Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Roberto Gomez

Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Chères sœurs, chers frères :

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Or, par expérience, nous savons que vivre en disciple de Jésus pour un temps c’est relativement facile, comme il est également facile de porter quelques fruits pour un certain temps. Il est toujours question de persévérance et de fécondité dans la durée.

Lorsque Jésus raconte cette parabole de la vraie vigne à ses disciples il a peur mais il a autant d’espérance. Peur, parce que son départ était proche. Il sait que lorsque la passion arrivera tous vont le lasser seul et prendre le fuite ; mais son espérance tenait au fait que tout recommencerait grâce à ces disciples faillibles et peureux : l’espérance a vaincu la peur !

À ce moment précis de son histoire, Jésus confie son espérance à ses amis en utilisant le langage le plus familier et en même temps le plus profond. L’image de la vrai vigne insiste sur des réalités bien connues par tous à l’époque de Jésus :

  • Première réalité : ce sont les sarments qui portent les fruits, pas le cep (pas l’arbre). Les grappes de raisin sont portées par ces tiges fragiles et en même temps admirables.
  • Deuxième réalité : si les sarments portent de fruit c’est parce qu’ils sont unis à la vigne (au cep de la vigne) et parce que le vigneron en a pris soin en les taillant, en les émondant et ainsi en les

Nous comprenons mieux l’image retenue par la parabole : «  Je suis la Vigne, mon Père est le vigneron et vous êtes les sarments ».

Il en va ainsi de nos vies chrétiennes comme de nos vies humaines. Tout ce que nous faisons nous est donné. Si quelque chose nous est donné, c’est pour servir et pour accomplir une mission dans ce monde. Et si nous voulons nous accomplir en ce monde à travers nos missions et nos taches, cela se fait en persévérant, en étant passionnés par ce que nous faisons et surtout en se remettant constamment en question. L’évangile dirait en se laissant émonder, tailler. Il n’y a pas de véritable fécondité sans efforts ou renonciations. Autrement, nous stagnons, nous arrêtons d’avancer, nous nous contentons d’une petite vie alors que Dieu nous promet une vie en abondance !

Revenons sur une expression et une image de l’évangile :

« Demeurez en moi, car sans moi vous ne pouvez rien faire ». Voilà l’expression.

Et voici l’image : « tout sarment qui porte du fruit, mon Père le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ».

  • « Demeurez en moi », cette expression revient très souvent dans l’évangile de Jean et nous l’avons entendue 7 fois dans le court passage de l’évangile de ce jour. Il s’agit en effet, d’une invitation à l’amitié, à la fidélité ; à une forme de complicité et d’intimité avec le Seigneur. Jésus est le modèle de cette amitié fidèle. Il est à tout moment et un tout lieu la demeure du Père céleste. Il est le lieu de sa présence et le lieu de sa rencontre.

« Demeurez en moi comme je demeure en vous » : la source de notre vie spirituelle et de notre foi est à rechercher de ce côté-là.  L’évangile précise : « car sans moi vous ne pouvez rien faire ». L’expression est forte, mais il est vrai qu’en vie chrétienne, l’union, l’amitié et l’intimité avec le Seigneur sont la base de tout. Dieu cherche notre amitié et cela lui suffit… mais notre désir d’amitié doit être permanent. En toute circonstance et en tout lieu le Seigneur est avec nous… en toute circonstance et lieu nous nous sommes au Seigneur et nous demeurons en lui. C’est pour tout cela que nous avons pointé plus haut la persévérance. Persévérer, oui, persévérer dans cette amitié avec le Seigneur est essentielle. Si le sarment porte les grappes de la vigne, c’est parce qu’il est unis au cep, seul le sarment, ne peut rien produire. L’image est simple mais belle ! Oui, le sarment ne porte rien de lui-même. S’il porte des fruits, c’est parce que la sève et l’énergie vivifiante sont passées du cep aux sarments. Ce principe vivifiant ne vient pas de nous, il nous vient du Seigneur ressuscité que nous célébrons et invoquons dans cette eucharistie. En vie chrétienne, cette sève-là, vient de loin et de très profond.

 L’invitation est donc simple et vitale : demeurez en moi, soyez mes amis jusqu’au bout… car sans le Seigneur nous ressemblons à ces cep de vigne que nous utilisons pour faire le feu dans les champs ou dans les cheminées. Or, la seule fonction noble de la vigne est de porter des raisins gonflés de sucre, de matière première pour réjouir l’humanité et l’inviter à la fête.

  • C’est alors qu’intervient l’image de la taille, de l’émondage (du latin emundare nettoyer). En effet, si la vigne n’est pas taillée, élaguée, sa force se disperse ; trop de sarments, mais pas de fruits. Et s’il apparaît quelques grappes, celles-ci n’arrivent pas à maturité. La taille apparaît donc comme nécessaire et vitale. Le Vigneron, en taillant la vigne n’accomplit pas une opération sadique mais au contraire c’est un geste d’amour et de soin. Sans cette intervention , la vigne devient sauvage et inféconde. Vous savez bien comme terminent ces vignes-là.

Alors en vie chrétienne, si nous ne nous laissons pas élaguer, tailler par les mains amoureuses du Père, notre vie spirituelle risque de ressembler à une vigne sauvage : trop de sarments, peu ou pas de fruits… et ceux-ci seraient âpres et inféconds.

Le Seigneur est bon, ses mains sont douces… c’est nous qui résistons. Et lorsque nous résistons il y a de l’amertume, de la tristesse et de la douleur. Dans nos vies de baptisés, nous sommes passés par différentes étapes ou saisons. Entrons en nous-mêmes et reconnaissons que déjà le Seigneur nous a rendu féconds à maintes reprises, qu’il nous a taillé, élagués avec amour. C’est alors que la fécondité dans la fidélité et la persévérance a pu pointer son nez dans nos simples vies de disciples de Jésus… « La gloire de mon Père est que vous portiez du fruit et que vous demeuriez mes disciples ».

Roberto Gomez cm

Chapelle saint Vincent

Le 2 mai 2021

 

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Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

La crucifixion est en événement publique. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cris vers le père, le coup de lance etc. Par contre la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce que il n’y a pas eu des témoins.

Roberto Gomez

Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

Frères et sœurs : La crucifixion est en événement  public. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cri vers le père, le coup de lance, etc.  Par contre, la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce qu’il n’y a pas eu des témoins. Elle est de l’ordre de la foi, mieux encore, c’est la résurrection de Jésus qui rend possible la foi. Mais comment s’est-elle passé exactement la résurrection ? Personne ne peut le dire. On sait simplement que le tombeau est trouvé ouvert, d’autres parlent du tombeau vide, moi je préfère parler du tombeau ouvert. On sait aussi par les évangiles et par Paul qu’il y a eu des apparitions du ressuscité à plusieurs reprises : aux onze disciples, à Pierre, à Maire de Magdala… Luc conclura en disant : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24,34). Paul de son côté affirme : « En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur  et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La résurrection est au cœur  de la foi. Mais comment arriver à la foi en Jésus ressuscité ?

L’évangile de Jean que nous avons proclamé aujourd’hui insiste sur le fait que les chemins pour arriver à la foi pascale sont bien différents. La manière et le timing ne sont pas identiques. Trois personnages sont mis en avant avec leur propre itinéraire de foi : Marie de Magdala, Pierre et le disciple que Jésus aimait.

Commençons par ce dernier. Le disciple que Jésus aimait est celui qui court le plus vite, qui arrive le premier au tombeau et qui croit sans voir, sans preuves. Jean dit : « il entra dans le tombeau, il vit et il crut ». Qu’est-ce qu’il voit  donc dans ce tombeau ouvert et vide ? Des signes, simplement des signes… et ces signes lui font signe ; ce qu’il voit est signifiant  pour lui.  Quelle rapidité ! Nous pouvons en être jaloux ! Mais rappelez-vous la fidélité du disciple que Jésus aimait : il est le seul disciple mâle au pied de la croix. Les autres n’ont pas supporté la crucifixion, ils ont eu peur et ont fui. Rappelez-vous aussi qu’il a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus  et qu’il a pris la Mère de Jésus chez lui.

Passons au second personnage, à Pierre : il apparaît ici comme plus lourd et plus lent. Il est plus lent dans sa course au tombeau mais aussi dans la foi. Lui, il entre le premier dans le tombeau, constate de ses yeux que le corps inerte  de Jésus n’est plus là. Que les linges et le suaire sont là, bien disposés… mais ces signes ne lui font signe… Les signes, pourtant bien en évidence, ne le saisissent pas, ne lui rappellent rien. Il ne se souvient plus de l’Ecriture qui pourtant avait parlé de cela et de ce qui devait suivre à Jésus.  Il est comme anesthésié !!! Oui, on peut s’appeler Pierre, être le successeur de Jésus et avoir du mal à entrer dans la foi pascale. Selon Jean, il faudra que Pierre se rattrape de son triple reniement ; et qu’à trois reprises il confesse qu’il aime Jésus le bon pasteur, mort et ressuscité donnant sa vie pour ses brebis.

Puis, il y a Marie de Madeleine qui pleure et qui cherche ! Parmi les nombreuses figures féminines du quatrième évangile, Marie de Magdala est l’une des plus attachantes[1]. Elle est présente au pied de la croix de Jésus et  à sa sortie du tombeau. On pourrait dire qu’elle fait vraiment partie « des amis de Jésus » : fidèle dans l’épreuve comme dans le bonheur !

Marie de Magdala est la femme de l’amour gratuit et de l’amour de la première heure : « Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala  se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau » (20,1). Sa visite n’a pas de but précis, puisque à la différence des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), elle ne vient pas porter des aromates ; Nicodème l’a déjà fait à sa place. Les mains vides « elle vient seule, poussée par un profond désir, pour une ultime rencontre avec celui qu’elle aimait et qu’elle croit mort. Ainsi pourra-t-elle conduire son deuil  jusqu’à son terme[2]».

Marie de Magdala pleure la perte de Jésus, sa disparition. Elle est en deuil :  « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,2). Par la suite, elle constate l’absence, la perte de la visibilité du corps de son bien-aimé Jésus. Expérience universelle et douloureuse après la mort d’un être cher ! Mais elle pleure et « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau » (20,11). A ce moment-là, elle est incapable d’interpréter le tombeau vide comme un signe[3]. Elle est triste et le motif de sa peine tient dans « la radicale absence de son Seigneur : non seulement Jésus est mort, mais encore sa dépouille a disparue[4] ». Alors, des anges l’interrogent : « ‘Femme pourquoi pleures-tu ?’. Elle répondit : ‘on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis’ » (20,13). Combien elle a du mal à rentrer dans le mystère ! Jésus, qu’elle ne reconnaît pas l’interroge à son tour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (20,15). Le texte précise qu’elle se tourne en arrière, vers le passé. Le Christ ressuscité est devant ! Il faut encore qu’elle se retourne, qu’elle fasse un tour complet ; c’est-à-dire qu’elle se convertisse !

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu. L’aveuglement de Marie est riche de sens à un double niveau : d’une part, personne, même pas elle, ne peut accéder à la foi par ses seules forces ; d’autre part, seule la Parole du Christ peut remplir ce rôle, seul l’envoyé de Dieu peut susciter la foi. A ce moment-là, le Bon Pasteur du ch. 10, qui connaît ses brebis et dont les brebis connaissent la voix, l’appelle par son prénom : MARIA ! Elle, se retournant complétement, lui dit littéralement : « mon rabbi » ! Pour elle, le Ressuscité n’est personne d’autre que le Jésus terrestre réanimé, le Jésus d’avant la croix, c’est pour cela qu’elle veut le toucher, l’agripper ! Au lieu de rester là, à retenir le Christ, le Ressuscité lui ordonne de le lâcher car elle a mieux à faire ! Elle doit faire le deuil de ce corps à jamais perdu et rentrer dans une dimension pascale de la foi. C’est pour cela que l’on peut dire que « la foi pascale est la quête à corps perdu, d’un corps perdu[5] ! ». Cela veut dire, que la foi est une recherche de ce Jésus vivant, à jamais perdu, qui doit se faire avec tout l’être,  avec toute l’intelligence, avec toutes ses forces et toute son âme !

Marie de Magdala  devient alors missionnaire… La première missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle de la Résurrection à ceux qui sont devenus désormais frères de Jésus, parce qu’enfants du Père : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit » (20,17-18). Celle qui a commencé par la recherche d’un corps perdu, fini par aider à constituer un corps ecclésial, la famille du Ressuscité.

Nous aussi, nous sommes comme Marie de Magdala, parfois nous traversons des périodes de doute et avons l’impression d’avoir perdu le Seigneur. Alors,  même si cela semble difficile à comprendre, « Il nous faut perdre le Christ pour pouvoir le retrouver, incroyablement vivant  et étonnamment proche. Nous devons le laisser partir, nous désoler, pleurer son absence, pour pouvoir découvrir Dieu plus proche de nous que nous n’aurions su l’imaginer… Être désorientés, devenir comme Marie au jardin, ne sachant ce qui se passe, participe à notre formation. Sans quoi nous ne serions jamais surpris par une nouvelle intimité avec le Seigneur ressuscité[6] ».

Mes frères : les chemins vers la foi pascale sont divers, différents. L’important pour nous, c’est de chercher et même de ressentir une nostalgie brûlante lorsque nous perdons la foi  : « heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru »  (Jn 20, 29).

 

__________

[1] St Jean propose dans son évangile plusieurs femmes qui ont un rôle important : la Mère de Jésus, La Samaritaine, la femme adultère, Marthe et Marie, Marie de Magdala. 

[2] Cf. A. MARCHADOUR, Les personnages dans l’évangile de Jean. Miroir pour une christologie narrative, Paris, Cerf, 2011 (2° édition), p. 120.

[3] J. ZUMSTEIN, L’Évangile selon Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 271.

[4] Idem, p. 277.

[5] Expression utilisée souvent à l’oral par X. THEVENOT.

[6] Idem, p. 286.

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Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau… Homélie Veillée Pascale 2021. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici : « Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem¬blantes et hors d'elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

Roberto Gomez

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau… Homélie Veillée Pascale 2021. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

 

Chères sœurs, chers frères :  L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici :

« Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

J’aime cette finale, dite courte de l’évangile de Marc. Il est vrai qu’elle est surprenante, mais elle est très proche de la réalité.

Pourquoi les femmes s’enfuient-elles du tombeau ? Pourquoi tremblent-elles et sont toutes bouleversées ? Pourquoi se taisent-elles et ne disent rien à personne ?

En fait, la mission confiée par le jeune homme vêtu de blanc, les dépasse et les bouleverse. On ne peut pas dire la résurrection sans être touché au corps. On ne peut pas dire la résurrection sans d’abord être complétement bouleversé et transformé soi-même. Les deux verbes utilisés par l’évangile de Marc doivent être compris : tromos et extasis :  trembler et être bouleversé.

 Trembler et être bouleversé (tromos et extasis) : ces deux verbes sont très significatifs et il faut savoir vers quoi ils pointent. Lorsqu’une personne se met à trembler parce qu’elle a peur ou parce qu’elle expérimente une vive émotion, elle ne peut pas arrêter de trembler quand elle le veut. Il y a donc comme une perte de control de soi. C’est donc normal, compréhensible si les femmes sont toutes tremblantes devant une cette heureuse annonce de la résurrection du Christ qui les dépasse et les touche au corps. Les femmes sont aussi bouleversées, toutes retournées, hors d’elle mêmes littéralement. C’est le sens du mot extasis.  

La résurrection du Christ est tellement nouvelle et inimaginable, qu’il faut perdre les évidences et le contrôle de soi pour pouvoir assimiler l’énormité de la réalité signifiée par le tombeau vide, par le tombeau ouvert (je préfère) et par la parole du jeune homme.

En un mot, nous ne pouvons pas dire la résurrection du Christ de manière crédible s’il n’y a pas une transformation de tout l’être, s’il n’y a pas un  trouble profond et s’il n’y a pas un temps d’assimilation en profondeur. Comment dire aux onze et à Pierre la résurrection du Christ sans être touché au corps, aux entrailles ? Sans être transformés ?

Je pense que nous assistons dans le récit de Marc à une véritable pentecôte ! La pentecôte marcienne (de Marc). Pourquoi cela ? Le travail de l’Esprit n’est pas toujours en douceur. L’Esprit de Dieu bouleverse, transforme, nous fait perdre nos évidences, nous projette hors de nous-mêmes… c’est la seule manière de devenir vraiment de personnes spirituelles… Autrement, nous faisons semblant de nous laisser conduire par l’Esprit alors qu’en réalité, c’est nous qui conduisons nos vies en résistant à l’Esprit qui vient secouer, bouleverser.

Pour l’instant, les femmes ne disent rien… Comment je les comprend ! Il leur faut du temps pour assimiler, pour digérer et finalement  pour dire malgré elles, l’heureuse annonce qui les dépasse. N’est pas aussi notre réalité à nous ? Joyeuses Pâques !

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Homélie du troisième dimanche de l’Avent 2020. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

On entend dire partout : « on a sauvé Noël », « on a réussi à sauver Noël ». Les commerces sont accessibles, on peut acheter des cadeaux, les commerçants peuvent respirer un coup… Nous partageons tous cette joie. Cependant, comme nous ne sommes pas totalement naïfs nous savons que cette joie-là est petite, provisoire, temporelle et circonscrite !

Roberto Gomez

Homélie du troisième dimanche de l’Avent 2020. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Chères sœurs, chers frères :On entend dire partout : « on a sauvé Noël », « on a réussi à sauver Noël ». Les commerces sont accessibles, on peut acheter des cadeaux, les commerçants peuvent respirer un coup… Nous partageons tous cette joie. Cependant, comme nous ne sommes pas totalement naïfs nous savons que cette joie-là est petite, provisoire, temporelle et circonscrite ! Qui pourrait véritablement prétendre sauver Noël ? C’est le mystère de Noël qui nous sauve !!! Pour nous baptisés, il s’agit plutôt de se laisser sauver par la joie et par le mystère de l’Incarnation du Christ. Le Christ est le véritable et l’unique sauveur !

« Dimanche de gaudete », dimanche de la joie ! L’église tout entière est invitée à se réjouir par la proximité de la venue du Messie sauveur. Vous l’avez constaté, la liturgie de ce jour est une invitation pressante à la joie. Le prophète Isaïe de retour avec les exilés trésaille d’allégresse dans le Seigneur et exulte de joie. La Vierge Marie est toute à la joie en reconnaissant la miséricorde inépuisable de Dieu. Saint Paul lance une invitation : « soyez toujours dans la joie, rendez grâce en toute circonstance ». La prière d’ouverture de cette eucharistie prenait Dieu à témoin : « Tu le vois Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de  ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère… ».

Dans la Bible comme dans la vie humaine, la joie n’est pas assurée par les biens matériels. Il y a des riches tristes et des pauvres heureux ou des heureux pauvres. La joie est toujours dépouillée d’artifices. Elle ne prend pas sa source à l’extérieur du cœur de l’homme ; la joie est toujours intérieure, profonde, souvent secrète : « on peut organiser des fêtes, mais pas la joie », aimait dire le Pape Benoît XVI. Il serait ridicule de vouloir décréter la joie ou d’imposer la joie par décret.  La joie est quelque chose de spontané et d’intime. Elle vient de l’intériorité même si elle se nourri des événements extérieurs. La joie n’est pas non plus le contraire de la souffrance. On peut souffrir et être heureux ; les amoureux le savent : amour et souffrance vont de pair. Qui choisit d’aimer doit se préparer à souffrir… les parents le savent surtout ceux qui ont des enfants handicapés comprennent.

Alors frères et sœurs : qu’est-ce que la joie à laquelle nous convie ce temps de l’Avent à travers la Parole de Dieu et sa liturgie ? En fin de compte, quel est le secret de la joie chrétienne ? Dans l’évangile de Jean, Jean-Baptiste répondait à ses enquêteurs : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Il pointait déjà le mystère de l’amour de Dieu rendu présent dans la personne du Christ-Jésus venu dans notre histoire. Jean-Baptiste avait bondi de joie dans le ventre de sa mère Elisabeth lors de la Visitation. Il avait déjà ressenti la présence du sauveur, laquelle l’a fait tressaillir de joie. Jean-Baptiste rend témoignage de la Lumière de celui qui est venu se faire connaître des hommes en leur proposant son amitié. Rencontrer Dieu en son Fils Jésus-Christ, accepter son intimité et son amitié rend simplement heureux. La fête de Noël est la fête d’une rencontre, d’un rendez-vous que nous ne pouvons pas louper. Dieu se fait tout petit pour ne pas nous effrayer, il prend taille humaine pour que nous ne nous sentions jamais écrasés par lui. Cette présence divine dans nos vies, cette amitié avec le créateur nous rend heureux, la personne qui rencontre Dieu se trouve ainsi transformée, changée, ensemencée de grandeur, de beauté et d’éternité.

L’homme qui se laissé rencontrer par Dieu est heureux ; il est saisi par la beauté des choses simples et par un sens de la vie qui se passe souvent d’explications. Permettez-moi de partager avec quelque chose qui m’a ému cette semaine : une maman a donné à son petit une pièce pour qu’il la donne à son tour à un SDF. Le petit déposa délicatement la monnaie qu’il avait reçu sur la petite assiette de l’homme assis par terre à la sortie d’une boutique chic. Le regard du petit a croisé celui du bonhomme tout en un lui offrant le plus beau sourire qu’il a complété par un signe d’amitié avec ses deux pouces… Le visage du SDF a été illuminé par le sourire et le regard du petit, lequel était déjà parti heureux, sautillant, tout fier d’avoir rendu quelqu’un heureux ne serait-ce que pour un instant. Il y a des sourires qui consolent sans offenser ! La joie est quelque chose de simple et de spontané comme ce petit gamin.

Le temps de l’Avent réveille en nous le désir de l’amitié de Dieu. Cette amitié peut transformer nos vies même si elles traversent des épreuves et rencontrent la douleur. L’Avent n’est pas un temps triste. On l’a souvent confondu à tort avec le carême qui est un temps de pénitence. Non, l’Avent n’est pas un temps de pénitence, il est un temps pour l’attente, la conversion et donc pour le repos dans la joie. Mieux encore, ce temps qui précède Noël est un temps du désir. Désir de l’amitié de Dieu, désir de profiter de sa présence. Ce désir de Dieu se creuse en profondeur et nous met dans un état de joie sereine et tranquille en nous procurant le repos. Dans la liturgie des heures (le bréviaire) il y a un hymne qui dit ceci :

« Voici le temps du long désir où l’homme apprend son indigence. Chemin creusé pour accueillir celui qui vient sauver les hommes ».

Mes amis, réveillons ce désir de Dieu, désirons son amitié et son intimité. Il vient nous sauver non pas de l’extérieur mais à partir de notre profondeur. Ce désir de Dieu doit aller en se creusant, en s’approfondissant. Plus les années passent, plus le désir de Dieu doit s’intensifier. On pourrait dire alors que le grand âge est un Avant prolongé, les longues années sont une prolongation de l’Avant. Les chrétiens ne sont pas une communauté de personnes tristes ou alors on n’a rien compris à l’Évangile. Le pape François invite à ce que l’Église soit une Maison de joie, en elle les personnes tristes trouvent une véritable source de joie et d’espérance.

« La souffrance n’est pas le contraire de la joie, mais son combustible.

La joie est plus grande que la souffrance et la souffrance est dans la joie comme dans un candélabre, un brasier :

elle y brûle, tout en y demeurant étrangement intacte.

Séparer l’une de l’autre est illusoire : elles s’épousent dans le même buisson ardent »

Cassingena-Trévedy, Etincelles II, p. 16

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Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Roberto Gomez

Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Chères sœurs, chers frères : Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Peut-être que la pointe de cette parabole n’est ni le partage, ni la solidarité, ni la fraternité… Cette parabole pointe plutôt vers un moment définitif que chacun d’entre nous doit passer et elle nous avertit que dans ce moment définitif personne ne peut rien faire pour nous ! Oui, à la fin de nos vies nous aurons un face à face avec le Seigneur. Dans ce face à face nous nous présenterons tels que nous sommes, avec ce que nous avons cueilli, avec surtout ce que nous avons donné… à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour nous.

En effet, le texte de l’évangile de Matthieu que nous avons proclamé se situe vers la fin de celui-ci. Ces chapitres sont communément appelés « le Discours de la fin » ou « le discours eschatologique ». Jésus sait que l’heure est arrivée de passer de ce monde à son Père. Il doit affronter le scandale de sa passion. En maître responsable, il prépare ses disciples à tenir bon, à tenir leur place, à veiller « parce que nul ne connaît ni le jour ni l’heure ».

Les cinq filles de l’évangile appelés « prévoyantes » ont pu entrer à la fête de noces parce qu’elles étaient prêtes. L’huile étant un symbole de la persévérance, de l’attente et du désir qui ne s’épuise pas. Les autres filles, les « insouciantes » n’étaient pas prêtes et se retrouvent face à des portes closes. Leur désir s’est envolé, leur endormissement est plus profond et entre-temps la réserve d’huile s’est épuisée. Conséquence fatale : elles ne peuvent pas aller à la rencontre de l’époux qui arrive au milieu de la nuit. Rappelez-vous que dans le même évangile de Matthieu, Jésus avait dit à la foule et en particulier à ses disciples : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). Comment être lumière pour le monde si la flamme de la foi s’épuise faute de combustible.

Qu’avons-nous fait de notre foi, de notre baptême, de notre amitié avec le Seigneur ? Pour accomplir dans le monde notre mission des baptisés, il est important de se réveiller et d’éveiller en nous le désir de rester fidèles au Seigneur jusqu’au bout. « La sagesse ne se flétrit pas » avons-nous entendu dans la première lecture. Le Psaume de la messe nous faisait chanter : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ».

Frères et sœurs, ce langage de l’évangile est un peu déconcertant pour nous. Cependant il s’agit d’une belle métaphore nous invitant à persévérer dans la foi et dans l’amour, à tout faire pour que dans ce moment de solitude, nous puissions nous présenter humblement et confiants devant notre créateur en lui disant je n’ai peut-être pas fait grand-chose mais j’ai su garder ma lampe allumée en signe d’un amour et d’un désir qui ne se sont pas complétement éteints malgré l’obscurité, la nuit ; malgré la longue attente. Très souvent nous sommes tentés d’abandonner notre foi, de nous compromettre dans la spirale de la violence, de déserter nos convictions, de vivre comme si Dieu n’existait pas… et de rejeter l’évangile parce que trop exigent ou apparemment inopérant. Cependant, nous avons à tenir bon ! A garder nos yeux ouverts et nos lampes allumées. A être des sages avisés qui savent discerner, agir et demeurer fidèles à leur vocation de disciples et amis de Jésus.

Permettez-moi, de vous raconter une anecdote de mon enfance, certes très personnelle mais qui m’a beaucoup marqué. Vivant à la campagne en Colombie, je ne pouvais pas aller à la messe tous les dimanches. Comme vous, chers amis qui suivez la messe à la radio, nous aussi à la maison, nous écoutions religieusement la messe à la radio. Je me souviens que le prêtre disait chaque dimanche au début de chaque homélie ceci : « aujourd’hui nous sommes plus prêts de l’éternité que la semaine dernière ». J’entends encore le timbre de sa voix… Cette phrase ne m’effrayait pas, ne m’a jamais fait peur, mais elle a mis dans ma tête cette idée que plus tard j’ai transformé, voire améliorée en lisant la petite Thérèse de Lisieux : « un jour je serai interrogé sur l’amour ».

Oui, nous savons qu’un jour en pleine nuit, une voix déchirante nous réveillera pour nous présenter devant notre créateur. Je souhaite, désire, j’espère qu’à ce moment-là, notre lampe brillera toujours.

Seigneur ne nous lasse pas tomber en panne sèche ! Amen

 

Roberto Gomez cm

Le 8 novembre 2020

Rue du Bac

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