Un départ bien particulier

La santé de notre confrère Bernardo lui jouant quelques tours, il a été décidé de le placer à l’EHPAD du Berceau de st Vincent de Paul.

Vincent Goguey

Un départ bien particulier

La santé de notre confrère Bernardo lui jouant quelques tours, il a été décidé de le placer à l’EHPAD du Berceau de st Vincent de Paul. J’ai été amené à faire son déménagement avec Célestin, notre économe provincial, qui a eu entre-autres, la lourde tâche de gérer tous les papiers administratifs de notre confrère.

Bernardo était aumônier de la maison de retraite de nos sœurs, Filles de la Charité de Château-L’Evêque en Périgord, depuis une dizaine d’années. Il a rempli son ministère avec discrétion et régularité, diffusant sans cesse sa joie de vivre et sa disponibilité et, dès qu’il en avait l’occasion, il touchait du clavier de son piano pour mettre de la musique au service de tous et donner joie et entrain. L’une de ses difficultés concerne sa mémoire immédiate, cela qui l’amène à avoir quelques embarras de repérage dans les évènements, les personnes rencontrées etc.

Son départ fut particulier. Dix jours avant son départ, toutes les résidentes de la maison de retraite se sont retrouvées en confinement strict dans leur chambre à cause de la corona. A part quatre personnes, toutes les autres étaient positives au test bien qu’elles n’eussent aucun symptôme conséquent (hormis deux d’entre elles). La situation était donc préoccupante même s’il n’y avait pas lieu de s’affoler avant l’heure. Bernardo cherchait nos sœurs de tous côtés pour célébrer la messe ; il oubliait l’information donnée par les sœurs dès le premier soir, et ensuite par le personnel. Préoccupation et inquiétude d’une situation jamais encore vécue : comment arriver à trouver des points de repères ? Mais nous avons pu célébrer deux messes où nous avons rejoint les sœurs, grâce à la sono, installée dans toutes les chambres, reliée au micro de la chapelle. Elles ont donc eu la joie de vivre encore quelque peu, en communion avec leur aumônier, via sa voix, toujours aussi juste pour chanter les louanges de Dieu.

Pour leur permettre de dire tout de même un au revoir plus proche, nous avons été de chaque côté de la maison afin de saluer nos sœurs depuis les fenêtres de leur chambre. Juste un « adieu » et un « merci » entourés de « l’union de prière » qui continuera à les unir au-delà de la distance.

Les cuisinières, ont eu la possibilité et la délicatesse de lui offrir un dernier cadeau en direct, permettant à l’émotion du moment de s’exprimer.

Oui, cette pandémie nous donne des situations relationnelles inédites. Il nous faut apprendre à vivre ainsi pour le moment. Elle nous apprend à nous recentrer sur l’essentiel, à vivre certains renoncements accompagnés de frustrations, sans pour cela nous départir de l’espérance de l’union qui nous évite l’isolement total. L’espérance, source de paix intérieure.

Notre cher frère est arrivé à bon port dans sa nouvelle résidence. Il va lui falloir quelques jours pour s’adapter à de nouveaux repères qui forgeront son quotidien. Par chance il a retrouvé un autre confrère, Jean-Joie arrivé ici depuis quelques mois. Tous deux ont été élèves à l’école apostolique du même lieu. Une belle occasion de se remémorer quelques bons souvenirs d’époque. Pour cela la mémoire ancienne est restée intacte.

Depuis nos sœurs de château l’évêque sont sorties de leur confinement et peuvent apprécier pleinement l’arrivée du printemps dans le grand parc de leur propriété. La vie continue !

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Relecture de ces temps de confinement

Je reprends ici le principal d’un article écrit lors du premier confinement et publié sur Cmission. Je précise simplement que j’étais seul à la communauté durant tout le premier confinement. Ce temps de confinement est une très belle grâce à vivre et à longueur de journée je rends grâce à Dieu.

Vincent Goguey

Relecture de ces temps de confinement

Pour le premier confinement

Je reprends ici le principal d’un article écrit lors du premier confinement et publié sur Cmission. Je précise simplement que j’étais seul à la communauté durant tout le premier confinement.

Ce temps de confinement est une très belle grâce à vivre et à longueur de journée je rends grâce à Dieu.

Qu’est ce qui me rend si heureux ? Question délicate mais qu’il faut oser se poser pour justifier une telle joie intérieure qui illumine chacune de mes journées.

  • Ne plus être pressé par le temps ou par des occupations, des contraintes d’horaires, de rendement, d’efficacité.
  • Avoir la tête qui se vide car les préoccupations de travail disparaissent laissent de la place pour penser autrement mon quotidien, et par là, ce que je fais de ma vie. Le questionnement peut dans un premier temps déstabiliser, peut-être même apeurer car nous faisant entrer dans notre propre obscurité mais une fois la vue habituée à cette réalité, il t’est donné de mieux comprendre qui tu es. Cela donne une orientation à ce que tu dois vivre ici-bas.
  • Joie d’avoir de réels temps de prière, de méditation et de « vagabondage de l’esprit », qui sont au-delà des temps peut-être parfois un peu trop rituel ou routinier. Ne pas avoir besoin de regarder la montre pour ne pas rater le rendez-vous suivant fait entrer dans le monde de la gratuité, notion très rare en notre temps de la rentabilité.
  • Ne plus être dans le « faire » qui trop souvent défini notre identité m’amène à mieux découvrir ce que je suis. Mystère incroyable dans l’hyper petitesse de ma réalité.
  • Pour appréhender au mieux ces réalités-là, il faut du silence, du silence et encore du silence.

Dois-je vous avouer que ce temps béni est aussi, une grande remise en cause de ce que nous vivons en Eglise dans le domaine pastoral ? Avec tous nos projets pastoraux, nos réunions etc. ne cherchons-nous pas à meubler le vide du présent pour tenter de nous faire croire qu’on fait quelque chose pour le royaume de Dieu ? Comme une justification de notre existence durant notre passage sur Terre…

J’ai participé, à raison de trois matins par semaine, à « la bonne soupe », lieu caritatif (principalement tenu par la SSVP) pour la préparation de repas pour les personnes nécessiteuses (on a commencé par une quarantaine par jours et on a fini dans une moyenne de 90 avec des pics à 120) le lieu était ouvert 6 jours sur 7. Ce fut un service très fructueux pour moi.

Sur le plan pastoral, j’ai lancé deux séries de questions où j’invitais les internautes à me répondre pour publier leurs partages sur mon facebook. Le premier sujet : Qui est le Christ pour moi ? le second : la messe mais pour quoi faire ? Ce fut une occasion pour bien des gens d’oser se poser avec rigueur pour mettre par écrit une réponse personnelle. Il y a eu de très bons échanges à partir de là.

Quelques personnes m’ont demandées de participer à des rencontres skype pour tenter de mettre des mots sur ce qu’elles vivaient durant ce confinement. Ce groupe a continué après le confinement.

Pour le second confinement

La communauté du Périgord ayant été fermée officiellement le 1° novembre, je suis arrivé à ma nouvelle communauté le 3 novembre. C’est donc là, au Berceau que j’ai vécu le second confinement. Ce fut là aussi un bon temps d’adaptation pour moi à ma nouvelle communauté. Ça faisait tout de même près de 8 ans que je n’étais plus réellement en communauté (avec les missions scolaires on était en binôme et en Périgord, j’étais là aussi principalement en binôme).

En communauté nous avons pris davantage de temps ensemble pour la lecture suivie de st Vincent (lecture de Coste, à raison de deux fois une heure par semaine) et une troisième rencontre hebdomadaire pour partager sur fratelli tutti. Sur un site comme le Berceau il y a toujours de quoi s’occuper (rangement, remise en état, nettoyage etc.) cela m’a permis de faire quelques petites affaires concrètes sur place et donc de trouver un certain équilibre intérieur.

Sur le plan pastoral, je n’ai rien fait de particulier (excepté quelques coups de fil ou courriel avec des personnes que j’accompagne).

D’une manière générale

Coté ecclésial, nous sommes encore dans un certain déni de réalité ne voulant pas voir en face l’hyper fragilité des communautés paroissiales. La moyenne d’âge avoisine les 80 ans. Je suis tout à la fois émerveillé de leur vitalité, de leur manière de concrétiser leur foi mais je vois aussi la très grande difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de construire du neuf à partir de là. Nous vivons un total chamboulement ecclésial. Le confinement ne fait qu’accélérer ce processus. Je perçois cela comme un temps supplémentaire de purification de la vie ecclésiale pour en ressortir renouvelé. L’église est très chronophage pour les quelques-uns qui désirent s’y investir car on veut tout tenir. Ce n’est pas source de réalisation de soi sur un chemin spirituel.

Surement l’Église s’occupe beaucoup trop d’elle-même actuellement, alors qu’elle est resplendissante lorsqu’elle se met au service du monde. D’où la question à se poser en préalable : quels sont les pauvretés ou souffrances actuelles de notre monde et comment pouvons-nous y répondre à partir de l’annonce de l’évangile ?

Une Église au service du monde par amour du Christ

L’une des forces des sectes ou de communautés nouvelles, est la convivialité entre les membres. L’inconvénient des grandes structures est l’anonymat ! L’un des griefs les plus souvent évoqué par ceux qui ne côtoient plus l’Église est sur ce ressenti d’accueil ou plus exactement de non-accueil. Pourtant bien des églises ont fait effort pour soigner l’accueil pour ceux et celles qui viennent à une célébration.

Vincent Goguey

Une Église au service du monde par amour du Christ

L’une des forces des sectes ou de communautés nouvelles, est la convivialité entre les membres. L’inconvénient des grandes structures est l’anonymat ! L’un des griefs les plus souvent évoqué par ceux qui ne côtoient plus l’Église est sur ce ressenti d’accueil ou plus exactement de non-accueil. Pourtant bien des églises ont fait effort pour soigner l’accueil pour ceux et celles qui viennent à une célébration. Mais quelle connaissance y a-t-il de ces frères et sœurs une fois que nous sommes en extérieur de l’église ? L’esprit de famille ne peut se réduire à une heure de célébration par semaine, il est indispensable qu’il s’accomplisse dans des relations naturelles tout au long de la semaine pour concrétiser cet appel du Christ à devenir ses frères et sœurs. Avons-nous le souci de savoir ce qu’ils vivent dans leur famille ? leur travail ? leur santé ? Etc. Nous sommes très marqués par le fameux « liberté chérie, je ne veux pas m’immiscer dans leur vie personnelle ». C’est ce qui a donné une base de solidité à notre indifférence d’aujourd’hui, l’un des pires maux du moment. Nous avons tous besoin de reconnaissance pour exister et là comme on ne veut pas t’imposer quoi que ce soit on te laisse de côté !

L’Église est belle que lorsqu’elle se met au service du monde. Le Christ a tant aimé le monde qu’il a donné sa vie pour lui ! Si nous sommes appelés à suivre le Christ on ne peut faire autrement que de se mettre au service du monde !

Trop souvent nous regardons l’histoire de notre Famille qu’avec les yeux de nos détracteurs ! Nous évoquons si souvent l’affaire Galilée, l’inquisition, les croisades ou la pédophilie. Il est évident qu’il ne faut pas le nier, ni nous réinterroger pour savoir comment être davantage dans l’Esprit du Christ mais l’Église ne se réduit pas qu’à cela, loin sans faut. Juste sur l’inquisition, savons-nous que ça a été une véritable avancée judiciaire au moyen-âge ? Jusque-là c’était le prince du lieu qui était juge et partie, alors c’est évident qu’on savait dès le début qui allait gagner ! L’inquisition c’est cinq points importants qui sont encore le socle de notre justice d’assise aujourd’hui : qu’il y ait une enquête (ce que signifie inquisition) qu’il y ait un avocat pour défendre l’accusé, institution d’un juge indépendant ; création d’un groupe de jurés, pris dans la population, enfin que soit apporté la preuve de l’accusation.

Avec l’affaire Galilée on veut discréditer l’Église vis-à-vis de la science. Savons-nous que Copernic était un chanoine, astronome un siècle avant Galilée à défendre l’héliocentrisme ? Bien sûr toute nouveauté apporte aussi des tensions, certaines incompréhensions, il faut du temps pour que chacun puisse faire le chemin nécessaire à une nouvelle compréhension de notre monde. En Église aussi, certains avancent plus vite que d’autres…

Il est essentiel de regarder tout ce qu’a permis l’Église au long des siècles pour être juste avec elle et réapprendre à être fière d’être membre de cette famille de Dieu !

Dans les premiers siècles, bien des évêques ont été les défenseurs de leurs cités face aux invasions des barbares. Toute l’histoire du monachisme nous montre combien les moines ont apportés des avancées substantielles à la vie des gens où ils s’implantaient. Il suffit de voir leurs actions dans le monde agricole, combien ils ont assaini de régions marécageuses, développé tout un savoir sur les plantes (pour la médecine) ou la sélection de graines pour de meilleurs rendements afin de nourrir toute la population.

Si nous observons toute l’histoire de la santé, on verra que très fréquemment l’Église, via ses missionnaires (laïcs et religieux) a développé dispensaires et hôpitaux à travers le monde. Idem avec la question de l’éducation. La plupart des écoles de religieux avait comme cible première les enfants des pauvres. L’éducation était tellement bonne que les riches y ont envoyé leurs enfants !

La présence des chrétiens auprès de personnes vulnérables et isolées est une constante en Église. Au XIXe siècles, combien de congrégations ont vu le jour pour être au service de l’abandonné ?

Plus récemment il y a eu l’action catholique qui a formé des générations entières de jeunes et adultes pour s’investir dans les rouages de la société en mettant en acte la doctrine sociale de l’Église. C’est aussi tout le développement des patronages qui ont tant marqué la génération de nos anciens avec en parallèle les premiers cinémas déployés dans les salles paroissiales. Réjouissons-nous que le monde laïc ait repris le flambeau de toutes ces institutions car une fois que le sillon est tracé pour que d’autres prennent le relais il nous est demandé d’aller sur d’autres terres en friches !

L’Église n’est donc belle que lorsqu’elle se met au service du monde, des humains par amour pour le Christ et pour répondre à l’appel de Dieu.

Comme elle est actuellement en fragilité, le réflexe est de se replier sur elle-même avec toutes les questions identitaires communautaristes et de tenter de gérer ses propres pauvretés. Pourtant il est essentiel de continuer à être au service. Elle le fait déjà sans qu’on en ait bien conscience. Lors de rencontres d’Équipe d’Animation Pastorale, j’ai pour habitude de demander aux personnes de se présenter avec une joie vécue dans leur engagement ecclésial. Quelle merveille d’entendre chacun révéler sa joie de vivre en évoquant leur engagement auprès de personnes isolées chez-elles ou en EPHAD, l’accompagnement de personnes en fin de vie ou présence auprès des familles en deuil, la visite des détenus en prison, investissement dans une association d’accueil de migrants ou autre association caritative. Ce sont les lieux de fragilités actuelles de notre société qui n’aime pas voir le monde de la souffrance et du désarroi. Chaque chrétien investi dans ces lieux est une présence concrète de l’Église dans notre société.

Il est de bon ton d’être ouvert à tous et d’accueillir chacun avec ce qu’il est… même parfois au détriment du bon sens et du respect de la Vie. L’Église est fer de lance dans la défense de la Vie avant son arrivée sur Terre (embryon) et jusqu’à son extrême limite avant le grand départ en passant par tous ceux et celles qui sont vulnérables (handicap, maladie, errants, migrants…). Elle n’est pas toujours bien perçue car elle interpelle les bonnes consciences mais nous ne sommes pas là pour plaire mais bien pour faire la volonté de Dieu.

Pour redonner vie à l’Église, il est donc nécessaire de regarder notre monde et de repérer les pauvretés du moment. Ensuite discerner les moyens nécessaires pour nous y investir. Puis passer à des actes concrets. Mais au-delà de tout cela il est tout aussi important de nous réinterroger sur notre relation au Christ. Car des gens charitables, il y en a beaucoup en dehors de l’Église. Le chemin de la foi nous apprend à marcher en équilibre entre notre attachement à notre Sauveur, le Christ et nos actions auprès des délaissés de notre société ces deux réalités sont indissociables, ce sont elles qui nous permette de vivre en Dieu.

Dieu continue à appeler, la question est de savoir si nous l’entendons et si nous sommes prêts à y répondre !

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Une Église en désarroi

Je voudrai vous partager quelques réflexions à la suite de mes trois ans de mission en Périgord. Ce qui suit est plus particulièrement un certain constat d’une réalité pas toujours évidente à accueillir. Le risque est d’être dans un certain déni de réalité.

Vincent Goguey

Une Église en désarroi

Je voudrai vous partager quelques réflexions à la suite de mes trois ans de mission en Périgord. Ce qui suit est plus particulièrement un certain constat d’une réalité pas toujours évidente à accueillir. Le risque est d’être dans un certain déni de réalité. Il y a des lieux d’Église qui fonctionnent bien, avec des communautés rassemblées qui ont toute une dynamique et où l’on sent la joie de se retrouver pour célébrer le Seigneur ; béni soit Dieu. Il y en a d’autres où c’est plus difficile, souffrant. C’est ce que je voudrais évoquer maintenant.

La discussion avec un prêtre du diocèse m’a permis de mettre des mots sur ce que je ressentais depuis quelques temps vis-à-vis de mon vécu, principalement en église rurale. Ce prêtre me partageait qu’à son ordination (il y a déjà 25 ans) il disait qu’un très gros pourcentage de sa mission serait de faire du soin palliatif en église ! Donc accompagner jusqu’à la mort avec le plus d’attention et de délicatesse possible ! Ceci serait bien si nous avions les moyens et dispositions que l’on peut trouver dans ces centres d’accompagnements en soins palliatifs mais c’est rarement le cas.

Il est donc nécessaire de déplacer quelque peu l’image et de regarder un couple dans sa vieillesse où l’un des deux commence à avoir petit à petit de plus en plus besoin d’aide. Très souvent l’autre entre dans une attitude d’aide, ouvrant insensiblement le sillon du déséquilibre : Aidant / Aidé ! Ça peut arriver à la suite d’un AVC ou autre attaque, mais souvent ça commence par le besoin d’aide à mettre les bas de contention, ou d’une aide pour se déplacer ou encore de faire la toilette. La dépendance s’aggravant, l’Aidant devient quelque peu prisonnier de cette relation instaurée sans regarder de trop près ce que cela implique. Le souci est qu’un bon nombre d’Aidant, décède avant l’Aidé !!! Ces personnes s’y épuisent littéralement ne calculant pas le déséquilibre instauré par la dégradation de santé du conjoint. Dans ces situations de couples, il est bien souvent assez difficile de faire prendre conscience à l’Aidant qu’il a lui aussi besoin d’aide, de répit, de moments pour se ressourcer, sortir de cette situation où il n’est devenu QUE Aidant. L’Aidé peut même parfois devenir très exigeant. L’Aidant a bien souvent le sentiment de l’abandonner, de ne pas tenir son engagement d’être là pour le meilleur… et pour le pire. Il n’est plus à l’écoute de ses propres besoins. Littéralement il meure à la tâche !

En campagne, l’Église fonctionne principalement avec des personnes ayant un âge très honorable comme l’on dit pudiquement. Un très grand pourcentage des personnes investies a largement au-dessus de 70 ans, allant très facilement au-delà des 80 ans et plus ! Lorsque ce n’est pas l’âge qui est en cause, ça peut aisément être un souci de santé, ou un agenda surchargé qui amène à avoir des équipes paroissiales très fragiles.

Je suis très admiratif du très grand dévouement des personnes que j’ai pu rencontrer dans bien des paroisses du Périgord pendant trois ans. Ayant développées tout un tas d’attitudes et compétences personnelles, elles savent donner le meilleur d’elles-mêmes. C’est un très beau témoignage de foi et d’engagement au sein de l’Église. Elles mettent en pratique l’évangile, tendant à servir au mieux tout ce monde qui gravite autour de la paroisse.

Les troupes s’amenuisant, les différentes responsabilités se concentrent sur quelques personnes qui se donnent comme mission de tout tenir pour que l’Église reste une présence dans leurs villages, leurs bourgs. Nous avons facilement l’idée d’avoir à « faire son devoir », pour certains c’est même « mourir les armes à la main ». Mais est-ce ajusté ? C’est-à-dire est-ce juste ?

Il y a une ou deux décennies en arrière, les différentes charges d’une paroisse étaient réparties sur un bon nombre d’investis. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Est-ce ajusté de demander à des personnes s’étant engagées, il y a 20 ou 30 ans pour une de ces responsabilités de se retrouver avec 4, 5 ou 6 casquettes différentes (conseil économique, équipe pastorale, équipe liturgie, animation dans les EHPAD, visite à domicile, équipe funérailles, équipe des fleurs, catéchèse, aumônerie, secours catholique ou autres etc.) ?

L’ecclésiaste nous dit bien qu’il y a un temps pour tout ! L’âge avançant, il n’y a plus la même résistance, la même dynamique. Je vois certaines personnes parfois délaisser quelque peu leur famille pour être au service de cette Église très chronophage. Tant qu’elles ont le nez dans le guidon, elles ne s’aperçoivent pas trop de ce disfonctionnement. La période de confinement à fait prendre conscience à bon nombre d’entre elles de cela et bien de nos anciens ne sont plus prêts à réinvestir autant dans leurs engagements ecclésiaux ou associatifs. Ils ont compris qu’il fallait lever le pieds car ils ont autre chose à vivre dans leur vieillesse avançant. Parfois le surinvestissement peut être une excuse pour ne pas se voir avancer en âge et prendre conscience de son propre amenuisement.

Nous avons un travail de deuil à vivre : l’Église n’a plus la dimension sociale d’antan. Depuis des siècles nous sommes organisés en territoires géographiques. Aujourd’hui, il n’est plus possible de « tenir » ce territoire sous cette forme territoriale en monde rural (terrible de penser notre relation au monde en termes de « tenir » !!!).

Derrière cela se cache peut-être d’une manière sournoise, comme le malin sait si bien le faire, une volonté de « ramener » à soi (à l’Église) tous ceux qui nous entourent ! Sommes-nous ajustés à l’évangile ? Le Christ n’impose rien, il nous demande juste d’être témoin de sa présence, d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume, de diffuser Sa Paix. S’il n’y a personne pour l’accueillir, il suffit de sortir et de secouer la poussière de nos sandales. Lorsqu’on n’est pas accueilli dans un village, nul besoin de faire tomber la foudre du ciel dessus mais simplement aller plus loin. Avons-nous cette liberté intérieure ?

Toute cette décadence de l’Église doit nous mener à être davantage à l’écoute de l’Esprit Saint. Que nous dit-il dans sa manière de mener l’Église aujourd’hui ? A quelle conversion nous invite-t-il ? Un autre prêtre sur le diocèse évoque la période de Jérémie qui annonçait l’exil. Sommes-nous prêts à vivre cet exil de l’Église en terre rurale et de rester confiant à l’Esprit de Dieu qui conduit son peuple selon la volonté du Père ? Je sais que mon propos est quelque peu frustrant car nous aimerions avoir une perspective, des réponses, le plus clair possible, dans ces temps troublés et pourtant…

Acceptons de rentrer dans une période où nous ne voyons rien, apprenons à accueillir ce désarroi dans la confiance pour ne pas faire tant notre volonté que celle de Dieu. Non pas nous désinvestir et ne plus nous intéresser du devenir de notre communauté de croyants mais avancer sur un chemin de conversion en nous mettant d’avantage à l’écoute de l’Esprit de Dieu. C’est Dieu qui guide son Église. Il est temps de vivre une conversion pastorale !

Autres réflexions à suivre…

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Laïcité et religions

Le principe de laïcité nous demande de ne pas exprimer nos convictions religieuses, philosophiques ou politiques. Quel dommage ! La nation veut éduquer ses enfants à la liberté, à savoir tenir debout pour atteindre la dignité humaine. Très beau mais comment cela est-il possible si on n’initie pas les jeunes à réfléchir et exprimer leurs convictions ? On en fait des mollusques sans colonne vertébrale !

Vincent Goguey

Laïcité et religions

Le principe de laïcité nous demande de ne pas exprimer nos convictions religieuses, philosophiques ou politiques. Quel dommage ! La nation veut éduquer ses enfants à la liberté, à savoir tenir debout pour atteindre la dignité humaine. Très beau mais comment cela est-il possible si on n’initie pas les jeunes à réfléchir et exprimer leurs convictions ? On en fait des mollusques sans colonne vertébrale !

Le besoin de reconnaissance est constitutif de l’humain : aux yeux de qui est ce que j’existe ? L’une des causes qui pousse quelqu’un à être violent ou la mésestime de soi c’est la non-reconnaissance de ce qu’il est. Que les lieux de la laïcité soient des lieux de non-dit, non- expression des citoyens sont des lieux de non-reconnaissance et donc un terreau à la violence.

Depuis plus de 25 ans je fais des interventions dans des collèges et lycées catholique (car en public nous n’avons pas cette liberté d’organiser ces rencontres !). Certains d’entre eux ont plus de la moitié d’élèves de confession musulmane, d’autres sont très interreligieux, particulièrement en Seine saint Denis où se côtoient hindous, bouddhistes ; chrétiens, musulmans, sans religion. Mes interventions ont pour but de les inviter à réfléchir le sens de la Vie : Pourquoi es-tu ici sur Terre ? Lors de ces rencontres j’invite chacun a exprimer ses propres convictions, visions de l’existence. Il n’y a jamais eu aucun souci d’expression. La seule attention que je donne sur le mode d’expression est de ne pas chercher à imposer son point de vue à l’autre ni à contrer les convictions de l’autre. Apprendre à découvrir les camarades de classes pour savoir avec qui ils vivent au quotidien. Si au départ, quelques adeptes d’une religion autre que chrétienne, sont sur la défensive sur le fait que je sois prêtre, très vite la suspicion s’efface car ils perçoivent bien que je cherche à les mettre en posture de « chercheur de vie ». Le simple fait qu’ils aient la possibilité d’exprimer leurs convictions, d’être entendus et respectés dans cette expression de ce qu’est la vie selon leurs croyances (un athée croit que Dieu n’existe pas !!!) ils se sentent reconnus et non donc plus besoin de se mettre en attitude de forteresse assiégée qu’il faudrait défendre. Ils peuvent alors ouvrir leur maison pour inviter les autres à venir visiter leur monde ! Chacun en sort enrichi.

Nous savons tous que c’est grâce à la différence des autres qu’on apprend à se connaitre

soi-même. Pourquoi limiter la rencontre de ces différences qu’à l’aspect culturel ou culinaire ? Je te propose un plat, je ne t’oblige pas à y gouter, mais tu sais que c’est là sur le comptoir de présentation du repas !

Pendant trois ans, en Périgord, j’ai eu la grâce et la joie d’accompagner une équipe des conférences st Vincent de Paul (groupe de catholiques se mettant au service de personnes en fragilité ou marquées par la solitude). Cette équipe a la particularité d’être constituée de personnes d’obédiences religieuses différentes. Notre équipe est donc constituée de chrétiens, indous, bouddhistes, et autres qui n’avaient pas de rattachement très défini. Ce fut trois ans très bénéfiques. La règle de ces équipes est de se retrouver tous les 15 jours pour des réunions à deux temps : première partie spirituelle, la seconde concrète en faisant l’état des lieux des personnes que l’on suit.

Il nous a fallu un petit temps d’apprivoisement pour savoir un peu qui ont était. On aurait pu faire le choix de taire nos convictions et réduire la dimension caritative à une simple action sociale mais nous avons fait le choix de jouer cartes sur tables. Pour cela nous avons organisé des temps  spécifiques  de  partages  sur  des  thèmes  précis  en  lien  avec nos  convictions :

« Qu’est ce qui me pousse à me mettre au service de personnes en fragilité ? » ; « l’espérance dans nos traditions » ; « comment vivre plus intensément notre foi ? », etc. ô combien cela a été bénéfique à chacun d’entre nous. Bien évidemment cela demande d’avoir une disponibilité intérieure à accueillir l’autre dans ce qu’il exprime, tant sur le fond, que la forme que le vocabulaire employé. À partir de là, la première partie de nos rencontres a toujours été très fructueuse car chacun savait se nourrir de l’apport des autres.

Étonnant que bien des touristes vont visiter et s’informer sur les temples ou pagodes des pays visités et ne sont guère capables d’aller à la rencontre de leurs voisins qui n’ont pas les mêmes convictions qu’eux !

Ce style d’échanges sur le fond à pour conséquences d’agrandir nos connaissances sur d’autres manières de croire, de voir cet univers, de penser autrement les modes de communications avec le transcendant ou notre relation aux autres. Ça crée des liens d’amitié basés sur le respect et sur le fait qu’on est semblable au moins en un point : nous sommes des chercheurs de Vie (selon les traditions nous la nommons différemment). Une autre conséquence, non des moindres est la paix qui s’installe entre nous et nous fortifie et dynamise pour œuvrer ensemble contre certains maux de notre société !

Le simple fait de découvrir combien l’autre prend au sérieux sont chemin de foi (quel qu’elle soit) est stimulant pour chacun et invite à un renouvellement sur notre propre chemin. Entendre tel ou tel aspect de la foi de l’autre sur la conception de l’univers, notre relation à celui-ci est une invitation à chercher dans notre propre tradition ce qu’en disent nos textes sacrés et les témoins qui ont jalonnés les siècles.

Osons créer des lieux d’expressions ouverts à tous ainsi nous lutterons contre l’entre-soi ou se distille l’amertume vis-à-vis des autres… on sait bien jusqu’où cela peut aller !

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