“Noël ensemble”. Une expérience inédite pour célébrer la Paix (Villepinte, 23 décembre 2018). Retour sur la Fête

“Noël ensemble”. Une expérience inédite pour célébrer la Paix (Villepinte, 23 décembre 2018)

Retour sur la fête

Le dimanche 23 décembre dernier, les paroisses catholiques de Villepinte avec le concours des représentants de différentes communautés confessionnelles et le soutien de la municipalité organisaient pour la première fois un « Noel ensemble » sur le territoire communal.

En présence de Madame le Maire Martine Valleton, de l’évêque de Saint-Denis-en-France, Mgr Pascal DELANNOY, de la Vice-présidente de la région Ile-de-France Mme Farida ADLANI, du rabbin David ALTABE, du cheikh Abdelmajid TLEMCENI, du vénérable moine bouddhiste Éric XAYABANDITH et de près de 700 participants, le père Guillaume Leukeumo ouvrait cet évènement inédit.

Dans le teaser (vidéo) de présentation du « Noel ensemble », relayé et diffusé par le site web de la chaîne KTO, quelques-unes de ces autorités politiques et religieuses insistaient sur la dimension pédagogique de ce projet : dans un monde fracturé par des divisions de toutes sortes, offrir ne serait-ce que quelques heures et le temps de Noel, le témoignage qu’un monde fraternel est possible, du moins au niveau local.

Témoigner qu’ensemble et avec un peu de bonne volonté, l’unité, le dialogue, le respect peuvent l’emporter sur les préjugés, l’intolérance et l’esprit de défiance. C’est dans ce bel état d’esprit que fut pensé et bâti le programme du Noel ensemble. Outre les initiatives portées par nos communautés catholiques avec l’interprétation des chants de Noel par les chorales de nos deux paroisses ou encore des sketchs de Noel, un temps d’animation musicale fut proposé par la communauté musulmane.

Le journaliste-compositeur Laurent Grzybowski (père du fondateur de l’association interreligieuse Coexister) nous partagea quant à lui son témoignage au sujet de son engagement dans le domaine du vivre-ensemble et de la fraternité. Cette rencontre fut également l’occasion pour nos confrères Pierre MARIONNEAU et Jérôme DELSINNE de mettre en valeur leur savoir-faire de missionnaire vincentien avec leur spectacle son et lumière brillamment interprété par des jeunes de nos aumôneries.

La deuxième partie de l’après-midi fut consacrée aux prises de parole de Madame le Maire et des représentants religieux (vous pourrez lire ci-dessous l’intervention du père Guillaume qui résume bien l’histoire et la finalité du projet de l’association C.I.V.I.L. pour Coordination Interreligieuse des Villes, officiellement fondée ce jour-là). Le clou de ce temps fort fut le défilé en tenues traditionnelles des représentants de quelques communautés culturelles présentes à Villepinte (les cinq continents y étaient représentés avec notamment des représentants océaniens de Wallis et Futuna !) qui se succédèrent à la tribune pour y proclamer le mot « paix » dans leur langue d’origine.

En l’espace de quelques heures, l’espace « V » qui abritait cet évènement insolite devenait ainsi un véritable havre de fraternité et de paix où se côtoyaient des personnes de toutes générations, conditions sociales, cultures ou confessions. Qu’il était beau de voir l’imam dialoguer et plaisanter avec le rabbin, l’évêque échanger amicalement avec madame le Maire, ou encore des personnes âgées isolées retrouver le sourire en écoutant la chorale interpréter « Il est né le Divin Enfant ». Alors que certains médias et politiques semblent aujourd’hui se complaire à entretenir dans notre société un climat anxiogène caractérisé par la peur de l’autre et de ce qui est différent, il peut être bon de faire nôtre cette analyse du Cardinal Tauran : « Ce qui nous menace tous n’est pas la guerre des civilisations mais celle des ignorances et des radicalismes. Ce qui menace la coexistence est avant tout l’ignorance. C’est pourquoi nous rencontrer, parler, construire quelque chose ensemble, sont une invitation à rencontrer l’autre, et signifie aussi nous découvrir nous-mêmes. »

 

MOT D’ACCUEIL du père Guillaume LEUKEUMO, curé-modérateur des paroisses de Villepinte, Supérieur de la communauté lazariste de Villepinte

Mes chers frères, Mes chères sœurs,

Merci d’être venus si nombreux, y compris avec vos familles, vos amis à « Noël Ensemble », pour vivre ce moment fraternel et historique.

Noël, fête de la naissance de Jésus, est une fête joyeuse par excellence, une fête du vivre ensemble.

Notre rencontre de cet après-midi s’inscrit dans la continuité des actions inter-cultuelles déjà entreprises depuis bientôt 6 ans et dont l’assassinat du père Hamel fut un accélérateur.

À la suite de cet évènement tragique, nous, représentants des cultes, avons organisé une marche commune où nous étions main dans la main pour marquer notre refus de l’extrémisme et de la division. Dans la poursuite de notre cheminement ensemble, nous nous sommes retrouvés en 2017 à l’occasion de l’Iftâr.

L’objectif de toutes ces rencontres est de permettre aux différentes communautés de se connaître davantage, de redonner un second souffle au pacte républicain et au vivre ensemble.

C’est une grâce et c’est très beau de se rencontrer aujourd’hui pour vivre cet événement entre nous qui sommes issues de différentes confessions religieuses, originaires des cinq continents (même l’Océanie), pour renforcer le lien de « fraternité » qui fait de nous une seule et même famille humaine. Il s’agit de raviver pour cela une flamme…, oui, la « conscience d’être en relation », celle d’être « tous réciproquement nécessaires, celle d’être au fond « gardiens les uns des autres »’ .
Je vous souhaite à tous Bon « Noël Ensemble » !

 

Prise de Parole du père Guillaume

Mes chers frères, mes chères sœurs

Permettez-moi de commencer ce propos en évoquant une expérience personnelle de l’interreligieux.

Il y a 6 ans, je recevais de Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis-en-France ici présent, entre autres points de ma mission comme curé de Villepinte, je cite : « de poursuivre les efforts entrepris pour que l’Église soit présente aux réalités de la vie locale et pour que se développe un vrai dialogue entre les croyants des différentes religions. » fin de citation.

Cet appel et la pratique pastorale sur le terrain m’ont conduit à me former en vue d’acquérir des outils pour mener à bien cette mission ô combien d’actualité. Je dois reconnaître que ces outils m’ont permis de m’investir plus efficacement dans le dialogue interreligieux ici à Villepinte. Et l’assassinat du Père Hamel a rendu encore plus nécessaire cet engagement interreligieux et du vivre ensemble. Oui, le vivre ensemble est possible !

Dans un contexte difficile, il s’agit en effet d’affirmer haut et fort notre attachement aux valeurs de paix et de respect de l’autre malgré nos différences religieuse et culturelle. Dans notre société hyper individualiste où le lien social tend à régresser et la communauté du vivre ensemble à s’essouffler, il devient plus que jamais urgent de retrouver le chemin de la fraternité. « Nous sommes frères de tous ». Comme nous le rappelle le Pape François : « La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, et témoignée » .

C’est tout le sens de ce que nous avons décidé ensemble d’entreprendre, juifs, chrétiens et musulmans de Villepinte et au-delà, de saisir chaque occasion pour se connaitre davantage, s’estimer, se respecter et témoigner.

Mes chers frères, mes chères sœurs,
Je formule le vœu que cette initiative interreligieuse et du vivre ensemble puisse se perpétuer concrètement et localement, au quotidien, et dans nos différents quartiers.
Je vous remercie.

Patrick RABARISON, CM 🔸

Dans notre société hyper individualiste où le lien social tend à régresser et la communauté du vivre ensemble à s’essouffler, il devient plus que jamais urgent de retrouver le chemin de la fraternité.

P. Guillaume Leukeumo CM

Villepinte : rabbin, prêtre et imam réunis pour la soirée de ramadan

Villepinte : rabbin, prêtre et imam réunis pour la soirée de ramadan

Article paru dans le journal LE PARISIEN du 01 juin 2018

A l’occasion de la rupture du jeûne, rabbin, prêtre et imam se sont réunis autour d’un repas à Villepinte. Une rencontre inédite et prometteuse.

L’heure était au vivre ensemble jeudi soir, à Villepinte. A l’occasion de l’iftar (NDLR : rupture du jeûne), pour le quinzième jour du ramadan, la municipalité, à l’initiative de la vice-présidente du conseil régional Farida Adlani, a convié le rabbin David Altabé, l’imam Abdelmajid Nouar et le prêtre Guillaume Leukeumo et trois cents autres personnes (élus, représentants d’associations, etc.) autour d’un repas de fête.

Dans une « ambiance fraternelle », selon Abdelmajid Nouar, les trois représentants des religions monothéistes ont chacun tenu un petit discours, avant de se réunir, pour la toute première fois, autour d’une table. « Nous étions déjà en contact avec l’imam, explique le père Guillaume. Nous avons réalisé plusieurs opérations pour mettre en avant le vivre-ensemble, comme une marche de la paix entre la mosquée et l’église. Ou même des visites de mosquées et d’églises. »

Le vivre-ensemble par l’éducation

Cette triple rencontre, en revanche, est inédite. « Depuis quatre ans, je souhaitais réunir les trois représentants religieux monothéistes. Le ramadan est un moment d’efforts sur soi. Qui permet de se concentrer sur l’essentiel. Et l’essentiel de cette rencontre, c’est la solidarité », confie Farida Adlani. Avant d’ajouter : « Cette diversité culturelle est un vrai enrichissement pour notre société. Il faut éduquer la jeunesse avec le vivre-ensemble. La mixité sociale n’est pas un gros mot. »

Finalement, cette première a rencontré un franc succès. « J’ai été agréablement surpris de cet accueil et cette ambiance, confie le rabbin David Altabé. Je répondrai évidemment présent pour les futures initiatives de ce genre. » « Nous avons échangé nos contacts, nous allons discuter de futurs projets. On va se revoir très vite », assure même l’imam Abdelmajid Nouar. « Ensemble, on peut faire de belles choses. Pourquoi pas un repas de Noël ? », conclut le père Guillaume Leukeumo. Le rendez-vous est donné.

Julien MULLER, journaliste LE PARISIEN 🔸

Cette diversité culturelle est un vrai enrichissement pour notre société. Il faut éduquer la jeunesse avec le vivre-ensemble. La mixité sociale n’est pas un gros mot.

Farida Adlani
Explications :

Article Paru dans l’édition du 1 juin 2018 du journal LE PARISIEN

Faire click pour voir l’édition : http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/villepinte-rabbin-pretre-et-imam-reunis-pour-la-soiree-de-ramadan-01-06-2018-7748103.php

Colloque : “Au cœur de la Ville, un Cœur Missionnaire”. 200 ans de présence lazaristes dans le 6e. Paris, 21 mai 2018

Colloque :  ” Au cœur de la Ville, un Cœur Missionnaire

200 ans de présence lazaristes dans le 6e

Paris, 21 mai 2018

Sous un beau soleil de printemps, le premier lundi de Pentecôte, jour où toute l’Église universelle était invitée par Rome à célébrer pour la première fois la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église, instaurée par le décret Ecclesia Mater du 3 mars dernier, la Maison-Mère des prêtres et frères de la Mission accueillait près d’une centaine de participants pour un colloque intitulé : « Au cœur de la ville, un cœur missionnaire ».

Cet événement culturel auquel a bien voulu prendre part le père Thomaz Mavric, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, constitue un temps fort pour la Maison-Mère qui, en cette année jubilaire, fête le 200ème anniversaire de sa présence dans le sixième arrondissement de Paris. Après la célébration eucharistique dans la chapelle Saint-Vincent et l’ouverture du colloque par le père Christian Mauvais, Visiteur provincial, plus de dix intervenants se sont succédés entre 9h et 17h (avec bien sûr une pause déjeuner) dans la salle Baude ; la sœur Michelle Marvaud, Fille de la Charité en assurait l’animation avec beaucoup de dynamisme et d’entrain.

La première intervention de la journée complétée en tout début d’après-midi par celle du père Bertrand Ponsard, supérieur de la Maison-Mère (sur le père Étienne) nous ont permis de situer le cadre historico-culturel dans lequel la Maison-Mère a évolué. Celle-ci est en effet la fille de son temps. Le site anciennement connu sous le nom d’Hôtel de Lorges fut concédé à la Compagnie quelque temps seulement après son rétablissement en 1816 par Louis XVIII. C’est principalement sous le généralat du père Jean-Baptiste Étienne (1801-1874), 14è supérieur général de la Congrégation pendant 27 ans, que la maison mère a acquis sa physionomie actuelle. Fort de son entregent et de ses relations politiques haut placées qu’il sut mettre habilement au service de la Congrégation (au point d’être considéré par certains comme le second fondateur après Monsieur Vincent), le père Étienne ne ménagea aucune peine pour transformer cette maison en véritable maison-mère pour toutes les communautés lazaristes dans le monde. Il est significatif à cet égard que parallèlement à tous ses efforts en vue de l’embellissement de la maison mère, la congrégation connut alors sous son mandat une période de croissance numérique et de prospérité. Au terme de son mandat de général, la Congrégation était ainsi implantée sur les cinq continents.

15ème Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, le père Eugène Boré (1809-1878), introduit par le père Yves Danjou, eut la responsabilité délicate de succéder au père Étienne. Homme d’une grande envergure intellectuelle et doté d’une très vaste culture, il cumulait la maîtrise de l’archéologie, de plusieurs langues orientales (arabe, turc, persan, hébreu, syriaque…) et assurait même des cours de sanskrit au Collège de France ! Réputé dans le tout Paris intellectuel comme étant un orientaliste de qualité, il fut correspondant de l’Académie des Belles-Lettres et se vit confier par le ministère de l’instruction publique une mission (1837) en Asie mineure. Il lui fut demandé d’effectuer un rapport sur l’état des établissements français en Orient dont certains étaient sous l’autorité administrative des Lazaristes. C’est à cette occasion qu’il fit la rencontre du père Leleu, Supérieur de la communauté de Constantinople, et des prêtres et des frères de la Mission qui exercèrent sur lui une impression telle qu’il sollicita son admission dans la Congrégation qui devint effective en 1851. Son parcours intellectuel et spirituel déjà atypique s’enrichît alors d’une dimension missionnaire. L’orientaliste de bibliothèque se mua ainsi en orientaliste de terrain en Asie Mineure avant de devenir comme missionnaire bâtisseur d’écoles à Tabriz ou encore à Ourmia. Il convient à cet égard de préciser que l’école de Tabriz ouverte en 1839 est considéré par les historiens comme la première école mixte en Perse groupant des enfants de différentes religions. [1] A l’exemple du père Fernand Portal sur la figure de laquelle nous reviendrons plus tard, le père Boré était un apôtre de l’unité soucieux de faire cohabiter dans l’harmonie et la paix des populations de traditions confessionnelles différentes. C’est à cette fin qu’il s’engagea pleinement comme prêtre de la Mission de la Congrégation de la Mission dont il finira Supérieur Général à la fin de sa vie.

C’est à la demande du père Étienne que le frère François-Casimir Carbonnier (1787-1873), présenté pendant le colloque par un autre frère, Maxime Margoux, exécuta de belles œuvres picturales pour orner et décorer outre la chapelle, le réfectoire, quelques salles et corridors de la maison-mère. Dans la sacristie de la chapelle, ce disciple de David, premier peintre de l’empereur Napoléon Ier et d’Ingres, montre toute l’étendue de ses talents de portraitiste avec la réalisation de tous les portraits des supérieurs de la Congrégation de la Mission, du père Alméras (1660) jusqu’au père Étienne (1874) ! Un travail méticuleux et colossal que le frère assimilait à un service sacré rendu à Dieu et à l’Église qu’il mettait un point d’honneur à préparer dans le recueillement et la prière. C’est ainsi qu’il composait ses tableaux au pied de l’autel cherchant auprès de Dieu l’inspiration et la force pour promouvoir une catéchèse par l’art et la beauté. Contemplant toutes ses œuvres, le cardinal de Paris, François Nicolas Madeleine Morlot ne put s’empêcher de s’exclamer un jour: « Il faut être un saint pour concevoir de telles scènes ».

Autre figure de missionnaire ayant fréquenté la maison-mère et encore peu connu du grand public, au plus grand regret d’ailleurs de Mme Carole Roche-Hawley (ICP-Paris/ directrice au CNRS) chargée de le présenter, le père Charles François Jean (1874-1955), élève de l’archéologue dominicain Jean-Vincent Scheil célèbre pour avoir découvert et traduit les inscriptions de la stèle du Code de Hammurabi, le plus complet des codes de lois de la Mésopotamie antique. Polyglotte, il maîtrisait aussi bien l’hébreu que l’assyrien ou d’autres langues mésopotamiennes. Sa culture érudite lui valut d’être envoyé en Orient en 1921 comme chargé de mission du ministère français de la recherche. Le père Jean put recueillir plus de 200 tablettes cunéiformes de l’ancienne Mésopotamie avant de soutenir la même année un mémoire sur ses découvertes à l’École des Hautes Études, sous la direction de son maître et professeur Jean-Vincent Scheil. Un de ses ouvrages les plus célèbres « Milieu biblique avant Jésus-Christ » témoigne de l’audace et de la pertinence de sa démarche scientifique alors que l’Église catholique, aux prises à cette époque, avec la crise moderniste tenait encore pour suspecte tout interaction entre l’histoire critique et l’exégèse.

A peu près au même moment émerge avec le père Guillaume Pouget une autre figure de missionnaire précurseur dans le domaine biblique et théologique. Aux yeux du père Antonello c.m., professeur de théologie dogmatique au séminaire de Plaisance (Italie), chargé de le présenter, le père Pouget apparaît comme un « artisan du renouvellement théologique du 20ème siècle ». Son intuition géniale et prophétique pour son époque repose sur le principe confirmé et repris plus tard par le Concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum, selon lequel la théologie sacrée s’appuie sur la Révélation biblique conjointement avec la Tradition de l’Église. Selon le témoignage du père Loris Capovilla, ancien secrétaire particulier du futur Saint Jean XXIII, rapporté à un de ses disciples laïcs Jean Guitton, observateur laïc au Concile, le père Pouget aurait par ailleurs inspiré au pape du Concile une des distinctions axiales conciliaire entre le dépôt de la vérité de la foi d’une part, et d’autre part la forme, le langage sous lequel cette vérité pourrait être énoncée. A relever enfin, que du fait de l’exemplarité de sa vie au plus fort de sa cécité, le père Guillaume Pouget a indirectement inspiré la création d’un mouvement au sein du Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes. Il s’agit des Amitiés Pouget qui rassemblent des clercs, religieux malvoyants ou non voyants don président le diacre Marcel Chalaye nous a honoré de sa présence.

Le père Élie Delplace s’est quant à lui attaché à un exemple accompli de missionnaire vincentien qui a su concilier vie spirituelle, travail théologique et action apostolique. Le père Fernand Portal est surtout connu dans le monde catholique pour son rôle de pionnier dans le dialogue œcuménique. Fondateur en 1895 de la revue anglo-romaine, il fut à l’initiative des Conversations de Malines qui se sont tenues de 1921 à 1925 et qui constituaient un temps d’échange inédit entre des personnalités catholiques et anglicanes. Outre son action en faveur de l’unionisme, le père Portal se distingua par son zèle auprès de la jeunesse catholique. Son biographe Régis Ladous [2] en fait le père spirituel de Jean Guitton, de Marcel Légaut ou encore du dominicain Yves Congar ! On connaît moins par ailleurs son investissement qui mérite d’être plus souligné auprès des plus pauvres du quartier Javel de Paris où il se rendait souvent présent.

Pour introduire sa présentation de Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802/1840), premier saint martyr canonisé de Chine et figure d’inspiration du père Portal, le père Philippe Lamblin a commencé par nous partager une prière composée par le saint lui-même et une de ses réflexions spirituelles : « La croix est le plus beau monument […] qu’elle est belle cette croix implantée en plein cœur d’une terre infidèle arrosée des sangs des martyrs… ». Saint Jean Gabriel Perboyre représente une autre figure de missionnaire vincentien qui a pu donner une visibilité à toutes les richesses du charisme vincentien.  Professeur au séminaire de Montdidier, il s’est rendu l’auteur de plusieurs réflexions et écrits spirituels qui continuent à nourrir la prière de confrères contemporains à l’image du père Lamblin. Il ne s’est pas contenté de discourir sur la beauté de la croix mais il l’a vécu dans sa chair par son martyr en Chine.

Comment enfin évoquer la présence des missionnaires lazaristes en Chine en omettant la figure exceptionnelle d’Armand David. Il revenait à José Frêches, écrivain, sinologue et auteur : « Le père David, l’impératrice et le panda », de préciser d’abord le contexte historique et culturel dans lequel s’est inscrit son action missionnaire. Les relations de la Chine avec les puissances occidentales étaient il est vrai à l’époque très tendues du fait principalement de la guerre d’opium. Ce fut donc en sa double qualité de missionnaire et de naturaliste que le père Armand David arriva en Chine. Dans une biographie qu’il a bien voulu transmettre au père Frédéric Pellefigue pour qu’il la lise à sa place, étant lui-même empêché, Dominique Robin rappelle que c’est plus de 189 nouvelles espèces animales, végétales qu’il a ainsi pu découvrir, répertoriées lors de ces trois expéditions qui s’étalent entre 1866 et 1874. Correspondant de l’Académie des Sciences nommé plus tard membre permanent de la section géographie, il en envoya des échantillons au Muséum d’Histoire naturelle à Paris. Sa renommée fut telle qu’à la suite d’un rapport élogieux établi en 1864 à son sujet, ses deux dernières explorations en Chine s’accompagnaient d’indemnités pécuniaires versées généreusement par la communauté scientifique pour la plus grande joie du supérieur général de l’époque, le père Étienne ! Parmi les espèces célèbres que le père Armand David put mettre en lumière figure l’arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata, nom scientifique en latin), le cerf du père David (c’est bien son nom en français!) et bien sûr…le panda devenu avec la WWF, animal-symbole des espèces menacées dans le monde mais aussi instrument diplomatique pour la politique extérieure de la Chine. Le site d’information France Info parle à ce sujet de « diplomatie du panda »[3] pour évoquer le don fait par la Chine de bébé panda au président français nouvellement élu. Aux dire du sinologue José Frêches, la découverte du panda par le père Armand David dans la province du Sechuan a préservé cette espèce d’une extinction assurée comme ce fut malheureusement le cas du « dodo » de l’Île Maurice.

L’investissement du père David dans le domaine scientifique ne doit pas occulter pour autant son action apostolique dont nous pouvons aujourd’hui apprécier l’efficacité par un fait notable. En 2015, le village chinois où le père David à découvert pour la première fois le panda a changé de nom pour prendre celui du prêtre de la Mission et s’appeler « village du père David ». Peuplé de 168 habitants, les 3/4 d’entre eux sont catholiques !

En considération de toutes ces grandes figures de missionnaires lazaristes en prise directe avec les réalités de leur temps, nous pouvons mesurer combien la Maison-Mère qui fut leur lieu de résidence et/ou de travail constitue un foyer de rayonnement évangélique mais aussi…scientifique comme en atteste aujourd’hui encore tous leurs travaux précieux soigneusement conservés au bureau des archives par le père Lautissier. Ainsi, nous pouvons conclure avec le père Roberto Gomez coordinateur de ce colloque que la Maison-Mère constitue bien « un cœur missionnaire au cœur de la ville » dans la mesure où il s’agit non pas d’un lieu replié sur lui-même mais ouvert sur le monde.

P. Patrick RABARISON, CM 🔸

En considération de toutes ces grandes figures de missionnaires lazaristes en prise directe avec les réalités de leur temps, nous pouvons mesurer combien la Maison-Mère qui fut leur lieu de résidence et/ou de travail constitue un foyer de rayonnement évangélique mais aussi… scientifique. Ainsi, la Maison-Mère constitue bien « un cœur missionnaire au cœur de la ville » dans la mesure où il s’agit non pas d’un lieu replié sur lui-même mais ouvert sur le monde.

Notes :

[1] Présence Française Outre-Mer (XVIème/XXIème siècle). Tome 1. Académie des Sciences, p. 212

[2] Régis Ladous, Monsieur Portal et les siens, éd. Cerf, 1985

[3] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/brigitte-macron/brigitte-macron-la-diplomatie-du-panda_2498917.html

Les Vincentiens du monde entier se rencontrent à Rome. Retour sur le Symposium 12 – 15 octobre 2017

Les Vincentiens du monde entier se rencontrent à Rome.

Retour sur le Symposium 12 – 15 octobre 2017

Pour le quatrième centenaire de la naissance du charisme vincentien, des Vincentiens du monde entier étaient invités par le père Thomaz Mavric, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission et de la Compagnie des Filles de la Charité et Président du Comité Exécutif de la Famille Vincentienne, à se retrouver à Rome pendant le week-end   du 12/15 octobre pour « célébrer en famille notre héritage vincentien ».

Ce symposium devait ainsi constituer le point d’orgue de cette année jubilaire et une occasion privilégiée pour tous les membres de la Famille Vincentienne de faire connaissance, de s’enrichir mutuellement et surtout en présence du cœur de Saint Vincent de Paul de renouveler leur zèle missionnaire. Le thème retenu pour ce symposium : « Accueillir l’étranger », un thème brûlant d’actualité a donné lieu à d’intenses et intéressants échanges avec nos frères et sœurs du monde entier notamment avec ceux du Proche-Orient (Liban, Syrie…) ou de pays sinistrés par des catastrophes naturelles (Italie) qui par leur partage émouvant nous ont permis de redécouvrir toute l’actualité et la pertinence de la spiritualité vincentienne pour l’Église et le monde d’aujourd’hui.

Parmi les 11 000 vincentiens originaires de plus de 99 pays et issus d’une des 200 branches vincentiennes présentes à ce symposium , on pouvait noter la présence de la délégation française où les différentes branches de la Coordination de la Famille Vincentienne étaient bien représentées : les Lazaristes (le Visiteur, les pères Massarini, Ghali, Leukeumo, Rabarison, le frère Margoux, les séminaristes Gaspard Ntakirutimana, Maximilian Andrei, Jean-Baptiste Gning, Yohann Petit, Vincent Labarsouque et un regardant originaire du Loir et Cher Sylvain), les Filles de la Charité (avec essentiellement beaucoup de jeunes consœurs), la JMV ( la présidente , la sœur conseillère nationale et le conseiller spirituel national) la Société Saint Vincent de Paul, les AIC- Équipes Saint Vincent, les Sœurs de la charité de sainte Jeanne Antide Thouret, les Sœurs de la Charité de Strasbourg, les Sœurs de l’Union Chrétienne, les Religieux de Saint Vincent de Paul chez qui plusieurs membres de FAMVIN France ont pu loger.

Il s’est donc agi d’un événement exceptionnel et inédit (à notre connaissance la première rencontre vincentienne internationale ouverte à tous les membres de la Famille Vincentienne) relayé d’ailleurs par plusieurs médias (famvin.org mais aussi Radio Vatican, Aleteia, Zénith…) dont nous nous efforcerons à trois voix ( Sœur Julie Morniche, Pères Bernard Massarini et Patrick Rabarison) de vous partager dans les lignes suivantes un modeste compte-rendu. Bonne lecture !

Jeudi 12 octobre- Temps de prière en l’honneur de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse à la Basilique Saint Jean du Latran.

Une démarche forte et particulièrement significative des organisateurs de ce symposium est d’avoir voulu encadré cet événement entre deux temps de prière sur deux lieux éminents de l’histoire spirituelle romaine, la Basilique Saint Jean du Latran et la Basilique Saint Paul hors-les-murs. Si le symposium se clôturait le dimanche 15 octobre à la Basilique Saint Paul par la célébration eucharistique, il s’ouvrait officiellement le jeudi 12 octobre à la Basilique Saint Jean du Latran par un temps de prière en l’honneur de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse sous le patronage de laquelle le père Joseph Agostino, coordinateur du Symposium, voulait placer cet événement.

Ce temps de prière ne doit pas nous faire oublier par ailleur le passage de tous les vincentiens francophones au Collège Apostolique du Léonien, ancien siège de la Curie Généralice. Sous le regard bienveillant de Monsieur Vincent en personne (frère Maxime) qui bien que saint n’était pas sans éveiller par son costume d’époque quelques soupçons chez les carabinieri, un véritable « kit vincentien » nous a été généreusement offert comprenant un sac frappé du logo de l’année jubilaire (dont notre cher confrère le père Alexis est l’auteur), le guide programme du symposium, un foulard jaune de reconnaissance et bien sûr nos badges d’identité. Dans les rues romaines, les bouches de métro et plus tard sur la place Saint-Pierre qu’il était beau et inoubliable de voir des laïcs, des sœurs, des frères et des prêtres vincentiens colorer Rome, la Ville éternelle, du jaune vincentien. Il est vrai que le temps de ce week-end du 12/15 octobre, on peut le dire, Rome était une ville vincentienne ! Même les boutiques jouxtant la place Saint-Pierre vendait pour l’occasion des « chapelets vincentiens » !

Vendredi 13 octobre. Rencontre par groupes linguistique : Spiritualité Vincentienne et ses défis prophétiques

C’est avec quelques retard que les diverses délégations francophone se retrouvent dans la grande basilique Grégoire VII, toute proche de la salle d’audience Paul VI. Venus du Congo, du Tchad, du Cameroun, du Nigeria, du Vietnam, du Liban, du Bénin, Sénégal, quelques slovènes quelques slovaques et la délégation de France composée de conférenciers, d’équipières, de sœurs de Jeanne Antide Thouret, de sœurs de Strasbourg, de sœurs de l’union Chrétiennes, de Filles de la Charité, nos frères les Religieux de Saint Vincent de Paul auxquels il faut ajouter les séminaristes de la Congrégation de la Mission de France, des représentants de Mr Vincent [une des 2 associations des maisons de retraite des FDLC, 11 directeurs d’établissements scolaires et des membres de l’équipe VDP-formation.

C’est le Père Ziad, visiteur du Liban, accompagné de Julien Spiewak, membre du conseil international de la Société Saint vincent et représentant de la Famille Vincentienne à l’ONU à Genève, qui vont conduire nos activités. Ils nous présentent les synthétiseurs (dont le père Guillaume Leukeumo) qui seront chargés de remonter à la Curie de la CM les idées qui surgiront de nos partages.

C’est le P. Bernard Massarini c.m. qui commence en présentant la spiritualité vincentienne de l’accueil de l’étranger il commencera par rappeler que si la notion d’étranger n’était pas contemporaine de st Vincent, elle appartient à notre histoire ancrée dans celle du Peuple de Dieu de la Bible qui a vécu cette réalité au long de son histoire et que Monsieur Vincent l’a approchée par les situations des réfugiés ou de tous les isolés dont il s’est fait proche. Il fera ressortir le double mouvement de service corporel (offrir un toit et de la nourriture pour les déplacés, et des outils et services de première nécessité pour ceux qui ont dû rester sur les lieux des désastres) tout en offrant un soutien spirituel (catéchèse et sacrements). Il rappellera l’attitude toujours positive qui le faisait mettre ne relief les aspects positifs de toutes les personnes, et s’abstiendra de théoriser le situations. Après il décrira de multiples initiatives prises en France ou en Europe où l’on note l’inventivité pour répondre aux nouvelles situations de pauvreté, il terminera invitant tous à : 1) s’abstenir du jugement sur les pauvres, 2) accueillir la personne en situation de pauvreté et non le pauvre, 3) penser à agir en réseau.

La parole est ensuite donnée à Yasmine CAJUSTE, haïtienne, ancienne présidente internationale des JMV et collaboratrice de l’équipe universitaire de Depaul Chicago. Elle nous entretient de la communication et la collaboration dans la famille vincentienne. Elle nous brosse la pédagogie évangélique dans l’Écriture en détaillant l’approche de Jésus sur la route d’Emmaüs : écoute des blessures de l’histoire en s’appuyant sur les personnes, donner les outils pour que se relève intérieurement la personne, elle nous invite à faire de même dans nos services des plus fragiles. Elle nous invite à reproduire cette expérience dans toutes nos activités. Puis elle attire notre attention sur la nécessité de collaborer entre nous (diverses branches) à ne pas hésiter à consulter les espaces d’informations communs que nous avons sur les réseaux sociaux et savoir les nourrir en partageant nos informations et nos outils.

Nous avons un patrimoine spirituel qu’il nous faut ne pas craindre de transmettre….

Des échanges remontent quelques pistes : mettre nos sites en lien, avoir notre attention toujours en vigilance pour discerner les besoins projet simple avons sites internet…mettons nous en lien. Pensons à ceux qui rencontrent des difficultés, intensifier notre collaboration pour lutter contre le développement de groupes armés de jeunes, créer ou diffuser une anthologie de textes vincentiens, produire un film sur Monsieur Vincent qui en rende compte pour aujourd’hui, unifier les instances de formation dans nos pays, développer dans nos unités locales une connaissance plus grande de la famille vincentienne, produire des communications qui appellent.

Après la pause repas c’est la Sœur Françoise Petit, conseillère général des Filles de la Charité qui va nous tracer des voies d’avenir comme Famille Vincentienne. Elle va aussi ouvrir par la belle vision du prophète Isaïe, la promesse de disparition de toutes les peines pour que s’accomplisse l’œuvre de Dieu. Après avoir évoqué des figures de la théologie pour accompagner notre marche ensemble, elle nous propose quelques pistes pour baliser le chemin : Intégrer des personnes dans les projets, vivre la fraternité avec les pauvres, mieux nous connaître entre branches, déployer la formation continue dans nos branches, que nous prenions des initiatives paix et justice, que nous convertissions nos comportements, que nous restions simples et humbles pour garder douceur et compassion

Messe de clôture de la rencontre francophone présidée par le Visiteur de la Province de France, le père Christian Mauvais

Assisté par Monseigneur Georges Abou Jaoude, archevêque maronite de Tripoli (Liban) et par le père Bernard Massarini, le père Christian Mauvais rappelle dans son homélie combien la différence peut être dans le monde qui est le nôtre à la fois source de tensions mais aussi sur le plan spirituel un beau chemin de conversion et de maturation à la suite du Christ évangélisateur des pauvres.

Le vendredi après-midi, plusieurs filles de la charité de la Province BFS ( Belgique-France-Suisse) de moins 20 ans de vocation sont allés rejoindre les périphéries de Rome pour vivre la rencontre des « Jeunes consacrés de la Famille Vincentienne ». Ce moment fraternel s’est vécu dans la joie, la simplicité, l’humilité et dans un esprit de charité ; ces belles vertus vincentienne présente dans le cœur de St Vincent et de notre charisme . Vivre des rencontres internationales est le moyen pour s’enrichir mutuellement et partager avec d’autres jeunes vincentiens sur ce qu’il se passe dans divers pays. Nous sommes une famille qui a le désir de servir le Christ dans les plus petits à la manière de St Vincent et Ste Louise ; et cela nous l’avons touché du doigt par le partage spontané entre nous, par l’eucharistie vécu ensemble, par les témoignages, et par l’envoi en mission du père Tomaz qui fut un moment d’émotion très forte pour chacune.

Ce symposium a été vécu dans une joie contemplative et active qui reflétait sur les visages et dans le cœur ; une joie qui porte à loué le seigneur et lui rendre grâce pour ce feu ardent qu’il a mis dans nos cœur. Nous sommes repartie pleine de dynamisme et avec un désir encore plus fort de continuer à aimer Celui qui nous aime et qui nous entraîne à aller au-delà de nous-mêmes pour accompagner les Pauvres que nous servons avec amour. Nous sommes dans l’espérance que ce 400éme anniversaire du charisme vincentien portera des fruits au niveau de la consécration à Dieu dans le cœur des jeunes et nous prions pour qu’il ait une joie courageuse de faire le pas vers Lui .

Samedi 14 octobre. Audience avec le Pape François- Place Saint-Pierre de Rome

Plus de 11 000 participants étaient donc attendus place Saint-Pierre pour l’audience avec le Saint Père. Le nombre de vincentiens inscrits était tel que les organisateurs furent contraints de déplacer l’audience pontificale de la salle Paul VI prévue initialement à …la place Saint-Pierre! Dans une ambiance familiale et festive une longue file d’attente jaune se formait dès 7h du matin devant le portique d’entrée où chaque participant inscrit muni de son badge d’inscription devait se soumettre aux procédures de sécurité. Avant l’arrivée du pape sur la place non pas noire de monde mais toute colorée du jaune vincentien, des animations étaient prévues avec des chants et des témoignages.

La première prise de parole fut le témoignage bouleversant d’Adia Baladi, présidente de la Jeunesse Mariale Vincentienne en Syrie. La guerre a amputé le mouvement d’un nombre significatif de ses cadres, de plus les ressources matérielles et financières ont drastiquement diminué et beaucoup d’activités ont été suspendu de sorte que la question du maintien de la JMV Syrie s’est clairement posée. Mais comme le dira Adia « cette guerre nous a rendu plus forts, unis, solidaires, elle a renforcé notre sens d’appartenance à notre pays à travers notre appartenance à la JMV de Damas ». Fort d’une conviction qu’ils ont adopté l’année dernière comme thème de l’année : « le bon travail croit en silence », ils ont décidé envers et contre tout de poursuivre leurs activités. « Nous n’avons pas permis à la guerre de nous empêcher de continuer à délivrer notre message d’amour et de service. Ce message est tellement enraciné en nos cœurs que, aucune crise ne réussira à nous pousser à l’abandon et au désespoir. Nous avons montré et nous continuons à montrer au monde qu’il y’a de la lumière dans les ténèbres. » Ces mots forts d’un ressortissant d’un pays en guerre furent sans doute pour l’assistance touchée par une telle leçon de foi, de courage et de dignité, le temps fort de la matinée voire même de ce symposium. A nos églises d’Occident bien souvent fragilisées par le double défi de la sécularisation de la société et de la pluralité religieuse, nos frères et sœurs d’Orient adressent ce message plein d’espérance : « Le message le plus important que nous pouvons annoncer au monde en tant que Jeunesse Mariale Vincentienne de Syrie est l’Amour, et la seule chose que requiert l’amour dans les circonstances comme les nôtres c’est le Courage. Parce que celui qui aime ne se laisse pas dominer par la peur. »

Du témoignage du deuxième intervenant Mr Mark McGreevy, PDG du groupe Depaul International (ensemble d’organismes de bienfaisance de spiritualité vincentienne qui travaille pour les sans-abris), nous pouvons retenir d’abord quelques chiffres importants fournis par l’Agence de l’ONU pour les établissements humains :

  • 1,2 milliard des 7 milliards sur cette planète sont sans abri sous une forme ou une autre
  • il y’a actuellement 65 millions de réfugiés dans le monde ; c’est le plus haut niveau enregistré dans l’histoire.
  • 863 millions d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans les bidonvilles et des favelas à travers le monde.-En 1950, seules 746 millions de personnes vivaient dans nos villes. Ce nombre est passé à 3,9 milliards en 2014 et atteindra 6,4 milliards d’ici 2050.

Face au développement croissant du phénomène de l’itinérance défini comme « la situation d’un individu ou d’une famille qui n’a pas de logement stable, permanent et adéquat, ou qui n’a pas de possibilité ou la capacité immédiate de s’en procurer un »[1], Mr Mark McGreevy était heureux d’annoncer le lancement à l’occasion de cette année jubilaire d’une initiative de la Famille Vincentienne internationale « l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri » et dont les objectifs seraient les suivants :

  • Créer un réseau solide de Vincentiens travaillant dans le vaste champ des personnes sans-abri et soutenir le développement de ce réseau. (comment nous demandent-ils pouvons-nous toucher davantage les personnes sans-abri présentes parmi nous pour fournir de la nourriture, un abri, de la compagnie et des opportunités)
  • Appuyer et développer les leaders existants et émergents dans ce domaine à travers le monde au moyen de sessions de formation.
  • Faire pression en faveur d’un changement structurel en appui à l’itinérance au niveau national, régional et mondial et à l’ONU en particulier. Éduquer le monde au sujet de l’itinérance. En novembre, seront ainsi réunis à Rome des unervisitaires, des théologiens et des praticiens pour étudier l’enseignement social catholique sur la question.
  • Avec le soutien et l’appui de l’Institut de l’Itinérance Mondiale établi à l’Université DePaul à Chicago « mettre fin à l’itinérance dans 150 villes à travers le monde d’ici 2030 en collaboration avec d’autres partenaires. »

Dans la conclusion de son intervention, le PDG du groupe Depaul International exhortait la famille vincentienne à prendre la mesure des enjeux que sous-tendent cette mobilisation en faveur des sans-abris et a lancé un appel adressé à chacun d’entre nous : « En ces temps de plus en plus troublés, notre tradition vincentienne et notre charisme nous appellent à agir en faveur de nos frères et sœurs sans-abri, nous voulons atteindre les sans-abris dans tous les pays où la Famille Vincentienne est présente. Nous avons besoin de votre aide et de votre soutien pour développer cette mission et mettre fin à l’injustice structurelle et la tragédie personnelle qu’est l’itinérance. Veuillez nous contacter par courrier électronique, sur Facebook et Twitter. Pour plus d’informations : https://famvin.org/fr/files/2017/06/FRANCE-Famvin-Homeless-Alliance-Covering-Paper-June-2017.pdf (cf Lettre du Père Thomaz Mavric adressé aux responsables de la Famille Vincentienne, document plus détaillé du plan du projet…). Pour découvrir le site: http://www.depaulfrance.org/section-4

La dernière prise de parole échut enfin à Mr Antonio Gianfranco, Président national de la Société Saint Vincent de Paul en Italie. Après avoir introduit une série de témoignages de rescapés du tremblement de terre qui a frappé l’année dernière l’Italie centrale et qui a fait plus de 299 morts, le Président a rappelé combien les activités du mouvement vincentien étaient orientées d’abord vers le soutien de proximité aux familles endeuillées et sinistrées mais aussi vers la relance des activités productives et la réactivation du moteur économique. Ainsi « des personnes âgées sans-abri ont été transférées et accueillies dans certaines maisons de repos, un camping-car a été acheté par une famille nécessiteuse, des tracteurs pour ceux qui devaient reprendre la culture du terrain et du bétail pour les éleveurs… » La Société Saint Vincent de Paul a pu dans certains cas remédier aux carences de l’État mis à mal par ses « lenteurs bureaucratiques ». L’action du mouvement salué par plusieurs familles de sinistrées met bien en lumière le fait que « le charisme vincentien qui a déjà 400 ans nous enseigne que les grandes vérités et valeurs fondamentales qui gouvernent notre existence ne sont pas soumises au temps, elles n’ont pas d’âge, elles se régénèrent à chaque fois que nous tendons la main à ceux qui souffrent, ceux qui sont dans le besoin, même seulement d’un réconfort, aux pauvres qui sont nos véritables maîtres de vie. »

Au cœur d’une véritable marée « jaune » le Saint-Père arrivait en fin de matinée dans sa papamobile sur la place Saint-Pierre qui aurait pu être spécialement rebaptisée ce jour-là « place Saint Vincent de Paul ». Après avoir bien pris le temps de se prêter au début d’ailleurs comme à la fin de l’audience au traditionnel bain de foule, le pape François se recueillit devant la relique du cœur de Saint Vincent avant de regagner sa place et de prendre la parole. Dès le début de son intervention le pape reprit une expression qu’il avait déjà utilisée par ailleurs dans une lettre adressée à toute la famille vincentienne à l’occasion de la fête de Saint Vincent de Paul ; il saluait en lui un instrument de « l’élan de charité qui dure dans les siècles : un élan qui est sorti de son cœur ». D’où l’importance symbolique que revêtait pour lui la présence de la relique du cœur de Monsieur Vincent à Rome. Dans cette lettre il avait pris soin de rappeler que son cœur s’était

« laissé toucher par le regard d’un homme assoiffé de miséricorde et la situation d’une famille qui manquait de tout » […] et qu’ « à ce moment-là, il a perçu le regard de Jésus qui l’a bouleversé en l’invitant à ne plus vivre pour lui-même, mais à le servir sans réserve dans les pauvres que Vincent de Paul appellerait plus tard : « nos seigneurs et nos maîtres » (Correspondance, entretiens, documents, XI, 393) ». Ces deux rencontres décisives de 1617 avaient donc donné le sens de sa mission, se mettre à la suite de ce Christ qui a dit : «Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres» (cf. Lc 4,18). Et c’est comme l’a dit le pape toujours dans la même lettre « enflammé du désir de faire connaître Jésus aux pauvres » que Saint Vincent a inauguré un chemin pour lui-même, ses compagnons de route et tous ceux qui se veulent ses héritiers. De là découle une continuité entre cette lettre et son discours sur la place Saint Pierre où il encourage tous les vincentiens à poursuivre ce chemin en leur proposant toutefois trois verbes qu’il estime très importants pour l’esprit vincentien mais aussi pour la vie chrétienne en général : adorer, accueillir et aller. Soulignant la place essentielle de la prière chez Saint Vincent, il cite une de ses lettres adressées à A. Durand : « c’est seulement en priant que l’on puise en Dieu l’amour à reverser sur le monde ; c’est seulement en priant que l’on touche les cœurs des personnes lorsqu’on annonce l’Évangile (cf. Lettre à A. Durand, 1658) ». Adorer revient donc à « se mettre devant le Seigneur […] en Lui donnant la première place, en s’abandonnant, confiants. Pour ensuite lui demander que son Esprit vienne en nous et laisser nos affaires aller à Lui. Ainsi, les personnes dans le besoin, les problèmes urgents, les situations pesantes et difficiles rentrent dans l’adoration… ». Qui adore « commence à se comporter avec les autres comme le Seigneur le fait avec Lui: il devient plus miséricordieux, plus compréhensif, plus disponible, il dépasse ses rigidités et s’ouvre aux autres. Et nous parvenons ainsi au deuxième verbe : accueillir ». Dans la définition que le pape donne de l’accueil qu’il envisage comme cette « disposition de ne pas seulement faire de la place à quelqu’un mais d’être des personnes accueillantes, disponibles, habituées à se donner aux autres » il semble réactualiser la définition d’une des cinq vertus missionnaires, la mortification. Accueillir signifie en effet pour lui « redimensionner son moi, rajuster sa façon de penser, comprendre que la vie n’est pas ma propriété privée et que le temps ne m’appartient pas. C’est un lent détachement de tout ce qui est mien : mon temps, mon repos, mes droits, mes programmes, mon agenda. Celui qui accueille renonce au moi et fait entrer dans sa vie le tu et le nous ». Décentré de lui-même le vincentien peut ainsi sortir à la rencontre des autres et répandre au plus loin le feu de la charité conformément au vœu exprimé à Monsieur Vincent à ses missionnaires :« Notre vocation est donc d’aller, non pas dans une paroisse ni seulement dans un diocèse, mais par toute la terre. Et pour quoi faire ? Pour enflammer le cœur des hommes, en faisant ce que fit le Fils de Dieu, Lui qui est venu apporter le feu dans le monde pour l’enflammer de son amour » (Conférence du 30 mai 1659) ».

Avant de conclure en remerciant les vincentiens de se mettre en mouvement sur les routes du monde pour y être les missionnaires et les témoins de la charité, le pape leur pose la question suivante que nous pouvons aussi faire nôtre : “Vais-je à la rencontre des autres, comme le veut le Seigneur ? Est-ce que je porte où je vais ce feu de la charité ou je reste enfermé à me réchauffer devant ma cheminée ?”.

Dimanche 15 octobre. Messe de clôture à st Paul-hors-les-murs

La messe de clôture du symposium fut précédée la veille par l’office des vigiles animé par la JMV International. Un des temps forts de ce temps de prière fut l’entrée de la relique du cœur de Saint Vincent qui devait y demeurer jusqu’au lendemain. Prévue initialement à 10h, la célébration eucharistique commença avec plus d’une heure de retard du fait de l’affluence de la foule et des dispositifs de sécurité qui retardaient leur entrée dans la basilique. A 11h se mettait donc en marche une procession longue et belle de drapeaux des différents pays représentés pendant tout ce week-end vincentien romain. Le Supérieur Général, le père Thomaz Mavric, revêtu d’une chasuble conçue spécialement pour cette année jubilaire était assisté de ses deux prédécesseurs les pères Grégory Gay et Robert Maloney. Reprenant à son tour la très belle image du pape de la « graine de moutarde plantée par la Providence, par Jésus dans le cœur de Saint Vincent de Paul en 1617 », le père Thomaz constate que cette graine est aujourd’hui par la grâce de Dieu un arbre de plus de deux millions de membres présents dans 150 pays dans le monde. Après avoir retracé brièvement le parcours de conversion de Vincent au Christ évangélisateur des pauvres et rappelé quelles sont les trois vertus (de simplicité, d’humilité et de douceur) constitutives du charisme vincentien, il lance par ailleurs une mise en garde. « Si nous n’arrosons pas, n’émondons pas et ne fertilisons pas l’arbre, doucement il va commencer à mourir. » D’où la place fondamentale qu’il accorde à l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus qui travaille, bouge, encourage, apporte le feu dans l’Église par ses nombreux dons et nous aide à « grandir dans la charité, d’être des disciples convaincus du charisme vincentien ». S’ensuit alors un ensemble de conseils et de recommandations que le père Thomaz nous donne pour bien vivre la spiritualité vincentienne.

  • Vivre une spiritualité profonde. L’Incarnation, la Sainte Trinité, l’Eucharistie, Marie, les vertus de simplicité, humilité, douceur […] doivent être les piliers de notre spiritualité.
  • Allier la prière et l’action dans tout ce que nous faisons, être des apôtres dans la prière et des contemplatifs dans l’action.
  • Découvrir et voir Jésus dans le Pauvre et les Pauvres en Jésus. Saint Vincent avait une approche holistique aux personnes, réagissant à leurs besoins spécifiques : spirituels, matériels, émotionnels, et physique. Cette approche, cette compréhension, cette découverte a fait de lui un »Mystique de la Charité ». Nous comme membres de la Famille Vincentienne sommes appelés à devenir des « Mystiques de la Charité ».
  • Renouveler, approfondir, raviver notre proximité aux Saints et bienheureux de la Famille Vincentienne.
  • Baser notre aide par une solide formation dans tous les aspects : humains, spirituels et professionnels en relation au service spécifique dans lequel nous sommes impliqués.
  • Continuer de développer une collaboration avec toutes les branches et membres de la famille Vincentienne.
  • S’engager d’une manière décisive sur le chemin des « Changements Climatiques » qui libèrent les Pauvres de leurs liens comme victimes à devenir plutôt partenaires égaux pour le bien de l’humanité.
  • Garder la collaboration avec les autres groupes, organisations et institutions hors de la Famille Vincentienne qui partagent les mêmes buts et visions au niveau local, national, international.

Toutes ces pistes proposées par le Supérieur Général ne visent en fait pour lui qu’à donner un nouveau souffle à cette loi énoncée par Monsieur Vincent selon laquelle « l’amour est inventif à l’infini » et à permettre au plus grand nombre de rejoindre le « chemin de la Globalisation de la Charité ». « Nous demandons la grâce de demeurer profondément enracinés dans le Charisme […] en émondant et fertilisant l’arbre de sorte que les branches puissantes atteignent les coins les plus reculés de la terre.”

Patrick RABARISON, CM ; P. Bernard MASSARINI CM, Soeur Julie MORNICHE FdlC 🔸

Ce symposium a été vécu dans une joie contemplative et active qui reflétait sur les visages et dans le cœur ; une joie qui porte à loué le seigneur et lui rendre grâce pour ce feu ardent qu’il a mis dans nos cœur.

Note :

[1] Canadian Homelessness Research Network (2012) Définition canadienne de l’itinérance. Homeless Hub: www.homelesshub.ca/CHRNhomelessdefinition/