Lettre Apostolique en forme de «Motu Proprio» du Souverain Pontife François ‘Aperuit Illis’ par laquelle est institué le Dimanche de la Parole de Dieu

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte.

Pape Francois

Lettre Apostolique en forme de «Motu Proprio» du Souverain Pontife François ‘Aperuit Illis’ par laquelle est institué le Dimanche de la Parole de Dieu

1. « Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc 24, 45). Voilà l’un des derniers gestes accomplis par le Seigneur ressuscité, avant son Ascension. Il apparaît aux disciples alors qu’ils sont rassemblés dans un même lieu, il rompt avec eux le pain et ouvre leur esprit à l’intelligence des Saintes Écritures. À ces hommes effrayés et déçus, il révèle le sens du mystère pascal : c’est-à-dire que, selon le projet éternel du Père, Jésus devait souffrir et ressusciter des morts pour offrir la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc 24, 26.46-47) et promet l’Esprit Saint qui leur donnera la force d’être témoins de ce Mystère de salut (cf. Lc 24, 49).

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

2. En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’avais demandé que l’on pense à « un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple » (Misericordia et misera, n. 7). Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable. À cet égard, les enseignements de Saint Éphrem me viennent à l’esprit : « Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite » (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18).

Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu. Il est désormais devenu une pratique courante de vivre des moments où la communauté chrétienne se concentre sur la grande valeur qu’occupe la Parole de Dieu dans son quotidien. Dans les diverses Églises locales, de nombreuses initiatives rendent les Saintes Écritures plus accessibles aux croyants, ce qui les rend reconnaissants pour un tel don, engagés à le vivre quotidiennement et responsables de le témoigner avec cohérence.

Le Concile œcuménique Vatican II a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu par la Constitution dogmatique Dei Verbum. De ces pages, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte, transmise de génération en génération (chap. II), son inspiration divine (chap. III) qui embrasse Ancien et Nouveau Testament (Chap. IV et V) et son importance pour la vie de l’Église (chap. VI). Pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 une Assemblée du Synode des Évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », à la suite de laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés[1]. Dans ce document, le caractère performatif de la Parole de Dieu est particulièrement approfondi surtout, lorsque dans l’action liturgique, émerge son caractère proprement sacramentel[2].

Il est donc bon que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi.

3. J’établis donc que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieu exprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide.

Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. Il sera important, en tout cas que, dans la célébration eucharistique, l’on puisse introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. En ce dimanche, de façon particulière, il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion. De la même manière, les prêtres en paroisse pourront trouver la forme la plus adéquate pour la remise de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina.

4. Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne 8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne 8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).

Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple.

5. Dans cette unité générée par l’écoute, les pasteurs ont en premier lieu la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière, car elle possède « un caractère presque sacramentel » (Evangelii Gaudium, n. 142). Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien » (Ibid.). C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer !

Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne. Il faut donc consacrer le temps nécessaire à la préparation de l’homélie. On ne peut improviser le commentaire aux lectures sacrées. Pour nous, comme prédicateurs, il est plutôt demandé de ne pas s’étendre au-delà de la mesure avec des homélies ou des arguments étrangers. Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son cœur pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

Il est également souhaitable que les catéchistes, par le ministère dont ils sont revêtus, aident à faire grandir dans la foi, ressentant l’urgence de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures, leur permettant de favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu.

6. Avant de se manifester aux disciples enfermés au cénacle et de les ouvrir à l’intelligence de l’Écriture (cf. Lc 24, 44-45), le Ressuscité apparaît à deux d’entre eux sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs (cf. 24, 13-35). Le récit de l’évangéliste Luc note que c’est le jour de la Résurrection, c’est-à-dire le dimanche. Ces deux disciples discutent sur les derniers événements de la passion et de la mort de Jésus. Leur chemin est marqué par la tristesse et la désillusion de la fin tragique de Jésus. Ils avaient espéré en Lui le voyant comme le Messie libérateur, mais ils se trouvent devant le scandale du Crucifié. Discrètement, le Ressuscité s’approche et marche avec les disciples, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas (cf. v. 16). Au long du chemin, le Seigneur les interroge, se rendant compte qu’ils n’ont pas compris le sens de sa passion et de sa mort ; il les appelle « esprits sans intelligence et lents à croire » (v. 25) « et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

7. La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre » (1Co 15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection n’appartiennent pas à la mythologie, mais à l’histoire et se trouvent au centre de la foi de ses disciples.

Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle.

8. Le « voyage » du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se termine par le repas. Le mystérieux Voyageur accepte l’insistante demande que lui adressent les deux compagnons : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc 24, 29). S’assoyant à table avec eux, Jésus prend le pain, récite la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (cf. v. 31)

Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21).

La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. Ce jour consacré à la Bible veut être non pas « une seule fois par an », mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité.

Écriture et Sacrements sont donc inséparables. Lorsque les sacrements sont introduits et illuminés par la Parole, ils se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur pour reconnaître son action salvifique. Il est nécessaire, dans ce contexte, de ne pas oublier l’enseignement qui vient du livre de l’Apocalypse. Il est dit ici que le Seigneur est à la porte et qu’Il frappe. Si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre, Il entre pour dîner avec lui (cf. 3, 20). Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

9. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui constitue en quelque sorte son testament spirituel, saint Paul recommande à son fidèle collaborateur de fréquenter constamment l’Écriture Sainte. L’Apôtre est convaincu que « toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (cf. 3, 16). Cette recommandation de Paul à Timothée constitue une base sur laquelle la Constitution conciliaire Dei Verbum aborde le grand thème de l’inspiration de l’Écriture Sainte, une base dont émergent en particulier la finalité salvifique, la dimension spirituelle et le principe de l’incarnation pour l’Écriture Sainte.

Rappelant tout d’abord la recommandation de Paul à Timothée, Dei Verbum souligne que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (n. 11). Puisque celles-ci enseignent en vue du salut pour la foi dans le Christ (2 Tm 3, 15), les vérités qu’elles contiennent servent à notre salut. La Bible n’est pas une collection de livres d’histoires ni de chroniques, mais elle est entièrement tournée vers le salut intégral de la personne. L’indéniable enracinement historique des livres contenus dans le texte sacré ne doit pas faire oublier cette finalité primordiale : notre salut. Tout est orienté vers cette finalité inscrite dans la nature même de la Bible, qui est composée comme histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Pour atteindre ce but salvifique, l’Écriture Sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, transforme en Parole de Dieu la parole des hommes écrite de manière humaine (cf. Dei Verbum, n. 12). Le rôle de l’Esprit Saint dans la Sainte Écriture est fondamental. Sans son action, le risque d’être enfermé dans le texte serait toujours un danger, rendant facile l’interprétation fondamentaliste, d’où nous devons rester à l’écart afin de ne pas trahir le caractère inspiré, dynamique et spirituel que possède le texte sacré. Comme le rappelle l’Apôtre, « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Le Saint-Esprit transforme donc la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint.

10. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle est importante l’affirmation des Pères conciliaires selon laquelle l’Écriture Sainte doit être « lue et interprétée à la lumière du même Esprit par lequel elle a été écrite » (Dei Verbum, n. 12). Avec Jésus Christ, la révélation de Dieu atteint son accomplissement et sa plénitude ; pourtant, l’Esprit Saint continue son action. En effet, il serait réducteur de limiter l’action de l’Esprit Saint uniquement à la nature divinement inspirée de l’Écriture Sainte et à ses différents auteurs. Il est donc nécessaire d’avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle. Dans ce sens, nous pouvons comprendre les paroles de Jésus quand, aux disciples qui lui confirment avoir saisi le sens de ses paraboles, Il dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt 13, 52).

11. Dei Verbum précise enfin que « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » (n. 13). C’est comme dire que l’Incarnation du Verbe de Dieu donne forme et sens à la relation entre la Parole de Dieu et le langage humain, avec ses conditions historiques et culturelles. C’est dans cet événement que prend forme la Tradition, qui elle aussi est Parole de Dieu (cf. Ibid., n. 9). On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation. Le caractère écrit de la première ne diminue en rien le fait qu’elle soit pleinement parole vivante ; de même que la Tradition vivante de l’Église, qui la transmet sans cesse au cours des siècles de génération en génération, possède ce livre sacré comme la « règle suprême de la foi » (Ibid., n. 21). D’ailleurs, avant de devenir un texte écrit, la Parole de Dieu a été transmise oralement et maintenue vivante par la foi d’un peuple qui la reconnaissait comme son histoire et son principe d’identité parmi tant d’autres peuples. La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre.

12. Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte accomplit son action prophétique avant tout à l’égard de celui qui l’écoute. Elle provoque douceur et amertume. Rappelons-nous les paroles du prophète Ézéchiel lorsque le Seigneur l’invite à manger le rouleau du livre, il confie : « dans ma bouche il fut doux comme du miel » (cf. 3, 3). Même l’évangéliste Jean sur l’île de Patmos revit la même expérience qu’Ézéchiel de manger le livre, mais il ajoute quelque chose de plus spécifique : « Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10, 10).

L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16). L’amertume, à son contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente, ou se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas retenue valable pour donner un sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

13. Une autre provocation qui provient de l’Écriture Sainte est celle qui concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression pleine et parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui-même, mais qui s’offre à tous sans réserve. Dans la parabole du pauvre Lazare, nous trouvons une indication précieuse. Lorsque Lazare et le riche meurent, celui-ci, voyant le pauvre dans le sein d’Abraham, demande qu’il soit envoyé à ses frères pour les avertir de vivre l’amour du prochain, pour éviter qu’eux aussi subissent ses propres tourments. La réponse d’Abraham est cinglante : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Lc 16, 29). Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.

14. L’un des épisodes les plus significatifs du rapport entre Jésus et les disciples est le récit de la Transfiguration. Jésus monte sur la montagne pour prier avec Pierre, Jacques et Jean. Les évangélistes se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures. La réaction de Pierre, à cette vue, est remplie d’un joyeux émerveillement : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Lc 9, 33). A ce moment-là, une nuée les couvrit de son ombre et les disciples furent saisis de peur.

La Transfiguration rappelle la fête des tentes, quand Esdras et Néhémie lisaient le texte sacré au peuple, après le retour de l’exil. Dans un même temps, elle anticipe la gloire de Jésus en préparation au scandale de la passion, gloire divine qui est également évoquée par la nuée qui enveloppe les disciples, symbole de la présence du Seigneur. Cette Transfiguration est semblable à celle de l’Écriture Sainte qui se transcende lorsqu’elle nourrit la vie des croyants. Comme le rappelle Verbum Domini : « Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre » (n. 38).

15. Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc 1, 45). La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude. Aucun pauvre n’est bienheureux parce qu’il est pauvre ; Il le devient, comme Marie, s’il croit en l’accomplissement de la Parole de Dieu. C’est ce que rappelle un grand disciple et maître des Saintes Écritures, saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà dans les temps anciens « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).

Donné à Rome, près de saint Jean du Latran, le 30 septembre 2019

En la mémoire liturgique de saint Jérôme, en ce début du 1600e anniversaire de sa mort.


[1] Cf. AAS 102 (2010), 692-787.

[2] « La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au corps et au sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté », Verbum Domini, 56.

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La rencontre des délégués de la famille vincentienne à Rome. 7-12 Janvier 2020

Une première dans notre famille, quatre jours pour comprendre notre histoire, écouter ce que déjà nous vivons, approfondir le sens de notre charisme et finalement proposer des voies pour progresser afin d’offrir un service efficace des plus pauvres afin que l’Evangile de Jésus soit porté aux périphéries de l’Eglise et du monde.

Bernard Massarini

La rencontre des délégués de la famille vincentienne à Rome. 7-12 Janvier 2020

Nous étions près de 200 personnes de 97 branches de la Famille Vincentienne réunis à Rome du 7 au 12 janvier 2020 par le Bureau international de la Famille Vincentienne. Une première dans notre famille : quatre jours pour comprendre notre histoire, écouter ce que déjà nous vivons, approfondir le sens de notre charisme et finalement proposer des voies pour progresser afin d’offrir un service efficace des plus pauvres pour que l’Évangile de Jésus soit porté aux périphéries de l’Eglise et du monde.

La rencontre s’est ouverte par l’audience du pape. Il nous a accordé un temps de photo à l’issue de sa catéchèse. L’après-midi a ouvert la rencontre par deux conférences : celle du Père MALONEY, ancien supérieur général des Lazaristes, qui a mis en route cette aventure commune et une de l’actuel supérieur Général, le P. Tomaz MAVRICK qui nous a donné des orientations à vivre pour que la Famille Vincentienne développe la richesse du charisme que l’Eglise lui a confié.

C’est en 1994, lors d’une visite des lazaristes au Mexique, que le Père MALONEY aura la joie de découvrir avec les Pères de la Mission, les Filles de la Charité, ce qu’il avait l’habitude de rencontrer lors de ses visites mais cette fois, ils lui ont donné l’occasion de rencontrer la Société Saint-Vincent-de-Paul, les Equipes Saint-Vincent (AIC) et la Jeunesse Mariale Vincentienne. La découverte de cette solide collaboration fait prendre conscience du  dynamisme de ces divers acteurs animés de l’esprit laissé par Saint Vincent au Mexique. C’est cette prudence audacieuse alliant amour des pauvres et  attachement indéfectible à Jésus-Christ qui caractérisait Vincent. Fort de cela, le Père MALONEY va proposer l’année suivante, à Rome, que se retrouvent le président international de la Société Saint-Vincent-de-Paul, la Président des AIC et la Supérieure Générale des Filles de la Charité. C’est l’occasion pour chacun des responsables de dire leur joie de découvrir qu’en Eglise, ils vivent le même charisme, chacun dans sa tradition propre. Ils repartiront après avoir vécu un moment avec le Pape Jean-Paul II, heureux d’entendre que les vincentiens étaient disposés à mettre leur charisme au service de l’Eglise. Ils repartiront avec une intuition à manifester ensemble : ils établiront une date annuelle de fête et créeront une prière pour avoir une force commune.

Puis le Père MAVRICK, actuel supérieur général des prêtres de la mission et coordinateur de la Famille Vincentienne,  nous a partagé la joie de constater ce grand dynamisme que nous sommes au cœur de l’Eglise et il nous a invité à approfondir la formation à la spiritualité, à veiller à conserver le charisme dans toutes nos institutions d’éducation où la présence des religieux et religieuses diminue, à veiller au service intégral de la personne dans nos institutions de santé, à continuer à promouvoir des initiatives pour aider à sortir de la misère et améliorer nos réponses aux situations de catastrophes naturelles.  

Nous avons vu qu’il faudra attendre 2015 pour que le premier Bureau de la Famille Vincentienne voie le jour et que s’organise cette dynamique souhaitée depuis 20 ans déjà. Elle est composée d’un Bureau formé des 4 branches historiques (AIC, Lazaristes, Filles de la Charité, Société Saint Vincent de Paul) et de 4 branches rotatives pour des mandats de 3 ans. Il est assisté par le Bureau du comité exécutif qui coordonne le travail des commissions : communication, charisme, collaboration, changement systémique, sans-abris depuis le symposium 2017. Il nous a été demandé d’insister sur la communication entre nous afin que nous entrions davantage dans une ère de communion en approfondissant notre chemin commun.

La Famille Vincentienne est aujourd’hui présente dans 158 pays sur les 197 reconnus par l’ONU. Elle s’est  déjà dotée de 120 conseils nationaux dont 46 animés par des frères ou prêtres de la Congrégation de la Mission, et 20 par des religieuses de plus de 15 congrégations. Parmi les 54 autres conseils nationaux, la moitié sont animés par des laïcs des divers mouvements et associations vincentiennes. Il s’agit donc d’une famille en action et dynamique qui a besoin de solides bases communes pour déployer la richesse des services qu’elle propose de par le monde.

Le second jour, ce fut la culture des vocations qui a été abordée. Nous nous sommes interrogé sur la façon dont nous pouvons transmettre l’appel au service comme vincentiens, en sachant témoigner de la joie de vivre et en invitant celles et ceux qui nous entourent à partager nos activités, nos temps de prière et peut-être en faisant bénéficier de nos lieux de vies pour que les personnes puissent s’ancrer dans le chemin vincentien. La table ronde qui suivra fera échanger un jeune d  la Jeunesse Mariale Vincentienne du Liban, une avocate Haïtienne au service des projets de développement, un frère d’une communauté aux USA et une sœur anglaise. Ils nous ont permis d’entendre à nouveau le murmure de Jésus qui a invité au creux de leurs rencontres du quotidien ces sœurs et ces frères à faire un pas de plus pour répondre à son appel au service des plus fragiles.

L’après-midi a été consacré à la transmission du charisme et les difficultés rencontrées. Le Père MAVRICK nous exposera l’appel du frère Aloïs, prieur de la Communauté de Taizé. Honorant l’appel du frère Roger, fondateur de la communauté, l’ancienne supérieure générale des Filles de la Charité avait offert quelques sœurs pour le service des jeunes. Elles n’ont pu demeurer, et la communauté sollicite la Famille vincentienne pour qu’elle propose des frères ou des sœurs pour prendre en charge l’infirmerie de ce lieu d’évangélisation de plus de 40.000 jeunes du monde entier annuellement. Puis ont été évoqué les saints et bienheureux de la famille en vue de l’élaboration du lectionnaire de la Famille Vincentienne. S’en est suivie une réflexion sur la continuité du charisme sans la présence des religieux et religieuses avec l’exemple de la Hollande. Le samedi a été consacré à penser notre façon d’affermir le déploiement de la famille et sur la façon de la rendre présente sur le net. 

Nous avons ensuite évoqué le festival de films qui a eu lieu l’année suivant l’anniversaire des 400 ans du charisme à Castel-Gondolfo, ce qui a révélé une richesse de création cinématographique durant le synode des évêques sur les jeunes. Il avait pour thème « la mondialisation de la charité ». De nombreux courts-métrages et films ont été réalisés. Nous avons eu la joie de voir deux courts-métrages qui nous ont présenté deux situations en Europe : la crise économique en Espagne et la situation des migrants. Puis ce fut au tour de l’alliance pour les sans-abris lancée lors du symposium de 2017, qui avec la délégation vincentienne à l’ONU s’est proposée de trouver 10.000 logements stables pour des sans-abris. Il faut saluer l’efficacité de nos réseaux qui depuis octobre 2017 ont déjà trouvé 8600 logements pour des personnes seules et des familles. Nous entendons que le fondement de notre charisme n’est pas dans la défense de valeurs, mais bien dans l’acceptation à nous laisser bousculer par l’Évangile qui rejoint tout homme et tout l’Homme. Cette dignité n’est pas liée à la performance individuelle mais doit prendre en compte l’histoire, les relations, la dimension familiale et sociale de la personne accueillie.

Les échanges en groupes linguistiques ont aidé à soutenir, préciser et donner des éléments que le Bureau pourra utiliser pour continuer son action de soutien de la grande dynamique de service des pauvres dans laquelle nous sommes engagés en Eglise. Nous venons de vivre un symposium riche en rencontres, en échanges : il nous a aidé à préciser, à approfondir notre identité, tout en envisageant des outils pour ce nouvel espace missionnaire de notre Eglise. La charité du Christ nous presse, nous sommes conscients que la dignité de l’homme n’est pas une idéologie mais un combat. Sans jamais renoncer, nous aimerons corporellement et spirituellement les plus fragiles qui nous serons présentés pour que la Bonne Nouvelle de Jésus soit effective.

Bernard MASSARINI, c.m. au nom de l’Archiconfrérie de la Sainte-Agonie

 

Bernard MASSRINI c.m. au nom de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie

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2 Temps ordinaire – A (Jean 1,29-34)

Certains cercles chrétiens du premier siècle avaient grand intérêt à ne pas être confondus avec les disciples de Jean-Baptiste.

Jose Antonio PAGOLA

2 Temps ordinaire – A (Jean 1,29-34)

CE QUI EST PREMIER

Certains cercles chrétiens du premier siècle avaient grand intérêt à ne pas être confondus avec les disciples de Jean-Baptiste. La différence, selon eux, était abyssale. Les «baptistes» vivaient selon un rite extérieur qui ne transformait pas les gens : un baptême d’eau. Les «chrétiens», par contre, se laissaient transformer intérieurement par l’Esprit de Jésus.

Oublier cela serait mortel est pour l’Église. Le mouvement de Jésus n’est pas étayé par des doctrines, des normes ou des rites vécus de l’extérieur. C’est Jésus lui-même qui doit «baptiser» ou imprégner ses disciples de son Esprit. Et c’est cet Esprit qui doit les animer, les pousser et les transformer. Sans ce «baptême de l’Esprit», il n’y a pas de christianisme.

Nous ne devons pas l’oublier. La foi qui existe dans l’Église n’est pas celle des documents du magistère ni celle des livres des théologiens. La seule vraie foi est celle que l’Esprit de Jésus éveille dans le coeur et dans la conscience de ses disciples. Ces chrétiens simples et honnêtes, d’intuition évangélique et de coeur compatissant, sont ceux qui «reproduisent» vraiment Jésus et introduisent son Esprit dans le monde. C’est ce que nous avons de meilleur dans l’Église.

Malheureusement, il y en a beaucoup d’autres qui ne connaissent pas par expérience la puissance de l’Esprit de Jésus. Ils vivent une «religion de deuxième main». Ils ne connaissent ni n’aiment Jésus. Ils croient simplement ce que d’autres leur disent. Leur foi consiste à croire ce que dit l’Église, ce que la hiérarchie enseigne, ou ce que des experts écrivent, même si dans leur coeur ils n’éprouvent rien de ce que Jésus a vécu. Naturellement, au fil des années, leur adhésion au christianisme s’affaiblit.

La première chose dont nous, chrétiens, avons besoin aujourd’hui, ce ne sont pas des catéchismes qui définissent correctement la doctrine chrétienne, ni des exhortations qui définissent rigoureusement les normes morales. Cela seul ne peut pas transformer les personnes.

Il y a quelque chose de préalable et de plus décisif : faire découvrir dans nos communautés, la personne de Jésus, aider les croyants à s’entrer en contact direct avec l’Evangile, leur apprendre à connaître et aimer Jésus, apprendre ensemble à vivre selon son style de vie et son esprit. Recouvrer le «baptême de l’Esprit», n’est-ce pas notre première tâche dans l’Église?


Traducteur: Carlos Orduna

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Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ?

Alain Perez

Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ? En fait, Jésus n’avait pas besoin d’un baptême de purification ou de conversion, tel que le pratiquait Jean Baptiste. Cependant, par son baptême, Jésus a voulu montrer, d’une part,  sa solidarité avec tous ceux qui se présentaient au Jourdain pour être purifiés, et, d’autre part, sa démarche est aussi pour nous,  une invitation à mieux vivre notre propre baptême.

En effet, au moment du baptême, le prêtre insiste sur l’entrée des nouveaux baptisés dans l’Eglise et dans la famille de Dieu. Cela est très important , bien sûr. Cependant, il ne faudrait pas voir cette entrée dans l’Eglise, dans la famille de Dieu, comme une séparation d’avec les autres, ceux qui ne sont pas chrétiens. Pourquoi cela ? Parce que, par son baptême, manifestation de solidarité, Jésus se veut semblable aux autres, mêlé à eux, partageant leur désir de conversion pour le fortifier. Et donc, à l’exemple de Jésus, le chrétien ne doit pas oublier que sa présence au monde est justement la conséquence logique de son baptême !

Ce qui veut dire que le chrétien n’est pas un être supérieur, qui se tient à distance des autres, dans une séparation orgueilleuse ou frileuse… Au contraire, c’est justement parce qu’il est baptisé , qu’il se sent solidaire des hommes d’aujourd’hui ! Le baptême, bien loin de le mettre à part, le plonge un peu plus dans le monde, comme Jésus. Le baptême n’est pas pour lui, un vaccin qui le préserve de la maladie ou du mauvais sort, ni une assurance pour la vie éternelle…Si le baptême fait entrer dans la famille de Dieu, ce n’est pas pour y vivre en ghetto, mais plutôt pour y puiser des forces neuves, afin de vivre une solidarité plus forte avec les hommes d’aujourd’hui, tout en restant levain dans la pâte, témoin d’un Dieu vraiment Dieu et vraiment homme.

De plus, l’eau du Jourdain, avant d’être l’eau qui lave, l’eau qui purifie, est d’abord l’eau de l’engloutissement, l’eau de la mort. Dans cette eau, Jésus le Fils de Dieu se plonge volontairement. Il veut ainsi montrer un autre aspect de sa solidarité : en se plongeant dans l’eau du Jourdain, il se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort. Il vient partager l’existence des hommes dans ses réalités les plus pénibles. Il descend dans les profondeurs de tout ce qui entrave la vie, dans nos souffrances, nos détresses, nos angoisses et nos fautes. Ce qui faisait dire à l’écrivain Paul Claudel :  « En Jésus Christ, Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence. »

Oui, Jésus se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort, afin de les arracher au pouvoir de la misère , du péché et de la mort… Et, s’il a pu se faire solidaire de ses frères les humains et les délivrer, c’est parce qu’il a vu « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Parce qu’il a entendu une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé…en lui j’ai mis tout mon amour » .

De la même manière, en Jésus, par Lui et avec Lui, le jour de son baptême, le chrétien reçoit l’Esprit de Dieu et cette parole venu du Père s’adresse à lui personnellement : « Tu es mon Fils, ma Fille bien-aimé(e), en toi j’ai mis tout mon amour »… Grâce à l’Esprit de Dieu, grâce à l’amour du Père, le baptisé devient un homme nouveau. Il entre dans une grande solidarité avec les hommes d’aujourd’hui. Il n’a pas peur de vivre dans le monde, au milieu de ceux qui vivent, pensent ou agissent autrement. Il ne cherche pas à vivre à part des autres, dans une confrérie de purs. Mais il partage volontiers les joies et les espoirs, les angoisses, les luttes et les efforts des hommes d’aujourd’hui. Grâce à l’Esprit de Dieu et grâce à l’amour du Père, il ne met pas son drapeau dans sa poche, et il ose affirmer ses convictions, sans vouloir faire de prosélytisme, mais aussi sans honte ni lâcheté. Parce qu’il a reçu l’Esprit de Dieu et l’amour du Père, le Chrétien, le baptisé sait prendre position clairement et courageusement, et il est prêt à ramer à contre-courant des idées reçues, fidèle à sa conscience et en dépit du « qu’en dira-t-on ».

Durant cette Eucharistie, demandons au Seigneur de réveiller en nous la grâce de notre baptême. Pour certains d’entre nous, ce baptême a eu lieu il y a déjà un certain nombre d’années. Pourtant, ce jour-là, à nous aussi, personnellement, le Seigneur nous a dit : « Tu es mon enfant bien-aimé. En toi j’ai mis tout mon amour. » Alors aujourd’hui, en souvenir de notre baptême, tournons-nous avec confiance vers Lui !

Qu’il fortifie nos corps et nos cœurs ! Qu’il fortifie notre foi en Lui !  Qu’en le suivant, nous sachions choisir le bien et rejeter le mal, choisir le courage et rejeter la peur, la honte, la lâcheté. Choisir l’amour et la solidarité et rejeter l’individualisme, l’indifférence et le sectarisme. Que le Seigneur nous donne son Esprit et son amour pour être ses témoins sur toutes les routes que nous allons parcourir tout au long de cette nouvelle année qui commence ! Amen

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26 janvier 2020. Le dimanche de la Parole de Dieu

« La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple. » (pape François, Aperuit Illis)

CMission

26 janvier 2020. Le dimanche de la Parole de Dieu

En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le pape François avait demandé que l’on pense à un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu. Ce moment est fixé au troisième dimanche du Temps ordinaire qui tombe cette année le 26 janvier prochain.

Dans sa lettre Aperuit Illis, le pape souhaite que ce dimanche soit consacré « à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. » Il y voit une opportunité pour que les membres de l’Église renforcent leurs liens avec la communauté juive et soit une occasion de prier pour l’unité des chrétiens. La Parole de Dieu est en effet un bien commun qui doit rassembler les croyants et les croyantes et non les diviser.

Prions en Église et la Société catholique de la Bible proposent divers outils d’animation et de réflexion pour faire de cette journée un temps fort de ressourcement et répondre au souhait du souverain pontife : « Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. »

Auteur : Sylvain CAMPEU. Diplômé en études bibliques (Université de Montréal), Sylvain Campeau est responsable de la rédaction.

Plus d’information : http://www.interbible.org/interBible/carrefour/actualite/2020/actualites_20200113.html

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Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

Philippe LAMBLIN CM

Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Chers amis, frères et sœurs : Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

On aurait envie de bien les accueillir, de prendre un peu de temps avec eux et de leur demander : « D’où venez-vous ? quelle route avez-vous suivie ? quelle marchandise transportez-vous dans vos bagages ? ne voulez-pas prendre le temps de vous asseoir ? et qu’est-ce que cette histoire de roi qui vient de naître ? qui vous en a parlé ?»

En cette période de transhumance pour certains qui reviennent de séjour en famille, dans un contexte difficile pour ceux et celles qui rencontrent chaque matin et chaque soir d’énormes difficultés en raison des grèves pour rejoindre leur lieu de travail ou leur chez eux, la fête de l’Epiphanie 2020 risque de se réduire au partage d’une galette traditionnelle et à la recherche des indications ou des moyens de transport pour reprendre ses activités normales après les étapes de la fête de Noël et du passage à la nouvelle année.

Aussi, il est important de redonner du sens, le vrai sens de cette fête de l’Epiphanie du Seigneur.

En lisant le récit de l’arrivée des mages, nous redécouvrons que le personnage principal est d’abord Jésus : Il devient de suite le sujet premier de ce qui va suivre tout au long de l’Evangile de Matthieu. Jésus, c’est-à-dire Dieu qui sauve, est né à Bethléem. Tout ce qui précède est un prologue, qui nous a préparés à entendre cette nouvelle incroyable : Dieu qui sauve, Jésus est né à Bethléem. Il est même ajouté : « au temps du roi Hérode le Grand ». L’Epiphanie proclame la manifestation de Dieu aux hommes. Chez nos frères chrétiens orthodoxes, cette fête porte le nom de Théophanie : qui signifie la manifestation de Dieu qui s’est fait homme en Jésus. Les deux appellations comme leurs significations sont totalement complémentaires.

Comment la Parole de Dieu de ce jour nous exprime l’importance de cette fête ?

La liturgie de la Parole nous a fait entendre des passages bien choisis où résonne cette manifestation par des mots.

En voici 3 : Nations, rois et présents

En parlant des nations, la première lecture nous rappelle que la naissance de Jésus ne concerne pas seulement le peuple juif, comme pourrait le suggérer la question des mages : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? », mais comme l’annonce Isaïe à Jérusalem qui est en perdition, toutes les nations marcheront vers ta lumière, c’est l’humanité entière qui sera attirée par l’éclat de l’étoile qui précède la rencontre du nouveau-né de l’étable de Bethléem, par la Lumière, que représente Jésus. Le psalmiste ajoute tous les pays le serviront.

Et Paul dans sa lettre aux Ephésiens déclare : « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus », Donc, par la fête de l’Epiphanie, il nous est rappelé que tous les humains, sans aucune distinction particulière, sont appelés à faire partie de l’Eglise du Christ Jésus.

Second mot utilisé qui montre l’importance de notre fête : celui de rois. Notre manière de présenter ce jour comme étant la fête des rois mages ne montre pas suffisamment l’importance de l’évènement : Tout d’abord, l’évangile nous parle de mages venus d’Orient et pas de rois. Les mages venus d’Orient étaient sans doute des personnages importants au vu des coffrets qu’ils ouvrirent. Cependant c’est le fait qu’ils se prosternent devant l’enfant Jésus qui les met dans la lignée des rois dont a parlé le psaume : les rois de Tarsis et des Îles, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande, tous les rois se prosterneront devant lui. Les mages par leur attitude nous indiquent que même les rois, les gens bien placés ont vocation à être des chercheurs de Dieu. Et donc que tous les hommes comme les gens de Saba dont parle Isaïe sont invités à progresser dans leur connaissance de Dieu.

Karl Rhaner, grand théologien allemand, a écrit : « Le coeur des Mages s’est mis en route vers Dieu en même temps que leurs pas se dirigeaient vers Bethléem. Ils ont cherché Dieu, mais c’est Dieu qui conduisait leur recherche dès le moment où ils l’ont entreprise. Ils sont de ceux qui, dévorés par la faim et la soif de justice, aspirent vers le Sauveur, et repoussent la pensée que l’homme pourrait, sur la route de sa rencontre avec Dieu, négliger de faire le petit pas qui lui est demandé, sous prétexte que Dieu, lui, doit en faire mille. »

Un troisième mot à retenir de cette fête, c’est celui des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Ces présents ne sont pas des jouets comme on en donne aux enfants à l’occasion de Noël. L’évangile nous décrit la visite des mages dans la pauvre étable de Bethléem comme une petite liturgie royale et prophétique en parlant de coffrets de présents. Les mages passent de la joie, à la prosternation et à l’offrande de ce qu’ils ont de mieux et de plus précieux. De l’or, parce qu’ils voient en cet enfant un roi. Ils ont atteint le but de leur recherche : où est le roi des juifs qui vient de naître ? de l’encens, parce qu’ils le considèrent comme un prophète qui vient de les réjouir d’une très grande joie, de la myrrhe, parce qu’elle est utilisée pour faire des onctions et avait un usage thérapeutique et que cet enfant se nomme Jésus, Dieu qui sauve.

À nous aujourd’hui, d’avoir un cœur ouvert à tous les êtres humains, à nous, aujourd’hui d’être les destinataires et les récipiendaires de cette fête de l’Epiphanie pour lui redonner beaucoup de sens, et même si nous continuons à dire que les mages étaient trois rois, que nous allons partager leur galette pour désigner un roi ou une reine, l’important c’est que nous sachions poursuivre comme eux notre quête de Dieu dans notre cœur et d’y mettre Jésus, expression de Dieu qui aime toute humanité. 

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