MESSAGE DU SAINT-PERE POUR LE CAREME 2021. « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20, 18). Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

En parcourant le chemin du Carême, qui nous conduit vers les célébrations pascales, nous faisons mémoire de Celui qui nous a aimés « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2,8). Dans ce temps de conversion, nous renouvelons notre foi, nous puisons « l’eau vive » de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ.

Pape Francois

MESSAGE DU SAINT-PERE POUR LE CAREME 2021. « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20, 18). Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

Chers Frères et Sœurs, En annonçant à ses disciples sa Passion, sa mort et sa résurrection, accomplissant ainsi la volonté de son Père, Jésus leur révèle le sens ultime de sa mission et il les appelle à s’y associer, en vue du salut du monde.

En parcourant le chemin du Carême, qui nous conduit vers les célébrations pascales, nous faisons mémoire de Celui qui nous a aimés « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2,8). Dans ce temps de conversion, nous renouvelons notre foi, nous puisons « l’eau vive » de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ. Dans la Nuit de Pâques, nous renouvellerons les promesses de notre baptême pour renaître en hommes et femmes nouveaux par l’intervention du Saint Esprit. L’itinéraire du Carême, comme l’itinéraire chrétien, est déjà entièrement placé sous la lumière de la résurrection, qui inspire les sentiments, les attitudes ainsi que les choix de ceux qui veulent suivre le Christ.

Le jeûne, la prière et l’aumône, tels que Jésus les présente dans sa prédication (cf. Mt 6, 1-18) sont les conditions et les expressions de notre conversion. Le chemin de la pauvreté et du manque (le jeûne), le regard et les gestes d’amour vers l’homme blessé (l’aumône), et le dialogue filial avec le Père (la prière), nous permettent d’incarner une foi sincère, une vivante espérance et une charité active.

1. La foi nous appelle à accueillir la Vérité et à en devenir des témoins, devant Dieu et devant tous nos frères et sœurs.

Pendant ce temps du Carême, recevoir et vivre la Vérité manifestée dans le Christ c’est avant tout se laisser toucher par la Parole de Dieu et qui nous est transmise, de générations en générations, par l’Eglise. Cette Vérité n’est pas une construction de l’esprit qui serait réservée à quelques intelligences supérieures ou séparées. Elle est un message que l’on reçoit et que l’on peut comprendre grâce à l’intelligence du cœur ouvert à la grandeur de Dieu qui nous aime, avant que nous-mêmes en ayons conscience. Cette Vérité c’est le Christ lui-même, qui, en assumant pleinement notre humanité, s’est fait Voie – exigeante, mais ouverte à tous – conduisant à la plénitude de la Vie.

Le jeûne, vécu comme expérience du manque, conduit ceux et celles qui le vivent dans la simplicité du cœur à redécouvrir le don de Dieu et à comprendre notre réalité de créatures à son image et ressemblance qui trouvent en lui leur accomplissement. En faisant l’expérience d’une pauvreté consentie, ceux qui jeûnent deviennent pauvres avec les pauvres et ils « amassent » la richesse de l’amour reçu et partagé. Compris et vécu de cette façon, le jeûne nous aide à aimer Dieu et notre prochain car, comme Saint Thomas d’Aquin l’enseigne, il favorise le mouvement qui amène à concentrer l’attention sur l’autre en l’identifiant à soi-même (cf. Enc. Fratelli tutti, n. 93).

Le Carême est un temps pour croire, c’est-à-dire pour recevoir Dieu dans notre vie et pour le laisser “établir sa demeure” en nous (cf. Jn 14, 23). Jeûner consiste à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre, même de ce trop-plein d’informations, vraies ou fausses, et de produits de consommation pour ouvrir la porte de notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14) : le Fils du Dieu Sauveur.

2. L’espérance, comme “eau vive” qui nous permet de continuer notre chemin

La Samaritaine à qui Jésus demande à boire au bord du puit ne comprend pas lorsqu’il lui dit qu’il peut lui offrir une “eau vive” (Jn 4, 10). Au début, elle pense naturellement à l’eau matérielle. Mais Jésus parle de l’Esprit Saint qu’il offrira en abondance dans le Mystère pascal et qui nous remplira de l’espérance qui ne déçoit pas. Lorsqu’il évoque sa passion et sa mort, Jésus annonce déjà l’espérance en disant : « Le troisième jour, il ressuscitera » (Mt 20, 19). Jésus nous parle de l’avenir grand ouvert par la miséricorde du Père. Espérer, avec lui et grâce à lui, c’est croire que l’histoire n’est pas fermée sur nos erreurs, nos violences, nos injustices et sur le péché qui crucifie l’Amour. Espérer c’est puiser le pardon du Père de son Cœur ouvert.

Dans le contexte d’inquiétude que nous vivons, où tout apparaît fragile et incertain, parler d’espérance pourra sembler provocateur. Le temps du Carême est un temps pour espérer, pour tourner de nouveau le regard vers la patience de Dieu qui continue de prendre soin de sa Création, alors même que nous l’avons souvent maltraitée (cf. Laudato si’, nn. 32334344). C’est l’espérance en la réconciliation à laquelle Saint Paul nous exhorte avec passion : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5, 20). En recevant le pardon, dans le sacrement qui est au cœur de notre démarche de conversion, nous devenons, à notre tour, des acteurs du pardon. Nous pouvons offrir le pardon que nous avons-nous-mêmes reçu, en vivant un dialogue bienveillant et en adoptant un comportement qui réconforte ceux qui sont blessés. Le pardon de Dieu permet de vivre une Pâque de fraternité aussi à travers nos paroles et nos gestes.

Pendant ce Carême, appliquons-nous à dire « des mots d’encouragements qui réconfortent qui fortifient, qui consolent, qui stimulent » au lieu de « paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent » (Enc. Fratelli tutti [FR], n. 223). Parfois, pour offrir de l’espérance, il suffit d’être « une personne aimable, […], qui laisse de côté ses anxiétés et ses urgences pour prêter attention, pour offrir un sourire, pour dire une parole qui stimule, pour rendre possible un espace d’écoute au milieu de tant d’indifférence » (ibid., n. 224).

Dans le recueillement et la prière silencieuse, l’espérance nous est donnée comme une inspiration et une lumière intérieure qui éclaire les défis et les choix de notre mission. Voilà pourquoi, il est déterminant de se retirer pour prier (cf. Mt 6, 6) et rejoindre, dans le secret, le Père de toute tendresse.

Vivre un Carême d’espérance, c’est percevoir que nous sommes, en Jésus-Christ, les témoins d’un temps nouveau, dans lequel Dieu veut « faire toutes choses nouvelles » (cf. Ap 21, 1-6). Il s’agit de recevoir et d’offrir l’espérance du Christ qui donne sa vie sur la croix et que Dieu ressuscite le troisième jour : « Soyez prêts à répondre à qui vous demande à rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3, 15).

3. La charité, quand nous la vivons à la manière du Christ, dans l’attention et la compassion à l’égard de chacun, est la plus haute expression de notre foi et de notre espérance.

La charité se réjouit de voir grandir l’autre. C’est la raison pour laquelle elle souffre quand l’autre est en souffrance : seul, malade, sans abri, méprisé, dans le besoin… La charité est l’élan du cœur qui nous fait sortir de nous-mêmes et qui crée le lien du partage et de la communion.

« Grâce à l’amour social, il est possible de progresser vers une civilisation de l’amour à laquelle nous pouvons nous sentir tous appelés. La charité, par son dynamisme universel, peut construire un monde nouveau, parce qu’elle n’est pas un sentiment stérile mais la meilleure manière d’atteindre des chemins efficaces de développement pour tous » (FT, n. 183).

La charité est don. Elle donne sens à notre vie. Grâce à elle, nous considérons celui qui est dans le manque comme un membre de notre propre famille, comme un ami, comme un frère. Le peu, quand il est partagé avec amour, ne s’épuise jamais mais devient une réserve de vie et de bonheur. Ainsi en fût-il de la farine et de l’huile de la veuve de Sarepta, quand elle offrit la galette au Prophète Elie (cf. 1R 17, 7-16). Ainsi en fût-il des pains multipliés que Jésus bénit, rompit et donna aux apôtres pour qu’ils les offrent à la foule (cf. Mc, 6, 30-44). Ainsi en est-il de notre aumône, modeste ou grande, que nous offrons dans la joie et dans la simplicité.

Vivre un Carême de charité, c’est prendre soin de ceux qui se trouvent dans des conditions de souffrance, de solitude ou d’angoisse à cause de la pandémie de la Covid-19. Dans l’impossibilité de prévoir ce que sera demain, souvenons-nous de la parole adressée par Dieu à son Serviteur : « Ne crains pas, car je t’ai racheté » (Is 43, 1), offrons avec notre aumône un message de confiance, et faisons sentir à l’autre que Dieu l’aime comme son propre enfant.

« Ce n’est qu’avec un regard dont l’horizon est transformé par la charité, le conduisant à percevoir la dignité de l’autre, que les pauvres sont découverts et valorisés dans leur immense dignité, respectés dans leur mode de vie et leur culture, et par conséquent vraiment intégrés dans la société » (FT, n. 187).

Chers frères et sœurs, chaque étape de la vie est un temps pour croire, espérer et aimer. Que cet appel à vivre le Carême comme un chemin de conversion, de prière et de partage, nous aide à revisiter, dans notre mémoire communautaire et personnelle, la foi qui vient du Christ vivant, l’espérance qui est dans le souffle de l’Esprit et l’amour dont la source inépuisable est le cœur miséricordieux du Père.

Que Marie, Mère du Sauveur, fidèle au pied de la croix et au cœur de l’Église, nous soutienne par sa présence prévenante et que la bénédiction du Ressuscité nous accompagne dans ce chemin vers la lumière de Pâques.

Donné à Rome, près de Saint Jean de Latran, 11 novembre 2020, mémoire de Saint Martin de Tours

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Fête de la Présentation du Seigneur. XXVe Journée Mondiale de la Vie Consacrée. Messe avec les membres des Instituts de Vie Consacrée et des Société de Vie Apostolique. HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS. Basilique Saint-Pierre Mardi 2 février 2021

Syméon – écrit saint Luc – « attendait la Consolation d’Israël » (Lc 2, 25). Montant au temple, au moment où Marie et Joseph amenaient Jésus, il accueille le Messie dans ses bras. Celui qui reconnaît dans l’Enfant la lumière venue éclairer le peuple est un vieillard qui a attendu avec patience l’accomplissement des promesses du Seigneur. Il a attendu avec patience.

Pape Francois

Fête de la Présentation du Seigneur. XXVe Journée Mondiale de la Vie Consacrée. Messe avec les membres des Instituts de Vie Consacrée et des Société de Vie Apostolique. HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS. Basilique Saint-Pierre Mardi 2 février 2021

Syméon – écrit saint Luc – « attendait la Consolation d’Israël » (Lc 2, 25). Montant au temple, au moment où Marie et Joseph amenaient Jésus, il accueille le Messie dans ses bras. Celui qui reconnaît dans l’Enfant la lumière venue éclairer le peuple est un vieillard qui a attendu avec patience l’accomplissement des promesses du Seigneur. Il a attendu avec patience.

La patience de Syméon. Regardons de près la patience de ce vieillard. Toute sa vie il a attendu et a exercé la patience du cœur. Dans la prière il a appris que Dieu ne vient pas dans des évènements extraordinaires, mais accomplit son œuvre dans la monotonie apparente de nos journées, dans le rythme parfois fatigant des activités, dans les petites choses que nous continuons de faire avec ténacité et humilité en cherchant à accomplir sa volonté. Cheminant avec patience, Syméon ne s’est pas laissé user par l’écoulement du temps. C’est un homme maintenant âgé, et pourtant la flamme de son cœur est encore allumée ; dans sa longue vie il aura parfois été blessé, déçu, et pourtant il n’a pas perdu l’espérance ; avec patience, il conserve la promesse, – conserver la promesse – sans se laisser envahir par l’amertume du temps passé ou par cette mélancolie résignée qui émerge lorsqu’on arrive au crépuscule de la vie. L’espérance de l’attente s’est traduite en lui dans la patience quotidienne de celui qui, malgré tout, est demeuré vigilant, jusqu’à ce que, finalement, “ses yeux voient le salut” (cf. Lc 2, 30).

Et je me demande : où Syméon a-t-il appris cette patience? Il l’a reçue de la prière et de la vie de son peuple, qui a toujours reconnu dans le Seigneur le « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » (Ex 34, 6) ; il a reconnu le Père qui même devant le refus et l’infidélité ne se lasse pas, mieux “patiente pendant de nombreuses années” (cf. Ne 9, 30), comme dit Néhémie, pour donner chaque fois la possibilité de la conversion.

La patience de Syméon est donc un miroir de la patience de Dieu. De la prière et de l’histoire de son peuple, Syméon a appris que Dieu est patient. Avec sa patience – affirme saint Paul – il nous « pousse à la conversion » (Rm 2, 4). J’aime rappeler Romano Guardini qui disait : la patience est une manière par laquelle Dieu répond à notre faiblesse pour nous donner le temps de changer (cf. Glaubenserkenntnis, Würzburg 1949, 28). Et surtout le Messie, Jésus, que Syméon serre dans ses bras, nous révèle la patience de Dieu, le Père qui utilise la miséricorde et qui nous appelle jusqu’à la dernière heure, qui n’exige pas la perfection mais l’élan du cœur, qui ouvre de nouvelles possibilités là où tout semble perdu, qui cherche à faire en nous une brèche, même lorsque notre cœur est fermé, qui laisse grandir le bon grain sans enlever l’ivraie. C’est le motif de notre espérance : Dieu nous attend sans jamais se lasser. Dieu nous attend sans jamais se lasser. Et c’est cela le motif de notre espérance.  Quand nous nous éloignons il vient nous chercher, quand nous tombons à terre il nous relève, quand nous retournons vers lui après nous être perdus il nous attend à bras ouverts. Son amour ne se mesure pas sur la balance de nos calculs humains, mais il nous donne toujours le courage de recommencer. Il nous enseigne la résilience, le courage de recommencer. Toujours, tous les jours. Après les chutes, toujours, recommencer. Il est patient.

Et regardons notre patience. Regardons la patience de Dieu et celle de Syméon pour notre vie consacrée. Et demandons-nous : qu’est-ce que la patience ? Certainement, elle n’est pas une simple tolérance des difficultés ou un support fataliste des adversités. La patience n’est pas un signe de faiblesse : elle la force d’âme qui nous rend capables de “porter le poids”, de supporter : supporter le poids des problèmes personnels et communautaires, qui nous fait accueillir la diversité de l’autre, qui nous fait persévérer dans le bien même lorsque tout semble inutile, qui nous fait rester en chemin même quand l’ennui et l’acédie nous assaillent.

Je voudrais indiquer trois “lieux” où la patience se concrétise.

Le premier est notre vie personnelle. Un jour nous avons répondu à l’appel du Seigneur et, avec élan et générosité, nous nous sommes offerts à lui. Au long du chemin, avec les consolations, nous avons aussi reçu des déceptions et des frustrations. Parfois, le résultat souhaité ne correspond pas à l’enthousiasme de notre travail, nos semailles ne semblent pas produire les fruits attendus, la ferveur de la prière faiblit et nous ne sommes pas toujours immunisés contre l’aridité spirituelle. Il peut arriver, dans notre vie de consacrés, que l’espérance s’use à cause des attentes déçues. Nous devons être patients avec nous-mêmes et attendre avec confiance les temps et les manières de Dieu : il est fidèle à ses promesses. C’est la pierre de base : il est fidèle à ses promesses. Se rappeler de cela nous permet de repenser les parcours, de revigorer nos rêves, sans céder à la tristesse intérieure et au découragement. Frères et sœurs, la tristesse intérieure en nous consacrés est un vers, un vers qui nous mange de l’intérieur. Fuyez la tristesse intérieure !

Deuxième lieu où la patience se concrétise : la vie communautaire. Les relations humaines, spécialement quand il s’agit de partager un projet de vie et une activité apostolique, ne sont pas toujours pacifiques, nous le savons tous. Parfois naissent des conflits et on ne peut pas exiger une solution immédiate, on ne doit pas non plus juger hâtivement la personne ou la situation : il faut savoir prendre les bonnes distances, chercher à ne pas perdre la paix, attendre un temps meilleur pour s’expliquer dans la charité et dans la vérité. Ne pas se laisser troubler par les tempêtes. Dans la lecture du bréviaire il y a un beau passage – pour demain – un beau passage de Diadoque de Photice sur le discernement spirituel, et il dit ceci : « Quand la mer est agitée on ne voit pas les poissons, mais quand la mer est calme on peut les voir ». Nous ne pourrons jamais faire un bon discernement, voir la vérité, si notre cœur est agité et impatient. Jamais. Dans nos communautés cette patience réciproque est nécessaire : supporter, c’est-à-dire porter sur ses épaules la vie du frère ou de la sœur, même ses faiblesses et ses défauts.  Tous. Rappelons-nous cela : le Seigneur ne nous appelle pas à être solistes, – il y en a tant, dans l’Eglise, nous le savons -, non, il ne nous appelle pas à être des solistes, mais à faire partie d’un chœur, qui parfois détonne, mais doit toujours essayer de chanter ensemble.

Enfin, troisième “lieu”, la patience vis-à-vis du monde. Syméon et Anne cultivent dans leur cœur l’espérance annoncée par les prophètes, même si elle tarde à se réaliser et grandit lentement à l’intérieur des infidélités et des ruines du monde. Ils ne commencent pas à gémir pour les choses qui ne vont pas, mais avec patience ils attendent la lumière dans l’obscurité de l’histoire. Attendre la lumière dans l’obscurité de l’histoire. Attendre la lumière dans l’obscurité de sa propre communauté. Nous avons besoin de cette patience, pour ne pas rester prisonniers de la lamentation. Certains sont maitres en lamentations, sont docteurs en lamentations, sont très bons pour se lamenter ! Non, la lamentation emprisonne : “le monde ne nous écoute plus” – tant de fois nous entendons cela -, “nous n’avons plus de vocations”, nous devons fermer la baraque, “nous vivons des temps difficiles” – « ah, ne me le dites pas !… » Ainsi commence le duo des lamentations. Parfois il arrive qu’à la patience avec laquelle Dieu travaille le terrain de l’histoire, et travaille aussi le terrain de notre cœur, nous opposions l’impatience de celui qui juge tout, tout de suite : maintenant ou jamais, maintenant, maintenant, maintenant. Et ainsi nous perdons cette vertu, la « petite » mais la plus belle : l’espérance. J’ai vu tant de consacrés qui perdent l’espérance. Simplement par impatience.

La patience nous aide à nous regarder nous-mêmes, nos communautés et le monde avec miséricorde. Nous pouvons nous demander : accueillons-nous la patience de l’Esprit dans notre vie ? Dans nos communautés nous portons-nous les uns les autres sur les épaules et montrons-nous la joie de la vie fraternelle ? Et envers le monde, poursuivons-nous notre service avec patience ou jugeons-nous avec dureté ? Ce sont des défis pour notre vie consacrée : nous, nous ne pouvons pas rester immobiles dans la nostalgie du passé ou nous limiter à répéter les choses de toujours, ni dans les lamentations de chaque jour. Nous avons besoin de la patience courageuse de marcher, d’explorer de nouvelles routes, de chercher ce que l’Esprit Saint nous suggère. Et cela se fait avec humilité, avec simplicité, sans grande propagande, sans grande publicité.

Contemplons la patience de Dieu et implorons la patience confiante de Syméon et aussi d’Anne, pour que nos yeux aussi puissent voir la lumière du salut et la porter au monde entier, comme ces deux vieillard l’ont portée dans la louange.

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Message du Pape François pour le 55e Journée Mondiale des Communications Sociales. « Viens et vois » (Jn 1,46). Communiquer en rencontrant les personnes où et comme elles sont

De nombreuses réalités de la planète, encore plus en ce temps de pandémie, adressent au monde de la communication l'invitation à “venir et voir”. Il existe le risque de raconter la pandémie, et de la même façon chaque crise, uniquement avec les yeux du monde plus riche, de tenir une “double comptabilité”.

Pape Francois

Message du Pape François pour le 55e Journée Mondiale des Communications Sociales. « Viens et vois » (Jn 1,46). Communiquer en rencontrant les personnes où et comme elles sont

Chers frères et sœurs, L’invitation à « venir et voir », qui accompagne les premières rencontres émotionnantes de Jésus avec les disciples, est également la démarche de toute authentique communication humaine. Pour raconter la vérité de la vie qui devient histoire (cf. Message pour la 54e Journée Mondiale des Communications Sociales, 24 janvier 2020), il est nécessaire de sortir de la présomption commode de « déjà savoir » et de se mettre en marche, aller voir, être avec les personnes, les écouter, recueillir les suggestions de la réalité qui nous surprendra toujours par l’un ou l’autre de ses aspects. « Ouvre avec émerveillement les yeux à ce que tu verras, et laisse tes mains se remplir de la fraîcheur de la sève, de sorte que lorsque les autres te liront, ils toucheront du doigt le miracle palpitant de la vie », conseillait le bienheureux Manuel Lozano Garrido[1] à ses collègues journalistes. Cette année, je désire donc consacrer le Message  à l’appel à « venir et voir », comme suggestion pour toute expression de communication qui se veut limpide et honnête : dans la rédaction d’un journal comme dans le monde d’internet, dans la prédication ordinaire de l’Eglise comme dans la communication politique ou sociale. « Viens et vois » est la façon dont la foi chrétienne s’est communiquée, à partir des premières rencontres sur les rives du Jourdain et du lac de Galilée.

User les semelles des chaussures

Pensons au grand thème de l’information. Des voix attentives déplorent depuis longtemps le risque d’un aplatissement dans les “journaux photocopie” ou dans les informations, à la télévision et à la radio, et les sites internet identiques sur le fond, où le genre de l’enquête et du reportage perdent en place et en qualité au profit d’une information préfabriquée, “qui vient d’en haut”, autoréférentielle, qui réussit toujours moins à intercepter la vérité des choses et la vie concrète des personnes, et qui ne sait plus saisir ni les phénomènes sociaux les plus graves, ni les énergies positives qui proviennent de la base de la société. La crise de l’édition risque de conduire à une information fabriquée dans les rédactions, devant les ordinateurs, les écrans des agences, sur les réseaux sociaux, sans jamais sortir dans la rue, sans plus “user les semelles des chaussures”, sans rencontrer les personnes pour chercher des histoires ou vérifier de visu certaines situations.  Si nous ne nous ouvrons pas à la rencontre, nous demeurons des spectateurs extérieurs, en dépit des innovations technologiques qui ont la capacité de nous placer face à une réalité amplifiée dans laquelle il semble que nous sommes plongés. Tout instrument n’est utile et précieux que s’il nous pousse à aller et à voir des choses que nous ne saurions pas autrement, s’il met en réseau des connaissances qui autrement ne circuleraient pas, s’il permet des rencontres qui autrement n’auraient pas lieu.

Ces détails d’actualité dans l’Evangile

Aux premiers disciples qui veulent le connaître, après le baptême dans le Jourdain, Jésus répond : « Venez et voyez » (Jn 1, 39), les invitant à habiter la relation avec lui. Plus d’un demi-siècle plus tard, quand Jean, très âgé, rédige son Evangile, il rappelle certains détails “d’actualité” qui révèlent sa présence sur le lieu, et l’impact que cette expérience a eu dans sa vie : « C’était environ la dixième heure », souligne-t-il, c’est-à-dire quatre heures de l’après-midi (cf. v. 39). Le lendemain – rapporte encore Jean – Philippe fait part à Nathanaël de sa rencontre avec le Messie. Son ami est sceptique. « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? ». Philippe ne cherche pas à le convaincre par des raisonnements : « Viens et vois », lui dit-il (cf. vv. 45-46). Nathanaël va et voit, et à partir de ce moment, sa vie change. La foi chrétienne commence ainsi. Et elle se communique ainsi : comme une connaissance directe, née de l’expérience, pas par ouï-dire. « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu », disent les gens à la Samaritaine, après que Jésus se soit arrêté dans leur village (cf. Jn 4, 39-42). Le « viens et vois » est la méthode la plus simple pour connaître une réalité. C’est la vérification la plus honnête de toute annonce, parce que pour connaître, il faut rencontrer, permettre que celui qui est en face me parle,  laisser son témoignage m’arriver.

Merci au courage de nombreux journalistes

Le journalisme également, en tant que récit de la réalité, exige la capacité d’aller là où personne ne va : un déplacement et un désir de voir. Une curiosité, une ouverture, une passion. Nous devons dire merci au courage et à l’engagement de nombreux professionnels – journalistes, cameramen, monteurs, réalisateurs, qui travaillent souvent en courant de grands risques – si nous connaissons aujourd’hui, par exemple, la difficile condition des minorités persécutées dans diverses parties du monde ; si de nombreux abus et injustices contre les pauvres et contre la création ont été dénoncés ; si tant de guerres oubliées ont été racontées. Ce serait une perte non seulement pour l’information, mais pour toute la société et pour la démocratie si ces voix disparaissaient : un appauvrissement pour notre humanité.

De nombreuses réalités de la planète, encore plus en ce temps de pandémie, adressent au monde de la communication l’invitation à “venir et voir”. Il existe le risque de raconter la pandémie, et de la même façon chaque crise, uniquement avec les yeux du monde plus riche, de tenir une “double comptabilité”. Pensons à la question des vaccins, comme à celle des traitements médicaux en général, au risque d’exclusion des populations les plus indigentes. Qui nous racontera l’attente de guérison dans les villages les plus pauvres de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Afrique ? Ainsi, les différences sociales et économiques au niveau planétaire risquent de caractériser l’ordre de la distribution des vaccins anti-Covid ; avec les pauvres toujours derniers, et le droit à la santé pour tous affirmé sur le principe, mais dépouillé de sa valeur réelle. Mais également dans le monde des plus chanceux, le drame social des familles qui sont rapidement tombées dans la pauvreté reste en grande partie caché : les personnes qui, surmontant la honte, font la queue devant les centres de la Caritas pour recevoir un colis de nourriture font souffrir, et ne font pas beaucoup de bruit.

Opportunités et dangers d’internet

Le réseau, avec ses innombrables expressions sociales, peut multiplier la capacité de récit et de partage : de nombreux regards supplémentaires ouverts sur le monde, un flux constant d’images et de témoignages. La technologie numérique nous donne la possibilité d’une information directe et rapide, parfois très utile : pensons à certaines situations d’urgence à l’occasion desquelles les premières nouvelles, et également les premières communications de service aux populations, circulent précisément sur internet. C’est un instrument formidable qui nous rend tous responsables en tant qu’usagers et bénéficiaires. Nous pouvons tous potentiellement devenir témoins d’événements, qui autrement seraient négligés par les media traditionnels, apporter notre contribution citoyenne, fait émerger davantage d’histoires, notamment positives. Grâce à internet, nous avons la possibilité de raconter ce que nous voyons, ce qui a lieu sous nos yeux, de partager des témoignages.

Mais tous sont désormais conscients également des risques d’une communication sociale privée de vérifications. Nous avons appris depuis longtemps déjà que les nouvelles, et même les images, sont facilement manipulables pour mille raisons, parfois même uniquement par banal narcissisme. Cette conscience critique pousse à ne pas diaboliser l’instrument, mais à une plus grande capacité de discernement et à un sens plus mûr de responsabilité, tant lorsque ces contenus se diffusent que lorsqu’ils se reçoivent. Nous sommes tous responsables de la communication que nous faisons, des informations que nous donnons, du contrôle que nous pouvons exercer ensemble sur les fausses nouvelles, en les démasquant. Nous sommes tous appelés à être témoins de la vérité : à aller, voir et partager.

Rien ne remplace le fait de voir en personne

Dans la communication, rien ne peut jamais complètement remplacer le fait de voir en personne. Certaines choses ne peuvent s’apprendre qu’en en faisant l’expérience. En effet, on ne communique pas seulement à travers les paroles, mais avec les yeux, avec le ton de la voix, avec les gestes. La force d’attraction de Jésus sur ceux qui le rencontrent dépendait de la vérité de sa prédication, mais l’efficacité de ce qu’il disait était indissociable de son regard, de son comportement, et même de ses silences. Les disciples non seulement écoutaient ses paroles, mais ils le regardaient parler. En effet, en lui – le Logos incarné – la Parole s’est faite Visage, le Dieu invisible s’est laissé voir, entendre et toucher, comme l’écrit Jean lui-même (cf. 1 Jn 1, 1-3). La parole n’est efficace que si elle se “voit”, si elle nous fait participer à une expérience, à un dialogue. C’est pour cette raison que le “viens et vois” était, et est, essentiel.

Pensons combien l’éloquence vide abonde également à notre époque dans les milieux de la vie publique, dans le commerce comme dans la politique. « Il sait parler à l’infini sans rien dire. Ce qu’il y a de bon dans tous ses discours est comme deux grains de blé cachés dans deux boisseaux de son. On les cherche un jour entier avant de les trouver, et quand on les a, ils ne valent pas la peine qu’on a prise ».[2] Les paroles cinglantes du dramaturge anglais valent également pour nous, communicateurs chrétiens. La bonne nouvelle de l’Evangile s’est diffusée dans le monde grâce à des rencontres de personne à personne, de cœur à cœur. Des hommes et des femmes qui ont accepté la même invitation, “Viens et vois”, et qui ont été frappées par un “surplus” d’humanité qui transparaissait dans le regard, dans la parole et dans les gestes de personnes qui témoignaient de Jésus Christ. Tous les instruments sont importants, et ce grand communicateur qui s’appelait Paul de Tarse aurait certainement utilisé la poste électronique et les messages sociaux. Mais ce furent sa foi, son espérance et sa charité qui impressionnèrent ses contemporains qui l’écoutaient prêcher et qui eurent la chance de passer du temps avec lui, de le voir au cours d’une assemblée ou d’un entretien individuel. Ils constataient, en le voyant à l’action dans les lieux où il se trouvait, combien son annonce de salut dont il était porteur par la grâce de Dieu était vraie et féconde pour la vie. Et même là où ce collaborateur de Dieu ne pouvait être rencontré en personne, sa façon de vivre dans le Christ était témoignée par les disciples qu’il envoyait (cf. 1 Co 4, 17).

« Dans nos mains il y a les livres, dans nos yeux les faits », affirmait saint  Augustin,[3] exhortant à vérifier dans la réalité l’accomplissement des prophéties  présentes dans les Ecritures Saintes. Ainsi, l’Evangile se reproduit à nouveau aujourd’hui, chaque fois que nous recevons le témoignage limpide de personnes dont la vie a été changée par la rencontre avec Jésus. Depuis plus de deux mille ans, c’est un enchaînement de rencontres qui nous communique la fascination de l’aventure chrétienne. Le défi qui nous attend est donc celui de communiquer en rencontrant les personnes où et comme elles sont.

Seigneur, enseigne-nous à sortir de nous-mêmes,
et à marcher à la recherche de la vérité.

Enseigne-nous à aller et à voir,
enseigne-nous à écouter,
à ne pas avoir de préjugés,
à ne pas tirer de conclusions hâtives.

Enseigne-nous à aller là où personne ne veut aller,
à prendre le temps de comprendre,
à porter l’attention sur l’essentiel,
à ne pas nous laisser distraire par le superflu,
à distinguer l’apparence trompeuse de la vérité.

Donne-nous la grâce de reconnaître tes demeures dans le monde
et l’honnêteté de raconter ce que nous avons vu.

 

Rome, Saint-Jean de Latran, 23 janvier 2021, veille de la mémoire de saint François de Sales

 


[1] Journaliste espagnol, né en 1920 et mort en 1971, béatifié en 2010.

[2] W. Shakespeare, Le marchand de Venise, Acte I, Scène I.

[3] Sermo 360/B, 20.

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LETTRE APOSTOLIQUE SOUS FORME DE «MOTU PROPRIO» SPIRITUS DOMINI DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA MODIFICATION DU CAN. 230 § 1 DU CODE DE DROIT CANONIQUE EN CE QUI CONCERNE L’ACCES DES PERSONNES DE SEXE FEMININ AU MINISTERE INSTITUE DU LECTORAT ET DE L’ACOLYTAT.

Dans certains cas, cette contribution ministérielle trouve son origine dans un sacrement spécifique, l'Ordre sacré. Tout au long de l'histoire, d'autres charges ont été instituées dans l'Eglise et confiées à travers un rite liturgique non sacramentel à des fidèles, en vertu d'une forme particulière d'exercice du sacerdoce baptismal, et pour aider le ministère spécifique des évêques, des prêtres et des diacres.

Pape Francois

LETTRE APOSTOLIQUE SOUS FORME DE «MOTU PROPRIO» SPIRITUS DOMINI DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA MODIFICATION DU CAN. 230 § 1 DU CODE DE DROIT CANONIQUE EN CE QUI CONCERNE L’ACCES DES PERSONNES DE SEXE FEMININ AU MINISTERE INSTITUE DU LECTORAT ET DE L’ACOLYTAT.

L’Esprit du Seigneur Jésus, source éternelle de la vie et de la mission de l’Eglise, distribue aux membres du Peuple de Dieu les dons qui permettent à chacun, de façon diverse, de contribuer à l’édification de l’Eglise et à l’annonce de l’Evangile. Ces charismes, appelés ministères dans la mesure où ils sont publiquement reconnus et institués par l’Eglise, sont mis à la disposition de la communauté et de sa mission de façon stable.

 Dans certains cas, cette contribution ministérielle trouve son origine dans un sacrement spécifique, l’Ordre sacré. Tout au long de l’histoire, d’autres charges ont été instituées dans l’Eglise et confiées à travers un rite liturgique non sacramentel à des fidèles, en vertu d’une forme particulière d’exercice du sacerdoce baptismal, et pour aider le ministère spécifique des évêques, des prêtres et des diacres.

Selon une vénérable tradition, la réception des «ministères laïcs», que saint Paul VI réglementa dans le Motu Proprio Ministeria quaedam (17 août 1972), précédait en tant que préparation la réception du sacrement de l’Ordre, même si ces ministères étaient conférés à d’autres fidèles de sexe masculin ayant l’idonéité requise.

 Certaines assemblées du synode des évêques ont souligné la nécessité d’approfondir ce thème sur le plan doctrinal, afin qu’il réponde à la nature des charismes sus-mentionnés et aux exigences des temps, en offrant un soutien opportun au rôle d’évangélisation qui revient à la communauté ecclésiale.

En réponse à ces recommandations, un développement doctrinal a été atteint ces dernières années, qui a mis en évidence le fait que certains ministères institués par l’Eglise ont pour fondement la condition commune du baptisé et du sacerdoce royal reçu dans le sacrement du baptême; ceux-ci sont distincts, dans leur essence, du ministère ordonné reçu avec le sacrement de l’Ordre. En effet, une pratique consolidée dans l’Eglise latine a également confirmé que ces ministères laïcs, étant fondés sur le sacrement du Baptême, peuvent être confiés à tous les fidèles qui ont l’idonéité requise, de sexe masculin ou féminin, selon ce qui est déjà implicitement prévu par le can. 230 § 2.

Par conséquent, après avoir consulté les dicastères compétents, j’ai décidé de modifier le can. 230 § 1 du Code de droit canonique . Je dispose donc que le can. 230 § 1 du Code de droit canonique soit rédigé à l’avenir de la façon suivante:

«Les laïcs qui ont l’âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des évêques, peuvent être admis d’une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères du lectorat et de l’acolytat; cependant, cette collation de ministère ne leur confère pas le droit à la subsistance ou à une rémunération de la part de l’Eglise».

Je dispose également la modification des autres dispositions, ayant force de loi, qui se réfèrent à ce canon.

J’ordonne que ce qui a été décidé par cette Lettre apostolique sous forme de Motu Proprio, soit appliqué de manière ferme et stable, nonobstant toute chose contraire, même digne d’une mention spéciale, et soit promulgué à travers sa publication dans L’Osservatore Romano, entrant en vigueur le même jour, et ensuite publié dans le bulletin officiel des Acta Apostolicae Sedis .

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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L’OCCASION DE LA XXIXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2021. Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères (Mt 23, 8). La relation de confiance à la base du soin des malades

Devant les besoins de notre frère et de notre sœur, Jésus offre un modèle de comportement tout à fait opposé à l’hypocrisie. Il propose de s’arrêter, d’écouter, d’établir une relation directe et personnelle avec l’autre, de ressentir empathie et émotion pour lui ou pour elle, de se laisser toucher par sa souffrance jusqu’à s’en charger par le service (cf. Lc 10, 30-35).

Pape Francois

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L’OCCASION DE LA XXIXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2021. Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères (Mt 23, 8). La relation de confiance à la base du soin des malades

Chers frères et sœurs !

La célébration de la 29ème Journée Mondiale du Malade, qui aura lieu le 11 février 2021, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, est un moment propice pour réserver une attention spéciale aux personnes malades et à celles qui les assistent, aussi bien dans les lieux dédiés aux soins qu’au sein des familles et des communautés. Ma pensée va en particulier vers tous ceux qui, dans le monde entier, souffrent des effets de la pandémie du coronavirus. Je tiens à exprimer à tous, spécialement aux plus pauvres et aux exclus, que je suis spirituellement proche d’eux et les assurer de la sollicitude et de l’affection de l’Église.

1. Le thème de cette Journée s’inspire du passage évangélique dans lequel Jésus critique l’hypocrisie de ceux qui disent mais ne font pas (cf. Mt 23, 1-12). Quand on réduit la foi à de stériles exercices verbaux, sans s’impliquer dans l’histoire et les besoins de l’autre, alors la cohérence disparaît entre le credo professé et le vécu réel. Le risque est grand. C’est pourquoi Jésus emploie des expressions fortes pour mettre en garde contre le danger de glisser vers l’idolâtrie envers soi-même et il affirme : « Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères » (v. 8).

La critique que Jésus adresse à ceux qui « disent et ne font pas » (v. 3) est toujours salutaire pour tous car personne n’est immunisé contre le mal de l’hypocrisie, un mal très grave qui a pour effet d’empêcher de fleurir comme enfants de l’unique Père, appelés à vivre une fraternité universelle.

Devant les besoins de notre frère et de notre sœur, Jésus offre un modèle de comportement tout à fait opposé à l’hypocrisie. Il propose de s’arrêter, d’écouter, d’établir une relation directe et personnelle avec l’autre, de ressentir empathie et émotion pour lui ou pour elle, de se laisser toucher par sa souffrance jusqu’à s’en charger par le service (cf. Lc 10, 30-35).

2. L’expérience de la maladie nous fait sentir notre vulnérabilité et, en même temps, le besoin inné de l’autre. Notre condition de créature devient encore plus claire et nous faisons l’expérience, d’une manière évidente, de notre dépendance de Dieu. Quand nous sommes malades, en effet, l’incertitude, la crainte, et parfois même le désarroi, envahissent notre esprit et notre cœur ; nous nous trouvons dans une situation d’impuissance car notre santé ne dépend pas de nos capacités ou de notre “ tourment ” (cf. Mt 6, 27).

La maladie impose une demande de sens qui, dans la foi, s’adresse à Dieu, une demande qui cherche une nouvelle signification et une nouvelle direction à notre existence et qui, parfois, peut ne pas trouver tout de suite une réponse. La famille et les amis eux-mêmes ne sont pas toujours en mesure de nous aider dans cette quête laborieuse.

À cet égard, la figure biblique de Job est emblématique. Sa femme et ses amis ne réussissent pas à l’accompagner dans son malheur ; pire encore, ils amplifient en lui la solitude et l’égarement en l’accusant. Job s’enfonce dans un état d’abandon et d’incompréhension. Mais, précisément à travers cette fragilité extrême, en repoussant toute hypocrisie et en choisissant la voie de la sincérité envers Dieu et envers les autres, il fait parvenir son cri insistant jusqu’à Dieu qui finit par lui répondre en lui ouvrant un horizon nouveau. Il lui confirme que sa souffrance n’est pas une punition ou un châtiment ; elle n’est même pas un éloignement de Dieu ou un signe de son indifférence. Ainsi, cette vibrante et émouvante déclaration au Seigneur jaillit du cœur blessé et guéri de Job : « C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (42, 5).

3. La maladie a toujours un visage, et pas qu’un seul : il a le visage de chaque malade, même de ceux qui se sentent ignorés, exclus, victimes d’injustices sociales qui nient leurs droits essentiels (cf. Lett. enc. Fratelli tutti, n. 22). La pandémie actuelle a mis en lumière beaucoup d’insuffisances des systèmes de santé et de carences dans l’assistance aux personnes malades. L’accès aux soins n’est pas toujours garanti aux personnes âgées, aux plus faibles et aux plus vulnérables, et pas toujours de façon équitable. Cela dépend des choix politiques, de la façon d’administrer les ressources et de l’engagement de ceux qui occupent des fonctions de responsabilités. Investir des ressources dans les soins et dans l’assistance des personnes malades est une priorité liée au principe selon lequel la santé est un bien commun primordial. En même temps, la pandémie a également mis en relief le dévouement et la générosité d’agents sanitaires, de volontaires, de travailleurs et de travailleuses, de prêtres, de religieux et de religieuses qui, avec professionnalisme, abnégation, sens de la responsabilités et amour du prochain, ont aidé, soigné, réconforté et servi beaucoup de malades et leurs familles. Une foule silencieuse d’hommes et de femmes qui ont choisi de regarder ces visages, en prenant en charge les blessures des patients qu’ils sentaient proches en vertu de leur appartenance commune à la famille humaine.

De fait, la proximité est un baume précieux qui apporte soutient et consolation à ceux qui souffrent dans la maladie. En tant que chrétiens, nous vivons la proximité comme expression de l’amour de Jésus-Christ, le bon Samaritain qui, avec compassion, s’est fait le prochain de chaque être humain, blessé par le péché. Unis à lui par l’action de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à être miséricordieux comme le Père et à aimer en particulier nos frères malades, faibles et souffrants (cf. Jn 13, 34-35). Et nous vivons cette proximité, non seulement personnellement, mais aussi sous forme communautaire : en effet, l’amour fraternel dans le Christ engendre une communauté capable de guérison qui n’abandonne personne, qui inclut et accueille, surtout les plus fragiles.

À ce propos, je désire rappeler l’importance de la solidarité fraternelle qui s’exprime concrètement dans le service et peut prendre des formes très diverses, toutes orientées à soutenir le prochain. « Servir signifie avoir soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple » (Homélie à La Havane, 20 septembre 2015). Dans cet effort, chacun est capable de « laisser de côté ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance en voyant concrètement les plus fragiles. […] Le service vise toujours le visage du frère, il touche sa chair, il sent sa proximité et même dans certains cas la “ souffre ” et cherche la promotion du frère. C’est pourquoi le service n’est jamais idéologique, du moment qu’il ne sert pas des idées, mais des personnes » (ibid.).

4. Pour qu’une thérapie soit bonne, l’aspect relationnel est décisif car il permet d’avoir une approche holistique de la personne malade. Valoriser cet aspect aide aussi les médecins, les infirmiers, les professionnels et les volontaires à prendre en charge ceux qui souffrent pour les accompagner dans un parcours de guérison, grâce à une relation interpersonnelle de confiance (cf. Nouvelle Charte des Opérateurs de Santé (2016), n. 4). Il s’agit donc d’établir un pacte entre ceux qui ont besoin de soin et ceux qui les soignent ; un pacte fondé sur la confiance et le respect réciproques, sur la sincérité, sur la disponibilité, afin de surmonter toute barrière défensive, de mettre au centre la dignité du malade, de protéger la professionnalité des agents de santé et d’entretenir un bon rapport avec les familles des patients.

Cette relation avec la personne malade trouve précisément une source inépuisable de motivation et de force dans la charité du Christ, comme le démontre le témoignage millénaire d’hommes et de femmes qui se sont sanctifiés en servant les malades. En effet, du mystère de la mort et de la résurrection du Christ jaillit cet amour qui est en mesure de donner un sens plénier tant à la condition du patient qu’à celle de ceux qui prennent soin de lui. L’Évangile l’atteste de nombreuses fois, en montrant que les guérisons accomplies par Jésus ne sont jamais des gestes magiques, mais toujours le fruit d’une rencontre, d’une relation interpersonnelle où, au don de Dieu offert par Jésus, correspond la foi de celui qui l’accueille, comme le résume bien la parole que Jésus répète souvent : « Ta foi t’a sauvé ».

5. Chers frères et sœurs, le commandement de l’amour que Jésus a laissé à ses disciples se réalise aussi concrètement dans la relation avec les malades. Une société est d’autant plus humaine qu’elle prend soin de ses membres fragiles et souffrants et qu’elle sait le faire avec une efficacité animée d’un amour fraternel. Tendons vers cet objectif et faisons en sorte que personne ne reste seul, que personne ne se sente exclu ni abandonné.

Je confie toutes les personnes malades, les agents de santé et ceux qui se prodiguent aux côtés de ceux qui souffrent, à Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades. De la Grotte de Lourdes et de ses innombrables sanctuaires érigés dans le monde entier, qu’elle soutienne notre foi et notre espérance et qu’elle nous aide à prendre soin les uns des autres avec un amour fraternel. Sur tous et chacun, je donne de tout cœur ma Bénédiction.

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 20 décembre 2020, quatrième dimanche de l’Avent.

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