Homélie du 3ème dimanche de Carême. 7 mars 2021, chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

« L’amour de ta maison fera mon tourment » nous dit l’épisode évangélique bien connu de ce jour des Marchands chassés du Temple ou encore dans une autre traduction peut-être plus familière : « le zèle de ta maison me dévorera ».

Abbé Ludovic DANTO

Homélie du 3ème dimanche de Carême. 7 mars 2021, chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

« L’amour de ta maison fera mon tourment » nous dit l’épisode évangélique bien connu de ce jour des Marchands chassés du Temple ou encore dans une autre traduction peut-être plus familière : « le zèle de ta maison me dévorera ». C’est une citation par le Christ du psaume 68 : « L’amour de ta maison m’a perdu ». Nous pouvons comprendre la stupéfaction des auditeurs de ce que nous qualifierions aujourd’hui de fait divers et même imaginer leur incompréhension. Qui pourrait remettre en cause leur amour pour la maison du Seigneur, ce temple où Dieu se rend présent, ce temple reconstruit sur la colline de Sion, cette promesse que Dieu est au milieu de son Peuple ? Ils sont là, ils ont traversé la Judée, ils sont arrivés des quatre coins de l’empire eux qui sont des juifs de la diaspora pour contempler le lieu de la présence de Dieu, lieu qui les frappe par sa magnificence, lieu où le grand prêtre entre seul une fois dans l’année. Eux aussi pourrait faire siennes les paroles du psaume et dire : « L’amour de ta maison fera mon tourment ». Nous comprenons leur incompréhension face au geste du Christ.

Cette émotion, voire ce choc spirituel, l’homme et la femme de foi que nous sommes aujourd’hui le vit régulièrement quand il se rend sur un lieu de pèlerinage national ou local, sur un lieu qui signifie pour lui ou pour elle l’expression même de la foi ou de la beauté de Dieu. Qui n’a pas ressenti cette émotion spirituelle, cette joie du croyant en franchissant les marches de la place Saint-Pierre à Rome pour entrer dans cette basilique, lieu des bénédictions par excellence – le premier confinement a frappé les croyants et les non-croyant à la vision de François seul sur la place Saint-Pierre et implorant les bénédictions divines pour l’humanité confinée ? Comment comprendre l’émotion ressentie devant l’incendie de Notre-Dame où foi et patrimoine d’un peuple se retrouvent dans un effroi collectif – voir la cathédrale se consumer, n’était-ce pas voir notre vie se consumer elle-aussi ? Plus simplement, pour nous qui entrons chaque dimanche en cette Eglise, expression de la foi de nos prédécesseurs, qui n’a pas ressentie une joie, voire une quiétude spirituelle entre ces colonnes qui par leur or réfléchissent la beauté de Dieu ? Qui ne pourrait dire alors comme l’évangéliste : « L’amour de ta maison fera mon tourment », et qui parmi nous qui venons des 4 coins de l’univers ne pourrait témoigner de l’attachement qu’il a pour l’Eglise ou le lieu de pèlerinage de son enfance.

Bien plus, chers frères et sœurs, lorsque nous entrons en cette chapelle de la rue de Sèvres, nous rencontrons une autre beauté, pas seulement la beauté des pierres, nous rencontrons la beauté des saints, à commencer par la figure de saint Vincent de Paul qui domine toutes nos assemblées de sa présence illuminant et nourrissant notre joie d’être-là et confortant notre résolution de vivre en chrétiens. Les saints sont la véritable beauté de nos églises et sont sources de joie. Qui n’a jamais ressenti un appel du Seigneur à la suite de la petite voie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, ou encore de l’engagement résolu d’une Mère Teresa auprès des mourants, ou encore d’un saint François dans sa radicale pauvreté ? Devant tant de vies exemplaires, là encore, les croyants que nous sommes sont portés à reprendre cette invocation de l’Évangile : « L’amour de ta maison fera mon tourment ».

Toutefois, un doute – parfois une faille – dans la joie que nous pouvons ressentir se fait jour lorsque nous laissons raisonner en nous les paroles suivantes du Christ : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ». Nous le savons, il est de multiples manières de détourner la maison du Père de ce pour quoi elle est faite et les temps que nous vivons sont parfois douloureux pour nombre de croyants lorsque ceux-ci découvrent – lorsque nous découvrons – derrière la beauté du Temple des agissements qui détournent la vocation de ces lieux qui nous ouvrent à Dieu… Je n’évoque pas ici particulièrement le fait que nous soyons tous pécheurs – « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » – ; il y a beaucoup d’orgueil à croire que nous serions des parfaits parce que des croyants. Ce dévoiement de la foi d’ailleurs est naturel à l’homme et à la femme qui finissent par ne pas vivre de la foi, qui finissent par ne pas vivre dans l’humilité, mais qui finissent par vivre en séparant le monde entre le pur et l’impur, entre celui qui est fréquentable et celui qui ne l’est pas… Or le Christ nous a libérés de ces questions de pur et d’impur, de parfait et d’imparfait puisque rien n’est illicite par principe : nous sommes tous appelés à accueillir Marie-Madeleine dans nos vies. Je n’évoque donc pas ici notre condition pécheresse fondamentale qui nous fera redire dans quelques semaines : « heureuse faute qui nous a valu un tel Sauveur », mais je veux ici évoquer ces agissements particuliers, ces scandales qui font que ceux qui devraient donner les bénédictions du Seigneur au monde qui les attends, les conservent ou les dilapident pour eux-mêmes. Tous les prêtres sont pécheurs, mais combien est destructeur le prêtre qui fait de son ministère le lieu-même de son péché. Voilà l’ébranlement du temple : celui qui fait su service de l’Évangile le lieu de son péché. Et cela vaut pour tous ceux qui servent le Seigneur, clercs, religieux et religieuses ou encore laïcs. Le serviteur n’est pas là pour tondre les brebis mais bien pour leur montrer la beauté de Dieu. Comme elle est malheureusement vraie cette interpellation du Christ : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ». Ainsi, beaucoup de nos contemporains sont ébranlés devant tant de péchés, tant de scandales et tout d’un coup remettent en cause ce pour quoi ils ont vécu jusqu’alors : « L’amour de ta maison fera mon tourment ».

Frères et sœurs, cette désespérance qui guette certains est une erreur de perspective. L’amour que nous portons à la maison du Seigneur n’est pas lié à l’attachement que nous ressentons pour le Temple de Jérusalem – et pourtant qu’elle émotion pour chacun d’entre nous lorsque nous nous approchons du Mur des lamentations, et je souhaite à chacun d’entre vous de pouvoir se rendre un jour à Jérusalem – l’amour que nous portons à la maison du Seigneur n’est pas lié à l’attachement que nous avons pour nos basiliques et églises, pour notre chapelle des Lazaristes – même s’il est beau et bon de venir y prier et de travailler à la beauté de ces lieux. L’amour que nous portons à la maison du Seigneur n’est même pas lié à la dévotion que nous avons pour tel ou tel saint, forcément homme ou femme comme nous et qui comme le dit l’adage traditionnel « aura péché 7 fois par jour » – l’historiographie moderne aime à nous faire découvrir la part d’ombre de ces saints qui sont souvent loin de l’image d’Epinal ou des images pieuses de notre enfance. En réalité l’amour dont nous vivons provient de notre attachement viscéral au Christ. Parce que le Christ nous dit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai », et que nous savons, nous, que « lui parlait du sanctuaire de son corps », nous savons que nos œuvres humaines sont fragiles, que nos vies sont fragiles et que nous devons avancer sur le seul roc qui vaille : le Christ mort et ressuscité. Nous n’avons pas la foi, frères et sœurs, parce que nous aimons le Temple, nous n’avons pas la foi parce que tel ou tel homme ou telle femme a la foi – parce que nous avons cru en lui, en eux –, et ce, même si nous recevons habituellement la foi par des médiations. Nous avons la foi parce que nous avons rencontré le Christ. C’est parce que nous recherchons le Christ – véritable Temple de Dieu – que nous pouvons dire aujourd’hui : « L’amour de ta maison fera mon tourment » ; en effet nous n’avons « qu’un seul maître qui est aux cieux ». Ne confondons pas les œuvres humaines avec les œuvres de Dieu. L’on ne reconnaît pas toujours l’arbre à ses fruits.

Si nous en doutions encore, écoutons ce que nous dit le Seigneur : « Ce que vous contemplez, dit le Seigneur, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit », même cette chapelle que nous aimons. En ce troisième dimanche de Carême, chers amis, il nous est demandé d’abandonner nos idoles sur lesquelles trop souvent nous fondons notre vie de foi pour n’adorer qu’un seul Dieu en contemplant non des lieux, non des hommes et des femmes aussi grands, nous paraissent-ils, mais en contemplant le Christ, et redisons avec foi : « L’amour de ta maison fera mon tourment ».

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Un départ bien particulier

La santé de notre confrère Bernardo lui jouant quelques tours, il a été décidé de le placer à l’EHPAD du Berceau de st Vincent de Paul.

Vincent Goguey

Un départ bien particulier

La santé de notre confrère Bernardo lui jouant quelques tours, il a été décidé de le placer à l’EHPAD du Berceau de st Vincent de Paul. J’ai été amené à faire son déménagement avec Célestin, notre économe provincial, qui a eu entre-autres, la lourde tâche de gérer tous les papiers administratifs de notre confrère.

Bernardo était aumônier de la maison de retraite de nos sœurs, Filles de la Charité de Château-L’Evêque en Périgord, depuis une dizaine d’années. Il a rempli son ministère avec discrétion et régularité, diffusant sans cesse sa joie de vivre et sa disponibilité et, dès qu’il en avait l’occasion, il touchait du clavier de son piano pour mettre de la musique au service de tous et donner joie et entrain. L’une de ses difficultés concerne sa mémoire immédiate, cela qui l’amène à avoir quelques embarras de repérage dans les évènements, les personnes rencontrées etc.

Son départ fut particulier. Dix jours avant son départ, toutes les résidentes de la maison de retraite se sont retrouvées en confinement strict dans leur chambre à cause de la corona. A part quatre personnes, toutes les autres étaient positives au test bien qu’elles n’eussent aucun symptôme conséquent (hormis deux d’entre elles). La situation était donc préoccupante même s’il n’y avait pas lieu de s’affoler avant l’heure. Bernardo cherchait nos sœurs de tous côtés pour célébrer la messe ; il oubliait l’information donnée par les sœurs dès le premier soir, et ensuite par le personnel. Préoccupation et inquiétude d’une situation jamais encore vécue : comment arriver à trouver des points de repères ? Mais nous avons pu célébrer deux messes où nous avons rejoint les sœurs, grâce à la sono, installée dans toutes les chambres, reliée au micro de la chapelle. Elles ont donc eu la joie de vivre encore quelque peu, en communion avec leur aumônier, via sa voix, toujours aussi juste pour chanter les louanges de Dieu.

Pour leur permettre de dire tout de même un au revoir plus proche, nous avons été de chaque côté de la maison afin de saluer nos sœurs depuis les fenêtres de leur chambre. Juste un « adieu » et un « merci » entourés de « l’union de prière » qui continuera à les unir au-delà de la distance.

Les cuisinières, ont eu la possibilité et la délicatesse de lui offrir un dernier cadeau en direct, permettant à l’émotion du moment de s’exprimer.

Oui, cette pandémie nous donne des situations relationnelles inédites. Il nous faut apprendre à vivre ainsi pour le moment. Elle nous apprend à nous recentrer sur l’essentiel, à vivre certains renoncements accompagnés de frustrations, sans pour cela nous départir de l’espérance de l’union qui nous évite l’isolement total. L’espérance, source de paix intérieure.

Notre cher frère est arrivé à bon port dans sa nouvelle résidence. Il va lui falloir quelques jours pour s’adapter à de nouveaux repères qui forgeront son quotidien. Par chance il a retrouvé un autre confrère, Jean-Joie arrivé ici depuis quelques mois. Tous deux ont été élèves à l’école apostolique du même lieu. Une belle occasion de se remémorer quelques bons souvenirs d’époque. Pour cela la mémoire ancienne est restée intacte.

Depuis nos sœurs de château l’évêque sont sorties de leur confinement et peuvent apprécier pleinement l’arrivée du printemps dans le grand parc de leur propriété. La vie continue !

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2e Dimanche de Carême – B (Marc 9,2-10). “NOUVELLE IDENTITÉ CHRÉTIENNE”

La Transfiguration

Ce qui est le plus décisif pour être vraiment chrétien, ce n’est pas tellement ce que l’on croit mais la relation que l’on vit avec Jésus. Les croyances, en général, ne changent pas notre vie.

Jose Antonio PAGOLA

2e Dimanche de Carême – B (Marc 9,2-10). “NOUVELLE IDENTITÉ CHRÉTIENNE”

Ce qui est le plus décisif pour être vraiment chrétien, ce n’est pas tellement ce que l’on croit mais la relation que l’on vit avec Jésus. Les croyances, en général, ne changent pas notre vie. On peut croire que Dieu existe, que Jésus est ressuscité et bien d’autres choses encore, sans pour autant être un bon chrétien. C’est l’adhésion à Jésus et le contact avec lui qui peuvent nous transformer.

Dans les évangiles, on peut lire une scène appelée traditionnellement la «transfiguration» de Jésus. Il n’est plus possible de reconstituer l’expérience historique qui a donné naissance à ce récit. Nous savons seulement que c’était un texte très cher aux premiers chrétiens, puisqu’il les encourageait, entre autres, à ne croire qu’en Jésus.

La scène est située sur une «haute montagne». Jésus est accompagné de deux personnages légendaires de l’histoire juive : Moïse, représentant de la Loi, et Elie, le prophète le plus aimé de Galilée. Seul Jésus apparaît avec un visage transfiguré. De l’intérieur d’un nuage, on entend une voix: «Celui-ci est mon fils bien-aimé. Écoutez-le».

L’important n’est pas de croire en Moïse ou en Elie, mais d’écouter Jésus et d’entendre sa voix, celle du Fils bien-aimé. Le plus décisif n’est pas de croire en la tradition ou aux institutions, mais de centrer notre vie sur Jésus. Vivre une relation consciente et de plus en plus engagée avec Jésus-Christ. Ce n’est qu’alors que sa voix peut être entendue en plein milieu de notre vie dans la tradition chrétienne et dans l’Église.

Seule cette communion croissante avec Jésus transforme progressivement notre identité et nos critères, guérit notre façon de voir la vie, nous libère de divers esclavages et fait grandir notre responsabilité évangélique.

A la lumière de Jésus, nous pouvons vivre d’une manière différente. Les personnes ne sont plus simplement attirantes ou désagréables, intéressantes ou sans intérêt. Les problèmes ne sont plus l’affaire de chacun. Le monde n’est plus un champ de bataille où chacun se défend comme il peut. La souffrance des plus démunis commence à nous faire mal. Nous osons travailler pour un monde un peu plus humain. Nous pouvons alors ressembler davantage à Jésus.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 

https://www.gruposdejesus.com/2-careme-b-mark-92-10/

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1 Carême – B (Marc 1,12-15)

L’appel à la conversion évoque presque toujours en nous le souvenir de l’effort exigeant, propre à tout travail de renouvellement et de purification.

Jose Antonio PAGOLA

1 Carême – B (Marc 1,12-15)

L’appel à la conversion évoque presque toujours en nous le souvenir de l’effort exigeant, propre à tout travail de renouvellement et de purification. Cependant, les paroles de Jésus: «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle», nous invitent à découvrir la conversion comme une étape vers une vie plus épanouie et plus gratifiante.

L’Évangile de Jésus nous dit quelque chose que nous ne devons jamais oublier: «Il est bon de se convertir. Cela nous fait du bien. La conversion nous permet d’expérimenter une nouvelle façon de vivre, plus saine et plus joyeuse. Elle nous aide à entrer dans le plan de Dieu pour construire un monde plus humain». Certains se demanderont: mais comment vivre cette expérience, quels pas aurons-nous à franchir ?

La première chose à faire est de s’arrêter. Ne pas avoir peur de rester seul avec soi-même pour se poser les questions importantes de la vie: Qui suis-je? Que suis-je en train de faire de ma vie? Ce que je vis, est-ce tout ce que je veux vivre?

Cette rencontre avec soi-même exige de la sincérité. L’important est de ne pas continuer à se leurrer plus longtemps soi-même. Chercher la vérité sur ce que nous vivons. Ne pas vouloir cacher ce que nous sommes et faire semblant d’être ce que nous ne sommes pas. Il est probable que nous fassions alors l’expérience du vide et de la médiocrité. On verra apparaître devant nous les actions et les attitudes qui sont en train de ruiner notre vie. Ce n’est pas cela que nous aurions voulu. Au fond, nous voulons vivre quelque chose de meilleur et de plus joyeux.

Découvrir comment nous abîmons nos vies ne doit pas nous plonger dans le pessimisme ou le désespoir. Cette prise de conscience de notre péché est saine. Elle nous donne de la dignité et nous aide à retrouver notre auto-estime. Tout n’est pas mauvais et négatif en nous. En chacun de nous, il y a toujours une force qui agit, qui nous attire et qui nous pousse vers le bien, la bonté et l’amour. C’est Dieu, qui veut une vie plus digne pour tous.

La conversion va nous demander certainement de procéder à des changements concrets dans notre façon d’agir. Mais la conversion ne consiste pas en ces changements. C’est elle-même qui constitue le changement. Se convertir, c’est changer son coeur, adopter une nouvelle attitude dans la vie, prendre une direction plus saine. Collaborer au projet de Dieu.

Tout le monde, croyants et moins croyants, peut faire les pas que nous avons évoqués jusqu’à présent. Le propre du croyant est de pouvoir vivre cette expérience en s’ouvrant avec confiance à Dieu. Un Dieu qui s’intéresse à moi plus que moi-même, pour résoudre non pas mes problèmes, mais «le problème», cette vie médiocre et ratée que je mène et qui semble n’avoir aucune solution. Un Dieu qui me comprend, m’attend, me pardonne et veut me voir vivre plus pleinement, plus joyeusement et d’une manière plus gratifiante.

C’est pour cela que le croyant vit sa conversion en invoquant Dieu avec les paroles du psalmiste: «Pitié pour moi, ô mon Dieu, selon ta bonté. Lave moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Crée en moi un coeur pur. Renouvelle-moi de l’intérieur. Rends-moi la joie de ton salut» (Sal 51 [50]).

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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MESSAGE DU SAINT-PERE POUR LE CAREME 2021. « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20, 18). Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

En parcourant le chemin du Carême, qui nous conduit vers les célébrations pascales, nous faisons mémoire de Celui qui nous a aimés « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2,8). Dans ce temps de conversion, nous renouvelons notre foi, nous puisons « l’eau vive » de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ.

Pape Francois

MESSAGE DU SAINT-PERE POUR LE CAREME 2021. « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20, 18). Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

Chers Frères et Sœurs, En annonçant à ses disciples sa Passion, sa mort et sa résurrection, accomplissant ainsi la volonté de son Père, Jésus leur révèle le sens ultime de sa mission et il les appelle à s’y associer, en vue du salut du monde.

En parcourant le chemin du Carême, qui nous conduit vers les célébrations pascales, nous faisons mémoire de Celui qui nous a aimés « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2,8). Dans ce temps de conversion, nous renouvelons notre foi, nous puisons « l’eau vive » de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ. Dans la Nuit de Pâques, nous renouvellerons les promesses de notre baptême pour renaître en hommes et femmes nouveaux par l’intervention du Saint Esprit. L’itinéraire du Carême, comme l’itinéraire chrétien, est déjà entièrement placé sous la lumière de la résurrection, qui inspire les sentiments, les attitudes ainsi que les choix de ceux qui veulent suivre le Christ.

Le jeûne, la prière et l’aumône, tels que Jésus les présente dans sa prédication (cf. Mt 6, 1-18) sont les conditions et les expressions de notre conversion. Le chemin de la pauvreté et du manque (le jeûne), le regard et les gestes d’amour vers l’homme blessé (l’aumône), et le dialogue filial avec le Père (la prière), nous permettent d’incarner une foi sincère, une vivante espérance et une charité active.

1. La foi nous appelle à accueillir la Vérité et à en devenir des témoins, devant Dieu et devant tous nos frères et sœurs.

Pendant ce temps du Carême, recevoir et vivre la Vérité manifestée dans le Christ c’est avant tout se laisser toucher par la Parole de Dieu et qui nous est transmise, de générations en générations, par l’Eglise. Cette Vérité n’est pas une construction de l’esprit qui serait réservée à quelques intelligences supérieures ou séparées. Elle est un message que l’on reçoit et que l’on peut comprendre grâce à l’intelligence du cœur ouvert à la grandeur de Dieu qui nous aime, avant que nous-mêmes en ayons conscience. Cette Vérité c’est le Christ lui-même, qui, en assumant pleinement notre humanité, s’est fait Voie – exigeante, mais ouverte à tous – conduisant à la plénitude de la Vie.

Le jeûne, vécu comme expérience du manque, conduit ceux et celles qui le vivent dans la simplicité du cœur à redécouvrir le don de Dieu et à comprendre notre réalité de créatures à son image et ressemblance qui trouvent en lui leur accomplissement. En faisant l’expérience d’une pauvreté consentie, ceux qui jeûnent deviennent pauvres avec les pauvres et ils « amassent » la richesse de l’amour reçu et partagé. Compris et vécu de cette façon, le jeûne nous aide à aimer Dieu et notre prochain car, comme Saint Thomas d’Aquin l’enseigne, il favorise le mouvement qui amène à concentrer l’attention sur l’autre en l’identifiant à soi-même (cf. Enc. Fratelli tutti, n. 93).

Le Carême est un temps pour croire, c’est-à-dire pour recevoir Dieu dans notre vie et pour le laisser “établir sa demeure” en nous (cf. Jn 14, 23). Jeûner consiste à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre, même de ce trop-plein d’informations, vraies ou fausses, et de produits de consommation pour ouvrir la porte de notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14) : le Fils du Dieu Sauveur.

2. L’espérance, comme “eau vive” qui nous permet de continuer notre chemin

La Samaritaine à qui Jésus demande à boire au bord du puit ne comprend pas lorsqu’il lui dit qu’il peut lui offrir une “eau vive” (Jn 4, 10). Au début, elle pense naturellement à l’eau matérielle. Mais Jésus parle de l’Esprit Saint qu’il offrira en abondance dans le Mystère pascal et qui nous remplira de l’espérance qui ne déçoit pas. Lorsqu’il évoque sa passion et sa mort, Jésus annonce déjà l’espérance en disant : « Le troisième jour, il ressuscitera » (Mt 20, 19). Jésus nous parle de l’avenir grand ouvert par la miséricorde du Père. Espérer, avec lui et grâce à lui, c’est croire que l’histoire n’est pas fermée sur nos erreurs, nos violences, nos injustices et sur le péché qui crucifie l’Amour. Espérer c’est puiser le pardon du Père de son Cœur ouvert.

Dans le contexte d’inquiétude que nous vivons, où tout apparaît fragile et incertain, parler d’espérance pourra sembler provocateur. Le temps du Carême est un temps pour espérer, pour tourner de nouveau le regard vers la patience de Dieu qui continue de prendre soin de sa Création, alors même que nous l’avons souvent maltraitée (cf. Laudato si’, nn. 32334344). C’est l’espérance en la réconciliation à laquelle Saint Paul nous exhorte avec passion : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5, 20). En recevant le pardon, dans le sacrement qui est au cœur de notre démarche de conversion, nous devenons, à notre tour, des acteurs du pardon. Nous pouvons offrir le pardon que nous avons-nous-mêmes reçu, en vivant un dialogue bienveillant et en adoptant un comportement qui réconforte ceux qui sont blessés. Le pardon de Dieu permet de vivre une Pâque de fraternité aussi à travers nos paroles et nos gestes.

Pendant ce Carême, appliquons-nous à dire « des mots d’encouragements qui réconfortent qui fortifient, qui consolent, qui stimulent » au lieu de « paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent » (Enc. Fratelli tutti [FR], n. 223). Parfois, pour offrir de l’espérance, il suffit d’être « une personne aimable, […], qui laisse de côté ses anxiétés et ses urgences pour prêter attention, pour offrir un sourire, pour dire une parole qui stimule, pour rendre possible un espace d’écoute au milieu de tant d’indifférence » (ibid., n. 224).

Dans le recueillement et la prière silencieuse, l’espérance nous est donnée comme une inspiration et une lumière intérieure qui éclaire les défis et les choix de notre mission. Voilà pourquoi, il est déterminant de se retirer pour prier (cf. Mt 6, 6) et rejoindre, dans le secret, le Père de toute tendresse.

Vivre un Carême d’espérance, c’est percevoir que nous sommes, en Jésus-Christ, les témoins d’un temps nouveau, dans lequel Dieu veut « faire toutes choses nouvelles » (cf. Ap 21, 1-6). Il s’agit de recevoir et d’offrir l’espérance du Christ qui donne sa vie sur la croix et que Dieu ressuscite le troisième jour : « Soyez prêts à répondre à qui vous demande à rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3, 15).

3. La charité, quand nous la vivons à la manière du Christ, dans l’attention et la compassion à l’égard de chacun, est la plus haute expression de notre foi et de notre espérance.

La charité se réjouit de voir grandir l’autre. C’est la raison pour laquelle elle souffre quand l’autre est en souffrance : seul, malade, sans abri, méprisé, dans le besoin… La charité est l’élan du cœur qui nous fait sortir de nous-mêmes et qui crée le lien du partage et de la communion.

« Grâce à l’amour social, il est possible de progresser vers une civilisation de l’amour à laquelle nous pouvons nous sentir tous appelés. La charité, par son dynamisme universel, peut construire un monde nouveau, parce qu’elle n’est pas un sentiment stérile mais la meilleure manière d’atteindre des chemins efficaces de développement pour tous » (FT, n. 183).

La charité est don. Elle donne sens à notre vie. Grâce à elle, nous considérons celui qui est dans le manque comme un membre de notre propre famille, comme un ami, comme un frère. Le peu, quand il est partagé avec amour, ne s’épuise jamais mais devient une réserve de vie et de bonheur. Ainsi en fût-il de la farine et de l’huile de la veuve de Sarepta, quand elle offrit la galette au Prophète Elie (cf. 1R 17, 7-16). Ainsi en fût-il des pains multipliés que Jésus bénit, rompit et donna aux apôtres pour qu’ils les offrent à la foule (cf. Mc, 6, 30-44). Ainsi en est-il de notre aumône, modeste ou grande, que nous offrons dans la joie et dans la simplicité.

Vivre un Carême de charité, c’est prendre soin de ceux qui se trouvent dans des conditions de souffrance, de solitude ou d’angoisse à cause de la pandémie de la Covid-19. Dans l’impossibilité de prévoir ce que sera demain, souvenons-nous de la parole adressée par Dieu à son Serviteur : « Ne crains pas, car je t’ai racheté » (Is 43, 1), offrons avec notre aumône un message de confiance, et faisons sentir à l’autre que Dieu l’aime comme son propre enfant.

« Ce n’est qu’avec un regard dont l’horizon est transformé par la charité, le conduisant à percevoir la dignité de l’autre, que les pauvres sont découverts et valorisés dans leur immense dignité, respectés dans leur mode de vie et leur culture, et par conséquent vraiment intégrés dans la société » (FT, n. 187).

Chers frères et sœurs, chaque étape de la vie est un temps pour croire, espérer et aimer. Que cet appel à vivre le Carême comme un chemin de conversion, de prière et de partage, nous aide à revisiter, dans notre mémoire communautaire et personnelle, la foi qui vient du Christ vivant, l’espérance qui est dans le souffle de l’Esprit et l’amour dont la source inépuisable est le cœur miséricordieux du Père.

Que Marie, Mère du Sauveur, fidèle au pied de la croix et au cœur de l’Église, nous soutienne par sa présence prévenante et que la bénédiction du Ressuscité nous accompagne dans ce chemin vers la lumière de Pâques.

Donné à Rome, près de Saint Jean de Latran, 11 novembre 2020, mémoire de Saint Martin de Tours

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