente en nous quand nous mettons en place cette nouvelle relation initiée par le Christ.

Le soin a beaucoup à voir avec la relation, la capacité à aimer, à comprendre et accueillir les sentiments de l’autre, à se charger de ses besoins, à reconnaître et renforcer sa dignité, son autonomie et sa vie en plénitude. C’est ce que nous disait l’année dernière Gilles Rebêche lors de sa splendide conférence.

Par nos actes d’amour ou de « désamour », nous pouvons nous créer ou nous détruire les uns les autres. Nous avons la fatidique option de laisser l’amour de Dieu agir librement dans le monde ou nous priver mutuellement de l’essentiel pour la personne et la communauté.

Nous sommes semblables à Dieu, non par notre pouvoir humain de nous dominer mutuellement, mais par l’œuvre d’amour qui consiste en approfondir et amplifier les relations humaines, la communication, la force de la tendresse et l’attention à l’autre, par les liens de la communauté. Le pouvoir de refuser le don de l’amour ou de l’accepter, niant ainsi le don de la vie est plus à craindre que le pouvoir de la technologie et en même temps, ce pouvoir est plus fragile et plus complexe. Dans un monde complexe et globalisé, l’œuvre d’un amour radical exige que nous nous efforcions à vivre une compassion intelligente et créative et à développer une spiritualité de la résistance.

Cultiver l’intériorité est essentiel pour développer la gratuité. Le monde du don et du cadeau de la consolation dans les moments de tristesse, de l’espoir quand l’horizon s’obscurcit, du sens face à l’absurde.

Hommes et femmes, nous avons besoin de faire l’expérience que la source de l’amour est l’abondance du cœur. Nous ne pouvons pas vivre une vie pleine sans amour et sans aimer. Le chemin de l’amour est aussi le chemin du désir, de la soif de plénitude, de la vie en abondance. Celui qui ne parcourt pas ce chemin pourra difficilement faire vivre autre chose que l’obéissance. Mais nous ne sommes pas appelés à être des serviteurs, mais des amis.  Le chemin de l’amour est celui du don, de la démesure. Inséparable du respect, de la reconnaissance et de la réciprocité.

Notre Dieu qui veut nous partager son intimité et désire que nous le recevions chez nous n’est pas un Dieu solitaire et autiste. C’est un Dieu trinitaire et profondément en relation, construit dans la relation de réciprocité entre le Père, le Fils et l’Esprit.

 

Espérer contre toute Espérance

Aujourd’hui, être d’Église, se sentir église passe par la croix. Mais il faut espérer, espérer que le désert fleurisse et qu’après l’hiver renaisse le printemps.

J’aimerais poursuivre en évoquant les crises dans le ministère de Jésus

Fin de la première partie.

2e Partie : “LES CRISES DANS LE MINISTERE DE JESUS”

Bernadette CAFFIER – Missionnaire Diocésaine 🔸

Le Royaume n’est pas une belle et lointaine utopie abstraite. C’est très concret : LIBERER DE LA SOUFFRANCE ET DE TOUT MAL. C’est pourquoi le Christ a orienté sa mission à donner la vie, à libérer de la souffrance et de la mort, à annoncer le pardon et la grâce, spécialement aux pauvres, aux marginaux et exclus de la société : les malades, les pêcheurs, les femmes, les enfants, toutes des personnes mal vues par les dirigeants de l’époque.

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