3e Dimanche du Temps de l’Avent. Homélie. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

‘Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : soyez forts… voici votre Dieu qui vient vous sauver »

P. Christian Mauvais, cm

3e Dimanche du Temps de l’Avent. Homélie. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

‘Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : soyez forts… voici votre Dieu qui vient vous sauver » et s’en suivent des signes de ce salut offert : les sourds entendent, les aveugles voient, les boiteux marchent, les muets crient leur joie… ; ces mêmes signes sont repris par Jésus pour répondre aux envoyés de Jean le Baptiste inquiet et qui s’interroge sur Jésus : est-il oui ou non l’Envoyé tant attendu !

Comme Jean le Baptiste, nous nous interrogeons sur le Royaume de Jésus qui vient, que nous attendons , que nous construisons ! depuis le temps, qu’est-ce qui change profondément dans le monde, dans la société, dans le cœur des gens, dans le nôtre ? qu’est-ce qui est vraiment nouveau, qui fait notre joie et alimente notre être de croyant ? il faut bien reconnaître que le temps finit par user notre patience, affaiblir notre endurance, fragiliser notre engagement.

Comme Jean le Baptiste, nous avons besoin d’être rassurés, de savoir qu’on ne s’est pas trompés de chemin, que nous avons eu raison de miser notre vie à la suite de Jésus. Nous avons besoin de retrouver un regard qui sache repérer des signes de renouveau qui transforment peu à peu, sans bruit, le monde et nous-mêmes de l’intérieur ; de repérer ces œuvres de bien, de recréation données pour nous aider à rester fermes et endurants, à garder notre souffle et à ne pas nous décourager.

Les signes donnés par Isaïe existent aujourd’hui. Les voir, les reconnaître, les célébrer, est une démarche nécessaire qui nous invite à nous donner pour qu’ils se multiplient et qu’ils soient source de joie pour toute personne. Se réjouir de la nouveauté du Royaume qui vient.

La mission décrite par Isaïe et confirmée par Jésus est une belle mission, très actuelle et  combien exigeante ; elle nous engage sérieusement : redonner de la force, de la confiance là où elles manquent ! prêter toute attention aux personnes qui n’ont plus assez de force et de confiance dans les mains pour les ouvrir aux autres ; plus assez de force et de confiance dans les genoux pour marcher à la rencontre des autres, et se tenir droit, solides pour servir, agir au cœur du monde ; ces personnes qui ne tiennent plus debout face aux situations et mouvements que traverse notre société, notre monde, notre église ! et Dieu sait s’il y en a !

Cette mission demande de notre part : 

  • que nous ayons des mains fortes, des genoux fermes, c’est à dire que nous soyons bien en nous-mêmes, que nous soyons solides dans notre foi en Christ, une foi profonde, enracinée ; quels sont les lieux, les temps que nous nous donnons pour fortifier notre foi, pour la rendre agissante ?
  • que nous soyons capables d’aimer même ce qui n’est pas aimable et pour cela, d’entendre toute souffrance, toute question et inquiétude qui ravagent les esprits et les cœurs et être capables d’accueillir cette vie malmenée, fragilisée avec compassion et respect. L’Eucharistie demeure-t-elle le lieu où nous sommes formés à aimer jusqu’au bout et sans conditions ?
  • que nous soyons habités et animés par l’espérance, que rien ni personne n’est définitivement perdu, que le Royaume se construit, transformant notre environnement, notre rapport au monde et aux autres. La lecture des Evangiles est-elle la source qui nous aide à lutter contre le défaitisme, la morosité, la résignation ?

Vivre la mission avec ces armes, foi, charité, espérance, dont la force réside dans la patience du cultivateur. Patience et confiance devant ce qui germe, pousse, grandit en silence. Patience qui nous permet d’accueillir les fruits du travail des hommes et femmes et de nous en réjouir.

La patience dit quelque chose de la passion de Dieu et de l’homme envers la création et l’humanité pour qu’elles soient belles, qu’elles respirent la joie d’être transformées dans leurs profondeurs.

Que cette Eucharistie guérisse notre manque de force et de confiance !

Goûtons et mangeons la Parole et le Pain qui nous sont offerts.

Parole qui nous invite à nous donner, et qui accompagne notre mission ; Pain, fruit de ce travail de transformation, de renouveau qui nous donne les forces nécessaires.

Goûtés et mangés, ils peuvent enflammer le monde comme chacune de nos vies si notre cœur d’homme se laisse toucher par Celui de Dieu qui n’est qu’Amour ! Ils sont les plus beaux présents de Dieu, les plus beaux fruits de cette vie Nouvelle pour l’éternité. Réjouissons-nous : il est juste et bon de te rendre grâce Seigneur.

Amen !

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3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel.

Jean-Pierre Renouard

3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel. Notre cher Dax, à sa manière me fait réfléchir; cette petite ville possède des trésors cachés de la nature, je pense aux rives de l’Adour, au bois sacré de la route d’Yzosse, au parc inattendu du Sarrat, à son Observatoire, route des Pyrénées, un des premiers sites amateurs de France pour son équipement et pour ses travaux. Avons-nous jamais pris le temps de nous attarder à l’un ou l’autre de ces lieux naturels ? Et pourtant nous passons tous beaucoup d’heures dans des endroits plus bétonnés et plus sophistiqués pour ne pas parler avec trop de précisions des bains de foule que nous prenons régulièrement, pas très loin de cette chapelle. Autrement dit nous oublions le réel, la nature, sa beauté, source de la culture et de la méditation, au bénéfice du superficiel et du consumérisme. Le paysan landais, lui, sait naturellement observer. La lunette miniature déposée aujourd’hui devant la lumière de plus en plus envahissante tenue par Jean Le Baptiste, nous convie à cette action déterminante à l‘approche de Noël : regarder, scruter le réel avec insistance, pour mieux le comprendre. Creusons l’Evangile de ce jour et ramassons en quelques échos ici et là.

1° Jean-Baptiste vit dans sa prison une crise intérieure. Il a tout misé sur Jésus et soudain il se prend à douter. Il est perplexe devant les faits et gestes de Jésus, devant ce profil d un messie souffrant qui promet le même sort à ses disciples. Ce n’est pas ce que Jean-Baptiste attendait ; alors il essaie d’obtenir des éclaircissements de Jésus lui-même par des intermédiaires. Et ceux-ci entendent et voient ; ils sont époustouflés par leurs découvertes et que Jésus résume par les paroles du prophète Isaïe déjà entendues dès les débuts de la lecture de la Parole de Dieu : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». Alors avec de telles paroles, avec de tels faits et de tels signaux, tous les doutes tombent ! Le messager qu’est Jean ne s’est pas trompé et il devient lui-même un signe. C’est l’heure des petits ; c’est l’heure de la joie. Il évite les égarements, les illusions et anticipe la vocation de Jésus en donnant sa vie pour la vérité lumineuse qu’il vit, la vraie grandeur étant dans la claire vision de Dieu et dans ce qui l’annonce.

2° Au moment où notre société vacille sur elle-même, chacun voyant midi à l’heure de sa porte, le véritable réconfort vient du sens de la vie et pour les chrétiens, le sens de la foi. Mais encore faut-il activer celle-ci. Nous aussi nous sommes comme emprisonnés, ligotés dans nos certitudes, nos opinions toutes faites, mais souvent incapables de percevoir autre chose et de recevoir celles des autres. Alors Jésus nous invite à regarder avec les yeux de la foi : il y a des cœurs droits et sincères dont le témoignage nous parle, des personnes dont la beauté d’une vie donnée nous émerveille. Regardez, regardons bien : des chrétiens montrent leur foi en Jésus, des amis peut-être ; ils donnent de leur temps à Le faire connaître et aimer, ils font vivre son Eglise ; ils la soutiennent et la portent dans ses adversités et malgré ses fautes. Le Pape François remarquait récemment qu’il y a plus de persécutions aujourd’hui que dans toute l’histoire de l’Eglise. De vrais pasteurs donnent leur vie pour leur troupeau. Oui, les œuvres du Christ continuent à travers celles vécues par et dans le moindre des gestes de solidarité qui se donnent et s’échangent. Si ce dimanche de la joie, nous tous qui vivons l’Eucharistie, nous apportons notre ‘verre d’eau’ à plus malheureux que nous (un sourire, une parole de paix ou de réconfort, une aide utile du moment) oui ! Alors nous sommes des messagers de l’Evangile que le monde attend même inconsciemment.

3° Il reste aussi un autre regard à porter : passer de l’extériorité à l’intériorité. Il ne suffit pas de comprendre la nature et les autres mais nous sommes invités à scruter notre propre cœur. Qui sommes-nous ? Que vivons—nous ? Que désirons-nous ? Vers qui allons-nous ? Chacune et chacun porte en soi une richesse intérieure étonnante et tonifiante. Mettons-nous à l’affût. « Notre avenir est au-dedans » dit le poète chrétien. Plus je me connais, plus je sais que je suis un être habité et désireux d’entrer en conversation. Petit à petit bâtissons ce foyer de notre Rencontre. Dieu frappe à notre cœur. Si toi, ami € de Dieu, tu prends le temps de découvrir, d’aimer et d’échanger avec Lui, tu seras déjà comblé au-delà de tout.

*****

Curieux parcours que ce Jour du Seigneur …dimanche de la joie…dimanche des signes de la foi… Avec en prime, la patience nous dit st Paul… Car on ne naît pas chrétien, on le devient. Et nous avons tous à consentir au rythme lent et progressif de la grâce de Dieu. La patience est l’apanage du laboureur et elle a valeur exemplaire car il faut compter avec le temps pour passer de la semence au fruit. St Vincent qui avait vu, touché et aimé cette vie de la terre nous a laissé ces mots afin de nous aider à voir Dieu à l’œuvre: « Le temps fait tout. J‘expérimente cela tous les jours parmi nous » (II, 146)

AMEN.

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Fête de l’Immaculée Conception – A (Luc 1,26-38)

Le premier mot de Dieu à ses enfants, quand le Sauveur s’approche du monde, est une invitation à la joie. C’est ce que Marie entend : «Réjouis-toi».

Jose Antonio PAGOLA

Fête de l’Immaculée Conception – A (Luc 1,26-38)

LA JOIE POSSIBLE

Le premier mot de Dieu à ses enfants, quand le Sauveur s’approche du monde, est une invitation à la joie. C’est ce que Marie entend : «Réjouis-toi».

Jürgen Moltmann, le grand théologien de l’espérance, le dit ainsi: «Le dernier et premier mot de la grande libération qui vient de Dieu n’est pas haine, mais joie ; ce n’est pas condamnation, mais absolution. Le Christ est né de la joie de Dieu, il meurt et ressuscite pour apporter sa joie à ce monde contradictoire et absurde».

Cependant, la joie n’est pas facile à atteindre. On ne peut forcer personne à être joyeux; la joie ne peut lui être imposée de l’extérieur. La vraie joie doit naître au plus profond de nous-mêmes. Autrement, ce serait des rires extérieurs et vides, une euphorie passagère ; la joie resterait alors à l’extérieur, à la porte de notre coeur.

La joie est un beau cadeau, mais c’est aussi un cadeau vulnérable. Un don dont nous devons prendre soin avec humilité et générosité au plus profond de notre âme. Le romancier allemand Hermann Hesse dit que les visages tourmentés, nerveux et tristes de tant d’hommes et de femmes sont dus au fait que «le bonheur ne peut être ressenti que par l’âme, pas par la raison, ni par le ventre, ni par la tête ou le portefeuille».

Mais il y a autre chose encore: comment être heureux quand il y a tant de souffrances sur notre terre? Comment rire quand toutes les larmes ne sont pas encore sèches et que de nouvelles larmes jaillissent chaque jour? Comment jouir quand les deux tiers de l’humanité sont victimes de la faim, de la misère, de la guerre?

La joie de Marie est celle d’une femme croyante qui se réjouit en ce Dieu Sauveur qui élève les humiliés et disperse les orgueilleux, qui remplit de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. La vraie joie n’est possible que dans le cœur de ceux qui aspirent et recherchent la justice, la liberté et la fraternité pour tous. Marie se réjouit en Dieu, parce qu’Il vient combler l’espérance des abandonnés.

On ne peut être joyeux qu’en communion avec ceux qui souffrent et en solidarité avec ceux qui pleurent. Seuls ceux qui luttent pour rendre possible la joie parmi les humiliés ont droit à cette joie. Seuls ceux qui s’efforcent de rendre les autres heureux peuvent l’être eux aussi. Seuls ceux qui cherchent sincèrement la naissance d’un homme nouveau parmi nous peuvent célébrer Noël.


Traducteur : Carlos Orduna

 

https://www.gruposdejesus.com/fete-de-limmaculee-conception-a-luc-126-38/

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Lettre Apostolique “LE MERVEILLEUX  SIGNE DE LA CRÈCHE”. DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l'événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture

Pape Francois

Lettre Apostolique “LE MERVEILLEUX  SIGNE DE LA CRÈCHE”. DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

2. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche.

En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l’âne »[1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes[2].

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable »[3].

3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à “sentir” et à “toucher” la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

4. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

6. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé.

Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce “oui” Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

8. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous.

La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

« La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée.

La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

9. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité ; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre “merci” à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

François


[1] Thomas de Celano, Vita Prima, n. 84: Sources franciscaines (FF), n. 468.

[2] Cf. ibid., n. 85: FF, n. 469.

[3] Ibid., n. 86: FF, n. 470.

 
 
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Lettre de l’Avent 2019 : ” Hymne à la Providence “

L’Eglise nous offre des moments privilégiés dans l’année, des pauses en cours de route, pour nous aider à approfondir notre compréhension du pèlerinage de notre vie et à trouver un sens à chaque jour, voire chaque minute, qui constitue ce chemin.

Tomaz Mavric

Lettre de l’Avent 2019 : ” Hymne à la Providence “

Mes très chers confrères : La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Pour chacun de nous, la vie est un pèlerinage. Nous sommes constamment en mouvement. Ce pèlerinage n’est pas tant un déplacement physique d’un endroit à un autre mais un déplacement intérieur de nos pensées, réflexions, perceptions sensorielles et de notre prière.

L’Église nous offre des moments privilégiés dans l’année, des pauses en cours de route, pour nous aider à approfondir notre compréhension du pèlerinage de notre vie et à trouver un sens à chaque jour, voire chaque minute, qui constitue ce chemin. Nous apprenons à être de plus en plus attentifs aux événements quotidiens, aux personnes que nous rencontrons, aux pensées et aux émotions qui surgissent et à la nature – arbres, fleurs, rivières, montagnes, animaux, soleil, lune, etc. – qui nous entoure. Notre attention et notre sollicitude s’étendent progressivement à toute l’humanité et à l’univers entier.

L’Avent est un de ces temps forts. En cette période privilégiée de l’année, nous poursuivons notre réflexion sur les éléments qui ont façonné la spiritualité vincentienne et ont conduit saint Vincent de Paul à devenir un mystique de la Charité. En plus de ceux sur lesquels nous avons réfléchi au cours des trois dernières années, un autre fondement de la spiritualité vincentienne est la Providence.

Les termes suivants pourraient exprimer l’essence de la Providence : « l’orientation de Jésus pour ma vie », « le projet de Jésus pour ma vie », « la recette de Jésus pour une vie pleine de sens ».

La Providence fait son chemin dans notre être, notre esprit et notre cœur à une condition : celle de la confiance. Avoir confiance en «  l’orientation  de Jésus pour ma  vie », « le projet de Jésus pour ma vie », « la recette de Jésus pour une vie  pleine de  sens ». Nous nous mettons entre les mains de Jésus, confiants que son orientation pour notre vie est la meilleure possible, son projet pour notre vie est le meilleur projet possible et sa recette est le meilleur modèle possible pour une vie pleine de sens.

La Providence aura de l’effet dans notre vie en fonction de la profondeur de notre confiance en Jésus. Plus notre confiance en Jésus sera profonde, plus nous permettrons à la Providence d’accomplir des miracles dans notre vie. Plus nous nous mettons entre les mains de Jésus, plus nous sommes en mesure de lire les événements quotidiens, les rencontres et les lieux comme des moyens à travers lesquels Jésus nous parle. Plus nous arrivons à faire confiance au projet de Jésus pour nous, même lorsque ce qui se passe est assez incompréhensible ou même très douloureux, plus nous compterons sur la Providence. Nous placer entre les mains de Jésus et lui faire pleinement confiance nous aide à laisser la Providence agir en nous dans toutes les circonstances de la vie.

Le fait de nous « abandonner » entre les mains de Jésus dans toutes les situations change notre regard. Nous n’évaluerons pas les événements de la vie comme bons ou mauvais moments, mais nous les considèrerons à travers la personne de Jésus, en lui faisant totalement confiance, et nous les reconnaîtrons comme « le moment favorable ». Ce choix fera disparaitre deux termes de notre vocabulaire : « destin » et « hasard ». Nous nous rendrons compte qu’ils ne sont pas cohérents avec notre manière de comprendre l’Evangile et Jésus.

L’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus et la confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté, le positif et le sens de chaque événement. Cela s’oppose à un regard sur les événements simplement à travers nos yeux, notre esprit et nos sentiments humains. Dans ce cas, la mentalité de destin et de hasard souligne le négatif et cache la beauté, le positif et le sens de tout ce qui nous touche et nous façonne.

Une merveilleuse expression de cette confiance en la Providence se trouve dans une belle prière écrite par le bienheureux Charles de Foucauld, après sa profonde conversion personnelle qui l’a conduit sur des chemins inattendus sur lesquels il ne pouvait se fier qu’à Dieu. Souvent appelée « prière d’abandon », elle traduit son désir plénier de se mettre entre les mains du Père, conformément au modèle de l’abandon de Jésus entre les mains de son Père, et de devenir un instrument permettant au Père de faire ce qu’il veut de lui. Il est prêt à tout, accepte tout et remet son âme entre les mains du Père, sans réserve et avec une confiance illimitée :

Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures, je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père.

Trois cents ans plus tôt, la Providence était devenue l’un des piliers de la spiritualité de saint Vincent de Paul. En parcourant ses lettres et ses conférences, la fréquence avec laquelle saint Vincent parle de la Providence nous frappe. La Providence a été l’un des facteurs clés qui ont façonné Vincent pour faire de lui la personne, le saint que nous connaissons. Son chemin de conversion, du Vincent de son enfance, de sa jeunesse et de ses premières années de sacerdoce, au Vincent qui a accueilli la Providence et que nous appelons saint, n’a pas été facile.

Il avait ses propres projets et sa propre idée du rôle du prêtre, ses propres ambitions et ses objectifs égoïstes. Cependant, il en vint à renoncer à sa propre volonté, à mettre Jésus au premier plan, à se fier entièrement aux projets de Jésus et non aux siens, et à « chanter » fréquemment et de différentes manières ce que nous pourrions appeler un « Hymne à la Providence ». En fait, ce changement radical en soi fut un miracle. Saint Vincent, faisant totalement confiance à la Providence, devint lui-même Providence pour les autres, pour les pauvres. C’était le point culminant d’une union mystique, non pas d’une union mystique abstraite, mais d’une union mystique qui provoquait une réponse affective et effective.

 Je voudrais offrir à votre méditation un extrait de la composition de Vincent d’un

« Hymne à la Providence », fruit de sa réflexion sur les expériences de sa vie.

 « … qu’il y a de grands trésors cachés dans la sainte Providence et que ceux- là honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent et qui n’enjambent pas sur elle ! »[1]

« … abandonnons-nous à la divine Providence ; elle saura bien ménager ce qu’il nous faut »[2].

« … repassant par-dessus toutes les choses principales qui se sont passées en cette compagnie, il me semble, et c’est très démonstratif, que, si elles se fussent faites avant qu’elles l’ont été, qu’elles n’auraient pas été bien. Je dis cela de toutes, sans en excepter pas une seule. C’est pourquoi j’ai une dévotion particulière de suivre pas à pas l’adorable providence de Dieu. Et l’unique consolation que j’ai, c’est qu’il me semble que c’est Notre-Seigneur seul qui a fait et fait incessamment les choses de cette petite compagnie » [3].

« Donnons cependant cela la conduite de la sage providence de Dieu. J’ai une dévotion spéciale de la suivre ; et l’expérience me fait voir qu’elle a tout fait dans la compagnie et que nos providences l’empêchent » [4].

« La grâce à ses moments. Abandonnons-nous à la providence de Dieu et gardons-nous bien de la devancer. S’il plaît à Notre-Seigneur me donner quelque consolation en notre vocation, c’est ceci : que je pense qu’il me semble que nous avons tâché de suivre en toutes choses la grande providence et que nous avons tâché de ne mettre le pied que là où elle nous a marqué »[5].

« La consolation que Notre-Seigneur me donne, c’est de penser que, par la grâce de Dieu, nous avons toujours tâché de suivre et non pas de prévenir la Providence, qui sait si sagement conduire toutes choses à la fin que Notre- Seigneur les destine »[6].

« Nous ne pouvons mieux assurer notre bonheur éternel qu’en vivant et mourant au service des pauvres, entre les bras de la Providence et dans un actuel renoncement de nous-mêmes, pour suivre Jésus-Christ »[7].

« Soumettons-nous à la Providence ; elle fera nos affaires en son temps et en sa manière »[8].

« Ah ! Messieurs, demandons bien tous à Dieu cet esprit pour toute la Compagnie, qui nous porte partout, de sorte que, quand on verra un ou deux missionnaires, on puisse dire : « Voilà des personnes apostoliques sur le point d’aller aux quatre coins du monde porter la parole de Dieu. » Prions Dieu de nous accorder ce cœur il y en a, par la grâce de Dieu qui l’ont, et tous sont serviteurs de Dieu. Mais aller là ! Ô Sauveur ! N’être point arrêté, ah ! c’est quelque chose ! Il faut que nous ayons ce cœur, tous un même cœur, détaché de tout, que nous ayons une parfaite confiance en la miséricorde de Dieu, sans sonner, s’inquiéter, perdre courage. « Aurai-je ceci en ce pays-là ? Quel moyen ? » O Sauveur ! Dieu ne nous manquera jamais ! Ah ! Messieurs, quand nous entendrons parler de la mort glorieuse de ceux qui y sont, ô Dieu ! qui ne désirera être en leur place ? Ah ! qui ne souhaite de mourir comme eux, d’être assuré de la récompense éternelle ! O Sauveur ! y va-t-il rien de plus souhaitable ! Ne soyons donc pas liés à ceci ou à cela ; courage ! allons où Dieu nous appelle, il sera notre pourvoyeur, n’appréhendons rien. Or sus, Dieu soit béni ! »[9]

Au début de ce temps de l’Avent, inspirons-nous de la prière d’abandon du bienheureux Charles de Foucauld. Notre saint Fondateur, saint Vincent de Paul, et tous les autres bienheureux et saints de la Famille vincentienne ont incarné une confiance absolue en Jésus dans leur propre vie et, à leur époque et dans leur milieu, ils ont composé un « Hymne à la Providence ». Puissions-nous à notre tour composer notre propre « Hymne à la Providence ».

Notes

[1] Coste I, 68, L. 31 à Louise de Marillac

[2] Coste I, 356, L. 245 à Robert de Surgis

[3] Coste II, 208, L. 559 à Bernard Codoing

[4] Coste II, 418-419, L. 678 à Bernard Codoing

[5] Coste II, 453, L. 704 à Bernard Codoing

[6] Coste II, 456, L. 707 à Bernard Codoing

[7] Coste III, 392, L. 1078 à Jean Barreau

[8] Coste III, 454, L. 1109 à René Alméras

[9] Coste XI, 291-292, Conférence 135, Répétition d’oraison du 22 août 1655

Petite visite de notre dévotion à Marie

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Vincent Goguey

Petite visite de notre dévotion à Marie

Lorsque nous nous adressons à Marie nous nous présentons en tant que « pauvres pécheurs ».

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Lorsque nous accompagnons quelqu’un qui est dans la désolation et qui se définie à la négative, ne cherchons-nous pas à contrecarrer l’idée qu’il a de lui-même en lui montrant ce qui est valable en lui ? Ne cherchons-nous pas à lui montrer le positif qu’il n’est pas capable de voir par lui-même ? Ne nous réjouissons nous pas lorsque l’on constate qu’il réussit cela et qu’il se voit avec un regard qui tend davantage vers l’avenir et tous les possibles que cela engendre ?

Par ailleurs lorsque nous nous définissons avant tout comme « pécheur » nous oublions une donnée essentielle de notre foi. Car avant d’être pécheurs, nous sommes créés de Dieu et de plus créés à son image. Avant d’être pécheurs nous sommes enfants de Dieu. Il fait de nous ses fils et ses filles, héritiers de son Royaume selon la grâce obtenue par le Christ offert en sacrifice par amour pour nous.

Pour honorer notre Dieu et notre mère, il est bon de rappeler avec force cette dimension divine en nous plutôt que de limiter notre identité à ce qui est touché par le péché. Sinon c’est donner plus de place au Mal qu’à Dieu !

Prenons encore le temps de constater ce que produit un regard d’une mère aimante sur son enfant lorsque celui-ci prend conscience d’être aimé par sa mère lui disant avec force qu’il est son enfant bien aimé. Cela le réjouit, le stimule, lui donne plus de confiance à reprendre la route, cet amour maternel lui donne de changer son regard sur lui-même en se redisant intérieurement « maman m’aime ». La conséquence est de prendre plus au sérieux ce rôle d’être héritier du Père, soutenue par la mère !

Pour entrer davantage dans ce mystère que nous sommes : enfants de Dieu (et nous le sommes précise st Jean), je me suis mis à réciter la prière adressée à Marie en modifiant quelque peu ce que l’on dit sur nous-mêmes : pauvres pécheurs, en le remplaçant par « tes enfants » ou encore « ses enfants » (pour évoquer le fait d’être enfants du Père).

Voici donc ce que donne cette deuxième partie de la prière du chapelet :

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, tes enfants…

Et pour le « je vous salue Marie » suivant

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, ses enfants…

Exprimer cette prière de cette manière c’est avant tout me remettre vraiment dans cette filiation divine et maternelle (la mère que Jésus nous a donnée) pour m’en fortifier. C’est me charger de toute cette force qui m’est donnée par cet amour indéfectible.

A la suite de l’abbé Pierre, je modifie aussi la toute dernière phrase : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Il disait que cette vision évoquait surtout la peur de ce départ définitif, réduisait notre vie qu’à ce dernier moment ultime alors qu’avant ce moment-là il y avait toute une vie à vivre ici sur Terre.

Il remplaçait donc cette fin de prière par « maintenant et à l’heure de la rencontre ». Cette rencontre évoquant deux réalités fortes de notre foi.

Première réalité : le passage de la mort est surtout le moment où nous allons rencontrer notre Dieu face à face. Le dire ainsi c’est mettre davantage l’accent sur cette espérance immense, qui est appelée à sans cesse grandir en nous plutôt que de focaliser sur le côté tragique de notre disparition de cette Terre.

Seconde réalité évoquée dans cette formule est le fait qu’à chaque moment, à chaque rencontre faite dans mon quotidien, il y a le mystère de la présence de Dieu dans l’autre et que j’ai à y être très attentif pour déjà vivre cette rencontre divine dans chacune de mes rencontres quotidiennes.

Ces deux modifications de cette prière si populaire donnent donc ceci :

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu prie pour nous tes enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Et la suivante (lorsque nous disons le chapelet)

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous ses enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Lorsque nous regardons la structure des deux prières récitées le plus souvent, le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie », nous constatons qu’elles sont identiques. La première partie est tournée vers celui ou celle à qui nous nous adressons pour évoquer ce qu’il y a de beau et de bon dans leur identité. La deuxième partie est tournée vers nous puisque nous leur demandons de nous aider dans notre manière de mener notre vie.

Cela me donne parfois l’impression d’un enfant qui voulant obtenir quelque chose commence par dire plein de gentilles petites choses à son père ou sa mère pour les amadouer et ainsi arriver à leur extorquer ce qui le motive surtout : avoir gain de cause !

Ces prières ont donc le risque de s’intéresser davantage à nous-mêmes qu’au Seigneur ou à Marie. Pour éviter quelque peu cela, chaque première dizaine que je dis quasi quotidiennement omet la seconde partie de ces prières pour me concentrer uniquement sur ce qui est dit de Dieu et de notre mère. Ainsi je commence la première dizaine :

Notre Père qui est aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.

Je te salue Marie pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Cela me donne de mieux me défaire de mon petit moi et de me réjouir en contemplant la grandeur de notre Dieu et de la mère qui nous est confiée.

Je vous souhaite, dans cette pratique du chapelet, un bon cœur à cœur avec notre Père et notre mère qui désirent avoir des enfants épanouis et heureux dans leur vie.

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