3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel.

Jean-Pierre Renouard

3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel. Notre cher Dax, à sa manière me fait réfléchir; cette petite ville possède des trésors cachés de la nature, je pense aux rives de l’Adour, au bois sacré de la route d’Yzosse, au parc inattendu du Sarrat, à son Observatoire, route des Pyrénées, un des premiers sites amateurs de France pour son équipement et pour ses travaux. Avons-nous jamais pris le temps de nous attarder à l’un ou l’autre de ces lieux naturels ? Et pourtant nous passons tous beaucoup d’heures dans des endroits plus bétonnés et plus sophistiqués pour ne pas parler avec trop de précisions des bains de foule que nous prenons régulièrement, pas très loin de cette chapelle. Autrement dit nous oublions le réel, la nature, sa beauté, source de la culture et de la méditation, au bénéfice du superficiel et du consumérisme. Le paysan landais, lui, sait naturellement observer. La lunette miniature déposée aujourd’hui devant la lumière de plus en plus envahissante tenue par Jean Le Baptiste, nous convie à cette action déterminante à l‘approche de Noël : regarder, scruter le réel avec insistance, pour mieux le comprendre. Creusons l’Evangile de ce jour et ramassons en quelques échos ici et là.

1° Jean-Baptiste vit dans sa prison une crise intérieure. Il a tout misé sur Jésus et soudain il se prend à douter. Il est perplexe devant les faits et gestes de Jésus, devant ce profil d un messie souffrant qui promet le même sort à ses disciples. Ce n’est pas ce que Jean-Baptiste attendait ; alors il essaie d’obtenir des éclaircissements de Jésus lui-même par des intermédiaires. Et ceux-ci entendent et voient ; ils sont époustouflés par leurs découvertes et que Jésus résume par les paroles du prophète Isaïe déjà entendues dès les débuts de la lecture de la Parole de Dieu : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». Alors avec de telles paroles, avec de tels faits et de tels signaux, tous les doutes tombent ! Le messager qu’est Jean ne s’est pas trompé et il devient lui-même un signe. C’est l’heure des petits ; c’est l’heure de la joie. Il évite les égarements, les illusions et anticipe la vocation de Jésus en donnant sa vie pour la vérité lumineuse qu’il vit, la vraie grandeur étant dans la claire vision de Dieu et dans ce qui l’annonce.

2° Au moment où notre société vacille sur elle-même, chacun voyant midi à l’heure de sa porte, le véritable réconfort vient du sens de la vie et pour les chrétiens, le sens de la foi. Mais encore faut-il activer celle-ci. Nous aussi nous sommes comme emprisonnés, ligotés dans nos certitudes, nos opinions toutes faites, mais souvent incapables de percevoir autre chose et de recevoir celles des autres. Alors Jésus nous invite à regarder avec les yeux de la foi : il y a des cœurs droits et sincères dont le témoignage nous parle, des personnes dont la beauté d’une vie donnée nous émerveille. Regardez, regardons bien : des chrétiens montrent leur foi en Jésus, des amis peut-être ; ils donnent de leur temps à Le faire connaître et aimer, ils font vivre son Eglise ; ils la soutiennent et la portent dans ses adversités et malgré ses fautes. Le Pape François remarquait récemment qu’il y a plus de persécutions aujourd’hui que dans toute l’histoire de l’Eglise. De vrais pasteurs donnent leur vie pour leur troupeau. Oui, les œuvres du Christ continuent à travers celles vécues par et dans le moindre des gestes de solidarité qui se donnent et s’échangent. Si ce dimanche de la joie, nous tous qui vivons l’Eucharistie, nous apportons notre ‘verre d’eau’ à plus malheureux que nous (un sourire, une parole de paix ou de réconfort, une aide utile du moment) oui ! Alors nous sommes des messagers de l’Evangile que le monde attend même inconsciemment.

3° Il reste aussi un autre regard à porter : passer de l’extériorité à l’intériorité. Il ne suffit pas de comprendre la nature et les autres mais nous sommes invités à scruter notre propre cœur. Qui sommes-nous ? Que vivons—nous ? Que désirons-nous ? Vers qui allons-nous ? Chacune et chacun porte en soi une richesse intérieure étonnante et tonifiante. Mettons-nous à l’affût. « Notre avenir est au-dedans » dit le poète chrétien. Plus je me connais, plus je sais que je suis un être habité et désireux d’entrer en conversation. Petit à petit bâtissons ce foyer de notre Rencontre. Dieu frappe à notre cœur. Si toi, ami € de Dieu, tu prends le temps de découvrir, d’aimer et d’échanger avec Lui, tu seras déjà comblé au-delà de tout.

*****

Curieux parcours que ce Jour du Seigneur …dimanche de la joie…dimanche des signes de la foi… Avec en prime, la patience nous dit st Paul… Car on ne naît pas chrétien, on le devient. Et nous avons tous à consentir au rythme lent et progressif de la grâce de Dieu. La patience est l’apanage du laboureur et elle a valeur exemplaire car il faut compter avec le temps pour passer de la semence au fruit. St Vincent qui avait vu, touché et aimé cette vie de la terre nous a laissé ces mots afin de nous aider à voir Dieu à l’œuvre: « Le temps fait tout. J‘expérimente cela tous les jours parmi nous » (II, 146)

AMEN.

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Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant.

Jean-Pierre Renouard

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

Sam 30 novembre 2019  / Christian Labourse +19 Novembre 2019 

En la fête de la st André, près de 200 personnes se sont retrouvées en la chapelle du Berceau pour marquer par la célébration de l’Eucharistie présidée par l’Evêque, Mgr Nicolas Souchu, la mémoire du Curé, du Supérieur et Recteur.

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué sa mémoire,  L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant. On ne vit bien que par une appartenance fondamentale qui colore toute la vie. André sera ‘disciple – missionnaire’. Selon une autre tradition, c’est lui-même qui aura la joie d’appeler Pierre son frère à devenir le roc de tous. Ils forment très vite une équipe tout à la disposition de l’homme de Galilée. Ils inaugurent une histoire qui ne finit pas de s’écrire individuellement et à plusieurs. Chacun est appelé, s’engage et en appelle d’autres, quitte à changer de projet et de vie.

C’est ce qui est advenu dans les années 50 à un petit garçon, dans une école alors grouillante de vie, à deux pas de cette chapelle, et qui a voulu se mettre tout entier, le temps, la réflexion et la prière aidant, à la disposition de ce même Jésus. Né à Hossegor, dans sa nombreuse fratrie dont Bernard, recevra aussi l’appel pour s’arrimer au diocèse de Périgueux, Christian s’attachera avec fougue à Jésus-Christ pour toujours. Il fut vite un des élèves de l’Ecole st Joseph du Berceau dont il deviendra porte-drapeau et féroce défenseur ; et Il se reconnaissait volontiers dans les vitraux de l’Oratoire de son école passant du Berceau à Notre-Dame du Pouy, puis à st Lazare, rêvant des rivages lointains et réalisant son existence sacerdotale dans son Sud-Ouest natal, au gré des évènements et des placements de ses supérieurs. Nos pas se sont croisés au matin du 17 octobre 1955 dans cette maison inoubliable de Dax pour tisser un filet que la même Obéissance nous invitait à réparer sans cesse. La liste des maisons et des charges reçues nous rappelle son curriculum vitae. Je ne veux qu’évoquer son profil à grand traits : au fil des ans et de la sagesse, l’homme est devenu joyeux, rieur, chantant, landais, humain, proche, sensible, et pour résumer, passionné, mais surtout fou de Dieu, ancré dans une vie de prière forte et d’une régularité sans faille. Sa piété était exigeante mais souvent appelante pour les jeunes.

L’appel ? Il nous invite à regarder Christian autrement. Dans cet oratoire du Berceau ou dans quelque pièce de l’école, il a entendu l’Evangile et les écrits du Nouveau Testament résonner en lui « à la missionnaire »  et il a sûrement écouté avec attention ce passage de l’épître aux Romains lu en cette fête de l’apôtre. Des prêtres et ses frères lazaristes de mérite et de vertu – je le sais – l’ont appelé ; il a entendu. Il a appris à prononcer le nom de Jésus, il a multiplié les actes de foi, il a cru en la Résurrection…Il a reçu le beau présent du salut. Ce qu’il a vécu, il a voulu que d’autres le goûtent et le fasse leur. O Christian, qui pourra dire combien tu fus tendu par l’image du Bon Pasteur. Combien de brebis tu as chargé sur tes épaules ! Avec quelle application tu leur as appris le nom de Jésus !

Deux images se croisent plutôt en moi quand ton souvenir me rejoint : tes après-midi passés en visites et tes presbytères toujours ouverts, toi prêt à l’accueil et au dialogue. C’était ta marque de fabrique et tu mettais volontiers en route l’insistance de st Paul VI, notre pape de jeunesse ardente : « L’Eglise se fait conversation ». Tu étais généreux. Tu avais pris en compte ce que st Vincent mettait au compte des vertus fondamentales le zèle, et quand je te voyais faire, je pensais à sa consigne : « Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme…Le zèle est ce qu’il y a de plus pur dans l’amour de Dieu » (XII, 307). A la suite d’autres, je souhaiterai insister aussi sur cette autre valeur sûre de Monsieur Vincent que tu as si souvent mise en pratique, ta charité. Tes presbytères se faisaient plus qu’accueil, ils étaient dortoir, salle à manger… Tu excellais d’achever, d’aller jusqu’au bout de ce que tu avais commencé. Tu savais que « la foi naît de ce qu’on entend, l’annonce de la Parole ». Alors tu as parlé de toutes les manières et tu as accompagné chacune et chacun jusqu’à son terme. Pour ces compagnonnages, merci.

Ta Passion fut longue et lourde. Mais quelle ultime prédication. Il ne se peut que tant d’offrandes consenties soient fructueuses… Je retiens ta force, don de l’Esprit mais je me plais à souligner que tu as souffert et mené le dernier combat, entouré, veillé, soutenu jusqu’au bout. Tel fut ton désir. Tel fut le choix de tes frères et de tes sœurs en st Vincent. Quel noble et savoureux exemple de communauté vraie et de famille vincentienne qui ne se paye pas de mots.

Enfin nous avions une amitié commune nourrie par sa canonisation, l’admiration pour st Jean- Gabriel Perboyre depuis que nous avions servi à Catus-Montgesty, son pays natal du Lot. Permets que nous achevions ton évocation qu’un chacun mènera à son terme, par la prière de st Jean-Gabriel. A bien des égards, elle te résume :

Silence…

 « Ô mon Sauveur, par Ta toute Puissance et Ton infinie Miséricorde,

Que je sois changé et transformé en Toi !

Que mes mains soient tes Mains.

Que mes yeux soient tes Yeux.

 Que ma langue soit ta Langue.

 Que mes sens et mon corps ne servent qu’à Te glorifier !

Mais surtout, transforme-moi :

Que ma mémoire, mon intelligence, mon cœur,

Soient ta Mémoire, ton Intelligence et ton Cœur !

Que mes actions et mes sentiments

Soient semblables à tes Actions et à tes Sentiments ».

 

Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840)

 

Une messe très priante….trois beaux cantiques chantés à l’unanimité …des larmes aux yeux !

 

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La Rencontre Personnelle avec Jesus-Christ chez Un Missionnaire Vincentien

Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne.

Jean-Pierre Renouard

La Rencontre Personnelle avec Jesus-Christ chez Un Missionnaire Vincentien

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.

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Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne. Mais au début de cette chaîne je ne vois que des témoins, le premier d’entre eux étant saint Vincent de Paul. Nul n’a pu pénétrer et ne parviendra à le faire, au plus intime de son être. Mais au travers des témoignages reçus par la tradition depuis 1581 – ses écrits, ses biographes, la réflexion collective –  nous voyons mieux aujourd’hui ce qui peut constituer son héritage. Pour être missionnaire selon l’esprit de st Vincent, il est bon de pointer ce qu’il a semé dans sa propre découverte du Christ jusqu’à former avec lui un seul et même être.

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.

Écouter la Parole de ce jour

Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche.

Jean-Pierre Renouard

Écouter la Parole de ce jour

Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche. A quelques soixante kilomètres d’ici, est situé un village désormais paré deux fois de pourpre, rouge par son piment, rouge par son cardinal, Roger Etchegaray ; il fut inhumé dans le caveau familial du village basque de son enfance proche d’une autre famille célèbre, celle du Père Armand David, le lazariste découvreur du Panda et missionnaire botaniste. Ces deux hommes issus de la même terre ont foulé le même champ apostolique de la lointaine Chine pour y faire entendre le message évangélique et y parler du Christ, seul Sauveur des hommes. Ce qui est frappant chez ces êtres d’exception épris d’humilité, c’est qu’ ils sont passés par un enracinement typé fait de solidité et d’endurance, doués d’une forte nature, d’une volonté à toute épreuve et d’une foi toujours prête à se donner sans réserve ni économie, à ‘rendre compte de son espérance’.

Pourquoi les évoquer aujourd’hui ? Parce qu’ils me font écouter la Parole de ce jour avec une oreille ouverte autrement, parce qu’ils sont arrivés au comble du bonheur, j’ai envie grâce à eux, de regarder ce Père des cieux amoureux des hommes qui nous attend tous et que nous chrétiens d’ici et d’ailleurs, avons toujours à annoncer. Ce père est bon comme celui de l’évangile. Il est réticent à se séparer d’un trop jeune fils, exécutant ses désirs malgré tout, et, des temps et des temps plus tard, scrutant l’horizon pour mieux apercevoir sa silhouette chérie revenant à la maison, être saisi de compassion, courir à sa rencontre, le couvrir de baisers , le revêtir comme un prince, lui passer la bague d’alliance, organiser la fête et calmer son frère à la jalousie déplacée. Ce Père se montre aussi ‘bon berger’, à la recherche exclusive de la brebis perdue et ‘bon balayeur’ à la quête de la pièce d’argent qui roule à la dérive dans quelque coin obscur de sa maison. Dieu est un empressé, un chercheur d’hommes, un insatisfait de sa battue tant qu’il n’a pas retrouvé l’objet ou le sujet de sa tendresse. J’aime ce Dieu la, le vrai Dieu, Celui qui s’est abaissé jusqu’à l’extrême. Quel regard habituel je porte sur Lui ? Est-ce que je convertis mon regard s’il est toujours tourné vers un Dieu avide de répression et de punition ? C’est à un accueil chaleureux que j’ai à m’ouvrir car il m’attend, bras et cœur ouverts.

Certes, je suis souvent de la race des « chiens perdus sans collier » comme celui qui a traîné toute la semaine, sur la place du Berceau, au gré de nos humeurs. Nous sommes de ce « peuple corrompu », adorateur de veau d’or ou d’argent selon les traditions bibliques. Et nous mériterions châtiment mais Dieu ne varie pas et reste délibérément optimiste sur la créature que nous sommes. Inlassablement, Il nous aime ! Et il martèle par st Paul interposé : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ». Et le Christ, c’est son fils, son Bien aimé, son image parfaite, sa réplique, son double, l’expression éclatante de sa bonté toujours avide de partager l’amour et de le partager à l’homme. Est-bien ainsi que je m’approche moi-aussi de lui, cœur dilaté, toujours prêt à aimer et à répandre le bien sans frontières?

Et je reviens au Cardinal d’Espelette plus basque que romain et qui nous a confié de mille manières ce qui fit battre son cœur d’apôtre de la paix, le poussant à des milliers de kilomètres et qui fut le moteur de sa vie. Je le cite en remerciant Dieu de me l’avoir donné comme évêque à Marseille et puis, comme pèlerin du Berceau et de Buglose en 1981,  clamant sans se lasser à toutes races « l’amour du Christ nous presse » ; écoutez-le:

« -Heureux celui qui, ayant découvert cette source de l’amour, ne sait plus s’en détacher !

-Heureux celui qui, buvant à cette source de l’amour, voit la soif grandir à l’instant même où elle est comblée !

Heureux celui qui ne peut contenir son admiration et va, comme un fou errant, crier l’amour du Christ par-dessus les toits et de colline en colline ! »[1].

Amen.

[1] « J’avance comme un âne » – Roger Etchegaray Fayard 84 – L’amour du Christ nous presse p 89

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Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche. A quelques soixante kilomètres d’ici, est situé un village désormais paré deux fois de pourpre, rouge par son piment, rouge par son cardinal, Roger Etchegaray ; il fut inhumé dans le caveau familial du village basque de son enfance proche d’une autre famille célèbre, celle du Père Armand David, le lazariste découvreur du Panda et missionnaire botaniste. Ces deux hommes issus de la même terre ont foulé le même champ apostolique de la lointaine Chine pour y faire entendre le message évangélique et y parler du Christ, seul Sauveur des hommes. Ce qui est frappant chez ces êtres d’exception épris d’humilité, c’est qu’ ils sont passés par un enracinement typé fait de solidité et d’endurance, doués d’une forte nature, d’une volonté à toute épreuve et d’une foi toujours prête à se donner sans réserve ni économie, à ‘rendre compte de son espérance’.

Pourquoi les évoquer aujourd’hui ? Parce qu’ils me font écouter la Parole de ce jour avec une oreille ouverte autrement, parce qu’ils sont arrivés au comble du bonheur, j’ai envie grâce à eux, de regarder ce Père des cieux amoureux des hommes qui nous attend tous et que nous chrétiens d’ici et d’ailleurs, avons toujours à annoncer. Ce père est bon comme celui de l’évangile. Il est réticent à se séparer d’un trop jeune fils, exécutant ses désirs malgré tout, et, des temps et des temps plus tard, scrutant l’horizon pour mieux apercevoir sa silhouette chérie revenant à la maison, être saisi de compassion, courir à sa rencontre, le couvrir de baisers , le revêtir comme un prince, lui passer la bague d’alliance, organiser la fête et calmer son frère à la jalousie déplacée. Ce Père se montre aussi ‘bon berger’, à la recherche exclusive de la brebis perdue et ‘bon balayeur’ à la quête de la pièce d’argent qui roule à la dérive dans quelque coin obscur de sa maison. Dieu est un empressé, un chercheur d’hommes, un insatisfait de sa battue tant qu’il n’a pas retrouvé l’objet ou le sujet de sa tendresse. J’aime ce Dieu la, le vrai Dieu, Celui qui s’est abaissé jusqu’à l’extrême. Quel regard habituel je porte sur Lui ? Est-ce que je convertis mon regard s’il est toujours tourné vers un Dieu avide de répression et de punition ? C’est à un accueil chaleureux que j’ai à m’ouvrir car il m’attend, bras et cœur ouverts.

Certes, je suis souvent de la race des « chiens perdus sans collier » comme celui qui a traîné toute la semaine, sur la place du Berceau, au gré de nos humeurs. Nous sommes de ce « peuple corrompu », adorateur de veau d’or ou d’argent selon les traditions bibliques. Et nous mériterions châtiment mais Dieu ne varie pas et reste délibérément optimiste sur la créature que nous sommes. Inlassablement, Il nous aime ! Et il martèle par st Paul interposé : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ». Et le Christ, c’est son fils, son Bien aimé, son image parfaite, sa réplique, son double, l’expression éclatante de sa bonté toujours avide de partager l’amour et de le partager à l’homme. Est-bien ainsi que je m’approche moi-aussi de lui, cœur dilaté, toujours prêt à aimer et à répandre le bien sans frontières?

Et je reviens au Cardinal d’Espelette plus basque que romain et qui nous a confié de mille manières ce qui fit battre son cœur d’apôtre de la paix, le poussant à des milliers de kilomètres et qui fut le moteur de sa vie. Je le cite en remerciant Dieu de me l’avoir donné comme évêque à Marseille et puis, comme pèlerin du Berceau et de Buglose en 1981,  clamant sans se lasser à toutes races « l’amour du Christ nous presse » ; écoutez-le:

« -Heureux celui qui, ayant découvert cette source de l’amour, ne sait plus s’en détacher !

-Heureux celui qui, buvant à cette source de l’amour, voit la soif grandir à l’instant même où elle est comblée !

Heureux celui qui ne peut contenir son admiration et va, comme un fou errant, crier l’amour du Christ par-dessus les toits et de colline en colline ! »[1].

Amen.

[1] « J’avance comme un âne » – Roger Etchegaray Fayard 84 – L’amour du Christ nous presse p 89

Présentation de Jésus au temple. Réflexion 2 février 2019

Présentation de Jésus au temple. Réflexion

Après quarante jours, les parents de Jésus l’amènent au Temple pour le présenter au Seigneur, parce qu’ils sont de vrais observateurs de la Loi.

La première chose qui m’étonne ce matin c’est le peu d’écho que cette fête conserve dans notre monde d’aujourd’hui, au-delà des crêpes d’usage et de bon goût. Pourquoi cette fête peut-elle encore nous parler ? Ce n’est pas parce qu’elle a un parfum d’Ancien Testament mais parce qu’elle clôt le cycle de Noël et découvre au peuple de baptisés que nous sommes, que Jésus-Christ est Lumière, splendeur du Père et point de ralliement pour tous les hommes de bonne volonté. Au nom de tous, nous sommes des processionnaires de la lumière du Christ. Nous avons réfléchit aux diverses manifestations de Celui qui se fait homme pour nous, manifesté aux bergers en signe d’ouverture aux petits et aux humbles ; manifesté aux mages en signe d’ouverture aux païens ; et manifesté aux amis et aux mariés de Cana en signe d’ouverture à notre humanité… Aujourd’hui, Jésus est le bien universel qui vient de Dieu et n’existe que pour Lui ; il est offert au Seigneur et, par lui, c’est tous les vivants qui sont offerts parce que notre humanité unie à sa divinité nous divinise. L’offrande appelle la glorification. Réjouissons-nous car elle vient « pour la multitude » !

La deuxième chose qui m’étonne ce matin et que je vous partage volontiers, c’est la présence de Syméon, le juste religieux qui attend. Il fait partie du « petit reste », de ces gens de peu comme on pourrait dire, qui étaient persuadés en Israël que le Messie n’allait pas tarder à venir, pétris qu’il était de l’Ecriture. Syméon est aux aguets prêt à saisir l’Envoyé de Dieu et de fait, il le reconnaît dans ses bras, c’est-à-dire contre son cœur. «On ne voit bien qu’avec le cœur». Et le cœur est capable de chanter la présence de Dieu dans nos vies : ‘J’ai vu, je peux partir, le salut est là à portée de main et il est universel. D’Israël, il touche toutes les nations. Je chante l’action de grâces au nom de tous’. Ce matin je prends le relais de Syméon pour dire merci pour ceux qui oublient de le dire.  Nous sommes des serviteurs-relais de la louange et de la reconnaissance.

La troisième chose qui m’étonne c’est ce qui arrive aux parents de Jésus. A Marie est dévoilé un avenir de souffrances. Elle sera associée au sacrifice de son fils. Elle aura l’âme traversée d’un glaive. Sans doute avait-elle besoin d’être prévenue de qui l’attendait. On accueille mieux l’épreuve quand on la sait inévitable. Nous savons bien que la suite de Jésus ne nous promet pas un chemin de roses mais que celles-ci se cueillent toujours au risque des épines. Jérusalem, la ville chère à st Luc, est au bout d’une route rude et semées de souffrances. Il n’y a pas de résurrection sans chemin de passion. A Joseph reste l’étonnement, l’homme du silence, qui nous convie à l’intériorité. Toutes nos relations vraies avec Dieu sont cachées et elles racontent notre véritable histoire sainte. Laissons l’Esprit nous mettre en lien avec le Père. Et prions aujourd’hui pour ceux qui cherchent sens à leur vie.

Et je m’étonne enfin avec Anne la prophétesse. Elle est la sainte du grand âge. Elle rejoint nombre d’entre nous aujourd’hui. Vieillir, c’est voir son physique s’altérer mais c’est croire en même temps, en la jeunesse de la foi. Anne aussi est toute glorification. Au lieu de nous lamenter sur le poids du passé et du péché, allons de l’avant et témoignons de notre fidélité. Parlons de Jésus. Comme il a su grandir et se fortifier pour devenir le Sauveur de ses frères, ne doutons pas qu’au creux des ans et des peines associées, il nous nous fait grandir et nous fortifie en nous communiquant sa Sagesse. Restons fidèlement au Nazareth où Dieu nous a fixés et attendons son Retour. C’est toujours le temps de la Rencontre. Amen.

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

La première chose qui m’étonne ce matin c’est le peu d’écho que cette fête conserve dans notre monde d’aujourd’hui, au-delà des crêpes d’usage et de bon goût. Pourquoi cette fête peut-elle encore nous parler ?

Jean-Pierre Renouard CM
Explications :
  • Titre: Presentation of Jesus at the Temple (détail)
  • Créateur: Master of the Cini Madonna
  • Date de création: Around 1330
  • Dimensions physiques: w407 x h505 x d40 cm
  • Type: Painting
  • Lien externe: Museu Nacional d’Art de Catalunya
  • Support: Tempera and gold leaf on wood

Monsieur Amin de TARRAZI (1928-2019)

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Monsieur Amin de TARRAZI (1928-2019)

Ancien Président national et ancien Président international de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de 1981 à 1993.

Il a été pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et pour les vincentiens une figure rayonnante de la charité dans la fidélité au bienheureux Frédéric Ozanam pour lequel, après avoir été l’artisan de sa béatification à Paris en 1997, il œuvrait à la cause de canonisation.

Un grand ami de la Congrégation de la Mission. Qu’il repose en paix auprès de Dieu.

Funérailles le Lundi 14 janvier à 10h30 en l’église St Ferdinand des Ternes, Paris

Hommage de la Congrégation de la Mission en France

 

Le Président et les membres du Conseil d’Administration de la Société de Saint-Vincent-de-Paul en France ont le regret de vous faire part du rappel à Dieu de Monsieur Amin de Tarrazi, Ancien Président national et ancien Président international de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de 1981 à 1993.

Il a été pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et pour les vincentiens une figure rayonnante de la charité dans la fidélité au bienheureux Frédéric Ozanam pour lequel, après avoir été l’artisan de sa béatification à Paris en 1997, il œuvrait à la cause de canonisation.

Au nom de tous les membres de la  Société de Saint-Vincent-de-Paul en France nous nous associons à la peine de sa famille à laquelle nous adressons nos sincères condoléances.

Tel est le faire-part qui court sur la toile. Celui qui a connu Amin manifeste sa peine personnelle et tout vincentien averti sait qu’il perd aussi le père de la Société st Vincent de Paul durant plus d’un quart de siècle. Et toute la famille vincentienne se joint à lui pour ne faire qu’un avec elle, et manifeste sa reconnaissance. Amin est une épopée, une légende mais bien plus encore, une vie chrétienne, une figure vincentienne inoubliable. Le site « cm global » note que «la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne se serait pas épanouie comme elle l’a fait au cours des dernières décennies, s’il n’y avait eu notre confrère Amin. Sa vie appartenait à la Société. La Société était sa vie. Il a consacré sa vie au service de tant de personnes dans le besoin. Il s’est joint à la SSVP il y a 70 ans, il a été le représentant des jeunes au CGI dans les années 1960, le président national du Conseil en France de 1967 à 1981, et le président du CGI de 1981 à 1993. » Une vie libanaise pur-sang, une vie française, riche de sa double nationalité. Il était racé, fier de son pays et de ses choix français. Il avait ses deux pieds bien plantés (!) un au Liban souffrant, son ciel d’origine et l’autre en France, le pays du bienheureux Frédéric. Il gardait farouchement son célibat pour se consacrer (le mot est juste) à la Société qu’il a toujours voulu exemplaire et dont il a tiré le char français puis le char international. Il était un passionné au point de vivre toute sensibilité exacerbée par des querelles de toujours qu’il noyait dans sa prière quotidienne, sa piété à toute épreuve, son désir de dépassement l’emportant parce qu’il le jugeait plus important. Il aimait et volontiers il souffrait parce que tout entier donné et abandonné. Peut-être, à la fin de sa vie, a-t-il subi une certaine solitude vincentienne. Ses proches savent.

Quand il était plus jeune, sa table était toujours ouverte et il recevait avec délice dans un tête à tête de bon aloi qui lui permettait partage et confiance. Toute sa vie fut donnée à la Société pour cultiver et faire vivre la proximité avec les pauvres. Ce fut le mot d’ordre de toute son existence et de ses longues mandatures. Il voulait partager, aimer et servir. L’objectif était clair et lui donne quitus pour une vie « toute donnée » à la manière de st Vincent. Il a publié les Cahiers Ozanam et la revue internationale Vincent Paul…sans oublier de réaliser un musée Ozanam. Il a traduit en plusieurs langues «the book of the Sick», le livre du malade.

Il fut aussi le relais passionné de Frédéric Ozanam : il a voulu, engagé et suivi jusqu’à Notre-Dame, la béatification du 22 août 1997. Il a cherché, soutenu et obtenu la publication de sa correspondance, il a été président puis membre de la commission de canonisation toujours sur pied.

Sa culture large et humaniste a puisé à de nombreuses sources ; il était diplômé de l’Université de Cambridge, de l’Ecole des Lois de Paris, de la chambre de Commerce britannique, de l’Ecole philosophique anglaise, de l’Ecole des langues et de littérature, diplômé de l’institut des Sciences politiques de Paris. Un homme de poids sans prétention, humble, discret, un vrai gentleman. Un exemple. Puis, il fut aussi membre de Cor Unum ; du CCIC, de l’UNESCO. Mais surtout un vrai chrétien, un baptisé authentique. Un vincentien. Un saint en puissance ?

 Je note avec le présentateur avisé de cm global que « Son mandat de président du CGI ne l’a pas empêché d’être un serviteur actif dans la société. Même dans le plus petit des travaux, il y a mis tout son cœur. C’était vraiment un homme enflammé par l’amour de Dieu, un amour qui l’a poussé à être un Vincentien engagé et passionné ».

Et le lazariste qui a croisé ses pas ajoute qu’il aimait avec tout autant de passion la famille vincentienne, qu’il a désiré et obtenu des conseillers spirituels de la Congrégation de la Mission jusqu’à ce jour et que beaucoup lui doivent avant l’heure, « le vécu » de la famille vincentienne ; heureux ceux qui ont travaillé avec lui-même au gré des tribulations des étages de l’Immeuble historique de la rue du Pré -aux-clercs. Amin, nous nous somme estimés. Merci pour ce que je vous dois. Au rendez-vous de la Table du Seigneur !

« Repose en paix maintenant, cher Amin. Il est temps d’être en Sa présence et de récolter les fruits de vos bonnes œuvres.

Son maître lui répondit : «Bravo, bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle en peu de choses ; Je te confierai beaucoup de choses. » « Venez partager le bonheur de votre maître. » Matthieu 25:21.

 

Amin est décédé à l’âge de 90 ans à Ambroise Paré, où il était hospitalisé.»

Prions pour Lui et avec Lui.

 

Jean-Pierre Renouard, CM – Ancien Conseiller spirituel National