Le père Pedro reçoit le prix Fondation Air France pour son action auprès des pauvres à Madagascar

Auteur : Pierre Lacombe • Publié le 4 décembre 2019 sur le site de : France-Info. Outre-mère. Le Père Pedro qui lutte depuis 30 ans pour la réinsertion sociale et économique des plus pauvres à Madagascar a reçu ce mardi 3 décembre le prix Fondation Air France, en présence de Brigitte Macron, au Musée du quai Branly à Paris.

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Le père Pedro reçoit le prix Fondation Air France pour son action auprès des pauvres à Madagascar

Tous les deux ans, le prix Fondation Air France récompense des associations œuvrant en faveur des enfants malades, handicapés ou en grande en difficulté.

Cette année, en présence de Brigitte Macron et à l’occasion des 10 ans du Prix Fondation Air France, Anne Rigail, Présidente de la Fondation, a décerné cette récompense au Père Pedro, pour ses années de dévouement auprès des plus démunis. La cérémonie s’est déroulée ce 3 décembre au Musée du quai Branly à Paris.

Cette récompense est une reconnaissance du peuple de France et de cette Fondation Air France pour ce que nous avons fait pour les plus pauvres : les constructions de logements, d’écoles, de routes, d’adduction d’eau, des maternités, des hôpitaux, des infrastructures sportives… 
Père Pedro 

Avec son association Akamasoa, le père Pedro lutte depuis 30 ans pour la réinsertion sociale et économique des plus pauvres à Madagascar. L’association a construit plus de 3 500 maisons, pour héberger aujourd’hui près de 30 000 personnes.

L’association construit également des logements sociaux, des écoles, des crèches, des dispensaires, des gymnases, etc. Avec plus de 14 000 enfants scolarisés, les projets sont nombreux et la Fondation Air France est présente aux côtés d’Akamasoa pour les mener à bien. L’association joue un rôle également essentiel sur le plan de la santé avec 45 000 consultations par an et sur l’environnement avec la plantation de 10 000 à 15 000 arbres tous les ans.

Depuis 2014, la Fondation Air France a ainsi financé une crèche, un gymnase, du mobilier pour les écoles et une cantine. Cette année, ce sont deux terrains de sports financés par la Fondation qui bénéficient désormais aux enfants de Madagascar.

POUR EN SAVOIR PLUS : https://la1ere.francetvinfo.fr/pere-pedro-recoit-prix-fondation-air-france-son-action-aupres-pauvres-madagascar-778295.html

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Père Ducourneau : « La fraternité d’armes est aussi une fraternité des larmes »

Auteur : Guillaume Desvignes. Articule publié sur le 26 novembre 2010 sur www.aleteia.org. Après 23 années de ministère auprès des armées, le père Ducourneau vient de publier « Le café du Padre – Chroniques de vie d’un aumônier militaire » (Salvator). Coïncidence poignante, il répondait aux questions d’Aleteia alors que la France apprenait la mort de treize de ses soldats au Mali.

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Père Ducourneau : « La fraternité d’armes est aussi une fraternité des larmes »

Articule publié sur le 26 novembre 2010 site : https://fr.aleteia.org/2019/11/26/pere-ducourneau-la-fraternite-darmes-est-aussi-une-fraternite-des-larmes/

Auteur : Guillaume DESVIGNES

Aleteia : Comment réagit un « Padre » à une tragédie aussi dure que celle qui vient de frapper l’armée française au Mali ?

Père Jean-Yves Ducourneau : C’est dans ces circonstances que l’on éprouve la valeur de la fraternité. La fraternité d’armes est aussi une fraternité de larmes. Et la mort de ces treize hommes représente un choc pour chacun d’entre nous. Ce sont des frères qui s’en vont. La mission des aumôniers militaires va être extrêmement difficile car il va falloir tirer cette tragédie vers l’espérance en s’en remettant à Dieu et à Sa Grâce, en particulier par la prière. Prier pour ceux qui sont partis, et pour ceux qui restent : j’ai une pensée toute particulière pour les épouses et les enfants de ces militaires qui étaient tous jeunes. Il va falloir leur montrer, en dépit des révoltes prévisibles, que l’armée demeure une famille. Cet accompagnement sera long et difficile. Ces hommes étaient des soldats en mission, loin de chez eux. Ils connaissaient la dangerosité de leur engagement. Le choc qui a nous a saisi ce matin montre que la France aime et respecte profondément son armée. N’oublions pas enfin que malgré nos morts, et c’est aussi une difficulté dans la vie d’un soldat, le combat contre le terrorisme jihadiste continue. En ce sens, nos soldats sont des héros, c’est-à-dire des hommes et des femmes capables de surpasser leurs émotions pour continuer à servir leur pays et donc chacun d’entre nous, capables de nous protéger contre le terrorisme.

L’aumônier n’est plus ce prêtre qui distribuait la communion sous le feu (même s’il est prêt à cela le cas échéant) : quelle est la « nouvelle » nature de votre mission ?
Le « Padre » est toujours celui qui vit de la communion et qui doit la distribuer, même si ce n’est plus de la même manière que durant la guerre de 1914-1918 par exemple. Vivant de la communion avec le Christ, il est appelé à la partager dans le « compagnonnage », c’est-à-dire dans le partage du pain quotidien qui permet de présenter, lorsque le temps le favorise, le pain du Christ. Bien entendu, il agrémente ce compagnonnage de sa disponibilité autour, par exemple, du « café du Padre » que l’on vient prendre dans son bureau et qui est toujours meilleur lorsque le sucre de l’histoire personnelle des soldats vient lui donner le bon goût de la vie partagée.

« Aujourd’hui, en plus des risques graves, les missions extérieures supposent un « déracinement » que les Padre prennent en comptent dans leur accompagnement quotidien »

La « nouvelle » nature de la mission est consécutive aux « nouvelles » missions des soldats qui sont, pour la plupart, envoyés au loin pour défendre les intérêts de la France, mission qu’ils ne choisissent pas mais reçoivent du pouvoir politique qu’ils acceptent de servir jusqu’au sacrifice possible de leur vie. Cela a commencé en Indochine ou en Algérie bien que ces régions étaient encore sous le régime français et s’est prolongé avec le Tchad, le Liban, le Golfe, les Balkans, puis les opérations des années 2000, comme l’Afghanistan et le Mali par exemple. La tragédie que nous avons apprise aujourd’hui nous le rappelle douloureusement. Durant les deux conflits mondiaux, les combats se déroulaient chez nous donc en lien avec nos racines. Aujourd’hui, en plus des risques graves, ces missions extérieures supposent un « déracinement » que les Padre prennent en comptent dans leur accompagnement quotidien, avec une dimension psychologique qu’ils ne doivent pas édulcorer.

Pour autant, il s’agit de la « même » mission que celle de nos anciens aumôniers, celle qui consiste à être une présence d’Église là où l’Espérance, la Paix et la Joie sont battues en brèche par les évènements. Le Padre, volontaire et formé pour ça, est envoyé au cœur même de cette violence, car là où il y a de l’homme, il y a de l’âme.

En quoi le ministère très particulier que vous exercez offre-t-il, hors du diocèse aux Armées, des pistes nouvelles pour évangéliser dans un monde sécularisé ? Ce ministère très particulier n’est pas un ministère à part. Il est un ministère d’Église, comme celui d’aumônier de prison et d’aumônier des gens de la rue, missions que j’ai déjà eu l’honneur de servir. L’Église est envoyée auprès des plus pauvres, ceux qui sont ou paraissent à la marge, comme le soulignait le pape François. Le diocèse aux armées n’est pas plus « original » qu’un autre diocèse, il est serviteur d’une communauté d’hommes et de femmes qui ont, aussi, leur histoire en dehors du cercle militaire, car, comme les autres, ils consomment, ils ont des enfants en école privée ou laïque, ils participent à des activités sociales, sportives et culturelles dans leurs lieux de vie, bien que l’exercice du « métier » de militaire ne soit pas codifié par des horaires journaliers classiques et que ce « métier » exige une disponibilité à toute épreuve, y compris celle du feu !

« En tant que serviteur, un “padre” reste humble et, comme tout prêtre, il doit exercer une autorité en lien avec celle du Christ, mais non un pouvoir, puisque le Christ y a renoncé dans son abaissement. »

Ceci étant dit, le Padre s’adapte à ce milieu particulier, il étudie ses codes, ses langages, il porte sa tenue, il respecte ses règles disciplinaires, il honore les chefs tout en assurant de son respect toute la hiérarchie militaire, du moins au plus gradé, puisque Dieu ne connaît pas les grades mais les cœurs. En tant que serviteur, il reste humble et, comme tout prêtre, il doit exercer une autorité en lien avec celle du Christ, mais non un pouvoir, puisque le Christ y a renoncé dans son abaissement. C’est un ministère souvent « isolé » en ce sens que l’aumônier est seul sur sa base, son régiment ou en école. Il doit donc, comme le montre la collégialité de l’Église, avoir de bons rapports fraternels avec le clergé civil local et bien entendu ses frères (et sœurs) aumôniers qu’il ne manque par de retrouver lors de réunions de travail ou de convivialité.

Le message à donner est toujours, in fine, celui de l’Évangile, non pas comme une vérité acquise mais une vérité, ou plutôt LA vérité, proposée qui commence par cet humble compagnonnage que j’ai évoqué plus haut, parfois dans le « crapahut », parfois dans la douleur partagée de la perte d’un soldat (souvent d’une violente manière), mais aussi dans les rites de cérémonie et dans la joie d’une partage de rations de combat ou d’un « café du Padre », en accueillant bien entendu tout le monde mais aussi en se laissant accueillir. Pour ce faire, il ne doit pas être un Padre de sacristie, mais un Padre de contact.

L’appel au retour de la paternité dans le sacerdoce se fait de plus en plus prégnant. Quel type de paternité exercez-vous ? Partagez-vous ce besoin d’une paternité revivifiée dans l’Église ?
Revenons sur l’appellation de « Padre » qui explique déjà certaines choses. Ce mot espagnol veut dire « père » ou au pluriel « les parents », donc la notion de paternité est intrinsèquement liée à cette appellation que l’on peut qualifier d’affective. L’appellation officielle est « monsieur l’aumônier » qui, finalement, n’engage personne puisqu’elle est assez « neutre ». Lorsque le terme de « Padre » est donné à l’aumônier, il se crée, de fait, une relation sympathique, même si la personne qui l’emploie n’est pas catholique. Ce terme de « Padre », venant de la Légion étrangère lorsque celle-ci était grandement hispanophone (au XIXe siècle), s’est répandu dans toute l’armée française, principalement l’armée de terre. Il y a donc, en lui-même, la notion de paternité, au même titre que l’emploi du mot « Père », ou même « abbé » (abba, en hébreu, veut dire père), pour désigner monsieur le curé par exemple.

Ceci étant dit, il convient de préciser que le Padre qui va au contact de ses frères militaires leur propose, non par un pouvoir mais uniquement par son charisme, sa disponibilité et son autorité (l’autorité fait grandir, le pouvoir écrase), ce que je dis dans mon livre « le café du Padre »,  d’être un « Re-Père », surtout lorsque les jeunes soldats n’ont plus en eux l’image et la présence d’une autorité masculine qui peut leur donner certains repères de vie quotidienne. Il ne s’agit pas de confondre les rôles et de posséder l’autre en faisant de ce « Re-Père » une puissance qui domine mais juste un relais, une balise de lumière (terme que j’emploie d’une manière récurrente dans plusieurs de mes livres) pour découvrir, in fine, la seule paternité qui fait de nous des fils et des frères, celle de Dieu Père. Or, il est clair que lorsque l’’image de la paternité familiale est brouillée, la paternité de Dieu est encore plus difficile à apprécier. Il ne faut donc pas que le prêtre use de son « autorité » pour en faire un obstacle, voire un scandale. En fait, il est évident que le « Padre » ne peut se prévaloir d’être un « Re-Père » que lorsqu’il se sait lui-même enfant de Dieu ayant besoin de sa miséricorde pour continuer à grandir et que lorsqu’il est persuadé que celui qu’il accueille est le Christ lui-même.

« Lors des opérations extérieures très dangereuses, j’ai vu des jeunes qui se découvraient et de fait, je les découvrais autre que ce que je pensais. »

Quel regard portez-vous sur l’armature psychique et morale des jeunes recrues qui rejoignent les armées, se fragilise-t-elle inexorablement ?
Il faut se méfier des « on dit » lorsqu’on évoque la psychologie des soldats. Notre jeunesse, du moins celle qui entre dans les enceintes militaires, est incontestablement généreuse. Elle vient chercher ce qu’elle espère trouver : une réalisation d’elle-même. Les instructeurs, dont l’aumônier peut humblement faire partie, sont là pour réveiller et accompagner ce dynamisme qui n’attend que ça. Lors des opérations extérieures très dangereuses, j’ai vu des jeunes qui se découvraient et de fait, je les découvrais autre que ce que je pensais, surtout lorsque je voyais leur visages encore candides juste avant de monter dans l’avion qui nous conduisait dans des endroits violents où la mort ne regarde pas l’âge de ceux qu’elle fauche. Certes, les fragilités sont là. Ce ne sont pas des robots sans âmes, ni sans larmes. Il y a la fatigue, la désillusion parfois, le fait de ne pas être reconnu dans ce qui se vit de délicat, la crainte de la mort ou de la blessure, et tout ce qui fait la vie humaine qui n’est pas étranger à la vie des soldats, loin s’en faut. Lorsqu’on perd un camarade, un « compagnon » avec lequel on a partagé tant et tant de choses en plus du pain, on a mal et on souffre, dans son cœur, dans son esprit et dans son corps. Mais c’est justement aussi pour cela que les aumôniers sont à leurs côtés.

C’est pour cela que je parle également, lors d’homélies par exemple, de cette « technicité » qui n’a de « pouvoir » que si l’intériorité de l’être n’est pas en compote et qu’elle est aussi bien « entrainée » que le corps qui revêt cette technicité, qui malgré tout, n’est pas une garantie contre la blessure ou la mort. J’ai la chance d’avoir étudié, lors de ma formation initiale en théologie, la psychologie via l’analyse transactionnelle qui m’aide à « lire » les dits ou les non-dits de nos soldats sur leur éventuelle détresse intérieure, la grâce de Dieu aidant.

Quant au « Padre » lui-même, il n’est pas, non plus un super-héros. Étant un « soutien », une épaule et un « Re-Père » pour ses frères soldats dont il a la charge spirituelle au nom de l’Église, il doit lui-même avoir un soutien puisque sa mission en opérations extérieures peut l’isoler, non seulement géographiquement mais aussi spirituellement. Il est important qu’il sente que des communautés de métropole prient pour sa mission et les hommes qu’il porte au Christ. Il est important qu’il s’attache plus que jamais au Christ lui-même dans la prière et l’Eucharistie qu’il célèbre parfois sur des endroits aussi incongrus qu’une grosse pierre de désert, une caisse de munitions, un capot de voiture ou une table de campagne, même s’il peut aussi tout faire pour qu’une petite chapelle soit érigée au sein du camp de fortune, parfois même malgré l’opposition ou le scepticisme de la hiérarchie.

La figure de saint Vincent de Paul est régulièrement évoquée dans vos propos. Que faut-il retenir du message de ce grand saint pour aujourd’hui ? En quoi vous guide-t-il chaque jour ?
Je suis de la Congrégation de la Mission, fondée par saint Vincent de Paul en 1625. En France, on nous appelle les Lazaristes, du nom du lazaret, maison parisienne où l’on enfermait les lépreux et les aliénés que les familles ne voulaient plus, qui a été donnée à Vincent pour la formation des siens. Il est donc « naturel » que ce génial fondateur soit un de mes maîtres à penser spirituellement. Cet homme n’a jamais hésité, la grâce de Dieu aidant — comme il le dit lui-même — à aller vers tous ses frères en humanité, les pauvres bien entendu (qui restèrent sa priorité), mais aussi les plus aisés (bien souvent pauvres spirituellement) et les soldats (depuis 1636, des Lazaristes furent dépêchés dans les armées du roi), avec le souci de la « damnation des âmes » qui se perdaient sans Dieu. Qu’il fut aumônier des galères, de la reine Margot, celui du roi Louis XIII, conseiller spirituel de la reine Anne d’Autriche, membre du Conseil de Conscience du Royaume de France, créateur avec l’École française de Spiritualité (Bérulle, Jean Eudes, Jean-Jacques Ollier…) des premiers grands séminaires suite au Concile de Trente (XVIe siècle), mais aussi confesseur des plus pauvres des campagnes, prédicateur et fondateur de structures d’Église et de Charité (les Filles de la Charité, les Équipes dites de Saint-Vincent, l’Œuvre des Enfants trouvés), il a montré la « puissance » de l’Évangile à tous.

Ceci me guide et me rassure dans mon indignité et mon imperfection. Il me pousse à ne jamais me décourager et à revenir de cœur et d’âme vers Celui qui, sans doute avec beaucoup d’humour au regard de mon parcours quelque peu chaotique, m’a montré qu’il était d’abord tout amour pour moi. Vincent de Paul me montre, grâce à Dieu, que je dois partager cet amour avec et dans ma propre pauvreté. Lorsque je sens que je m’embourbe dans les méandres vaseux, je me tourne vers la prière de saint Vincent : Seigneur tirez-nous après vous, c’est-à-dire, Seigneur, tu es le seul à pouvoir me guider et me sortir de ma propre boue. Je suis donc convaincu que ce ministère aux armées entre dans la spiritualité « vincentienne ». L’uniforme n’empêche pas la misère d’être au sein du monde militaire (misère matérielle, misère spirituelle, misère psychologique surtout face à la mort et la violence, misère familiale avec par exemple, un taux de divorce très élevé…). C’est d’ailleurs la Congrégation de la Mission elle-même qui, en répondant à l’appel de l’évêque aux Armées de l’époque (1996), m’a envoyé en mission dans ce monde.

Ce qui se vit dans les aumôneries des armées pourrait-il aussi s’avérer utile pour penser la laïcité aujourd’hui ? De quelle manière ?
Absolument. La laïcité n’étant pas l’athéisme, il est important de noter que la République française tient compte de la liberté de culte, la respecte et même la promeut. En 1880, sous un régime pas franchement favorable à l’Église, sont créées les trois aumôneries d’État : prisons, hôpitaux et armées, dans des lieux où, la mort frappant régulièrement, il était difficile d’avoir accès à cette liberté de culte ouvertement professée par un gouvernement socialiste franc-maçon. Il est donc important de signaler que ce n’est pas une entorse à la laïcité et que nous sommes, en tant « qu’aumôniers d’État », les garants de cette liberté de culte. Nous avons donc une « tenue » qui rappelle notre mission, c’est pourquoi nous devons la porter. Ce n’est pas une entorse à la laïcité que de porter la Croix de Jésus dans des milieux d’État, mais c’est une entorse à cette même laïcité quand des responsables de structures d’État empêchent les aumôniers officiellement nommée à ce poste de porter leurs attributs et obligent ces derniers à les cacher. Il s’agit là d’un abus de pouvoir et d’une méconnaissance des lois de notre pays. Les deux autres aumôneries d’État peuvent, à ce titre, prendre exemple sur l’aumônerie militaire, dont les aumôniers de tous les cultes portent, sans opposition aucune, leur signe distinctif, soit la croix pour les aumôniers catholiques et protestants, soit le croissant pour les aumôniers musulmans, soit les tables de la Loi pour les aumôniers israélites.

De plus, cela ne pose aucun problème à l’Armée lorsque nous célébrons des offices religieux lors des fêtes militaires comme pour la Sainte-Geneviève pour les gendarmes (souvent en présence des autorités de l’État comme le préfet ou le sous-préfet et les maires des villes dans lesquelles l’office est donné), ou comme la fête de saint Michel, patron des parachutistes par exemple, ou encore les messes de baptême de promotion que j’ai remis, avec l’aval des autorités militaires, au goût du jour à l’école de formation des sous-officiers. Les aumôniers des autres cultes s’associent à ces offices, ils y ont leur place légitime. Pour illustrer ceci, je cite ici une phrase prononcée par le responsable de l’aumônerie militaire musulmane, qui rend hommage à l’histoire chrétienne de notre pays, phrase qui donne un fort écho à ce que je viens d’écrire : « Les messes relèvent de la Tradition. La France “Fille aînée de l’Église” a une histoire très forte avec le catholicisme » (Le Monde, 4 juin 2018). Voilà un bon exemple d’une laïcité bien comprise. On se souvient aussi de la phrase restée célèbre du Général de Gaulle : « La France est chrétienne mais la République est laïque ». On ne peut donc nier cette histoire. La laïcité ne nie pas l’histoire, contrairement à l’athéisme, elle la continue. La laïcité (dont le mot n’est même pas présent dans la loi de 1905 sur le « sujet » de la séparation de l’Église et de l’État) n’est donc pas une destruction et une négation des religions, mais un cadre dans lequel celles-ci peuvent vivre librement sans interférer sur les lois de la République. D’ailleurs les religions reconnues par l’État peuvent et doivent, par leur conscience, éclairer sereinement ces mêmes lois en donnant leur avis consultatif.

Pour finir, je dirai que la laïcité à la mode militaire est un peu comme un laboratoire pour l’ensemble de la Nation, qui peut voir en ce milieu le moyen de cesser un combat stérile ne mettant pas en valeur ceux qui le promeuvent au nom d’une idéologie qui, justement, nie la liberté de conscience et voudrait ériger la laïcité en nouvelle religion d’État, ce qu’elle n’est nullement.

Parmi les moments de grâce que vous avez connus autour du café du Padre, s’il fallait en retenir un ?
Beaucoup de moments de grâce jalonnent ma vie comme des balises de lumière qui m’empêchent de suivre les chemins de désespérance, notamment lorsque cette grâce semble être éclipsée par la haine et la souffrance.  Parmi tous ces moments de grâce dont le Seigneur m’a comblé, il m’est difficile d’en choisir un. Ce ne sera pas forcément le plus fort mais c’est celui qui me vient à l’esprit en répondant à cette question. Lors de la préparation au baptême d’un caporal chef qui faisait du sport avec moi (milieu que le Padre doit fréquenter puisque c’est une activité importante dans le monde militaire, non pour le plaisir mais par obligation d’être apte à servir en tous lieux et en tous moments), j’ai eu la joie et l’honneur d’entendre de sa bouche qu’il souhaitait que je sois son parrain et qu’il souhaitait de tout cœur que j’entre dans sa famille. Cela m’a profondément ému et touché et ce n’était pas des paroles en l’air. Aujourd’hui, partageant encore souvent avec lui « le café du padre », je suis très proche de cette — épouse, enfants, parents, frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs — tant géographiquement que spirituellement, et il ne se passe pas une journée sans que j’ai des nouvelles d’elle, grâce à Dieu. Pour ce militaire, avec l’aide de Dieu, le Padre a été vraiment ce « Re-père » dont je parlais tout à l’heure. Que Dieu en soit loué !

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Rencontre du comité national de la famille vincentienne le 25 novembre 2019

Les recommandations du bureau international de la famille vincentienne sont remises à chaque membre pour aider les coordinations nationales à établir leur texte de référence. Elles sont commentées par le coordinateur international. Il nous informe que la famille mondiale regroupe 156 branches.

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Rencontre du comité national de la famille vincentienne le 25 novembre 2019

C’est autour d’un café dans la salle du conseil de la province France-Suisse-Belgique des Filles de la Charité, au 9 rue Cler à Paris, que se sont retrouvés les délégués de la coordination nationale de la famille vincentienne le 25 novembre dernier. Etaient présents le P. Jo AGOSTINO, coordinateur international de la famille vincentienne, le P. GHALI, son traducteur, le P. Bernard MASSARINI, coordinateur national de la famille vincentienne, Sr Blandine KLEIN, Supérieure Générale des Sœurs de la Charité de Strasbourg, accompagnée de Mme Fanny DOUHAIRE, chargée de projets de la congrégation, la présidente de Jeunesse Mariale Vincentienne (JMV), le P. DANJOU, sous-directeur de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, accompagné de Mme Brigitte DARX, M. Michel LANTERNIER, président de la Société Saint Vincent de Paul (SSVP), Sr Marie-Vianney RESSEGAND, Supérieure générale des Sœurs de l’Union-Chrétienne de Saint Chaumond, Mme France MORANE, présidente des Equipes Saint Vincent-AIC France (ESV-AIC France) et Mme Muriel WITTMANN, vice-présidente, le P. Gilles MORIN, provincial des Religieux de St Vincent de Paul (RSVP), Sr Eliane BULTEL, déléguée des Filles de la Charité (FDLC), le P. Jean-François DESCLAUX, conseiller spirituel de la SSVP, Sr Pascale HARATYK, une conseillère des sœurs de Sainte Jeanne-Antide Thouret, et Marie-Pierre FLOUR, chargée de communication de la famille vincentienne. Nous ont rejoints l’après-midi le Visiteur des Lazaristes, le P. Christian MAUVAIS, ainsi que le P. Patrick RABARISON, cm.

Après avoir signalé que le président de la SSVP et la présidente des ESV-AIC France ont été rencontrés par le coordinateur international de la famille vincentienne, le P. Bernard Massarini brosse un bref rappel de l’état de nos liens avec Depaul France. Il rappelle qu’étant membres de la famille vincentienne internationale sans être de la coordination en France, nous les avons associés à nos initiatives communes : délégation romaine à l’anniversaire du charisme vincentien à Rome, notre vidéo de services auprès des sans-abris pour la deuxième journée mondiale du pauvre et sur la carte de la présence des branches de la famille vincentienne en France.

Les recommandations du bureau international de la famille vincentienne sont remises à chaque membre pour aider les coordinations nationales à établir leur texte de référence. Elles sont commentées par le coordinateur international. Il nous informe que la famille mondiale regroupe 156 branches. Devant ce nombre important, un représentant de chaque branche ne pouvant être présent au conseil international de la famille vincentienne, il a été choisi de constituer ce conseil de 4 membres de droit (les Filles de la Charité, les ESV-AIC France, la SSVP et les Lazaristes) et des représentants d’autres branches qui se renouvellent tous les trois ans. Après l’élection du nouveau coordinateur national, le P. Jo Agostino propose au comité national de choisir au sein de ce comité deux ou trois personnes pour rédiger un projet de texte de base qui intègre toutes les nuances nécessaires pour un bon fonctionnement.

Il est demandé au coordinateur international de communiquer les critères d’accueil des nouveaux membres dans la famille. Ils sont donc énoncés :

– que la branche ait St Vincent ou un des saints de la famille vincentienne comme fondateur 

– qu’elle soit constituée comme groupe (constitutions, statuts, associations)

– qu’elle soit reconnue comme mouvement légitime (par l’Eglise ou par l’Etat civil)

– qu’elle ait pour but principal le service des pauvres.

 S’en suit une longue discussion sur notre identité en famille avec le rappel des choix spécifiques pour l’accueil de nouveaux membres de chacune de nos branches et des difficultés rencontrées pour continuer à déployer nos spécificités lorsque les frontières ne sont pas clairement établies.

Il est également rappelé qu’une fois membre de la famille vincentienne, il faut accepter d’entrer dans un processus de formation pour apprendre à connaitre et pratiquer le charisme afin d’approfondir son ancrage vincentien. Le partage se termine avec la décision d’attendre le texte de la coordination internationale pour repenser le texte charte. Il sera élaboré lors de la  prochaine rencontre.

En milieu de journée nous célébrons la messe à l’oratoire des Filles de la Charité, un fort moment de pause de notre journée pour refaire notre unité.

Après la pause déjeuner, un tour de table permet à chacun de partager les nouvelles de sa branche. Les sœurs de la Charité de Strasbourg nous partagent la joie d’avoir fait une retraite au Berceau avec les sœurs de la Charité de Besançon, retraite prêchée par le P. MAUVAIS, provincial des Lazaristes. Elles nous présentent un livre d’une des sœurs de leur congrégation qui partage son itinéraire de consacrée au service des plus fragiles : « Ce que vous faites au plus petit. Témoignage d’une sœur de la Charité – de la cornette à la tablette » de Sœur Denise Baumann.

La déléguée de Jeunesse Mariale Vincentienne exprime la joie de leur rassemblement annuel dans ces locaux. Leur nouveau site internet sera prêt le jour anniversaire de la fête de la Médaille Miraculeuse.

Le P. RABARISON, délégué de la commission animation vincentienne de France, présente la version commentée de l’exhortation ‘Christus vivit’ destinée aux jeunes (la JMV y est présente) ainsi qu’un commentaire auquel il a contribué. Il nous invite à être inventifs pour concilier identité et richesse de notre patrimoine.

Le président de la SSVP évoque deux initiatives auprès des sans-abris en Seine-Saint Denis et dans le Val de Marne. Il a aussi commencé à envoyer des jeunes vincentiens en séjour à l’étranger. Les premiers sont partis chez les Religieux de St Vincent de Paul en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, d’autres chez les Lazaristes au Cameroun. Ils sont en recherche de nouveaux lieux de chute chez les FDLC. Est évoquée l’idée de reprendre une instance vincentienne de coopération de style MISEVI en France.

Les sœurs de l’Union-Chrétienne de Saint Chaumond continuent leur travail d’éducation dans leurs établissements. Elles ont eu cette année une profession solennelle et une temporaire et se préparent à leur chapitre général en juillet prochain.

Les ESV-AIC France sont heureuses d’être invitées mensuellement par le ministère de la cohésion sociale. Le projet « Louise et Rosalie » avance bien. Il s’agit d’un projet d’accueil de jour de femmes à la rue au 97 rue de Sèvres à Paris. Il devrait pouvoir voir le jour début juillet 2020 avec ouverture officielle en septembre prochain. L’espace est conçu pour 15 à 20 femmes avec un accompagnement personnalisé en plus du service offert aux personnes.

Les Religieux de St Vincent de Paul vont avoir leur chapitre général en mai 2020 et s’apprêtent à célébrer leur 175e anniversaire de fondation les 2 et 3 mars 2020.

L’Association de la Médaille Miraculeuse continue la permanence d’écoute huit heures par jour : une écoute téléphonique auquel les appelants sont très sensibles.

Les Filles de le Charité sont en démarche d’assemblée en trois étapes : domestiques (locales), provinciales en 2020 et générales en 2021. Elles ont eu des journées fraternelles de formation et quatre temps de formation pour les responsables de communauté. Elles mettent l’accent sur la découverte du charisme dans les établissements scolaires sous tutelle. Quelques sœurs sont engagées dans la formation des laïcs des secteurs éducatif et sanitaire et social. Un parcours en huit rencontres sur deux ans. Il s’agit de découvrir les fondateurs pour vivre du charisme dans la problématique d’aujourd’hui, une attention est donnée à la dimension du care/soin et de l’écologie.

L’Archiconfrérie de la Sainte Agonie continue à développer le climat de piété et de prière avec Jésus à Gethsémani pour des personnes qui se retrouvent une fois par mois autour de la solitude de Jésus à Gethsémani pour prier pour le monde. Elles se retrouvent à la chapelle de la sainte agonie  au 95 rue de Sèvres à Paris.

Les Sœurs de Gethsémani, quant à elles, ont quitté Paris mais ont trouvé une façon de donner à leur maison une finalité qui reste dans le charisme vincentien. Elles la louent à une association qui propose de la colocation entre personnes en difficultés sociales et croyants soucieux d’aider à la réinsertion de ces personnes.

Les sœurs de Sainte Jeanne-Antide Thouret partagent la joie d’avoir eu des vœux perpétuels de sœurs chinoises et d’avoir reçu cinq postulantes vietnamiennes à Besançon et cinq à Rome. Elles vont avoir leur chapitre général en mai prochain à Rome. Elles nous parlent de leur fondation qui envoie des jeunes en mission à l’étranger qui peuvent y faire divers types de services : enseignement, santé, construction, social, etc… Après trois ou quatre temps de formation, les jeunes peuvent aller servir et auront une relecture de leur service à leur retour.

En fin d’après-midi a lieu l’élection du coordinateur, de la secrétaire, de la chargée de communication et de la trésorière. Nous rappelons qu’actuellement les trois dernières tâches reviennent à Marie Pierre FLOUR. Après avoir échangé et pensé qu’il était possible de conserver ces trois fonctions groupées nous n’élirons qu’un coordinateur et une secrétaire-trésorière-chargée de communication. Se pose la question des candidats. Les deux sortants sont disposés à reprendre le service si nécessaire.  Ils sont élus à 10 voix sur 11 tous les deux. Reprennent donc la mission de coordination nationale le P. Bernard MASSARINI, cm et celle de secrétaire, chargée de communication et trésorière,  Mme Marie-Pierre FLOUR (A.M.M).

Afin d’améliorer notre communication comme famille vincentienne en France, il est demandé de transmettre à notre secrétaire les contacts des chargés de communication de nos branches respectives afin qu’en entrant en relation avec eux, elle obtienne les informations intéressantes qu’elle adressera au P. Emile GHALI pour une mise en ligne  sur le site www.famvin.org.

Nous donnons ensuite la parole au P. Jo Agostino, le coordinateur international pour qu’il nous informe des activités de la famille vincentienne internationale :

  1. a) la Rencontre de responsables de la famille vincentienne en janvier 2020 à Rome pour approfondir la culture des vocations en proposant des outils au service de tous (un site web consacré à cette dynamique sera créé).
  2. b) Une recherche pour améliorer la transmission du charisme en vue d’élaborer un guide pratique sur les diverses pratiques existantes
  3. c) La dynamique au service des sans-abris née à l’occasion de la célébration de l’anniversaire du charisme: le comité exécutif invite chaque section à aider à l’accès à un logement permanent pour les sans-abris.
  4. d) La rédaction d’un missel des saints et bienheureux de la famille vincentienne avec, à la fin du missel, une présentation des diverses branches de la famille pour mieux se connaitre. Après deux années d’élaboration, il sera présenté à la rencontre de janvier 2020 en vue de le corriger puis de l’imprimer pour le mettre à disposition des divers membres.

Sont rappelées nos initiatives  au service des sans-abris qui seront communiquées à notre correspondante francophone de l’alliance pour les sans-abris pour les insérer sur la carte présentant la réalisation de divers services que nous avons dans le monde au service de ces populations : les Maraudes SSVP à Toulouse et à Paris ; le bus-douche Depaul à Paris ; le Chenil  SSVP à Brest ; l’établissement créé en 1995 par les Sœurs de la Charité de Strasbourg, et en permanente évolution avec la Fondation Vincent de Paul : l’Escale Saint-Vincent, structure d’accueil de personnes sans domicile fixe nécessitant des soins bénins ou médicaux et paramédicaux avec ses 10 lits halte soins santé (LHSS) et  20 lits d’accueil médicalisés (LAM) au cœur de Strasbourg ; le projet « Louise et Rosalie », centre d’accueil de jour pour femmes à la rue en collaboration avec ESV-AIC/SSVP/Lazaristes à Paris ; le Mascaret, maison d’accueil de sans-abris âgés à Marseille (20 chambres) avant leur entrée en maison de retraites et MSMA, le service de funérailles des personnes décédées à la rue auquel participent les ESV-AIC/SSVP/Lazaristes.

La rencontre se termine aux alentours de 16 heures. La prochaine rencontre est fixée au 16 mars 2020, chez les Lazaristes, au 95 rue de Sèvres à Paris.

La coordination nationale de la famille vincentienne

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Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

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Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase à l’adresse des pèlerins Français et de la famille vincentienne présents à Rome à l’occasion de la canonisation de Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

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Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

C'est un évènement plein de symboles: ce dimanche matin, plusieurs père synodaux de l'assemblée spéciale sur l'Amazonie ont participé à une messe célébrée dans les Catacombes de Sainte Domitille situées non loin de la Via Appia à Rome. Une messe présidée par le cardinal brésilien Claudio Hummes, rapporteur général du synode. Ils ont fait mémoire du "Pacte des Catacombes" au cours duquel 42 pères du Concile Vatican II avaient demandé à Dieu la grâce d'«être fidèle à l'esprit de Jésus» dans le service des pauvres. Ce document intitulé «Pacte pour une Église Servante et Pauvre» avait alors pour ambition de mettre les pauvres au centre du ministère pastoral.

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Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

Pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine

Nous, participants au Synode panamazonien, nous partageons la joie de vivre parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, d’habitants des rives de fleuves, de migrants et de communautés des périphéries des villes de cet immense territoire de la planète. Avec eux, nous avons fait l’expérience de la puissance de l’Évangile qui agit dans les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple, de partage et de gratuité. Marqués par l’écoute de leurs cris et de leurs larmes, nous accueillons chaleureusement les paroles du Pape François :

“Beaucoup de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse de l’amour de l’Église. Pour eux, avec eux, nous marchons ensemble”.

Souvenons-nous avec gratitude de ces évêques qui, dans les catacombes de sainte Domitille, à la fin du Concile Vatican II, ont signé le Pacte pour une Église servante et pauvre. Nous nous souvenons avec vénération de tous les martyrs membres des communautés ecclésiales de base, des organismes pastoraux et des mouvements populaires, des leaders indigènes, des missionnaires hommes et femmes, des laïques et des laïcs, des prêtres et des évêques, qui ont versé leur sang en raison de cette option pour les pauvres, de la défense de la vie et de la lutte pour protéger notre Maison commune. À la gratitude pour leur héroïsme, nous joignons notre décision de poursuivre leur lutte avec fermeté et courage. C’est un sentiment d’urgence qui s’impose face aux agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Très Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, devant les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et devant celles qui sont solidaires avec nous en Afrique, en Asie, en Océanie, en Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des Apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et surtout de notre Amazonie, en profonde communion avec le Successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous nous engageons personnellement et collectivement à :

1.   Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de notre mère la terre, mais ses fils et ses filles, formés par la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), hôtes et pèlerins (1 Pt 1, 17b et 1 Pt 2, 11), appelés à être ses gardiens zélés (Gn 1, 26). À cette fin, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est interconnecté, le genre humain et l’ensemble de la création, parce que tous les êtres sont filles et fils de la terre et sur elle plane l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec toute la création: «Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.» (Gn 9, 9-10 et Gn 9, 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier pour les peuples originaires, et garantir avec eux le droit d’être protagonistes dans la société et dans l’Église. Les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs identités et leur spiritualité. Prendre conscience qu’elles doivent être respectées aux niveaux local et mondial et, par conséquent, encourager, avec tous les moyens à notre disposition, à les accueillir sur un pied d’égalité dans le concert mondial des peuples et des cultures. 

5. Par conséquent, dans nos paroisses, diocèses et groupes, tout type de mentalité et d’attitude coloniale, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toute forme de violence et d’agression contre l’autonomie et les droits des peuples originaires, leur identité, leurs territoires et leurs modes de vie.

7. Proclamer la nouveauté libératrice de l’Évangile de Jésus-Christ, en accueillant l’autre et le différent, comme ce fut le cas pour Pierre dans la maison de Corneille: «Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain.» (Ac 10, 28).

8. Marcher œcuméniquement avec les autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Evangile, et avec les autres religions et personnes de bonne volonté, en solidarité avec les peuples originaires avec les pauvres et les petits, dans la défense de leurs droits et dans la préservation de la maison commune.

9. Établir dans nos Églises particulières un style de vie synodal, dans lequel les représentants des peuples originaires, les missionnaires, les laïcs hommes et femmes, en vertu de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, ont une voix et un vote dans les assemblées diocésaines, dans les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, en tout ce qui les concerne dans la gouvernance des communautés.

10. Nous engager à reconnaître d’urgence les ministères ecclésiaux déjà existants dans les communautés, exercés par des agents pastoraux, des catéchistes indigènes, des ministres – hommes et femmes – de la Parole, en valorisant en particulier leur attention aux plus vulnérables et exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de la visite à une pastorale de la présence, en assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie devienne effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la véritable diaconie du grand nombre de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et essayer de les consolider avec un ministère adéquat de leaders féminins de communautés.

13. Chercher de nouveaux parcours d’action pastorale dans les villes où nous opérons, avec les laïcs et les jeunes comme protagonistes, en prêtant attention à leurs périphéries et aux migrants, aux travailleurs et aux chômeurs, aux étudiants, aux éducateurs, aux chercheurs et au monde de la culture et des communications.

14. Face à la vague de consumérisme, assumer un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire avec ceux qui ont peu ou rien ; réduire la production de déchets et l’utilisation du plastique ; encourager la production et la commercialisation de produits agro-écologiques ; utiliser les transports publics autant que possible.

15. Se placer aux côtés de ceux qui sont persécutés pour leur service prophétique de dénonciation et de réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des plus petits, d’accueil et de soutien aux migrants et réfugiés. Cultiver de vraies amitiés avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, exercer un ministère d’écoute, de consolation et de soutien qui soulage et redonne espoir.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et de notre petitesse face à de si grands et si graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Par-dessus tout, que nos communautés ecclésiales nous aident par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, quand cela est nécessaire, par la charité et la correction fraternelle.

Acceptons avec un cœur ouvert l’invitation du Cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et en regagnant nos églises :

«Laissez-vous envelopper par le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas submerger par l’autoréférentialité, mais par la miséricorde devant le cri des pauvres et de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce synode est comme une table que Dieu a dressée pour ses pauvres et Il nous demande de servir à cette table».

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme «un acte d’amour cosmique» «“Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde”. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, “la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même”. C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.» (Laudato Si’, 236).

 

Catacombes de Sainte Domitille

Rome, 20 octobre 2019

Dimanche 2 Carême – C (Lc 9,28-36). Méditation

Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous devons impérativement «intérioriser» notre religion si nous voulons raviver notre foi. Il ne suffit pas d’entendre l’Evangile de manière distraite, routinière et monotone, sans aucune envie d’écouter. Il ne suffit pas non plus d’écouter intelligemment, en vue seulement de comprendre.

CMission

Dimanche 2 Carême – C (Lc 9,28-36). Méditation

Écouter Jésus

Aujourd’hui, dans l’Evangile, Jésus surprend ses contemporains, et nous aussi. En effet, alors même qu’était loué le magnifique Temple de Jérusalem, il dit qu’il n’en restera pas « pierre sur pierre » (Lc 21, 6). Pourquoi ces paroles envers une institution si sacrée, qui n’était pas seulement un édifice, mais aussi un signe religieux unique, une maison pour Dieu et pour le peuple croyant ? Pourquoi prophétiser que la ferme certitude du peuple de Dieu s’écroulerait ? Pourquoi, à la fin, le Seigneur permet-il que s’écroulent des certitudes, alors que le monde en est toujours davantage privé ?

Cherchons des réponses dans les paroles de Jésus. Il nous dit aujourd’hui que presque tout passera. Presque tout, mais pas tout. En cet avant-dernier dimanche du Temps ordinaire, il explique que ce sont les avant dernières choses qui croulent, non pas les dernières : le Temple, non pas Dieu ; les royaumes et les événements de l’humanité, non pas l’homme. Les choses avant-dernières passent, qui semblent souvent définitives mais ne le sont pas. Il y a des réalités grandioses, comme nos temples, et terrifiantes, comme les tremblements de terre, des signes dans le ciel et des guerres sur la terre (cf. v. 10-11) : elles nous semblent faites pour la une des journaux ; mais le Seigneur les met en deuxième page. En première page reste ce qui ne passera jamais : le Dieu vivant, infiniment plus grand que tous les temples que nous construisons, et l’homme, notre prochain, qui vaut plus que toutes les chroniques du monde. Alors, pour nous aider à recueillir ce qui compte dans la vie, Jésus nous met en garde contre deux tentations.

La première est la tentation de la hâte, du tout de suite. Pour Jésus il ne faut pas courir derrière celui qui dit que la fin arrivera tout de suite, que « le temps est proche » (v. 8). Celui qui sème la panique et qui entretient la peur de l’autre et de l’avenir ne doit donc pas être suivi, car la peur paralyse le cœur et l’esprit. Et cependant, combien de fois nous laissons-nous séduire par la hâte de vouloir savoir tout et tout de suite, par la démangeaison de la curiosité, de la dernière information retentissante et scandaleuse, par les histoires troubles, par les hurlements du plus énervé qui crie le plus fort, ce celui qui dit “maintenant ou jamais”. Mais cette hâte, ce tout et tout de suite, ne vient pas de Dieu. Si nous nous épuisons dans le tout de suite, nous oublions ce qui demeure pour toujours : nous poursuivons les nuages qui passent et perdons de vue le ciel. Attirés par le dernier tapage, nous ne trouvons plus de temps pour Dieu et pour le frère qui vit à côté. Comme cela est vrai aujourd’hui ! Dans la frénésie de courir, de tout conquérir et tout de suite, celui qui reste en arrière gène. Et il est considéré comme un rebut : combien de personnes âgées, d’enfants à naître, de personne handicapées, de pauvres sont considérés comme inutiles. On se dépêche, sans avoir souci que les distances augmentent, que la cupidité d’un petit nombre accroit la pauvreté d’un grand nombre.

Comme antidote à la hâte, Jésus propose aujourd’hui à chacun la persévérance : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (v. 19). La persévérance, c’est aller de l’avant chaque jour avec le regard fixé sur ce qui ne passe pas : le Seigneur et le prochain. Voilà pourquoi la persévérance est le don de Dieu par lequel tous les autres dons sont conservés (cf. Saint Augustin, De dono perseverantiae, 2, 4). Demandons pour chacun de nous, et pour nous comme Eglise, de persévérer dans le bien, de ne pas perdre de vue ce qui compte.

Il y a un deuxième mensonge dont Jésus veut nous détourner, lorsqu’il dit : « Beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”. Ne marchez pas derrière eux ! » (v. 8). C’est la tentation du je. De même qu’il ne recherche pas le tout de suite mais le toujours, le chrétien n’est pas non plus un disciple du je, mais du tu. Il ne suit pas les sirènes de ses caprices, mais l’appel de l’amour, la voix de Jésus. Et comment reconnaît-on la voix de Jésus ? “Beaucoup viendront sous mon nom”, dit le Seigneur, mais il ne faut pas les suivre : l’étiquette de “chrétien” ou de “catholique” ne suffit pas pour appartenir à Jésus. Il faut parler la même langue que Jésus, celle de l’amour, la langue du tu. Celui qui parle la langue de Jésus est celui qui ne dit pas je mais qui sort de son je. Et cependant, combien de fois, même pour faire le bien, règne l’hypocrisie du je : je fais le bien mais pour être reconnu comme bon ; je donne, mais pour recevoir à mon tour ; j’aide, mais pour m’attirer l’amitié de cette personne importante. C’est ainsi que parle la langue du je. La Parole de Dieu, en revanche, pousse à une « amour sans hypocrisie » (Rm 12, 9), à donner à celui qui n’a rien à rendre (cf. Lc 14, 14), à servir sans chercher de récompense et de retour (cf. Lc 6, 35). Alors, nous pouvons nous demander : Est-ce que j’aide une personne dont je n’aurai rien à recevoir ? Moi, chrétien, est-ce que j’ai au moins un pauvre pour ami ?

Les pauvres sont précieux aux yeux de Dieu parce qu’ils ne parlent pas la langue du je : ils ne se soutiennent pas par eux-mêmes, par leurs propres forces, ils ont besoin de celui qui les prend par la main. Ils nous rappellent que l’Evangile se vit ainsi, en mendiants qui implorent Dieu. La présence des pauvres nous ramène au climat de l’Evangile, où se trouve les bienheureux et les pauvres en esprit (cf. Mt 5, 3). Alors, plutôt que d’éprouver du désagrément lorsque nous les entendons frapper à nos portes, puissions-nous accueillir leur cri comme un appel à sortir de notre je, à les accueillir avec le même regard d’amour que Dieu a pour eux. Qu’il serait beau que les pauvres occupent dans notre cœur la place qu’ils ont dans le cœur de Dieu ! En étant avec les pauvres, servant les pauvres, apprenons les goûts de Dieu, comprenons ce qui reste et ce qui passe.

Revenons ainsi aux questions du début. Parmi beaucoup de choses avant-dernières, qui passent, le Seigneur veut nous rappeler aujourd’hui celle qui est dernière, qui rester pour toujours. C’est l’amour, car « Dieu est amour » (1Jn 4, 8), et le pauvre qui demande mon amour me conduit droit à lui. Les pauvres nous facilitent l’accès au ciel : c’est pourquoi le sens de la foi du Peuple de Dieu les a vus comme les portiers du ciel. Ils sont dès maintenant notre trésor, le trésor d l’Eglise. Ils nous entrouvrent en effet la richesse qui ne vieillit jamais, celle qui relie la terre et le ciel et pour laquelle il vaut vraiment la peine de vivre : l’amour.