Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu ! Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

P. Christian Mauvais, cm

Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Mot d’accueil.

Frères et sœurs, bienvenue !

C’est une joie pour nous tous que de vous accueillir aujourd’hui dans cette Chapelle restée fermée à toute personne pendant plusieurs semaines. Elle n’en est pas pour autant devenue un tombeau sans aucune respiration, sans aucun mouvement de vie, sans aucun rassemblement. Chaque jour, la communauté s’est retrouvée ici, pour chanter les louanges, prier, méditer, célébrer et ces temps devant le Seigneur vous rejoignaient ; vous étiez présents avec nous, vous, vos familles, les personnes malades, hospitalisées, décédées, l’ensemble des soignants, toute personne dévouée sans compter etc…. cette chapelle n’a jamais été fermée à la vie ; à toute présence humaine. Ce n’était pas un silence de mort mais une musique de vie qui y régnait !

De vous voir ce matin et en bonne santé, cela fait plaisir car le visage de quelqu’un est irremplaçable ; il est notre vis à vis, ce face à face nécessaire pour respirer à plein poumons la vie offerte et reçue. Prenez le temps de vous regarder pour vous souhaiter la bienvenue, et ne pouvant le faire par un baiser de paix comme nous y invite st Paul, nous pouvons nous applaudir en signe d’accueil joyeux !

C’est un commencement… il y a encore de la place et chacun pourra peu à peu revenir s’asseoir, offrir, recevoir. Ces places vides peuvent nous donner le vertige et nous faire nous lamenter. Regardons-les plutôt comme un appel qui nous est adressé chaque dimanche : laisser une place à ce frère, cette sœur absent aujourd’hui et que nous souhaitons inviter, qui ne se sent pas encore prêt à venir avec nous, qui n’a pas encore compris à quel point il est aimé et attendu !

Le rassemblement eucharistique ne sera vraiment réalisé, que le jour où il ne manquera aucune personne , où chacun sera reconnu pour ce qu’il est, nécessaire pour former le Corps du Ressuscité qui est remis dans le cœur de notre Père.

Déjà avec vous, il y a tant de personnes dont vous portez la vie, avec leurs joies et leurs angoisses, leurs deuils, leurs désespérances ! toutes ces personnes connues, aimées, rencontrées.

Cette crise nous révélant notre fragilité personnelle et collective, nous rend humbles et nous invite à l’abandon et à la confiance. C’est dans notre faiblesse que la Grâce trouve la place pour produire ses fruits. Elle nous fait passer du ‘chemin du moi’ au chemin de Dieu et des autres.

Présentons-nous ensemble devant le Seigneur pour lui dire simplement MERCI, lui demander PARDON ; qu’il nous purifie dans son Esprit qui fait notre unité, qui fait de nous tous une même famille.

HOMÉLIE

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu !

Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

Qui donc est ce Père qui nous reçoit chez lui, qui nous reconnaît et nous aime comme ses enfants, qui nous regarde avec ce regard unique, celui-là même qu’il porte sur son Fils bien-aimé ? Moïse a été le témoin de l’identité de ce Dieu dans sa rencontre avec lui sur la Montagne au moment de conclure une alliance, de s’engager dans une Promesse. Moïse a demandé le nom de celui qui devenait son partenaire dans l’Alliance car on ne s’engage pas à la légère, avec un inconnu quand il s’agit de son avenir. Dieu descend et vient se placer auprès de Moïse : « le Seigneur… Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Devant ce dévoilement de l’identité de Dieu, Moïse se prosterne et invite Dieu à rester auprès de son peuple, à marcher au milieu de ce peuple car, reconnaît-il, c’est un peuple à la nuque raide qui a besoin d’être relevé par le pardon pour devenir héritiers d’une Promesse de Vie.

Dans ce dialogue, chacun a pu dire qui il est, en vérité et dire ce qu’il espère. Devant tant de bonté, de miséricorde de la part de Dieu, l’homme ne peut que demander d’être accompagné et renouvelé par le pardon. Une juste relation commence. Se connaître pour faire alliance, demeurer en communion, sachant que c’est dans le regard de l’autre que nous découvrons ce que veut dire aimer, être aimé. Le regard de Dieu transforme, met au jour ce que nous sommes !

Qui donc est ce Père  qui nous donne son Fils, qui accepte que son Verbe prenne chair pour nous ouvrir le chemin qui conduit à cette béatitude en Dieu ? En Jésus, nous découvrons combien nous sommes aimés, portés et conduits à la Vie et donc porteurs de vie !

  • Ce temps de confinement nous a appris en quelque sorte à nous connaître personnellement et dans notre relation avec les autres et celle avec Dieu. Il a fait naître chez certains, la peur de la mort, la sienne et celle des autres, la peur de la contamination, de la maladie, la peur de l’autre et ces sentiments ont pu dominer nos pensées, le rythme de nos vies, les sujets de conversation, et peut être aussi nous replier sur nous-mêmes, nous fermer à la vie, au risque. Une souffrance car nous ne sommes pas faits pour cela mais pour être ensemble, marcher ensemble, donner sens ensemble, nous aimer les uns les autres !
  • Ce temps de confinement a permis dans bien des endroits à ce que les gens se découvrent  et se reconnaissent ; ils étaient proches par l’habitation et pourtant ne se connaissaient pas. Ils ont appris à se dévoiler, à se montrer, à se dire et à agir ensemble. Il y a eu de belles expériences de communion ; un grand pas a été fait pour vivre une alliance nouvelle dans des quartiers, des immeubles, des rues, des lieux de travail, pour s’engager autrement dans la vie, en comptant sur l’autre et en se tournant vers l’autre. Une joie car le regard porté sur les autres a ouvert les cœurs, les mains, les portes. Une autre respiration pleine de vie !
  • Pour certains, ces conditions incertaines et source de peine ont été l’occasion de donner une autre place à la prière, la foi, la vie remise entre les mains de Dieu avec confiance.

D’une manière ou d’une autre nous avons expérimenté cette proximité de Dieu au milieu de nous malgré les apparences, nous avons reconnu notre vulnérabilité, notre fragilité, notre humanitude ! nous nous sommes reconnus comme personnes à la nuque raide,  braqués, raidis parfois dans notre analyse de la situation, notre jugement, et compréhension de la réalité et que nous avons refusé de comprendre ce qui nous était dit, proposé comme chemin pour  consolider notre communion.

Et là nous sommes en plein dans le Mystère de l’Amour. Nous faisons, très petitement, l’expérience de ce qui se passe en Dieu où le Père ne cesse de regarder son Fils et l’humanité, où le Fils ne cesse de regarder son Père où il retrouve ses frères et sœurs. Merveilleux mouvement de l’Esprit qui ouvre largement notre regard vers l’autre et qui nous rend si heureux. L’humanité a été traversé par ce souffle de renouveau et nous nous sommes assouplis dans nos raideurs, dans nos liens.

Fêter la Trinité c’est fêter cela. Notre engagement les uns envers les autres pour la vie, pour les plus fragilisés, démunis, oubliés. L’identité de Dieu que nous recevons,  nous oblige à nous tourner vers les autres et surtout vers ceux qui ne sont pas regardés, le faire avec compassion, bonté, douceur, porteurs de Paix.

Une base nouvelle pour vivre une alliance durable. ‘Laudato Si’ en est un contrat, qu’il nous faut relire, aborder pour découvrir l’unité et la beauté du monde, de la création ; qu’en fait tout se tient dans un mouvement d’amour, de vie.

Prenons du temps pour faire une lecture de ce temps vécu bien malgré nous ? qu’en retenons-nous pour avancer sur le chemin de la vie ? qu’avons-nous envie de continuer à pratiquer, à mettre en œuvre pour une nouvelle humanité, pour prendre soin des autres, de la création ? quel temps se donner pour reconnaître dans la foi, que Dieu marche au milieu de nous, comme Celui qui est plein de douceur, de vérité  et qui nous invite à changer notre regard sur le monde, sur les autres, sur notre fonctionnement, ?

Dieu est quelqu’un de profondément bon et juste, qui nous aime tant qu’il ne recule devant rien pour que nous entrions dans sa vie d’amour : il nous a donné son Fils. Que faisons-nous de ce cadeau ? comment nous mettre dans son écoute pour demeurer dans son Alliance et marcher vers la Vie ?

Bonne fête et encore bienvenue dans ces rassemblements d’Église.

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« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis : « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous,… il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

P. Christian Mauvais, cm

« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Nous voici, depuis une semaine, arrivés à ce moment que tous espérions, attendions avec plus ou moins d’impatience, sortir enfin de ce confinement. Et nous découvrons que nous ne sommes pas aussi sûrs de nous que nous pouvions le penser !

Que les changements qui se dessinent ne gâchent pas le plaisir de nous revoir et de reprendre pieds dans nos vies !

Il y a encore ce mélange de peur, d’angoisse, de remises en question, de méfiance et toujours ce besoin de se protéger. Beaucoup se sentent quelque peu perdus, désorientés, engourdis. Les repères ne sont plus les mêmes.  Il nous faut, en quelque sorte, réapprendre à vivre avec les autres, (vivre avec un masque, garder une distanciation…) à trouver d’autres gestes sécurisants tant pour se déplacer, se rencontrer, se parler. Ce sentiment d’être un peu seuls, fragiles, dans ce monde d’après, qui commence à peine, où règne malgré tout et davantage l’incertitude et l’imprévu. Nous ne pouvons plus tout programmer comme avant. Alors, où trouver des ressources pour vivre dans cette incertitude ? ne serait-ce pas l’occasion de redécouvrir, d’expérimenter ce que veut dire : ‘mettre sa confiance dans le Seigneur’ et ‘nous mettre à l’écoute de l’Esprit’ ?

Toute proportion gardée, ne sommes-nous pas dans la même situation que les disciples qui sont troublés, déstabilisés quand Jésus leur parle de son départ ! dans la même situation qu’ils traversent après la disparition de leur ami. Ils sont déboussolés, dispersés et doivent réapprendre à vivre, à se retrouver entre eux, à se dire leurs craintes comme celle d’être arrêtés, leurs peurs de sortir, de s’exposer, et leur besoin de se protéger.

Il leur faudra du temps pour découvrir qu’une présence les accompagne, les rejoint, les réconforte ; c’est à force de fréquenter les Ecritures, de les lire et relire qu’ils comprennent ce qu’ils vivent et à force de se retrouver autour du partage du pain. Ils font cette expérience nouvelle de la présence et de l’action de l’Esprit.

Nous-mêmes, nous avons eu la chance de vivre, pendant le confinement, ces deux temps forts : la lecture des Écritures et l’Eucharistie. Nous ne sommes donc pas trop démunis pour aborder demain avec ses incertitudes, cette difficulté de prévoir à long terme.

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis :  « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, … il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

Croyons-nous suffisamment en cette force qui nous est donnée, qui est en nous et qui nous met en communion avec le Christ vivant auprès de son Père. Pouvons-nous désespérer, avoir peur indéfiniment ? Nous sommes accompagnés sur ce chemin où la vie est la même mais où, pourtant, bien des choses peuvent être modifiées, être revisitées dans nos comportements par ex. car nous avons été changés, touchés par ces semaines de confinement.

L’Esprit peut nous aider à définir la nouveauté que nous souhaitons voir installer dans nos vies, nos modes de fonctionnement, de rapports aux autres, nos modes de déplacements, de consommation etc… car ce temps est l’occasion de nous engager dans un vaste chantier avec d’autres croyants et bonnes volontés ; il n’y a pas de solutions toutes faites ; il nous faut repenser à tout cela et il s’agit donc d’écouter la voix de l’Esprit pour faire ce travail de discernement dans les lieux où nous sommes déjà̀ engagés.

N’est-ce pas un signe de l’Esprit que cette invitation du pape à célébrer Laudato Si, en nous demandant quel est le monde que nous voulons laisser aux plus jeunes, en portant attention à la clameur de la Terre et à celle des Pauvres, en prenant soin de la Création ?

L’Esprit n’est-il pas créativité, créateur de neuf ? n’est-il pas celui qui nous évite de revenir à un passé stable, à ne pas nous figer sur l’immédiateté, le frivole mais à nous fixer sur l’essentiel ! Dieu s’engage à nos côtés comme il l’a toujours fait. Il est là, proche, en nous. C’est l’Esprit du Fils, il ne nous laisse pas tomber.

Ne nous laissons pas disperser par le dé-confinement mais sauvegardons cette unité qui s’est construite pendant ces semaines, cette place redonnée à l’humain et surtout le plus fragile, ce nouveau regard sur des corps de métier qui sont essentiels à une vie ensemble.

Manifestons plus de charité, de compassion les uns envers les autres, plus attentifs à autrui, plus de respect pour le monde qui nous environne ; il y a des occasions de nous rendre meilleurs !

L’Esprit nous presse à sans cesse prendre et reprendre la route, avec confiance, prêts à ne pas recopier mais à créer du neuf.

La Pentecôte approche, demandons les secours du Guide intérieur ! Pour sortir des cénacles où nous nous confinons, pour prendre la route vers les espaces où Jésus nous envoie, nous avons besoin du Souffle divin. Ce Souffle est suffisamment fort pour faire quelque chose d’intéressant de ce qui nous attend ! ayons confiance, nous ne sommes pas orphelins !

Comme le dit St Paul : « puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit’ !

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Funérailles du P. Benoît NDZANA CM. Homélie et témoignage

Nous continuons à être bousculés, touchés dans notre fraternité commune. Un autre frère quitte cette communauté pour rejoindre la maison du Père ; il nous laisse une place vide et nous sommes sans voix. Nous avons mal de son absence. Son chemin comme homme, comme croyant, comme missionnaire se termine. Il est arrivé au bout, laissant pour nous un goût d’inachevé tellement son départ nous a surpris et comme disait l’un de nous " Il n’a pas eu le temps de nous dire au-revoir ! "

P. Christian Mauvais, cm

Funérailles du P. Benoît NDZANA CM. Homélie et témoignage

Chers confrères, chers amis : notre frère, Père Benoît NDZANA BIKELE nous a quitté.

Ce soir, réunis dans cette chapelle, nous sommes en communion avec les membres de la famille de Benoit, et tous ceux et celles qui l’ont connu au Cameroun, paroissiens, voisins,  tous ses amis qui vivent un temps de prière en ce moment  ; j’entends et je comprends la souffrance de sa famille qui n’a pu voir le corps de Benoit, seul le cercueil est le témoin de son départ. Leur souffrance aussi de ne pouvoir participer à cette célébration.

Nous sommes en communion avec ses frères et sœurs en France, ses nombreux amis, ses confrères de sa Province d’origine, avec les Filles de la Charité qui sont à l’origine de sa vocation vincentienne ; En communion avec ses confrères, les résidents et le personnel de l’EHPAD son dernier lieu de mission où il allait, heureux, célébrer chaque jour, être cette présence douce et écoutante.  Notre communion englobe toutes ses connaissances de partout, qui auraient voulu être parmi nous, ici même pour prier ensemble, espérer ensemble, nous réconforter ensemble et adresser une dernière parole, un dernier geste affectueux à Benoit.

Je salue chacune et chacun d’entre vous qui nous suivez et écoutez sur les réseaux sociaux. La communion n’est pas un vain mot ; elle fait de nous un même corps qui souffre et qui espère, qui prie et s’en remet avec confiance à Dieu qui ne déçoit pas.

Nous continuons à être bousculés, touchés dans notre fraternité commune. Un autre frère quitte cette communauté pour rejoindre la maison du Père ; il nous laisse une place vide et nous sommes sans voix. Nous avons mal de son absence.

Son chemin comme homme, comme croyant, comme missionnaire se termine. Il est arrivé au bout, laissant pour nous un goût d’inachevé tellement son départ nous a surpris et comme disait l’un de nous ‘ Il n’a pas eu le temps de nous dire au-revoir !’

Son chemin avec nous se termine pour s’épanouir dans l’émerveillement, dans la contemplation de Celui qu’il a suivi, aimé, servi, appris à connaître  et à faire connaître : le Seigneur Jésus, le Ressuscité.

Entre les mains, dans le cœur, nous avons ce que nous avons reçu de Benoit, de sa vie de missionnaire, de confrère, de sa vie de prière, de service : nous nous sommes partagés hier au soir les fruits  que l’Esprit nous a donné de récolter ; ils ont un goût de bonté, de douceur, de fidélité, d’attention. Ces paroles échangées au sein de la communauté donnent du poids à l’humanité de Benoit. Elles résonnaient vrai, juste et soulignent la place qui était la sienne, discrète, fraternelle.

Soyons fiers et heureux de ce que Benoit nous laisse comme témoignage, il ne peut que nous enrichir et nous aider à progresser. Cette beauté de vie, offrons-la ensemble au Seigneur au cours de cette Eucharistie avec notre merci et notre pardon.

Homélie.

Benoît, un frère. Un père

Il le fut pour les membres de sa famille bien sûr, pour ses nombreux amis ; il le fut pour les paroissiens dont il a eu la charge ; il le fut pour les jeunes confrères de la Vice Province du Cameroun. Premier lazariste camerounais, il est devenu l’aîné, le grand frère, celui qui a ouvert un chemin que beaucoup d’autres n’ont pas hésité à prendre, risquant leur vie à la suite du Christ en prenant St Vincent de Paul comme modèle.

Benoit savait exprimer sa joie aux jeunes qui s’engageaient sur ce même chemin car il voyait là, la Congrégation de la Mission en train de s’implanter en terre africaine et cela était son bonheur. Il a accompagné ces jeunes comme un aîné dans leur stage missionnaire, avec ses limites mais totalement dévoué à tous ; il savait leur être présent, eux qui venaient passer le WE à la mission de Nsimalen. Il se sentait responsable de ce chemin ouvert et de ceux qui l’empruntait pour leur bonheur.

Comme Barnabé et Saul, il savait se réjouir de ce que la Parole de Dieu prenait racine et d’incarnait dans son pays, appelait des personnes à écouter cette Parole de vie, à s’engager en église. Joie du missionnaire qui s’est laissé toucher le premier par cette grâce jusqu’à en être transformé !

Comme frère et comme père, Benoit le fut vis à  vis de ses confrères. Il était d’humeur égale, assez discret, avec une pointe d’humour,  toujours disponible ; un confrère très agréable nous souligne un de ses anciens de communauté. Homme souriant et généreux, qui jamais n’a eu une parole critique, méchante contre ses frères.

Benoît, un missionnaire

Originaire du centre du Cameroun, il avait la sagesse du paysan ; rassembleur, il cherchait le consensus dans les différends entre familles. Ordonné à Nsimalen, la population était très heureuse de voir l’un de ses enfants devenir prêtre missionnaire. Une âme de missionnaire ! homme de foi, de prière, tout donné dans la célébration de l’eucharistie, dont les prédications marquaient les gens. Plusieurs de celles-ci circulent sur les réseaux actuellement.

Etant du terroir, connaissant de l’intérieur les us et coutumes, il a éclairé les confrères missionnaires dans leur mission sur place, il a su les faire entrer dans l’intelligence des coutumes, d’une histoire, leur permettant de les habiter, d’en faire leur demeure, de se situer au mieux, d’être dans une relation la plus juste possible. A ce niveau-là, il fut formateur comme il le fut auprès des catéchistes adultes ! Les paroissiens aimaient s’adresser à lui car il était l’un d’eux, donc plus à même de les comprendre.

Mais ce ne fut pas toujours simple. Il y a eu un combat à vivre pour rester fidèle à sa culture et s’ouvrir à la dimension missionnaire sur d’autres horizons sans rien renier de son appartenance locale. Il a connu comme Paul, Barnabé et les autres cette tension pour que l’Evangile soit annoncé, accueilli dans toutes  les cultures, fécondant de nouvelles terres.  Joie et souffrance de tout missionnaire pour demeurer fidèle à ses racines et à l’Evangile. Joie et souffrance qui sont fécondes. « que les peuples, Dieu te rendent grâce, qu’ils te rendent grâce tous ensemble’ !

Benoît, un homme de souffrance

Il a souffert dans son corps, dans son être. Les ennuis de santé n’ont pas été absents de sa vie et cela l’a marqué. Profondément. Il y a eu des répercussions sur son ministère mais ne l’a pas appauvri ;

Cette vie avec ses limites sanitaires l’a conduit à se retrouver au Centre médicalisé pour un repos ; une préparation à vivre un ministère en EHPAD où il fut heureux de s’y rendre, d’accompagner, de célébrer ! il y était très régulier. Sa vie était donnée aux autres, comme auprès de l’Association Pour l’Amitié où il aimait se rendre pour les rencontrer et célébrer avec eux.

Benoît, homme bien vivant

Comme l’écrit un de ses amis, ‘Benoît, avant de le rencontrer, on l’entendait…il avait une voix douce et un rire qu’on ne pouvait pas imiter’. Bonté et joie de vivre.

Homme étonné et curieux de tout : il était homme de mélange avec la musique et lectures d’ici et celles de son terroir ;  il a été façonné avec ses apports différents.

Je ne l’ai pas connu jouer au foot ou pratiqué tel ou tel sport mais nous savions son amour du foot ; il ne ratait pas un match à la télé ! c’était sa joie, une autre de ses passions. Mais bien avant cela, il a créé une équipe de foot à Nsimalen, qu’il a entrainé avec sérieux. Il s’y est donné, souhaitant de toutes ses forces en faire une grande équipe.

Il a eu la joie d’aller à Rolland Garos pour le tournoi de tennis, heureux d’y avoir vu des grands joueurs. Personnes importantes. Important il le devenait.

Une vie ne se résume pas en quelques lignes ; elle se reçoit, elle nourrit ceux qui prennent le temps de la lire, de la contempler ; elle ne nous appartient pas ; elle nous est donnée et celle de Benoit, aujourd’hui nous l’offrons comme ce que nous avons de précieux, de beau. Merci Benoît pour ce que tu fus avec nous et pour nous et pour tous ceux et celles que tu as rencontrés, accompagnés, écoutés, annonçant l’Evangile, cette Bonne Nouvelle que Dieu nous aime « Je suis la Lumière et je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres ».

Toi qui a mis ta confiance dans le Seigneur, tu es illuminé de sa présence, enveloppé de sa lumière et tu comprends, tu saisis en plénitude l’Amour dont tu es aimé de toute éternité et pour l’éternité. Repose dans cette Paix.

Je veux donner un visage africain a St Vincent. Ton désir. Y as-tu réussi ? peu importe ! L’essentiel, est que tu as semé, planté et ce désir se réalise avec le temps. Ce qu’il y a de sûr, c’est que l’Esprit Saint a imprimé St Vincent sur ton visage qui transpire les vertus de simplicité, d’humilité et de charité. Merci Benoit pour ta Fidélité.

TÉMOIGNAGE

Père Christian Mauvais :

Mon père, je vous ai eu hier brièvement au téléphone quand j’ai appris le décès de Benoît Ndzana mon frère et ami. Je voudrais mettre ici quelques mots pour accompagner Benoît que je connais.

Je sais combien de fois il est déconseillé dans des circonstances comme celles-ci, de ne pas faire de panégyrique et encore plus, d’hagiographie du défunt. Autrement dit, ne pas le transformer en saint, même si, et nous devons le rappeler en regardant Benoît aujourd’hui sans vie, la sainteté est notre but à tous. Vous savez que si vous voulez devenir quelqu’un de parfait, il vous suffit de mourir pour devenir irréprochable : on ne se souvient que de vos qualités, passant sous le manteau vos défauts.

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas suivre ce que je viens de dire plus haut, je m’en détourne même volontairement, car vivre au loin comme je le fais la mise en terre de Benôit avec lequel j’avais encore tant de choses à vivre, sans avoir avoir envie de m’épancher, c’est mission impossible… Benoit fut un personnage dans la vie de l’Eglise qui est au Cameroun et dans la famille de Saint Vincent de Paul

C’est bien volontairement que je parle de “personnage”.

Effectivement, avant de rencontrer Benoit, généralement, on l’entendait … et de loin. Il avait une voix douce et un rire qu’on ne pouvait pas imiter, il suffisait de tendre l’oreil. Nous nous sommes connus au Cameroun, c’était le Lazariste, celui qui disait vouloir donner un visage africain à Saint Vincent de Paul. Ensuite nous nous sommes retrouvés à Paris. Il m’avait appelé et était venu me voir. Nous ne nous sommes plus jamais perdus de vue. C’était à l’évêché d’Evry. J’ai donc découvert un ainé, un compagons disponible et serviable. Benoît ne conduisait pas de voiture en France, il se déplaçait donc en transport en commun mais était toujours à l’heure au rendez vous que vous lui donniez. Il avait toujours le même sourire. 

J’ai découvert l’homme spirituel aussi. Il priait beaucoup. Comment ne pas parler des messes avec lui notamment à Lourdes où nous avons été tous les deux ou encore sur les traces de saint Vincent de Paul le fondateur de votre congrégation à Châtillon. Je me souviens de ses prédications percutantes. Depuis l’annonce de son décès, des extraits de ses prédications sortent des téléphones portables pour habiter les réseaux sociaux signe qu’elles ont marqué plus d’une personne.

Benoît est né dans la région du Centre au Cameroun dans un village appelé Nkolmeyang le 12 décembre 1956. Il avait donc la sagesse du paysan. Au moment où je l’écris je vois Benoît rassembleur, cherchant toujours le consensus dans les différends de famille et quand il était solicité.

Je me souviens, il y a quelques mois, de passage à Paris pour les obsèques d’une de mes nièces, j’ai trouvé que Benoit avait pris les choses en main. Pendant la veillée, il était plongé dans la lecture de son breviaire. Et quand il a fallu le reconduire à sa communauté, dans la voiture, j’ai découvert qu’il lisait un autre recueil – un recueil de Bossuet, immense prédicateur et génial orateur du 17ème siècle. Eh oui : Benoît lisait Bossuet dans le texte. Ceux qui connaissent, apprécieront. Il pouvait je crois donc mélanger sa sagesse africaine aux texte du 17ème pour composer une prédication digeste et instructive pour tous.

Oui, beaucoup d’entre vous connaissez votre confrère, moi je connais l’ami et le compatriote. Je parle de l’homme étonné et curieux de tout : musique religieuse, musique de son terroir: dans son téléphone d’un autre siècle au regard de ce que les nouvelles technologies nous offrent aujourd’hui, vous trouverez donc, Athanase Atéba Bikele un de ses ainés dans le sacerdoce, Bikoula Atéba, Pie Claude Ngumu à côté de Didier Rimaud, Jo Akepsimas comme les chants de Taizé, – dans sa bibliothèque Bossuet cotoie Engelberg Mveng et Fabien Eboussi Boulaga deux Jésuites camerounais et tous les ouvrages de Charité de Frederic Ozanam – Benoît était un fils de la spiritualité française doublé d’un négre-africain.

Pour résumer Benoît, il faudrait un savant mélange de Don Camillo, de soeur Marie-Thérèse des Batignolles et puis j’aurais voulu dire de saint Vincent de Paul dont il a voulu suivre les pas. Je ne sais pas s’il y est parvenu mais il a essayé de toutes ses forces, voilà pourquoi je témoigne. Ce mélange détonnant autant qu’étonnant, était lié et je n’ai pas peur de la comparaison, par le personnage du Curé d’Ars, car avant tout, n’en déplaise à certains, Benoît était un homme de foi, un authentique serviteur de Dieu, toute comparaison avec des déséquilibrés existants ou ayant cessé d’exister n’étant bien sûr pas à faire, faut-il le préciser.

C’est justement de cette foi que Benoît aurait peut-être aimé que l’on parle plus que de lui aujourd’hui. Mais elle lui était tant chevillée au corps qu’il serait bien présomptueux de différencier les deux. Son amour viscéral pour l’Eglise, sa dévotion au saint pape Jean-Paul II et à son saint Patron, Benoit, sont pour moi autant de points de repère parmi d’autres qu’il nous laisse pour un héritage vivant qui tourne vers Dieu celui qui veut bien l’accepter.

Quand il est entré à l’hôpital, que j’ai été informé, je n’ai pas vu le pire arrivé, puis on m’a dit qu’il a été plongé dans un coma artificiel pour qu’il ne souffre pas m’a t-on dit, pour moi et pour beaucoup d’entre nous, nous étions persuadé qu’il allait se lever et être avec nous à nouveau. Quand on nous a dit qu’il avait été entubé, nous savions qu’il allait arracher, non retirer délicatement les tuyaux et autres câbles pour nous revenir.

Je crois que l’équipe médicale de Cochin l’a assisté remarquablement, elle nous a même rassuré à un moment tout en nous disant que s’il survivait, jamais il ne pourrait reprendre sa vie d’avant. En fin tacticien, il ne s’est pas laissé prendre au piège tentateur d’une survie qu’il aurait bien eue du mal à accepter. La mort aujourd’hui, est pour lui le passage vers la vraie Vie. Benoît a vécu ce temps de confinement qui l’emporte finalement d’une manière spéciale, temps de carême, de purification, nous nous le disions dans nos échanges. Heureux qui meurt dans le Seigneur…

C’est dans cette Vérité, dans cette foi simple en Jésus-Christ Sauveur des Hommes, que Père, nous vous prions de confier Benoît NDZANA BIKELE dans cette cérémonie dépouillée. Mais pour Benoît NDZANA comme pour beaucoup d’entre nous, rien n’est plus doux que l’Eucharistie.  Père BENOÎT, en serviteur infatigable de l’Evangile dans la Vigne du Seigneur, n’a pas ménagé sa peine tout au long du jour pour buriner la Parole de Dieu avec le ciseau de fer et le poinçon dans le roc et le bronze de nos vies. Demandons à Dieu de l’accueillir dans cette Vérité qu’il n’a eue de cesse de nous annoncer.

Pour conclure, j’aimerai vous transmettre deux choses.

Tout d’abord, Benoît, avec sa finesse légendaire et sa manie d’annoncer ses quatre vérités, a blessé des personnes, s’est même brouillé durablement avec certaines. Ne lui en voulez pas. Mieux même : pardonnez-lui. Car, humblement, le petit enfant qui apparaissait parfois en lui, vous demande ce pardon. Si vous n’avez pas pu vous réconcilier avec lui de son vivant terrestre, laissez Dieu notre Père miséricordieux vous réconcilier avec Benoît, maintenant qu’il est entré dans la Vie Eternelle. Sans avoir su peut-être l’exprimer, il nous aimait chacun profondément, comme le prêtre qu’il n’a cessé d’être, comme un frère, comme un pécheur tout simplement.

Et puis, enfin, quelque chose qu’il n’a certainement pas eu le temps de vous dire. Je l’ai dit au début de ce mot, Benoit voulait un visage africain de saint Vincent de Paul. Il a ouvert la voix au Cameroun et en Afrique centrale à la Congrégation des Lazaristes. Je sais qu’au fond de lui, il aurait voulu être cette pierre sur laquelle se bâtit la Charité de Saint Vincent de Paul à Nsimalen. Pensez-y. C’est possible. Benoît aimait à dire qu’il était une poterie sans valeur j’ajoute volontiers dans laquelle Dieu avait placé un trésor pour nous le transmettre.

Je sais que Benoît avant d’entrer dans ce coma dont il ne reviendra pas, se disait que pour vous remercier tous, ses confrères, ses amis, ces hommes et ces femmes qui le pleurent aujourd’hui, qu’il ” organisera une messe et un repas, parce qu’on était une religion incarnée”. Alors, de sa part, je vous transmets, pas un grand, mais un gros merci, ça lui correspondra certainement mieux.

Père Visiteur, si je peux me permettre, Benoît a traversé Gethsémani, à présent qu’il est dans la félicité du Seigneur, que sa vie comme dit saint Vincent de Paul encourage dans la vertu” beaucoup d’entre nous. Fin de citation. Entrons avec lui dignement au Festin des Noces de l’Agneau. Amen

Vincent Sosthène FOUDA

Socio-politologue College of Liberal Arts and social Sciences Houston’university – Houston Texas – USA

 

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Retrouver un Souffle ! Celui du Ressuscité ! « ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITÉ !Lettre du Visiteur de la Province de France. 17/04/2020

Manquer de souffle rend la vie difficile et fragile ; chercher son souffle est vital pour ne pas sombrer, pour ne pas étouffer. Et beaucoup de personnes, trop, ont rendu leur dernier souffle. Pour nous, croyants, leur souffle s’est fondu dans le Souffle du Christ et fut remis entre les mains du Père, source de toute vie véritable.

P. Christian Mauvais, cm

Retrouver un Souffle ! Celui du Ressuscité ! « ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITÉ !Lettre du Visiteur de la Province de France. 17/04/2020

Chers confrères, « La Grâce et la Paix du Ressuscité soient toujours avec nous » !

 

« L’église aujourd’hui, le lieu du Dieu vivant célébré, ce sont les cœurs de nous tous. Quand affection, soin et souci sont tournés vers d’autres, quand l’inquiétude se fait active, alors je crois que c’est, de façon invisible peut-être, une église qui se remplit. » Véronique Margron.

D’abord, ce qui nous réunit dans la foi pascale, c’est la triste nouvelle du décès du P. Gonzague ce matin à l’hôpital Suisse à Paris. Cette nouvelle qui attriste aussi la Province de Madagascar où Gonzague a servi sans compter pendant 47 ans. Prions pour ce fidèle et zélé missionnaire et pour sa famille, notamment son frère Yves, notre confrère.

Ensuite, ce qui nous réunit dans la joie pascale, c’est une bonne nouvelle à partager que nous avons accueilli ce lundi avec émotion : notre confrère Alexis V., est maintenant réveillé ! il est sorti du coma. Bien sûr, il a encore besoin de la machine pour respirer et il reste très faible ; il lui faudra du temps, un long temps pour se rétablir, reprendre des forces, et retrouver toute sa place parmi nous mais réjouissons-nous avec lui, pour lui de cet éveil qui nous le rend vivant. Pensons à sa famille, aux confrères de sa Province d’origine qui eux aussi se réjouissent et peuvent chanter Alléluia, cri de joie pascal ! Il y a aussi notre confrère, de la même communauté, Michel, qui est lui aussi est sorti ce jour d’hôpital ; il est accompagné d’une bouteille d’oxygène dont il aura besoin pendant un mois pour retrouver un bon rythme respiratoire ; ensuite, il prendra du temps pour se reposer avant de reprendre son ministère.

Il nous reste à continuer de prier intensément pour eux deux, sur leur chemin de guérison complète et pour nos confrères qui sont toujours dans une situation difficile : Daniel mais Pierre dont la santé nous inquiète.

Ces confrères, comme tant d’autres personnes, ont souffert d’un manque de souffle, d’un souffle insuffisant pour respirer à plein poumons… à l’image, comme l’a souligné le Pape, ‘de nos sociétés qui ont continué leur route, imperturbables, en pensant rester toujours saines dans un monde malade’, monde qui n’arrivait plus à respirer et à donner un souffle vivifiant aux personnes.

Manquer de souffle rend la vie difficile et fragile ; chercher son souffle est vital pour ne pas sombrer, pour ne pas étouffer. Et beaucoup de personnes, trop, ont rendu leur dernier souffle. Pour nous, croyants, leur souffle s’est fondu dans le Souffle du Christ et fut remis entre les mains du Père, source de toute vie véritable. Ce Souffle du Vivant a été rendu sur la Croix pour que tous vivent dans l’Amour, pour que le monde respire dans ce souffle de Vie et devienne vivant, humain et du coup divin et cela au cœur même du confinement qui est étouffant pour des personnes seules ou des familles nombreuses dans des espaces restreints.

Ce souffle pascal rend vivant nombre de personnes, y compris des jeunes de banlieues, qui se sont laissés toucher par la présence de l’autre dans le besoin et qui ont multiplié les formes de service, des réseaux de charité, avec grande et belle générosité. Ce souffle rend vivant nombre d’associations qui rejoignent les personnes les plus dépourvues et éloignées. Ce souffle anime tant de personnes qui d’habitude vivent dans l’ombre de la société́. Ce souffle anime le monde des soignants dans sa diversité qui se donnent et redonne vie, espoir ou reçoivent le souffle des défunts.

Oui, notre monde s’est éveillé, se réveille peu à peu lui aussi ; il prend conscience de l’importance de l’autre, de la vie, de la personne pour qui l’on se donne, de la création qui est redécouverte et appréciée.

Ce temps de confinement nous a mis à distance, celle réglementaire d’un ou deux mètres pour respecter l’autre et se préserver mutuellement dans la santé. Et Pourtant, cette distance nous a rapprochés les uns des autres ; elle a rajusté notre regard sur nos proches, les voisins. C’est un souffle nouveau qui nous remet vraiment en présence de l’autre ! j’imagine que nos propres communautés, les communautés chrétiennes, l’Eglise elle-même, sont traversées elles aussi par ce Souffle de vie, nous permettant de voir notre frère avec ce nouveau regard !

Accueillons avec joie le Souffle du Christ que nous offre Pâque.

En ce temps de Pâques, prions pour que ce souffle se répande partout et continue de tous nous animer pour que nous nous retrouvions mieux les uns et les autres, que nous nous retrouvions en phase avec la création.

« Dans la prière, même pauvre, nous pouvons accueillir la lumière du message pascal. Nous pouvons découvrir que changer nos comportements personnels et collectifs est possible, en vue d’un autre avenir pour nous et pour l’humanité. Nous pouvons laisser monter en nous l’imagination nécessaire pour mettre en pratique de nouvelles solidarités.

Le Ressuscité envoie ses disciples dans le monde entier, non pas pour faire entrer toute l’humanité dans un même système religieux, mais pour que leurs vies rayonnent l’espérance d’une paix sur la terre et d’une plénitude pour toute la création. » Frère Alois.

Je laisse à votre méditation ce texte de Jacques Salomé :

« Les murs ne sont pas toujours au-dehors… Dans tous les murs, il y a une lézarde, dans toute lézarde, très vite, il y a un peu de terre, dans cette terre, la promesse d’un germe, dans ce germe fragile, il y a l’espoir d’une fleur, et dans cette fleur, la certitude ensoleillée d’un pétale de liberté.

Oui, la liberté est un germe même dans les murs les plus hostiles. La liberté peut naître d’une fissure, d’une rupture, d’un abandon. Elle peut naître aussi d’une ouverture, d’un mouvement.

La liberté a de multiples visages, elle est parfois la caresse d’un regard qui a croisé le mien, l’élan d’une parole qui a transformé la mienne pour en faire un chemin.

Les murs les plus cachés sont souvent au-dedans et, dans ces murs aussi, il y a des lézardes…

Laisse pousser tes fleurs, elles sont les germes de ta vie à venir. »

Fraternellement

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Le père Gonzague Danjou CM a rejoint la maison du Père

« tout le monde reconnaît tous les biens qu’il a fait pour la Province de Madagascar pendant ces 47 ans de vie missionnaire dans ce pays et tous et chacun, ont accepté son départ, même si le champ à moissonner reste encore vaste, même si nos vœux sont qu’il reste avec nous jusqu’à la fin… en 18 ans de visitorat, il a mis en place la structure de notre Province. » (P. Benolo, Visiteur, le 27 mars 2009)

P. Christian Mauvais, cm

Le père Gonzague Danjou CM a rejoint la maison du Père

A tous les confrères de la Province. Nous apprenons le décès de notre confrère Gonzague DANJOU à l’hôpital Suisse où il avait été admis fin février après un séjour à l’hôpital St Joseph. il est décédé calmement, sans souffrances.

 

Il est né le 6 août 1933 à Lille. Fils de Gérard et de Gabrielle DEVRED. Il a fait ses études secondaires à Loos, à l’école apostolique.

Entré dans la Congrégation, le 21 septembre 1951 à Paris ; il a prononcé́ ses vœux le 18 avril

1959 à Paris en présence du Père SLATTERY. Il est ordonné diacre le 3 juillet 1960 à Paris ;

il reçut l’ordination sacerdotale le 29 juin 1961 à PARIS.

En 1961 Gonzague est nommé à la communauté́ de BONDUES.

En 1962, il part pour Madagascar et est placé à la communauté de FARAFANGANA. En 1971, il est nommé Visiteur de la Province de MADAGASCAR.

En 1980, il revient à FARAFANGANA.

En 1986, il est de nouveau nommé Visiteur de la Province de MADAGASCAR En 1995, il est placé au Grand Séminaire de FIANARANTSOA

En 1998, il est nommé supérieur et économe à ANTANANARIVO En 2000, il revient à FIANARANTSOA

En 2003, il est nommé à la maison d’accueil d’ANTANANARIVO.

C’est en 2009 qu’il revient à sa Province d’origine et qu’il est nommé à Paris, à la Maison-Mère où il a rendu de multiples services sur place et à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse.

« tout le monde reconnaît tous les biens qu’il a fait pour la Province de Madagascar pendant ces 47 ans de vie missionnaire dans ce pays et tous et chacun, ont accepté son départ, même si le champ à moissonner reste encore vaste, même si nos vœux sont qu’il reste avec nous jusqu’à la fin… en 18 ans de visitorat, il a mis en place la structure de notre Province. » (P. Benolo, Visiteur, le 27 mars 2009)

Vu les circonstances et la situation de confinement sanitaire, l’inhumation du Père Gonzague se fera au Cimetière de Montparnasse. Dans cette attente, il repose dans un funérarium.

J’invite tous les confrères de la Province à célébrer ce dimanche l’Eucharistie pour le repos de ce missionnaire infatigable, dans la Paix et la Joie du Ressuscité. Nous y associerons tous les membres de sa nombreuse famille, dont le P. Yves DANJOU, son frère et nous prierons tout particulièrement ce jour-là pour la Province de Madagascar.

Demeurons unis dans ce départ et fraternels dans nos liens.

« Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit :’apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre’… il leur dit alors : ‘venez manger’ ; il s’approche, prend le pain et le leur donne et de même pour le poisson. C’était la 3ème fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples ». (Jn 21/)

Ce 17 avril 2020. Christian MAUVAIS

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Office du Vendredi Saint en la Chapelle saint Vincent de Paul. Maison-Mère. Méditation du 10 avril 2020

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’enfant de Marie est né et déposé dans une mangeoire comme berceau. Au cœur de la nuit, la source de toute lumière apparaît, fragile. Au cœur du silence, la Parole éternelle se fait chair, fragile. Mais tous les possibles sont en attente.

P. Christian Mauvais, cm

Office du Vendredi Saint en la Chapelle saint Vincent de Paul. Maison-Mère. Méditation du 10 avril 2020

P. Christian Mauvais, cm
P. Christian Mauvais, cm

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’enfant de Marie est né et déposé dans une mangeoire comme berceau. Au cœur de la nuit, la source de toute lumière apparaît, fragile. Au cœur du silence, la Parole éternelle se fait chair, fragile. Mais tous les possibles sont en attente.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

La vie continue d’être offerte à travers ces hommes et femmes qui se donnent sans cesse et qui font les gestes qui sauvent, qui guérissent, qui encouragent, qui réconfortent. Des petites lumières qui surgissent chaque jour. Parole de vie qui se fait chair. Des mercis jaillissent pour soutenir et qui brisent le silence.

‘N’éteignons pas la flamme qui faiblit, qui ne s’altère jamais et laissons-la rallumer l’espérance’.[1]

Et le désert appelle à croire que la vie est possible !

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme a osé sortir pour comprendre le Mystère de Jésus, pour approfondir sa connaissance de la Loi avec un Maître. Au cœur de la nuit, une autre naissance lui est proposée pour s’ouvrir à la vie.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des hommes et des femmes font leur possible pour comprendre ; sans relâche, jour et nuit. ils cherchent à connaître davantage le fonctionnement de ce qui perturbe la vie de tous. Ils entrent dans l’immensément petit pour en déchiffrer le mystère ; Ils cherchent à approfondir leurs connaissances et à se les partager pour faire reculer l’ignorance et faire gagner la vie. ‘C’est le temps de notre jugement : le temps de choisir. Le temps de réorienter la route de sa vie vers toi Seigneur, et vers les autres.’[2]

Et le désert prend les couleurs de l’espoir.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme s’avance, seul, dans la nuit pour vivre une rencontre unique, celle d’un Fils avec son Père, à l’écoute l’un de l’autre, l’un tourné vers l’autre, dans une belle réciprocité. Au cœur de la nuit, une présence se donne dans la prière. Une force qui renouvelle les énergies.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

La prière, la méditation, la lecture permettent à beaucoup d’entrer en relation avec l’Autre, de retrouver ce chemin intérieur. Ces temps d’arrêt s’intensifient. Nous entrons peu à peu dans une relation plus profonde, plus sereine avec Celui qui nous envoie et qui est en dialogue constant avec nous et dont la présence nous comble.

‘Nous avions laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie, à notre communauté’.[3]

Et le désert nous offre une Présence aimante.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. Un homme s’abaisse devant ses amis rassemblés et accomplit l’humble geste du service qui donne dignité à chacun. Le geste du lavement qui permet d’avoir part à la Vie. Au cœur de la nuit, se dessine la fraternité qui unit les uns et les autres. Tout reste cependant fragile mais tout est dit dans ce don, dans ce geste.

Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des gestes de bonté se multiplient et créent une chaine fraternelle ; gestes de bonté, d’attention, de solidarité, d’entraide, d’amour. Des cœurs s’éveillent à la présence de l’autre vulnérable, fragile et les soutiennent dans leur désarroi, à l’image de Simon de Cyrène.

‘Reste manifeste cette appartenance commune à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.’[4]

Et le désert nous réapprend la joie de la gratuité.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. L’Homme se retrouve seul dans le désert d’un jardin, face à son destin. Au cœur de la nuit, les amis sont endormis, absents ; le Père lui-même demeure silencieux face à l’angoisse qui l’envahit. Le silence est pesant. Le vide se fait sentir et donne place à l’angoisse. La nuit s’obscurcit. La descente est vertigineuse.

 Nous traversons une certaine nuit. Nous vivons une sorte de désert.

Des vies sont isolées. Le silence se fait sentir. Le vide est là, qui nous laisse sans voix, comme si Dieu était sorti de ces lieux de rassemblement : églises, mosquées, synagogues, temples… comme si Dieu était absent de ces moments de funérailles  où les défunts s’en vont seuls, sans famille, sans amis ; le vertige nous prend. La nuit devient plus dense.

Les ténèbres remplissent tout d’un silence assourdissant, d’un vide désolant’.[5]

Et le désert nous plonge dans une nuit plus profonde, dans les enfers !

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit . l’Homme est condamné, ridiculisé, maltraité. La Parole se tait ; elle devient silence comme pour faire taire le mensonge. Et en plein milieu du jour, les ténèbres sont là, tuant la Lumière. Un grand cri jaillit, l’Esprit est rendu. Une profession de foi nait sur les lèvres d’un homme.

« D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes. Elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage »[6]

La nuit est envahissante. Et le désert est froid. Il nous invite à nous taire, à entrer dans nos profondeurs, à prononcer sur le bout des lèvres : ‘tu es Fils de Dieu’.

 

Tout a commencé dans le silence d’une nuit. La pierre du tombeau est roulée. La Lumière envahit tout, elle éclaire toute la création d’un jour nouveau. Le chant de l’Alléluia retentit partout. Les cœurs sont habités de paix.

‘’Il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite’.[7]

La nuit est vaincue. Et le désert refleurit ; il nous invite à une autre sortie, sans crainte.

 

________________

[1] Méditation du Pape ce vendredi 27 mars 2020- Place st Pierre à Rome

[2] idem

[3] méditation du Pape ce 27 mars 2020 place st Pierre.

[4] idem

[5] idem

[6] idem

[7] idem

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