Nos mains tendues pour développer nos talents ! Homélie dimanche 15 novembre. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Dans son message pour la 4ème journée mondiale des Pauvres de ce jour, le pape François reprend cette invitation du livre de Ben Sira : ‘tends ta main au pauvre’. Une invitation pour nous à recentrer notre regard sur l’essentiel ; à surmonter les barrières de l’indifférence qui peuvent toujours s’installer et nous éloigner les uns des autres ; invitation à nous mobiliser pour le développement des talents reçus et que nous ne pouvons garder jalousement entre nos mains : tends ta main au pauvre, ouvre-toi à l’autre !

P. Christian Mauvais, cm

Nos mains tendues pour développer nos talents ! Homélie dimanche 15 novembre. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Dans son message pour la 4ème journée mondiale des Pauvres de ce jour, le pape François reprend cette invitation du livre de Ben Sira : ‘tends ta main au pauvre’. Une invitation pour nous à recentrer notre regard sur l’essentiel ; à surmonter les barrières de l’indifférence qui peuvent toujours s’installer et nous éloigner les uns des autres ; invitation à nous mobiliser pour le développement des talents reçus et que nous ne pouvons garder jalousement entre nos mains : tends ta main au pauvre, ouvre-toi à l’autre !

Les occasions ne manquent pas de tendre la main mais, spontanément, vers qui ou vers quoi le faisons-nous et avec quelle intention ! n’oublions pas que chacune de nos actions n’a d’autre but que l’amour et que rien ne doit nous en détourner. L’amour est partagé, dévouement et service envers autrui ; cette expérience est possible parce qu’elle s’enracine dans le fait que nous sommes les premiers aimés et éveillés à l’amour. Dieu, le 1er, nous a tendu sa main, par amour. Cette conviction peut motiver nos choix, affermir nos initiatives pour que nos talents soient mis au service de l’autre, notamment de celui qui est démuni en lui tendant la main. Par amour. Dans l’amour.

La main est le prolongement de ce qu’il y a dans le cœur ; qu’y a-t-il dans le nôtre, quelle est cette lumière qui l’habite, quelle est cette grâce qui l’anime ?

Aujourd’hui, il y a encore malheureusement trop de mains qui se tendent pour blesser, pour diviser, pour écraser, pour salir et même pour tuer ; des mains qui se tendent pour chercher à amasser pour soi ; des mains prisonnières des poches où elles sont enfermées comme paralysées à l’image de celles du 3ème serviteur qui enterre le seul talent qui lui a été remis ! il n’y a pas que la peur pour nous empêcher de faire fructifier nos talents, il y a l’indifférence, l’égoïsme. L’autre n’existe pas et sa présence ne nous mobilise plus. Attention aussi à la passivité et à l’endormissement qui peuvent nous gagner et dans lesquels le Seigneur peut nous surprendre.

Ces mains inertes qui ne s’ouvrent plus, qui ne se tendent plus en direction de l’autre, trahissent un rejet de la personne ; elles trahissent un regard devenu malade car indifférent au présent et au devenir de l’autre, de cet autre qui peut devenir mon frère.

Ces mains fermées sur elles-mêmes, qui demeurent dans les ténèbres, demandent à être guéries pour qu’elles retrouvent la direction du frère avec qui construire une histoire. Sachant que ces mains-là, peuvent être aussi les nôtres parfois et plus souvent qu’on ne le pense !

Par notre manière d’être, de vivre, rendons concret cet appel : ‘tend ta main au pauvre’, pour réveiller et rendre chacun vigilant, attentif à celui qui se tient là, à ses côtés. Voilà un lieu où nous pouvons investir nos talents pour que la compassion gagne du terrain, pour que les liens deviennent humains et nous rapprochent, pour que la parole soit libérée et ouvre au débat, au dialogue ! tendre la main peut devenir un lieu de reconnaissance de ces blessures et chemin de guérison.

Tous nous avons reçu, gratuitement, un ou plusieurs talents ; nous les avons reçus dans nos mains pour qu’elles s’ouvrent, se tendent vers l’autre. Tous, nous avons la confiance totale de celui qui nous les donne pour les faire fructifier ! ce don de l’Amour, est un don qui nous laisse toute initiative pour être créatifs ou non, d’oser nous risquer ou de nous laisser guider par la peur.

Nous serons félicités, non pas pour le résultat, le nombre de fruits obtenus mais sur notre capacité à oser, à inventer pour le bien de l’autre, à choisir et à décider de tendre la main au pauvre pour que lui-même puisse développer ses talents ; Heureux es-tu car tu as pris des risques en t’engageant au service des autres.  Heureux es-tu car tu as tendu la main au pauvre et que tu as créé une relation humaine avec lui, avec un cœur qui l’écoute et l’accueille. Heureux es-tu d’avoir posé avec d’autres, des gestes simples et quotidiens, gestes qui donnent un sens à la vie, qui l’embellissent, l’enrichissent d’humanité.

Heureux es-tu parce que le choix que tu fais de consacrer une attention respectueuse aux autres, aux besoins nombreux du pauvre, tu le fais gratuitement au nom de l’humanité qui vous est commune. Il n’y a pas de calcul dans la démarche faite par amour. Heureux es-tu car tu as osé t’approcher faisant mûrir les fruits que sont ‘le bien de l’autre, sa joie, sa dignité’.

Et si les mains qui ne se tendent pas au pauvre sont nombreuses, celles qui se tendent à lui sont beaucoup plus nombreuses encore et les événements vécus depuis mars dernier nous en donnent bien des exemples qui nous montrent que nous nous sentons de plus en plus responsables les uns des autres, que nous avons besoin les uns des autres pour grandir en humanité.

Demandons à l’Esprit de nous aider à voir les dons que nous avons reçus et à nous en réjouir car ils sont une grâce pour l’autre !  que l’Esprit nous éclaire sur la façon la meilleure de les faire fructifier en tendant la main à nos frères et sœurs. Qu’il nous montre les peurs qui peuvent tuer nos initiatives, nos élans, nos engagements et nous aide à les surmonter !

‘Tend la main au pauvre’ et tu ne seras pas surpris par la venue du Seigneur car c’est à lui que tu la tends cette main. Approche-toi de lui comme il s’approche de toi dans l’Eucharistie qui se vit réellement dans toute rencontre du pauvre, pour te rendre inventif et sans peur envers lui. Amen !

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Homélie du 18 octobre 2020. Affiliation de Vincent DUQUESNOY à la Congrégation de la Mission

« Qui enverrai-je ? » Éternelle question du Seigneur ! question qui traverse tous les temps et qui rejoint chacune et chacun d’entre nous dans son aujourd’hui. C’est dans notre Église, que nous sommes tous appelés, baptisés dans la mort du Christ, vivifiés par l’Esprit Saint, pour écrire une page de solidarité, d’amour et de communion fraternelle là où nous sommes et pour témoigner de l’amour de Dieu, de son désir que la vie l’emporte sur le mal et la mort !

P. Christian Mauvais, cm

Homélie du 18 octobre 2020. Affiliation de Vincent DUQUESNOY à la Congrégation de la Mission

« Qui enverrai-je ? » Éternelle question du Seigneur ! question qui traverse tous les temps et qui rejoint chacune et chacun d’entre nous dans son aujourd’hui. C’est dans notre Église, que nous sommes tous appelés, baptisés dans la mort du Christ, vivifiés par l’Esprit Saint, pour écrire une page de solidarité, d’amour et de communion fraternelle là où nous sommes et pour témoigner de l’amour de Dieu, de son désir que la vie l’emporte sur le mal et la mort !

« Qui enverrai-je ? » Ce n’est pas une question banale, à prendre à la légère. Elle est essentielle car elle est un appel à VIVRE, à vivre en se donnant ; c’est un appel de l’Amour, celui de Dieu, et l’Amour est toujours tourné vers le prochain. Démarche pleine d’humilité et de simplicité.

Oui, cet appel à vivre pleinement nous invite à sortir de nous-même nous offrant ainsi la possibilité de nous mettre en situation de partage, de service, d’écoute. L’autre rencontré devient celui qui m’aide à me retrouver, dans la démarche du don de soi, à m’ouvrir à la vie !

Si tu veux vivre, laisses-toi porter par l’Amour, et n’aie pas peur de répondre : « Me voici : envoie-moi ! » ; Dans cette réponse, tu trouveras le bonheur, tu connaîtras la béatitude. C’est le mouvement de la vie qui te traverse, c’est le souffle de l’Esprit qui t’enveloppe. La vie humaine naît de l’amour de Dieu, grandit dans l’amour et tend vers l’amour.

Etre envoyé à qui ? se donner à qui ? s’engager à quoi ?

Pour répondre à ces questions, comme chrétien et vincentien, il me semble que nous devons contempler Jésus que Dieu a envoyé par amour pour les hommes ; il est LE Missionnaire dont la personne et les œuvres sont totale obéissance à la volonté de son Père. Il est LE Missionnaire envoyé porter la Bonne Nouvelle aux Pauvres.

Jésus est le 1er mouvement d’amour en sortie pour donner vie à la création dans sa totalité. Notre réponse à l’appel de Dieu s’inscrit dans ce mouvement de décentrement ; notre disponibilité à être envoyés s’enracine dans celle du Fils ; c’est l’Esprit qui nous est donné pour qu’en Église, nous ayons la force de nous porter au-devant de nos frères, entrant ainsi dans ce que le pape François appelle « la dynamique du don de soi » qui peut aller jusqu’au don total de soi comme le Christ.

« La mission, « l’Église en sortie », ne constituent pas un programme à réaliser, une intention à concrétiser par un effort de volonté. C’est le Christ qui fait sortir l’Église d’elle-même. Dans la mission d’annoncer l’Évangile, vous vous mettez en mouvement parce que l’Esprit Saint vous pousse et vous porte »

Ce que nous avons à faire, à montrer, à dire, c’est de porter une Bonne Nouvelle et cela à toute personne mais en priorité aux personnes qui sont laissées facilement de côté par la vie qui les exclue de plus en plus, les jugeant peu fiables, peu capables, ces personnes abattues par les difficultés de la vie.

Nous porter les uns les autres au-devant de l’autre pour leur porter une bonne nouvelle ! il faut être bien dans sa peau, dans sa vie, dans ses relations. On ne porte pas une bonne nouvelle avec une tête d’enterrement, ni en traînant des pieds, ni en ne se supportant pas mutuellement ! Quel est donc le visage que nous offrons à celui que nous rencontrons ; avec quelle démarche nous approchons-nous de lui ? qu’est-ce qui est bon en nous que nous pouvons lui transmettre ?

 

Nous sommes porteurs d’une bonne nouvelle. Nous portons une parole bienveillante, constructive. Nous portons la joie, celle de ne pas être seul, celle d’être aimé, respecté dans sa différence, accueilli avec sa richesse propre. Nous portons la confiance qui permet à l’autre de se révéler, de mettre en valeur ses compétences, d’agir avec ses moyens ; nous portons la confiance qui ouvre des issues dans l’impasse de certaines vies, de certains lieux. Nous portons l’initiative de leur donner leur place dans la société, dans les structures mises en place, dans les invitations à participer, à construire, à donner leur avis ! oui, nous portons le Christ. Nous portons la Vie.

Oui, il faut être solide pour porter une telle envie de vivre , une telle joie de vivre ! Ce que nous portons c’est la vie, c’est un mouvement d’amour que nous transmettons, à travers une présence quotidienne, des gestes simples qui respectent, qui mettent en valeur la personne.

Vincent, avec Aurélie ta femme, avec Faustine et Axel, tes enfants, vous vous portez les uns les autres en famille pour porter le Christ, bonne Nouvelle entre vous et pour tous ceux que vous rencontrez. C’est une expérience ecclésiale. Aujourd’hui, tu choisis de continuer ce chemin en t’inspirant de la spiritualité de St Vincent, plaçant le pauvre au centre. Pour cela, il nous revient, à toi et à nous tous, de choisir chaque jour les lieux éloignés qui nous obligent à sortir de nos routes et de nos rencontres habituelles pour être proches de celui qui est loin !

Nous portons le Christ, la Vie, comme le rappelle François : « le véritable missionnaire ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne »

Ne perdons pas cette relation personnelle d’amour avec Jésus vivant dans son Église. Si tu es habité du Christ, animé de son Esprit, c’est Lui que tu donneras au monde, c’est son message que tu transmettras

Comme Marie, sa mère nous serons  disponibles pour répondre ‘me voici, envoie-moi !’ La prière, par laquelle Dieu touche notre cœur, nous ouvre aux besoins d’amour, de dignité et de liberté de nos frères et sœurs.

C’est sur le terreau de la générosité, de l’espérance et du don total de soi pour un autre avenir où chacun sera reconnu, accueilli et aura sa place, c’est sur ce terreau-là que se déploie notre élan missionnaire. C’est là que le Christ nous attend aujourd’hui, comme ses disciples, hier, en Galilée.

Bonne route, bonne mission.

 

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Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu ! Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

P. Christian Mauvais, cm

Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Mot d’accueil.

Frères et sœurs, bienvenue !

C’est une joie pour nous tous que de vous accueillir aujourd’hui dans cette Chapelle restée fermée à toute personne pendant plusieurs semaines. Elle n’en est pas pour autant devenue un tombeau sans aucune respiration, sans aucun mouvement de vie, sans aucun rassemblement. Chaque jour, la communauté s’est retrouvée ici, pour chanter les louanges, prier, méditer, célébrer et ces temps devant le Seigneur vous rejoignaient ; vous étiez présents avec nous, vous, vos familles, les personnes malades, hospitalisées, décédées, l’ensemble des soignants, toute personne dévouée sans compter etc…. cette chapelle n’a jamais été fermée à la vie ; à toute présence humaine. Ce n’était pas un silence de mort mais une musique de vie qui y régnait !

De vous voir ce matin et en bonne santé, cela fait plaisir car le visage de quelqu’un est irremplaçable ; il est notre vis à vis, ce face à face nécessaire pour respirer à plein poumons la vie offerte et reçue. Prenez le temps de vous regarder pour vous souhaiter la bienvenue, et ne pouvant le faire par un baiser de paix comme nous y invite st Paul, nous pouvons nous applaudir en signe d’accueil joyeux !

C’est un commencement… il y a encore de la place et chacun pourra peu à peu revenir s’asseoir, offrir, recevoir. Ces places vides peuvent nous donner le vertige et nous faire nous lamenter. Regardons-les plutôt comme un appel qui nous est adressé chaque dimanche : laisser une place à ce frère, cette sœur absent aujourd’hui et que nous souhaitons inviter, qui ne se sent pas encore prêt à venir avec nous, qui n’a pas encore compris à quel point il est aimé et attendu !

Le rassemblement eucharistique ne sera vraiment réalisé, que le jour où il ne manquera aucune personne , où chacun sera reconnu pour ce qu’il est, nécessaire pour former le Corps du Ressuscité qui est remis dans le cœur de notre Père.

Déjà avec vous, il y a tant de personnes dont vous portez la vie, avec leurs joies et leurs angoisses, leurs deuils, leurs désespérances ! toutes ces personnes connues, aimées, rencontrées.

Cette crise nous révélant notre fragilité personnelle et collective, nous rend humbles et nous invite à l’abandon et à la confiance. C’est dans notre faiblesse que la Grâce trouve la place pour produire ses fruits. Elle nous fait passer du ‘chemin du moi’ au chemin de Dieu et des autres.

Présentons-nous ensemble devant le Seigneur pour lui dire simplement MERCI, lui demander PARDON ; qu’il nous purifie dans son Esprit qui fait notre unité, qui fait de nous tous une même famille.

HOMÉLIE

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu !

Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

Qui donc est ce Père qui nous reçoit chez lui, qui nous reconnaît et nous aime comme ses enfants, qui nous regarde avec ce regard unique, celui-là même qu’il porte sur son Fils bien-aimé ? Moïse a été le témoin de l’identité de ce Dieu dans sa rencontre avec lui sur la Montagne au moment de conclure une alliance, de s’engager dans une Promesse. Moïse a demandé le nom de celui qui devenait son partenaire dans l’Alliance car on ne s’engage pas à la légère, avec un inconnu quand il s’agit de son avenir. Dieu descend et vient se placer auprès de Moïse : « le Seigneur… Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Devant ce dévoilement de l’identité de Dieu, Moïse se prosterne et invite Dieu à rester auprès de son peuple, à marcher au milieu de ce peuple car, reconnaît-il, c’est un peuple à la nuque raide qui a besoin d’être relevé par le pardon pour devenir héritiers d’une Promesse de Vie.

Dans ce dialogue, chacun a pu dire qui il est, en vérité et dire ce qu’il espère. Devant tant de bonté, de miséricorde de la part de Dieu, l’homme ne peut que demander d’être accompagné et renouvelé par le pardon. Une juste relation commence. Se connaître pour faire alliance, demeurer en communion, sachant que c’est dans le regard de l’autre que nous découvrons ce que veut dire aimer, être aimé. Le regard de Dieu transforme, met au jour ce que nous sommes !

Qui donc est ce Père  qui nous donne son Fils, qui accepte que son Verbe prenne chair pour nous ouvrir le chemin qui conduit à cette béatitude en Dieu ? En Jésus, nous découvrons combien nous sommes aimés, portés et conduits à la Vie et donc porteurs de vie !

  • Ce temps de confinement nous a appris en quelque sorte à nous connaître personnellement et dans notre relation avec les autres et celle avec Dieu. Il a fait naître chez certains, la peur de la mort, la sienne et celle des autres, la peur de la contamination, de la maladie, la peur de l’autre et ces sentiments ont pu dominer nos pensées, le rythme de nos vies, les sujets de conversation, et peut être aussi nous replier sur nous-mêmes, nous fermer à la vie, au risque. Une souffrance car nous ne sommes pas faits pour cela mais pour être ensemble, marcher ensemble, donner sens ensemble, nous aimer les uns les autres !
  • Ce temps de confinement a permis dans bien des endroits à ce que les gens se découvrent  et se reconnaissent ; ils étaient proches par l’habitation et pourtant ne se connaissaient pas. Ils ont appris à se dévoiler, à se montrer, à se dire et à agir ensemble. Il y a eu de belles expériences de communion ; un grand pas a été fait pour vivre une alliance nouvelle dans des quartiers, des immeubles, des rues, des lieux de travail, pour s’engager autrement dans la vie, en comptant sur l’autre et en se tournant vers l’autre. Une joie car le regard porté sur les autres a ouvert les cœurs, les mains, les portes. Une autre respiration pleine de vie !
  • Pour certains, ces conditions incertaines et source de peine ont été l’occasion de donner une autre place à la prière, la foi, la vie remise entre les mains de Dieu avec confiance.

D’une manière ou d’une autre nous avons expérimenté cette proximité de Dieu au milieu de nous malgré les apparences, nous avons reconnu notre vulnérabilité, notre fragilité, notre humanitude ! nous nous sommes reconnus comme personnes à la nuque raide,  braqués, raidis parfois dans notre analyse de la situation, notre jugement, et compréhension de la réalité et que nous avons refusé de comprendre ce qui nous était dit, proposé comme chemin pour  consolider notre communion.

Et là nous sommes en plein dans le Mystère de l’Amour. Nous faisons, très petitement, l’expérience de ce qui se passe en Dieu où le Père ne cesse de regarder son Fils et l’humanité, où le Fils ne cesse de regarder son Père où il retrouve ses frères et sœurs. Merveilleux mouvement de l’Esprit qui ouvre largement notre regard vers l’autre et qui nous rend si heureux. L’humanité a été traversé par ce souffle de renouveau et nous nous sommes assouplis dans nos raideurs, dans nos liens.

Fêter la Trinité c’est fêter cela. Notre engagement les uns envers les autres pour la vie, pour les plus fragilisés, démunis, oubliés. L’identité de Dieu que nous recevons,  nous oblige à nous tourner vers les autres et surtout vers ceux qui ne sont pas regardés, le faire avec compassion, bonté, douceur, porteurs de Paix.

Une base nouvelle pour vivre une alliance durable. ‘Laudato Si’ en est un contrat, qu’il nous faut relire, aborder pour découvrir l’unité et la beauté du monde, de la création ; qu’en fait tout se tient dans un mouvement d’amour, de vie.

Prenons du temps pour faire une lecture de ce temps vécu bien malgré nous ? qu’en retenons-nous pour avancer sur le chemin de la vie ? qu’avons-nous envie de continuer à pratiquer, à mettre en œuvre pour une nouvelle humanité, pour prendre soin des autres, de la création ? quel temps se donner pour reconnaître dans la foi, que Dieu marche au milieu de nous, comme Celui qui est plein de douceur, de vérité  et qui nous invite à changer notre regard sur le monde, sur les autres, sur notre fonctionnement, ?

Dieu est quelqu’un de profondément bon et juste, qui nous aime tant qu’il ne recule devant rien pour que nous entrions dans sa vie d’amour : il nous a donné son Fils. Que faisons-nous de ce cadeau ? comment nous mettre dans son écoute pour demeurer dans son Alliance et marcher vers la Vie ?

Bonne fête et encore bienvenue dans ces rassemblements d’Église.

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« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis : « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous,… il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

P. Christian Mauvais, cm

« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Nous voici, depuis une semaine, arrivés à ce moment que tous espérions, attendions avec plus ou moins d’impatience, sortir enfin de ce confinement. Et nous découvrons que nous ne sommes pas aussi sûrs de nous que nous pouvions le penser !

Que les changements qui se dessinent ne gâchent pas le plaisir de nous revoir et de reprendre pieds dans nos vies !

Il y a encore ce mélange de peur, d’angoisse, de remises en question, de méfiance et toujours ce besoin de se protéger. Beaucoup se sentent quelque peu perdus, désorientés, engourdis. Les repères ne sont plus les mêmes.  Il nous faut, en quelque sorte, réapprendre à vivre avec les autres, (vivre avec un masque, garder une distanciation…) à trouver d’autres gestes sécurisants tant pour se déplacer, se rencontrer, se parler. Ce sentiment d’être un peu seuls, fragiles, dans ce monde d’après, qui commence à peine, où règne malgré tout et davantage l’incertitude et l’imprévu. Nous ne pouvons plus tout programmer comme avant. Alors, où trouver des ressources pour vivre dans cette incertitude ? ne serait-ce pas l’occasion de redécouvrir, d’expérimenter ce que veut dire : ‘mettre sa confiance dans le Seigneur’ et ‘nous mettre à l’écoute de l’Esprit’ ?

Toute proportion gardée, ne sommes-nous pas dans la même situation que les disciples qui sont troublés, déstabilisés quand Jésus leur parle de son départ ! dans la même situation qu’ils traversent après la disparition de leur ami. Ils sont déboussolés, dispersés et doivent réapprendre à vivre, à se retrouver entre eux, à se dire leurs craintes comme celle d’être arrêtés, leurs peurs de sortir, de s’exposer, et leur besoin de se protéger.

Il leur faudra du temps pour découvrir qu’une présence les accompagne, les rejoint, les réconforte ; c’est à force de fréquenter les Ecritures, de les lire et relire qu’ils comprennent ce qu’ils vivent et à force de se retrouver autour du partage du pain. Ils font cette expérience nouvelle de la présence et de l’action de l’Esprit.

Nous-mêmes, nous avons eu la chance de vivre, pendant le confinement, ces deux temps forts : la lecture des Écritures et l’Eucharistie. Nous ne sommes donc pas trop démunis pour aborder demain avec ses incertitudes, cette difficulté de prévoir à long terme.

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis :  « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, … il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

Croyons-nous suffisamment en cette force qui nous est donnée, qui est en nous et qui nous met en communion avec le Christ vivant auprès de son Père. Pouvons-nous désespérer, avoir peur indéfiniment ? Nous sommes accompagnés sur ce chemin où la vie est la même mais où, pourtant, bien des choses peuvent être modifiées, être revisitées dans nos comportements par ex. car nous avons été changés, touchés par ces semaines de confinement.

L’Esprit peut nous aider à définir la nouveauté que nous souhaitons voir installer dans nos vies, nos modes de fonctionnement, de rapports aux autres, nos modes de déplacements, de consommation etc… car ce temps est l’occasion de nous engager dans un vaste chantier avec d’autres croyants et bonnes volontés ; il n’y a pas de solutions toutes faites ; il nous faut repenser à tout cela et il s’agit donc d’écouter la voix de l’Esprit pour faire ce travail de discernement dans les lieux où nous sommes déjà̀ engagés.

N’est-ce pas un signe de l’Esprit que cette invitation du pape à célébrer Laudato Si, en nous demandant quel est le monde que nous voulons laisser aux plus jeunes, en portant attention à la clameur de la Terre et à celle des Pauvres, en prenant soin de la Création ?

L’Esprit n’est-il pas créativité, créateur de neuf ? n’est-il pas celui qui nous évite de revenir à un passé stable, à ne pas nous figer sur l’immédiateté, le frivole mais à nous fixer sur l’essentiel ! Dieu s’engage à nos côtés comme il l’a toujours fait. Il est là, proche, en nous. C’est l’Esprit du Fils, il ne nous laisse pas tomber.

Ne nous laissons pas disperser par le dé-confinement mais sauvegardons cette unité qui s’est construite pendant ces semaines, cette place redonnée à l’humain et surtout le plus fragile, ce nouveau regard sur des corps de métier qui sont essentiels à une vie ensemble.

Manifestons plus de charité, de compassion les uns envers les autres, plus attentifs à autrui, plus de respect pour le monde qui nous environne ; il y a des occasions de nous rendre meilleurs !

L’Esprit nous presse à sans cesse prendre et reprendre la route, avec confiance, prêts à ne pas recopier mais à créer du neuf.

La Pentecôte approche, demandons les secours du Guide intérieur ! Pour sortir des cénacles où nous nous confinons, pour prendre la route vers les espaces où Jésus nous envoie, nous avons besoin du Souffle divin. Ce Souffle est suffisamment fort pour faire quelque chose d’intéressant de ce qui nous attend ! ayons confiance, nous ne sommes pas orphelins !

Comme le dit St Paul : « puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit’ !

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Funérailles du P. Benoît NDZANA CM. Homélie et témoignage

Nous continuons à être bousculés, touchés dans notre fraternité commune. Un autre frère quitte cette communauté pour rejoindre la maison du Père ; il nous laisse une place vide et nous sommes sans voix. Nous avons mal de son absence. Son chemin comme homme, comme croyant, comme missionnaire se termine. Il est arrivé au bout, laissant pour nous un goût d’inachevé tellement son départ nous a surpris et comme disait l’un de nous " Il n’a pas eu le temps de nous dire au-revoir ! "

P. Christian Mauvais, cm

Funérailles du P. Benoît NDZANA CM. Homélie et témoignage

Chers confrères, chers amis : notre frère, Père Benoît NDZANA BIKELE nous a quitté.

Ce soir, réunis dans cette chapelle, nous sommes en communion avec les membres de la famille de Benoit, et tous ceux et celles qui l’ont connu au Cameroun, paroissiens, voisins,  tous ses amis qui vivent un temps de prière en ce moment  ; j’entends et je comprends la souffrance de sa famille qui n’a pu voir le corps de Benoit, seul le cercueil est le témoin de son départ. Leur souffrance aussi de ne pouvoir participer à cette célébration.

Nous sommes en communion avec ses frères et sœurs en France, ses nombreux amis, ses confrères de sa Province d’origine, avec les Filles de la Charité qui sont à l’origine de sa vocation vincentienne ; En communion avec ses confrères, les résidents et le personnel de l’EHPAD son dernier lieu de mission où il allait, heureux, célébrer chaque jour, être cette présence douce et écoutante.  Notre communion englobe toutes ses connaissances de partout, qui auraient voulu être parmi nous, ici même pour prier ensemble, espérer ensemble, nous réconforter ensemble et adresser une dernière parole, un dernier geste affectueux à Benoit.

Je salue chacune et chacun d’entre vous qui nous suivez et écoutez sur les réseaux sociaux. La communion n’est pas un vain mot ; elle fait de nous un même corps qui souffre et qui espère, qui prie et s’en remet avec confiance à Dieu qui ne déçoit pas.

Nous continuons à être bousculés, touchés dans notre fraternité commune. Un autre frère quitte cette communauté pour rejoindre la maison du Père ; il nous laisse une place vide et nous sommes sans voix. Nous avons mal de son absence.

Son chemin comme homme, comme croyant, comme missionnaire se termine. Il est arrivé au bout, laissant pour nous un goût d’inachevé tellement son départ nous a surpris et comme disait l’un de nous ‘ Il n’a pas eu le temps de nous dire au-revoir !’

Son chemin avec nous se termine pour s’épanouir dans l’émerveillement, dans la contemplation de Celui qu’il a suivi, aimé, servi, appris à connaître  et à faire connaître : le Seigneur Jésus, le Ressuscité.

Entre les mains, dans le cœur, nous avons ce que nous avons reçu de Benoit, de sa vie de missionnaire, de confrère, de sa vie de prière, de service : nous nous sommes partagés hier au soir les fruits  que l’Esprit nous a donné de récolter ; ils ont un goût de bonté, de douceur, de fidélité, d’attention. Ces paroles échangées au sein de la communauté donnent du poids à l’humanité de Benoit. Elles résonnaient vrai, juste et soulignent la place qui était la sienne, discrète, fraternelle.

Soyons fiers et heureux de ce que Benoit nous laisse comme témoignage, il ne peut que nous enrichir et nous aider à progresser. Cette beauté de vie, offrons-la ensemble au Seigneur au cours de cette Eucharistie avec notre merci et notre pardon.

Homélie.

Benoît, un frère. Un père

Il le fut pour les membres de sa famille bien sûr, pour ses nombreux amis ; il le fut pour les paroissiens dont il a eu la charge ; il le fut pour les jeunes confrères de la Vice Province du Cameroun. Premier lazariste camerounais, il est devenu l’aîné, le grand frère, celui qui a ouvert un chemin que beaucoup d’autres n’ont pas hésité à prendre, risquant leur vie à la suite du Christ en prenant St Vincent de Paul comme modèle.

Benoit savait exprimer sa joie aux jeunes qui s’engageaient sur ce même chemin car il voyait là, la Congrégation de la Mission en train de s’implanter en terre africaine et cela était son bonheur. Il a accompagné ces jeunes comme un aîné dans leur stage missionnaire, avec ses limites mais totalement dévoué à tous ; il savait leur être présent, eux qui venaient passer le WE à la mission de Nsimalen. Il se sentait responsable de ce chemin ouvert et de ceux qui l’empruntait pour leur bonheur.

Comme Barnabé et Saul, il savait se réjouir de ce que la Parole de Dieu prenait racine et d’incarnait dans son pays, appelait des personnes à écouter cette Parole de vie, à s’engager en église. Joie du missionnaire qui s’est laissé toucher le premier par cette grâce jusqu’à en être transformé !

Comme frère et comme père, Benoit le fut vis à  vis de ses confrères. Il était d’humeur égale, assez discret, avec une pointe d’humour,  toujours disponible ; un confrère très agréable nous souligne un de ses anciens de communauté. Homme souriant et généreux, qui jamais n’a eu une parole critique, méchante contre ses frères.

Benoît, un missionnaire

Originaire du centre du Cameroun, il avait la sagesse du paysan ; rassembleur, il cherchait le consensus dans les différends entre familles. Ordonné à Nsimalen, la population était très heureuse de voir l’un de ses enfants devenir prêtre missionnaire. Une âme de missionnaire ! homme de foi, de prière, tout donné dans la célébration de l’eucharistie, dont les prédications marquaient les gens. Plusieurs de celles-ci circulent sur les réseaux actuellement.

Etant du terroir, connaissant de l’intérieur les us et coutumes, il a éclairé les confrères missionnaires dans leur mission sur place, il a su les faire entrer dans l’intelligence des coutumes, d’une histoire, leur permettant de les habiter, d’en faire leur demeure, de se situer au mieux, d’être dans une relation la plus juste possible. A ce niveau-là, il fut formateur comme il le fut auprès des catéchistes adultes ! Les paroissiens aimaient s’adresser à lui car il était l’un d’eux, donc plus à même de les comprendre.

Mais ce ne fut pas toujours simple. Il y a eu un combat à vivre pour rester fidèle à sa culture et s’ouvrir à la dimension missionnaire sur d’autres horizons sans rien renier de son appartenance locale. Il a connu comme Paul, Barnabé et les autres cette tension pour que l’Evangile soit annoncé, accueilli dans toutes  les cultures, fécondant de nouvelles terres.  Joie et souffrance de tout missionnaire pour demeurer fidèle à ses racines et à l’Evangile. Joie et souffrance qui sont fécondes. « que les peuples, Dieu te rendent grâce, qu’ils te rendent grâce tous ensemble’ !

Benoît, un homme de souffrance

Il a souffert dans son corps, dans son être. Les ennuis de santé n’ont pas été absents de sa vie et cela l’a marqué. Profondément. Il y a eu des répercussions sur son ministère mais ne l’a pas appauvri ;

Cette vie avec ses limites sanitaires l’a conduit à se retrouver au Centre médicalisé pour un repos ; une préparation à vivre un ministère en EHPAD où il fut heureux de s’y rendre, d’accompagner, de célébrer ! il y était très régulier. Sa vie était donnée aux autres, comme auprès de l’Association Pour l’Amitié où il aimait se rendre pour les rencontrer et célébrer avec eux.

Benoît, homme bien vivant

Comme l’écrit un de ses amis, ‘Benoît, avant de le rencontrer, on l’entendait…il avait une voix douce et un rire qu’on ne pouvait pas imiter’. Bonté et joie de vivre.

Homme étonné et curieux de tout : il était homme de mélange avec la musique et lectures d’ici et celles de son terroir ;  il a été façonné avec ses apports différents.

Je ne l’ai pas connu jouer au foot ou pratiqué tel ou tel sport mais nous savions son amour du foot ; il ne ratait pas un match à la télé ! c’était sa joie, une autre de ses passions. Mais bien avant cela, il a créé une équipe de foot à Nsimalen, qu’il a entrainé avec sérieux. Il s’y est donné, souhaitant de toutes ses forces en faire une grande équipe.

Il a eu la joie d’aller à Rolland Garos pour le tournoi de tennis, heureux d’y avoir vu des grands joueurs. Personnes importantes. Important il le devenait.

Une vie ne se résume pas en quelques lignes ; elle se reçoit, elle nourrit ceux qui prennent le temps de la lire, de la contempler ; elle ne nous appartient pas ; elle nous est donnée et celle de Benoit, aujourd’hui nous l’offrons comme ce que nous avons de précieux, de beau. Merci Benoît pour ce que tu fus avec nous et pour nous et pour tous ceux et celles que tu as rencontrés, accompagnés, écoutés, annonçant l’Evangile, cette Bonne Nouvelle que Dieu nous aime « Je suis la Lumière et je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres ».

Toi qui a mis ta confiance dans le Seigneur, tu es illuminé de sa présence, enveloppé de sa lumière et tu comprends, tu saisis en plénitude l’Amour dont tu es aimé de toute éternité et pour l’éternité. Repose dans cette Paix.

Je veux donner un visage africain a St Vincent. Ton désir. Y as-tu réussi ? peu importe ! L’essentiel, est que tu as semé, planté et ce désir se réalise avec le temps. Ce qu’il y a de sûr, c’est que l’Esprit Saint a imprimé St Vincent sur ton visage qui transpire les vertus de simplicité, d’humilité et de charité. Merci Benoit pour ta Fidélité.

TÉMOIGNAGE

Père Christian Mauvais :

Mon père, je vous ai eu hier brièvement au téléphone quand j’ai appris le décès de Benoît Ndzana mon frère et ami. Je voudrais mettre ici quelques mots pour accompagner Benoît que je connais.

Je sais combien de fois il est déconseillé dans des circonstances comme celles-ci, de ne pas faire de panégyrique et encore plus, d’hagiographie du défunt. Autrement dit, ne pas le transformer en saint, même si, et nous devons le rappeler en regardant Benoît aujourd’hui sans vie, la sainteté est notre but à tous. Vous savez que si vous voulez devenir quelqu’un de parfait, il vous suffit de mourir pour devenir irréprochable : on ne se souvient que de vos qualités, passant sous le manteau vos défauts.

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas suivre ce que je viens de dire plus haut, je m’en détourne même volontairement, car vivre au loin comme je le fais la mise en terre de Benôit avec lequel j’avais encore tant de choses à vivre, sans avoir avoir envie de m’épancher, c’est mission impossible… Benoit fut un personnage dans la vie de l’Eglise qui est au Cameroun et dans la famille de Saint Vincent de Paul

C’est bien volontairement que je parle de “personnage”.

Effectivement, avant de rencontrer Benoit, généralement, on l’entendait … et de loin. Il avait une voix douce et un rire qu’on ne pouvait pas imiter, il suffisait de tendre l’oreil. Nous nous sommes connus au Cameroun, c’était le Lazariste, celui qui disait vouloir donner un visage africain à Saint Vincent de Paul. Ensuite nous nous sommes retrouvés à Paris. Il m’avait appelé et était venu me voir. Nous ne nous sommes plus jamais perdus de vue. C’était à l’évêché d’Evry. J’ai donc découvert un ainé, un compagons disponible et serviable. Benoît ne conduisait pas de voiture en France, il se déplaçait donc en transport en commun mais était toujours à l’heure au rendez vous que vous lui donniez. Il avait toujours le même sourire. 

J’ai découvert l’homme spirituel aussi. Il priait beaucoup. Comment ne pas parler des messes avec lui notamment à Lourdes où nous avons été tous les deux ou encore sur les traces de saint Vincent de Paul le fondateur de votre congrégation à Châtillon. Je me souviens de ses prédications percutantes. Depuis l’annonce de son décès, des extraits de ses prédications sortent des téléphones portables pour habiter les réseaux sociaux signe qu’elles ont marqué plus d’une personne.

Benoît est né dans la région du Centre au Cameroun dans un village appelé Nkolmeyang le 12 décembre 1956. Il avait donc la sagesse du paysan. Au moment où je l’écris je vois Benoît rassembleur, cherchant toujours le consensus dans les différends de famille et quand il était solicité.

Je me souviens, il y a quelques mois, de passage à Paris pour les obsèques d’une de mes nièces, j’ai trouvé que Benoit avait pris les choses en main. Pendant la veillée, il était plongé dans la lecture de son breviaire. Et quand il a fallu le reconduire à sa communauté, dans la voiture, j’ai découvert qu’il lisait un autre recueil – un recueil de Bossuet, immense prédicateur et génial orateur du 17ème siècle. Eh oui : Benoît lisait Bossuet dans le texte. Ceux qui connaissent, apprécieront. Il pouvait je crois donc mélanger sa sagesse africaine aux texte du 17ème pour composer une prédication digeste et instructive pour tous.

Oui, beaucoup d’entre vous connaissez votre confrère, moi je connais l’ami et le compatriote. Je parle de l’homme étonné et curieux de tout : musique religieuse, musique de son terroir: dans son téléphone d’un autre siècle au regard de ce que les nouvelles technologies nous offrent aujourd’hui, vous trouverez donc, Athanase Atéba Bikele un de ses ainés dans le sacerdoce, Bikoula Atéba, Pie Claude Ngumu à côté de Didier Rimaud, Jo Akepsimas comme les chants de Taizé, – dans sa bibliothèque Bossuet cotoie Engelberg Mveng et Fabien Eboussi Boulaga deux Jésuites camerounais et tous les ouvrages de Charité de Frederic Ozanam – Benoît était un fils de la spiritualité française doublé d’un négre-africain.

Pour résumer Benoît, il faudrait un savant mélange de Don Camillo, de soeur Marie-Thérèse des Batignolles et puis j’aurais voulu dire de saint Vincent de Paul dont il a voulu suivre les pas. Je ne sais pas s’il y est parvenu mais il a essayé de toutes ses forces, voilà pourquoi je témoigne. Ce mélange détonnant autant qu’étonnant, était lié et je n’ai pas peur de la comparaison, par le personnage du Curé d’Ars, car avant tout, n’en déplaise à certains, Benoît était un homme de foi, un authentique serviteur de Dieu, toute comparaison avec des déséquilibrés existants ou ayant cessé d’exister n’étant bien sûr pas à faire, faut-il le préciser.

C’est justement de cette foi que Benoît aurait peut-être aimé que l’on parle plus que de lui aujourd’hui. Mais elle lui était tant chevillée au corps qu’il serait bien présomptueux de différencier les deux. Son amour viscéral pour l’Eglise, sa dévotion au saint pape Jean-Paul II et à son saint Patron, Benoit, sont pour moi autant de points de repère parmi d’autres qu’il nous laisse pour un héritage vivant qui tourne vers Dieu celui qui veut bien l’accepter.

Quand il est entré à l’hôpital, que j’ai été informé, je n’ai pas vu le pire arrivé, puis on m’a dit qu’il a été plongé dans un coma artificiel pour qu’il ne souffre pas m’a t-on dit, pour moi et pour beaucoup d’entre nous, nous étions persuadé qu’il allait se lever et être avec nous à nouveau. Quand on nous a dit qu’il avait été entubé, nous savions qu’il allait arracher, non retirer délicatement les tuyaux et autres câbles pour nous revenir.

Je crois que l’équipe médicale de Cochin l’a assisté remarquablement, elle nous a même rassuré à un moment tout en nous disant que s’il survivait, jamais il ne pourrait reprendre sa vie d’avant. En fin tacticien, il ne s’est pas laissé prendre au piège tentateur d’une survie qu’il aurait bien eue du mal à accepter. La mort aujourd’hui, est pour lui le passage vers la vraie Vie. Benoît a vécu ce temps de confinement qui l’emporte finalement d’une manière spéciale, temps de carême, de purification, nous nous le disions dans nos échanges. Heureux qui meurt dans le Seigneur…

C’est dans cette Vérité, dans cette foi simple en Jésus-Christ Sauveur des Hommes, que Père, nous vous prions de confier Benoît NDZANA BIKELE dans cette cérémonie dépouillée. Mais pour Benoît NDZANA comme pour beaucoup d’entre nous, rien n’est plus doux que l’Eucharistie.  Père BENOÎT, en serviteur infatigable de l’Evangile dans la Vigne du Seigneur, n’a pas ménagé sa peine tout au long du jour pour buriner la Parole de Dieu avec le ciseau de fer et le poinçon dans le roc et le bronze de nos vies. Demandons à Dieu de l’accueillir dans cette Vérité qu’il n’a eue de cesse de nous annoncer.

Pour conclure, j’aimerai vous transmettre deux choses.

Tout d’abord, Benoît, avec sa finesse légendaire et sa manie d’annoncer ses quatre vérités, a blessé des personnes, s’est même brouillé durablement avec certaines. Ne lui en voulez pas. Mieux même : pardonnez-lui. Car, humblement, le petit enfant qui apparaissait parfois en lui, vous demande ce pardon. Si vous n’avez pas pu vous réconcilier avec lui de son vivant terrestre, laissez Dieu notre Père miséricordieux vous réconcilier avec Benoît, maintenant qu’il est entré dans la Vie Eternelle. Sans avoir su peut-être l’exprimer, il nous aimait chacun profondément, comme le prêtre qu’il n’a cessé d’être, comme un frère, comme un pécheur tout simplement.

Et puis, enfin, quelque chose qu’il n’a certainement pas eu le temps de vous dire. Je l’ai dit au début de ce mot, Benoit voulait un visage africain de saint Vincent de Paul. Il a ouvert la voix au Cameroun et en Afrique centrale à la Congrégation des Lazaristes. Je sais qu’au fond de lui, il aurait voulu être cette pierre sur laquelle se bâtit la Charité de Saint Vincent de Paul à Nsimalen. Pensez-y. C’est possible. Benoît aimait à dire qu’il était une poterie sans valeur j’ajoute volontiers dans laquelle Dieu avait placé un trésor pour nous le transmettre.

Je sais que Benoît avant d’entrer dans ce coma dont il ne reviendra pas, se disait que pour vous remercier tous, ses confrères, ses amis, ces hommes et ces femmes qui le pleurent aujourd’hui, qu’il ” organisera une messe et un repas, parce qu’on était une religion incarnée”. Alors, de sa part, je vous transmets, pas un grand, mais un gros merci, ça lui correspondra certainement mieux.

Père Visiteur, si je peux me permettre, Benoît a traversé Gethsémani, à présent qu’il est dans la félicité du Seigneur, que sa vie comme dit saint Vincent de Paul encourage dans la vertu” beaucoup d’entre nous. Fin de citation. Entrons avec lui dignement au Festin des Noces de l’Agneau. Amen

Vincent Sosthène FOUDA

Socio-politologue College of Liberal Arts and social Sciences Houston’university – Houston Texas – USA

 

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