Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Roberto Gomez

Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Chères sœurs, chers frères : Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Peut-être que la pointe de cette parabole n’est ni le partage, ni la solidarité, ni la fraternité… Cette parabole pointe plutôt vers un moment définitif que chacun d’entre nous doit passer et elle nous avertit que dans ce moment définitif personne ne peut rien faire pour nous ! Oui, à la fin de nos vies nous aurons un face à face avec le Seigneur. Dans ce face à face nous nous présenterons tels que nous sommes, avec ce que nous avons cueilli, avec surtout ce que nous avons donné… à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour nous.

En effet, le texte de l’évangile de Matthieu que nous avons proclamé se situe vers la fin de celui-ci. Ces chapitres sont communément appelés « le Discours de la fin » ou « le discours eschatologique ». Jésus sait que l’heure est arrivée de passer de ce monde à son Père. Il doit affronter le scandale de sa passion. En maître responsable, il prépare ses disciples à tenir bon, à tenir leur place, à veiller « parce que nul ne connaît ni le jour ni l’heure ».

Les cinq filles de l’évangile appelés « prévoyantes » ont pu entrer à la fête de noces parce qu’elles étaient prêtes. L’huile étant un symbole de la persévérance, de l’attente et du désir qui ne s’épuise pas. Les autres filles, les « insouciantes » n’étaient pas prêtes et se retrouvent face à des portes closes. Leur désir s’est envolé, leur endormissement est plus profond et entre-temps la réserve d’huile s’est épuisée. Conséquence fatale : elles ne peuvent pas aller à la rencontre de l’époux qui arrive au milieu de la nuit. Rappelez-vous que dans le même évangile de Matthieu, Jésus avait dit à la foule et en particulier à ses disciples : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). Comment être lumière pour le monde si la flamme de la foi s’épuise faute de combustible.

Qu’avons-nous fait de notre foi, de notre baptême, de notre amitié avec le Seigneur ? Pour accomplir dans le monde notre mission des baptisés, il est important de se réveiller et d’éveiller en nous le désir de rester fidèles au Seigneur jusqu’au bout. « La sagesse ne se flétrit pas » avons-nous entendu dans la première lecture. Le Psaume de la messe nous faisait chanter : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ».

Frères et sœurs, ce langage de l’évangile est un peu déconcertant pour nous. Cependant il s’agit d’une belle métaphore nous invitant à persévérer dans la foi et dans l’amour, à tout faire pour que dans ce moment de solitude, nous puissions nous présenter humblement et confiants devant notre créateur en lui disant je n’ai peut-être pas fait grand-chose mais j’ai su garder ma lampe allumée en signe d’un amour et d’un désir qui ne se sont pas complétement éteints malgré l’obscurité, la nuit ; malgré la longue attente. Très souvent nous sommes tentés d’abandonner notre foi, de nous compromettre dans la spirale de la violence, de déserter nos convictions, de vivre comme si Dieu n’existait pas… et de rejeter l’évangile parce que trop exigent ou apparemment inopérant. Cependant, nous avons à tenir bon ! A garder nos yeux ouverts et nos lampes allumées. A être des sages avisés qui savent discerner, agir et demeurer fidèles à leur vocation de disciples et amis de Jésus.

Permettez-moi, de vous raconter une anecdote de mon enfance, certes très personnelle mais qui m’a beaucoup marqué. Vivant à la campagne en Colombie, je ne pouvais pas aller à la messe tous les dimanches. Comme vous, chers amis qui suivez la messe à la radio, nous aussi à la maison, nous écoutions religieusement la messe à la radio. Je me souviens que le prêtre disait chaque dimanche au début de chaque homélie ceci : « aujourd’hui nous sommes plus prêts de l’éternité que la semaine dernière ». J’entends encore le timbre de sa voix… Cette phrase ne m’effrayait pas, ne m’a jamais fait peur, mais elle a mis dans ma tête cette idée que plus tard j’ai transformé, voire améliorée en lisant la petite Thérèse de Lisieux : « un jour je serai interrogé sur l’amour ».

Oui, nous savons qu’un jour en pleine nuit, une voix déchirante nous réveillera pour nous présenter devant notre créateur. Je souhaite, désire, j’espère qu’à ce moment-là, notre lampe brillera toujours.

Seigneur ne nous lasse pas tomber en panne sèche ! Amen

 

Roberto Gomez cm

Le 8 novembre 2020

Rue du Bac

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Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24).

Roberto Gomez

Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

Chères sœurs, chers frères. La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24). Jésus prend le contre-pied d’une forme de promotion de la vengeance qui ne laisse à la fin que tristesse et encore plus de violence : « Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ». Ne vous amusez pas à faire de calcul mathématiques. Les disciples de Jésus, ses amis, doivent pardonner sans compter.

Avouons-le, mes amis, nous avons très souvent du mal à pardonner, n’est-ce pas ?  Certains sont carrément rancuniers ou éprouvent presque une incapacité profonde à accorder le  pardon. Jésus le sait ! Il connaît la nature humaine, c’est pour cela qu’il livre cet enseignement à Pierre et en lui à tous ses disciples.

Pourquoi avons-nous tant de mal à pardonner ? On nous a transmis de fausses idées sur le pardon, c’est pourquoi nous avons du mal à pardonner. Voici trois fausses idées :

  1. Nous pensons souvent que pardonner c’est offrir un cadeau à quelqu’un qui ne le mérite pas. Cette personne qui m’a fait souffrir, qui m’a fait du mal, ne mérite pas de ma part le moindre geste de générosité ; voilà ce que nous pensons au fond de nous-mêmes. Or, pardonner ce n’est pas offrir un cadeau à l’autre mais se faire un cadeau à soi-même. Celui qui pardonne se libère, s’apaise, récupère la liberté intérieure perdue à cause du mal subi.
  2. On nous a souvent appris que pardonner c’est oublier. Aaah ! Si tu n’as pas oublié c’est que tu n’as pas pardonné ! Eh bien c’est faux ! Pardonner est autre chose que devenir amnésique. Si Jésus enseigne le pardon c’est tout en sachant qu’une mémoire blessée ne permet pas de vivre de manière épanouie. Il est toujours possible de guérir ses blessures et la meilleure manière d’en prendre soin c’est de l’identifier, de la nommer ; non pas de l’ignorer. Un proverbe enseigne que le plus long chemin commence toujours par le premier pas. En effet, le premier pas dans le processus du pardon est celui de renoncer à la vengeance. Oui, on m’a fait du mal, mais je ne me vengerai pas. Je ne rendrai pas le mal pour le mal.
  1. Pardonner ne consiste pas à ignorer le mal subi ou faire comme si aucun mal n’avait été commis. Oui, on peut pardonner tout en tirant des conséquences pour l’avenir. Si, par exemple, une personne a divulgué quelque chose d’important et en faisant cela elle m’a causé du tort, la prochaine fois je sais que ne pourrai pas lui accorder toute ma confiance. Je ne recommencerai pas, mais je continuerai à lui parler, à la traiter avec dignité et respect. Tenez par exemple, le Pape Jean-Paul II a pardonné à son agresseur. Il est même allé le voir en prison. Cependant il n’a pas empêché la justice de faire son œuvre. Je n’ai jamais entendu dire qu’il ait demandé sa libération.

Il y a tant d’autres fausses idées sur le pardon que l’on nous a transmises qui nous empêchent de pardonner à la manière de Jésus. Il est vrai que sa parole est exigeante. C’est pour cela qu’il a recours à une parabole pour faire comprendre la complexité et les raisons d’être du pardon.

Deux débiteurs sont mis en scène dans l’évangile. Le premier doit des millions pour faire court. Il sait pertinnement qu’il ne pourra jamais rembourser sa dette. La pratique de l’époque était sans pitié : il devait être dépossédé de tout, être vendu avec sa femme, ses enfants et tous ses avoir en remboursement de la dette. L’homme en question se sait perdu. Il demande alors du temps, de la patience, de la pitié dirions-nous. Le roi lui accorde bien plus que cela. Sa dette est effacée totalement, sans contrepartie… Quelle générosité de ce roi qui voilait précisément régler  ses comptes. Le deuxième débiteur, de son côté n’a qu’une dette infime envers  celui qui vient d’être gracié … On s’attend dans cette histoire à ce que le premier agisse avec la même générosité dont il a bénéficié. Il n’en est rien. Vous connaissez la fin. La parabole se termine par une affirmation redoutable : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera , si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». Telle est la pointe de la parabole. Elle veut que nous nous reconnaissions que la grâce de Dieu est toujours assurée. Sa seule limite est celle que nous fixons.

Le pasteur Paul VERGARA, qui sauva une soixantaine d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, affirmait : « Il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés[1]. » La seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons en refusant le pardon à notre tour. D’autre part, Dieu ne peut pas nous demander autre chose que ce qu’il donne. En Jésus nous sommes pardonnés, sans limite ni condition. Nos dettes, nos péchés, notre complicité avec le mal ont été cloués sur la croix. La dette a été payée. C’est le Christ qui en a payé le prix. Alors, si le Seigneur nous a pardonné, faisons de même avec les autres.

On a posé à Julien GREEN une question : si Dieu existe, si le ciel existe qu’est-ce qu’il te dira en arrivant la haut ? Oh oui ! répondit-il, je sais ce qu’il me dira. Il me dira : « Je suis un Dieu pardonneur ».

Seigneur, donne-nous la grâce du pardon. Fais-nous le cadeau de la liberté intérieure, de la fraternité gagnée par le pardon et la réconciliation.  Donne-nous la grâce ne pas refuser aux autres précisément ce que nous recevons gratuitement et généreusement de ta part, le Dieu pardonneur, Amen.

Le 13 septembre 2020

Chapelle de la Médaille Miraculeuse

 

                                      

[1] Le 25 février 1945.

 

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Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y…

Roberto Gomez

Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

Chers frères, chères sœurs, Si ton frère a commis un péché… que faire ?

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y… Voilà la pratique assez généralisée dans la société actuelle. En fait, si ton frère a commis un péché que ce soit contre toi ou contre quiconque, dénonce-le, ébruite-le sans penser conséquences psychologiques ou familiales. Ne te pose surtout pas la question de savoir si cela détruit l’autre. Le fameux droit à l’information va jusque-là !

La réponse de Jésus est bien différente et vous l’avez entendue dans la page de l’évangile que nous venons de proclamer. Elle est humaine et humanisante. Elle est de plus, graduelle, progressive. Jésus évoque une procédure qui reprend une pratique ancienne du livre du Deutéronome 19,15 : d’abord, parler seul à seul avec la personne qui commet un péché contre toi. Si tu ne réussis pas, si la personne n’écoute pas appelle alors deux témoins et parle avec l’intéressé. S’il refuse encore d’écouter dis-le à la communauté, à l’Eglise. Et si la personne refuse d’écouter l’Eglise qu’elle soit considérée comme un « païen ou un publicain ». Cette dernière formule est bien étrange puisque nous savons bien que Jésus aime les païens et les publicains.

Quelle est l’intention, quelle est l’intentionnalité derrière cette procédure mise en avant dans la communauté de l’évangéliste Matthieu ? Certainement pas celle de détruire l’autre, ni le de dénigrer ou l’humilier.  Non plus celle de se poser en juge ou en supériorité par rapport à l’autre. Gagner son frère, ne pas le perdre, ne pas l’exclure… faire tout son possible pour que le membre de la communauté en question cesse d’être une cause de scandale ou de chute pour celle-ci, voilà intentionnalité proposée par Jésus. C’est l’intentionnalité qui définit le caractère éthique ou moral de nos actes.

Dans la vie consacrée, chez les religieuses et les religieux, un joli nom a été donné à cette pratique connue des premières communautés chrétiennes notamment celle de Matthieu et celle de saint Paul (2 Co 13,1) entre autres. Ce joli nom dont on parle est la correction fraternelle. Or, celle-ci est possible si d’abord il y a un esprit commun, une vie d’église réelle et surtout si l’on veut se mettre volontairement à l’école de Jésus. Malheureusement nos communautés chrétiennes dominicales ne sont pas vraiment des communautés, ni de d’églises domestiques. On  ne se connaît même pas ! Peut-être même que l’on ne veut pas se connaître ! On consomme l’eucharistie mais on a du mal à faire eucharistie et communauté ! Nos communautés religieuses ont aussi du mal à être de véritables communautés où la Parole et la présence du Christ président à nos vies. Voilà pourquoi cette correction fraternelle est devenue difficile. Peut-être aussi  par manque d’humilité et de simplicité de nos vies. L’individualisme ambiant exige que personne n’interfère ma vie, ni mes intérêts. Et il y a encore la dureté, voire la brutalité avec laquelle dans le passé on a voulu pratiquer la correction fraternelle.

Alors, frères et sœurs, faut-il renoncer à cette pratique proposée par l’évangile aux communautés chrétiennes ? Comment résoudre alors les difficultés, les petits ou grands problèmes qui surgissent ici et là dans nos communautés de vie ? Est-ce que la parole du Christ a quelque chose à nous dire encore aujourd’hui ?

Ne cédons surtout pas à la facilité de ne rien faire. Ne tombons pas dans la tentation des temps modernes en nous servant des réseaux sociaux pour détruire l’autre ou l’écraser. Ne tombons pas non plus dans la tentation de nous taire. Il me semble que l’évangile de Matthieu n’évoque pas des crimes graves que l’on cacherait par commodité comme cela s’est passé dans la société et aussi dans  l’église à propos de la pédophilie. Pour les choses graves il existe d’autres procédures. Ne sombrons pas non plus dans la tentation de devenir des juges ou des bourreaux bienveillants tels des inquisiteurs. Il s’agit uniquement de gagner nos frères et nos sœurs  pour le Christ au sein de nos communautés. A ce propos le pape François a été clair et éloquent le 12 septembre 2014 dans l’une de ses homélies quotidiennes à la Maison Sainte Marthe :

« Si tu dois corriger un petit défaut chez l’autre, pense tout d’abord que tu en as personnellement de tellement plus gros. La correction fraternelle est une action pour guérir le corps de l’Église. Il y a un trou, là, dans le tissu de l’Église, qu’il faut absolument recoudre. Et il faut le recoudre à la manière de nos mères et de nos grands-mères qui, lorsqu’elles reprisent un vêtement, le font avec beaucoup de délicatesse. Si tu n’es pas capable d’exercer la correction fraternelle avec amour, avec charité, dans la vérité et avec humilité, tu risques d’offenser, de détruire le cœur de cette personne, tu ne feras qu’ajouter un commérage qui blesse et tu deviendras un aveugle hypocrite, comme le dénonce Jésus. Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil… Hypocrite ! Reconnais que tu es plus pécheur que ton prochain, mais que toi comme frère tu dois le corriger. Nous ne pouvons corriger une personne sans amour et sans charité. On ne peut en effet réaliser une intervention chirurgicale sans anesthésie : c’est impossible, parce que sinon le patient meurt de douleur. Et la charité représente comme une anesthésie qui aide à recevoir le traitement et accepter la correction. Il faut donc prendre notre prochain à part, avec douceur, avec amour et lui parler. Il faut également parler en vérité, ne pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Il arrive si souvent que dans notre entourage nous disions des choses à propos d’autres personnes qui ne sont pas vraies : cela s’appelle de la calomnie. Ou si elles sont vraies, on s’arroge le droit de détruire la réputation de ces personnes. Quand quelqu’un te dit la vérité, ce n’est pas facile de l’entendre, mais si cette vérité est dite avec charité et avec amour, c’est plus facile de l’accepter. Un signe qui peut-être peut nous aider, c’est le fait de ressentir « un certain plaisir » quand l’on voit quelque chose qui ne vas pas et que l’on estime qu’il nous faut exercer une correction : il faut être attentifs parce qu’alors cela ne vient pas du Seigneur. Quand cela vient du Seigneur, il y a toujours la croix, et l’amour qui nous porte, la douceur. Ne nous transformons pas en juge. Nous chrétiens nous avons cette fâcheuse tentation : nous extraire du jeu du péché et de la grâce comme si nous étions des anges… Et bien non ! C’est ce que Paul nous dit : « Il ne faut pas qu’après avoir prêché aux autres, nous soyons ensuite disqualifiés ». Et si un chrétien, dans sa communauté, ne fait pas les choses – également la correction fraternelle – dans la charité, en vérité et avec humilité, il est disqualifié ! Il est tout sauf un chrétien mature. Prions donc afin que le Seigneur nous aide à exercer ce service fraternel, si beau mais si douloureux, d’aider nos frères et nos sœurs à devenir meilleurs, et qu’il nous aide à le faire toujours avec charité, en vérité, et avec humilité ».

Ce dimanche nous sommes plus que trois réunis ici en son nom, et nous prions le Seigneur pour qu’il nous aide à devenir vraiment une communauté qui prie, aime, pardonne et transmet la paix du Seigneur.  Une église qui sait recoudre le tissu abimé de nos communautés chrétiennes.  Il est là au milieu de nous le Seigneur ressuscité.

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Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale. Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui.

Roberto Gomez

Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Chers sœurs et frères : Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale.  Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui. Comme les sages d’Israël, Jésus utilisait souvent les paraboles et les histoires parce qu’il savait bien que l’on raconte des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment, mais l’on raconte des histoires aux adultes pour qu’ils s’éveillent. Puissent les paraboles retenues par l’évangile de ce dimanche, nous éveiller et nous inspirer.

Deux paraboles nous sont racontées par Jésus dans l’évangile de ce jour : le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ et le Royaume des Cieux est comparable à un chercheur de perles fines. Attention, on aurait tendance à dire que le Royaume des Cieux est comparable à un trésor et à une perle fine, mais non ! Jésus dit que le Royaume est comme un trésor puis qu’il est comme un homme qui cherche.

Arrêtons-nous sur deux points :

  • D’un côté la première parabole insiste sur le côté caché du trésor. Le trésor est enfoui, enterré. On ne le trouve que si l’on cherche en profondeur. Si l’on reste en superficie on le loupe. Puis, chose étonnante, celui qui trouve le trésor dans un champ n’agit pas comme nous agirions. Moi, j’aurais pris le trésor immédiatement et me serais enfui je ne sais pas où (en Colombie par exemple) pour en profiter et jouir du trésor. Or, le personnage mis en en scène par Jésus dans l’évangile agit différemment. Il cache de nouveau le trésor, vend tout ce qu’il possède et achète le champ. Pourquoi ? Comment ? C’est étrange, n’est pas ? Remarquons que le deuxième personnage de la parabole agit de manière semblable lorsqu’il trouve la perle rare. Il vend tout ce qu’il possède et l’achète.

Cette histoire si simple est plus riche que l’on ne l’imagine. Pourquoi acheter le champ et ne pas s’emparer du trésor caché tout simplement ? Peut-être parce que « le champ » de la parabole représente notre vie, notre existence. Le trésor caché est enfoui au fond de nous-mêmes, ou fond de nos vies. Le Royaume de Dieu est semé en nous comme la parabole du semeur le laissait entendre il y a deux dimanches. En fait, Jésus nous dit tout simplement, c’est en toi que j’ai caché le trésor que tu cherches. Va vers toi, va vers les profondeurs en toi et tu trouveras le trésor caché qui emplira ta vie de joie et donnera du sens à ton existence. C’est une parabole sur la profondeur en fin de comptes. Le champ de la parabole c’est notre vie. Il y a eu elle quelque chose d’inestimable. Tu auras gagné le Royaume des cieux si tu as cherché ce trésor en toi. Le trésor c’est la foi, les valeurs, les richesses qui ne périssent pas. La foi s’adresse toujours un notre liberté.

  • De l’autre côté la parabole insiste sur l’action de chercher. Le Royaume de Dieu est comparable à une personne qui cherche des perles fines et rares. Il semble paradoxal et contradictoire cet évangile ! Si d’un côté le trésor est trouvé par hasard, de l’autre côté la perle rare est trouvée par un effort, par quelqu’un qui se donne la peine de chercher. Dans le premier cas il n’y a pas d’effort à faire, dans le deuxième l’effort est souligné par le fait de chercher. On ne peut pas trouver Dieu que si l’on le cherche même de manière diffuse, voire confuse. On ne trouve Dieu que si l’on a le désir de le rencontrer.

La foi est ainsi : elle est un don mais en même temps la foi est le fruit d’une recherche, d’une espèce d’inquiétude, d’une sorte de quête parce que l’être humain ressent, devine, qu’il y a quelque chose de plus grand et de plus beau qui nous attend et nous est réservé. Cherche et tu trouves ! Cherche le plus grand et le plus beau dans ta vie ! Cela finira par arriver. Mais ne cherche pas en dehors de ta vie. Ne cherche pas le Royaume de Dieu en tournant le dos à la vie. C’est pour cela que le trésor caché dans le champ et la perle trouvée par celui qui cherche la plus belle, est une seule et même parabole.

La semaine dernière entre les Pyrénées ariégeoises et audoises, j’ai rencontré une jeune fille qui était heureuse parce qu’elle avait trouvé qu’elle avait un don (cela peut devenir son trésor). D’ailleurs, elle commençait à s’en servir autour d’elle et moi aussi j’en ai bénéficié. Elle a trouvé un don ! Pour d’autres ce sera leur vigne, leur famille, leur foi, la vie consacrée. Chacun doit trouver le sens de sa vie. Le mystère de Dieu et son Royaume y sont présents.

Frères et sœurs : Comment faire pour être comme les deux personnages de la parabole ? Comment faire pour investir dans le champ de nos vies les richesses cachées et enfouies que Dieu nous a données ? Comment faire pour ne pas se contenter d’une petite vie médiocre et résignée n’attendant plus de nouveau ni d’extraordinaire ? Le secret nous est peut-être donné par la première lecture : « Donne à ton serviteur Seigneur le discernement ». Littéralement, « donne à ton serviteur un cœur qui écoute ». Le jeune Salomon a plu à Dieu, parce qu’il n’a pas demandé ni la mort des ennemis, ni l’argent, ni le pouvoir… mais la capacité juger, de discerner et de choisir. La capacité d’écouter, de s’écouter et d’écouter Dieu en soi.  

Seigneur, donne-nous le désir de te chercher dans nos vies. Tu es le trésor caché que nous cherchons maladroitement, souvent sans le savoir. Donne nous encore de te chercher ensemble et en Eglise au fond de nous-mêmes et dans cette eucharistie,  parce que « Dieu lui-même est la profondeur de notre profondeur ».

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Le service du frère pauvre : un onzième commandement ?

Combien de commandements y-a-t-il dans l’Ancien Testament ? Dix, me direz vous ? Mais je crois qu’il y en a onze… Onze ? Peut-on vraiment trouver un onzième commandement dans le Premier Testament ?

Roberto Gomez

Le service du frère pauvre : un onzième commandement ?

Combien de commandements y-a-t-il dans l’Ancien Testament ? Dix, me direz vous ? Mais je crois qu’il y en a onze… Onze ? Peut-on vraiment trouver un onzième commandement dans le Premier Testament ? Et bien, ouvrez votre Bible dans le livre du Deutéronome chapitre 15 verset 11. Que lisez-vous ?

« Et puisqu’il ne cessera pas d’y avoir des pauvres au milieu de ton pays, je te donne ce commandement : tu ouvriras ta main toute grande à ton frère, au malheureux et au pauvre que tu as dans ton pays… (Dt 15,11)

Il s’agit bien d’une ordonnance de la part du Seigneur. Elle concerne les pauvres devant être considérés comme des frères, faisant partie de la propre chair et partageant une même humanité. Le texte hébreu insiste sur une série de possessifs : « ton frère », « ton pauvre », « ton humilié, « en ta terre ». En réalité, il est important de considérer la personne pauvre comme un autre soi et non pas comme un simple étranger. Le Nouveau Testament transmet le même principe mais différemment. Jésus s’identifie au malade, au prisonnier, à l’affamé, à l’étranger… Regardez l’évangile de Matthieu : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Demandons-nous à présent pourquoi le Dieu de la Bible fait du service du frère pauvre un commandement ? Le livre du Deutéronome ne formule pas une simple recommandation ou quelque chose d’optionnel. Il s’agit de la « loi de la rémission », d’un précepte formulé par Dieu avec une autorité incontestée à laquelle le croyant est tenu de se conformer généreusement. S’il y a une telle force dans la manière d’énoncer ce « onzième commandement », c’est parce que souvent la personne croyante peut agir comme si Dieu était indifférent au sort des petits ou comme si l’on pouvait fermer le cœur et la main à l’autre sans que cela altère la relation à Dieu. Le peuple de Dieu a souvent oublié les recommandations divines transmises par les prophètes concernant le droit et la justice envers les opprimés et les pauvres de la terre.  A maintes reprises, le Seigneur fait comprendre à travers eux que la pitié ne peut se réduire à des actes en direction de Dieu. Au contraire, il demande la miséricorde et non pas les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes (0s 6,6 ; Mt 9,13 ; 12,7). Le texte biblique va jusqu’à dire qu’une aumône donnée à quelqu’un vaut un sacrifice (Sir 35,4). Cela peut sembler choquant mais c’est bien cela qui est dit. Il a fallu du temps, beaucoup de temps et de patience à Dieu pour faire accepter qu’il en est ainsi puisque sa logique n’est pas la nôtre. On le pensait lointain, intouchable, indifférent. Or, il est le tout proche ; le sort des hommes et des femmes ne saurait lui être indifférent.

A quel moment le commandement du pauvre a-t-il été formulé ? Il est difficile voire impossible de répondre de manière exacte à cette question. Le livre du Deutéronome fait référence à l’époque de Moïse ; cependant, l’on sait que sa mise par écrit est plus tardive et comprend une longue période : entre le VIII ° et le VI° (avant Jésus-Christ), au retour de l’exil. On peut dire par contre que le commandement du pauvre apparaît comme tel au bout d’une longue histoire, après la prédication des prophètes, après la terrible expérience de l’exil au sixième siècle. Dieu est pédagogue et en temps voulu il fait connaître sa volonté à l’instant où le croyant est à même de comprendre le bien fondé d’un tel précepte. A ce propos, il est intéressant de se pencher sur un cas concret du dernier livre de la Torah au ch. 26 (Dt 26). Lorsque le croyant présente au Seigneur l’offrande des prémices des récoltes en action de grâces pour le don de la terre, le livre du Deutéronome donne une série d’indications précises : prendre les premiers fruits des récoltes, les rassembler dans un panier, se rendre au Temple, se présenter devant le prêtre… Là, dans le Temple et devant le prêtre, le fidèle doit décliner, ce que l’on peut appeler, son ADN spirituel :

Alors, devant le Seigneur ton Dieu tu prendras la parole : ‘Mon Père était un Araméen errant. Il est descendu en Egypte, où il a vécu en émigré avec le petit nombre de gens qui l’accompagnaient… Alors nous avons crié vers le Seigneur… et le Seigneur a entendu notre voix… il nous a fait arriver en ce lieu et il nous a donné ce pays… et maintenant, voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur’ (Dt 26,1-11).

En fait, le croyant ne peut jamais perdre la mémoire ni renier son ADN spirituel. Quel qu’il soit, il est aussi un errant, c’est-à-dire quelqu’un en perdition, comme la brebis perdue. Il a perdu tout appui, il a connu la fragilité, la solitude et le manque de protection. Bref, il reconnaît qu’il est un étranger, un fils d’émigré, un pauvre errant que le Seigneur a secouru et protégé. Double invitation : la première, à reconnaître que le Seigneur est bon, qu’il a été proche, qu’il n’a pas fermé ses yeux ni son cœur devant la détresse. La terre est un don et non pas une possession exclusive. La deuxième est un appel éthique. Comment est-il possible que la propre expérience de la servitude et de la pauvreté ne nous ouvre pas devant la misère de l’autre ? Comment perdre la mémoire et comment rester indifférent si le Seigneur lui-même est intervenu en notre faveur ?

Posons-nous une dernière question : est-ce que l’étranger est un pauvre concerné pas le « onzième commandement » ? Oui, sans aucun doute. En effet, il y a dans l’Ancien Testament trois catégories de pauvres que les lois religieuses protègent de manière toute particulière : l’étranger, la veuve et l’orphelin. Il s’agit des personnes les plus vulnérables, fragiles et exploitables dans la société d’alors. C’est pour cela que la législation en question les protège. A un moment donné, le prophète Isaïe se questionne pour savoir si le Seigneur exclu l’étranger de son peuple. Le même prophète affirme que non. De plus, il espère qu’un jour l’étranger connaîtra Dieu, le servira et le louera. La maison du Seigneur est « une Maison ouverte pour tous les peuples » (Is 56,3-8).

A partir de ce rapide survol de quelques passages bibliques, on peut déduire que l’homme est au cœur de Dieu. Sa divinité est au service de l’humanité. Mieux encore, l’homme, en particulier l’homme blessé, est au cœur de l’évangile. Il y est, non pas politiquement mais théologiquement, voilà toute la différence.

Quoi ! Être chrétien et voir son frère affligé, sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! C’est être sans charité ; c’est être chrétien en peinture ; c’est n’avoir point d’humanité, c’est être pire que les bêtes. Une pensée de saint Vincent de Paul, Conférence sur la Charité du 30 mai 1659

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