Lettre du Supérieur Général à l’occasion de la prochaine béatification des martyrs vincentiens

Lettre du Supérieur Général à l’occasion de la prochaine béatification des martyrs vincentiens

Le P Tomaž Mavrič cm, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, écrit une lettre à la famille Vincentienne les invitant à préparer et à participer à la béatification des 60 martyrs de la Famille Vincentienne qui aura lieu le 11 novembre 2017 à Madrid.

BEATIFICATION DE NOUVEAUX MARTYRS VINCENTIENS ESPAGNOLS

Aux membres de la Famille Vincentienne,

C’est cela être chrétien ! ce courage que nous devons avoir pour souffrir et mourir, si cela l’exige pour Jésus-Christ » (SVP XI, 215). Paroles de Vincent face à la mort d’un jeune majorquin à Alger.

Chers Frères et chères Soeurs,

Nous venons de prendre connaissance de la lettre du Cardinal Archevêque de Madrid, Carlos Osoro Sierra, qui nous apprend une grande nouvelle pour toute la Famille Vincentienne en Espagne et dans le monde entier : le 11 novembre seront béatifiés à Madrid 60 témoins de la foi, jusqu’à verser leur sang, qui appartiennent tous à notre grande Famille. Ils se distribuent ainsi :

  • 40 Missionnaires de la Congrégation de la Mission (24 prêtres et 16 Frères coadjuteurs)
  • 5 Prêtres diocésains du diocèse de Murcia, assesseurs des diverses associations de laïcs de notre famille.
  • 2 Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul
  • 7 Laïcs Fils de Marie.
  • 6 Chevaliers de la Médaille Miraculeuse.

Tous ont été martyrisés durant la persécution religieuse qui eut lieu durant la guerre civile espagnole des années 1936 à l’année 1939. La béatification coïncide heureusement avec le 400ème anniversaire du début du charisme vincentien dans l’Eglise.

Nous savons tous comme Saint Vincent, à travers des expériences décisives vécues à Folleville et à Châtillon, a découvert la nécessité de la mission et de la charité. Ce sont les voies qui conduiront la Famille Vincentienne à sa plénitude et à sa sainteté. Car, dans un contexte missionnaire et d’option pour les personnes dans le besoin identiques, doit se rencontrer le témoignage courageux de ces nouveaux martyrs. Ils ont sereinement confessé leur foi en Jésus-Christ ressuscité et ont courageusement défendu les valeurs de l’Evangile. Ils sont même parvenus à l’acte héroïque du pardon de ceux qui les condamnaient, imitant Jésus-Christ. « il n’y a pas d’acte d’amour plus grand que le martyr », affirmait notre Fondateur dans une occasion particulière.

Le martyr de ces 60 vincentien est un don, une grâce et un exemple qui nous dynamise notre fidélité. « bienheureux lorsque l’on vous insulte, lorsque l’on vous persécute où l’on vous calomnie. Soyez heureux parce que Dieu vous offrira une grande récompense » (Mt 5, 11-12). Dans notre monde marqué par le caprice, les projets à court terme et la recherche du bien-être à tout prix, ces nouveaux martyrs deviennent référence qui nous parlent de ka beauté d’une vie remise à Dieu et au service des autres jusqu’à ses ultimes conséquences. Il est évident que le témoignage du martyr ne s’improvise pas ; il est le résultat de toute une vie orientée par l’Evangile, ou en d’autres termes, le martyr est le fruit le plus éclatant de la fidélité constante, un acte héroïque de personnes mures et de chrétiens convaincus et cohérents.

Nous n’aurons probablement aucun à affronter le martyr sanglant. Les persécutions se font aujourd’hui de manière « plus civilisées ». cependant, nous sommes tous appelés à cultiver et affermir notre fidélité, la valeur qui est à la base de tout martyr. Pour nous, la fidélité, entendue de façon dynamique, sera ce qui maintiendra vif notre vocation d’évangélisateur et de serviteurs des pauvres. La béatification des nouveaux martyrs du 11 novembre et cette année jubilaire peuvent nous stimuler à croître dans la « fidélité créatrice ». soyons capables, de déplier notre vocation de façon créative dans un monde traversé par l’incroyance, la méconnaissance de Jésus-Christ et la misère de millions de personnes. Ce don quotidien est ce que l’Eglise et le monde attend de nous vincentiens.

Prenez bien soin de votre vie – conseille Vincent à un missionnaire-, contentez-vous de la dépenser peu à peu dans l’amour divin; elle n’est s votre, lais de l’auteur de la vie, dans l’amour dans lequel vous devez la conserver jusqu’à ce que vous la remettiez, à moins que vous n’ayez l’occasion de la donner, comme ce bon prêtre de quatre-vingt ans, que l’on vient de faire martyr en Angleterre dans un cruel supplice » (SVP II, 156).

Comme Saint Vincent, nous aussi pensons que la Famille Vincentienne e se fragilise pas avec la mort sanglante de plusieurs de ses fils et filles. Pour l’histoire de l’Eglise nous savons que c’est le contraire qui advient. Tertulien ne faisait remarquer au IIèmesiècle : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». l’Eglise s’est agrandie grâce à la prédication silencieuse de ses saints martyrs. Et notre Famille de la même façon. « pour un qui recevra le martyr, beaucoup d’autres viendront ; leur sang sera comme une semence qui donnera du fruit et un fruit abondant » (SVP IX, 1089).

Fraternellement en Saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur général 🔸

Soyons capables, de déplier notre vocation de façon créative dans un monde traversé par l’incroyance, la méconnaissance de Jésus-Christ et la misère de millions de personnes. Ce don quotidien est ce que l’Eglise et le monde attend de nous vincentiens

Lettre publiée sur :

http://cmglobal.org/fr/2017/06/07/le-superieur-general-nous-ecrit-a-loccasion-de-ka-prochaine-beatification-des-martyrs-vincentiens/1 – texte

Lettre du Supérieur Général : A tous les membres de la Congrégation de la Mission – A toutes les Filles de la Charité – A tous les membres de la Famille vincentienne


Lettre du Supérieur Général

A tous les membres de la Congrégation de la Mission

A toutes les Filles de la Charité

A tous les membres de la Famille vincentienne

Chers Confrères, Soeurs et membres de la Famille Vincentienne,

La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Il a récemment été porté à notre attention que les informations concernant le calendrier liturgique vincentien actualisé ne vous ont été jamais été communiquées. Apparemment, la lettre à traduire s’est égarée entre deux bureaux de la Curie généralice de la Congrégation de la Mission. Nous regrettons ce retard à vous faire parvenir cette information, que vous auriez dû recevoir au mois d’avril dernier

  • Par conséquent, je vous envoie maintenant le calendrier liturgique vincentien actualisé. Le calendrier liturgique vincentien est approuvé pour la Congrégation de la Mission et les Filles de la Charité. Il n’est pas réservé à la Famille vincentienne.
  • Le changement de date, du 15 mars au 9 mai, pour célébrer la solennité de sainte Louise de Marillac vous a été communiqué l’an dernier.
  • Un autre changement de date concerne la célébration de la mémoire de saint François-Régis Clet. Elle est passée du 18 février au 9 juillet. La raison de ce changement est de joindre ce mémorial à celui des autres martyrs de la même catégorie dans le calendrier universel. Etant donné qu’il s’agit du calendrier propre, nous avons le privilège de mentionner d’abord le nom de saint François-Régis Clet, suivi de celui d’Augustini Zhao Rong et ses compagnons.
  • Au 28 juillet, vous trouverez le nom d’un saint qui n’est pas vincentien. En fait, dans le calendrier universel la mémoire de saint Pierre Chrysologue tombe le 30 juillet. Or, afin de pouvoir maintenir la date du 30 juillet pour saint Justin de Jacobis, nous avons dû insérer le nom de saint Pierre Chrysologue à une autre date dans notre calendrier. Cela se produit uniquement lorsque nous avons une mémoire qui coïncide avec celle d’un autre saint dans le calendrier universel.
  • Vous remarquerez que certaines mémoires sont devenues des mémoires facultatives dans le calendrier actuel. Cependant, ce sont des mémoires obligatoires pour le pays d’origine du bienheureux ou du saint. Cela ne signifie pas que d’autres ne doivent pas célébrer ces mémoires.
  • Il nous a été suggéré d’enlever la fête de la Conversion de saint Paul (le 25 janvier) de notre calendrier propre, car il s’agit d’une fête universelle. Cependant, il a été accordé qu’elle reste dans notre calendrier car nous avons déjà des prières approuvées pour cette fête de la Congrégation.
  • Lorsque les noms des martyrs ne sont pas mentionnés dans le calendrier vincentien officiellement approuvé (par exemple le 26 juin), nous avons la liberté de mentionner tous les noms qui se trouvent dans l’ordo.

Je vous remercie de votre attention à ces changements. Que Dieu bénisse chacun de nous alors que nous continuons de célébrer l’année jubilaire marquant la naissance de notre charisme.

Votre frère en saint Vincent.

Rome, 8 mars 2017

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général🔸

Tout au long de l’année l’Église nous invite à célébrer les saints en proclamant le mystère pascal du Christ qu’ils ont vécu dans tout leur être. La liturgie souligne l’importance de la relation qui nous unit à eux dans leur diversité et leur unité. Elle nous les propose en exemples et fait appel à leur intercession.

CFC – Liturgie

Lettre de Carême – 2017 – du Supérieur Général à tous les membres de la Congrégation de la Mission


LETTRE DE CARÊME

A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Mes chers confrères,

La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Au début de cette lettre, je voudrais saisir l’occasion pour remercier chacun de vous de tout cœur pour vos nombreux vœux de Noël et du Nouvel An que j’ai reçus par poste, e-mail ou par les différents médias sociaux ! J’admire votre témoignage et votre service héroïques en des moments difficiles et dans des régions éloignées du globe. Mon cœur est avec chacun de vous, vous accompagnant tous les jours de mes pensées et de mes prières. Le temps du Carême est tout proche !

Dans la première lettre que je vous ai adressée en tant que Supérieur Général, en la fête de notre fondateur le 27 Septembre, j’ai commencé à réfléchir sur nos principales sources d’inspirations en plus de la sainte Bible : nos Règles Communes et nos Constitutions. La lettre de l’Avent en était un prolongement. Dans la lettre de Carême de cette année, j’aimerais continuer dans la même ligne, en réfléchissant sur les Règles Communes et les Constitutions. En fait, les Règles Communes et les Constitutions seront la base et la source de toutes les réflexions des lettres des temps forts liturgiques de l’Avent et du Carême, aussi bien que de la lettre pour la fête de notre Fondateur, durant les six prochaines années qui nous conduiront à notre Assemblée Générale de 2022.

Dans les deux précédentes lettres, j’exprimais le désir profond de mon cœur, encourageant et demandant à chaque membre de notre « Chétive Compagnie » d’embrasser nos Règles Communes et nos Constitutions comme un instrument indispensable pour le développement de notre vocation, pour notre chemin de sainteté, et pour la mission confiée à chacun de nous par Jésus, Evangélisateur des pauvres !

Voilà déjà cinq mois écoulés depuis la publication de la première lettre.

Vincent lui-même, à la fin des Règles Communes, demande à chacun de nous de les lire chaque trimestre. Nous avons à présent nos Constitutions, ainsi que nos Règles Communes. Comme je l’ai fait dans les deux dernières lettres, j’aimerais poser de nouveau à chacun de nous, dans cette lettre de Carême, les questions suivantes :

  • Est-ce que je porte avec moi mes Règles Communes et mes Constitutions ensemble avec ma Bible et mon Bréviaire ?
  • Comme je le fais avec ma Bible et mon Bréviaire, est-ce que je lis et médite un petit passage des Règles Communes ou des Constitutions chaque jour ?
  • Depuis la fête de Saint Vincent de Paul, il y a cinq mois de cela, est-ce que j’ai pu commencer une lecture priée et méditée des Règles Communes ou des Constitutions de façon à les terminer au bout d’un trimestre ?

Chers confrères, de tout mon cœur j’encourage chacun de nous à nous aider mutuellement à poursuivre ce chemin, ou à nous y réembarquer. Comme je l’ai fait dans ma lettre de l’Avent, j’aimerais une fois de plus encourager tous les Visiteurs, ainsi que les Supérieurs locaux, à être source d’inspiration, d’encouragement, et d’exemple pour leurs confrères tant au niveau local que provincial.

Si les réponses aux questions ci-dessus sont négatives, suis-je capable de m’interroger sur les raisons pour lesquelles je n’ai pas commencé les tâches mentionnées ci-dessus ? Pourquoi est-ce que je ne prends dans mes mains nos sources fondamentales d’inspiration pour suivre le charisme et la spiritualité de Saint Vincent ?

Etant donné que l’identité d’un missionnaire, d’un membre de la Congrégation de la Mission, est si importante pour notre mission, j’espère et je prie qu’il ne se trouve pas un seul confrère dans toute la Congrégation de la Mission qui ne lise et médite un petit passage de nos Règles Communes et de nos Constitutions personnellement ou en communauté chaque jour.

Dans ma lettre de l’Avent, j’ai médité sur « l’Incarnation » comme l’un des principaux mystères de la spiritualité de saint Vincent de Paul. Dans la lettre de Carême de cette année, je voudrais réfléchir avec vous sur le mystère de la « Sainte Trinité » comme un autre des principaux mystères de la spiritualité de saint Vincent.

Saint Vincent écrit dans les Règles communes :

Notre Congrégation étant obligée par la bulle de son érection d’honorer d’une façon toute particulière, les ineffables mystères de la Très Sainte Trinité et de l’Incarnation, nous tâcherons de nous acquitter de ce devoir avec très grand soin, et, si cela se peut, en toutes manières, mais principalement en faisant ces trois choses : 1° en produisant souvent du fond du cœur des actes de foi et de religion sur ces mystères ; 2° en offrant tous les jours à leur honneur quelques prières et bonnes œuvres, et particulièrement en célébrant leurs fêtes avec le plus de solennité et de dévotion qu’il nous sera possible ; 3° en nous étudiant soigneusement à faire, soit par nos instructions, soit par nos exemples, que les peuples les connaissent, les honorent, et les aient en grande vénération (Règles Communes X, 2).

Dans nos Constitutions, nous pouvons lire :

Témoins et messagers de l’amour de Dieu, nous devons témoigner une particulière dévotion et réserver un culte spécial aux mystères de la Trinité et de l’Incarnation (Constitutions IV, 48).

Quel est le message de la Sainte Trinité pour moi personnellement, pour la communauté où je vis et à laquelle j’appartiens, pour les personnes que Jésus m’envoie servir ?

Jésus nous aide à comprendre la Sainte Trinité : l’identité, la mission et le dessein du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Jésus nous aide à comprendre la relation qui existe entre les trois Personnes, le lien intime qui les unit et l’influence de la Trinité sur chaque personne individuellement ainsi que sur la société dans son ensemble.

Au fur et à mesure que nous découvrons et développons, avec la grâce de Dieu, un lien indissoluble entre la Trinité et chaque personne, entre la Trinité et la communauté, entre la Trinité et l’humanité, nous nous rapprochons de plus en plus du modèle parfait de « relations » qui sont les composants fondamentaux de nos vies. Nous n’avons pas été créés comme des îles, séparées les unes des autres, mais comme des êtres sociaux et comme famille, de telle façon que, dans la profondeur de notre être, nous sommes un avec Dieu, c’est à dire avec la Trinité et entre nous.

La Trinité reste un mystère pour nous. Jésus nous a transmis ce que nous savons sur le Père, le Fils et l’Esprit. Jésus nous a présenté la Trinité comme le modèle parfait de « relations ».

Notre réflexion sur la Trinité doit être accompagnée par la volonté et l’objectif d’incarner ce modèle parfait de « relations » dans la situation de vie concrète dans laquelle je me trouve, dans la communauté où je vis et à laquelle j’appartiens, avec les personnes que Jésus m’envoie servir.

La Sainte Trinité est le modèle parfait de « relations » ! Jésus nous montre l’idéal.

  • La relation réciproque entre le Père et le Fils.
  • La relation réciproque entre le Père et l’Esprit.
  • La relation réciproque entre le Fils et l’Esprit.
  • La relation Père, Fils et Esprit.

Que pouvons-nous voir dans ces « relations » ?

  1. Nous pouvons voir que l’attention est toujours portée sur l’autre personne et non sur elle-même.
  2. Nous pouvons voir que la priorité est toujours accordée à l’autre et non à elle-même.
  3. Nous pouvons voir que la louange, la reconnaissance, l’admiration sont toujours offertes à l’autre personne et non à elle-même.
  4. Nous pouvons voir que chacune des trois Personnes de la Trinité exprime toujours la nécessité de collaboration avec l’autre pour remplir la mission.
  5. Nous pouvons voir que chacune des trois Personnes de la Trinité exprime toujours clairement qu’il serait insuffisant et inefficace pour chacune d’elle d’agir seule.

Que me dit le modèle des relations au sein de la Trinité sur ma propre vie dans :

  1. ma relation à Dieu,
  2. ma relation à la communauté,
  3. ma relation avec ceux que Jésus m’envoie servir ?

Parce que nous ne sommes pas des îles, mais que nous appartenons à la famille humaine, les « relations » sont une part inséparable de notre mission. Le modèle idéal de la Trinité que Jésus nous a laissé est le modèle à suivre.

Saint Vincent de Paul a fait du modèle idéal de la Sainte Trinité, l’un des fondements de sa spiritualité. En ce temps de Carême, nous sommes invités à avancer pour nous rapprocher du modèle parfait de « relations » que Jésus nous donne.

Si chacun de nous donne la priorité à l’autre, le place avant lui-même, avant ses propres désirs, avant ses propres intérêts, avant ses propres souhaits personnels ; si chacun fait attention à l’autre, partage du temps, des pensées, des expériences, des difficultés, des doutes, des souffrances, des joies, etc. en suivant le modèle parfait de « relations de la Trinité », alors quelqu’un fera de même pour chacun de nous. Ainsi prendra forme un ensemble merveilleux et miraculeux de relations où, ensemble, nous réaliserons la mission confiée par Jésus de la meilleure façon et le plus efficacement possible.Pour nous aider à méditer sur ce modèle parfait de « relations », utilisons deux autres passages de saint Vincent sur la Trinité, ainsi qu’une brève réflexion du Père Getúlio Mota Grossi, CM :

” Etablissons-nous en cet esprit, si nous voulons avoir en nous l’image de l’adorable Trinité, si nous voulons avoir un saint rapport au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Qu’est-ce qui fait l’unité et la comité en Dieu, si ce n’est l’égalité et la distinction des trois personnes ? Et qu’est-ce qui fait leur amour, si ce n’est leur ressemblance ? Et si l’amour n’était entre eux, qu’y aurait-il d’aimable ? dit le bienheureux évêque de Genève. L’uniformité est donc en la Sainte Trinité : ce que le Père veut, le Fils le veut ; ce que le Saint-Esprit fait, le Père et le Fils le font ; ils agissent de même ; ils n’ont qu’une même puissance et une même opération. Voilà l’origine de la perfection et notre modèle. Rendons-nous uniformes ; nous serons plusieurs comme si nous n’étions qu’un, et nous aurons la sainte union dans la pluralité. Si nous en avons déjà un peu, et non pas assez, demandons à Dieu ce qui nous manque, et voyons en quoi nous différons les uns des autres pour tâcher de nous ressembler tous et de nous égaler ; car la ressemblance et l’égalité engendrent l’amour, et l’amour tend à l’unité. Tâchons donc d’avoir tous les mêmes affections et un même agrément pour les choses qui se font, ou se laissent faire parmi nous (Conférence 206 du 23 mai 1659 De l’uniformité, Coste XII, 256-257).

Vivez ensemble comme n’ayant qu’un cœur et une âme (cf. Actes 4,32), afin que par cette union d’esprit vous soyez une véritable image de l’unité de Dieu, comme votre nombre représente les trois personnes de la très Sainte Trinité.

Je prie à cet effet le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, qu’il soit pareillement le vôtre, qu’il vous donne une profonde paix dans les contradictions et les difficultés, qui ne peuvent être que fréquentes autour des pauvres ; mais souvenez-vous aussi que c’est là votre croix, avec laquelle Notre-Seigneur vous appelle à lui et à son repos. Tout le monde estime votre emploi, et les gens de bien n’en reconnaissent pas sur la terre un plus honorable, ni plus saint, quand il est fait avec dévotion”. (Lettre du 30 juillet 1651 à Sœur Anne Hardemont, à Hennebont, Coste IV, 235-236).

La dévotion de saint Vincent à la Trinité n’était pas un exercice intellectuel mais une recherche de son cœur. Elle l’a conduit et nous conduit, comme Congrégation qui vit encore le charisme du fondateur, à une double expérience :

  • Imiter les relations entre les trois Personnes. Comme l’Eglise et dans l’Eglise, la Congrégation trouve dans la Trinité le principe suprême de son action et de sa vie (Constitutions II, 20). Nous sommes appelés à être une image de la Trinité, le Dieu d’Amour miséricordieux et compatissant (cf. Conférence 152 du 6 août [1656] Sur l’Esprit de Compassion et de Miséricorde, Coste XI, 340), le Dieu des pauvres, des petits, des plus faibles, à qui nous sommes destinés par notre charisme. Cela est vrai pour nous, pour les Filles de la Charité et pour toute la Famille vincentienne.

Appelés à l’union dans l’amour, l’uniformité dans la pluralité, la communion de vie, l’unité dans la diversité des dons, animés par l’Esprit Saint, envoyés comme Jésus pour la charité missionnaire et évangélisatrice des pauvres, un charisme inspiré par l’Esprit à Saint Vincent, donné à la Compagnie et dont nous sommes les héritiers, nous sommes invités à une fidélité créative au charisme, à la suite de Jésus, Evangélisateur des pauvres.

  • Par conséquent, notre dévotion à la Trinité, comme celle de saint Vincent, doit être reliée à la mission (cf. Conférence 118 du 23 mai 1655, répétition d’oraison, Coste XI, 180-182), à la proclamation du mystère de l’amour de Dieu pour les pauvres, pour leur salut (cf. ibid., 181). Le Verbe s’est incarné par amour, envoyé par le Père (cf. Jean 3,16), conçu par le Saint-Esprit (cf. Luc 1,35) dans le sein de Marie et consacré par le même Esprit pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Dans le Verbe incarné, présent dans les pauvres, saint Vincent a vu la manifestation la plus parfaite de l’amour de Dieu (cf. Jean 3,16 ; 14,9), l’amour préférentiel du Dieu trinitaire pour les petits de ce monde (Getúlio Mota Grossi, CM).

Nous célébrons le 400e anniversaire du charisme de saint Vincent de Paul. Que cette année jubilaire nous apporte des fruits en abondance ! Avec une confiance totale en la Providence, par l’intercession de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse, de saint Vincent de Paul et de tous les saints et bienheureux de la Famille vincentienne, nous poursuivons le chemin intérieur vers nous-mêmes, et extérieur vers nos communautés et les personnes que Jésus nous envoie servir, vers ceux qui ne connaissent peut-être pas encore le charisme ou vers ces endroits où le charisme n’a pas encore pris racine.

J’espère et je prie pour que les célébrations de la Semaine Sainte, de Pâques et du temps pascal de cette année apportent un surcroît de joie et de sens pour nous et notre mission tandis que nous méditons sur la Trinité et cheminons vers le modèle parfait de « relations ».

Continuons de prier les uns pour les autres !

Votre frère en saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM🔸

Notre réflexion sur la Trinité doit être accompagnée par la volonté et l’objectif d’incarner ce modèle parfait de « relations » dans la situation de vie concrète dans laquelle je me trouve, dans la communauté où je vis et à laquelle j’appartiens, avec les personnes que Jésus m’envoie servir.

Tomaž Mavrič, CM

Le Supérieur Général ouvre l’année du 400e anniversaire du charisme vincentien


Le Supérieur Général ouvre l’année

du 400e anniversaire du charisme vincentien

Rome, le 25 janvier 2017, à tous les Confrères de la Congrégation de la Mission

Chers Confrères,

Que la grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Mon cœur est submergé de gratitude et de joie pour ce « cadeau du ciel », permettant à la Congrégation de la Mission et l’ensemble de la Famille vincentienne de célébrer, pendant l’année 2017, le 400e anniversaire du charisme vincentien, qui a laissé de profondes marques de l’amour inconditionnel de Jésus pour le monde tout au long des 400 dernières années, et continue de le faire aujourd’hui !

Au cours de cette année, la Congrégation de la Mission et l’ensemble de la Famille vincentienne vont choisir différentes dates pour le début des célébrations. Certains ont déjà commencé. D’autres vont commencer plus tard. Mais il y a une date qui est la source, la raison d’être de la célébration, le début du « chemin de Saint Vincent de Paul », le début du charisme vincentien : le 25 janvier 1617 dans le village de Folleville, en France.

C’est dans ce petit village que Vincent a été touché par l’immense pauvreté spirituelle des gens de la campagne. Quelques mois plus tard, il fit l’expérience de l’immense pauvreté matérielle dans la ville de Châtillon qui donna naissance aux Dames de la Charité, connues aujourd’hui sous le nom de l’AIC, et qui témoigne magnifiquement du charisme vincentien dans le monde. Il a commencé par encourager les autres à changer leur vie de l’intérieur et à rejoindre les gens qui, autour d’eux, avaient des besoins matériels. En même temps, il a expérimenté sa propre conversion, se consacrant totalement aux besoins spirituels et matériels des pauvres et apportant la collaboration de tant de personnes qui ont suivi ses pas, pour faire de l’Évangile une réalité « ici et maintenant » pour des millions et des millions de gens depuis les 400 ans qui se sont écoulés depuis cette époque. Cette mission ne se terminera pas avant que la Charité ne soit mondialisée, avant que la Charité n’ait embrassé tous les coins du monde et touché le cœur de chaque personne !

Le thème de l’Année jubilaire, qui nous accompagne tout au long des 12 mois est : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ».

 

Il y a déjà de nombreuses et incroyables initiatives au sein de la Congrégation de la Mission, ainsi que dans toute la Famille Vincentienne, pour célébrer le 400e anniversaire du charisme vincentien dans tous les coins du monde au plan local, national et international, et il y a encore des initiatives à venir. Tous ont à l’esprit les paroles de Jésus tirées de Matthieu 25, 31-46, si chères aux Vincentiens et à tous ceux qui embrassent le charisme de Vincent de Paul : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ».

Alors que nous entendons de l’extérieur le cri des pauvres, nous ne devons pas oublier d’écouter le cri des pauvres à l’intérieur de nous, de la pauvreté en nous qui appelle à l’aide, à la liberté, à la rédemption. C’est l’acceptation et la reconnaissance par Vincent de sa propre pauvreté qui l’a amené à purifier son propre cœur, son cœur qui battait si fortement pour les personnes en marge de la société ! L’approche de Vincent à l’égard de la personne n’était pas l’approche d’une théologie « d’en haut », « mais plutôt une approche de la pauvreté et de la personne de Vincent lui-même, l’approche d’une théologie « d’en bas ». Accueillir l’étranger qui est en nous, qui existe en chacun de nous, embrasser cet étranger, l’accepter, puis tout remettre à Jésus pour guérir nos blessures, nous livrer complètement à lui et nous confier entièrement à sa Providence : c’était le chemin de Vincent. Qu’il en soit de même pour chacun de nous !

Les fruits durables de ces 400 dernières années sont visibles dans les milliers et milliers de nos confrères et d’autres membres des nombreuses branches de la Famille Vincentienne qui ont cheminé avant nous, ont suivi la voie de Vincent, le charisme vincentien, au mieux de leurs capacités. C’est maintenant notre tour.

Outre les nombreuses initiatives que nous élaborerons tout au long de l’année 2017 pour célébrer le 400e anniversaire du charisme vincentien, j’aimerais encourager et défier chaque membre de la Congrégation, chacun de nous, avec une autre initiative commune. L’initiative n’est pas nouvelle. Beaucoup travailleront très dur à cette initiative à divers degrés dans les différentes parties du monde d’une manière spéciale au cours de cette année jubilaire. D’une part, l’initiative est vieille, très vieille ; d’autre part, elle est toujours nouvelle, toujours nouvelle, comme l’Évangile !

Je parle de nouvelles vocations à la Congrégation de la Mission, de nouvelles vocations de prêtres et de frères. Il est clair que l’initiative vient toujours de Jésus, mais nous devons coopérer et aider la personne que Jésus appelle à la vie consacrée, dans la mesure du possible, pour que cet appel devienne une réalité. Pour lancer cette initiative, j’aimerais utiliser quelques chiffres comme source de notre orientation.

La Congrégation de la Mission compte actuellement environ 3 200 membres dans le monde et réunit 800 candidats séminaristes en théologie et en philosophie, et au Séminaire interne.

L’initiative est la suivante : chacun de nous, collectivement, en groupe ou individuellement, se fixera cet objectif concret : prier, être attentif, rechercher, encourager et inviter un nouveau candidat à se joindre à nos forces pendant cette Année Jubilaire. Pouvons-nous imaginer 3 200 nouveaux candidats à la Congrégation de la Mission ? Est-ce irréaliste ? Est-ce un fantasme ? Avec Jésus tout est possible !

Grâce à cette initiative, nous espérons que de nombreuses nouvelles vocations se présenteront durant l’année du Jubilé. D’autres peuvent se joindre à nous dans les années à venir, comme le fruit du 400e anniversaire. Rien n’est impossible pour Jésus, et nous sommes invités à faire tout notre possible pour coopérer avec lui. La Providence fera le reste. L’initiative et le défi pour nous est clair. Chaque confrère se fixe cet objectif : je m’offre comme un outil à Jésus pour apporter un nouveau candidat à la Congrégation de la Mission dans cette année jubilaire. Rien de plus, mais rien de moins !

Avançons donc dans cette Année de Grâce avec les paroles de Saint Vincent de Paul :

Je vous souhaite un nouveau cœur et un amour tout nouveau pour celui qui nous aime incessamment aussi tendrement comme s’il commençait dès à présent de nous aimer ; car tous les plaisirs de Dieu sont toujours nouveaux et pleins de variété, quoi qu’il ne change jamais
(Lettre 288, SV I, 418)

Que l’année du Jubilé soit accompagnée de l’intercession de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse, de Saint Vincent de Paul, et de tous les autres Bienheureux et Saints de la Famille Vincentienne !

P. Tomaž Mavrič, CM
Supérieur Général Congrégation de la Mission🔸

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli…

Peinture d’Arturo Asensio

Fête de Saint Vincent de Paul. 27 septembre 2016


Fête de Saint Vincent de Paul. 27 septembre 2016

L’Église universelle célèbre le saint patron de la Charité

La famille vincentienne dans le monde célèbre le saint Fondateur. C’est avec une grande joie et reconnaissance pour chacun d’entre vous, mes chers confrères, vous qui servez « nos seigneurs et maîtres », dans le monde entier, que je vous adresse cette lettre, la première comme Supérieur Général.

Je voudrais exprimer ma profonde gratitude et mon admiration pour vous tous, vivant et servant comme témoins de l’amour de Jésus, même dans les coins les plus éloignés du globe ! Nous sommes tous des serviteurs et il est beau de savoir que nous n’y sommes jamais seuls. Ce sont Jésus, notre Mère Marie, Saint Vincent de Paul, Sainte Louise de Marillac et tous les Bienheureux et Saints de la Famille vincentienne qui nous accompagnent dans ce parcours.

Permettez-moi de profiter de cette occasion pour remercier profondément le Père Gregory Gay, CM, qui a été notre Supérieur Général durant ces 12 dernières années, aussi bien que les PP. Stanislav Zontak et Eli Chaves dos Santos, CM., et tous les confrères, les Filles de la Charité, les laïcs qui, sans dévouement et enthousiasme, se sont donnés, durant ces six dernières années, au service de l’administration générale à Rome, pour rendre possible la proclamation effective et effective de la Bonne Nouvelle aux pauvres

Je voudrais aussi saisir cette occasion pour étendre mon profond merci à tous ceux qui, parmi vous, m’ont écrit lors de mon élection comme Supérieur Général pour m’exprimer de tout leur cœur leurs souhaits et spécialement pour me promettre leur prière. Comme il ne me sera pas possible de répondre et de vous remercier chacun individuellement, soyez assurés que cette lettre de remerciement vous est personnellement adressée. Je vous promets aussi de me souvenir de chacun de vous dans ma prière quotidienne.

Nous venons de célébrer notre 42ème Assemblée Générale qui nous a laissé des objectifs concrets pour les six prochaines années que nous aborderons ensemble. C’est un temps de « grâce spéciale » que la Providence nous offre au moment où nous allons célébrer le 400ème anniversaire (1617-2017) de notre Spiritualité Vincentienne et de notre Charisme. Beaucoup d’entre vous ont déjà commencé à s’engager pour partager et s’encourager à suivre notre spiritualité et notre charisme vincentiens, au plan local, national ou international, comme communauté, comme province, comme vice-province ou mission internationale, avec les autres branches de la Famille vincentienne qui sont dans votre région ou dans votre pays. Je nous encourage à continuer à réfléchir, planifier et agir ensemble pour partager avec les autres ce « temps spécial de grâce ».

Le thème de toute la Famille vincentienne sur lequel il nous faut travailler pour 2017 est : «…J’étais étranger et vous m’avez accueilli… » (Mt. 25,35). Comme notre regard est tourné vers nos frères et sœurs les plus abandonnés et les laissés pour compte, le chemin à suivre doit toujours commencer avec nous, si nous voulons que notre réflexion, notre perspective et notre action aillent dans la bonne direction. La fête de Saint Vincent de Paul nous donne une nouvelle occasion de réfléchir sur les raisons qui ont motivé la réflexion, les perspectives et l’action de Vincent.

Une parole prophétique du théologien de la fin du 20ème siècle Karl Rahner dit : « Les chrétiens du 21ème siècle seront mystiques ou ne le seront plus ». Pourquoi pouvons-nous appeler Saint Vincent de Paul le « Mystique de la Charité » ?

Je voudrais inviter chaque confrère et l’encourager à réfléchir, planifier et agir sur les deux points suivants :

A. Répondre personnellement à : pourquoi et comment peut-on décrire Vincent comme un Mystique de la Charité.

J’ai demandé à trois de nos confrères qui ont déjà réfléchi et écrit sur ce sujet de partager brièvement avec nous leur réflexion personnelle. Puissent ces réflexions nous aider à renouveler et approfondir notre propre réflexion.

1) Père Hugh O’Donnell, C.M.

Nous savons tous que Vincent était un homme d’action. Nous sommes surpris d’entendre dire de lui qu’il était mystique. En fait c’est son expérience mystique de la Trinité et de l’Incarnation qui est la source de ses actions pour les pauvres. Henri Brémond, célèbre historien français, fut le premier à attirer là-dessus notre attention. Il dit : « C’est la mystique de Vincent qui nous a donné un grand homme d’action ». André Dodin, CM. et José Maria Ibañez, CM. ont plus tard appelé Vincent le « mystique de l’action » et Giuseppe Toscani, CM, affirme que Vincent unit mystique et action et l’appelle le « mystique de la Charité ». Vincent a vécu dans un siècle de mystiques, mais il se distingua comme le Mystique de la Charité.

Etre mystique c’est être homme d’expérience, d’expérience du Mystère. Cela veut dire pour Vincent, une profonde expérience de l’amour de Dieu. Nous savons que les Mystères de le Trinité et de l’Incarnation étaient au centre de sa vie. Son expérience de la Trinité comprend l’amour du monde et celle du Verbe Incarné ; elle s’étend à chaque personne humaine, elle conforme, conditionne et embrase son amour pour le monde et pour tous ses habitants, surtout pour nos frères et sœurs dans le besoin. Il regarde le monde avec les yeux de l’Abba et de Jésus, il atteint chacun par un amour inconditionnel dans la chaleur et l’énergie de l’Esprit Saint.

C’est la mystique de Vincent qui est la source de son action apostolique. Le Mystère de l’amour de Dieu et celui du pauvre sont les deux pôles de son amour dynamique. Cependant, la façon d’agir de Vincent avait une troisième dimension, celle de la manière dont il regardait le temps. Le temps fut le moyen par lequel la Providence de Dieu s’est révélée à lui. Il agissait selon le temps de Dieu et non selon le sien. « Fais le bien qui se présente », conseillait-il. « N’enjambez pas sur la Providence ».

Un autre aspect du temps chez Vincent c’est la présence de Dieu ici et maintenant. – « Dieu est là » (influence de Ruysbroek). Dieu est là à temps. Dieu est là dans les personnes, les événements, les circonstances, les pauvres. Dieu nous parle maintenant en eux et par eux. Vincent était, dans le véritable sens du terme, l’homme-de-l’histoire-quis’écrit. Il suivait pas à pas la conduite de la Providence. Il n’avait ni agenda personnel, ni idéologie. Il mit des dizaines d’années pour arriver à ce stade de liberté intérieure. Voilà pourquoi le chemin de Vincent vers la sainteté et la liberté (1600-1625) est la clé pour la compréhension du dynamisme quotidien de l’Apôtre de la Charité.

2) Père Robert Maloney, CM

Quand nous parlons des mystiques, nous pensons ordinairement à des personnes qui font des expériences religieuses extraordinaires. Leur quête de Dieu passe de la recherche active à la présence passive. Ils prient, comme saint Paul le dit à l’Eglise de Rome : « en des gémissements ineffables » (Rm. 8, 26). Les mystiques ont des moments d’extase où ils sont complètement perdus en Dieu « avec le corps ou sans le corps, je ne sais pas », comme saint Paul lorsqu’il raconte son expérience dans 2 Cor. 12,3. Ils ont parfois des visions et reçoivent des révélations personnelles. Ils essaient, avec beaucoup de difficulté, d’exprimer aux autres leurs moments de lumière intense ou de douloureuses obscurités. Saint Vincent a connu des écrits des mystiques comme ceux de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix. Avec beaucoup de précautions il admirait en gros les curieux phénomènes spirituels de Madame Acarie, une célèbre mystique de son temps qui vécut à Paris lors des premières années de Vincent dans cette ville.

Le genre de la mystique de Vincent est extrêmement différent. Il a trouvé Dieu dans les personnes et les événements autour de lui. Ces « visions » sont profondément christologiques. Il a vu le Christ dans le visage du pauvre. En utilisant une locution de la tradition jésuite devenue populaire dans les documents vincentiens, c’était « un contemplatif dans l’action ». Le Christ l’a mené au pauvre et le pauvre l’a mené au

Christ. Il parlait avec ravissement du Christ et du pauvre. Il disait à ses prêtres et frères : « Et si on demande à Notre Seigneur : Qu’êtes-vous venu faire en terre ? » – « Assister les pauvres » – « Autre chose ? » – « Assister les pauvres », etc… Ainsi ne sommes-nous pas bien heureux d’être en la Mission pour la même fin qui a engagé Dieu à se faire homme ? Et si l’on interrogeait un missionnaire, ne lui serait-ce pas un grand honneur de pouvoir dire avec Notre Seigneur : Misit me evangelizare pauperibus ? » (SV XI, 108). Son langage était ardent quand il parlait du Christ. En 1655, il s’est écrié : « Demandons à

Dieu qu’il donne à la Compagnie cet esprit, ce cœur, ce cœur qui nous fasse aller partout, ce cœur du Fils de Dieu, cœur de Notre Seigneur, cœur de Notre Seigneur, cœur de Notre Seigneur, qui nous dispose à aller comme il irait… Il nous envoie comme les apôtres pour porter partout le feu, partout ce feu divin, ce feu d’amour » (SV XI, 291).

Pour Vincent les dimensions horizontales et verticales de la spiritualité étaient toutes deux indispensables. Il a vu qu’on ne peut séparer l’amour du Christ de celui du pauvre. Il ne cessait de pousser ses disciples non seulement à agir, mais à prier, non seulement à prier, mais aussi à agir. Il a entendu une objection de ses disciples : « Mais il y a tant de choses à faire, tant d’offices à la maison, tant d’emplois à la ville, aux champs ! Travail partout ; faut-il donc laisser tout là pour ne penser qu’à Dieu ? » Il répondit vivement : « Non, il faut sanctifier ces occupations en y cherchant Dieu, et les faire pour l’y trouver plutôt que pour les voir faites. Notre Seigneur veut que devant tout nous cherchions sa gloire, son royaume, sa justice, et, pour cela, que nous fassions notre capital de la vie intérieure, de la foi, de la confiance, de l’amour, des exercices de religion, de l’oraison, de la confusion, des humiliations, des travaux et des peines, en la vue de Dieu, notre souverain Seigneur !…. Si une fois nous sommes ainsi établis en la recherche de la gloire de Dieu, nous sommes assurés que le reste suivra » (SV, XII, 132).

Henri Brémond, dans une œuvre révolutionnaire de 11 volumes, écrite il y a presqu’un siècle, décrit l’époque de Saint Vincent, comme l’époque de la « Conquête Mystique ». Il dit en conclusion d’un éloquent chapitre sur Vincent : « Le plus grand de nos hommes d’œuvres, c’est le mysticisme qui nous l’a donné » (Histoire littéraire du sentiment religieux en France, III) « La Conquête Mystique » (Paris, 1921, p. 257).

3) Père Thomas McKenna, CM

Afin de mieux saisir ce titre, le mot « mystique » est à prendre dans son sens le plus large. Les signes ordinaires font qu’une personne a une expérience plus ou moins « directe » avec Dieu (visions, voix, penchants, bruits), plutôt sans intermédiaire. La littératuretique décrit des expériences comme les extases, l’« enlèvement au 3ème ciel », la sortie de soi, « la plongée dans le Mystère » (e.g. l’Abîme, l’Océan, la Terre) qui est Dieu. Le vocabulaire mystique est spécial, e.g. demeures intérieures qui deviennent progressivement plus profondes, contemplation active et passive, avec des stades de purification, d’illumination, d’unification, au-delà de soi-même, nuits obscures, obscurités éblouissantes. Par contre le langage de Vincent exprimant l’expérience religieuse était assez simple et direct, et il n’a pas non plus témoigné de ce genre d’événements dans sa propre

Cependant le mot mystique peut être utilisé dans un sens plus large. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une personne qui a vécu et senti dans sa vie un contact avec le sacré et qui répond à cette rencontre par des services rendus au prochain. Dans ce sens plus large, Vincent peut ête considéré comme un mystique.

Un sens plus complet pourrait être quelque chose comme ceci. Un mystique est quelqu’un qui a écouté et a été saisi par l’amour de Dieu pour la création qui, ensuite, s’engage à la fois à reconnaître cet amour dans le monde pour l’y apporter. Pour Vincent l’amour de Dieu (« tendresse », serait mieux) se révèle surtout dans les pauvres et les marginalisés. Il est arrivé à reconnaître en eux les porteurs privilégiés de l’amour de Dieu et ses meilleurs réceptacles. Et cela, il l’a mis en pratique en apportant activement la Bonne Nouvelle de cet amour aux pauvres

Comme des paroles adéquates donnent une beauté plus profonde à la mélodie, ainsi les mots d’Isaïe, rapporté par le chapitre 4 de Luc, donnent une résonnance spéciale à l’expérience de Dieu faite par Vincent. Là, Jésus proclame non seulement son envoi par son Père, mais sa propre expérience de l’Abba comme amour pour le monde, surtout pour les petits. « J’ai été envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ». En paraphrasant : « Le feu de l’amour (tendresse) de mon Père brûle en moi et m’envoie porter cet amour au monde, surtout à ceux qui sont les plus pauvres ». En poursuivant l’analogie, Vincent a reconnu dans ces Paroles des paroles pour une mélodie qui se jouait de plus en plus profondément en lui. C’est comme si, en entendant ce texte dans une circonstance donnée de sa vie, Jésus disait quelque chose comme : Ah ! C’est cela ! Ces mots expriment exactement mon expérience de l’amour de Dieu et la manière dont je veux passer ma vie à y répondre et à le répandre ».

Sous un autre aspect vous pourriez décrire Vincent comme un mystique à double vision. C’est-à-dire qu’il voyait (sentait) Dieu avec deux lunettes à la fois. La première était sa prière et l’autre était le pauvre avec son monde. Chaque vision influence l’autre, l’une approfondissant et aiguisant celle de l’autre. Vincent « a vu » (et ressenti) en même temps l’amour de Dieu dans ces deux perspectives et il a fortement agi pour répondre à cette vision.

Afin de garder notre réflexion, nos perspectives et notre action dans la bonne direction comme membres de la Congrégation de la Mission, comme missionnaires qui suivent Jésus Christ Evangélisateur de Pauvres dans les pas de Saint Vincent, afin de réfléchir sur Vincent comme un Mystique de la Charité, nous avons nos Constitutions et nos Règles Communes qui sont un compendium et une synthèse de toute notre spiritualité et la base de notre vie comme membres de la Congrégation de la Mission.

B. Chaque confrère doit avoir, en même temps que le bréviaire et la Sainte Bible, à la chapelle, sur la route, en vacances, les Constitutions et les Règles Communes. Si pour une raison quelconque il n’a pas un exemplaire des Constitutions et des Règles Communes, il doit demander à son Visiteur ou à son Supérieur de lui en procurer un.

Je demande et je souhaite de tout mon cœur que chacun de nous, du plus jeune au plus âgé des confrères, réponde et suive l’appel de Saint Vincent dans nos premières

Constitutions, les Règles Communes, comme il l’écrit lui-même dans le dernier paragraphe : « Chacun doit avoir sa copie…tous les liront ou l’entendront lire du moins tous les trois mois » (CR, XII, 14).

Dans ce sens, je suggère que nos actuelles Constitutions et les Règles Communes soient toutes les deux prises en considération, efforçons-nous de les lire et de les prier alternativement : les Règles Communes, les trois premiers mois et les Constitutions, les trois mois suivants et ainsi de suite pour que ce soit un engagement de toute notre vie. Comme nous prions et lisons le bréviaire et la Bible d’une façon journalière, adoptons le même rythme pour nos Règles Communes et nos Constitutions.

Les écrits et les Conférences de Vincent ainsi que les écrits des autres Bienheureux et Saints de la Famille Vincentienne seront pour nous d’une grande aide dans notre réflexion sur Vincent comme Mystique de la Charité.

Puissions-nous, à l’approche de la fête de Saint Vincent de Paul que nous allons célébrer avec toute la Famille Vincentienne et avec les groupes, les organisations et les personnes qui nous sont proches être profondément encouragés par ce « moment spécial de grâce » que la Providence nous offre.

Je souhaite à chacun d’entre nous une belle célébration, tandis que nous continuons à prier les uns pour les autres.

Tomaz Mavric
Supérieur Général de la Congrégation de la Mission ♦

La fête de Saint Vincent de Paul nous donne une nouvelle occasion de réfléchir sur les raisons qui ont motivé la réflexion, les perspectives et l’action de Vincent.