La Charité

Conférence donnée par le Père Gonzague DANJOU lors de la récollection d’Avent à la Chapelle St Vincent de Paul à Paris, le 6 décembre 2009 Dans le cadre de la célébration du 350° anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Marillac nous sommes invités à centrer notre réflexion et nos célébrations sur deux thèmes : la CHARITÉ et la MISSION. Aujourd’hui, on m’a demandé de vouloir bien vous présenter une réflexion sur le premier thème : la CHARITÉ.

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La Charité

P. Gonzague DANJOU CM
P. Gonzague DANJOU CM

INTRODUCTION

En guise d’introduction il me semble bon de nous remettre en face du grand texte de Saint Paul au chapitre 13 de la Première Épître aux Corinthiens que l’on appelle communément «L’hymne à la Charité» :

«Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la Charité je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science ; quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la Charité je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la Charité, cela ne me sert de rien.

La Charité est longanime, la Charité est serviable ; elle  n’est  pas  envieuse ; la Charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La Charité ne passe jamais.

Maintenant demeurent foi, espérance, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles c’est la Charité»

En résumé, pour l’Apôtre Paul, c’est la Charité qui est au centre de la vie de celui qui se réclame du Christ et qui prétend suivre ses traces

Ce thème de la Charité est aussi un thème majeur de l’enseignement de notre Pape actuel, Benoît XVI : il a présenté sa première encyclique sous le   titre : «Deus Caritas est» – Dieu est Amour ; et celle qu’il vient de nous offrir :

« Caritas in Veritate » – L’Amour dans la Vérité. C’est autour de ce thème de la Charité définie par le Pape comme : « l’Amour dont Dieu nous comble et que nous devons communiquer aux autres » que Benoît XVI veut centrer son enseignement.

Cependant, avant d’entrer dans le sujet, commençons par préciser le sens que nous donnons à ces mots «Amour» et «Charité» qui, dans le langage courant, peuvent être détournés du sens que nous voulons leur donner.

  • « Dieu est Amour » nous dit St Jean et c’est de ce Dieu-Amour accueilli dans la Foi que nous recevons la Vie et la Lumière de Dieu. Mais, dans le langage courant, ce mot peut revêtir un sens dévalué sans rapport avec le véritable amour : ne parle-t-on pas de «faire l’amour» ?!!
  • Le mot «Charité» lui aussi peut être dévalué et perdre sa signification plénière. – La «Charité», c’est le Mystère de l’Être même de Dieu- Amour, et c’est la vertu qui nous donne de vivre en Dieu et par

Et, en même temps, dans le langage courant, «faire la charité» peut être une façon d’agir où l’amour, le souci vrai de l’autre, a bien peu de place.

Au cours de cet entretien, j’emploierai indistinctement les mots « Amour » et « Charité » dans le sens donné par le Pape : « c’est l’Amour dont Dieu nous comble et que nous avons à communiquer aux autres ».

Dans un 1° point, nous fixerons notre attention sur le Mystère de la source, de l’origine, de la Charité : le Mystère de Dieu Trinité.

Dans un second point nous nous arrêterons sur la manifestation, la Révélation du Dieu-Amour qui pour nous a un Nom : JÉSUS.

Et enfin, dans un 3° point nous fixerons notre regard sur la réalisation de la Charité dans le temps à travers la vie et l’exemple des Saints.

 

I.   A la Source de la CHARITÉ : le Mystère de DIEU-TRINITÉ

Pour nous, chrétiens, l’Amour, la Charité s’enracine et se réalise en plénitude absolue dans le Mystère de Dieu auquel nous croyons.

« Dieu est Amour » nous dit Saint Jean et nous croyons que c’est dans la relation du Père et du Fils, relation exprimée dans la Personne de l’Esprit Saint que l’Amour EST, que l’Amour existe et se réalise dans son infinie et absolue plénitude.

Pour nous, Dieu n’est pas d’abord le TOUT PUISSANT mais il est l’AMOUR, Amour subsistant et infini réalisé en plénitude dans le Mystère de la Trinité et qui se diffuse dans la Création, dans l’existence de ces mondes infinis dont nous n’avons pas encore perçu les limites… et spécialement dans la création de l’homme sur la terre.

La création, pour nous chrétiens, n’est pas d’abord une manifestation de la Toute Puissance de Dieu, mais bien la manifestation de ce qu’Il est, AMOUR, amour qui de lui-même a besoin de se répandre : « bonum diffusivum sui ». C’est à travers et à partir de ce Mystère de Dieu-Amour, Père, Fils et Esprit-Saint en lequel nous adhérons par la Foi que nous pouvons participer à la Vie même de Dieu et donner la plénitude de sens à ce que nous sommes et à ce que nous vivons. Par la foi et la vertu de charité nous devenons la demeure de Dieu : « Si quelqu’un m’aime il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jo. 14,23)

 

II.   La Manifestation, la RÉVELATION de DIEU-AMOUR qui, pour nous, a un NOM : J É S U S

 « Dieu est Amour » ; mais pour nous chrétiens, l’Amour n’est pas une idée, un mot, mais une PERSONNE : JÉSUS qui, par son Être, sa Parole, sa façon d’agir, ses actions, nous manifeste, nous révèle le Dieu-Amour.

A.    C’est d’abord par son Être même que Jésus nous révèle le Dieu-Amour.

En premier lieu, par Son Incarnation, lorsque, par amour pour nous, le Fils prend chair dans le Christ-Jésus, comme dit Saint Paul dans l’Épître aux Philippiens : «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même en prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes» — «Et Verbum caro factum est» ; cet abaissement où il devient semblable à nous, par amour, que l’on appelle la kénose, l’anéantissement du Fils de Dieu.

À travers tout l’Évangile nous pouvons découvrir la relation d’amour privilégiée de Jésus avec son Père.

  • «Ne savez-vous pas que je sois aux affaires de mon Père». (Lc. 2,49)
  • «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé». (Jo. 4,34)
  • «Le Père et moi nous sommes UN».
  • Gethsémani : amour poussé à l’extrême lorsque Jésus appelle son Père : «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que Ta Volonté soit faite» (Mt. 25,42).

Amour du Père qui est inséparable de son Amour des hommes.

L’anéantissement d‘amour réalisé par Jésus à l’Incarnation il va le couronner lorsqu’Il s’offre en Sacrifice sur la Croix. «Il s’humilia plus encore, continue St Paul, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la Croix» — Amour exprimé dans les mots du repas pascal lorsque le Christ donne le sens de Son Sacrifice : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, livré pour vous ».

Amour couronné par le pardon offert par le Christ à ceux qui le crucifient :

«Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu’ils font».

Amour enfin que nous sommes appelés à recevoir à travers l’Eucharistie, le Sacrement de l’Amour, qui nous est donné pour en vivre et en témoigner : « Faites ceci en mémoire de moi ».

B.    C’est tout au long de sa vie publique,

dans son attitude, son action, sa Parole, que Jésus nous révèle le Dieu-Amour. C’est à travers son humanité que nous pouvons percevoir les multiples aspects de l’amour de Jésus.

  • Rappelons-nous l’attitude toute pleine de délicatesse de Jésus en face de ceux qui font appel à Lui. Jésus a les yeux et les oreilles ouvertes pour voir et entendre…
  • Bartimée : Marc 10,51 – Jésus lui pose la ..
  • La fille de Jaïre : Jésus ordonne de lui donner à manger (Luc, 8,55).
  • Jésus fait participer les Apôtres à son action : «Combien de pains avez-vous ?» (Mat. 15,34)
  • Le cœur plein de compassion de Jésus, reflet de l’Amour de Dieu pour les Pauvres, pour ceux qui souffrent ; coeur qui se laisse toucher :
  • par la veuve de Naïm (Luc 7,13) : «En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle»
  • pour le lépreux qui demande à être purifié : «Ému de compassion» (Marc 1,41)
  • par les besoins des foules qui le suivent : «En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié» ( Marc, 6,34)

Jésus les nourrit de Sa Parole sans oublier de les alimenter : «Jésus dit : j’ai pitié de cette foule car voilà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas  de quoi manger» (Matthieu 15,34) et il multiplie les pains…

  • Le regard de Jésus.
  • sur Zachée (Luc 19,1) :

Zachée monte sur un arbre car il est petit, dit l’Évangile.

Peut-être aussi car il ne tient à être vu ou démasqué (publicain) Mais c’est Jésus qui lève les yeuxpoint de départ de la conversion

  • sur la veuve misérable qui donne 2 piécettes : « Jésus, levant les yeux…. vit une veuve misérable » (Lc. 21,2)
  • sur la femme adultère (Jo, 8, 10) : « Jésus se redressant…. Lui dit : moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus »
  • Sans oublier ce regard merveilleux de Jésus sur le jeune homme riche (Marc 10) : «Jésus le regarda et l’aima».

Le regard d’amitié de Jésus malheureusement n’a pas suffi pour permettre au Jeune Homme riche de tout laisser pour suivre Jésus – Il s’en alla tout triste, nous dit l’Evangile…Ne peut-on pas penser aussi que Jésus fut triste en voyant le jeune homme riche s’éloigner de lui ?.. Après cet épisode, Jésus va parler des dangers de la richesse.

  • Sur Pierre (Luc 22, 60-62) «et le Seigneur se retournant, fixa son regard sur Pierre… et sortant dehors, il pleura amèrement».

Ce n’est évidemment pas le chant du coq (cf. l’église dédiée à St Pierre Jérusalem !!) qui va permettre à Pierre de se convertir !!

Regard qui ne condamne pas, mais qui offre son amour (cf. Marc 10,21) et qui permet au pécheur de se relever, de se convertir, de se remettre sur pied.

  • Rappelons-nous enfin les paraboles de la Miséricorde où Jésus nous révèle le Mystère de l’Amour miséricordieux du Père – En particulier, dans la parabole du fils prodigue, l’attitude du père qui «court au devant de son fils pour l’accueillir dans la joie» (Lc 15,12).

À travers le Mystère se son Incarnation et de sa Mort sur la Croix… et tout au long de ce qu’Il a été, de ce qu’Il a fait, de ce qu’Il a dit.. Jésus a été la Révélation du Dieu-Amour.

C’est dans la contemplation de l’Amour manifesté par Jésus envers Son Père et pour les hommes que nous pouvons percevoir le Mystère de Dieu-Amour et que nous pouvons y trouver le modèle de l’amour, de la charité, que nous avons à réaliser dans notre vie.

 

III. La RÉALISATION concrète de l’AMOUR révélé dans le Christ, à travers la SAINTETÉ. La CHARITÉ de Dieu, vécue dans le temps par les Saints, sous des formes diverses. 

Le Christ-Jésus, à travers ce qu’Il a été, de ses Actes et de ses Paroles, nous a révélé le Mystère du Dieu-Amour. Aujourd’hui, c’est dans l’Esprit du Christ, l’Esprit d’Amour envoyé par le Père, vivant dans l’Église et dans le cœur des croyants que le Dieu-Amour se révèle dans le monde suivant la Parole de l’Apôtre Paul : «l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est donné» (Rom.5,5)

Amour filial que nous exprimons dans notre rapport au Père en l’appelant « Père »  comme  nous  l’enseigne  encore  St  Paul   dans   l’Épître   aux Romains : « Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit puisque l’Esprit de Dieu habite en vous » « Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : “Abba, Père”. L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rom. 8, 15-16). Amour que nous avons à vivre aussi, comme Jésus, dans la recherche et la réalisation de la Volonté de Dieu : «Ce n’est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, qui obtiendra la salut, mais celui qui fait la volonté de mon Père» (Mt. 7,24-25)

Amour fraternel où nous essayons d’exprimer, sous différentes formes, l’Amour dont nous vivons, suivant l’enseignement du Christ : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés». Amour fraternel qui a à s’exprimer de façon concrète (Mt. 25, 31-40)

Dans la JOIE. Dieu nous comble de Son Amour, nous fait vivre de Son Amour que nous essayons d’exprimer, dont nous témoignons à travers notre amour filial et fraternel dans la Joie , Joie que le Seigneur nous a laissée au moment de son départ. «Je vous dis cela pour que Ma Joie soit en vous et que votre joie soit complète» (Jo. 15,11)

Cet Esprit d’Amour dont vit l’Église et ses enfants est mis en valeur de façon particulière à travers le témoignage des Saints.

A.    D’abord, dans le témoignage des Martyrs.

Le témoignage des Martyrs est un témoignage de la Foi bien sûr ; mais c’est soutenu par l’Esprit du Dieu-Amour que les martyrs ont préféré l’Amour de Dieu à leur vie et qu’ils ont pardonné à leurs bourreaux, en s’offrant en sacrifice à Dieu, en union avec le Christ. Les martyrs dont le sacrifice s’est uni au Sacrifice du Christ sont devenus le pain du Christ, ont « achevé » le Mystère d’Amour du Christ qui nous est offert dans l’Eucharistie, sont devenus pleinement Eucharistie. Écoutons la lettre de Saint Ignace aux Romains au moment où il va être conduit à la mort : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes, elles m’aideront à rejoindre Dieu. Je suis son froment moulu sous la dent des fauves, je deviendrai le pain pur du Christ. C’est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus-Christ fils de David ; et pour boisson je veux son sang qui est l’amour incorruptible ». 

B.    Ensuite, le témoignage de la Charité

puisée dans le Mystère du Dieu-Amour, et réalisée par l’immense foule de tous les Saints, Apôtres, Missionnaires, Éducateurs, Hospitaliers…. Sans oublier les mystiques, les moines et les ermites qui, animés par l’Esprit de Dieu-Amour, ont été auprès des hommes de tous les temps, les témoins de la Charité dont ils vivaient. Parfois jusqu’à l’extrême, comme St Damien de Veuster….

C’est à travers l’exemple des Saints qui reflètent à l’infini les multiples formes de la Charité de Dieu dont ils ont vécu que nous pouvons mieux comprendre ou deviner l’Amour infini et multiforme de Dieu.

C.    Pour nous, fils et filles de St Vincent et Ste Louise de Marillac,

ou animés de leur esprit (Conférences de St Vincent ; Instituts religieux divers…), la réalisation concrète de la Charité de Dieu, révélée dans le Christ, nous la trouvons de façon privilégiée dans la vie et l’action de nos Fondateurs, dans l’amour affectif et effectif des Pauvres.

À travers le cœur de St Vincent et de Ste Louise, cœur qui animait leur action, nous découvrons le Dieu-Amour et nous sommes appelés nous aussi aujourd’hui à témoigner de la Charité, du Dieu-Amour qui demeure en nous et dont nous vivons par notre amour affectif et effectif de tous les Pauvres, de tous ceux qui souffrent.

On cite souvent la parole de St Vincent : «Aimons Dieu, mes frères, mais que ce soit à la force de nos bras, à la sueur de notre front». Cette parole nous rappelle la nécessité d’un amour qui s’exprime par des actes, dans le service, pour qu’il soit vrai. Mais, n’oublions pas que, à l’image du Christ, S. Vincent a commencé par se laisser bouleverser dans sa sensibilité avant d’engager son action. Rappelons-nous le cri poussé par St Vincent : «Les pauvres gens des champs meurent de faim et se damnent» — C’est après la découverte de l’extrême souffrance des galériens qu’il va se donner tout entier à l’œuvre de leur soulagement matériel et spirituel, et qu’il va s’engager à les faire soulager par les missionnaires et les Filles de la Charité. Souvenons-nous aussi de son émotion devant les enfants abandonnés et de son exhortation pathétique aux Dames de la Charité : «Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mère selon la nature les ont abandonnés. Voyez si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges».

À la suite du Christ, dans la ligne de la Charité concrètement vécue par St Vincent, Ste Louise, le Bx Frédéric Ozanam, nous avons nous aussi, à nous laisser toucher, émouvoir, par les Pauvres, par ceux qui souffrent, et nous engager à les soulager, à leur venir en aide ; nous avons à être les témoins du Dieu-Amour vivant en notre cœur, à travers ce que nous sommes, et ce que nous faisons pour les Pauvres.

C O N C L U S I O N

En guise de conclusion à ces quelques réflexions sur la Charité permettez- moi de souligner le lien qui unit la Charité à la Mission.

Le but de la Mission :

  • c’est d’abord de témoigner de l’Amour infini et universel de Dieu,
  • c’est d’apporter, de transmettre, cet Amour de Dieu à tous les

Pas de Mission sans Charité.

La Mission n’est pas d’abord une action, une activité, une «aventure» comme on le lit parfois dans certaines revues missionnaires ; mais une expression de l’Amour de Dieu pour tous ; la Mission prend sa source dans l’Amour de Dieu pour tous les hommes. — C’est le Père qui, par le Fils, envoie des ouvriers dans Sa Moisson. Le but, le terme de la Mission, c’est de faire découvrir à tous le Mystère de Dieu-Amour qui appelle tous les hommes à entrer dans Son Mystère pour en vivre.

La Mission, l’activité missionnaire, pour être vraie, doit se nourrir de la Charité, doit être animée par la Charité, doit avoir pour but de faire découvrir à tous les hommes l’Amour de Dieu pour eux et de les aider à en vivre.

CHARITÉ et MISSION, tels sont les deux thèmes qui doivent inspirer la célébration du Jubilé du 350° anniversaire de la mort de nos Fondateurs. Ces deux thèmes, nous les retrouvons dans la devise de nos Instituts :

  • Pour les Filles de la Charité, c’est la Charité. – «Caritas Christi urget nos» – La Charité du Christ nous
  • Pour les Missionnaires, c’est la Mission, l’envoi vers les Pauvres à évangéliser.
  • «Evangelizare pauperibus misit me» – Il m’a envoyé porter l’Évangile aux Pauvres

En cette année jubilaire de la mort de nos Fondateurs demandons au Seigneur Jésus de nous faire enter davantage dans le Mystère de Son Esprit, Amour du Père et du Fils, pour que nous soyons capables de toujours mieux rayonner cette Charité, dans notre Mission, à la suite de St Vincent et de Ste Louise.

Gonzague DANJOU cm

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia.

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia. Dorothy c’est tout un symbole : religieuse missionnaire, éliminée par le lobby des latifundios, elle s’opposait à la destruction de la forêt et défendait les petits paysans qui voulaient vivre en harmonie avec leur « Mère Terre ». Je la connaissais pour avoir travaillé pendant vingt-ans dans la même région.

 

Dans Querida Amazonia, François nous fait part de ses quatre rêves : le social, le culturel, l’écologique et l’ecclésial. Il s’inspire de l’exemple de Dorothy et de tant de martyrs d’Amérique latine qui ont et continuent à donner leurs vies pour les peuples d’Amazonie. Les rêves de François ne seraient qu’une utopie de plus s’ils n’avaient été vécus et expérimentés au sein des communautés et marqués du sceau du sang des martyrs !

 

Dorothy n’imaginait point pouvoir défendre les paysans sans terre, sans valoriser leurs racines culturelles, souvent méprisées par des relents de racisme. Cohérente avec ses choix, elle partageait les conditions de vie frugale et d’insécurité des petits paysans, elle en paiera le prix fort. Le souci de la Terre-Mère nourricière, dont il faut protéger la biodiversité, était l’expression la plus affirmée de sa mystique. Les communautés ecclésiales de base étaient son Eglise vivante et la forêt son couvent bien aimé. Son choix prioritaire des pauvres illuminait son doux regard qui ne cessait de révéler l’Amour du Père et de son Fils pour les exclus. Les dimensions sociale, culturelle et écologique se rejoignaient, portées dans un même fleuve de vie. Dorothy rêvait oui, trop peut-être, pour croire en l’humanité.

 

A son tour, François nous a surpris en joignant sa voix prophétique aux grands poètes d’Amérique Latine. Il nous invite à ouvrir les yeux du cœur pour comprendre les défis et les enjeux qui attendent ceux qui veulent sauver cette Querida Amazonia. Les quatre rêves sont ceux de Dorothy et de ceux qui, au cœur de l’Amazonie, s’opposent à son pillage. L’appât du gain entraine la disparition des communautés autochtones et de leur environnement. Pollution des fleuves et mort de la faune en sont les conséquences dramatiques.

 

Sans respect des traditions et croyances ancestrales des tribus indigènes, des pasteurs évangéliques s’emploient à les civiliser en les convertissant. Anesthésiés par la louange importée, ils deviennent des proies faciles aux mains de trafiquants sans scrupules. La théologie de la prospérité a remplacé la théologie de la Libération. Toutes les formes d’esclavage font leur apparition.

 

Les ressources sont prospectées par une classe de privilégiés qui, au nom du progrès, s’arroge tous les droits y compris celui de supprimer les gêneurs. Périodiquement des responsables syndicaux, des défenseurs de l’environnement, des chefs de peuples indigènes sont froidement assassinés. L’impunité est totale dans le nouveau régime, élu par ceux qui rêvaient d’un Messie rétablissant les valeurs chrétiennes contre le péril du socialisme versus Venezuela !

 

François, dans un cri prophétique, dénonce les injustices et les crimes permanents. Au paragraphe 19, il écrit : J’ai honte et « je demande humblement pardon pour les crimes contre les peuples autochtones… ». En réponse, le président du Brésil l’accusera de vouloir s’approprier l’Amazonie qui ne serait pas cette terre querida (chérie) qu’il faut protéger, mais un trésor qu’il faut exploiter pour faciliter les progrès économiques du Brésil. Ils profiteront comme toujours aux élites et jetteront dans la misère des milliers d’infortunés, expulsés de leurs terres ! L’histoire a la manie de se répéter !

 

Il reste une surprise dans le dernier chapitre, due à une attente frustrée. Où sont donc passés les « Viri probati », « la proposition d’un rite amazonien », « l’officialisation des ministères féminins » ? L’espérance était grande après les audacieuses propositions faites au Synode du mois d’octobre ! Mais voilà, François a décollé de la réalité et s’est mis à rêver !

 

Les conservateurs crient victoire. Le Pape nous a écouté ! Le camp adverse qui pensait en finir avec la loi du célibat et entrer dans l’histoire ne cache pas sa frustration. Comme nous venons de le voir, l’urgence en Amazonie n’est pas la question des Viri Probati, ni celle de la question de nouveaux ministères. Les communautés n’ont pas attendu le Synode pour s’organiser, elles le font depuis la Conférence de Medellin en 1968.

 

Mauricio Lopes, secrétaire exécutive du Reapam (Rede Eclesiástica Panamazônica) écrit : Les prêtres mariés et les femmes diacres, sont deux thèmes qui distraient et réduisent l’ampleur du synode et dévient le regard de l’objectif principal : dénoncer l’extractivisme destructeur qui graduellement réduit à néant le poumon du monde… D’un côté, il y a un conservatisme qui prétend que rien ne doit changer dans le modèle de l’Eglise. Et de l’autre, des groupes qui ne vivent même pas en Amazonie, mais assument une position idéologique qui ne représente pas les nécessités de notre territoire.

 

François n’est pas tombé dans le piège de fausses solutions et d’autre part, il ne ferme aucune porte. Il invite l’Eglise à changer son regard et nous interpelle par une approche différente de la réalité, qui permet de dépasser les clivages et les différences. Les connaisseurs retrouveront sa méthode : devant deux positions contraires, il faut trouver une troisième voie qui ne fait ni vainqueurs ni vaincus. Attentifs aux appels de l’Esprit, les uns et les autres trouvent alors un consensus qui surpasse les clivages et permet de s’investir sur un nouveau projet ecclésial !

 

Dorothy avait résolu la question en s’attaquant au vrai problème. Il est heureux que le jour de la publication de l’exhortation, tous puissent se souvenir que la bonne piste se trouve sur celle ouverte par les Dorothy de l’Amazonie et non dans les laboratoires théologico- pastoraux. François l’a compris et il invite l’Eglise en Amazonie à poursuivre sa recherche.

 

Mais petit problème : Dans le rêve ecclésial, il y a un aspect qui pourrait devenir un cauchemar ! Ghislain Lafont, théologien renommé, écrit : Il me parait, pourtant, quand on parle du sacerdoce à partir de ce qui lui est spécifique et que l’on cherche cette spécificité seulement dans le pouvoir du sacerdote sur les sacrements, qu’il ne soit pas possible de réaliser une Eglise d’Amazonie, humaine et eucharistique ; on court le risque de la maintenir dans un régime clérical… Les numéros 87-90 de Querida Amazonia ne semblent pas avoir accueilli ce que le Concile Vatican II avait dit sur le sacerdoce. Comment sortir de cette impasse ? (Article publié dans Settimana News, 26. 02. 2020)

 

Le rappel du rôle irremplaçable, et qui ne peut être délégué, du prêtre pour la célébration de l’Eucharistie semble bloquer toute innovation. Et pourtant, ne peut-on pas imaginer une nouvelle approche des ministères ! Tant d’études et de publications après le Concile Vatican II semblent être tombées dans les oubliettes des forteresses cléricales !

 

Pour avoir passé plus de trente années en Amazonie, je sais que la solution des Viri Probati était illusoire. Au Brésil, il existe cinquante mille communautés sans prêtres. Faut-il en ordonner pour certaines et pas pour d’autres ? La suggestion était de choisir des diacres permanents qui eux n’habitent que les grandes villes ! François a flairé le danger. Cette solution ne résolvait rien, au contraire elle aurait eu pour effet de renforcer le cléricalisme. Le prêtre ne chasserait-il pas la plupart des femmes animatrices des communautés qui jusque-là n’aurait rempli qu’un rôle de suppléance !

 

Fallait-il instituer un ministère propre aux femmes ? Débat. Les ministères ne pouvaient se penser qu’en relation avec le ministère sacerdotal et le pouvoir qui lui est attaché. La femme aurait ainsi un rôle propre à sa condition ne conduisant jamais à des responsabilités qui ne peuvent être assumées que par des hommes. Le Il n’y a plus ni homme ni femmes de Galates 3, 28) étant renvoyé aux calendes grecques des agendas de la dogmatique !

 

Il est sage que François n’ait pas voulu toucher au système, conscient qu’il ne servirait à rien de mettre un tissu de secours sur un vieux. A vin nouveau outre neuve ! Le seul modèle que nous connaissions étant le clérical, il faut chercher une autre voie si nous voulons éviter de cléricaliser tous ceux qui accèdent à des ministères ou à des fonctions dans l’Eglise. En dépouillant la fonction sacerdotale de sa carapace cléricale, à l’exemple du Christ qui s’est dépouillé de sa forme de Dieu sans perdre sa divinité (Ph 2, 6-11), nous retrouverions le sens de la fonction sacerdotale que décrit la lettre aux Hébreux. Une piste sûre.

 

L’Amazonie n’a pas besoin de prêtres sacrificateurs mais de missionnaires qui se sacrifient à l’exemple de Dorothy. Ordonner des hommes mariés pour pallier au manque de ministres ordonnés peut réduire et la fonction sacerdotale et l’eucharistie qui ne devrait pas apparaître comme la propriété exclusive du ministre ordonné. C’est dans participation active de toute la communauté, expérimentée déjà dans les célébrations de la Parole, qu’il est possible de trouver la fonction de l’Eucharistie, parfois vécue comme un bel acte de dévotion auquel nous aurions la grâce de participer.

 

François laisse cependant une porte ouverte. Il fait un retour sur l’expansion de la foi chrétienne qui est sortie de la matrice juive et a su s’incarner dans les cultures gréco-romaines et acquérir sur son passage différentes modalités. De façon analogue, en ce moment historique, l’Amazonie nous met au défi de surmonter des perspectives limitées…pour chercher des voies plus larges et audacieuses d’inculturation.

 

Autant dire que Pierre laisse maintenant agir Paul pour qu’il ouvre l’Evangile aux Peuples d’Amazonie, libérés des lois et des exigences de la culture européenne. Un chantier attend l’Eglise en Amazonie. Viser juste, c’est écouter les Dorothy qui sont sur le terrain. L’Eglise changera quand les hommes ne seront plus les seuls à gouverner et à protéger leurs privilèges !

 

P. François Glory en ce 1er mars 2020

 

Date du Décès du père Ernesto Cardenal, prêtre, politique et poète. L’âme du Nicaragua

Pour poursuivre la réflexion je recommande la lecture du dernier n° 232 « Le Monde de la Bible ». Il fait une étude sur Le Prêtre des polythéismes au christianisme.

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Le Mois Missionnaire Extraordinaire et l’esprit missionnaire vincentien

Les estomacs des affamés du monde entier parlent la même langue … Les cœurs des pauvres du monde entier parlent la même langue … Les missionnaires du monde entier communiquent dans la même langue, le langage de l’amour …

Varghese Libin Parappuram

Le Mois Missionnaire Extraordinaire et l’esprit missionnaire vincentien

Les estomacs des affamés du monde entier parlent la même langue … Les cœurs des pauvres du monde entier parlent la même langue … Les missionnaires du monde entier communiquent dans la même langue, le langage de l’amour …

Le Mois Missionnaire Extraordinaire (octobre 2019) a été annoncé par le pape François à l’occasion du centenaire de la Lettre apostolique Maximum Illud du pape Benoît XV. Le thème choisi est “Baptisé et Envoyé : l’Église du Christ en mission dans le monde”, une initiative qui vise à faire prendre conscience de la valeur de la mission et à revitaliser le sens des responsabilités dans l’annonce de l’Évangile par un nouvel enthousiasme.

La mission est définie comme : “La vocation ou l’appel d’une organisation religieuse, en particulier chrétienne, à aller dans le monde et à répandre sa foi. Le concept de mission n’est pas nouveau dans l’Église. La Bible nous parle de la mission dès le début du genre humain. Avec l’amour de Dieu pour son peuple élu, les Israélites ont créé le besoin de missionnaires pour leur communiquer le message d’amour et de paix de Dieu. Les prophètes de la Bible étaient des missionnaires, ils ont quitté leur pays, leur peuple, leur culture pour vivre significativement les nouvelles situations dans lesquelles ils ont été placés par Dieu. Dans le Nouveau Testament, nous voyons Jésus devenir lui-même un missionnaire, passant d’un endroit à un autre pour proclamer une vie bonne et morale. A travers ses enseignements Saint Vincent a adopté le même esprit du Christ pour devenir un véritable missionnaire.

Je crois que l’identité vincentienne est dans la mission. La mission ne devient possible et réussie que si elle est accomplie avec amour et charité.

Le pape François nous appelle à redéfinir le concept de mission. Il nous invite à participer à une prédication enthousiaste de l’Évangile. La redéfinition de notre mission ne devrait pas être uniquement pour ce Mois Missionnaire Extraordinaire, mais pour toute notre vie. La notion traditionnelle de mission nous est familière.

Mais pour redéfinir la mission traditionnelle avec plus de responsabilité et d’enthousiasme, je suggère que les vertus suivantes soient assumées personnellement par chacun :

  1. Foi en Dieu:la foi dépasse nos attentes. Je crois que tout est possible pour et avec Dieu. La foi est une confiance totale et la confiance en Dieu. C’est croire aux promesses de Dieu. Il peut y avoir des moments dans la vie d’un missionnaire où on se sent seul. Il peut sembler que nous sommes seuls sur terre et cela est décevant. C’est alors qu’un vrai missionnaire a besoin de s’accrocher à Dieu. En mission, on peut parfois se sentir bien et parfois moins bien. Toutefois, ce que nous devrions toujours croire en la parole de Dieu qui nous dit : “Je suis avec vous pour toujours” Mt 28; 20. Que nos missions deviennent des exemples de la foi d’un Fils en son Père.
  2. Aimez les autres:L’amour est un ensemble complexe d’émotions, de comportements et de croyances associés à de forts sentiments d’affection, de protection, de chaleur et de respect pour tous. Le cri de saint Vincent ramena les cœurs des pécheurs au Christ. Notre mission devient le lieu de la présence de Dieu lorsque nous transmettons son amour pour les autres. Il est difficile d’aimer une terre étrangère, sa culture et ses habitants comme s’ils étaient des nôtres. Nous ne pouvons le faire qu’en donnant vie au Christ, comme l’a fait notre fondateur Saint-Vincent. Que nos missions deviennent des lieux d’amour.
  3. La charité pour tous:La charité signifie la volonté de faire preuve de gentillesse et de compassion. La charité est plus que faire de l’humanitaire. En tant que missionnaires vincentiens, nous devons être toujours prêts à motiver les gens pour aider ceux qui sont dans le besoin, comme l’a fait saint Vincent. La charité passe aussi par le fait d’offrir notre temps, nos talents et nos ressources pour le bien-être des personnes dans notre mission. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’une attitude de générosité. Que nos missions deviennent des centres de charité, où tous vivent la gentillesse et prennent soin des autres.

L’identité de la Congrégation de la Mission en tant que congrégation internationale de missionnaires clarifie en soi son objectif. L’objectif de tous les vincentiens devrait être de dépasser les frontières des communautés locales, des régions et des provinces pour établir une frontière plus large pour le Christ. L’esprit de mission devrait s’enflammer en nous. Le feu de l’amour du Christ et de son peuple ne doit jamais permettre à un vincentien de rester inactif dans sa vie. Nous ne pouvons pas nous permettre de trier en fonction de leur moralité les estomacs affamés à nourrir.

Ce qui compte dans notre vie de Vincentien, c’est la gentillesse et la compassion associées à l’amour pour Dieu et son peuple. Tout ce dont nous avons besoin est de façonner ensemble notre avenir en tant que vincentien. Quand tous les autres donnent des choses pour la vie, un vincentien appelle à se donner. Si je suis riche, je dois être encore plus riche en donnant. Ce Mois Missionnaire Extraordinaire nous incite à redéfinir notre attitude à l’égard de la mission. Faisons de la mission notre priorité. Nous sommes des missionnaires où que nous soyons. Essayons d’étendre la charité et la morale de Dieu et de notre fondateur à tous ceux que nous connaissons. Demandons à Saint Vincent d’intercéder pour nous tous afin que nous devenions des missionnaires rajeunis avec enthousiasme et zèle pour la mission.

Traduit de l’Italien par
Jean Baptiste GNING
Province de France

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Famille Vincentienne en France. Rencontre du 15 novembre 2018

Famille Vincentienne en France. Rencontre du 15 novembre 2018

Ce 15 novembre, nous nous sommes retrouvés dans le bâtiment où siègent les Équipes Saint Vincent-AIC France, au 67 rue de Sèvres à Paris. Elles étaient représentées par France MORANE et Muriel WITTMAN ; l’Association de la Sainte Agonie par Mmes d’ARX  et CREPEY ; l’Association de la Médaille Miraculeuse par Mme FLOUR ; les Religieux de Saint Vincent de Paul par le Père Gilles MORIN, provincial ; les sœurs Missionnaires de l’Évangile par sœur Reine-Marie RIVAUX, la Société Saint Vincent de Paul  par M. LANTERNIER et le P. DESCLAUX ; la Jeunesse Mariale Vincentienne par Mlle MADRID ; les Filles de la Charité par sœur Éliane BULTEL et sœur Marie-Vianney RESSEGAND pour les Sœurs de l’Union Chrétienne de Saint-Chaumond.

S’étaient excusés car retenus pour des rencontres imprévues dans l’exercice de leurs missions : Sœur Nicole-Marie ROLAND des Sœurs de Jeanne-Antide Thouret, sœur Blandine KLEIN des Sœurs de la Charité de Strasbourg et le P. HISS de la Maison du Missionnaire.

Après un temps de café préparé par le bureau national des Équipes Saint Vincent-AIC France qui nous recevaient, nous avons débuté notre temps de rencontre par une prière selon la pratique des équipières : une lecture méditée puis partage sur le texte des béatitudes, puis nous avons commencé l’ordre du jour en évoquant la visite du P. Agostino, coordinateur international de la famille vincentienne, venu rencontrer cinq congrégations dont trois nouvelles ayant un lien avec st Vincent : les sœurs de sainte Marie de la Présentation de Broons qui ont décliné étant trop peu nombreuses déjà reliées à d’autres dynamiques, les sœurs du Christ Mystère d’Union qui disent être trop prises par le soutien de leur dimension internationale pour rejoindre une coordination supplémentaire. Et les sœurs Missionnaire de l’Evangile dont nous accueillions une d’entre elles. : sœur Reine-Marie.

Les sœurs Missionnaires de l’Évangile sont nées de quatre congrégations : trois du 17ème et une du 19ème siècle.  La plus ancienne, les sœurs de la charité d’Angers (sous Louis XIV nées au moment du grand enfermement vivaient avec les pauvres dans l’hôpital) ; le Bon sauveur de Caen, née au même moment pour le service des personnes atteintes de maladies psychiatriques, et les sœurs de St Charles d’Angers, au service de l’éducation qui récupéraient les pauvres honteux qui se cachaient.  Enfin les sœurs de Griaux, de Nantes, qui sont nées au 19ème siècle, au service des dockers . Après un long processus de concertation, elles sont nées comme sœurs Missionnaires de l’Évangile et sont 390 présentes dans 9 pays : Madagascar, Centrafrique, Guinée, Irlande, Pays de Galle, Espagne, Italie et France.

Les quatre communautés, si elles ne sont pas spécifiquement vincentiennes, sont inspirées de Saint Vincent et de Saint François de Sales. Seules celles d’Angers se réclament Charles Borromé. Leur référence commune est Matthieu 25 « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; j’ai été malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi ». Leur maison généralice est à Caen.

Puis nous avons abordé le point suivant à l’ordre du jour : l’élection du nouveau président coordinateur qui nous a partagé le bilan des trois premières années comme Famille Vincentienne en France autour de trois adjectifs : enthousiasmant, exigeant et complexe. Du côté de l’enthousiasme, il a énuméré les multiples réalisations conduites ces trois années passées ; en ce qui concerne l’exigence, il a rappelé que les multiples démarches pour suivre les décisions communes n’avaient été assurées que par deux personnes et souvent les deux prêtres. A été salué le service de notre chargée de communication.

Pour aborder l’aspect complexe, est revenue la question des critères d’appartenance à la famille vincentienne, car nous souhaiterions être libres de décider qui intégrer sans devoir passer par une instance internationale. Nous avons préféré clarifier cette question auprès du coordinateur international de la famille vincentienne avant de procéder à l’élection du nouveau président qui se fera après la rencontre de ce dernier. Dans l’attente de cette clarification, nous reconduisons l’équipe de présidence (le président, le secrétaire et la trésorière et chargée de communication).

Est ensuite présentée la carte présentant les membres de la famille vincentienne en France réalisée à l’occasion du pèlerinage de la Société Saint Vincent de Paul à Lourdes en octobre dernier. Chaque branche prend un exemplaire de cette carte pour chacune de ses délégations diocésaines.

Puis le président de la Société Saint Vincent nous partage la joie de leur rassemblement à Lourdes qui a accueilli 1000 participants desquels 200 accompagnés. Ce fut un moment de fraternité qui a permis de s’extraire de l’urgence de l’action pour se centrer sur la spiritualité grâce aux interventions de la Visitatrice des Filles de la Charité de la province France-Belgique-Suisse, du Visiteur des pères lazaristes et du provincial des religieux de saint Vincent de Paul. Des groupes « fraternité » ont permis de prolonger les apports créant un esprit de communion.

Cette rencontre a de nouveau fait prendre conscience du besoin de spiritualité, de ressourcement, de renouvellement. Ce fut l’occasion d’évoquer le maintien ou la création d’outils de formation permanente. Nous évoquons l’établissement d’une bibliographie vincentienne de base et l’exigence de revenir à l’esprit de nos fondateurs. Nous insistons sur la nécessité de continuer notre recherche pour créer des modules de formation, des publications. Est émise l’idée de faire de la revue « Cahier Vincentien » un outil au service de la formation des laïcs vincentiens.

La matinée se termine en évoquant la difficile continuité de l’esprit vincentien dans notre société pluriculturelle et marquée de sécularisation. Il est rappelé que les règlements intérieurs doivent clairement exprimer les conditions d’accueil de nouveaux membres. Les Équipières ont désormais choisi de n’accueillir que des personnes de tradition chrétienne tandis que la société saint Vincent de Paul, elle, a retenu de ne recevoir que des postulants acceptant la part d’exercices spirituels inhérents à la vie en équipe. Nous allons ensuite tous à la chapelle, célébrer l’eucharistie avec des Filles de la charité de la maison qui nous reçoit.

Après le repas pris à la maison mère des pères lazaristes nous reprenons le travail. Nous commençons par bloquer les deux dates pour les rencontres de coordination en 2019. Les dates retenues sont : le  2 avril  à  Besançon, chez les sœurs de Jeanne-Antide Thouret, et  le  25 novembre à la maison provinciale des Filles de la Charité, rue Clerc à Paris.

Puis nous nous penchons sur la mise en route d’une formation commune aux divers laïcs de nos réseaux en présence de sœur CAMARA de l’équipe VDP réseaux et formation, pôle charisme, qui est dédié à la formation à l’esprit vincentien. Il est mentionné que les sœurs de la Charité de Strasbourg et celles de Gethsémani ont exprimé leur intérêt et leur désir de se joindre à ce qui se met en route.

Nous remettons le dossier d’un projet en 5 sessions de 2 jours, élaboré par les P. RABARISON et le P. MASSARINI après consultation d’un père jésuite dédié à la formation des laïcs.

S’ouvre un débat qui fait apparaitre la difficulté de trouver des collaborateurs aptes à sortir du seul rôle d’animateur de temps de prière pour devenir animateur spirituel. Or il y a de moins en moins de pères et de sœurs en proximité des équipes. Les Équipes Saint Vincent-AIC France expriment leur doute quant à l’inscription sur de longs programmes de leurs membres.

On évoque un parcours alpha vincentien : base pour aider à avoir des membres plus capables de devenir personnes-ressources. Il faudrait des éléments pour entrer dans la démarche accompagnateur. La demande est davantage d’accompagnateurs que d’animateurs. Sœur CAMARA présente un parcours en six journées sur Paris qui en est à son troisième round et pourrait être proposé à nos laïcs. La proposition séduit et nous pensons qu’il serait bon de la proposer dans nos réseaux dès la session de janvier. D’autre part, pour affiner une proposition qui corresponde à notre attente, VDP réseaux et formation demande qu’un petit groupe se constitue pour collecter les attentes et penser le contenu de la formation. Vont se retrouver avant la prochaine rencontre de coordination sœur CAMARA avec le P. RABARSION et le P. MASSARINI avant d’être rejoints par quelques membres de la Société de Saint Vincent de Paul, Équipes Saint Vincent-AIC France et certainement des sœurs de la Charité de Strasbourg pour élaborer cette formation souhaitée. On exprime qu’il s’agit davantage de la formation d’accompagnateurs spirituels que de celui d’animateurs de temps de prière. Est suggéré à Mme CREPEY de s’adjoindre à l’équipe.  Les sœurs de l’Union chrétienne de Saint Chaumond nous partagent leur attention actuelle pour récupérer de l’héritage vincentien ce qui les constitue et qu’elles avaient perdu après la révolution. Une fois ce travail de restauration terminé, elles devraient être en mesure rejoindre cette dynamique. Nous les encourageons dans cette démarche de revitalisation de leur charisme.

Nous prolongeons la réunion en écoutant l’avancée du projet d’accueil des femmes à la rue au 97 rue de Sèvres. Après de longues négociations, une convention vient d’être signée. Un architecte a été trouvé et les travaux vont commencer en janvier 2019 avec une ouverture prévue pour l’automne 2019.

Après le symposium de Rome pendant lequel l’orchestre international « Gen Verde » avait animé le temps de louange lors de la rencontre place saint Pierre, il a été proposé aux chefs d’établissement scolaires vincentien de monter un spectacle avec les élèves et la troupe du « Gen Verde » afin d’expérimenter qu’à travers l’art la paix est possible. Le projet est en suspens.

Vient alors le temps de formaliser notre décision prise lors de la dernière rencontre de planifier une formation collaboration pour novembre. Lorsque nous remettons le dossier avec les unités de valeurs, Équipes Saint Vincent-AIC France notent que leur formation internet « diplomado » recoupait déjà plusieurs thèmes que nous souhaiterions traiter. Il a été convenu qu’il était nécessaire que nous prenions encore du temps avant de nous engager dans cette voie…

Notre réunion se clôt comme prévu. Et tous expriment leur joie pour les trois ans de collaboration. Nous nous quittons heureux de savoir que notre prochaine réunion de coordination vincentienne France aura lieu à Besançon.

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

Cette rencontre a de nouveau fait prendre conscience du besoin de spiritualité, de ressourcement, de renouvellement. Ce fut l’occasion d’évoquer le maintien ou la création d’outils de formation permanente. Nous évoquons l’établissement d’une bibliographie vincentienne de base et l’exigence de revenir à l’esprit de nos fondateurs. Nous insistons sur la nécessité de continuer notre recherche pour créer des modules de formation, des publications…

Explications :

www.famvin.org/fr

 

Vers une culture ‘vocationnelle’ : Réflexion sur la pastorale des vocations à l’ère du monde numérique et sur l’état actuel de la Congrégation de la Mission

Vers une culture ‘vocationnelle’ : Réflexion sur la pastorale des vocations à l’ère du monde numérique et sur l’état actuel de la Congrégation de la Mission

Aidés par la grâce de Dieu et la prière de Saint Vincent de Paul, ce matin, les responsables de la pastorale vocationnelle qui se réunissent ici à Paris, ont pu procéder à la réflexion sur les nouveaux défis que la congrégation devrait faire au niveau de la pastorale vocationnelle dans le monde digitale. C’était une intervention de la Sœur Thérèse Raad, sœur de la Charité de Sainte Jeanne-Antide Touret, intitulée « réalité et contexte de la promotion vocationnelle » qui se résume ainsi :

Quand nous parlons de «culture numérique», nous ne parlons pas de Culture au sens de Hannah Arendt selon lequel «la crise de la culture s’explique tout d’abord par la massification ». Nous sommes dans un tout autre paradigme. Hannah Arendt montre que la société de consommation de masse rompt avec la tradition culturelle parce qu’elle traite tout objet comme un produit consommable. On voit là encore que l’on ne peut parler de culture numérique hors du contexte social qui l’a produit, que les nouvelles communications ne peuvent en rien s’isoler dans l’analyse d’un ensemble qui n’a rien de virtuel. Alors que la culture fait référence à une continuité dépassant le seul cadre de la vie humaine, la modernité favorise la transformation de la culture en biens de consommation forcément éphémères. Nous sommes là au cœur du problème du monde contemporain, car l’Église est supposée participer elle aussi d’une pérennité et d’une forme d’intemporalité que le siècle vient ébranler sans cesse. «La crise de la culture résulte ensuite de la priorité donnée au divertissement». Et l’internet est visiblement passé du côté du divertissement, tout simplement parce que dans les sociétés occidentales c’est ce qui est mis en avant, «les produits» du divertissement. Dès lors, être cultivé ne signifie pas s’intéresser à l’art ou posséder certaines connaissances, mais être capable de juger et de décider de la valeur de l’art d’une manière politique, en étant « quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé». La disparition de cette conception est, selon Hannah Arendt, la raison profonde à l’origine de la crise de la culture moderne.

Le plus grand danger serait de se laisser prendre à une forme de fascination et de sidération devant l’émergence rapide et omniprésente des nouvelles technologies, de se laisser prendre à l’éphémère des réseaux sociaux, à leur extrême labilité, à cette non permanence, à cette dilution, car cela ne sera pas fondateur d’une culture, mais bien d’une apparence sur un vide abyssal. D’où la nécessité de comprendre les enjeux du net et d’une présence de l’Église dans des espaces qui fonctionnent selon leurs propres règles, en particulier les réseaux sociaux, tout en s’efforçant de garder à l’Église une visibilité toujours représentative de ses valeurs, du message évangélique, dans le respect des hommes et des femmes qui la composent. Porter la parole du Christ, sans naïveté, en comprenant que cela passe par une connaissance des outils et des fonctionnements du net et que toute une génération en effet passe désormais par ces flux où nous devons être présents sans oublier que notre rôle est d’être aussi fidèle au corps du Christ, sans jamais oublier que ces espaces qui peuvent pénétrer et laisser leurs empreintes dans la sphère mentale de chacun ne peuvent nous soustraite encore fort heureusement, aux contraintes, aux devoirs et aussi aux joies de notre incarnation.

L’après-midi, les participants ont suivi « la conférence vidéo » du Père Rolando Giutiérrez, CM, sur « les statistiques et la réalité de la promotion vocationnelle dans la Congrégation de la Mission ». Ses analyses nous ont permis de constaté une baisse considérable de nombres des confrères au niveau mondial au sein de la Congrégation de la Mission. La variété du caractère des sources nous obligera à nous en tenir aux chiffres exacts, par exemple, lorsque la dernière version du catalogue a été imprimée, il y a presque deux ans, le CM comptait 507 maisons, mais dans les dernières statistiques publiées par Vicentiana il y en avait 504, alors qu’à la date de cet enregistrement, le 11 novembre 2018, nous avions enregistré 497 maisons dans le catalogue numérique. Nous sommes intéressés à jouer avec les chiffres dans le but de la pastorale vocationnelle et non pour une étude statistique. La pastorale des vocations dit-il ne part pas de l’urgence numérique et le recrutement n’est pas la tâche principale. Cependant, c’est un aspect à prendre en compte pour enrichir la réflexion. Certes, la réalité de l’augmentation ou de la diminution du nombre des membres incorporés ne nous laisse pas indifférent mais le problème des vocations est beaucoup plus complexe que de chercher la solution de prosélytisme pour attirer les jeunes à remplir nos maisons de formation.

À la base du défi de la culture vocationnelle, il y a la vie des gens, dans notre cas, les missionnaires, et c’est pourquoi nous devons comprendre le sens de notre vœu de stabilité. La conviction de saint Vincent nous enseigne qu’il ne s’agit pas de vivre une vie appartenant légalement à la Congrégation, mais de vivre dans la fidélité à l’esprit de la petite compagnie qui fait que le missionnaire reste dans la mission de l’évangélisation des pauvres. Voici un défi auquel le ministère des vocations doit également répondre. Supposons qu’il serait très malheureux de traiter le problème de la stabilité en tant que problème des nombres manquants, car en réalité, il nous faudrait approfondir l’impact de ceux qui sont encore physiquement présents mais dont le mode de vie est totalement absent. Pour ce groupe, il me semble que la thèse du père Amadeo Cencini pourrait très bien aller : le vrai problème de la vie religieuse ou sacerdotale n’est pas la situation critique et objectivement problématique des prêtres, des frères et des sœurs, mais cette masse de personnes “consacrées” qui vivent subjectivement dans le calme, le calme et l’imperturbabilité, ou dans des situations critiques car rien n’est en crise, alors qu’il devrait l’être. 

Ces deux interventions ont montré l’interdépendance du problème de crise de vocation, amplifié par la difficulté vécue dans ce monde numérique, et les défis que la Congrégation de la Mission doit faire face pour donner la priorité à une vraie culture vocationnelle. Ces deux conférences ne proposaient aucune solution toute faite. Pourtant, elles nous ont fait réveiller pour réfléchir aux nouveaux défis vocationnels d’aujourd’hui.

P. JEAN Dario,  CM – Province de Madagascar 🔸

Quand nous parlons de «culture numérique», nous ne parlons pas de Culture au sens de Hannah Arendt selon lequel «la crise de la culture s’explique tout d’abord par la massification ». Nous sommes dans un tout autre paradigme. Hannah Arendt montre que la société de consommation de masse rompt avec la tradition culturelle parce qu’elle traite tout objet comme un produit consommable.

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Colloque : “Au cœur de la Ville, un Cœur Missionnaire”. 200 ans de présence lazaristes dans le 6e. Paris, 21 mai 2018

Colloque :  ” Au cœur de la Ville, un Cœur Missionnaire

200 ans de présence lazaristes dans le 6e

Paris, 21 mai 2018

Sous un beau soleil de printemps, le premier lundi de Pentecôte, jour où toute l’Église universelle était invitée par Rome à célébrer pour la première fois la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église, instaurée par le décret Ecclesia Mater du 3 mars dernier, la Maison-Mère des prêtres et frères de la Mission accueillait près d’une centaine de participants pour un colloque intitulé : « Au cœur de la ville, un cœur missionnaire ».

Cet événement culturel auquel a bien voulu prendre part le père Thomaz Mavric, Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, constitue un temps fort pour la Maison-Mère qui, en cette année jubilaire, fête le 200ème anniversaire de sa présence dans le sixième arrondissement de Paris. Après la célébration eucharistique dans la chapelle Saint-Vincent et l’ouverture du colloque par le père Christian Mauvais, Visiteur provincial, plus de dix intervenants se sont succédés entre 9h et 17h (avec bien sûr une pause déjeuner) dans la salle Baude ; la sœur Michelle Marvaud, Fille de la Charité en assurait l’animation avec beaucoup de dynamisme et d’entrain.

La première intervention de la journée complétée en tout début d’après-midi par celle du père Bertrand Ponsard, supérieur de la Maison-Mère (sur le père Étienne) nous ont permis de situer le cadre historico-culturel dans lequel la Maison-Mère a évolué. Celle-ci est en effet la fille de son temps. Le site anciennement connu sous le nom d’Hôtel de Lorges fut concédé à la Compagnie quelque temps seulement après son rétablissement en 1816 par Louis XVIII. C’est principalement sous le généralat du père Jean-Baptiste Étienne (1801-1874), 14è supérieur général de la Congrégation pendant 27 ans, que la maison mère a acquis sa physionomie actuelle. Fort de son entregent et de ses relations politiques haut placées qu’il sut mettre habilement au service de la Congrégation (au point d’être considéré par certains comme le second fondateur après Monsieur Vincent), le père Étienne ne ménagea aucune peine pour transformer cette maison en véritable maison-mère pour toutes les communautés lazaristes dans le monde. Il est significatif à cet égard que parallèlement à tous ses efforts en vue de l’embellissement de la maison mère, la congrégation connut alors sous son mandat une période de croissance numérique et de prospérité. Au terme de son mandat de général, la Congrégation était ainsi implantée sur les cinq continents.

15ème Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, le père Eugène Boré (1809-1878), introduit par le père Yves Danjou, eut la responsabilité délicate de succéder au père Étienne. Homme d’une grande envergure intellectuelle et doté d’une très vaste culture, il cumulait la maîtrise de l’archéologie, de plusieurs langues orientales (arabe, turc, persan, hébreu, syriaque…) et assurait même des cours de sanskrit au Collège de France ! Réputé dans le tout Paris intellectuel comme étant un orientaliste de qualité, il fut correspondant de l’Académie des Belles-Lettres et se vit confier par le ministère de l’instruction publique une mission (1837) en Asie mineure. Il lui fut demandé d’effectuer un rapport sur l’état des établissements français en Orient dont certains étaient sous l’autorité administrative des Lazaristes. C’est à cette occasion qu’il fit la rencontre du père Leleu, Supérieur de la communauté de Constantinople, et des prêtres et des frères de la Mission qui exercèrent sur lui une impression telle qu’il sollicita son admission dans la Congrégation qui devint effective en 1851. Son parcours intellectuel et spirituel déjà atypique s’enrichît alors d’une dimension missionnaire. L’orientaliste de bibliothèque se mua ainsi en orientaliste de terrain en Asie Mineure avant de devenir comme missionnaire bâtisseur d’écoles à Tabriz ou encore à Ourmia. Il convient à cet égard de préciser que l’école de Tabriz ouverte en 1839 est considéré par les historiens comme la première école mixte en Perse groupant des enfants de différentes religions. [1] A l’exemple du père Fernand Portal sur la figure de laquelle nous reviendrons plus tard, le père Boré était un apôtre de l’unité soucieux de faire cohabiter dans l’harmonie et la paix des populations de traditions confessionnelles différentes. C’est à cette fin qu’il s’engagea pleinement comme prêtre de la Mission de la Congrégation de la Mission dont il finira Supérieur Général à la fin de sa vie.

C’est à la demande du père Étienne que le frère François-Casimir Carbonnier (1787-1873), présenté pendant le colloque par un autre frère, Maxime Margoux, exécuta de belles œuvres picturales pour orner et décorer outre la chapelle, le réfectoire, quelques salles et corridors de la maison-mère. Dans la sacristie de la chapelle, ce disciple de David, premier peintre de l’empereur Napoléon Ier et d’Ingres, montre toute l’étendue de ses talents de portraitiste avec la réalisation de tous les portraits des supérieurs de la Congrégation de la Mission, du père Alméras (1660) jusqu’au père Étienne (1874) ! Un travail méticuleux et colossal que le frère assimilait à un service sacré rendu à Dieu et à l’Église qu’il mettait un point d’honneur à préparer dans le recueillement et la prière. C’est ainsi qu’il composait ses tableaux au pied de l’autel cherchant auprès de Dieu l’inspiration et la force pour promouvoir une catéchèse par l’art et la beauté. Contemplant toutes ses œuvres, le cardinal de Paris, François Nicolas Madeleine Morlot ne put s’empêcher de s’exclamer un jour: « Il faut être un saint pour concevoir de telles scènes ».

Autre figure de missionnaire ayant fréquenté la maison-mère et encore peu connu du grand public, au plus grand regret d’ailleurs de Mme Carole Roche-Hawley (ICP-Paris/ directrice au CNRS) chargée de le présenter, le père Charles François Jean (1874-1955), élève de l’archéologue dominicain Jean-Vincent Scheil célèbre pour avoir découvert et traduit les inscriptions de la stèle du Code de Hammurabi, le plus complet des codes de lois de la Mésopotamie antique. Polyglotte, il maîtrisait aussi bien l’hébreu que l’assyrien ou d’autres langues mésopotamiennes. Sa culture érudite lui valut d’être envoyé en Orient en 1921 comme chargé de mission du ministère français de la recherche. Le père Jean put recueillir plus de 200 tablettes cunéiformes de l’ancienne Mésopotamie avant de soutenir la même année un mémoire sur ses découvertes à l’École des Hautes Études, sous la direction de son maître et professeur Jean-Vincent Scheil. Un de ses ouvrages les plus célèbres « Milieu biblique avant Jésus-Christ » témoigne de l’audace et de la pertinence de sa démarche scientifique alors que l’Église catholique, aux prises à cette époque, avec la crise moderniste tenait encore pour suspecte tout interaction entre l’histoire critique et l’exégèse.

A peu près au même moment émerge avec le père Guillaume Pouget une autre figure de missionnaire précurseur dans le domaine biblique et théologique. Aux yeux du père Antonello c.m., professeur de théologie dogmatique au séminaire de Plaisance (Italie), chargé de le présenter, le père Pouget apparaît comme un « artisan du renouvellement théologique du 20ème siècle ». Son intuition géniale et prophétique pour son époque repose sur le principe confirmé et repris plus tard par le Concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum, selon lequel la théologie sacrée s’appuie sur la Révélation biblique conjointement avec la Tradition de l’Église. Selon le témoignage du père Loris Capovilla, ancien secrétaire particulier du futur Saint Jean XXIII, rapporté à un de ses disciples laïcs Jean Guitton, observateur laïc au Concile, le père Pouget aurait par ailleurs inspiré au pape du Concile une des distinctions axiales conciliaire entre le dépôt de la vérité de la foi d’une part, et d’autre part la forme, le langage sous lequel cette vérité pourrait être énoncée. A relever enfin, que du fait de l’exemplarité de sa vie au plus fort de sa cécité, le père Guillaume Pouget a indirectement inspiré la création d’un mouvement au sein du Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes. Il s’agit des Amitiés Pouget qui rassemblent des clercs, religieux malvoyants ou non voyants don président le diacre Marcel Chalaye nous a honoré de sa présence.

Le père Élie Delplace s’est quant à lui attaché à un exemple accompli de missionnaire vincentien qui a su concilier vie spirituelle, travail théologique et action apostolique. Le père Fernand Portal est surtout connu dans le monde catholique pour son rôle de pionnier dans le dialogue œcuménique. Fondateur en 1895 de la revue anglo-romaine, il fut à l’initiative des Conversations de Malines qui se sont tenues de 1921 à 1925 et qui constituaient un temps d’échange inédit entre des personnalités catholiques et anglicanes. Outre son action en faveur de l’unionisme, le père Portal se distingua par son zèle auprès de la jeunesse catholique. Son biographe Régis Ladous [2] en fait le père spirituel de Jean Guitton, de Marcel Légaut ou encore du dominicain Yves Congar ! On connaît moins par ailleurs son investissement qui mérite d’être plus souligné auprès des plus pauvres du quartier Javel de Paris où il se rendait souvent présent.

Pour introduire sa présentation de Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802/1840), premier saint martyr canonisé de Chine et figure d’inspiration du père Portal, le père Philippe Lamblin a commencé par nous partager une prière composée par le saint lui-même et une de ses réflexions spirituelles : « La croix est le plus beau monument […] qu’elle est belle cette croix implantée en plein cœur d’une terre infidèle arrosée des sangs des martyrs… ». Saint Jean Gabriel Perboyre représente une autre figure de missionnaire vincentien qui a pu donner une visibilité à toutes les richesses du charisme vincentien.  Professeur au séminaire de Montdidier, il s’est rendu l’auteur de plusieurs réflexions et écrits spirituels qui continuent à nourrir la prière de confrères contemporains à l’image du père Lamblin. Il ne s’est pas contenté de discourir sur la beauté de la croix mais il l’a vécu dans sa chair par son martyr en Chine.

Comment enfin évoquer la présence des missionnaires lazaristes en Chine en omettant la figure exceptionnelle d’Armand David. Il revenait à José Frêches, écrivain, sinologue et auteur : « Le père David, l’impératrice et le panda », de préciser d’abord le contexte historique et culturel dans lequel s’est inscrit son action missionnaire. Les relations de la Chine avec les puissances occidentales étaient il est vrai à l’époque très tendues du fait principalement de la guerre d’opium. Ce fut donc en sa double qualité de missionnaire et de naturaliste que le père Armand David arriva en Chine. Dans une biographie qu’il a bien voulu transmettre au père Frédéric Pellefigue pour qu’il la lise à sa place, étant lui-même empêché, Dominique Robin rappelle que c’est plus de 189 nouvelles espèces animales, végétales qu’il a ainsi pu découvrir, répertoriées lors de ces trois expéditions qui s’étalent entre 1866 et 1874. Correspondant de l’Académie des Sciences nommé plus tard membre permanent de la section géographie, il en envoya des échantillons au Muséum d’Histoire naturelle à Paris. Sa renommée fut telle qu’à la suite d’un rapport élogieux établi en 1864 à son sujet, ses deux dernières explorations en Chine s’accompagnaient d’indemnités pécuniaires versées généreusement par la communauté scientifique pour la plus grande joie du supérieur général de l’époque, le père Étienne ! Parmi les espèces célèbres que le père Armand David put mettre en lumière figure l’arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata, nom scientifique en latin), le cerf du père David (c’est bien son nom en français!) et bien sûr…le panda devenu avec la WWF, animal-symbole des espèces menacées dans le monde mais aussi instrument diplomatique pour la politique extérieure de la Chine. Le site d’information France Info parle à ce sujet de « diplomatie du panda »[3] pour évoquer le don fait par la Chine de bébé panda au président français nouvellement élu. Aux dire du sinologue José Frêches, la découverte du panda par le père Armand David dans la province du Sechuan a préservé cette espèce d’une extinction assurée comme ce fut malheureusement le cas du « dodo » de l’Île Maurice.

L’investissement du père David dans le domaine scientifique ne doit pas occulter pour autant son action apostolique dont nous pouvons aujourd’hui apprécier l’efficacité par un fait notable. En 2015, le village chinois où le père David à découvert pour la première fois le panda a changé de nom pour prendre celui du prêtre de la Mission et s’appeler « village du père David ». Peuplé de 168 habitants, les 3/4 d’entre eux sont catholiques !

En considération de toutes ces grandes figures de missionnaires lazaristes en prise directe avec les réalités de leur temps, nous pouvons mesurer combien la Maison-Mère qui fut leur lieu de résidence et/ou de travail constitue un foyer de rayonnement évangélique mais aussi…scientifique comme en atteste aujourd’hui encore tous leurs travaux précieux soigneusement conservés au bureau des archives par le père Lautissier. Ainsi, nous pouvons conclure avec le père Roberto Gomez coordinateur de ce colloque que la Maison-Mère constitue bien « un cœur missionnaire au cœur de la ville » dans la mesure où il s’agit non pas d’un lieu replié sur lui-même mais ouvert sur le monde.

P. Patrick RABARISON, CM 🔸

En considération de toutes ces grandes figures de missionnaires lazaristes en prise directe avec les réalités de leur temps, nous pouvons mesurer combien la Maison-Mère qui fut leur lieu de résidence et/ou de travail constitue un foyer de rayonnement évangélique mais aussi… scientifique. Ainsi, la Maison-Mère constitue bien « un cœur missionnaire au cœur de la ville » dans la mesure où il s’agit non pas d’un lieu replié sur lui-même mais ouvert sur le monde.

Notes :

[1] Présence Française Outre-Mer (XVIème/XXIème siècle). Tome 1. Académie des Sciences, p. 212

[2] Régis Ladous, Monsieur Portal et les siens, éd. Cerf, 1985

[3] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/brigitte-macron/brigitte-macron-la-diplomatie-du-panda_2498917.html