Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu».

Jose Antonio PAGOLA

Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu». Lorsqu’un homme ou une femme ne cherche ou ne connaît l’amour que dans ses manifestations décadentes, lorsque sa vie est exclusivement motivée par des intérêts égoïstes de profit ou de gain, quelque chose se dessèche dans son coeur.

Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, mènent un style de vie qui les accable et les appauvrit. Prématurément vieillis, endurcis de l’intérieur, incapables de s’ouvrir à Dieu par une quelconque brèche de leur existence, ils cheminent dans la vie sans la compagnie intérieure de personne.

Le théologien Alfred Delp, qui fut exécuté par les nazis, voyait dans ce «durcissement intérieur» le plus grand danger pour l’homme moderne: «Ainsi l’homme cesse de lever les mains de son existence vers les étoiles. L’incapacité de l’homme moderne à adorer, aimer et vénérer s’enracine dans son ambition excessive et dans le durcissement de son existence».

Cette incapacité à adorer Dieu s’est aussi étendue à de nombreux croyants, qui ne cherchent qu’un «Dieu utile». Ils ne s’intéressent qu’à un Dieu qui serve leurs projets individualistes. Dieu devient ainsi un «objet de consommation» dont on peut disposer selon sa convenance et ses propres intérêts. Mais Dieu, c’est tout autre chose. Dieu est l’Amour infini, incarné dans notre propre existence. Et, devant ce Dieu, la première attitude est l’adoration, la joie, l’action de grâce.

Quand on l’oublie, le christianisme risque de devenir un gigantesque effort d’humanisation, et l’Église une institution toujours tendue, toujours accablée, toujours avec le sentiment de ne pas atteindre le succès moral pour lequel elle se bat et fait des efforts.

Cependant, la foi chrétienne est avant tout la découverte de la bonté de Dieu, l’expérience de reconnaître que lui seul sauve: le geste des Mages devant l’Enfant de Bethléem exprime la première attitude de tout croyant devant Dieu fait homme.

Dieu existe. Il est là, au plus profond de nos vies. Nous sommes accueillis par lui. Nous ne sommes pas perdus au milieu de l’univers. Nous pouvons vivre avec confiance. Devant un Dieu dont nous savons seulement qu’il est Amour, il n’y a de place que pour la joie, l’adoration et l’action de grâce. C’est pourquoi «quand un chrétien pense qu’il n’est plus capable de prier, il devrait au moins garder en lui la joie» (Ladislao Boros).

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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Sainte Marie, Mère de Dieu – B (Luc 2,16-21)

Le théologien Ladislao Boros dit dans un de ses écrits que l’un des principes cardinaux de la vie chrétienne est que «Dieu recommence toujours». Avec lui, rien n’est définitivement perdu. En Lui, tout est commencement et renouveau.

Jose Antonio PAGOLA

Sainte Marie, Mère de Dieu – B (Luc 2,16-21)

Le théologien Ladislao Boros dit dans un de ses écrits que l’un des principes cardinaux de la vie chrétienne est que «Dieu recommence toujours». Avec lui, rien n’est définitivement perdu. En Lui, tout est commencement et renouveau.

Pour dire les choses simplement, Dieu ne se laisse pas décourager par notre médiocrité. La force rénovatrice de son pardon et de sa grâce est plus puissante que nos erreurs et notre péché. Avec Lui, tout peut recommencer.

C’est pourquoi il est bon de commencer l’année avec une volonté de renouvellement. Chaque année qui nous est offerte est un temps ouvert à de nouvelles possibilités, un temps de grâce et de salut dans lequel nous sommes invités à vivre d’une manière nouvelle. C’est pourquoi il est important d’écouter les questions qui peuvent jaillir de notre intérieur.

Qu’est-ce que j’attends de la nouvelle année? Sera-t-elle une année consacrée à «faire des choses», à résoudre les problèmes, à cumuler des tensions et de la mauvaise humeur, ou bien une année où j’apprendrai à vivre d’une façon plus humaine?

Qu’est-ce que je veux vraiment cette année? À quoi vais-je consacrer mon temps le plus précieux et le plus important ? S’agira-t-il, une fois encore, d’une année vide, superficielle et routinière, ou d’une année où j’aimerai vivre dans la joie et la gratitude?

Quel temps vais-je réserver au repos, au silence, à la musique, à la prière, à la rencontre avec Dieu? Vais-je nourrir ma vie intérieure ou vais-je vivre de manière agitée, dans un activisme permanent, en courant d’une occupation à l’autre, sans savoir exactement ce que je veux ou ce pour quoi je vis?

Quel temps vais-je consacrer à partager dans la joie l’intimité de mon conjoint et la vie joyeuse de mes enfants? Vais-je vivre hors de chez moi en organisant ma vie à ma façon, ou saurai-je aimer les miens avec davantage de dévouement et de tendresse?

Qui vais-je rencontrer cette année? Quelles personnes vais-je approcher? Leur apporterai-je la joie, la vie, l’espoir, ou répandrai-je le découragement, la tristesse et la mort? Où que j’aille, la vie sera-t-elle plus joyeuse et plus supportable ou plus dure et plus douloureuse?

Vais-je vivre cette année en me préoccupant uniquement de mon petit bien-être ou vais-je aussi m’intéresser à rendre les autres heureux? Vais-je m’enfermer dans mon vieil égoïsme ou vais-je vivre de manière créative, en essayant de rendre le monde qui m’entoure plus humain et plus vivable?

Vais-je continuer à tourner le dos à Dieu, ou oserai-je croire qu’il est mon meilleur ami? Vais-je rester muet devant lui, sans ouvrir mes lèvres ou mon cœur, ou va-t-elle enfin jaillir de mon coeur une prière humble et sincère?

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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Éveiller à la responsabilité

La parabole des talents est un récit ouvert qui se prête à diverses lectures. En fait, commentateurs et prédicateurs l’ont souvent interprété dans un sens allégorique orienté dans des directions différentes. Il est important que nous concentrions notre réflexion sur la conduite du troisième serviteur, car c’est lui qui occupe le plus d’attention et d’espace dans cette parabole.

Jose Antonio PAGOLA

Éveiller à la responsabilité

La parabole des talents est un récit ouvert qui se prête à diverses lectures. En fait, commentateurs et prédicateurs l’ont souvent interprété dans un sens allégorique orienté dans des directions différentes. Il est important que nous concentrions notre réflexion sur la conduite du troisième serviteur, car c’est lui qui occupe le plus d’attention et d’espace dans cette parabole.

Sa conduite paraît étrange. Tandis que les autres serviteurs se dévouent à faire fructifier les biens qui leur ont été confiés par leur maître, le troisième ne pense qu’à «cacher sous terre» le talent reçu pour le garder en lieu sûr. Quand le maître arrive, il le condamne pour avoir été un serviteur «négligent et paresseux» qui n’a rien compris. Comment expliquer son comportement?

Ce serviteur ne se sent pas identifié à son maître ni à ses intérêts. À aucun moment il n’agit par amour. Il n’aime pas son maître, il a peur de lui. Et c’est précisément cette peur qui l’amène à agir en cherchant seulement sa propre sécurité. Lui-même explique tout: «J’avais peur et je suis allé cacher mon talent sous terre».

Ce serviteur ne comprend pas en quoi consiste sa véritable responsabilité. Il pense qu’il répond déjà aux attentes de son maître en gardant son talent en sécurité même s’il reste improductif. Il ne sait pas ce qu’est la fidélité active et créative. Il ne s’intéresse pas aux projets de son maître. Quand celui-ci arrive, le serviteur lui dit clairement: «Voilà, tiens ce qui t’appartient».

A l’heure où, apparemment, le christianisme d’un grand nombre est arrivé à un point où le plus important est de «conserver» et non de chercher courageusement de nouvelles manières d’accueillir, de vivre et d’annoncer son projet du Royaume de Dieu, il nous faut réécouter attentivement cette parabole de Jésus. Car c’est à nous qu’il la redit aujourd’hui.

Si nous ne nous sentons jamais appelés à suivre les exigences du Christ au-delà de ce qui a été toujours enseigné et commandé ; si nous ne risquons rien pour rendre l’Église plus fidèle à Jésus; si nous restons étrangers à toute conversion qui pourrait compliquer notre vie; si nous ne prenons pas la responsabilité du royaume comme Jésus l’a fait, en cherchant «du vin nouveau dans des outres neuves», c’est qu’il nous faut apprendre cette fidélité active, créatrice et osée à laquelle nous invite la parabole de ce jour.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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Pentecôte – A (Jean 20,19-23) “DE L’ARGILE ANIMÉE PAR L’ESPRIT”

Jean traite avec grand soin la scène dans laquelle Jésus va confier sa mission à ses disciples. Il tient à préciser ce qui est essentiel. Jésus est au coeur de la communauté, remplissant chacun de sa paix et de sa joie.

Jose Antonio PAGOLA

Pentecôte – A (Jean 20,19-23) “DE L’ARGILE ANIMÉE PAR L’ESPRIT”

Jean traite avec grand soin la scène dans laquelle Jésus va confier sa mission à ses disciples. Il tient à préciser ce qui est essentiel. Jésus est au coeur de la communauté, remplissant chacun de sa paix et de sa joie. Mais une mission attend les disciples. Jésus ne les a pas appelés seulement pour qu’ils se réjouissent avec lui, mais aussi pour le rendre présent dans le monde.

Jésus les «envoie». Il ne leur dit pas spécifiquement vers qui ils doivent aller, ni ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent agir: «Comme le Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie moi aussi». Leur mission est la même que celle de Jésus. Ils n’en ont pas d’autre que celle que Jésus a reçue du Père. Ils doivent être dans le monde ce que lui-même y a été.

Ils ont déjà vu de qui il s’est rapproché, comment il a traité les plus démunis, comment il a réalisé son projet d’humanisation de la vie, comment il a semé des gestes de libération et de pardon. Les blessures sur ses mains et sur son côté leur rappellent le don totalqu’il a faitde sa vie. Jésus les envoie maintenant pour “reproduire” sa présence parmi les gens.

Mais il sait que ses disciples sont fragiles. Plus d’une fois, il a été surpris par leur «petite foi». Ils ont besoin de son propre Esprit pour accomplir leur mission. C’est pourquoi il s’apprête à faire sur eux un geste très spécial. Il ne leur impose pas ses mains ni les bénit, comme il le faisait avec les malades et les petits: «Il souffle sur eux et leur dit: Recevez l’Esprit Saint».

Le geste de Jésus a une force que nous ne savons pas toujours saisir. Selon la tradition biblique, Dieu a modelé Adam avec de «l’argile»; puis il a insufflé sur lui son «souffle de vie»; et cette argile est devenue un être «vivant». C’est ce qu’est l’être humain: un peu d’argile animée par l’Esprit de Dieu. Et c’est ce que sera toujours l’Église: de l’argile animée par l’Esprit de Jésus.

Des croyants fragiles, d’une foi faible: des chrétiens, des théologiens, des prêtres, des évêques et des communautés en argile… Seul l’Esprit de Jésus fait de nous une Église vivante. Les zones où son Esprit n’est pas accueilli restent «mortes». Elles nous nuisent tous, parce qu’elles nous empêchent d’actualiser sa présence vivante parmi nous. De nombreuses personnes ne peuvent pas saisir en nous la paix, la joie et la vie renouvelée par le Christ. Nous ne devons pas baptiser seulement avec de l’eau, mais répandre l’Esprit de Jésus. Nous ne devons pas seulement parler d’amour, mais aussi aimer les personnes comme lui.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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Dimanche des Rameaux – A (Matthieu 26,14-27,66). Réflexion

Selon l’Évangile, ceux qui passaient devant Jésus crucifié se moquaient de lui et, riant de sa souffrance, lui faisaient deux suggestions sarcastiques: si tu es Fils de Dieu, «sauve-toi toi-même» et «descends de la croix».

Jose Antonio PAGOLA

Dimanche des Rameaux – A (Matthieu 26,14-27,66). Réflexion

Selon l’Évangile, ceux qui passaient devant Jésus crucifié se moquaient de lui et, riant de sa souffrance, lui faisaient deux suggestions sarcastiques: si tu es Fils de Dieu, «sauve-toi toi-même» et «descends de la croix».

C’est exactement notre réaction face à la souffrance: nous sauver nous-mêmes, ne penser qu’à notre bien-être et, par conséquent, éviter la croix, passer notre vie à éviter tout ce qui peut nous faire souffrir. Dieu est-t-il aussi comme nous? Quelqu’un qui pense seulement à lui-même et à son bonheur?

Jésus ne répond pas à la provocation de ceux qui se moquent de lui. Il ne dit pas un mot. Ce n’est pas le moment de donner des explications. Sa réponse est le silence. Un silence qui est respect pour ceux qui le méprisent et, surtout, compassion et amour.

Jésus ne rompt son silence que pour s’adresser à Dieu avec un cri déchirant: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?». Il ne lui demande pas de le sauver en le descendant de la croix. Seulement, de ne pas se cacher ni de l’abandonner en ce moment de mort et de souffrance extrême. Mais Dieu, son Père, reste en silence.

Ce n’est qu’en écoutant les profondeurs de ce silence de Dieu que nous découvrirons quelque chose de son mystère. Dieu n’est pas un être puissant et triomphant, calme et heureux, étranger à la souffrance humaine, mais un Dieu silencieux, impuissant et humilié, qui souffre avec nous de la douleur, de l’obscurité et même de la mort.

C’est pourquoi, quand nous contemplons le Crucifié, notre réaction ne peut pas être une réaction de moquerie ou de mépris, mais une réaction de confiance et de prière reconnaissante: «Ne descends pas de la croix. Ne nous laisse pas seuls dans notre affliction». À quoi servirait un Dieu qui ignore nos souffrances? Qui pourrait nous comprendre?

En qui pourraient-ils mettre leur espoir les torturés de tant de prisons sécrètes? Où tant de femmes, humiliées et violentées sans aucune défense, pourraient-elles mettre leur espoir? À quoi pourraient-ils s’accrocher les malades chroniques et les mourants? Qui pourrait consoler les victimes de tant de guerres, de terrorismes, de famines et de misères? Non. Ne descends pas de la croix, car si nous ne te sentons pas “crucifié” auprès de nous, nous nous sentirons encore plus «perdus».


Traducteur: Carlos Orduna

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