Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Famille Vincentienne - FRANCE

Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Famille Vincentienne - FRANCE
Famille Vincentienne - FRANCE

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Sont présents : France Morane des Equipes Saint Vincent-AIC France (E.S.V.), Patrick Rabarison de la Congrégation de la Mission (C.M.), Sœur Marie-Vianney Ressegand des sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond, Sœur Blandine Klein des  sœurs de la charité de Strasbourg et Fanny Douhaire, leur chargée de projets, Sœur Nicole Roland et Sœur Pascale Haratik des sœurs de Jeanne Antide Thouret, Michel Lanternier de la Société Saint Vincent de Paul (S.S.V.P.), P. Yves Danjou de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, Aurélie Madrid de la Jeunesse Mariale Vincentienne, Marie-Pierre Flour, secrétaire et membre de l’Association de la Médaille Miraculeuse, Sœur Marguerite-Marie Nmargo des sœurs de st Vincent de Paul de Lambélé, Sœur Laetitia Tremolet des sœurs du rosier de l’Annonciation et le P. Bernard Massarini, coordinateur.

Le coordinateur propose d’ouvrir par un temps de prière en lisant l’évangile du jour : Mt 5, 38-42 qui se termine par la phrase «Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos », prière avec le texte du jour et la citation d’Ozanam.

Il prolonge en citant Frédéric Ozanam «l’assistance humilie si elle n’est en rien réciproque, si vous ne portez à vos frères qu’un morceau de pain, un poignée de paille que nous n’aurez probablement jamais à lui demander, si vous le mettez dans la nécessité douloureuse d’un cœur bien fait de recevoir sans rendre ». Après un court silence, la prière du Notre Père est récitée.

Nous commençons par un tour de table pour présenter nos nouvelles associées :

les sœurs du rosier de l’Annonciation : elles sont reconnues comme association publique de fidèles fondée par Sœur Laetitia Tremolet, actuellement en service à Lourdes et en fondation en Corse. Elles se mettent dans les pas de Louise de Marillac et de Saint Vincent de Paul comme  soutien de leur spiritualité. Un charisme au service de toutes les pauvretés (transmission de la foi aux enfants, accompagnement des mères seules en difficultés et auprès des malades).

les sœurs de Saint Vincent de Paul de Lembélé : elles sont fondées en Belgique en 1811 par un prêtre, qui va les faire naître au Rwanda en 1956. Elles sont présentes dans 7 pays dont l’Ouganda, le Centre-Afrique, le Congo et la Belgique. Elles sont arrivées dans la Somme en 2018 : 3 sœurs, une sœur en catéchèse et service d’Eglise (sacristie et servants de messe), une en aumônerie d’hôpital et une en aumônerie de jeunes pour les établissements publics et privés.

1 – Nos projets communs

Nous commençons l’ordre du jour en nous mettant au courant de nos projets communs. Le projet « Louise et Rosalie » (accueil de jour pour femmes seules à la rue), à la Maison-Mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres, en partenariat entre E.S.V., S.S.V.P. et C.M. Le confinement a contraint à un arrêt total des travaux qui ont pu reprendre lors du déconfinement. Cet espace d’accueil aura un point sanitaire-douche, une cuisine et un espace d’écoute. L’ouverture prévue en juin est reportée après la Toussaint 2020.

Pour le Projet de Pantin, l’évêque du diocèse de Saint Denis a sollicité la S.S.V.P. pour un accueil de jour pour les SDF (femmes à la rue). Les travaux ont dû être reportés. Ce lieu d’accueil n’ouvrira que courant 2021. La S.S.V.P. a fait appel à la collaboration des Filles de la Charité. Quelques-unes participeront à ce service.

2 – Pauvretés rencontrées du fait de la pandémie

Le coordinateur nous informe que les Vincentiens à l’ONU ont obtenu 4 jours de travail lors de l’assemblée sur les personnes sans-abris qui a conduit à l’adoption d’un texte. Il a partagé lors d’une rencontre ZOOM des visiteurs de la Congrégation de la Mission 3 initiatives nouvelles de la S.S.V.P., 2 des E.S.V., 2 des Sœurs de la Charité de Strasbourg et 2 des Lazaristes qui ont créé des services de proximité de pauvres, d’enfants ou de soignants durant le confinement.

Mr Lanternier, de la Société Saint Vincent de Paul, nous informe des rencontres régulières entre le Ministère de la cohésion sociale et un collectif de 30 associations travaillant avec les populations pauvres.

Ils se sont aperçu que ce sont les étudiants et les jeunes qui sont plus particulièrement précarisés par la pandémie (chômage..). L’Etat a mis 50M€ au service de ces actions. Les bénévoles âgés ont dû se protéger et il a fallu faire appel à des bénévoles extérieurs.

Mr Lanternier déplore la méconnaissance des dispositifs : les 200€ pour les étudiants, les bons d’achats pour les personnes à faible revenus, les moyens mis à disposition par les collectivités territoriales… L’insécurité alimentaire a explosé et il est à craindre que le chômage explose sans pouvoir faire face.

La S.S.V.P. a consacré son énergie à remettre ou conserver le réseau au service et n’a pas eu l’occasion d’être davantage attentive aux personnes. Elle a mis en route un système de rapports que les conseils départementaux sont invités à remonter pour avoir une vue plus générale l’état des situations.

Nouvelle adaptation à faire avec des personnes d’âge avancé et comprendre comment continuer avec les nouveaux visages parus durant cette période.

A Besançon, les sœurs de Jeanne Antide Thouret (S.J.A.T.) ont constaté la paupérisation des étudiants étrangers qui vivaient de travaux intérimaires. L’un d’entre eux n’avait plus rien à manger, ni de quoi payer son loyer universitaire. Les S.J.A.T. lui ont procuré des  rations alimentaires et une association a accepté de prendre en charge le coût du loyer. Ce jeune étudiant est reçu en second cycle (Master) sur Paris à la rentrée et cherche un travail d’été en vain.  

Toujours à Besançon, « l’escale jeune » s’est retrouvée sur zoom ou Skype et a cherché des réponses aux nouvelles demandes. Il a été proposé de garder le lien par téléphone ou internet avec les personnes seules ou isolées. La rencontre en présentiel avec la pastorale de la santé les a invitées à voir comment continuer la dynamique engagée. Divers projets : repas, fêtes…

Les Equipes Saint Vincent-AIC France n’ont eu que des appels téléphoniques de mères seules pour obtenir une aide alimentaire. Il est triste de constater que beaucoup ne connaissent pas les dispositifs dont ils peuvent bénéficier (peu savent qu’ils peuvent contacter la paroisse de leur quartier ou les services de la mairie). Il faut faire en sorte que l’information soit connue. Les bénévoles âgés des E.S.V. ont dû se mettre à l’abri pour se protéger mais elles sont su s’adapter en s’initiant à la visioconférence zoom pour que leurs élèves en français/langue étrangère ne perdent pas leurs acquis ; elles ont conservé les liens en mettant en place les cours par whatsapp ou autre support. France Morane partage sa crainte de l’augmentation des violences tant pour les femmes que les enfants sans pouvoir encore évaluer combien de personnes suivies sont concernées. Pendant le confinement, la violence intrafamiliale a augmenté de 30%.

Les sœurs de la Charité de Lembélé, dans la Somme, ont accompagné le prêtre lors de la célébration des obsèques avec parfois seulement le cercueil, sans membre de la famille du fait du confinement. Elles ont aussi beaucoup écouté les personnes de leur environnement qui vivaient dans l’angoisse liée à l’isolement dû à une maladie.

Soeur Laetitia, des sœurs du Rosier de l’Annonciation, informe qu’avoir laissé l’église ouverte a permis aux personnes de faire des passages discrets et furtifs. Une grande solidarité les a fait bénéficier de nourriture de la part du maire ou du curé : elles en ont assuré la redistribution aux personnes en difficultés, cela a ouvert de nouvelles relations de proximité.

Faute de pouvoir faire patronage en présentiel, elles ont inventé un patronage en ligne : de courtes vidéos régulières avec un éveil à la foi, prière avec les sœurs, une activité bricolage ou recette et un jingle. De nombreux enfants s’y sont connectés :https://rosierdelannonciation.org/videos-en-ligne-pour-vos-enfants/

Patrick Rabarison (aumônier et prêtre accompagnateur des jeunes du diocèse de St Denis et prêtre de la paroisse de Villepinte) voit exploser la pauvreté relationnelle pendant le confinement car nombreux sont les jeunes qui vivent seuls (étudiants de province venus s’installer dans la région parisienne entre autres). Ces jeunes sont en attente de relations authentiques. La paroisse a proposé des messes et le chapelet en ligne, des échanges par ZOOM.

Suite à la mort de Georges Floyd, l’émotion des jeunes de la communauté afro-antillaise est forte en Seine-St Denis. Un grand courant de colère s’est levé et il a fallu tenter de canaliser cette situation explosive. Le service diocésain des jeunes a tenté une action pédagogique en trois temps auxquels plusieurs paroisses se sont jointes : 1/écouter les expressions de mal-être autour du racisme (cellules d’écoute avec leur curé et des animateurs laïcs) en apprenant à mettre des mots dessus et en invitant à formuler leur colère en prière. 2/recontextualiser les choses par un temps de formation. Cela a abouti à un chemin de croix pour associer les souffrances ressenties à la passion de Jésus souffrant (belle dévotion des jeunes au chemin de croix). 3/prévoir dans les prochaines semaines d’organiser des temps de rencontres entre jeunes et policiers. Il est important d’être artisan de paix et de tenir compte des souffrances de chacun. La S.S.V.P. se tient disposée à aider ce qui se passe dans la paroisse de Villepinte si cela était nécessaire (à voir comment et pour quel type de service).

En tant que Vincentiens, nous devrons être inventifs pour renouveler notre pratique de l’écoute.

Les Sœurs de la Charité de Strasbourg saluent les jeunes qui sont venus en renfort des équipes. Elles ont rencontré des difficultés dans les EHPAD mais sont reconnaissantes face à la solidarité des équipes de professionnels travaillant dans l’enfance qui se sont proposés pour renforcer la main d’œuvre dans les EHPAD.

Les sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond ont eu leurs établissements scolaires fermés. Les professeurs principaux ont fait preuve d’inventivité  pour garder le contact chaque semaine avec tous les élèves. Le fossé risque de se creuser entre les bons élèves et les élèves en difficultés. A Madrid, le taux de mortalité a été important dans les familles, notamment parmi les grands-parents d’élèves. Les sœurs sur place ont accompagné par téléphone et sur les réseaux sociaux ces familles.

Les activités régulières de la Jeunesse Mariale Vincentienne ont été interrompues depuis le début du confinement. Les responsables d’équipe ont toutefois pu maintenir le lien avec les enfants et les jeunes qu’ils accompagnent, par téléphone ou en les rencontrant depuis la réouverture des établissements scolaires. L’Assemblée internationale qui devait avoir lieu en juillet 2020 a été reportée d’un an, et différentes initiatives ont été mises en place au niveau international, via les réseaux sociaux, afin de maintenir le lien et de partager des nouvelles entre pays.

L’Association de la Médaille Miraculeuse a poursuivi son activité grâce au télétravail. Un temps important a été consacré à l’appel des personnes seules, âgées et/ou malades.  Elle a constaté une grande dévotion mariale en ce temps de pandémie : plus de 1000 médailles miraculeuses ont été demandées depuis le début de l’année pour recourir à la protection de Marie.

Le Père Yves Danjou, de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, n’a pas connu davantage de demandes mais a été en contact avec des personnes éprouvant une plus grande  solitude et qui étaient heureuses de bénéficier par exemple de l’extension de la non-expulsion hivernale. La suppression de temps de prière mensuel a été difficile à vire. Ceci a été une invitation à approfondir la spiritualité de Jésus à Gethsémani. Le Père Yves nous partage la mort du Covid-19 de son frère, lui aussi Lazariste. La gestion du deuil a été difficile à vivre mais cela a été l’occasion d’une communication plus profonde avec des amis qui se sont faits proches de lui.

3 – Questions diverses

Après un échange entre le coordinateur et la secrétaire-trésorière, et au vu des comptes de la Famille Vincentienne France, il est proposé de ne pas demander de cotisation annuelle pour 2020, ce qui sera une contribution à l’effort post-pandémie de la famille vincentienne en France pour le travail de chacun.

Nous évoquons la réédition du calendrier des saints vincentiens pour le rendre plus ajusté aux dates changées par la congrégation pour la cause des saints et vérifier ceux qui demeurent mémoire de notre famille et ceux qui ont été transférés dans une autre tradition spirituelle. La décision est positive.

Lorsqu’est évoquée la possibilité de réfléchir à une formation pour nos bénévoles, sans sœurs ni prêtres, avec l’organisme VDP formation (possibilité de rencontre en septembre ou octobre), la présidente des E.S.V pense qu’il serait mieux d’attendre la rencontre de novembre pour en rediscuter car la priorité actuelle sont les actions  en lien avec la pandémie.

Le prochain rendez-vous en présentiel de notre comité aura lieu le lundi 16 novembre 2020, à la maison mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres à Paris. Ce sera aussi l’occasion de visiter le lieu d’accueil « Louise-Rosalie »…

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Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

A travers l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus.

Famille Vincentienne Internationale

Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

À travers l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent  soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus. Nous avons demandé au Père Robert Maloney, ancien Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, d’écrire sur la façon dont Vincent de Paul lui-même a réagi face aux pandémies de son temps. Nous espérons que cet article vous offre un peu d’inspiration et de réconfort. La FHA aimerait savoir comment vous réagissez. Veuillez poster vos histoires ici. Nous offrirons plus de ressources sur la question dans le cadre d’une extension de la Campagne « 13 Maisons » à partir de la semaine prochaine. Que Dieu vous bénisse tous et en particulier ceux qui travaillent dans les systèmes de santé et autres apostolats associés ».

Cher Mark,

J’ai regroupé quelques réflexions qui pourraient être utiles aux collaborateurs de l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), en particulier maintenant que nous sommes confrontés à de nouveaux défis créés par le COVID-19. J’écrirai sans doute un article plus détaillé. Mais, la crise étant urgente, je te transmets tout de suite cette brève synthèse. Elle décrit comment Saint Vincent a réagi dans la pratique à la peste. J’espère que son expérience stimulera la réflexion et générera des idées créatives parmi nous, membres de sa Famille.

Bob

 

COVID-19. Leçon de sagesse du passé. L’expérience de saint Vincent de Paul

Saint Vincent a fait l’expérience des pandémies. Aucun autre sujet peut-être ne l’a aussi profondément troublé. Les épidémies de la peste ont fréquemment ravagé l’Europe au cours de ses années d’activité, tuant de nombreuses personnes qu’il aimait. Marguerite Naseau, dont il a souvent raconté l’histoire et qu’il a toujours considérée comme la première Fille de la Charité, a succombé à la peste à 27 ans, avant même que les Filles ne soient reconnues juridiquement. Lambert au Couteau – dont Vincent a dit un jour « la perte de cet homme, je la vis comme si je m’arrachais un œil ou que je me coupais le bras » et qu’il a envoyé pour établir la Congrégation de la Mission en Pologne – est décédé au service des victimes de la peste à Varsovie en 1653. Antoine Lucas – très admiré non seulement par Vincent, mais aussi par d’autres fondateurs de communautés religieuses à cette époque – mourut de la peste à Gênes en 1656.

Les tragédies se sont multipliées dans la vie de Vincent, en particulier dans les années 1650. Il a souvent parlé de « la guerre, la peste et la famine » comme du fléau des pauvres. De plus, il y a eu des persécutions à Alger, à Tunis, en Irlande et aux Hébrides. Le premier martyr de la Congrégation de la Mission, Thaddeus Lye, séminariste, a donné sa vie à Limerick en 1652. Ses persécuteurs lui ont écrasé le crâne et lui ont coupé les mains et les pieds en présence de sa mère. Lorsqu’en 1657, en plus d’entendre que trois prêtres étaient morts en route pour Madagascar, Vincent a appris que six membres de la maison de Gênes avaient succombé à la peste, il s’est dit « accablé de chagrin » et a ajouté qu’il « serait incapable de recevoir un plus grand coup sans être complètement dévasté ».

Dans ses lettres et ses conférences, Vincent a mentionné la peste plus de 300 fois. Il a envoyé de longues lettres offrant des conseils pratiques sur l’aide aux victimes de la peste à son ami Alain de Solminihac, Evêque de Cahors, et aux supérieurs de Gênes et de Rome. Dans ses entretiens, il a décrit la peste en France, à Alger, à Tunis, en Pologne et dans toute l’Italie.

Les chiffres étaient impressionnants. La France à elle seule a perdu près d’un million de personnes à cause de la peste lors de l’épidémie de 1628-1631. À peu près à la même période en Italie, 280 000 personnes sont mortes. En 1654, 150 000 habitants de Naples succombent. Alger a perdu environ 40000 personnes en 1620-21 et de nouveau en 1654-57.

Gênes a été parmi les villes les plus durement touchées. La moitié de la ville est morte en 1657. La longue liste des membres de la Famille Vincentienne qui y ont perdu la vie est touchante.

Comme on pourrait l’imaginer, les Filles de la Charité et les confraternités étaient en première ligne pour servir ceux qui ont été touchés par la peste (sans parler de leur service à ceux dont la vie avait été perturbée par la guerre, la famine et les conflits politiques en même temps). Certaines affirmations de Vincent à ses prêtres, ses frères et sœurs, ainsi qu’aux membres laïcs des confréries, sont marquées par les circonstances de l’époque et par le manque de connaissances et de ressources médicales que nous en avons aujourd’hui. Mais une grande partie de ce qu’il a dit et comment il a réagi est tout à fait pertinente alors que les membres de la Famille Vincentienne affrontent COVID-19.

Permettez-moi de souligner quatre points :

  1. Alors qu’il se débattait avec des émotions douloureuses, Vincent est resté convaincu que, quelles que soient les circonstances, nous ne devons jamais abandonner les pauvres. Ils sont « notre part » dans la vie, a-t-il déclaré. Il disait avec fermeté aux membres de sa Famille que, même dans des circonstances extrêmement difficiles, nous devons faire preuve de créativité pour trouver des moyens de répondre aux besoins de ceux qui Vincent a écrit à Alain de Solminihac : « Les pauvres paysans frappés par la peste sont généralement abandonnés et très à court de nourriture. Ce sera une action digne de votre piété, Excellence, de prévoir cela en envoyant l’aumône à tous ces endroits. Veillez à ce qu’ils soient confiés à de bons pasteurs, qui apporteront du pain, du vin et un peu de viande pour que ces pauvres gens les ramassent aux endroits et aux heures qui leur sont indiqués… ou à quelque bon fidèle de la paroisse qui pourrait faire ça. Il y a généralement quelqu’un dans chaque zone capable de faire cet acte de charité, surtout s’ils n’ont pas à entrer en contact direct avec les pestiférés. »
  2. L’interprétation évangélique des événements par Vincent est rapidement passée au premier plan en ces temps de crise. En décembre 1657, pensant à onze membres de sa Famille qui avaient récemment perdu la vie, il écrivait : « Nous avons tant de missionnaires au ciel maintenant. Il n’y a pas lieu d’en douter, car ils ont tous donné leur vie pour la charité, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour le prochain, comme Notre Seigneur l’a dit et pratiqué. Ainsi donc, si nous avons perdu d’une part, nous avons gagné d’autre part car il a plu à Dieu de glorifier les membres de notre Famille, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, et les cendres de ces hommes et femmes apostoliques seront la semence d’un grand nombre de bons missionnaires. Telles sont, tout au moins, les prières que je vous demande d’offrir à Dieu. »
  3. Dans ses conseils aux membres de sa Famille sur la manière de servir en pleine épidémie, Vincent a choisi un juste D’une part, il les a exhortés à rester près des personnes atteintes de la peste et à ne pas les abandonner ; d’autre part, il a encouragé la Famille à respecter les mises en garde des autorités civiles et ecclésiastiques. Il dit à Etienne Blatiron, le supérieur de Gênes : « La seule chose que je vous recommande le plus sérieusement et ardemment est de prendre toutes les précautions raisonnables pour préserver votre santé ». Blatiron a pris de nombreux risques et est décédé de la peste en 1657. Vincent a écrit à Jean Martin, le supérieur de Turin : « Je crains que vous ne vous reposiez que peu de temps et que vous retourniez au travail si tôt. Au nom de Notre- Seigneur, veuillez modérer ce que vous faites et obtenir toute l’aide que vous pouvez ». Martin a survécu et servi énergiquement jusqu’en 1694.
  4. Il a élargi la définition du martyr pour inclure tous ceux qui ont vaillamment donné leur vie pour les pauvres et il n’a cessé de chanter leurs louanges. Parlant des Filles de la Charité, il a déclaré : « Un saint Père a dit un jour que quiconque se donne à Dieu pour servir son prochain et endure volontiers toutes les difficultés qu’il peut rencontrer en ceci est un Les martyrs ont-ils souffert plus que ces sœurs… qui se donnent à Dieu (et) sont parfois auprès de malades pleins d’infection et de plaies et souvent de fluides corporels nocifs ; parfois avec des enfants pauvres pour qui tout doit être fait ; ou avec de pauvres condamnés chargés de chaînes et d’afflictions… Elles sont bien plus dignes d’éloges que tout ce que je pourrais vous dire. Je n’ai jamais rien vu de tel. Si nous voyions l’endroit où s’est trouvé un martyr, nous ne l’aborderions qu’avec respect et l’embrasserions avec une grande révérence. Considérez-les comme des martyrs de Jésus-Christ, car elles servent leur prochain par amour pour Lui. »

Aujourd’hui, nous sommes confrontés au COVID-19, ce qui, pour la plupart d’entre nous, est une crise sans précédent. Comment pourrions-nous y faire face dans l’esprit de Saint Vincent ? J’ose suggérer trois actions, qui se font déjà d’une manière ou d’une autre. Ton équipe et toi, ainsi que les membres de toutes les branches de notre Famille, serez certainement en mesure de les développer davantage.

  1. Bénévolat. Les pauvres souffrent le plus de crises comme celle-ci. Souvent, ils se retrouvent sans emploi. Ils ont besoin de logement, de nourriture et d’autres services essentiels. De l’époque de Saint Vincent à nos jours, la longue histoire de notre Famille a été une réponse à de telles nécessités. On ne peut qu’admirer les médecins, les infirmières, les techniciens médicaux d’urgence, les visiteurs à domicile et autres qui continuent de servir ceux qui souffrent en ce
  2. Le marché boursier et d’autres indices économiques ont baissé de façon spectaculaire au cours de cette période. Certains prennent cela comme un signal qu’il faut éviter de donner. Pourtant, les besoins des pauvres sont d’autant plus importants dans des moments comme celui-ci. Pouvons-nous, en tant que Famille, continuer à manifester notre générosité envers les plus démunis ?
  3. Prière. Le pape François et de nombreux autres responsables religieux nous pressent de prier pour les victimes et pour une fin de la pandémie. Tomaz Mavric nous a écrit récemment pour lancer un appel similaire d’une grande sincérité. De belles prières ont été composées et circulent en ligne, comme celle du P. Jean-Pierre Renouard. En plus de cela, puis-je offrir cette suggestion simple de Saint Vincent : « Dieu lui-même nous dit :

« Une prière courte et fervente perce les nuages » (Si 35, 17). Ces fléchettes d’amour sont très agréables à Dieu et, par conséquent, sont fortement recommandées par les saints Pères, qui ont compris leur importance. C’est ce à quoi je vous exhorte, mes sœurs et frères ».

Merci, Mark, pour tout le travail que ton équipe et toi faites pour promouvoir l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais). Avec l’expansion du coronavirus, les besoins des personnes sans-abri sont plus que jamais aigus et un nombre croissant de personnes se retrouvent à la limite du sans-abrisme. Réfléchissant à un moment similaire dans la vie de Vincent, tel que décrit ci-dessus, l’un des principaux biographes du saint, le P. José-María Román, a écrit : « L’année 1657 a été une mauvaise année pour Vincent… Certains auraient pu être tentés de dire que le Seigneur accumulait les désastres sur Vincent pour tester son courage et sa vertu. Mais le vieil homme vigoureux a courageusement surmonté toutes ces adversités. Et il lui restait encore assez d’esprit pour lancer de nouvelles entreprises ».

Je suis convaincu qu’à l’exemple de Saint Vincent, notre Famille du monde entier relèvera le défi du coronavirus avec courage et créativité.

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