Homélie du Deuxième dimanche de l’Avent. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance.

Roberto Gomez

Homélie du Deuxième dimanche de l’Avent. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Frères et sœurs : « Nous avons besoin de prophètes » ! « Notre Monde souffre du manque de vrais prophètes » !

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance. Les premiers, proposent de vivre « des attentes et non pas en attente », de se contenter des petits espoirs mais n’apprennent pas à vivre dans l’espérance. Ces prophètes de malheur divisent l’humanité, paralysent les cœurs et n’apportent surtout pas la  paix. C’est tout le contraire du monde réconcilié décrit par le prophète Isaïe dans la première lecture: « Le loup habitera avec l’agneau , le léopard se couchera près du chevreau,  la vache et l’ourse aurons même pâturage, le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère, l’enfant éteindra la main… ». Les faux prophètes divisent l’humanité, créent le chaos et la confusion, opposent les hommes  les uns contre les autres.  Et nous ? Nous nous laissons souvent tromper parce par ces « charmeurs de serpents » qui utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et suscitent l’affrontement des hommes les uns contre les autres. Au lieu de proposer un chemin, un long et patient chemin, « ils nous offrent une multiplicité de sentiers qui ne conduisent pas à un but certain et qui prennent plutôt l’aspect d’un labyrinthe » (pape François, La Lumière de la foi, n° 13).

Jean-Baptiste, l’ultime voix des prophètes de l’Ancien Testament est chaque année le personnage du deuxième dimanche de l’Avent. C’est bien pour cela que évangile de ce jour ne met pas en scène Jésus, mais Jean-Baptiste : son message se résume dans une proclamation : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ». La conversion est un long chemin, est un pèlerinage intérieur qui suppose la rencontre avec Dieu.

Pour appeler à la conversion, Jean-Baptiste, habillé comme les prophètes de l’Ancien Testament, se situe dans le désert. Pourquoi Jean-Baptiste crie précisément en plein désert ? Parce que le désert dans la Bible ne se réduit pas dans un lieu géographique mais il symbolise un itinéraire, un voyage intérieur et profond ; il désigne un état d’âme rendant possible que Dieu parle droit au cœur : c’est le silence du désert qui donne à la voix de Dieu l’espace de  son cri, comme dit le poète. C’est là, en plein désert, dans l’inconfort, en pleine expérience du manque, que la voix du Dieu est saissante :  «  A travers le désert une voix crie : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Lorsque l’on prend conscience de son propre désert intérieur alors on désire la paix, le repos. Lorsque l’on prend conscience de nos propres solitudes nos âmes cherchent des sources vives, des oasis pour reprendre des forces neuves et continuer le chemin.

Le temps de l’AVENT est beau ! C’est le temps du désir…  Désir d’un visage nouveau. Le visage d’un Dieu déconcertant de tendresse et de pauvreté. Le Visage de l’enfant Jésus de la crèche qui nous attendri, nous désarme et en même temps nous dépouille.  Oui, le désert spirituel à partir duquel nous parle Jean Baptiste nous fait prendre conscience de nos pauvres déserts. Notre monde traverse de déserts, notre église elle-même vit de déserts. Et tant que nous ne prendrons pas conscience de nos propres déserts, nous nous installons, nous ne cherchons pas une autre chose, nous nous y résignons. 

Le prophète Jean-Baptiste invite aussi à cheminer : « préparez le chemin du Seigneur, rendrez droits ses sentiers ». Le peuple de Dieu n’a jamais été aussi fécond que lorsqu’il marchait. Le peuple de Dieu a grandi dans la foi en marchand. Le peuple de n’a pas connu Dieu avec leur têtes mais avec leurs pieds (Gustavo Gutierrez). Pour se convertir il faut se déplacer ! C’est pour cela que l’évangile d’aujourd’hui nous invite précisément par la voix du prophète, à faire chemin, à cheminer, à aller à la rencontre du Seigneur qui vient. Et pour ce faire, le prophète invite encore à produire « un fruit digne de la conversion », des fruits concrets de justice. Nous ne serons pas des disciples du Christ si nous nous installons, si nous nous conformons à nos pauvres déserts. Nous ne serons pas des véritables amis de Jésus si nous n’aspirons pas à une autre chose plus grande et meilleure, si nous n’aspirons pas à de rêves qui nous dépassent, des rêves qui nous relèvent et rendent possible que nous nous mettions débout tout en continuant notre chemin.

Produisez des fruits de justice en vous convertissant ! Aujourd’hui notre société est bouleversée à cause de la pauvreté et de l’injustice. Cependant on veut nous faire croire que la seule pauvreté qui nous abîme est la pauvreté sociale. Il y a une autre pauvreté qui nous réduit en esclavage et à la servitude : c’est la pauvreté spirituelle et le manque de transcendance. Il n’y a pas que la pauvreté sociale à vaincre, il y a aussi la pauvreté spirituelle  qui doit être surmontée.

Le prophète et l’évangile de ce jour nous rappelle notre propre baptême. Jean baptisait dans l’eau et Jésus le prophète des prophètes baptise dans l’esprit et le feu. C’est-à-dire que la face de la terre sera renouvelée et nous serons à notre tour purifiés et renouvelés. La prière de l’ouverture de la Messe de ce jour suppliait le Dieu miséricordieux de ne pas laisser entraver notre marche à la rencontre du Christ à cause des soucis de nos tâches présentes. Nous sommes invités par contre à entrer dans la propre vie du Christ, dans son propre itinéraire afin d’accueillir Dieu qui se rend visible à travers le visage de son Fils bien-aimé.

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Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

La belle figure de Zachée et sa rencontre bouleversante avec Jésus sauveur nous est proposée aujourd’hui pour notre méditation. Qui est Zachée ? Qui représente-t-il dans ce récit ?

Roberto Gomez

Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Chères sœurs et chers frères présents dans cette chapelle ou chez vous qui écoutez la messe à travers France culture.

La belle figure de Zachée et sa rencontre bouleversante avec Jésus sauveur nous est proposée aujourd’hui pour notre méditation. Qui est Zachée ? Qui représente-t-il dans ce récit ?

  • Du point de vue de la foule, Zachée est une personne non fréquentable. On le pointe du doigt parce qu’il est chef des collecteurs d’impôts. C’est ce qu’on appelle un publicain. En termes plus modernes il s’agit d’un collaborateur qui vole la population. C’est un canaille qui s’enrichi sur le dos des autres. C’est pour cela que les gens murmurent en disant : « C’est chez un pécheur qu’il est allé loger ». Bref, Zachée est un pécheur public !
  • De son point de vue à lui, il semblerait que Zachée soit stigmatisé par sa petite taille : c’est à cause de la foule et de sa petite taille qu’il lui est impossible de voir Jésus traversant la ville de Jéricho, la ville la plus basse dans le monde, à moins 240 mètres sous le niveau de la mer. Bref, non seulement il est détesté de tous mais il a une basse considération de lui-même. Il a honte de ce qu’il fait, de ce qu’il a fait !
  • Cependant, Zachée a un atout, un avantage : il est curieux, récursif et il est en mouvement! Il veut voir Jésus. C’est un désir vif et profond, pas seulement une banale curiosité ; peut-être pourrait-il le rencontrer ? Deux obstacles sont à surmonter : la foule qui lui fait écran et toujours cette petitesse qui l’empêche de se hisser, de se mettre à niveau. Alors, « il court en avant » et grimpe sur un sycomore. « Courir en avant » est une expression étrange dans la Bible. Elle décrit une poussée intérieure et profonde comme celle du Disciple bien-aimé et de Pierre le matin de Pâques.
  • Zachée représente à nos yeux toute ces personnes qui voulant voir Jésus, sont empêchées de la faire par la honte, la culpabilité et la stigmatisation qui s’en suit.

Dans cette histoire, c’est la rencontre avec Jésus qui change tout. Zachée est perché sur son sycomore, il veut voir Jésus passer ; mais il ignore que Jésus veut le voir aussi. En fait, le titre de cet épisode pourrait bien être : « Deux regards qui se croisent », n’est-ce pas ?  Zachée veut voir Jésus, mais il ignore que Jésus veut le voir aussi. D’ailleurs c’est Jésus qui levant les yeux lui dit : « Zachée, descends vite : il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison ». Il y a ici une nécessité, une urgence : il me faut demeurer chez toi. Le voyage de Jésus n’est pas une promenade, il ne fait pas un tour. Au contraire ce voyage de Jésus est un rendez-vous avec l’Homme, avec tout homme, avec l’homme Zachée. Jésus fait du chemin et chemin faisant se révèle dans l’aujourd’hui des personnes de bonne volonté. Il me faut AUJOURD’HUI être chez toi. Cet adverbe de temps, est très important dans la théologie de l’évangile de Luc. Du début à la fin de son évangile, Luc parle de l’aujourd’hui de Dieu qui est l’actualisation de son œuvre de salut : « Aujourd’hui nous est né dans la ville de David un sauveur », voilà le premier aujourd’hui dans l’évangile de Luc. « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », voilà le dernier aujourd’hui dans ce même évangile.

Frères et sœurs, laissons résonner dans nos cœurs aujourd’hui ces parles de Jésus que jadis il adressait à notre frère jumeau Zachée : « Descends vite, il me faut aujourd’hui être chez-toi ».  Personne n’est trop petite pour Dieu. Personne ne doit désespérer de Dieu. Dieu nous cherche toujours avec espérance !

Alors c’est avec joie et rapidement que Zachée accueille Jésus chez lui. Et Jésus ose rentrer chez le pécheur public que tout le monde déteste et pointe du doigt. Quelle liberté de Jésus ! En disqualifiant Zachée la foule disqualifie aussi Jésus ; mais rien ne l’arrête. Telle est sa mission : chercher et sauver CE qui est perdu.

Zachée fait la vérité devant Jésus. Sa rencontre dans l’intimité avec le sauveur lui fait prendre conscience de ses torts. Le moi qui le condamnait et le tyrannisait (tu es un pécheur, tu es perdu, tu n’as plus d’espoir…) fait un pas de côté. Ce n’est pas devant soi que l’on peut faire la vérité mais bel et bien devant Dieu : De nous réhabilité, Dieu nous sauve, Dieu nous récrée, Dieu ouvre devant nous un avenir nouveau et le rend possible.

Zachée est un Fils d’Abraham, c’est-à-dire un fils de Dieu, aimé et désiré. Contemplons Jésus, ses paroles, son regard. Il cherche Zachée depuis toujours. Il le cherche parce qu’il y en lui quelque chose qui se perd. Il y a chez Zachée et chez chacun de nous une partie qui risque de nous perdre ou de se perdre. Voilà, pourquoi aussi Jésus cherche à nous voir et à nous rencontrer.

Détail magnifique du texte de Luc : il écrit : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver CE qui était perdu ». « CE » et non pas « CEUX ». Ce détail change tout ! Le Fils de l’homme n’est pas venu chercher et sauver CEUX qui se perdent, c’est-à-dire les autres. On serait tenté de penser que moi, je ne me perds pas… en ce cas-là, Jésus serait venu pour les autres, pour ceux qui se perdent. Or, aujourd’hui l’évangile nous fait pointer CE qui se perd en nous. Nous sommes donc cherchés et sauvés par Jésus.

Amen, Alléluia !!!

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HOMÉLIE DU 5° DIMANCHE DU CARÊME (Jn 8,1-11)

Des pierres prêtes à être utilisées pour lapider la coupable… Ironie de l’histoire « LE COUPABLE » est absent… pour un adultère il en faut deux… ces hommes de loi n’ont surpris en flagrant délit que la femme !

Roberto Gomez

HOMÉLIE DU 5° DIMANCHE DU CARÊME (Jn 8,1-11)

Chères sœurs, chers frères :

Une femme condamnée à mort par des hommes qui veulent appliquer la loi coûte que coûte !

Un cercle de mort dressé autour d’une accusée surprise en flagrant délit !

Des pierres prêtes à être utilisées pour lapider la coupable… Ironie de l’histoire « LE COUPABLE » est absent… pour un adultère il en faut deux… ces hommes de loi n’ont surpris en flagrant délit que la femme !

Voilà l’image qui est au centre de notre liturgie ce matin.

Cette femme pécheresse est au centre de la scène ; mais elle n’est pas toute seule.  Près d’elle se trouve Jésus, le maître silencieux, baissé. Il écrit de son doigt sur la terre. Jésus le maître ne veut pas polémiquer, ne déclenche aucune commission d’enquête… il regarde, il se baisse, il écrit du doigt sur la terre et lance, non pas une pierre mais une parole libératrice pour les uns et pour les autres :

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ! »

Oui, qui est sans péché ? Selon la loi… personne ! Vis-à-vis de la loi tous sont coupables… La loi ne cherche que des coupables à accuser, à condamner. La loi exige un homme sans péché, un être parfait, mais qui est parfait ?  

Bref, la loi ne cherche que des coupables en flagrant délit. Mais il faut le savoir :

Aucun délit, aucun péché ne dit pas la vérité d’une vie !!!

Le flagrant délit est une faille certes, il peut même être un péché…mais personne ne peut être réduit à son péché : « si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre cœur, il connaît tout » (1 Jn 3,20).

Frères et sœurs : Retenons pour notre méditation trois points aujourd’hui :

  1. Ne tombons pas dans le piège du légalisme, ne tombons pas dans le piège de la loi pour la loi. Ah ! que nous sommes enclins à cela … surtout les curés. Souvent nous invoquons qu’il s’agit de la loi de Dieu !!! Est-ce vraiment la loi de Dieu ou est-ce la loi des hommes ? Saint Paul, dans la lettre aux Philippiens vient de dire : « à cause de la connaissance du Christ-Jésus, j’ai tout perdu : je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ… ». Parfois il nous faut laisser tomber nos fausses images de Dieu pour accepter que Dieu est comme il est et non pas comme il nous convient qu’il soit. Jésus a critiqué souvent le légalisme de Pharisiens. Il a dit des choses claires : « l’homme n’est pas pour la loi, la loi est au service de l’homme… ». Cela nous le comprenons bien, n’est-ce pas ? Il a dit une chose plus subtile encore : « je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir… Et alors quoi ? Ceci est moins simple que cela en a l’air… Il ne rejette pas la loi de Moïse, mais il dit qu’en la pratiquant on ne doit pas oublier ce qui est essentiel à la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité (cf. Mt 23,23). A vrai dire, la seule loi que Jésus a invoquée est celle du commandement de l’amour ! Alors, ne soyons pas légalistes ; ne regardons pas en arrière comme le disait Isaïe. Le présent de Dieu est amour et pardon. Avec le Christ, quelque chose de nouveau est en train de naître, ne le voyez-vous pas ?

  • Le geste de Jésus mérite d’être commenté : il se baisse et il écrit sur la terre. A deux reprises le texte le dit. Ce geste a de l’importance puisque l’évangéliste insiste : Jésus se baisse et, du doigt, il écrit sur la terre. Nous sommes ramenés à la genèse lorsque Dieu crée à partir de la glaise. Il y a ici une nouvelle création… Tout bas, à notre niveau il réécrit sa loi, non pas dans le marbre ni la pierre mais sur une matière meuble (molle) parce que telle est notre nature. Préférons-nous ce doigt divin qui sauve, recrée et n’accuse pas ? Ou préférons-nous les pierres menaçantes (la loi de pierre) qui deviennent des armes mortelles… ?

Jésus dépasse l’âge de pierre en matière de pardon et de jugement : « plutôt qu’une loi inflexible, gravé dans le marbre et imposée d’en haut, avec le risque d’écraser le coupable, Jésus propose une pratique humaine de la loi au plus près de la vie toujours complexe, et en quelque sorte au service de l’être humain qu’il s’agit avant tout de sauver[1] ».

  • Il y avait autour de la femme un cercle de mort qui la condamnait et l’écrasait. Jésus, par contre, ouvre, relève et libère.  Il est venu pour ouvrir et non pas fermer, pour sauver et non pas pour perdre. Il est venu chercher et sauver CE[2] qui était perdu. Cherchons en nous ce qui risque de se perdre pour que Jésus le sauve. Avec cet épisode de la femme adultère, nous assistons à la première absolution : « Femme, où sont-ils donc ?  Personne ne t’a condamnée ?… Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ». Quelle absolution, quel relèvement… quelle joie !!!

Cela dit, le mystère du mal et du péché reste tout entier. Jésus n’a résolu ni le mystère du péché et du mal, ni celui de la souffrance et de la mort. Par contre il a proposé des issues… Dans ce récit tout le monde est sauvé et libéré : les scribes et les pharisiens, les accusateurs, sont libérés d’un crime affreux qu’ils étaient tout près de commettre. La femme est aussi libérée, remise débout… va… ne pèche plus !

Frères et sœurs :

Jésus ne permet pas que l’on jette la première pierre sur la pécheresse.

Lui non plus, ne jette pas la première pierre.

Il ne promulgue non plus une loi écrite sur la pierre, c’est-à-dire sans nuance, sans humanité, sans tendresse.

Jésus nous révèle un Dieu qui n’est pas contre l’homme ni la femme !

Saurons-nous dépasser l’âge de pierre ?

[1] Yves-Marie BLANCHARD, L’Evangile du Christ roi ou la figure johannique de l’agneau », Paris, DDB, 2012, p. 67.

[2] « CE » et non pas « CEUX » cf. Luc 19,10. En lisant « ce », tout le monde est concerné. Il y a chez toute personne quelque chose qui se perd ou risque de se perdre. C’est cela-même que le Fils de l’homme est venu chercher et sauver.

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Actualités

Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ?

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Homélie premier dimanche de carême cycle C

Homélie premier dimanche de carême cycle C

Frères et sœurs : Le carême est chemin de conversion qui nous prépare à la Pâque. Comme il n’y a pas de pâque sans croix et mise à mort, il n’y a pas non plus de conversion sans mise à l’épreuve, sans un travail intérieur ardu et souvent éprouvant.

En ce premier dimanche de carême, Jésus nous dégage le chemin et nous apprend à résister aux tentations qui pourraient nous faire dévier de notre mission et de notre vocation de baptisés, de consacrés. Là où le peuple de Dieu a failli et a succombé à la tentation, Jésus résiste et sort vainqueur après un affrontement avec le tentateur.

Jésus est conduit au désert en tant que Fils de Dieu et soutenu, accompagné par l’Esprit. C’est-à-dire que Jésus n’est pas seul en plein désert puisque l’Esprit de Dieu ne le quitte pas : il est rempli d’Esprit Saint ! Il n’est pas non plus sans identité puisque lors du baptême le ciel s’ouvre et l’Esprit descend sur Jésus et la voix venant du ciel affirme : « tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ».

Retenons donc : Jésus est tenté par le diable en tant que Fils de Dieu et en présence de l’Esprit. En cela, il est le prototype de tous les fils de Dieu qui veulent se laisser conduire par l’Esprit de Dieu.

Trois tentations hautement symboliques sont décrites une à une dans l’évangile de Luc :

La première concerne la faim et le pain ; le désir impératif de satisfaire immédiate le besoin de nourriture. Il n’y a pas de situation plus violente et troublante que d’être affamé. On peut perdre la raison ! Souvenez-vous, lorsque le peuple de Dieu commence sa traversée du désert, très vite, il a faim. Le peuple récrimine contre Moïse et Aaron et doute ainsi du projet de Dieu : « Ah si nous étions morts de la main du Seigneur au pays d’Egypte, quand nous étions assis près du chaudron de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour laisser mourir de faim toute cette assemblée ! » (Ex 16,3). Satisfaire immédiatement les besoin…. Voilà la première tentation. Qu’est-ce qu’il y a de mauvais, pourrait-on se demander, de vouloir transformer en pain une pierre lorsque l’on est affamé ? Si Jésus cédait au diable en convertissant la pierre en pain pour satisfaire sa faim, il se comporterait comme un être tout puissant qui oublierait son humanité. Il userait de sa divinité en dépit de son humanité. L’humain doit passer par des médiations, autrement il n’est plus un être humain : le travail, la fatigue, l’effort, le temps… Voilà autant de médiations par lesquelles un être humain doit passer. Bref : on ne peut pas tout et on ne peut pas tout, tout de suite ! On pourrait résumer ainsi les choses : l’homme ne vit pas seulement de la « nourriture de l’immédiat ». 

La deuxième tentation a lieu dans un endroit élevé. Dans une vision instantanée tous les royaumes de la terre sont repérés et proposés par le diable à Jésus : « si tu te prosternes devant moi, je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes ». La tentation de la toute-puissance !!! On peut vendre son âme au diable de multiples manières, même de manière camouflée pour expérimenter la toute-puissance et en sortir de la frustration de l’impuissance et la sensation de ne servir à rien. Si Jésus cédait à la tentation de la toute-puissance il n’y aurait pas eu de salut. Il aurait fui devant la croix, il aurait laissé tout tomber à la première crise, à la première frustration, à la sensation de solitude et d’abandon. Dieu seul est maître de toute chose. À lui seul est la gloire, devant lui uniquement l’on doit se prosterner. En tant que Fils de Dieu il accepte et comprend que sa mission passe par l’impuissance de la croix et par le respect de la liberté de l’homme. Il est le Fils de Dieu, mais il reste obéissant et ne quitte jamais son humanité pour s’affranchir des difficultés, des échecs ou du rejet.

A Jérusalem sur le pinacle du Temple a lieu la troisième tentation. Le Temple et le lieu de l’adoration, des sacrifices, des Ecritures, de la loi… Tout cela concerne des médiations pour entrer en relation avec Dieu. Voilà la tentation de se passer des médiations humaines pour devenir enfant de Dieu. Ici le diable use diaboliquement les écritures : il les cite, il les connaît mais les manipule. Un usage diabolique des écritures est dénoncé. Jésus, lui en fait bon usage. Un enfant de Dieu, un être humain tout court, a besoin des médiations : le travail, l’effort, le vieillissement, les crises, les frustrations, la maladie… les bons moments, des petites satisfactions… pour s’humaniser. Et le disciple de Jésus, de quelles médiations a-t-il besoin ? De prière, de charité, de patience, de persévérance, d’une communauté chrétienne qui le soutienne, des vertus… Surtout il a besoin de la parole de Dieu : « tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur », c’est le message de Paul aux Romains que nous avons lu.

Trois tentations hautement symboliques qui auraient détourné Jésus de sa mission et de son identité : l’immédiateté, la toute-puissance et le refus de passer par les médiations humaines. Jésus aurait pu se comporter uniquement comme en être divin tout-puissant, mais en quoi il aurait bénéficié l’humanité ? Il est devenu humain tout en étant le Fils de Dieu. Nous aussi tout en étant enfants de Dieu et tout en ayant l’Esprit Saint, nous sommes tentés de quitter notre humanité en refusant d’accepter notre lente maturation et notre difficile sanctification malgré l’exemple donné par Jésus. Regardons Jésus, il est notre modèle, il est notre maître !

Avec la prière d’ouverture de l’eucharistie de ce jour, qui peut être le programme de notre carême, prions le Seigneur de mieux le connaître en comprenant la manière comme il a déjoué les pièges du tentateur :

« Accorde-nous, Dieu tout puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle ».

Pour poursuivre la réflexion, une phrase d’un poète spirituel de notre époque, un moine de Ligugé :

 

« Si tu n’avances pas avec Jésus et en Jésus,

Prends garde que Jésus ne recule en toi,

Si tu ne t’enfonces pas dans le désert de Jésus,

 Prends garde de pas être déserté par Jésus.

 Car ce désert-là serait de désolation, tandis que l’autre est de plénitude.

Que si tu te risques en ton propre désert, ne le fais qu’en compagnie de Jésus :

 Il n’est pas bon pour l’homme de s’aventurer tout seul en soi ».

 

 (François Cassingena-Trévedy, Etincelles I, p. 44).

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Trois tentations hautement symboliques qui auraient détourné Jésus de sa mission et de son identité : l’immédiateté, la toute-puissance et le refus de passer par les médiations humaines. Jésus aurait pu se comporter uniquement comme en être divin tout-puissant, mais en quoi il aurait bénéficié l’humanité ?

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Frères et sœurs : Les lectures de la Parole de Dieu de ce jour nous placent face à un contraste, pour ne pas dire une opposition : d’un côté nous avons une promesse de paix et de bonheur ; et de l’autre un discours dramatique annonçant le retour du Fils de l’homme.

Le prophète Jérémie annonce en effet paix et bonheur dans un contexte d’instabilité politique : « J’accomplirai la parole de bonheur… Juda sera sauvée et Jérusalem habitera en sécurité ». Cette heureuse promesse est assurée par l’annonce de la naissance d’un Messie, « un Germe de Justice », c’est-à-dire un roi-sauveur et libérateur descendant du roi David, qui venant dans le monde apportera la justice. La naissance de Jésus accompli cette promesse et alors les anges entonnent un chant de joie dans la nuit qui retentit encore dans nos liturgies : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2,14).

L’évangile de Luc, de son côté, sous un ton dramatique et mystérieux, rapporte un « discours eschatologique » de Jésus, juste avant de vivre sa passion : la nature et l’histoire vivront des cataclysmes, les nations seront affolées, les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde… Attention, ne lisons pas dans ces images violentes la description concrète de la fin du monde. Le Christ ne joue pas à faire peur ni à nous paralyser. Il veut plutôt indiquer que la création toute entière vivra un changement et une transformation totale grâce à l’arrivée du Fils de l’homme. Rappelez-vous que la présence de Dieu sur la montagne de Sion dans l’Ancien Testament provoqua des phénomènes cosmiques semblables : des voix puissantes, le tonnerre, la foudre, la nuée… et dans le campement tout le monde trembla (Ex 19,16). Telle est la sainteté de Dieu ! Ainsi… de manière semblable, la présence du Fils de l’homme à la fin de temps, marquera la fin d’un monde tel que nous le connaissons et inaugurera une nouvelle création. L’image de l’enfantement peut nous aider à mieux faire comprendre qu’il n’y a pas de naissance sans rupture, ni douleur, ni déchirure. St Paul le dit en d’autres termes dans la lettre aux Romains : « nous le savons en effet, la création toute entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8,22).

Qui pourra tenir debout devant le Fils de l’homme le jour de sa manifestation ? Qui pourra cheminer dans l’espérance et la sérénité vers ce moment-là ? Nous pouvons souligner trois recommandations qui se dégagent de la Parole de Dieu qui sont autant d’attitudes à éveiller pendant ce temps de l’Avent.

« Tenez-vous sur vos gardes ! » Littéralement l’on doit traduire « prenez garde à vous-mêmes » ou encore « méfiez-vous de vous-même ». Qu’est-ce que cela veut-dire ? Très souvent il nous arrive de penser qu’il n’y pas d’au-delà, de vie après la mort ni d’éternité… Et cela est tragique !!! Et l’on se met à vivre comme des païens, à penser que l’histoire est un éternel retour, que la vie n’a ni sens, ni direction. On imagine que l’on tourne comme une roue dans le vide ! L’incarnation du Christ, nombreux sont ceux qui n’y croient pas, et encore ils sont nombreux ceux qui ignorent que la manifestation de Dieu dans notre nature humaine change et transforme complétement la condition humaine. Ce siècle qui commence avec de graves crises s’installe dans la grisaille et la morosité parce qu’il rejette la transcendance, et perd le sens et le goût de l’éternité. Alors oui ! Prend garde à toi-même, ne laisse pas ton cœur s’alourdir ; mais dresse-toi, relève la tête et collabore avec Dieu qui vient nous délivrer, c’est-à-dire briser les chaines qui nous retiennent et nous empêchent de regarder l’humanité et le monde avec foi, espérance et amour.

« Restez éveillés et priez en tout temps » : il s’agit de la seconde recommandation. C’est une invitation à ne pas s’endormir, ni s’appesantir ; à être alerte pour se défendre contre toute invasion qui arracherait de nous la foi et la confiance. A plusieurs reprises, Jésus dans l’évangile, parle d’un bon serviteur qui reste fidèle jusqu’au bout de la nuit en attendant l’arrivée de son maître : « heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller » (Lc 12,37). Prier pour puiser des forces, pour creuser en nous le désir de Dieu. Pour que le désir de Dieu ne disparaisse de la face de la terre.

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

« Donne à tes Fidèles, Dieu tout puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ». Voilà la troisième attitude à éveiller pendant ce temps de l’Avent. Il s’agit de la prière d’ouverture de notre célébration proclamée au début de cette eucharistie. Cette prière belle et toute simple donne la tonalité à ces semaines qui nous conduiront aux fêtes de Noël. Le désir d’aller à la rencontre du Christ sur les chemins de la justice vient du Christ lui-même qui nous attire tel un aimant puissant et nous conduit vers l’éternité. Le Psaume 24 que nous avons proclamé va dans le même sens : « Seigneur enseigne-moi tes chemins, fais-moi connaître ta route, dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve ». Le Christ est à la fois celui qui nous attire vers lui et il est encore le chemin.

Alors Seigneur notre Dieu : « donne à tes fidèles cette volonté, c’est-à-dire cette détermination, cette inclinaison, cette bonne pente, ce ferme propos… car dans la vie spirituelle il s’agit de vouloir avec Dieu »1.

P. Roberto GOMEZ, CM 🔸

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

Note :

1. Patrick HALA, La spiritualité de l’Avent à travers les collectes, Angers, Edition de Solesmes, 2004, p.18.

Homélie du 23 mai 2018. Rencontre des Visitatrices, Filles de la Charité. Fête de sainte Jeanne Antide Thouret

Homélie du 23 mai 2018. Rencontre des Visitatrices, Filles de la Charité

Fête de sainte Jeanne Antide Thouret

Chères sœurs Visitatrices, chères sœurs : « Quand Dieu appelle et qu’on l’entend, Dieu donne tout ! » Cette phrase de sainte Jeanne Antide peut bien résumer sa vie ! Ayant entendu l’appel de Dieu, elle a compris quel était son dessin sur elle, elle lui a fait confiance et malgré toutes les épreuves rencontrées, elle n’a pas cessé de répondre à sa vocation à l’école de Vincent de Paul.

Sa vie est toute marquée par la souffrance et l’épreuve, par la difficulté et même le rejet. A 16 ans elle perd sa mère qui a vécu une longue maladie. Elle jouera le rôle de mère même si sa tante maternelle lui fait la guerre. En 1787, à 22 ans, elle quitte son père et ses frères pour entrer chez les Filles de la Charité. Une année plus tard éclate la révolution française. 4 ans plus tard, la révolution disperse toute congrégation religieuse. Jeanne quittera les Filles de la Charité, s’en suivent : dispersion, persécutions, voyages, épreuves et fondation d’une nouvelle congrégation… Cependant, elle n’abandonnera jamais l’esprit Vincentien, elle ne quittera jamais des yeux le Christ aimé et contemplé par saint Vincent de Paul. En peu de temps elle s’imprègne du Charisme Vincentien comprenant clairement que Dieu aime les pauvres, qu’il aime ceux que les aiment parce qu’il s’identifie aux affamés, aux malades, aux prisonniers… et « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25).

A l’école de Vincent de Paul, et à l’exemple de Jeanne Antide, nous devons comprendre l’incarnation de Jésus-Christ jusqu’au bout à la manière de Matthieu 25. En effet, très souvent, très souvent… l’incarnation du Christ est comprise à moitié. Nous comprenons et acceptons bien que l’incarnation du Fils de Dieu s’est réalisée dans l’humanité de Jésus et que cette incarnation s’est prolongée dans l’eucharistie.

Vincent de Paul, ira plus loin, bien plus loin ! Pour lui l’incarnation du Christ est encore plus audacieuse et intrépide. A ses yeux, Dieu n’est pas seulement présent en Jésus et dans l’eucharistie, mais à la lumière de de Matthieu 25, Dieu est réellement présent dans la personne du pauvre. « Ces petits qui sont mes frères », c’est-à-dire, sa propre chaire, représentent le Fils de Dieu souffrant et réclamant notre amour et compassion. Tournez la médaille dit saint Vincent plus d’une fois, n’est-ce pas ? Vous voyez, Vincent de Paul pousse la logique de l’incarnation jusqu’au bout. Il ne s’arrête pas au milieu de l’itinéraire de l’incarnation… au contraire, il en tire toutes les conséquences. Il dira alors : les pauvre nous représentent Jésus-Christ : « il nous faudra nous persuader fortement que les pauvres sont les membres du Fils de Dieu et qu’en eux nous servons la personne de Jésus-Christ » (Coste IX, 362-363). C’est bien pour cela qu’il conçoit que quitter l’oraison et même l’eucharistie pour servir un pauvre, « c’est quitter Dieu pour Dieu ».

Mes sœurs, Vincent de Paul n’est pas seulement un actif, il est un mystique ; un mystique de l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ, dans l’eucharistie et dans les pauvres. Chaque fois que nous lisons la page de Matthieu 25, j’entends Vincent de Paul nous dire : nous vous trompez pas, ne vous méprenez pas : le Christ est présent dans le sacrement de l’autel, certes, mais il est également, identiquement présent dans l’affamé, l’exilé, le malade ou le prisonnier…

Lorsque les théologiens expliquent le fait que dans l’eucharistie le pain devient le Corps du Christ et le vin devient le Sang du Christ, ils utilisent le mot de transsubstantiation (un mot bizarre !!!). Eh bien, le Jésus de l’évangile de Matthieu parle d’une autre transsubstantiation… Dirions-nous d’une autre présence réelle, présence réelle que Vincent a également contemplée, aimée et vénérée : les pauvres sont Jésus-Christ incarné. Comment cela est-il possible ? Par le miracle de l’’amour infini de Dieu. Oui, par l’amour fou de notre Dieu « Jésus tout entier passe dans la substance des pauvres. Jésus (est) tout entier sous l’espèce des pauvres. Jésus (est) devenu toute espèce de pauvre. Toute espèce de pauvre est transsubstantiée en Jésus, puisque aussi bien « C’est à moi que vous l’avez fait » est une autre manière de dire : « Ceci est mon corps… A cette transsubstantiation-là, il n’y a pas grand monde qui pense…[1] ». Vincent y a pensé. Il l’a comprise. Toutes ses forces et énergies, il les a mises au service des membres souffrants de notre Seigneur. Mais il faut être mystique pour pouvoir comprendre et traduire cela en actes.

Avec raison, le P. TOSCANI, en parlant du côté mystique de saint Vincent de Paul, affirme : « Parmi les spirituels de son temps, il est le plus grand contemplatif de la charité, favorisé par une extraordinaire expérience mystique de l’Amour divin, unique en son genre. Il n’est pas seulement le grand saint du grand siècle, mais dans un siècle de grands mystiques, il se distingue comme le plus grand mystique de l’Amour de Dieu dans le Christ. Après lui il y aura le ‘crépuscule des mystiques’, à cause justement, d’une éclipse de la charité agissante, comme expression obligée de l’Esprit Saint [2] ».

Comme dirait le Pape François : Ne nous laissons pas voler ni l’Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, ni l’expérience mystique de cet Amour divin qui nous met au service de ces petits qui sont ses frères, qui sont nos frères : « Une religion sans mystique est une philosophie [3] ».

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Vincent de Paul n’est pas seulement un actif, il est un mystique ; un mystique de l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ, dans l’eucharistie et dans les pauvres. Chaque fois que nous lisons la page de Matthieu 25, j’entends Vincent de Paul nous dire : nous vous trompez pas, ne vous méprenez pas : le Christ est présent dans le sacrement de l’autel, certes, mais il est également, identiquement présent dans l’affamé, l’exilé, le malade ou le prisonnier…

Notes :

[1] Cf. François CASSINGENA-TRÉVEDY, Etincelles II 2003-2005, Ad Solem, Genève, 2007, p. 421.

[2] Père Guiseppe TOSCANI, La mystique des pauvres. Le Charisme de la charité. Editions saint Paul, Versailles, 1998, p. 39.

[3] Pape François, entrevue dans La Republica,  du 1er octobre 2013.