1 Carême – B (Marc 1,12-15)

L’appel à la conversion évoque presque toujours en nous le souvenir de l’effort exigeant, propre à tout travail de renouvellement et de purification.

Jose Antonio PAGOLA

1 Carême – B (Marc 1,12-15)

L’appel à la conversion évoque presque toujours en nous le souvenir de l’effort exigeant, propre à tout travail de renouvellement et de purification. Cependant, les paroles de Jésus: «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle», nous invitent à découvrir la conversion comme une étape vers une vie plus épanouie et plus gratifiante.

L’Évangile de Jésus nous dit quelque chose que nous ne devons jamais oublier: «Il est bon de se convertir. Cela nous fait du bien. La conversion nous permet d’expérimenter une nouvelle façon de vivre, plus saine et plus joyeuse. Elle nous aide à entrer dans le plan de Dieu pour construire un monde plus humain». Certains se demanderont: mais comment vivre cette expérience, quels pas aurons-nous à franchir ?

La première chose à faire est de s’arrêter. Ne pas avoir peur de rester seul avec soi-même pour se poser les questions importantes de la vie: Qui suis-je? Que suis-je en train de faire de ma vie? Ce que je vis, est-ce tout ce que je veux vivre?

Cette rencontre avec soi-même exige de la sincérité. L’important est de ne pas continuer à se leurrer plus longtemps soi-même. Chercher la vérité sur ce que nous vivons. Ne pas vouloir cacher ce que nous sommes et faire semblant d’être ce que nous ne sommes pas. Il est probable que nous fassions alors l’expérience du vide et de la médiocrité. On verra apparaître devant nous les actions et les attitudes qui sont en train de ruiner notre vie. Ce n’est pas cela que nous aurions voulu. Au fond, nous voulons vivre quelque chose de meilleur et de plus joyeux.

Découvrir comment nous abîmons nos vies ne doit pas nous plonger dans le pessimisme ou le désespoir. Cette prise de conscience de notre péché est saine. Elle nous donne de la dignité et nous aide à retrouver notre auto-estime. Tout n’est pas mauvais et négatif en nous. En chacun de nous, il y a toujours une force qui agit, qui nous attire et qui nous pousse vers le bien, la bonté et l’amour. C’est Dieu, qui veut une vie plus digne pour tous.

La conversion va nous demander certainement de procéder à des changements concrets dans notre façon d’agir. Mais la conversion ne consiste pas en ces changements. C’est elle-même qui constitue le changement. Se convertir, c’est changer son coeur, adopter une nouvelle attitude dans la vie, prendre une direction plus saine. Collaborer au projet de Dieu.

Tout le monde, croyants et moins croyants, peut faire les pas que nous avons évoqués jusqu’à présent. Le propre du croyant est de pouvoir vivre cette expérience en s’ouvrant avec confiance à Dieu. Un Dieu qui s’intéresse à moi plus que moi-même, pour résoudre non pas mes problèmes, mais «le problème», cette vie médiocre et ratée que je mène et qui semble n’avoir aucune solution. Un Dieu qui me comprend, m’attend, me pardonne et veut me voir vivre plus pleinement, plus joyeusement et d’une manière plus gratifiante.

C’est pour cela que le croyant vit sa conversion en invoquant Dieu avec les paroles du psalmiste: «Pitié pour moi, ô mon Dieu, selon ta bonté. Lave moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Crée en moi un coeur pur. Renouvelle-moi de l’intérieur. Rends-moi la joie de ton salut» (Sal 51 [50]).

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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TENDRE NOTRE MAIN. 6 Temps ordinaire – B (Marc 1,40-45). Commentaire

Le bonheur n’est possible que là où nous nous sentons accueillis et acceptés. Là où manque l’accueil, il y a un déficit de vie ; notre être est comme paralysé ; la créativité est atrophiée. C’est pourquoi une «société fermée est une société sans avenir, elle tue l’espérance de vie des marginaux et finit par s’effondrer elle-même» (Jürgen Moltmann).

Jose Antonio PAGOLA

TENDRE NOTRE MAIN. 6 Temps ordinaire – B (Marc 1,40-45). Commentaire

Le bonheur n’est possible que là où nous nous sentons accueillis et acceptés. Là où manque l’accueil, il y a un déficit de vie ; notre être est comme paralysé ; la créativité est atrophiée. C’est pourquoi une «société fermée est une société sans avenir, elle tue l’espérance de vie des marginaux et finit par s’effondrer elle-même» (Jürgen Moltmann).

Nombreux sont les facteurs qui amènent les hommes et les femmes de notre temps à vivre dans des cercles exclusifs et fermés. Dans une société où l’insécurité, l’indifférence ou l’agressivité augmentent, il est compréhensible que chacun de nous essaie d’assurer son «petit bonheur» avec ceux qui ressentent la même chose.

Les gens qui sont comme nous, qui pensent et veulent les mêmes choses que nous, nous rassurent. En revanche, les personnes qui sont différentes, qui pensent, ressentent et veulent d’une manière différente à la nôtre, provoquent en nous crainte et inquiétude.

C’est pourquoi les nations se regroupent dans des «blocs» qui se regardent avec hostilité. C’est la raison pour laquelle nous recherchons chacun notre “zone de sécurité”, ce cercle d’amis, fermé à ceux qui ne partagent pas notre même condition.

Nous vivons «sur la défensive», de plus en plus incapables de briser la distance qui nous sépare les uns des autres et qui nous empêche d’adopter une position d’amitié ouverte à tous. Nous nous sommes habitués à n’accepter que ceux qui sont les plus proches de nous. Les autres, nous les tolérons ou nous les regardons avec indifférence, si ce n’est avec une certaine réserve et précaution.

Nous pensons naïvement que, si chacun d’entre nous se soucie d’assurer sa petite part de bonheur, l’humanité continuera d’avancer vers son bien-être. Et nous ne nous rendons pas compte qu’on est en train de générer marginalisation, isolement et solitude. Et qu’il sera de plus en plus difficile d’être heureux dans une pareille société.

C’est pourquoi le geste de Jésus revêt pour nous une signification particulière. Jésus ne se contente pas de purifier le lépreux. Il lui tend la main et le touche, brisant ainsi les préjugés, les tabous et les limites de l’isolement et de la marginalisation qui excluent les lépreux de la vie en société. En tant que disciples de Jésus, nous devons nous sentir appelés à apporter une amitié ouverte aux secteurs les plus marginalisés de notre société. Nombreux sont ceux qui ont besoin d’une main tendue qui puisse les toucher.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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4e dimanche du Temps ordinaire – B (Marc 1,21-28)

Certains d’entre eux sont définitivement enfermés dans un hôpital psychiatrique. D’autres errent dans nos rues.

Jose Antonio PAGOLA

4e dimanche du Temps ordinaire – B (Marc 1,21-28)

Certains d’entre eux sont définitivement enfermés dans un hôpital psychiatrique. D’autres errent dans nos rues. La plupart d’entre eux vivent avec leur famille. Ils sont parmi nous, mais n’éveillent guère l’intérêt de quiconque. Ce sont les malades mentaux.

Il n’est pas facile de pénétrer dans leur monde de douleur et de solitude. Privés, à un certain degré, d’une vie consciente et affective saine, il n’est pas facile pour eux de cohabiter avec les autres. Beaucoup d’entre eux sont faibles et vulnérables, et vivent tourmentés par la peur dans une société qui les craint où les néglige.

Depuis des temps immémoriaux, un ensemble de préjugés, de peurs et de soupçons a dressé une sorte de mur invisible entre ce monde de ténèbres et de douleur et notre vie à nous qui nous considérons «sains». Les malades psychiques créent de l’insécurité, et leur présence nous paraît toujours dangereuse. L’attitude la plus prudente nous semble être de défendre notre «normalité», en les confinant ou en les éloignant de notre environnement.

Aujourd’hui, on parle de l’insertion sociale de ces malades et du soutien thérapeutique que leur intégration dans la vie en société peut leur apporter. Mais tout cela ne cesse d’être une belle théorie s’il n’y a pas un changement d’attitude vis-à-vis du malade psychique et s’il n’y a pas une aide plus efficace pour tant de familles qui se sentent seules ou peu soutenues pour faire face aux problèmes qui leur tombent dessus avec la maladie d’un de leurs membres.

Il y a des familles qui savent comment prendre soin de leur être cher avec amour et patience, en collaborant positivement avec les médecins. Mais il y a aussi des foyers où la personne malade est un fardeau difficile à porter. Peu à peu, la vie en commun se détériore et toute la famille se voit affectée négativement, ce qui favorise à son tour l’aggravation de la maladie.

Il est donc ironique que nous continuions à défendre théoriquement une meilleure qualité de vie pour les malades psychiques, leur intégration sociale ou le droit à des soins adaptés à leurs besoins affectifs, familiaux et sociaux. Tout cela est nécessaire mais pour y parvenir, il faut une aide plus réelle aux familles et une collaboration plus étroite entre les médecins qui soignent la personne malade et les personnes qui savent l’assister dans le cadre d’une relation humaine et amicale.

Quelle place ces patients occupent-ils dans nos communautés chrétiennes? Ne sont-ils pas les grands oubliés? L’Évangile de Marc souligne de façon particulière l’attention de Jésus sur «ceux qui sont possédés par des esprits mauvais». Sa proximité des personnes les plus démunies et sans défense face au mal sera toujours pour nous un appel interpellant.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu».

Jose Antonio PAGOLA

Epiphanie du Seigneur – B (Matthieu 2,1-12)

L’homme actuel s’est largement atrophié pour pouvoir découvrir Dieu. Ce n’est pas qu’il est devenu athée. C’est qu’il s’est rendu «incapable de Dieu». Lorsqu’un homme ou une femme ne cherche ou ne connaît l’amour que dans ses manifestations décadentes, lorsque sa vie est exclusivement motivée par des intérêts égoïstes de profit ou de gain, quelque chose se dessèche dans son coeur.

Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, mènent un style de vie qui les accable et les appauvrit. Prématurément vieillis, endurcis de l’intérieur, incapables de s’ouvrir à Dieu par une quelconque brèche de leur existence, ils cheminent dans la vie sans la compagnie intérieure de personne.

Le théologien Alfred Delp, qui fut exécuté par les nazis, voyait dans ce «durcissement intérieur» le plus grand danger pour l’homme moderne: «Ainsi l’homme cesse de lever les mains de son existence vers les étoiles. L’incapacité de l’homme moderne à adorer, aimer et vénérer s’enracine dans son ambition excessive et dans le durcissement de son existence».

Cette incapacité à adorer Dieu s’est aussi étendue à de nombreux croyants, qui ne cherchent qu’un «Dieu utile». Ils ne s’intéressent qu’à un Dieu qui serve leurs projets individualistes. Dieu devient ainsi un «objet de consommation» dont on peut disposer selon sa convenance et ses propres intérêts. Mais Dieu, c’est tout autre chose. Dieu est l’Amour infini, incarné dans notre propre existence. Et, devant ce Dieu, la première attitude est l’adoration, la joie, l’action de grâce.

Quand on l’oublie, le christianisme risque de devenir un gigantesque effort d’humanisation, et l’Église une institution toujours tendue, toujours accablée, toujours avec le sentiment de ne pas atteindre le succès moral pour lequel elle se bat et fait des efforts.

Cependant, la foi chrétienne est avant tout la découverte de la bonté de Dieu, l’expérience de reconnaître que lui seul sauve: le geste des Mages devant l’Enfant de Bethléem exprime la première attitude de tout croyant devant Dieu fait homme.

Dieu existe. Il est là, au plus profond de nos vies. Nous sommes accueillis par lui. Nous ne sommes pas perdus au milieu de l’univers. Nous pouvons vivre avec confiance. Devant un Dieu dont nous savons seulement qu’il est Amour, il n’y a de place que pour la joie, l’adoration et l’action de grâce. C’est pourquoi «quand un chrétien pense qu’il n’est plus capable de prier, il devrait au moins garder en lui la joie» (Ladislao Boros).

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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Sainte Marie, Mère de Dieu – B (Luc 2,16-21)

Le théologien Ladislao Boros dit dans un de ses écrits que l’un des principes cardinaux de la vie chrétienne est que «Dieu recommence toujours». Avec lui, rien n’est définitivement perdu. En Lui, tout est commencement et renouveau.

Jose Antonio PAGOLA

Sainte Marie, Mère de Dieu – B (Luc 2,16-21)

Le théologien Ladislao Boros dit dans un de ses écrits que l’un des principes cardinaux de la vie chrétienne est que «Dieu recommence toujours». Avec lui, rien n’est définitivement perdu. En Lui, tout est commencement et renouveau.

Pour dire les choses simplement, Dieu ne se laisse pas décourager par notre médiocrité. La force rénovatrice de son pardon et de sa grâce est plus puissante que nos erreurs et notre péché. Avec Lui, tout peut recommencer.

C’est pourquoi il est bon de commencer l’année avec une volonté de renouvellement. Chaque année qui nous est offerte est un temps ouvert à de nouvelles possibilités, un temps de grâce et de salut dans lequel nous sommes invités à vivre d’une manière nouvelle. C’est pourquoi il est important d’écouter les questions qui peuvent jaillir de notre intérieur.

Qu’est-ce que j’attends de la nouvelle année? Sera-t-elle une année consacrée à «faire des choses», à résoudre les problèmes, à cumuler des tensions et de la mauvaise humeur, ou bien une année où j’apprendrai à vivre d’une façon plus humaine?

Qu’est-ce que je veux vraiment cette année? À quoi vais-je consacrer mon temps le plus précieux et le plus important ? S’agira-t-il, une fois encore, d’une année vide, superficielle et routinière, ou d’une année où j’aimerai vivre dans la joie et la gratitude?

Quel temps vais-je réserver au repos, au silence, à la musique, à la prière, à la rencontre avec Dieu? Vais-je nourrir ma vie intérieure ou vais-je vivre de manière agitée, dans un activisme permanent, en courant d’une occupation à l’autre, sans savoir exactement ce que je veux ou ce pour quoi je vis?

Quel temps vais-je consacrer à partager dans la joie l’intimité de mon conjoint et la vie joyeuse de mes enfants? Vais-je vivre hors de chez moi en organisant ma vie à ma façon, ou saurai-je aimer les miens avec davantage de dévouement et de tendresse?

Qui vais-je rencontrer cette année? Quelles personnes vais-je approcher? Leur apporterai-je la joie, la vie, l’espoir, ou répandrai-je le découragement, la tristesse et la mort? Où que j’aille, la vie sera-t-elle plus joyeuse et plus supportable ou plus dure et plus douloureuse?

Vais-je vivre cette année en me préoccupant uniquement de mon petit bien-être ou vais-je aussi m’intéresser à rendre les autres heureux? Vais-je m’enfermer dans mon vieil égoïsme ou vais-je vivre de manière créative, en essayant de rendre le monde qui m’entoure plus humain et plus vivable?

Vais-je continuer à tourner le dos à Dieu, ou oserai-je croire qu’il est mon meilleur ami? Vais-je rester muet devant lui, sans ouvrir mes lèvres ou mon cœur, ou va-t-elle enfin jaillir de mon coeur une prière humble et sincère?

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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