Lettre de l’Avent 2019 : ” Hymne à la Providence “

L’Eglise nous offre des moments privilégiés dans l’année, des pauses en cours de route, pour nous aider à approfondir notre compréhension du pèlerinage de notre vie et à trouver un sens à chaque jour, voire chaque minute, qui constitue ce chemin.

Tomaz Mavric

Lettre de l’Avent 2019 : ” Hymne à la Providence “

Mes très chers confrères : La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Pour chacun de nous, la vie est un pèlerinage. Nous sommes constamment en mouvement. Ce pèlerinage n’est pas tant un déplacement physique d’un endroit à un autre mais un déplacement intérieur de nos pensées, réflexions, perceptions sensorielles et de notre prière.

L’Église nous offre des moments privilégiés dans l’année, des pauses en cours de route, pour nous aider à approfondir notre compréhension du pèlerinage de notre vie et à trouver un sens à chaque jour, voire chaque minute, qui constitue ce chemin. Nous apprenons à être de plus en plus attentifs aux événements quotidiens, aux personnes que nous rencontrons, aux pensées et aux émotions qui surgissent et à la nature – arbres, fleurs, rivières, montagnes, animaux, soleil, lune, etc. – qui nous entoure. Notre attention et notre sollicitude s’étendent progressivement à toute l’humanité et à l’univers entier.

L’Avent est un de ces temps forts. En cette période privilégiée de l’année, nous poursuivons notre réflexion sur les éléments qui ont façonné la spiritualité vincentienne et ont conduit saint Vincent de Paul à devenir un mystique de la Charité. En plus de ceux sur lesquels nous avons réfléchi au cours des trois dernières années, un autre fondement de la spiritualité vincentienne est la Providence.

Les termes suivants pourraient exprimer l’essence de la Providence : « l’orientation de Jésus pour ma vie », « le projet de Jésus pour ma vie », « la recette de Jésus pour une vie pleine de sens ».

La Providence fait son chemin dans notre être, notre esprit et notre cœur à une condition : celle de la confiance. Avoir confiance en «  l’orientation  de Jésus pour ma  vie », « le projet de Jésus pour ma vie », « la recette de Jésus pour une vie  pleine de  sens ». Nous nous mettons entre les mains de Jésus, confiants que son orientation pour notre vie est la meilleure possible, son projet pour notre vie est le meilleur projet possible et sa recette est le meilleur modèle possible pour une vie pleine de sens.

La Providence aura de l’effet dans notre vie en fonction de la profondeur de notre confiance en Jésus. Plus notre confiance en Jésus sera profonde, plus nous permettrons à la Providence d’accomplir des miracles dans notre vie. Plus nous nous mettons entre les mains de Jésus, plus nous sommes en mesure de lire les événements quotidiens, les rencontres et les lieux comme des moyens à travers lesquels Jésus nous parle. Plus nous arrivons à faire confiance au projet de Jésus pour nous, même lorsque ce qui se passe est assez incompréhensible ou même très douloureux, plus nous compterons sur la Providence. Nous placer entre les mains de Jésus et lui faire pleinement confiance nous aide à laisser la Providence agir en nous dans toutes les circonstances de la vie.

Le fait de nous « abandonner » entre les mains de Jésus dans toutes les situations change notre regard. Nous n’évaluerons pas les événements de la vie comme bons ou mauvais moments, mais nous les considèrerons à travers la personne de Jésus, en lui faisant totalement confiance, et nous les reconnaîtrons comme « le moment favorable ». Ce choix fera disparaitre deux termes de notre vocabulaire : « destin » et « hasard ». Nous nous rendrons compte qu’ils ne sont pas cohérents avec notre manière de comprendre l’Evangile et Jésus.

L’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus et la confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté, le positif et le sens de chaque événement. Cela s’oppose à un regard sur les événements simplement à travers nos yeux, notre esprit et nos sentiments humains. Dans ce cas, la mentalité de destin et de hasard souligne le négatif et cache la beauté, le positif et le sens de tout ce qui nous touche et nous façonne.

Une merveilleuse expression de cette confiance en la Providence se trouve dans une belle prière écrite par le bienheureux Charles de Foucauld, après sa profonde conversion personnelle qui l’a conduit sur des chemins inattendus sur lesquels il ne pouvait se fier qu’à Dieu. Souvent appelée « prière d’abandon », elle traduit son désir plénier de se mettre entre les mains du Père, conformément au modèle de l’abandon de Jésus entre les mains de son Père, et de devenir un instrument permettant au Père de faire ce qu’il veut de lui. Il est prêt à tout, accepte tout et remet son âme entre les mains du Père, sans réserve et avec une confiance illimitée :

Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures, je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père.

Trois cents ans plus tôt, la Providence était devenue l’un des piliers de la spiritualité de saint Vincent de Paul. En parcourant ses lettres et ses conférences, la fréquence avec laquelle saint Vincent parle de la Providence nous frappe. La Providence a été l’un des facteurs clés qui ont façonné Vincent pour faire de lui la personne, le saint que nous connaissons. Son chemin de conversion, du Vincent de son enfance, de sa jeunesse et de ses premières années de sacerdoce, au Vincent qui a accueilli la Providence et que nous appelons saint, n’a pas été facile.

Il avait ses propres projets et sa propre idée du rôle du prêtre, ses propres ambitions et ses objectifs égoïstes. Cependant, il en vint à renoncer à sa propre volonté, à mettre Jésus au premier plan, à se fier entièrement aux projets de Jésus et non aux siens, et à « chanter » fréquemment et de différentes manières ce que nous pourrions appeler un « Hymne à la Providence ». En fait, ce changement radical en soi fut un miracle. Saint Vincent, faisant totalement confiance à la Providence, devint lui-même Providence pour les autres, pour les pauvres. C’était le point culminant d’une union mystique, non pas d’une union mystique abstraite, mais d’une union mystique qui provoquait une réponse affective et effective.

 Je voudrais offrir à votre méditation un extrait de la composition de Vincent d’un

« Hymne à la Providence », fruit de sa réflexion sur les expériences de sa vie.

 « … qu’il y a de grands trésors cachés dans la sainte Providence et que ceux- là honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent et qui n’enjambent pas sur elle ! »[1]

« … abandonnons-nous à la divine Providence ; elle saura bien ménager ce qu’il nous faut »[2].

« … repassant par-dessus toutes les choses principales qui se sont passées en cette compagnie, il me semble, et c’est très démonstratif, que, si elles se fussent faites avant qu’elles l’ont été, qu’elles n’auraient pas été bien. Je dis cela de toutes, sans en excepter pas une seule. C’est pourquoi j’ai une dévotion particulière de suivre pas à pas l’adorable providence de Dieu. Et l’unique consolation que j’ai, c’est qu’il me semble que c’est Notre-Seigneur seul qui a fait et fait incessamment les choses de cette petite compagnie » [3].

« Donnons cependant cela la conduite de la sage providence de Dieu. J’ai une dévotion spéciale de la suivre ; et l’expérience me fait voir qu’elle a tout fait dans la compagnie et que nos providences l’empêchent » [4].

« La grâce à ses moments. Abandonnons-nous à la providence de Dieu et gardons-nous bien de la devancer. S’il plaît à Notre-Seigneur me donner quelque consolation en notre vocation, c’est ceci : que je pense qu’il me semble que nous avons tâché de suivre en toutes choses la grande providence et que nous avons tâché de ne mettre le pied que là où elle nous a marqué »[5].

« La consolation que Notre-Seigneur me donne, c’est de penser que, par la grâce de Dieu, nous avons toujours tâché de suivre et non pas de prévenir la Providence, qui sait si sagement conduire toutes choses à la fin que Notre- Seigneur les destine »[6].

« Nous ne pouvons mieux assurer notre bonheur éternel qu’en vivant et mourant au service des pauvres, entre les bras de la Providence et dans un actuel renoncement de nous-mêmes, pour suivre Jésus-Christ »[7].

« Soumettons-nous à la Providence ; elle fera nos affaires en son temps et en sa manière »[8].

« Ah ! Messieurs, demandons bien tous à Dieu cet esprit pour toute la Compagnie, qui nous porte partout, de sorte que, quand on verra un ou deux missionnaires, on puisse dire : « Voilà des personnes apostoliques sur le point d’aller aux quatre coins du monde porter la parole de Dieu. » Prions Dieu de nous accorder ce cœur il y en a, par la grâce de Dieu qui l’ont, et tous sont serviteurs de Dieu. Mais aller là ! Ô Sauveur ! N’être point arrêté, ah ! c’est quelque chose ! Il faut que nous ayons ce cœur, tous un même cœur, détaché de tout, que nous ayons une parfaite confiance en la miséricorde de Dieu, sans sonner, s’inquiéter, perdre courage. « Aurai-je ceci en ce pays-là ? Quel moyen ? » O Sauveur ! Dieu ne nous manquera jamais ! Ah ! Messieurs, quand nous entendrons parler de la mort glorieuse de ceux qui y sont, ô Dieu ! qui ne désirera être en leur place ? Ah ! qui ne souhaite de mourir comme eux, d’être assuré de la récompense éternelle ! O Sauveur ! y va-t-il rien de plus souhaitable ! Ne soyons donc pas liés à ceci ou à cela ; courage ! allons où Dieu nous appelle, il sera notre pourvoyeur, n’appréhendons rien. Or sus, Dieu soit béni ! »[9]

Au début de ce temps de l’Avent, inspirons-nous de la prière d’abandon du bienheureux Charles de Foucauld. Notre saint Fondateur, saint Vincent de Paul, et tous les autres bienheureux et saints de la Famille vincentienne ont incarné une confiance absolue en Jésus dans leur propre vie et, à leur époque et dans leur milieu, ils ont composé un « Hymne à la Providence ». Puissions-nous à notre tour composer notre propre « Hymne à la Providence ».

Notes

[1] Coste I, 68, L. 31 à Louise de Marillac

[2] Coste I, 356, L. 245 à Robert de Surgis

[3] Coste II, 208, L. 559 à Bernard Codoing

[4] Coste II, 418-419, L. 678 à Bernard Codoing

[5] Coste II, 453, L. 704 à Bernard Codoing

[6] Coste II, 456, L. 707 à Bernard Codoing

[7] Coste III, 392, L. 1078 à Jean Barreau

[8] Coste III, 454, L. 1109 à René Alméras

[9] Coste XI, 291-292, Conférence 135, Répétition d’oraison du 22 août 1655

Lettre du Supérieur Général pour le temps de l’Avent. A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Lettre du Supérieur Général pour le temps de l’Avent

A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Mes très chers confrères, La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous ! Dans ma première lettre pour la fête de saint Vincent, il y a deux ans, je vous ai écrit à propos de saint Vincent de Paul, mystique de la Charité. Lorsque nous réfléchissons sur saint Vincent en tant que mystique de la Charité et que nous essayons de suivre son exemple à cet égard, nous devons nous rappeler qu’il n’était pas un mystique au sens courant du terme, tel que l’Eglise le décrit habituellement. Vincent de Paul était un mystique, mais un mystique de la Charité. Avec les yeux de la foi, il a vu, contemplé et servi le Christ dans la personne des pauvres. Lorsqu’il touchait les plaies des personnes marginalisées, il croyait qu’il touchait les plaies du Christ. Quand il répondait à leurs besoins les plus profonds, il était convaincu qu’il adorait son Seigneur et son Maître.

En ce temps de l’Avent, je veux vous entretenir sur l’une des principales sources à laquelle Vincent a puisé en tant que mystique de la Charité : l’oraison quotidienne. Il a exhorté tous les groupes qu’il a fondés ou fréquentés : les membres laïques des Confréries de la Charité, les Prêtres et les Frères de la petite Compagnie, de la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité, les Dames de la Charité, les Prêtres des Conférences des mardis, à boire chaque jour à la source de l’oraison.

L’une des phrases les plus citées de saint Vincent, tirée d’une conférence donnée aux membres de la Congrégation de la Mission, exprime avec éloquence l’attitude de Vincent :

Donnez-moi un homme d’oraison, et il sera capable tout ; il pourra dire avec le saint Apôtre : « Je puis toutes choses en Celui qui me soutient et qui me conforte » (Ph 4,13). La  congrégation  de  la  mission  subsistera  autant  de  temps  que  l’exercice de l’oraison y sera fidèlement pratiqué, parce que l’oraison est comme un rempart inexpugnable, qui mettra les missionnaires à couvert contre toutes sortes d’attaques [1].

Vincent parlait de l’oraison quotidienne. Il a affirmé à ses disciples :

Donnons-nous bien tous à cette pratique de l’oraison, puisque c’est par elle que nous viennent tous les biens. Si nous persévérons dans notre vocation, c’est grâce à l’oraison ; si nous réussissons dans nos emplois, grâce à l’oraison ; si nous ne tombons pas dans le péché, grâce à l’oraison ; si nous demeurons dans la charité, si nous sommes sauvés,tout cela grâce à Dieu et à l’oraison. Comme Dieu ne refuse rien à l’oraison, aussi il n’accorde presque rien sansoraison [2].

Pour encourager ses fils et ses filles à faire oraison, il a repris beaucoup de métaphores employées couramment par les auteurs spirituels de son époque. Il leur disait que l’oraison est pour l’âme ce que la nourriture est pour le corps [3]. Elle est une « fontaine de jouvence » où nous sommes vivifiés [4]. Elle est un miroir dans lequel nous voyons toutes nos taches et nous ajustons pour nous rendre plus agréables à Dieu [5]. Elle est un rafraîchissement au milieu de notre difficile labeur quotidien au service des pauvres [6]. Elle est une prédication, dit-il aux missionnaires, qu’on se fait à soi-même [7]. Elle est un livre de ressources pour le prédicateur dans lequel il peut trouver des vérités éternelles à transmettre au peuple de Dieu [8]. Elle est une douce rosée, qui rafraîchit l’âme chaque matin, dit-il aux Filles de la Charité [9].

Vincent exhortait sainte Louise de Marillac à bien former les jeunes Sœurs à l’oraison [10]. Il leur a donné de nombreuses conférences pratiques sur le sujet. Il assurait les Sœurs que l’oraison est, en fait, très facile et que c’est comme si on s’entretenait avec Dieu pendant une demi-heure. Il disait que si certains sont ravis de pouvoir parler au roi, nous devrions nous réjouir de pouvoir parler cœur à cœur avec Dieu tous les jours [11].

L’oraison, pour Vincent, est une conversation avec Dieu, avec Jésus, dans laquelle nous exprimons nos sentiments les plus profonds (il a appelé cette prière « affective ») et dans laquelle nous cherchons à savoir ce que Dieu nous demande chaque jour, en particulier pour notre service des pauvres. Elle se caractérise par une profonde gratitude pour les nombreux dons de Jésus, en particulier notre vocation à servir les pauvres. Il en résulte des résolutions sur la manière dont nous pourrions mieux les servir dans l’avenir. Pour certains, et même pour beaucoup, elle fait place à une contemplation silencieuse de l’amour que Jésus nous porte et de son amour pour les pauvres et, cela nous pousse à lancer des « traits d’amour » qui « pénètrent les cieux » et touchent le cœur de Notre-Seigneur [12].

Pour Vincent, le sujet principal de l’oraison était la vie et l’enseignement de Jésus. Il a insisté sur le fait que nous devions revenir sans cesse aux « mystères » de l’humanité de Jésus : sa naissance, ses relations avec Marie et Joseph, les événements de son ministère public, ses miracles, son amour préférentiel pour les pauvres. Il nous exhortait à méditer dans les Ecritures les actions et les enseignements de Jésus [13]. Parmi les enseignements de Jésus, il a particulièrement attiré l’attention sur le Sermon sur la Montagne [14]. Surtout, il conseillait l’oraison centrée sur la passion et la croix de Jésus [15].

La méthode enseignée par saint Vincent était celle de saint François de Sales.[16] Il n’y a apporté que de légères modifications. Il était plus sobre que François de Sales lorsqu’il parlait de l’utilisation de l’imagination. Tout en valorisant la prière affective, il a vigoureusement insisté sur la nécessité de résolutions concrètes. Surtout lors de ses conférences aux Filles de la Charité, il entremêlait agréablement la sagesse spirituelle et le bon sens. Il a mis en garde les Sœurs de cultiver de « belles pensées » qui ne mènent à rien. Il a mis en garde les prêtres contre l’utilisation de l’oraison comme temps d’étude spéculative.

 

La méthode proposée par saint Vincent de Paul comportait trois étapes :

 

1. La préparation

  1. Premièrement, nous nous mettons en présence de Dieu. Cela peut être fait de différentes manières : considérer Notre Seigneur présent dans le Saint Sacrement, penser à Dieu régnant sur l’univers, réfléchir à la présence de Dieu dans notre cœur.
  2. Ensuite, nous demandons de l’aide pour bien prier.
  3. Enfin, nous choisissons un sujet d’oraison, tel un mystère de la vie de Jésus, une vertu, un passage de l’Ecriture ou un jour de fête.

2. Le corps de l’oraison

  1. Nous méditons sur le sujet choisi.
  2. Si le sujet est une vertu, nous recherchons les motifs pour aimer et pratiquer cette vertu. S’il s’agit d’un mystère de la vie de Jésus, par exemple, la passion, nous imaginons ce qui s’est passé et méditons sur sa signification.
  3. En méditant, nous exprimons à Dieu ce qu’il y a dans notre cœur (par exemple, l’amour du Christ qui a tant souffert pour nous, le chagrin du péché, la gratitude). Au fond, Vincent encourageait ses disciples à :
      • réfléchir sur le sujet de l’oraison,
      • identifier les motifs pour l’accueillir,
      • prendre des résolutions concrètes pour le mettre en pratique.

3. Conclusion

Nous remercions Dieu pour ce temps de l’oraison et pour les grâces que nous y avons reçues. Nous présentons à Dieu les résolutions que nous avons prises. Ensuite, nous demandons de l’aide pour les réaliser.

L’oraison quotidienne est un élément indispensable de notre spiritualité. Saint Vincent était absolument convaincu de son importance dans notre vie et notre service auprès des pauvres. Il la qualifiait de « l’âme de nos âmes » [17] et il pensait que sans elle, nous ne pourrions pas persévérer malgré les difficultés inhérentes à notre service des plus abandonnés.

Par cette lettre de l’Avent, je voudrais encourager chaque membre de la Congrégation à s’engager ou de conserver son engagement à faire tous les jours une demi-heure de méditation. Je voudrais insister pour que vous fassiez cette demi-heure de méditation avec vos frères en communauté, vous aidant ainsi l’un l’autre à boire ensemble à la même fontaine. J’insiste pour que vous n’écourtiez pas cette demi-heure (15 ou 20 minutes), mais de poursuivre la méditation durant une demi-heure.

Dans les Règles Communes, Vincent nous recommande de méditer une heure par jour. En appliquant cetterecommandation, nous pouvons trouver une autre demi-heure durant la journée et poursuivre notreméditation.

Vincent a reconnu qu’il y a plusieurs façons de faire oraison et a encouragé leur pratique. Certains utiliseront sûrement d’autres méthodes que celle qu’il a souvent enseignée et que j’ai décrite plus haut. Bien que les confrères puissent employer d’autres méthodes d’oraison, il est de la plus grande importance pour nous que chaque membre de la Petite Compagnie, la Congrégation de la Mission, connaisse et garde présente à l’esprit la méthode que Saint Vincent de Paul nous a donnée et que nous avons apprise au Séminaire Interne. En fin de compte, le plus important est que nous engagions notre esprit et notre cœur dans une conversation méditative avec Jésus et que nous le fassions quotidiennement et avec persévérance.

Dans nos Constitutions et nos Règles Communes, la liste des sujets de méditation fréquente est longue :

  • la relation de Jésus avec Dieu son Père
  • son amour effectif et compatissant pour les personnes marginalisées.
  • le Royaume qu’il a annoncé
  • la communauté qu’il forme avec les Apôtres
  • sa prière
  • la présence du péché dans le monde et en nous
  • l’empressement de Jésus à pardonner
  • son pouvoir de guérison
  • son attitude de serviteur
  • son amour de la vérité/simplicité
  • son humilité
  • sa soif de justice
  • son amour humain profond pour ses amis
  • son désir d’apporter la paix
  • son combat contre la tentation
  • la croix
  • la résurrection
  • l’obéissance de Jésus à la volonté du Père
  • la douceur de Jésus
  • la mortification
  • le zèle apostolique
  • la pauvreté
  • le célibat
  • l’obéissance
  • la joie et l’action de grâces de Jésus.

Tous ces sujets sont liés à notre mission auprès des pauvres. Tous nous aideront à suivre Vincent, mystique de la Charité. Quelle merveilleuse opportunité nous est donnée pour revivre, dès cet Avent, l’oraison quotidienne qui fera partie de notre vie spirituelle jusqu’à notre départ de cette terre pour l’éternité !

Que notre oraison soit toujours fondée sur la Bible, sur les lectures de la liturgie du jour. Ne passons pas le temps de l’oraison à lire un livre spirituel. Nous avons la possibilité de faire notre lecture spirituelle à un autre moment de la journée.

Méditer, c’est se placer devant Dieu, devant Jésus, grâce à sa Parole. C’est mettre notre cœur à la disposition totale de Jésus, lui permettant de nous parler tandis que nous écoutons. C’est nous mettre à l’écoute de ce que Jésus voudrait nous dire chaque jour. C’est faire confiance à la Providence pour lutter contre toutes les tentations d’éviter ou d’omettre l’oraison quotidienne. C’est simplement être avec Jésus tous les jours dans le silence de notre esprit et de notre cœur, même si notre esprit reste vide et que nous avons l’impression que rien n’a été accompli, que nous avons perdu une demi-heure à ne rien faire, car Jésus ne nous a communiqué aucune idée, aucun sentiment ou message. C’est simplement croire à la manière dont Jésus communique avec Dieu, son Père. Il a souvent passé toute la nuit en prière. C’est simplement manifester à Jésus notre amour total pour lui, le lui manifester en étant simplement avec lui, prêts, à tout moment et de la manière que la Providence jugera juste, à ce que Jésus nous communique son message. C’est simplement être là tous les jours, prêts pour le moment que Jésus jugera bon, pour ne pas laisser passer le moment de grâce, ne pas manquer la visite de Jésus.

De plus en plus, durant ses dernières années, Vincent prononçait des paroles extatiques sur l’amour de Dieu. Elles découlaient clairement de son oraison. Le 30 mai 1659, il a prié à haute voix lors d’une conférence aux confrères :

Regardons le Fils de Dieu ; oh ! Quel cœur de charité ! Quelle flamme d’amour ! Mon Jésus, dites-nous, vous, un peu,s’il vous plaît, qui vous a tiré du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que vous y avez reçus. O Sauveur ! Ô source de l’amour humilié jusqu’à nous et jusqu’à un suppliceinfâme, qui en cela a plus aimé le prochain que vous-même ? Vous êtes venu vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse pour nous ; y a-t-il un amour pareil ? Mais qui pourrait aimer d’une manière tant suréminente ? Il n’y a que Notre-Seigneur qui soit si épris de l’amour des créatures que de quitter le trône de son Père pour venir prendre un corps sujet aux infirmités Et pourquoi? Pour établir entre nous par son exemple et sa parole la charité du prochain. C’est cet amour qui l’a crucifié et qui a fait cette production admirable de notre rédemption. O messieurs, si nous avions un peu de cet amour, demeurerions-nous les bras croisés ? Ceux que nous pourrions assister, les laisserions nous périr ? Oh ! Non, la charité ne peut demeurer oisive ; elle nous applique au salut et à la consolation des autres [18].

Peu de saints ont été aussi actifs que saint Vincent, mais son action découlait de sa profonde immersion en Dieu, en Jésus. Quelle chance nous avons d’avoir un Fondateur aussi extraordinaire !

Que Dieu vous comble de ses bénédictions durant ce temps de l’Avent.

 Votre frère en Saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général🔸

En fin de compte, le plus important est que nous engagions notre esprit et notre cœur dans une conversation méditative avec Jésus et que nous le fassions quotidiennement et avec persévérance.

Notes :

Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, Coste XI, p. 83 ; Conférence 67, « Sur l’oraison ».
2 Coste XI, 407 ; Conférence 168, Répétition d’oraison du 10 août 1657.
3 Coste IX, 416 ; Conférence 37, « Sur l’oraison » du 31 mai 1648.
4  Ibid. 418.
5  Ibid. 417.
6 Coste IX, 402 ; Conférence 36, « Sur le bon usage des Instructions » du 1er mai 1648.
7 Coste XI, 84 ; Conférence 68, « Sur l’oraison ».
8 Cf. Coste XII, 15; Conférence 181, Répétition d’oraison « Sur l’œuvre des ordinands » [1658].
9 Coste IX, 402 ; Conférence 36, « Sur le bon usage des Instructions » du 1er mai 1648
10 Coste IV, 47 ; Lettre 1240 à sainte Louise [entre 1647 et 1651].
11 Coste IX, 116 ; Conférence 15, « Explication du règlement » du 14 juin 1643.
12 Coste IX, 37 ; Conférence 5, « Sur la fidélité au lever et à l’oraison » du 16 août 1640.
13 Cf. Règles communes de la Congrégation de la Mission I, 1.
14 Coste XII, 118 ; Conférence 197, « Des maximes évangéliques » du 14 février 1659.
15 Coste IX, 50 Conférence 7, « Sur le jubilé » du 15 octobre 1641.
16 Coste X, 587; Conférence 105, « Lever, oraison, examens et autres exercices » du 17 novembre 1658.
17 Coste IX, 416 ; Conférence 37, « Sur l’oraison » du 31 mai 1648.
18 Coste XII, 264-265 ; Conférence 207, « De la charité » (Règles communes, Chapitre II, Article 12) du 30 mai 1659.

Message du Père Tomaž Mavrič, CM, supérieur général des Lazaristes, pour la fête de Saint-Vincent de Paul

Message du Père Tomaž Mavrič, CM, supérieur général des Lazaristes, pour la fête de Saint-Vincent de Paul

Comme d’habitude à cette époque de l’année, le Père Tomaž Mavrič, CM, 25ème Supérieur Général de la Congrégation de la Mission et Compagnie des Filles de la Charité, envoie une lettre à la Famille Vincentienne à l’occasion de la fête. de Saint Vincent de Paul, que l’Eglise universelle célèbre le 27 septembre de chaque année.

À cette occasion, le Père Mavrič nous invite à approfondir notre connaissance des saints, des bienheureux et des serviteurs de Dieu de la Famille Vincentienne, en renouvelant notre relation avec eux, qui sont des modèles vivants du charisme vincentien.

Rome, le 3 septembre 2018

A tous les membres de la Famille vincentienne

Mes chers frères et sœurs en saint Vincent,

La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

En cette année 2018, nous célébrons la fête de saint Vincent pour la première fois au début du cinquième siècle du charisme vincentien. Une fois encore, je voudrais proposer comme premiers pas sur ce chemin les deux initiatives suivantes :

  1. Renouveler et approfondir notre relation avec les Saints, les Bienheureux et les Serviteurs de Dieu de la Famille vincentienne du monde entier, en tant que modèles du vécu du charisme vincentien.
  2. Renouveler et approfondir la « culture des vocations ».

La Famille vincentienne est actuellement présente dans 156 pays à travers le monde. Pour commémorer la fête de saint Vincent de Paul dans les communautés, paroisses, écoles, universités et autres services et projets dans lesquels les différentes branches de la Famille vincentienne sont engagées, au début du cinquième siècle du charisme vincentien, je vous encourage à vous concentrer cette année sur le premier point :

Approfondir notre relation avec les Saints, les Bienheureux et les Serviteurs de Dieu de la Famille vincentienne.

Pour ce faire, j’invite chaque œuvre mentionnée ci-dessus des différentes branches à choisir un Saint, Bienheureux ou Serviteur de Dieu de la Famille vincentienne et à faire une présentation sur lui au sein du groupe donné. Ensuite, développez un plan concret pour présenter le Saint, Bienheureux ou Serviteur de Dieu que vous avez retenu à votre voisinage, village, quartier ou tout autre lieu que vous aurez choisi en dehors de votre communauté ou groupe. Présenter un membre de la Famille vincentienne, dont la vie est un modèle de l’incarnation du charisme dans le lieu et le moment de l’histoire que Dieu lui a donné de vivre pour poursuivre la mission, sera un moyen merveilleux de partager l’héritage, la spiritualité et le charisme de saint Vincent de Paul.

Voici quelques recommandations complémentaires pour développer ce projet :

1. Réfléchissez sur la liste de tous les Saints, Bienheureux et Serviteurs de Dieu de la Famille vincentienne.

2. Choisissez, selon votre bon jugement, celui qui, dans votre environnement ou lieu de service, parle le mieux aux personnes à qui vous le présenterez.

3. Formez une petite équipe chargée de préparer le projet qui :

a) étudiera le meilleur moyen de communiquer la vie, la spiritualité et le charisme de celui qui aura été choisi,

b) développera des outils pour présenter l’information au moyen de PowerPoint, feuillets, Internet, médias sociaux, YouTube, Instagram, etc.

4. Encouragez d’une manière particulière les jeunes à marcher sur ses pas, par exemple en considérant une vocation à la vie consacrée en tant que Sœur, Frère ou Père (approfondissant ainsi la culture des vocations).

5. Si vous ne parvenez pas à préparer ou à lancer l’initiative à l’occasion de la fête de saint Vincent de Paul, mettez en place une équipe chargée de la coordonner et annoncez-la le jour de sa fête en précisant comment, où et quand vous allez développer le projet et faire les différentes présentations.

6. Encouragez les autres à prier par l’intercession de ce Saint, Bienheureux ou Serviteur de Dieu pour divers besoins et à avoir confiance en son intervention auprès de Dieu, soyez ouverts aux grâces, aux miracles, à la guérison de l’âme et du corps et aux conversions. A cette fin, composez une prière par l’intercession du Saint, du Bienheureux ou du Serviteur de Dieu choisi et indiquez une adresse postale ou mail où les personnes peuvent communiquer les grâces reçues. Cela aidera également à mener à bien les procès de canonisation ou béatification de nos Bienheureux et Serviteurs de Dieu. Beaucoup parmi eux ont encore besoin qu’un miracle soit présenté à la Congrégation pour la Cause des Saints afin que leur sainteté soit reconnue officiellement par l’Eglise.

7. Envoyez-nous des informations, de courts articles avec des images, sur famvin.org ou cmglobal.org afin de partager votre initiative avec toute la Famille vincentienne.

Saint Vincent lui-même a exprimé aux confrères ses pensées sur l’intercession des saints :

… il dit à la Compagnie qu’elle devait s’élever à Dieu en ce saint jour de tous les saints et lui demander ses grâces et les besoins d’un chacun en particulier et pour la Compagnie en général. « Voyez-vous, dit-il, Notre-Seigneur a coutume de verser ses grâces en plus grande abondance en ce jour sur les fidèles qui les lui demandent comme il faut, et cela par l’entremise de tous les saints ; car, comme il y a plus d’intercesseurs pour nous auprès de Dieu, aussi ne devons-nous pas douter que les grâces qu’il verse sur les fidèles en ce jour, ne soient bien plus abondantes qu’aux autres fêtes particulières des saints. Ce que nous devons donc faire, Messieurs et mes frères, c’est de remercier sa divine Majesté de tous les dons et grâces qu’elle a eu agréable de faire à tous les saints en général qui sont là-haut au ciel, et à chacun d’eux en particulier, du bon usage qu’ils ont fait de ces mêmes grâces, de la persévérance qu’ils ont eue à la pratique des bonnes œuvres jusqu’à la fin ; remercier Dieu de tout cela et de ce qu’ils ont si bien pratiqué cette première leçon que Notre-Seigneur a enseignée à eux et à nous : bienheureux sont les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (Mt 5,3) »[1].

Votre frère en saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

La Famille vincentienne est actuellement présente dans 156 pays à travers le monde. Pour commémorer la fête de saint Vincent de Paul dans les communautés, paroisses, écoles, universités et autres services et projets dans lesquels les différentes branches de la Famille vincentienne sont engagées, au début du cinquième siècle du charisme vincentien, je vous encourage à vous concentrer cette année sur le premier point :

Approfondir notre relation avec les Saints, les Bienheureux et les Serviteurs de Dieu de la Famille vincentienne.

Explications :

POUR PLUS D’INFORMATION faire click

[1] Coste XI, 433, Répétition d’oraison du 1er novembre 1657

Festival du Film “Trouver Vincent 400”. Castel Gandolfo, Italie, 18-21 octobre 2018

Festival du Film “Trouver Vincent 400”

Castel Gandolfo, Italie, 18-21 octobre 2018

” Trouver Vince 400 ” (FV400) est une compétition et un festival pour toutes les personnes. Il s’inspire du 400è anniversaire de la naissance du Charisme de Saint Vincent de Paul au services des pauvres. En tant qu’élément de la Célébration de la Famille Vincentienne pour cet événement, FV400 fait partie de l’initiative de le Famille Vincentienne visant à mondialiser la Charité.

Notre Objectif : Premier et encourager les “storytellers” du XXIè siècle et inviter le public à changer leur point de vue sur la pauvreté dans nos communautés en regardant des films qui en parlent autrement ; en éveillant l’imagination et en partageant notre Charisme grâce à une créativité inspirée par la vision Vincentienne de la “mondialisation de la Charité”

Comment participer :

1er concours: Graines d’espoir

Tous les moins de 18 ans sont invités à créer des GRAINS d’ESPOIR. Nous les invitons à utiliser toute expression créative (histoire, poème, image, sculpture, musique, etc.) qui inspire un service direct aux pauvres. Les artistes sélectionnés par le jury gagneront un voyage et seront invités et se rendre à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018.

 

2e concours : Ecriture de scénarios (scénario)

Trouver Vince 400, un conteur (Storyteller), un concours de scénaristes: Cinq scénaristes recevront un voyage à Rome et une subvention pour produire leur scénario pour un court métrage. Ces courts métrages seront diffusés pour la première fois à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018.

 

3e Concours: courts métrages ou longs métrages

Vous êtes invités à soumettre votre court ou long métrage à Finding Vince 400. Le jury sélectionnera des films qui inspirent un service direct aux pauvres et changent notre point de vue sur la pauvreté. Ces films seront passés pour la première fois à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018. Les artistes choisis par le jury seront invités et se rendre à cet événement.

Finding Vince 400 🔸

Pour plus d’information :

www.fv400.com/francais/

https://www.facebook.com/FindingVince/

https://filmfreeway.com/FV400

Homélie 200e anniversaire de l’arrivée des confrères à l’actuelle “Maison-Mère”. Fête de la Conversion de Saint Paul et fondation de la Congrégation de la Mission

Homélie 200e anniversaire de l’arrivée des confrères à l’actuelle “Maison-Mère”. Fête de la Conversion de Saint Paul et fondation de la Congrégation de la Mission

Homélie prononcée lors de la messe à la chapelle saint Vincent de Paul le 25  janvier 2018. A cette occasion les Lazaristes de la Province de France célébraient la clôture de l’Année Jubilaire Vincentienne

 

Lectures : Ac 22, 3-16 ou Ac 9, 1-22 ; Mc 16, 15-18.

Chapeau

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer le 200ème anniversaire de l’arrivée des confrères dans cette maison, peu de temps après le rétablissement de la Congrégation, après la Révolution française. Je suis heureux de savoir que vous allez marquer ce bicentenaire par d’autres événements et festivités. La Congrégation de la Mission est présente ici, à la rue de Sèvres, depuis 200 ans, et je suis certain que ceux qui fréquentent cette Chapelle voudront participer à quelques-unes de ces activités.

Nous clôturons aussi l’année jubilaire, durant laquelle nous avons célébré le 400ème anniversaire du charisme vincentien. Avec l’Église, nous marquons la fête de la Conversion de Saint Paul. Comme vous le savez tous, Saint Vincent de Paul a toujours considéré ce jour comme étant celui de la fondation de la Congrégation, parce qu’à cette date, il y a 401 ans, il a prêché ce qu’il appelait le premier sermon de la mission.

La première lecture d’aujourd’hui nous donne un compte rendu de la conversion de Saint Paul. Luc inclut trois versions dans ses Actes. Dans la première, Luc se rappelle le moment où cela s’est passé, peu de temps après la mort d’Etienne et la persécution qui a suivi. Pendant cette période, Paul, alors Saul, s’efforçait de détruire le nouveau Chemin. Cependant, à cause de sa rencontre avec Jésus sur la route vers Damas, il cessa de persécuter les adeptes du Seigneur pour devenir le plus grand missionnaire de l’Église, l’Apôtre des Gentils.

Paul, lui-même, raconte les deux dernières versions de cet événement, d’abord dans son procès devant les Juifs et ensuite au roi Agrippa quand il fut emprisonné à Césarée. Pourquoi Paul répète-t-il cette histoire ? Je crois que c’est parce que cette rencontre personnelle avec Jésus a été le tournant de sa vie. Il désirait le garder toujours frais dans son esprit. Il pouvait bien s’en être rappelé à plusieurs reprises, et l’avoir partagé avec d’autres plus souvent que les trois fois racontées dans les Actes des Apôtres. Cette rencontre personnelle avec Jésus signifiait tout pour lui. Elle a littéralement changé sa vie.

Vincent de Paul a eu deux moments semblables dans sa vie. Le premier, nous le célébrons aujourd’hui, c’est l’anniversaire de son sermon dans l’église de Folleville, qu’il donna, à la demande insistante de Madame De Gondi, après avoir reconnu la pauvreté spirituelle de la population rurale. Le deuxième, comme nous le savons, se passa sept mois plus tard, dans la ville de Châtillon-les-Dombes, quand il se rendit compte de leur pauvreté matérielle. Ces deux événements ont transformé sa vie et il racontait fréquemment ce qui était arrivé. Il rappelle l’histoire de la confession du paysan de Gannes quatre fois dans les conférences aux confrères et une fois dans une conférence aux Filles de Charité. Il raconte l’histoire de Châtillon deux fois aux premières Sœurs. Ces moments-là sont ceux que nous connaissons, mais on pourrait dire avec certitude que ce ne furent pas les seuls moments où il se souvint de l’histoire de ces deux expériences. Elles étaient beaucoup trop importantes dans sa vie pour ne pas se les rappeler fréquemment.

Avons-nous une histoire semblable à raconter ? Avons-nous eu une rencontre personnelle avec Jésus, une conversion qui a marqué significativement qui nous sommes et ce que nous faisons de notre vie ? Je suis certain que oui, bien que peut-être elles ne soient pas aussi spectaculaires que celles de Paul et de Vincent. Néanmoins, nous devons aussi continuer à nous souvenir de ce moment, à le partager peut-être avec d’autres, comme une manière de le revivre, de louer et remercier Jésus de son action dans notre vie.

Pour nous en tant que missionnaires, l’Évangile d’aujourd’hui est tout à fait approprié puisqu’il est précisément l’envoi en mission des apôtres par Jésus, après sa résurrection, « Allez dans le monde entier et proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). Parce que nous sommes appelés à suivre Jésus Christ, Evangélisateur des pauvres, notre mission est de leur annoncer la Bonne Nouvelle. Si Vincent n’avait pas choisi, pour notre devise, la citation d’Isaïe, qui se trouve dans Luc 4, 18, il pourrait avoir choisi cette citation de Marc. Il nous rappelle certainement notre appel missionnaire.

Notre année jubilaire a commencé à des dates différentes dans plusieurs pays du monde, et donc, elle s’est clôturée à diverses dates. Cependant, nous considérons aujourd’hui, 25 janvier 2018, la date officielle de clôture. Par conséquent, aujourd’hui marque également le début du cinquième siècle du charisme vincentien. L’histoire des quatre siècles passés nous laisse à croire que, si nous sommes fidèles, le Seigneur Jésus ne manquera pas de bénir la Congrégation de la Mission et la Famille vincentienne tout entière. Il y a eu, bien sûr, beaucoup de hauts et de bas, des joies et des peines pendant les 400 années passées. Néanmoins, Dieu continue de susciter des missionnaires selon son esprit. Vincent lui-même a encouragé ses confrères à cet égard :

« Donnons-nous à Dieu, Messieurs, pour aller par toute la terre porter son saint Evangile ; et en quelque part qu’il nous conduise, gardons-y notre poste et nos pratiques jusqu’à ce que son bon plaisir nous en retire. Que les difficultés ne nous ébranlent pas ; il y va de la gloire du Père éternel et de l’efficacité de la parole et de la passion de son Fils. Le salut des peuples et le nôtre propre sont un bien si grand, qu’il mérite qu’on l’emporte, à quelque prix que ce soit ; et n’importe que nous mourions plus tôt, pourvu que nous mourions les armes à la main ; nous en serons plus heureux, et la Compagnie n’en sera pas plus pauvre, parce que sanguis martyrum semen est Christianorum [le sang des martyrs est la semence des chrétiens]. Pour un missionnaire qui aura donné sa vie par charité, la bonté de Dieu en suscitera plusieurs qui feront le bien qu’il aura laissé à faire »[1].

Prions donc pour que nous, ainsi que ceux qui suivent nos pas, puissions rester fidèles à notre appel pour un autre 100, 200, 400 ans et au-delà, aussi longtemps que Jésus continuera de nous envoyer porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18).

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

L’histoire des quatre siècles passés nous laisse à croire que, si nous sommes fidèles, le Seigneur Jésus ne manquera pas de bénir la Congrégation de la Mission et la Famille vincentienne tout entière. Il y a eu, bien sûr, beaucoup de hauts et de bas, des joies et des peines pendant les 400 années passées. Néanmoins, Dieu continue de susciter des missionnaires selon son Esprit.

NOTES :

[1] SV XI p. 412-413, Extrait d’Entretien n° 170.

 

TOUTES LES CONFÉRENCES ET PARTAGES DE CES JOURNÉES DE CÉLÉBRATION (24 ET 25 JANVIER 2018) APPARAÎTRONT DANS LE PROCHAIN CAHIERS SAINT VINCENT – BULLETIN DES LAZARISTES DE FRANCE DU MOI DE MAI 2018
Pout toute information vous pouvez envoyer un courrier au P. Benoît Kitchey CM à l’adresse mail : benoitkitchey@hotmail.com