Compte-rendu de la rencontre de la famille vincentienne en visioconférence le 8 mars 2021

Ce lundi 8 mars, la coordination de la famille vincentienne, après avoir hésité à se retrouver en présentiel au 95 de la rue de Sèvres à Paris a préféré, par sécurité sanitaire en raison de l’épidémie, se retrouver en visioconférence. De 9h30 à 11h30, chaque branche représentée a pu partager ce qu’elle vit en cette longue et douloureuse période de pandémie.

Bernard Massarini

Compte-rendu de la rencontre de la famille vincentienne en visioconférence le 8 mars 2021

Ce lundi 8 mars, la coordination de la famille vincentienne, après avoir hésité à se retrouver en présentiel au 95 de la rue de Sèvres à Paris a préféré, par sécurité sanitaire en raison de l’épidémie, se retrouver en visioconférence. De 9h30 à 11h30, chaque branche représentée a pu partager ce qu’elle vit en cette longue et douloureuse période de pandémie. C’est par un court temps de prière méditatif sur saint Joseph, père de l’inventivité, que nous avons ouvert notre temps commun.

La plupart des branches de la coordination de la famille vincentienne en France étaient présentes (Equipes saint Vincent/AIC-France, Congrégation de la Mission, Congrégation des Fils de la Charité, Filles de la Charité, Société de saint Vincent de Paul, Religieux de saint Vincent de Paul, Jeunesse Mariale Vincentienne, Archiconfrérie de la sainte Agonie, Sœurs de l’union Chrétienne de saint Chaumond, Sœurs de la Charité de Strasbourg, Sœurs de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret, Le Rosier de l’Annonciation et l’Association de la médaille miraculeuse. Seuls manquaient les sœurs Missionnaire de l’Evangile, la Congrégation de saint Vincent de Paul de Lendélédé et la Maison du Missionnaire. Nous avons eu la joie d’accueillir les Fils de la Charité en la personne du supérieur général, le Père Emmanuel Kouamé Say, content d’être enfin des nôtres.

Nous avons commencé par nous raconter les faits nouveaux depuis notre dernière rencontre.

Ce sont les Sœurs de la Charité de Strasbourg qui nous partagent la situation sanitaire nous évoquant 5 sœurs touchées par la Covid, ce qui entraine la fermeture de la communauté des sœurs dans l’un des établissements de santé de Strasbourg. Elle nous dit que ce fait accélère la dynamique de retrait des sœurs que le passage à la fondation saint Vincent avait mis en route. Elle nous informe que la fédération des congrégations de langue allemande (2500 sœurs) fêtera ses 50 ans cette année.

Lien vers la revue « Le Lien » des Sœurs de la Charité de Strasbourg : https://www.calameo.com/read/006253895601264894b10

Nos frères Religieux de saint Vincent de Paul nous partagent que malgré la suppression de tous les séjours au ski, les contacts continuent avec les jeunes même si les activités sont restreintes. Cette année ils vont commencer à fêter la mémoire du père Planchat, premier prêtre de la congrégation, mort martyre de la foi, à Paris, en 1871.

Les sœurs de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret nous font part de la situation complexe de leurs sœurs en Ethiopie dans la zone de conflit. Elles ont pu avoir la visite de la supérieure provinciale par une mission de l’ONU qui a assuré le transport et la sécurité de la sœur.

Les sœurs de L’Union Chrétienne de saint Chaumond, qui continuent leur mission éducative auprès des jeunes, constatent le mal-être grandissant de ces jeunes. Elles ont dû reporter leur Assemblée Générale et envisagent de la faire cette année, même si leur communauté des Etats-Unis ne peut être présente.

Les Equipes Saint Vincent-AIC France (FFESV) : si certains membres ont dû diminuer leurs actions, en raison de l’âge et par prudence, elles ont constaté un dynamisme qui a bénéficié de l’apport de nombreux jeunes désoccupés, heureux de servir, que ce soit par l’aide alimentaire ou les cours d’alphabétisation qui se faisaient sur les réseaux sociaux, les rencontres en présentiel étant déconseillées. Elles disent leur joie de l’accueil de jour « Louise et Rosalie ». Les présidents des membres fondateurs de ce projet laissent la place à de nouveaux membres pour la gestion et le développement de celui-ci.

L’archiconfrérie de la sainte Agonie nous redit que les rencontres mensuelles à la chapelle saint Vincent de Paul à Paris tous les premiers vendredis du mois ont souffert de la pandémie, mais qu’ils vont maintenir le triduum fin avril.

Les Sœurs du Rosier de l’Annonciation, en Corse, continuent à faire la catéchèse. Elles sont heureuses d’avoir été sollicitées pour accueillir une mère célibataire et ont été retenues pour le bon service qu’elles offrent afin qu’à l’avenir, si d’autres cas se présentaient, elles puissent aider à remettre sur pieds ces personnes fragiles et en situation de précarité. La pensionnaire qu’elles ont accueillie a retrouvé un certain équilibre de vie. Les Soeurs apprécient ce nouveau service dans leur mission au service de la famille vincentienne.

Jeunesse Mariale Vincentienne : dans les équipes, les situations sont différentes selon les lieux, mais les contacts avec les jeunes et leurs familles demeurent, même lorsque les activités ne peuvent plus avoir lieu. Au niveau de l’équipe nationale, un travail autour d’actualisation de différents documents et outils pédagogiques se poursuit. Les liens avec l’équipe internationale et avec les autres pays se renforcent grâce aux outils numériques. 

Les Lazaristes (CM) nous informent qu’ils avaient déjà eu 3 cas de Covid à la maison mère et que depuis quelques jours 4 cas supplémentaires se sont révélés. L’accueil à la maison a par conséquent été modifié en adaptant  des heures d’ouverture plus restreints : l’accueil est fermé entre 12h et 14h tous les jours et plus tôt en soirée. La journée annuelle de formation n’ayant pas pu avoir lieu, les frères se sont retrouvés en matinée par visio conférence. Plusieurs avaient répondu à l’invitation de la province de témoigner sur leur façon de vivre les confinements. Vous pouvez consulter ces témoignages sur le site : https://www.cmission.fr/

 

La Société saint Vincent de Paul (SSVP) note que la pandémie a révélé une capacité à l’inventivité pour demeurer au service des pauvres. Ils retravaillent en ce moment leurs statuts pour que leurs 117 entités juridiques aient des liens plus clairs et soient davantage en lien. Ils rappellent que si la SSVP œuvre au service des pauvres, elle a pour finalité la conversion du cœur pour retrouver le goût de Dieu.

Nous continuons en évoquant le projet des 13 maisons. Nous rappelons qu’il est la mise en œuvre concrète de la dynamique de la Famille Vincentienne au service des sans-abris, fondée lors de l’anniversaire des 400 ans du charisme. Nous évoquons la lettre du père général qui nous invite à entrer dans la démarche nous rappelant que l’objectif était sur cinq ans de faire diminuer de 10.000 le nombre de sans-abris. Il rappelle que déjà plus de 5000 ont été relogés définitivement dans 40 pays avec 18 partenaires conduisant les projets. Nous rappelons que l’Alliance Famille Vincentienne pour les sans-abris (FHA en anglais) a permis qu’une session ait lieu à l’ONU sur la question des sans-abris et qu’une décision ait été votée, elle sera transmise à tous : c’est l’illustration de la force des vincentiens capables de faire parler les représentants des états les plus pauvres de nos sociétés : les sans-abris.

Le coordinateur nous rappelle qu’en Europe (Angleterre, Pays-Bas, Espagne, Slovénie, Roumanie, Pologne et Ukraine) la famille vincentienne a déjà relogé des personnes de la rue. Il nous rappelle qu’en France, si aucune de nos actions n’a redonné du logement aux sans-abris, nous avons plusieurs actions dans cette direction :

  • la SSVP : maraudes à Paris, Toulouse et Nantes, et chenil pour aider les sans-abris durant leurs consultations où leur animal de compagnie n’est pas toléré.
  • La congrégation de la Mission : elle a offert un bâtiment pour loger des sans-abris de longue durée avant qu’ils n’entament leur séjour en EHPAD.
  • A Marseille, la famille vincentienne est présente au service de funérailles des personnes qui décèdent à la rue.
  • Plus récemment à Paris, un service en coordination entre les Equipes saint Vincent, la Société saint Vincent de Paul et la Congrégation de la Mission a vu le jour au 95 rue de Sèvres avec l’accueil de jour « Louise et Rosalie » pour femmes à la rue.

Plusieurs réagissent en disant que nous risquons la politique du chiffre qui n’est pas notre tradition, et d’autres rappellent qu’il ne s’agit pas seulement de donner un toit mais d’aider à la sortie, ce qui exige plus d’efforts et de compétences. Certains vont même jusqu’à rappeler le péché de David qui voulait compter sa force, allant contre le désir de Dieu.

Rappelant que sans entrer dans ces logiques de chiffres qui ne sont plus signe de l’esprit vincentien, le coordinateur nous signale avoir découvert à Nantes : « l’hôtel saint Vincent », une résidence avec 28 chambres : douches communes, une cuisine, un séjour, un jardin, une boutique et une épicerie solidaire, qui accueille des sans-abris et des demandeurs d’asile pour une période de 3 mois, avant qu’ils ne trouvent un toit pour la reprise d’une vie ordinaire.

C’est alors que le président de la Société saint Vincent de Paul évoque un autre centre à Grenoble et un autre dans l’Essonne. Nous allons voir s’ils correspondent à ce travail d’aide à la sortie de la rue des personnes sans domicile afin de les comptabiliser et les transmettre comme propositions de l’opération « 13 maisons » en France.

Vient alors le temps de parler de la communication commune avec le projet de la rendre plus vivante. Le coordinateur nous rappelle qu’il a pris le temps de chercher sur nos divers sites des informations qu’il a communiquées au site famille vincentienne : https://famvin.org/fr/ permettant de mieux connaitre ce que nous faisons. La présidente de la Jeunesse Mariale Vincentienne explique que pour des raisons de listage informatique, ils préfèrent eux-mêmes communiquer ce qu’ils souhaitent partager.

Le coordinateur de la famille vincentienne en France rappelle qu’il a transmis au nouvel espace audiovisuel commun les diverses vidéos que nous avons en français. Ainsi nos diverses actions et projets sont visibles pour un plus grand nombre au plan international et utilisables.

Plusieurs d’entre nous demandent à leur chargé de communication de communiquer à Marie-Pierre les informations à transmettre. Plusieurs expriment la difficulté à faire ce travail d’information dans leur propre institut et voient par conséquent difficile de répercuter  l’information sur les réseaux de la famille vincentienne.

A  11h15, nous choisissons de nous séparer, le thème restant à traiter  nécessitant plus de temps que le temps qu’il  nous reste. Un prochain sondage doodle nous permettra de fixer notre rencontre de novembre 2021.

La coordination de la famille vincentienne

Partager sur email
Partager sur print

Relecture au temps d’un confinement

Lorsque le 17 mars commence le premier confinement, c’est tout d’abord le souvenir de mon expérience missionnaire en Bolivie qui m’a permis de penser à m’organiser. Nous ne recevions plus hebdomadairement les personnes sans-abris au repas, seule l’équipe a continuée à se retrouver. Les célébrations étant interdites à cause du cluster produit en milieu de culte évangélique, le confrère en paroisse se retrouvait sans activités.

Bernard Massarini

Relecture au temps d’un confinement

Je dois vous le confesser lorsque j’ai entendu parler de confinement en mars, à cause de l’écriture d’un livre qui va sortir en février. Un livre suscité par plus de 10 ans en ministère auprès de personnes homosexuelles et transgenres, que j’avais entreprise, depuis septembre 2019, j’avais un rythme quasi monacal. Comme vous l’avez su pour faire ce travail de théologie morale j’avais souhaité être accompagné par le Centre Sèvres, ce fut la raison de mon placement à Amiens. J’y suis arrivé en septembre pour la fête patronale ; la saint Firmin, et excepté la messe dominicale lorsque venait notre tour sur Sainte Anne, ou pour aider le curé, et ma rencontre hebdomadaire des personnes de la rue dans un accueil conduit par des chrétiens actifs dans la diaconie samarienne[1] que je rejoignais chaque semaine le jeudi, j’étais consacré du matin au soir 7 jours sur 7 à l’écriture…

Aussi entendre parler de « confinement » m’a surpris qu’est-ce que cela allait changer dans mon rythme ? J’ai terminé la première phase d’écriture presque au moment où nous entrions en confinement. Il m’a fallu partir à la recherche d’un évêque qui accepte de préfacer mon travail, mais ayant terminé l’’écriture, si j’avais appris à gérer le peu de rencontre, et la solitude qui en découle sans que cela ne me coûte trop, grâce à la présence des confrères, il allait falloir que je trouve comment emplir mon temps car je ne suis pas un inactif. J’avais pensé rejoindre le réseau « Welcome » (de familles d’accueil de jeunes migrants en attente de papiers) poursuivant ainsi mon travail entrepris à Dax alors que j’étais diocésain de la pastorale des migrants, mais cela aussi était à l’arrêt.

Lorsque le 17 mars commence le premier confinement, c’est tout d’abord le souvenir de mon expérience missionnaire en Bolivie qui m’a permis de penser à m’organiser. Nous ne recevions plus hebdomadairement les personnes sans-abris au repas, seule l’équipe a continuée à se retrouver. Les célébrations étant interdites à cause du cluster produit en milieu de culte évangélique, le confrère en paroisse se retrouvait sans activités. Mon souvenir de la saison des plus en Bolivie :  trois mois de pluie, sans pouvoir sortir de la maison, une maison de 2 pièces :  la chambre au toit doublé la cuisine en tôle ondulée. Avec la pluie tombant jour et nuit et nuit et jour sans arrêt, vous comprenez que la cuisine était inhospitalière, il ne restait que la chambre. Je dois vous avouez que la première année, sans électricité, sans téléphone, sans courrier, j’ai cru devenir fou. Ayant retrouvé des manuscrits sur parchemin du XVIIe siècle, manuscrits rapportant les visites canoniques, j’ai dû apprendre à déchiffrer l’espagnol ancien. Ceci m’a conduit à travailler sur l’évangélisation des indiens au XVIIème dans l’Altiplano Bolivien. Ce qui m’a permis de terminer, avec l’accord gracieux de l’Institut Catholique de Toulouse ma maitrise en théologie.

Comme je venais de lire de articles d’actualité sur l’accord Chine-Vatican et les multiples critiques çà et là. Je suis tombé sur un intéressant article de Mr Criveller un sinologue qui rapportait la mission d’un nonce pour lequel avait été choisi Mr Appiani, un confrère italien, pour être traducteur de nonce. J’ai contacté le père Lautissier qui m’a passé une pièce microfiché de la seule note restante nos archives qui en parlait. Toutes les copies de nos annales ayant été détruit sur demande de la congrégation pour les congrégations religieuse, car elles contenaient une mémoire « infamante des jésuites. C’est donc un texte de 300 pages que j’ai reçu. J’avais de quoi occuper mon esprit. Comme je ne voulais pas avoir un seul thème j’ai été mis au courant par des amis homosexuels d’une thèse d’un prêtre belge présentée l’an dernier à Louvain sur la théologie du baptême pour repenser la pastorale avec les personnes aux sexualités différentes. J’avais don un travail pour le matin et celui de l’après-midi.

Cela m’a conduit à faire des fiches de lectures d’une quinzaine de page chacune résumant les découvertes faites par ces deux textes. J’ai fait suivre le travail sur la Chine aux Cahiers Vincentiens et au service de communication de la congrégation peut être pour Vincentiana, quant au texte sur la sexualité, je l’ai fait suivre à des personnes intéressées par le sujet, avec qui je suis en lien, leur permettant d’avoir des outils pour les services qu’ils déploient avec ces croyants aux diverses sexualités. 

Comme Amiens est une communauté agréable et que la période d’avril a été chaude j’ai pu les après-midi une heure durant m’asseoir dans le charmant jardin goûtant la chaleur printanière en parcourant la presse ou me penchant sur des textes que l’on m’avait passé pour continuer à vivre le charisme vincentien de service.

Le reste était fait des temps de prière communautaire du matin offices et oraison commune suivi deux fois dans le mois d’un partage d’évangile de notre rencontre communautaire mensuelle et nos week-ends avec l’apéritif saturnal et le dominical, pris dans la chaleur fraternelle, que j’ai partagé sur Facebook, a donné à tous les amis qui découvraient sur Facebook l’envie de nous rejoindre.

J’ai vraiment apprécié ce temps, car avec la chance de l’internet et le fait que tout le monde soit dans la même situation, j’ai eu l’occasion de vivre des pauses avec des amis d’Italie, des Etats-Unis, du Mexique, du Chili, sans compter les français. Quelle joie de pouvoir converser et rire de nos situations et échanger sur les diverses situations sanitaires et leurs répercussions sociales.

Ici à Amiens, un de nos frères a hérité des denrées d’un supermarché fermant. Il a regroupé quelques personnes et créé un espace de distribution alimentaire dans l’espace de la paroisse et ouvert à un vesti-boutique dans un autre lieu d’Eglise des sans-abris. Il anticipait sur les prochaines difficultés économiques provoquées par la cessation des activités pour freiner la diffusion de la maladie qui pointait.

Nous étions aussi attentifs aux frères touchés :  nos confrères ainés à Paris, avec les symptômes légers, notre jeune confrère de Villepinte plusieurs semaines en réanimation, un ami toulousain directeur d’un établissement vincentien lui aussi touché mais seulement par les fièvres et la fatigue, un autre ami landais éducateur atteint d’agnosie et d’anosmie.

Sur la demande des filles de la Charité de Rouen et de Beauvais nous avons commencé à célébrer l’eucharistie sur les sites internet. Cela a même permis que nous ayons une messe dominicale avec des amis et membre de nos familles : la lecture faite par Avignon, le psaume par Beauvais et un geste paix sonore, car chacun sur le site de communication apparaissant en gros plan lorsque sa voix dominait a été l’occasion pour chacun de connaitre les autres, créant une réelle fraternité, même si la communion demeurait communion de désir. Puis la congrégation de créer des rencontres virtuelles sur les missions (dont nous pouvions écouter la rencontre dans notre langue), une autre sur les vocations et proposant même un temps de prière en plusieurs langues -dont chaque culture a participé à la construction (en France une équipière de saint Vincent et une collaboratrice de la famille vincentienn membre de l’association de la médaille miraculeuse) durant le temps de l’Avent lors du second confinement.

Durant toute cette période je relayais les nombreux messages comiques de Facebook et WhatsApp aux amis travaillant dans le social et dans le sanitaire sur Amiens. Ils me remercieront de les avoir aidés à traverser ce lourd moment avec la note d’humour.

Puis c’est dans la période d’octobre sorti de confinement que, rejoignant un groupe de travail à Lyon, lors de la soirée, hébergé chez une amie avec qui j’avais travaillé dans le lycée technique vincentien d’Avignon, elle nous confiera avoir une fièvre et une fatigue persistante inexpliquée. Son sms deux jours plus tard m’informe qu’elle est positive au Covid. Le soir même j’avais aussi de fortes fièvres. A la demande de services sanitaires, j’ai été invité à faire le test Covid qui s’est avéré positif. Le docteur m’a donc placé en quarantaine. Je me retrouvais à Amiens devoir manger seul et prier dans ma chambre, évitant d’aller dans la chapelle par crainte d’y déposer le virus. J’ai eu la chance de ne pas avoir de symptômes respiratoires graves ce qui a évité les traitements lourds.

J’avoue que ce qui était le plus difficile était outre l’état de fatigue, ce furent les quintes de toux incessante et épuisantes des heures durant sans rien pouvoir faire. Ce fut l’occasion de me rendre compte combien vivre sa responsabilité avec ses frères devient importante : plus de passage par la chapelle, par la salle communautaire pour éviter d’y déposer le virus. Lors du repas, une heure après les frères, laver la table et les ustensiles à la javel pour éviter la possible contagion. Et passer tout son temps dans la chambre se donnant des nouvelles par sms : évitant au maximum les contacts personnels, ne sachant pas exactement ce qui serait contaminant ou non.

Lorsque je suis sorti de la quarantaine, c’est le second confinement qui commençait….  Durant ce 2e temps de confinement, comme les éditions auxquelles j’avais déposé mon manuscrit avaient pris du retard, elles m’ont dit que mon texte ne serait publiable qu’en janvier et qu’il fallait le peaufiner pour le rendre agréable au lecteur.  C’est donc un long et patient travail de réécriture qui a été entrepris, toutes les retouches du texte pour le rendre attrayant aux lecteurs : affiner les titres de chapitre, repenser certains découpages, éviter les redites, réduire le nombre témoignages, reformuler certains passages pour les rendre plus accessibles à la compréhension. 

Comme la famille vincentienne a deux rencontres annuelles, la première, malgré les craintes des vincentiens pour internet, car ils favorisent au maximum la proximité, ont tous répondu présents. Sachons louer le fait que malgré leur crainte de l’envahissement d’internet La plus grande part des membres de la famille ont un site internet, quatre ont une page Facebook : la Congrégation de la Mission, la Société Saint Vincent de Paul, les Equipes saint Vincent et l’Association de la médaille miraculeuse, et la Société Saint Vincent de Paul a même un compte twitter. Durant la première rencontre, ils ont partagé de multiples initiatives pour vivre la période. Les sœurs du rosier de l’annonciation, dernière nées de la famille vincentienne, ont créé des séances de patronage sur internet qui ont eu beaucoup de succès pour le plus grand bonheur des jeunes ayant des activités spirituelles et les parents heureux de découvrir cette nouvelle façon de faire corps. Une équipe saint Vincent a vu s’organiser des rencontres internet avec les personnes de l’EHPAD qu’elles visitaient habituellement, la Société Saint Vincent a pu grâce à des donateurs fournir des tablettes à des jeunes d’une zone leur permettant de suivre leurs cours. Lors de la deuxième rencontre à novembre, alors que nous avions le second confinement, la rencontre a offert à tous de visiter virtuellement l’accueil « Louise et Rosalie » : ce projet mené en collaboration depuis sa conception entre les ESV et la SSVP, les lazaristes offrant un local, pour servir les femmes sans domiciles fixe. Quelques jours avant l’ouverture, nous avons visité cet accueil qui depuis a accueilli une dizaine de femmes, leur offrant un temps de respiration dans leur difficiles conditions de vie.

Je terminerai en disant que je crois qu’il est vraiment important en temps de crise de ce type de conserver ses objectifs et apprendre à les monnayer dans les conditions concrètes qui nous sont permises. Que tout en étant sérieux pour ce qui concerne les mesures sanitaires, il faut savoir garder le sens de l’humour (de nombreux cartoons ont aidé à garder le sens de l’humour éveillé) pour permettre à tous de conserver un esprit sain et clair, continuant à être porteur d’espérance, surtout nous qui sommes chrétiens dépositaire d’une Bonne Nouvelle.

Soyons inventifs pour écoutant nos ressources, apprendre à monnayer avec le réel qui est le nôtre pour tenir debout.

Comme nous l’a proposé le pape au cœur de la pandémie, sollicitons l’aide du Père. Il l’a fait lors de la prière sur une place saint-Pierre vide, sous la pluie battante, usant des signes propres de l’Eglise de Rome : le très beau Christ de Saint Marcelo qui avait protégé la ville d’une épidémie et de Marie salus populi : la vierge protectrice de Rome, avec ceux de nos Eglises locales, emplies de trésors de l’espérance de la tradition chrétienne, sachons partager notre espérance (j’ai entendu dire que la médaille miraculeuse a été très demandée durant cette période).

Continuons à être ces simples guetteurs d’aube pour que naisse le monde nouveau que tous attendent.

[1] De la Somme.

Partager sur email
Partager sur print

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi

Bernard Massarini

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi. Je vous propose aujourd’hui de le regarder moins comme le centre, mais comme l’homme de relations. L’homme fidèle aux siens et obéissant à ses proches ce qui va le conduire à découvrir sa mission et se mettre au service des plus fragiles.

Un homme attentif aux siens et obéissant à ses proches. Tout d’abord, c’est lui qui le dit lorsqu’il parle aux sœurs, c’est un homme avec son tempérament qui jeune, aura même honte de son père venant le visiter chez les cordeliers où il commence ses études. Cependant, dès qu’il termine ses premières études, il projette de se faire prêtre pour offrir aux siens des moyens et  lui rechercher une honnête retirade, comme lui a laissé entrevoir le vice-légat à Avignon : « il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France » (I, 2.)

Bon gascon il sait que pour avoir de la promotion il faut avoir de l’argent et se faire remarquer. Avoir de l’argent cela s’obtient par la recherche de bénéfices et avoir des relations en montant sur Paris. Monsieur Vincent tracte plusieurs rentes de monastères et sur Paris s’obtient les grâces de la reine Margot et se fait proche de Monseigneur de Berulle. Il place ses cartes pour obtenir ce qui lui semble bon pour lui et pour les siens.

Homme de relation il rencontre à la Catho un docteur en théologie Mr Duval, grand théologien qui deviendra son directeur spirituel. Dans ses relations auprès de la reine Margot, il rencontre un théologal, qu’elle avait retenu à son service. L’homme entre en période de doutes profond sur la foi. Il va choisir de prendre sur lui les doutes de l’homme sur lui pour l’en libérer. Il nous racontera qu’il sera traversé par les doutes de la foi et ne s’en sortira qu’en mettant sa main sur son cœur pour toucher le credo qu’il avait enfermé dans la poche de sa soutane et faisant le vœu de service des pauvres.

Dès 1611, son ami Bérulle lui demande pour l’aider à se mettre au service de la paroisse de Clichy afin de récupérer François Gondren, un jeune prêtre dans l’institut qu’il fonde. Encore une fois de plus, Vincent écoute et il reçoit sa première paroisse. C’est dans cette paroisse qu’il découvre la vocation de curé et se dit heureux comme le pape : « je me disais à moi-même : «Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple !» Et j’ajoutais : «Je pense que le Pape n’est pas si heureux qu’un curé au milieu d’un peuple qui a si bon cœur.» Et un jour Monseigneur le cardinal de Retz me demandait : a Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ?» Je lui dis : à Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.» ­ a Pourquoi ?» ­ «C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous Monseigneur, n’êtes si heureux que moi.» (IX, 55)

C’est ensuite sur le conseil de son ami le Cardinal de Bérulle qu’il accepte le poste de précepteur chez les Gondi et va ainsi rencontrer la famille qui lui révèlera sa vocation. Il se met au service de sa nouvelle « patronne » Madame de Gondi et va sur sa demande, confesser un paysan employé sur les terres de la duchesse qui est mourant : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. » (XII, 180) Comme elle l’a suivi et notant le bienfait du sacrement, Madame la duchesse l’invite à prêcher sur la réconciliation, ce qu’il va  faire les jours suivant. La prédication sera suivie de multiples confessions ce qui va lui donner l’idée de créer une congrégation : la Congrégation de la Mission. Une congrégation pour réconcilier les gens des champs avec le Père Créateur. C’est cette même Mme de Gondi qui quelques années plus tard fournira les fonds pour qu’il puisse commencer à missionner sur ses terres afin que davantage de gens des champs puissent entrer en contact avec la grâce de Dieu.

Rendant encore service à son « mentor » le Cardinal de Bérulle qui souhaite intégrer un autre jeune prêtre : Johannes Lourdelot dans son institut, il est prié  d’aller le remplacer dans les Dombes lyonnaises à Chatillon.

Il doit accepter les conditions qui lui sont offertes. Il sera logé chez un noble protestant, avant de pouvoir disposer d’un presbytère décent. Cet homme est protestant, il va être touché par l’engagement missionnaire de monsieur Vincent va revenir à la foi catholique.

Il obéit de  nouveau à l’appel de deux dames de la paroisse qui viennent le voir avant une messe, « …un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres… » (IX, 243). Elles lui font  changer son homélie et il invite les fidèles à la charité. C’est ce geste et sa visite l’après-midi à la famille qui va lui donner l’idée de créer la première charité.

Nous le voyons c’est en obéissant à sa recherche pour le bien des siens et ensuite en obéissant aux personnes qui le sollicite qu’avance son projet, c’est en obéissant qu’il va est conduit à se met à la suite de l’Esprit-Saint pour déployer ses réalisations.

Cela ne s’arrête pas là, car la rencontre avec celle qui va devenir sa collaboratrice c’est à l’évêque du Bellay qu’il la doit. Il lui confie une dame de sa famille jeune veuve : Louise Marillac. Monsieur Vincent accepte cette femme de foi à la situation familiale douloureuse : elle est récemment veuve et qui a un fils instable. Il va la charger de visiter les charités naissantes et l’associer progressivement à son œuvre. C’est elle qui avec lui va organiser les premières consacrées servantes des pauvres : celles qui vont devenir les Filles de la Charité.

Comme ce portrait que je viens de vous dresser le montre, c’est par l’obéissance quotidienne aux médiations survenues dans sa vie, une fois son objectif choisi, que Monsieur Vincent va devenir le grand saint de la charité pour lequel le dossier de canonisation aura plus de 300 positions parlant de situations de charité qu’il a mises en place.

C’est par l’écoute attentive des personnes dont il s’est entouré pour parvenir à son honnête retirade qu’il va devenir le frère de tous les pauvres : sans-abris, filles à la rue, enfants abandonnés, déplacés de guerre, aînés, galériens, chrétiens esclaves des nations musulmanes.

Ne l’oublions pas quelques soit notre façon d’entrer dans le service du Christ, une fois notre objectif découvert, si nous nous mettons dans une disposition d’obéissance quotidienne aux évènements qui surviendront, nous serons sans aucun doute conduit là où Dieu nous attend : l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres dans les pas de Jésus.

Sur cette route restons toujours ancré en Jésus par l’oraison : ce cœur à cœur avec Dieu qui lui permet de s’établir fermement en nous. L’oraison étant conservé l’œuvre de Dieu pourra se continuer. Demandons à Monsieur Vincent, où que nous soyons sur la route de nos objectifs de réussite personnelle de nous maintenir dans cette écoute du Père et n’oublions pas les cinq petites pierres que Vincent a donné aux lazaristes pour vivre leur vocation. Ces cinq petites pierres de la fronde de David, celles qui lui ont permis de triompher de l’ennemi de la promesse : ces cinq vertus qui vont accompagner la vie du missionnaire et des vincentiens au service des plus fragiles de leurs frères : humilité, simplicité, douceur, zèle, mortification  

Rendons grâce à Dieu pour le chemin ouvert par Monsieur Vincent, continuons la louange en accueillant le don du Christ par son eucharistie

Partager sur twitter
Partager sur email
Partager sur print

Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j'ai "des bleus au cœur" quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J'en serai presque arrivé à en "broyer du noir", sans vouloir en venir aux poings avec personne.

Bernard Massarini

Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j’ai “des bleus au cœur” quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J’en serai presque arrivé à en “broyer du noir”, sans vouloir en venir aux poings avec personne.  

Mais tentons de “mettre noir sur blanc” la discussion, sans vouloir qu’aucun de nous qui ne soit mal à l’aise pour question de supériorité. Tentons seulement de remettre des couleurs dans un univers qui risque de devenir “gris”.

Ok, même si se faire traiter “de bleu”, bien que n’ayant rien de racial, n’est pas encore un compliment, je vous le confesse, lors de la dernière fête chez moi, c’était “noir de monde”, sans aucune connotation raciste. Retrouvant Kidgo mon ami togolais nous nous sommes embrassé, je savais qu’il n’allait pas déteindre…

Nous avons pris “un petit jaune”, n’ayant rien contre les chinois, même si leur façon de traiter les ouïghours ne nous plaît pas trop.

Durant le brunch, “un blanc” dans la communication nous a fait craindre la critique suprématiste alors que nous goûtions la joie d’être ensemble.

Nous avons arrosé avec “d’excellents rouge”, sans vouloir agresser nos frères indiens  d’Amérique qui ont beaucoup souffert du Covid-19.

Certains ont préférer “se descendre des blancs” sucrés, sans faire aucune allusions aux horribles chansons de certains rappeurs qui invitent à exécuter l’expression, et eux sans aucunes évocations des saveurs du terroir !

Quand l’éclair a claqué, alors que levait un violent orage, nous étions “verts de peur”, mais tenons à rassurer les martiens, s’ils le désirent seront bienvenus à la fête ! 

Rassurez moi, nous ne venons pas de “voir des éléphants roses”, mais ensemble je suis certain, nous allons continuer à mettre des couleurs à l’existence, car la palette des tons de la création émerveille encore toutes et tous lorsqu’elle produit l’arc-en-ciel !

Partager sur email
Partager sur print

Racisme et Humanité

Alors que nous sortons de la pandémie du Covd-19, une nouvelle épidémie nous contamine, le racisme, saurons-nous en sortir sans provoquer de morts ? Sans accuser politiques ni rejeter la presse ? Saurons-nous éviter une descente dans les bas-fonds d’une mémoire meurtrie ?

Bernard Massarini

Racisme et Humanité

Alors que nous sortons de la pandémie du Covd-19, une nouvelle épidémie nous contamine, le racisme, saurons-nous en sortir sans provoquer de morts ? Sans accuser politiques ni rejeter la presse ? Saurons-nous éviter une descente dans les bas-fonds d’une mémoire meurtrie ?

Depuis le 25 mai, comme vous, j’ai vu la terrible image de l’homme noir au sol, à Minneapolis, aux Etats-Unis, demandant à respirer, mourir sous les genoux d’un policier sachant qu’il était en train de tuer cet homme. J’ai été horrifié et révolté par ce qu’il est arrivé à Mr Georges Floyd. Il n’est cependant que l’une des multiples personnes de couleurs à souffrir la discrimination.

Quelques jours avant, le 13 mai, une jeune infirmière noire de Louisville, était malencontreusement tuée dans son appartement. Tout cela fait resurgir à la lumière ces actes injustifiables dont sont victimes les noirs dans un pays constitué de multiples ethnies.

Cela ne fait pas naitre en moi la haine de la police, mais me renvoie à la justice qui va devoir condamner les pratiques injustifiables de celles et ceux qui ont charge de protéger l’ordre dans nos sociétés. Le policier responsable de la mort de Mr Floyd d’abord accusé d’homicide involontaire, verra les jours suivant, la plainte requalifiée de meurtre. Cela semble plus juste. Mais n’oublions pas le 5 juin à Buffalo, un militant pacifiste chrétien de 75ans, déséquilibré par un policer, mourra de sa chute tandis qu’un twitt irresponsable et méprisant du président des Etats-Unis, le jour suivant le traitera « d’Antifa », justifiant cette nouvelle mort. C’est donc bien l’éthique de nos services de sécurité qui est en cause, notez tout de même que dans les jours ayant suivi la mort de Mr Floyd, la police municipale de Minneapolis a été dissoute pour tenter d’en recréer une plus saine et sure au service des citoyens. N’oublions pas non plus de saluer cette nouvelle !

Nous le savons, les Etats-Unis ont une longue et douloureuse histoire de rapport des races, un lourd passé d’esclavagisme, avant de parvenir une saine coexistence. La société croyait avoir gagné en respect et dignité après la longue marche civique du pasteur Martin Luther King. Quelle étrange nation capable d’écrire son histoire en élisant son premier président noir et plaçant comme successeur un populiste qui attise les tensions d’une société à fleur de peau.

Je rappellerai cette mésaventure d’un photographe animalier noir qui promenant son chien dans New-York le 26 mai demande à une dame blanche de bien vouloir garder son chien afin de prendre le cliché d’un oiseau. La dame appellera au secours la police prétextant une attaque. La police va tout d’abord plaquer la photographe au sol avant de s’excuser. Triste attitude de cette new yorkaise blanche qui a effectivement joué du privilège blanc. 

Tous ces cas nous renvoient au souvenir douloureux d’une histoire récente auquel le terrible film « Twelve years slaves » : la vie d’un noir dans les années 1840. Libre dans la partie nord de sa patrie, il est enlevé par des colons du sud qui 12 ans l’emploieront comme esclave dans la production de coton. Ne perdons pas la mémoire, mais écrivons un présent sans haine. Inventons une histoire réconciliée et résiliante.

Car ces derniers jours, nous voyons en de multiples endroits sur divers continents de statues de rois, d’empereurs, de navigateurs déboulonnées et jetées à la mer. En France, on se demande s’il ne faut pas enlever les rues mémoires jules Ferry, les statues de Louis XVI, Napoléon… ou cet élu qui le 11 juin, rebaptise la rue parisienne cuvier, un naturaliste raciste par celui de la première étudiante africaine noire. Si nous continuons à jeter aux oubliettes de l’histoire nos images, nous voilà revenus à la période de querelle iconoclaste du 9ème siècle. Ce temps où les empereurs d’Occident et d’Orient, interprétant les désastres de leur nation comme résultat de l’adoration d’images ont cherché à les faire disparaitre. C’est alors que nait plus d’une centaine d’années de batailles incessantes entre ceux qui défendaient le droit de vénérer le créateur en respectant les images comme espace de médiation entre monde sacré et mondé créé et ceux qui traitaient ces derniers d’idolâtres.

Christophe Colomb le vénitien du Portugal jeté à l’eau à Boston, Léopold II roi des belges, à Bruxelles, tagué, mais où va-t-on s’arrêter ? César n’a-t-il pas colonisé une bonne partie de l’Europe ? Napoléon n’est-il pas allé en Afrique après avoir essayé d’entrer en Italie et en Espagne? Le Japon Showa dans son ère expansionniste n’a-t-il pas réduit de nombreux asiatiques en esclaves ? Mehmet II le sultan truc, n’avait-il instauré un grand marché aux esclaves blancs à Constantinople ?

N’oublions pas, si nos ancêtres n’ont pas été des dirigeants modèles, toutes celles et ceux qui ont commencé par faire disparaitre les traces du passé ont toujours partie liée avec les courants nationalistes. Des courants qui ont conduit aux dictatures. Sachons conserver d’eux la mémoire, y compris controversée. Tirons de leurs expériences, de leurs écrits, des leçons pour ne pas reproduire leurs erreurs. Si nous continuons cette folie destructrice de la mémoire, nous risquons de perdre nos identités et d’entrer dans des conflits incessants qui nous conduiront aux régimes totalitaires et à la destruction.

Ne l’oublions pas, l’histoire du monde a été une série de mises sous tutelles de civilisations par d’autres. Les scandinaves poussant leurs conquêtes vers les terres du sud ont réduit les rus en esclavages de nombreuses années[1] ; les turcs et les berbères ont gardés en esclavages les blancs[2] (les femmes pour leurs harems et les hommes comme leurs forces de travail et leurs armées) ; les blancs ont utilisés les noirs comme leurs mains d’œuvre (pour produire le sucre et le coton)[3]. Triste mémoire, mais conservons-la pour lire et apprendre de ces mécanismes qui ont été source honteuses de richesses.  Veillons à ne pas reproduire de telles injustices.

Soyons disciples de Jésus qui vivait dans une terre colonisée par les romains. Un peuple partagé entre des purs qui ne souhaitaient aucun mélange : les pharisiens, et des autorités qui s’accommodaient d’une acculturation : les sadducéens, des peuples voisins en lutte sur les frontières : les syro-phéniciens, ou une tribu divisée par l’histoire religieuse fixiste : les samaritains. Au cœur de ces tensions Jésus va trouver des paroles de communion.

Aux sadducéens et pharisiens il rappellera qu’au lieu de se battre pour savoir quelles sont les lois à appliquer il faut retrouver, l’amour de Dieu et du prochain, leur sens respect du transcendant et service du prochain, comme le rappellent les dix commandements.

A une femme syro-phénicienne suppliant l’aide pour sa fille il accordera la guérison pour que continue la vie. A la femme de Samarie qui venait puiser de l’eau il rappellera que la vraie religion avant d’être affaire de traditions identitaires est soif de communion avec le Tout-Autre qui est proche de chacun.

Il n’hésitera pas une seule seconde à redonner la santé au serviteur du soldat envahisseur, saisissant en cet appel le besoin de compagnonnage du soldat pour continuer à vivre sa mission de surveillance en demeurant humain.

Soyons de ces humains capables d’inventer une nouvelle histoire de paix, qui racontera aux générations à venir les errements de ses ancêtres pour ouvrir des voies nouvelles pour une vie commune sur notre petite planète.

Hier entrant dans un des centres d’hébergement de la ville où j’habite, après avoir été sollicité une rencontre avec la direction, je m’approche d’un jeune couple africain qui écoutait des chansons sur leur téléphone, je demande maladroitement à l’homme d’où il venait. Il me reprend que nous avons beau ne pas avoir la même couleur, que nous étions tous sur la terre et que tous nous avions droit à vivre dignement sur celle-ci, que les frontières avaient été inventées par les hommes. Je m’excuse et leur explique que j’ai longtemps travaillé avec des sénégalais des camerounais, des malgaches et que chacun était vraiment différent, un miracle de cette terre que mon désir n’était pas de les blesser. Je leur demande s’ils le pouvaient, de m’excuser de ma maladresse.  Je m’éclipse pour mon rendez-vous et en me retirant, je fais le détour pour aller de nouveau m’excuser de ma question qui leur avait fait de la peine. Je leur redis qu’il n’y avait aucun de racisme de ma part, que j’étais, il y a quelques jours en conversation avec un jeune ami congolais sur whatsapp, hospitalisé à Kinshasa, après avoir été accidenté par un véhicule. Ce sera pour eux l’occasion de me dire alors leur tristesse d’être depuis 4 ans en centre d’hébergement, alors qu’ils aimeraient commencer à vivre normalement. Violence issue de leur rage de ne parvenir à s’insérer qui s’était traduite en crainte de racisme blanc face aux noirs.

Chaque vie, chaque être humain avant d’être noir, blanc, jaune, rouge, a deux yeux, deux oreilles, deux bras deux jambes exposées aux regards de tous, un cerveau et un cœur invisible, mais qui produisent la vie. Car le cerveau est ce qui anime toutes les pensées et le cœur, le siège des émotions qui conduisent vers les autres. Soyons ces infatigables artisans de justice faisant que tout acte d’incivilité soit justement sanctionné, mais surtout, attelons-nous ensemble à construire de vrais liens dignes de notre humanité, plurielle et un signe de la beauté de la création.

Comme le dit l’appel lancé par nos frères d’Amérique, animateurs de la famille vincentienne. « En 1649, Vincent de Paul écrivait les pauvres sont mon souci et ma douleur. Aujourd’hui en 2020, membres de la famille vincentienne nous redisons fermement ; la vie de hommes et femmes de couleurs comptent ». Les personnes de couleurs et toute vie comptent, à la suite de saint Vincent, dans les pas de Jésus, elles sont notre préoccupation et notre peine.

__________

[1] Gruzinski, Les quatre parties du monde, Ed La Martinière, Paris, 2014.

[2] R.C Davis Esclaves chrétiens maitres musulman, Ed Jacqueline Chambis, Cahors, 2006 ; N’Daye, Le génocide voilé, Folio, Paris 2017.

[3] Olivier Pétré-Grenouilleau, La Traite des noirs, Poche, Ed. PUF, 1998.

 

Partager sur print
Partager sur email