Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale. Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui.

Roberto Gomez

Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Chers sœurs et frères : Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale.  Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui. Comme les sages d’Israël, Jésus utilisait souvent les paraboles et les histoires parce qu’il savait bien que l’on raconte des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment, mais l’on raconte des histoires aux adultes pour qu’ils s’éveillent. Puissent les paraboles retenues par l’évangile de ce dimanche, nous éveiller et nous inspirer.

Deux paraboles nous sont racontées par Jésus dans l’évangile de ce jour : le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ et le Royaume des Cieux est comparable à un chercheur de perles fines. Attention, on aurait tendance à dire que le Royaume des Cieux est comparable à un trésor et à une perle fine, mais non ! Jésus dit que le Royaume est comme un trésor puis qu’il est comme un homme qui cherche.

Arrêtons-nous sur deux points :

  • D’un côté la première parabole insiste sur le côté caché du trésor. Le trésor est enfoui, enterré. On ne le trouve que si l’on cherche en profondeur. Si l’on reste en superficie on le loupe. Puis, chose étonnante, celui qui trouve le trésor dans un champ n’agit pas comme nous agirions. Moi, j’aurais pris le trésor immédiatement et me serais enfui je ne sais pas où (en Colombie par exemple) pour en profiter et jouir du trésor. Or, le personnage mis en en scène par Jésus dans l’évangile agit différemment. Il cache de nouveau le trésor, vend tout ce qu’il possède et achète le champ. Pourquoi ? Comment ? C’est étrange, n’est pas ? Remarquons que le deuxième personnage de la parabole agit de manière semblable lorsqu’il trouve la perle rare. Il vend tout ce qu’il possède et l’achète.

Cette histoire si simple est plus riche que l’on ne l’imagine. Pourquoi acheter le champ et ne pas s’emparer du trésor caché tout simplement ? Peut-être parce que « le champ » de la parabole représente notre vie, notre existence. Le trésor caché est enfoui au fond de nous-mêmes, ou fond de nos vies. Le Royaume de Dieu est semé en nous comme la parabole du semeur le laissait entendre il y a deux dimanches. En fait, Jésus nous dit tout simplement, c’est en toi que j’ai caché le trésor que tu cherches. Va vers toi, va vers les profondeurs en toi et tu trouveras le trésor caché qui emplira ta vie de joie et donnera du sens à ton existence. C’est une parabole sur la profondeur en fin de comptes. Le champ de la parabole c’est notre vie. Il y a eu elle quelque chose d’inestimable. Tu auras gagné le Royaume des cieux si tu as cherché ce trésor en toi. Le trésor c’est la foi, les valeurs, les richesses qui ne périssent pas. La foi s’adresse toujours un notre liberté.

  • De l’autre côté la parabole insiste sur l’action de chercher. Le Royaume de Dieu est comparable à une personne qui cherche des perles fines et rares. Il semble paradoxal et contradictoire cet évangile ! Si d’un côté le trésor est trouvé par hasard, de l’autre côté la perle rare est trouvée par un effort, par quelqu’un qui se donne la peine de chercher. Dans le premier cas il n’y a pas d’effort à faire, dans le deuxième l’effort est souligné par le fait de chercher. On ne peut pas trouver Dieu que si l’on le cherche même de manière diffuse, voire confuse. On ne trouve Dieu que si l’on a le désir de le rencontrer.

La foi est ainsi : elle est un don mais en même temps la foi est le fruit d’une recherche, d’une espèce d’inquiétude, d’une sorte de quête parce que l’être humain ressent, devine, qu’il y a quelque chose de plus grand et de plus beau qui nous attend et nous est réservé. Cherche et tu trouves ! Cherche le plus grand et le plus beau dans ta vie ! Cela finira par arriver. Mais ne cherche pas en dehors de ta vie. Ne cherche pas le Royaume de Dieu en tournant le dos à la vie. C’est pour cela que le trésor caché dans le champ et la perle trouvée par celui qui cherche la plus belle, est une seule et même parabole.

La semaine dernière entre les Pyrénées ariégeoises et audoises, j’ai rencontré une jeune fille qui était heureuse parce qu’elle avait trouvé qu’elle avait un don (cela peut devenir son trésor). D’ailleurs, elle commençait à s’en servir autour d’elle et moi aussi j’en ai bénéficié. Elle a trouvé un don ! Pour d’autres ce sera leur vigne, leur famille, leur foi, la vie consacrée. Chacun doit trouver le sens de sa vie. Le mystère de Dieu et son Royaume y sont présents.

Frères et sœurs : Comment faire pour être comme les deux personnages de la parabole ? Comment faire pour investir dans le champ de nos vies les richesses cachées et enfouies que Dieu nous a données ? Comment faire pour ne pas se contenter d’une petite vie médiocre et résignée n’attendant plus de nouveau ni d’extraordinaire ? Le secret nous est peut-être donné par la première lecture : « Donne à ton serviteur Seigneur le discernement ». Littéralement, « donne à ton serviteur un cœur qui écoute ». Le jeune Salomon a plu à Dieu, parce qu’il n’a pas demandé ni la mort des ennemis, ni l’argent, ni le pouvoir… mais la capacité juger, de discerner et de choisir. La capacité d’écouter, de s’écouter et d’écouter Dieu en soi.  

Seigneur, donne-nous le désir de te chercher dans nos vies. Tu es le trésor caché que nous cherchons maladroitement, souvent sans le savoir. Donne nous encore de te chercher ensemble et en Eglise au fond de nous-mêmes et dans cette eucharistie,  parce que « Dieu lui-même est la profondeur de notre profondeur ».

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Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Famille Vincentienne - FRANCE

Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Famille Vincentienne - FRANCE
Famille Vincentienne - FRANCE

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Sont présents : France Morane des Equipes Saint Vincent-AIC France (E.S.V.), Patrick Rabarison de la Congrégation de la Mission (C.M.), Sœur Marie-Vianney Ressegand des sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond, Sœur Blandine Klein des  sœurs de la charité de Strasbourg et Fanny Douhaire, leur chargée de projets, Sœur Nicole Roland et Sœur Pascale Haratik des sœurs de Jeanne Antide Thouret, Michel Lanternier de la Société Saint Vincent de Paul (S.S.V.P.), P. Yves Danjou de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, Aurélie Madrid de la Jeunesse Mariale Vincentienne, Marie-Pierre Flour, secrétaire et membre de l’Association de la Médaille Miraculeuse, Sœur Marguerite-Marie Nmargo des sœurs de st Vincent de Paul de Lambélé, Sœur Laetitia Tremolet des sœurs du rosier de l’Annonciation et le P. Bernard Massarini, coordinateur.

Le coordinateur propose d’ouvrir par un temps de prière en lisant l’évangile du jour : Mt 5, 38-42 qui se termine par la phrase «Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos », prière avec le texte du jour et la citation d’Ozanam.

Il prolonge en citant Frédéric Ozanam «l’assistance humilie si elle n’est en rien réciproque, si vous ne portez à vos frères qu’un morceau de pain, un poignée de paille que nous n’aurez probablement jamais à lui demander, si vous le mettez dans la nécessité douloureuse d’un cœur bien fait de recevoir sans rendre ». Après un court silence, la prière du Notre Père est récitée.

Nous commençons par un tour de table pour présenter nos nouvelles associées :

les sœurs du rosier de l’Annonciation : elles sont reconnues comme association publique de fidèles fondée par Sœur Laetitia Tremolet, actuellement en service à Lourdes et en fondation en Corse. Elles se mettent dans les pas de Louise de Marillac et de Saint Vincent de Paul comme  soutien de leur spiritualité. Un charisme au service de toutes les pauvretés (transmission de la foi aux enfants, accompagnement des mères seules en difficultés et auprès des malades).

les sœurs de Saint Vincent de Paul de Lembélé : elles sont fondées en Belgique en 1811 par un prêtre, qui va les faire naître au Rwanda en 1956. Elles sont présentes dans 7 pays dont l’Ouganda, le Centre-Afrique, le Congo et la Belgique. Elles sont arrivées dans la Somme en 2018 : 3 sœurs, une sœur en catéchèse et service d’Eglise (sacristie et servants de messe), une en aumônerie d’hôpital et une en aumônerie de jeunes pour les établissements publics et privés.

1 – Nos projets communs

Nous commençons l’ordre du jour en nous mettant au courant de nos projets communs. Le projet « Louise et Rosalie » (accueil de jour pour femmes seules à la rue), à la Maison-Mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres, en partenariat entre E.S.V., S.S.V.P. et C.M. Le confinement a contraint à un arrêt total des travaux qui ont pu reprendre lors du déconfinement. Cet espace d’accueil aura un point sanitaire-douche, une cuisine et un espace d’écoute. L’ouverture prévue en juin est reportée après la Toussaint 2020.

Pour le Projet de Pantin, l’évêque du diocèse de Saint Denis a sollicité la S.S.V.P. pour un accueil de jour pour les SDF (femmes à la rue). Les travaux ont dû être reportés. Ce lieu d’accueil n’ouvrira que courant 2021. La S.S.V.P. a fait appel à la collaboration des Filles de la Charité. Quelques-unes participeront à ce service.

2 – Pauvretés rencontrées du fait de la pandémie

Le coordinateur nous informe que les Vincentiens à l’ONU ont obtenu 4 jours de travail lors de l’assemblée sur les personnes sans-abris qui a conduit à l’adoption d’un texte. Il a partagé lors d’une rencontre ZOOM des visiteurs de la Congrégation de la Mission 3 initiatives nouvelles de la S.S.V.P., 2 des E.S.V., 2 des Sœurs de la Charité de Strasbourg et 2 des Lazaristes qui ont créé des services de proximité de pauvres, d’enfants ou de soignants durant le confinement.

Mr Lanternier, de la Société Saint Vincent de Paul, nous informe des rencontres régulières entre le Ministère de la cohésion sociale et un collectif de 30 associations travaillant avec les populations pauvres.

Ils se sont aperçu que ce sont les étudiants et les jeunes qui sont plus particulièrement précarisés par la pandémie (chômage..). L’Etat a mis 50M€ au service de ces actions. Les bénévoles âgés ont dû se protéger et il a fallu faire appel à des bénévoles extérieurs.

Mr Lanternier déplore la méconnaissance des dispositifs : les 200€ pour les étudiants, les bons d’achats pour les personnes à faible revenus, les moyens mis à disposition par les collectivités territoriales… L’insécurité alimentaire a explosé et il est à craindre que le chômage explose sans pouvoir faire face.

La S.S.V.P. a consacré son énergie à remettre ou conserver le réseau au service et n’a pas eu l’occasion d’être davantage attentive aux personnes. Elle a mis en route un système de rapports que les conseils départementaux sont invités à remonter pour avoir une vue plus générale l’état des situations.

Nouvelle adaptation à faire avec des personnes d’âge avancé et comprendre comment continuer avec les nouveaux visages parus durant cette période.

A Besançon, les sœurs de Jeanne Antide Thouret (S.J.A.T.) ont constaté la paupérisation des étudiants étrangers qui vivaient de travaux intérimaires. L’un d’entre eux n’avait plus rien à manger, ni de quoi payer son loyer universitaire. Les S.J.A.T. lui ont procuré des  rations alimentaires et une association a accepté de prendre en charge le coût du loyer. Ce jeune étudiant est reçu en second cycle (Master) sur Paris à la rentrée et cherche un travail d’été en vain.  

Toujours à Besançon, « l’escale jeune » s’est retrouvée sur zoom ou Skype et a cherché des réponses aux nouvelles demandes. Il a été proposé de garder le lien par téléphone ou internet avec les personnes seules ou isolées. La rencontre en présentiel avec la pastorale de la santé les a invitées à voir comment continuer la dynamique engagée. Divers projets : repas, fêtes…

Les Equipes Saint Vincent-AIC France n’ont eu que des appels téléphoniques de mères seules pour obtenir une aide alimentaire. Il est triste de constater que beaucoup ne connaissent pas les dispositifs dont ils peuvent bénéficier (peu savent qu’ils peuvent contacter la paroisse de leur quartier ou les services de la mairie). Il faut faire en sorte que l’information soit connue. Les bénévoles âgés des E.S.V. ont dû se mettre à l’abri pour se protéger mais elles sont su s’adapter en s’initiant à la visioconférence zoom pour que leurs élèves en français/langue étrangère ne perdent pas leurs acquis ; elles ont conservé les liens en mettant en place les cours par whatsapp ou autre support. France Morane partage sa crainte de l’augmentation des violences tant pour les femmes que les enfants sans pouvoir encore évaluer combien de personnes suivies sont concernées. Pendant le confinement, la violence intrafamiliale a augmenté de 30%.

Les sœurs de la Charité de Lembélé, dans la Somme, ont accompagné le prêtre lors de la célébration des obsèques avec parfois seulement le cercueil, sans membre de la famille du fait du confinement. Elles ont aussi beaucoup écouté les personnes de leur environnement qui vivaient dans l’angoisse liée à l’isolement dû à une maladie.

Soeur Laetitia, des sœurs du Rosier de l’Annonciation, informe qu’avoir laissé l’église ouverte a permis aux personnes de faire des passages discrets et furtifs. Une grande solidarité les a fait bénéficier de nourriture de la part du maire ou du curé : elles en ont assuré la redistribution aux personnes en difficultés, cela a ouvert de nouvelles relations de proximité.

Faute de pouvoir faire patronage en présentiel, elles ont inventé un patronage en ligne : de courtes vidéos régulières avec un éveil à la foi, prière avec les sœurs, une activité bricolage ou recette et un jingle. De nombreux enfants s’y sont connectés :https://rosierdelannonciation.org/videos-en-ligne-pour-vos-enfants/

Patrick Rabarison (aumônier et prêtre accompagnateur des jeunes du diocèse de St Denis et prêtre de la paroisse de Villepinte) voit exploser la pauvreté relationnelle pendant le confinement car nombreux sont les jeunes qui vivent seuls (étudiants de province venus s’installer dans la région parisienne entre autres). Ces jeunes sont en attente de relations authentiques. La paroisse a proposé des messes et le chapelet en ligne, des échanges par ZOOM.

Suite à la mort de Georges Floyd, l’émotion des jeunes de la communauté afro-antillaise est forte en Seine-St Denis. Un grand courant de colère s’est levé et il a fallu tenter de canaliser cette situation explosive. Le service diocésain des jeunes a tenté une action pédagogique en trois temps auxquels plusieurs paroisses se sont jointes : 1/écouter les expressions de mal-être autour du racisme (cellules d’écoute avec leur curé et des animateurs laïcs) en apprenant à mettre des mots dessus et en invitant à formuler leur colère en prière. 2/recontextualiser les choses par un temps de formation. Cela a abouti à un chemin de croix pour associer les souffrances ressenties à la passion de Jésus souffrant (belle dévotion des jeunes au chemin de croix). 3/prévoir dans les prochaines semaines d’organiser des temps de rencontres entre jeunes et policiers. Il est important d’être artisan de paix et de tenir compte des souffrances de chacun. La S.S.V.P. se tient disposée à aider ce qui se passe dans la paroisse de Villepinte si cela était nécessaire (à voir comment et pour quel type de service).

En tant que Vincentiens, nous devrons être inventifs pour renouveler notre pratique de l’écoute.

Les Sœurs de la Charité de Strasbourg saluent les jeunes qui sont venus en renfort des équipes. Elles ont rencontré des difficultés dans les EHPAD mais sont reconnaissantes face à la solidarité des équipes de professionnels travaillant dans l’enfance qui se sont proposés pour renforcer la main d’œuvre dans les EHPAD.

Les sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond ont eu leurs établissements scolaires fermés. Les professeurs principaux ont fait preuve d’inventivité  pour garder le contact chaque semaine avec tous les élèves. Le fossé risque de se creuser entre les bons élèves et les élèves en difficultés. A Madrid, le taux de mortalité a été important dans les familles, notamment parmi les grands-parents d’élèves. Les sœurs sur place ont accompagné par téléphone et sur les réseaux sociaux ces familles.

Les activités régulières de la Jeunesse Mariale Vincentienne ont été interrompues depuis le début du confinement. Les responsables d’équipe ont toutefois pu maintenir le lien avec les enfants et les jeunes qu’ils accompagnent, par téléphone ou en les rencontrant depuis la réouverture des établissements scolaires. L’Assemblée internationale qui devait avoir lieu en juillet 2020 a été reportée d’un an, et différentes initiatives ont été mises en place au niveau international, via les réseaux sociaux, afin de maintenir le lien et de partager des nouvelles entre pays.

L’Association de la Médaille Miraculeuse a poursuivi son activité grâce au télétravail. Un temps important a été consacré à l’appel des personnes seules, âgées et/ou malades.  Elle a constaté une grande dévotion mariale en ce temps de pandémie : plus de 1000 médailles miraculeuses ont été demandées depuis le début de l’année pour recourir à la protection de Marie.

Le Père Yves Danjou, de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, n’a pas connu davantage de demandes mais a été en contact avec des personnes éprouvant une plus grande  solitude et qui étaient heureuses de bénéficier par exemple de l’extension de la non-expulsion hivernale. La suppression de temps de prière mensuel a été difficile à vire. Ceci a été une invitation à approfondir la spiritualité de Jésus à Gethsémani. Le Père Yves nous partage la mort du Covid-19 de son frère, lui aussi Lazariste. La gestion du deuil a été difficile à vivre mais cela a été l’occasion d’une communication plus profonde avec des amis qui se sont faits proches de lui.

3 – Questions diverses

Après un échange entre le coordinateur et la secrétaire-trésorière, et au vu des comptes de la Famille Vincentienne France, il est proposé de ne pas demander de cotisation annuelle pour 2020, ce qui sera une contribution à l’effort post-pandémie de la famille vincentienne en France pour le travail de chacun.

Nous évoquons la réédition du calendrier des saints vincentiens pour le rendre plus ajusté aux dates changées par la congrégation pour la cause des saints et vérifier ceux qui demeurent mémoire de notre famille et ceux qui ont été transférés dans une autre tradition spirituelle. La décision est positive.

Lorsqu’est évoquée la possibilité de réfléchir à une formation pour nos bénévoles, sans sœurs ni prêtres, avec l’organisme VDP formation (possibilité de rencontre en septembre ou octobre), la présidente des E.S.V pense qu’il serait mieux d’attendre la rencontre de novembre pour en rediscuter car la priorité actuelle sont les actions  en lien avec la pandémie.

Le prochain rendez-vous en présentiel de notre comité aura lieu le lundi 16 novembre 2020, à la maison mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres à Paris. Ce sera aussi l’occasion de visiter le lieu d’accueil « Louise-Rosalie »…

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François Régis-Clet… Un missionnaire en départ… qui a montré le chemin au jeune Jean-Gabriel Perboyre

Surprenante et inattendue a été pour nous tous cette année 2020. Quand avons-nous imaginé être confinés dans nos maisons comme si nous étions des moines de stricte observance monastique ! Nous avons dû lâcher l’accélérateur, ce que saint Vincent appelait « un zèle excessif » qui, dans certains cas, ne nous laisse le temps ni de prendre le repas ni du partage fraternel.

P. Marlio Nasayó Liévano, c.m. Province de Colombie

François Régis-Clet… Un missionnaire en départ… qui a montré le chemin au jeune Jean-Gabriel Perboyre

P. Marlio Nasayó Liévano, c.m.
P. Marlio Nasayó Liévano, c.m.

Province de Colombie

Surprenante et inattendue a été pour nous tous cette année 2020. Quand avons-nous imaginé être confinés dans nos maisons comme si nous étions des moines de stricte observance monastique ! Nous avons dû lâcher l’accélérateur, ce que saint Vincent appelait « un zèle excessif » qui, dans certains cas, ne nous laisse le temps ni de prendre le repas ni du partage fraternel. Cette accélération qui à maintes reprises nous a amenés à sauter la prière ou à la faire en toute hâte et à négliger le temps de l’oraison. Ce zèle excessif est du au fait, qu’en dehors de nos maisons, des pauvres, des malades et des paroissiens nous attendent pour des visites, l’onction des malades, les célébrations de l’eucharistie, quelques fois dans un village éloigné. Maintenant le Seigneur nous dit de mettre de côté, au moins pour un temps, ces 400 ans où nous avons été « apôtres des campagnes », des plaines, des villes et des montagnes … Pour devenir « chartreux à la maison » … Pour prier davantage, pour approfondir sa Parole et pour affermir davantage notre vocation et notre mission. Et tant mieux, car nous pouvons Lui demander : combien de temps allons-nous être ainsi, en suspens ?

Cette année, dans les éphémérides vincentiennes, nous avons trouvé au moins trois commémorations de centenaire qui ont été déplacées pour un autre moment, ou du moins nous n’avons pu les célébrer avec le faste qui a entouré le centenaire de la mort des Fondateurs ou bien, le 400ème anniversaire du début du charisme vincentien. Ces commémorations sont : le premier centenaire de la béatification de Mlle Legras (9 mai 1920), les martyrs d’Arras (13 juin 1920), et avant eux, le bicentenaire du martyre du père Clet (18 février 1820).

Précisément, nous sommes proches de la célébration liturgique de notre frère saint François-Régis Clet. Célébration que nous réalisons depuis sa canonisation le 9 juillet, avec les 120 autres martyrs qui, comme lui, ont versé leur sang pour le Christ, l’Église et les pauvres de la Chine. J’offre quelques lignes pour notre prière, notre méditation et notre réflexion dans cette célébration atypique correspondant à cette année.

Notre frère est entré dans la Congrégation de la Mission… Oui, il est entré pour la mission, formant d’abord des missionnaires vincentiens et des agents diocésains dans son pays. Mais, il a eu aussi l’audace et le courage d’accueillir la nouveauté dans un pays lointain, la Chine, avec un autre peuple, une autre culture, une autre langue et une autre religion … Il a retiré ses mains d’un bureau français pour aller les « salir » sur les plaines brûlantes de la réalité chinoise et ainsi devenir, comme l’a dit le pape François, un héraut de l’Évangile, un « hôpital de campagne » où la volonté de Dieu l’a placé.

Le Seigneur n’est-Il pas en train de nous préparer pour aller vers des nouveaux aréopages lorsque cette pandémie disparaîtra ? Si la Congrégation a été audacieuse à d’autres époques alors qu’elle était plus petite, comment pourrait-il en être autrement maintenant qu’elle est plus importante en nombre ? Le 1% de confrères que le Père Général a promis au Pape pour les missions, ne serait-il pas la graine de moutarde que le Seigneur fera pousser dans ces champs où les pauvres nous attendent de toute urgence ?

Lorsque la pandémie prendra fin et que nous cesserons d’être « chartreux chez nous » et que nous redeviendrons des « apôtres sur le terrain », nous repartirons sur les chemins du monde avec le zèle d’avant, avec une vigueur missionnaire renouvelée, avec un cœur plein du Seigneur et avec notre « sac-à-dos missionnaire » qui, comme celui de Clet, portera : l’Écriture Sainte, le bréviaire, les Règles Communes, les Constitutions, la croix des vœux, le  chapelet,… Mais nous, contrairement à lui, porterons de nouveaux instruments pour transmettre l’Évangile, qui ne seront plus la bouteille d’encre, le stylo et un cahier de 100 feuilles, mais les médailles miraculeuses, le téléphone mobile et l’ordinateur afin de mieux diffuser le message du Christ évangélisateur des pauvres à partir de n’importe quelle colline jusqu’à atteindre les extrémités du monde. Paraphrasant notre fondateur, le défi est sûrement de devenir « inventifs jusqu’à l’infini », dans les parcelles connues et dans celles qui s’apprêtent à être labourées et ensemencées.

Si nous pensons l’évangélisation vers l’extérieur, aussi bien les missionnaires de l’aube comme ceux à l’heure de midi qui, avec santé et zèle, peuvent aller vers des nouvelles moissons, nous ne pouvons pas oublier les missionnaires plus âgés fatigués par le poids du jour et la chaleur (Mt. 20,13) qui maintenant, avec diverses limitations, sont dans nos maisons de retraite. Envers eux, nous devons avoir des attitudes de proximité, d’affection et de gratitude, car ils ont été les piliers sur lesquels la Communauté a été construite, et que grâce à eux, nous sommes ce qui nous sommes aujourd’hui.

François-Régis Clet fut un missionnaire rempli de zèle apostolique et en bonne santé. Cependant, malgré son expérience et sa vigueur, la persécution et la mort l’ont touché « les armes à la main » (SVP). Cela reste l’idéal, mais tous les missionnaires n’ont pas la santé et l’énergie que Clet avait. Son exemple devrait nous conduire à travailler dans la mesure où les forces nous accompagnent. Les uns et les autres, missionnaires du matin avec des illusions pleines d’espoir, ceux du midi au milieu des fatigues et ceux du soir avec leur désir et leur prière et leur sacrifice continus. Car il n’y a pas de place pour la paresse. Nous sommes tous missionnaires, depuis les premiers pas au séminaire jusqu’au crépuscule de l’existence.

Au fil de tout, en tant que missionnaires nous sommes fils de la Divine Providence, nous sommes entre ses mains. N’oublions pas qu’après chaque tempête vient le calme. Et que, comme écrivait saint Vincent à M. Bernard Codoing le 16 mars 1644, « la grâce a ses moments ». Cette pandémie est la grâce et la bonté de Dieu.

Nous avons besoin des yeux de la foi, d’un cœur converti, d’une écoute joyeuse de la Parole de Dieu, des demandes de charité entre nous et avec les pauvres et d’une joyeuse espérance puisque nous sommes entre les mains de la Providence qui nous portera toujours avec amour et tendresse dans ses bras. Elle nous montrera de nouveaux horizons devant lesquels nous ne pouvons pas être inférieurs comme nos aînés ne l’étaient pas non plus, comme l’a fait notre confrère missionnaire François-Régis Clet.

Et je conclus avec ce beau poème du Père José Luis Blanco Vega, s.j. (+2005), peut-être inspiré par Jérémie 1,11-12. Il est un baume en ces temps sombres, avec la certitude sereine qu’une lumière brillera au bout du tunnel :

 

« Que vois-tu dans la nuit ?

Parle-nous, sentinelle !

Dieu comme un amandier

Avec la fleur éveillée ;

Dieu qui ne dort jamais

Cherche quelqu’un qui ne dort pas,

Et parmi les dix vierges

Seulement cinq étaient éveillées.

 

Coqs vigilants

La nuit, ils alertent.

Qui a renié trois fois

Par trois autres fois confessera,

Et il avoue par les pleurs

Ce que la peur nie.

 

Mort, on le descendait

A la nouvelle tombe.

Jamais si profond

La terre a gardé le soleil.

La montagne a crié,

Pierre contre pierre.

 

J’ai vu le ciel nouveau

Et la terre nouvelle.

Christ parmi les vivants,

Et la mort morte.

Dieu dans les créatures,

Et elles étaient toutes bonnes ! »

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Lumière sur Wuhan

Wuhan n’est pas inconnu pour la chrétienté. En effet, nous y vénérons la mémoire de deux Lazaristes qui ont été martyrisés au XIXᵉ siècle, saint François-Régis Clet en 1820 et saint Jean-Gabriel Perboyre en 1840.

Yves Danjou

Lumière sur Wuhan

Sa célébrité n’est malheureusement pas des plus glorieuses. Nous le savons : cette ville est au point de départ de la pandémie du Coronavirus qui a déferlé sur notre planète depuis décembre 2019. Cette catastrophe a engendré beaucoup de misères qui ont déstabilisé notre société.

Cependant Wuhan n’est pas inconnu pour la chrétienté. En effet, nous y vénérons la mémoire de deux Lazaristes qui ont été martyrisés au XIXᵉ siècle, saint François-Régis Clet en 1820 et saint Jean-Gabriel Perboyre en 1840.

Puisque nous sommes en l’an 2020, nous célébrons cette année le deuxième centenaire de la mort de saint François-Régis Clet ainsi que la vingtième année de sa canonisation. En effet, Jean-Paul II, pour rappeler que la foi catholique est vivante depuis longtemps en Chine, a tenu à canoniser 120 martyrs de Chine, le 1er octobre 2000 en la fête de sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions.

François-Régis Clet est né à Grenoble le 19 août 1748. Dixième d’une famille de quinze enfants, il reçut le nom de François-Régis en l’honneur de saint François Régis (1597-1640), Jésuite apôtre du Velay et du Vivarais. Agé de vingt ans, il entre au séminaire des Lazaristes à Lyon. Ordonné prêtre le 27 mars 1773, il tient à célébrer une de ses premières messes à Notre-Dame de Valfleury, non loin de Saint Etienne. Ce centre de pèlerinage, confié aux Lazaristes depuis 1687, nous est bien connu puisque le Père Nicolle fonda la Confrérie de la Sainte Agonie en 1862.

Il est envoyé alors comme professeur de théologie morale au grand séminaire d’Annecy dont la fondation remonte au temps de saint Vincent de Paul. Pendant les quinze ans qu’il y passa, il se fit remarquer par sa haute vertu, son travail et la profondeur de son enseignement, ce qui lui valut le surnom affectueux de « bibliothèque vivante ».

A cette époque, la France vivait une période de paix intérieure. L’accession en 1774 de Louis XVI au trône de France suscita beaucoup de sympathies et d’espoirs. Cependant il n’a pas le courage d’entreprendre les réformes attendues. Les émeutes qui se déroulent ici et là sont le prélude des événements qui amèneront la Révolution française. L’Eglise elle-même n’échappe pas à ce mouvement de contestation qui secoue toutes les couches sociales. C’est ainsi que le pape Clément XIV supprime en 1773 la Compagnie de Jésus. A la suite de quoi les Lazaristes, après beaucoup d’hésitation, furent appelés à remplacer les Jésuites dans le Proche-Orient et en Chine.

François-Régis, malgré cette atmosphère prérévolutionnaire, accepte en 1788 d’être nommé comme directeur du séminaire interne ou noviciat des Prêtres de la Mission. Il réside alors à la maison de Saint-Lazare, au nord de Paris. Elle est,  depuis le temps de Saint Vincent de Paul, la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, ce qui a valu à ses occupants de recevoir le nom de Lazaristes.

François-Régis n’aura pas le temps de se donner entièrement à sa nouvelle fonction. Un an après, le 13 juillet 1789, une foule compacte d’émeutiers met à sac St Lazare en attendant, le jour suivant, de se livrer à la prise sanglante de la Bastille, point de départ de la Révolution française. Les Pères sont plus ou moins désemparés et chacun cherche la meilleure façon de répondre à sa vocation. Du coup, notre futur martyr exprime son désir de se consacrer à la mission de Chine. Juste avant son départ, il écrit à sa sœur aînée : « N’entreprenez pas de me détourner de ce voyage, car ma résolution est prise. Bien loin de m’en détourner, vous devez me féliciter de ce que Dieu me fait la ferveur insigne de travailler à son œuvre. » Le 2 avril 1791, il embarque à Lorient pour arriver, six mois plus tard, à Macao, possession portugaise au sud-est de la Chine.

Peu après, il est désigné pour se rendre dans le Kiang-si (ou Jianhsi). Déguisé en chinois, portant derrière la tête une natte postiche de cheveux, il s’adapte aux exigences de sa nouvelle vie, comme il l’explique lui-même : « Nous ne connaissons pas cette molle épaisseur de matelas : une planche sur laquelle est étendue une légère couche da paille, couverte d’une natte et d’un tapis, ensuite une couverture plus ou moins chaude dans laquelle nous nous enveloppons, voilà notre lit. »

Au bout d’un an, son supérieur lui demande de se rendre dans la province voisine du Houkouang où il va demeurer pendant vingt-sept ans. Dès son arrivée, les deux confrères présents meurent l’un en prison et l’autre de maladie. Pendant plusieurs années François-Régis va rester seul pour répondre aux besoins de dix mille chrétiens répartis sur un immense territoire où il doit parcourir parfois plus de 600 kms. Il se donne totalement à sa mission au point que son supérieur de Pékin lui demande de « mettre des bornes à son zèle ».

Les difficultés sont nombreuses. Les chrétiens, en général, sont pauvres et peu cultivés. Il leur faut affronter des périodes de famine et certains ont du mal à accepter toutes les exigences de la vie chrétienne. L’insécurité est permanente à cause des brigands, de certains groupes rebelles au pouvoir central et surtout de la méfiance vis-à-vis de la religion chrétienne perçue comme une doctrine opposée à la culture chinoise.

L’état de persécution est latent et va se développer à partir de 1811. François-Régis doit faire preuve de prudence. En 1818, il mène une vie de proscrit car sa tête est mise à prix. Malgré cela, le 16 juin 1819, les soldats, sous la dénonciation d’un chrétien apostat, l’arrêtent brutalement. Le mandarin qui le juge veut lui faire avouer le nom des chrétiens ou des missionnaires qu’il connaît. Pour cela agenouillé pendant plusieurs heures sur des chaînes de fer, les mains attachées derrière le dos, il reçoit de multiples soufflets donnés avec une épaisse semelle de cuir, au point que son visage est tout ensanglanté. Traîné de prison en prison, il est transféré au chef-lieu de la province du Houkouang,  à Ou-tchang-fou, aujourd’hui Wuhan. Enfermé dans une cage de bois, avec les fers au pied, les menottes aux mains et les chaînes au cou, il doit supporter un voyage de vingt jours.

Désormais, il sait ce qui l’attend. La décision impériale ne tarde pas à venir : il est condamné à mort « pour avoir corrompu beaucoup de monde par sa fausse religion ». Le 18 février 1820, François-Régis Clet est conduit au supplice. Devant la croix où il doit être attaché, il s’agenouille dans la neige pour une ultime prière, puis il dit paisiblement : « liez-moi ». Avec une gravité tranquille, il subit sans un cri la triple strangulation en usage en Chine.

Les chrétiens purent récupérer les précieuses reliques du martyr. C’est ainsi que sa tunique tachée de sang fut présentée aux séminaristes de Paris par saint Jean-Gabriel Perboyre qui déclara : « Quel bonheur pour nous si nous avions un jour le même sort ! » Cela ne tardera pas. Ayant rejoint la mission de Chine, il fut martyrisé dans les mêmes conditions et au même endroit vingt après.

Les restes de saint François-Régis Clet et de saint Jean-Gabriel Perboyre reposent désormais dans la chapelle Saint-Vincent de Paul à Paris. La fête de saint François-Régis Clet est fixée au 9 Juillet.

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” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées.

Abbé Ludovic DANTO

” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées. La parabole du semeur cependant nous parlent encore, ne serait-ce que parce que chacun d’entre nous a pu cultiver parfois un petit jardin ou bien encore quelques plantes sur un balcon et assister ainsi à la croissance de l’une de ses plantations, à l’épanouissement de ce petit jardin dont nous sommes si fiers.

La parabole de ce jour donne lieu à l’énoncé d’une béatitude : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ». Cette nouvelle béatitude fait ainsi échos aux propos conclusifs de l’énoncé de la parabole au début du discours de Jésus : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » … et si la béatitude a été prononcée à l’intention des disciples, tout le passage évangélique démontre que le Christ ne réserve pas cette parabole aux seuls disciples – nous qui sommes présents fidèlement en cette chapelle – mais à tous ceux qui veulent bien s’arrêter quelques instants pour écouter le Christ – nous qui sommes peut-être exceptionnellement entrés dans cette église ce matin ou tous ceux encore que cette parole rejoindra aujourd’hui d’une manière ou d’une autre. Apparaît ici l’une des premières missions de l’Église, l’une des premières missions du disciple missionnaire : annoncer la parole pour qu’elle soit entendue. Le devenir de cette parole ne nous appartient pas. Nous ne savons pas par avance en quelle terre, celle-ci sera semée – et à la lecture de cet Évangile il apparaît que les échecs seront nombreux entre les sols pierreux et ceux plein de ronces – mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas annoncer à temps et à contretemps le message divin. Ici il faut nous arrêter quelques instants : si nous écoutons l’Évangile, si nous entendons une parabole, ce n’est pas un message en tant que tel que nous entendons, une sagesse seulement qui nous est transmise, mais c’est un homme que nous accueillons, c’est le Verbe fait chair qui se donne à voir et à entendre. Nous commettons parfois une erreur au cours de nos célébrations liturgiques. Lorsqu’à la suite de la proclamation de l’Évangile, le prêtre chante : « Acclamons la parole de Dieu » et montre l’Évangéliaire, ce n’est pas d’abord le livre et l’Écriture que nous acclamons mais bien d’abord une personne qui est vivante et qui se donne à voir et à entendre car lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, elle est au milieu d’eux. Le Christ est la Parole, le texte évangélique n’est que le moyen de cette parole… Toute écoute nous porte à découvrir le Christ et la béatitude « heureux ceux qui entendent » porte sur l’entente du Verbe fait chair. La même béatitude ne dit-elle pas : « heureux ceux qui voient ». Par l’écoute nous n’avons pas seulement entendu une sagesse, accueilli un message mais bien entendu et vu le Fils et accueillit sa vie en nous.

Ainsi entendre l’Écriture, c’est bien évidemment entendre le Verbe fait chair, et l’Écriture est un lieu incontournable de cette rencontre. Les images bucoliques des paraboles sont une clef de lecture et de compréhension et d’accueil pour chacun d’entre nous. Le texte biblique nous y plonge tout entier et résolument. Nos premiers aïeux rencontraient le Seigneur au Jardin primordial. Nous nous sommes appelés tout autant à le rencontrer dans un jardin. Comme le rappelait Benoît XVI dans une très belle homélie inspiré des Pères de l’Église, nous sommes appelés à le rencontrer au Jardin des Écritures. Le pape nous invitait alors à descendre dans ce jardin et à nous y promener. Ce jardin, chers frères et sœurs, n’est pas une nature sauvage mais un lieu de repos et d’harmonie car ce jardin nous donne le Christ lui-même. Or, ce jardin des Écritures, c’est le jardin du huitième jour, le jardin des Béatitudes nous entraîne bien au-delà du premier jardin perdu. Comme l’épouse du Cantique des cantiques, alors que nous cherchons notre bien-aimé, et alors que nous franchissons livre après livre les portes et enclos de ce jardin, nous y rencontrons finalement le Jardinier du 8ème jour, le Jardinier du jour de Pâques qui nous ouvrent le sens de ce qui nous ait dit et annoncé par les Prophètes, le sens de ce qui nous ait dit par les paraboles. Au cœur des Écritures, au cœur du matin de Pâques, le divin jardinier nous redit : « Marie » ; et à notre tour nous répondons : « Rabbouni ». Nous comprenons mieux ainsi la profondeur de la béatitude de ce jour : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent », en effet heureux sommes-nous car en comprenant la parabole, nous avons entendu et vu le Christ nous appeler personnellement, tous et chacun, nous sommes au cœur du jardin.

Dans cette joie qui nous habite à l’écoute du Sauveur, nous découvrons que ces paraboles que nous accueillons, ce jardin des Ecritures que nous traversons font de nous une créature nouvelle, font de nous ce jardin nouveau. Nous avons entendu le psalmiste nous dire : « Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau, tu prépares les moissons » et d’ajouter : « Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante ! » Ces herbages, Frères et sœurs, ces plaines, ce tout qui chante, Chers amis, c’est nous-mêmes qui nous parons, c’est nous-mêmes qui chantons pour une vie nouvelle car une vie qui accueille le Seigneur ; car notre vie lorsqu’elle accueille le Seigneur, se fait parabole pour ceux qui nous écoutent, se fait jardin pour ceux qui nous rencontrent. Ce que nous apprécions lorsque nous rencontrons un homme ou une femme de Dieu, c’est le repos qu’il nous procure, c’est le Christ qu’il nous donne, c’est l’amour de Dieu dont il nous partage les mystères.

Oui, mes amis, réjouissons-nous car « heureux [nos] yeux puisqu’ils voient, et [nos] oreilles puisqu’elles entendent ». Comme le disait Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer » et d’arides – et nous devons le reconnaître – que nous sommes parfois, la rencontre du Seigneur Vivant par l’écoute de sa parole peut faire de nous des jardins à l’ombre desquels nos proches aimeront à venir se reposer. Mais au fait frères et sœurs, nos proches aiment-ils à venir se reposer auprès de nous ? C’est peut-être en ce dimanche la question que nous avons à nous poser et la prière que nous avons à faire : que notre vie de foi soit une parabole rafraîchissante parce que partagée pour ceux que nous fréquentons et non pas pour nos proches un discours desséchant parce que simplement asséné. Ce petit jardin que nous cultivons sur nos balcons est peut-être une parabole de nos vies. Amen.

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Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j'ai "des bleus au cœur" quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J'en serai presque arrivé à en "broyer du noir", sans vouloir en venir aux poings avec personne.

Bernard Massarini

Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j’ai “des bleus au cœur” quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J’en serai presque arrivé à en “broyer du noir”, sans vouloir en venir aux poings avec personne.  

Mais tentons de “mettre noir sur blanc” la discussion, sans vouloir qu’aucun de nous qui ne soit mal à l’aise pour question de supériorité. Tentons seulement de remettre des couleurs dans un univers qui risque de devenir “gris”.

Ok, même si se faire traiter “de bleu”, bien que n’ayant rien de racial, n’est pas encore un compliment, je vous le confesse, lors de la dernière fête chez moi, c’était “noir de monde”, sans aucune connotation raciste. Retrouvant Kidgo mon ami togolais nous nous sommes embrassé, je savais qu’il n’allait pas déteindre…

Nous avons pris “un petit jaune”, n’ayant rien contre les chinois, même si leur façon de traiter les ouïghours ne nous plaît pas trop.

Durant le brunch, “un blanc” dans la communication nous a fait craindre la critique suprématiste alors que nous goûtions la joie d’être ensemble.

Nous avons arrosé avec “d’excellents rouge”, sans vouloir agresser nos frères indiens  d’Amérique qui ont beaucoup souffert du Covid-19.

Certains ont préférer “se descendre des blancs” sucrés, sans faire aucune allusions aux horribles chansons de certains rappeurs qui invitent à exécuter l’expression, et eux sans aucunes évocations des saveurs du terroir !

Quand l’éclair a claqué, alors que levait un violent orage, nous étions “verts de peur”, mais tenons à rassurer les martiens, s’ils le désirent seront bienvenus à la fête ! 

Rassurez moi, nous ne venons pas de “voir des éléphants roses”, mais ensemble je suis certain, nous allons continuer à mettre des couleurs à l’existence, car la palette des tons de la création émerveille encore toutes et tous lorsqu’elle produit l’arc-en-ciel !

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