Clôturer l’année de la miséricorde


Clôturer l’année de la miséricorde

14 novembre 2016

Nous étions 80 participants ce lundi 14 novembre 2016 pour clôturer l’année de la miséricorde en vincentiens, sur les pas de saint Vincent, soucieux de manifester la Providence de Dieu au cœur de notre société.

Nous avons voulu répondre au souhait de notre Visiteur, qui lors de son installation, avait formulé le rêve de vivre le dialogue entre les traditions religieuses, comme il lui avait été offert de le faire en Eglise durant son temps de service de l’Eglise d’Algérie. La commission de formation permanente s’est emparée de l’idée pour mettre en œuvre une journée de formation adressée à toute la famille vincentienne lors d’une date proche de la clôture de l’année de la miséricorde souhaitée par le Pape François. Le pape invitait l’Eglise, les exégètes, les théologiens, les priants et tout le peuple de Dieu à se pencher ensemble sur Dieu et sous son regard, pour redécouvrir la miséricorde : source de vie et trésor des trois traditions religieuses monothéistes nées au Proche-Orient.

L’équipe a fait jouer le réseau relationnel des uns et des autres pour permettre le matin d’écouter un prêtre, un rabbin et un imam, et l’après-midi, après avoir visionné un court-métrage sur la toute récente association de jeunes « COEXISTER » (qui se propose d’aider les jeunes à déconstruire les clichés sur les autres afin d’apprendre à se reconnaitre divers et engagés dans une fraternité existentielle), nous avons entendu une adjointe en pastorale scolaire d’un lycée vincentien nîmois et une sœur vivant en petite communauté une présence en milieu migrant turc.

Etaient présents outre des lazaristes, des conférenciers de divers coins de France, un laïc en service en aumônerie psychiatrique, des sœurs de la charité parisienne, des laïcs vincentiens de Villepinte, des membres d’une paroisse de Haute-Marne, des fidèles de la rue du Bac, des créatrices de musiques d’inspiration juives, une jeune élève d’école de cinéma,

C’est le Père Christophe ROUCOU ancien responsable du Service des relations avec les musulmans, actuellement à l’Institut Catholique de Marseille qui a assuré la coordination de cet extraordinaire moment de fraternité. Nous répondions au défi de notre société au moment où elle semble céder à la peur de l’autre, particulièrement du musulman, alors qu’elle sort de faire mémoire des attentats multiples commis au nom de terroristes qui firent plus de 130 morts l’an dernier. Comment oublier que ces jeunes européens étaient tous issus de cultures islamiques du bassin méditerranéen ?

Notre attention s’est d’abord focalisée sur les sources de la miséricorde dans les trois religions monothéistes.
Le père Christophe CHOCHOLSKI: prêtre du diocèse de Belley-Ars ouvre la séance. Il commence par nous dire que son attention s’est portée sur la miséricorde après un temps de coopération en Palestine où il a découvert la proximité des traditions juives et musulmanes. Il nous invite à dépoussiérer le terme miséricorde de ses résonnances grecques et lui faire retrouver sa saveur sémitique ; la miséricorde ayant à voir avec la racine RSD et RHM, les deux exprimant la matrice féminine, les entrailles. Partant de ce constat il nous invite à faire couler ces sources de miséricorde dans les déserts de notre monde. Il rappelle que le livre de l’Exode (XXXIV, 6-7) donne les 13 mesures de la miséricorde qui nous est offerte. Il insiste sur le fait que dans la Bible grecque, lorsque le terme agapè est employé, nous traduisons les termes hébreux qui eux-mêmes parlent du masculin et du féminin et de l’altérité concrète. Nous héritiers de la culture grecque, demeurons dans les idées au lieu de résider dans le sensuel lorsque nous parlons d’agapè.

Nous avons regretté l’absence du rabbin Philippe HADDAD qui n’a pu être présent, lui qui est investi de longue date dans le dialogue interreligieux !

Nous avons continué la matinée avec Mohammed BARJAFIL, imam d’Evry, professeur de linguistique à l’université. Il a introduit sa communication en nous rappelant les quatre écoles musulmanes du sunnisme et les deux du chiisme, précisant que ce n’est que récemment, qu’après avoir été stoppés dans l’histoire, sous les influences des conflits politiques a été récemment promue la lecture salafiste comme seule légitime.
Ces écoles révélaient l‘aptitude qu’a l’islam à adapter les textes reçus aux contextes dans lesquels ils se développait. C’est fort de cette histoire, de l’évocation du texte la prière quotidienne de tout musulman et de sa salutation habituelle, qu’il demande de retrouver la sagesse pour aider à la naissance d’un islam de France. Cette prière est rappel du Dieu miséricordieux ainsi que la salutation qui souhaite la paix et la miséricorde sur la personne rencontrée.

Il rappelle tous les textes qui parlent de la façon dont Dieu ne peut que reprendre l’homme sans se lasser, y compris pécheur, s’il revient à Lui. Il nous raconte une belle parabole de pécheurs qui pleurent et crient vers Dieu depuis l’enfer ; par miséricorde il les en extrait et leur demande pourquoi ils ont crié si fort. Ils répondent que c’était pour attirer son attention et qu’il les sorte de ce lieu maléfique. Dieu leur dit d’y retourner dans l’attente du jugement l’un s’exécute alors que l’autre reste. A celui qui reste Dieu demande pourquoi il n’a pas obéi, il lui dit parce que je savais que tu n’as pas de bonheur à me voir souffrir… à la fin des temps, Dieu demande à celui qui est retourné, la raison pour laquelle il est retourné en enfer et celui-ci lui répond que c’est parce qu’il savait qu’il ne l’y abandonnerait pas.

Sa présentation brillante nous montre qu’une lecture circonstanciée des écritures n’est pas une invention moderniste, mais le statut même de la lecture des écrits de l’islam. Il redit avec force sereine que le Coran ne parle pas mais que ce sont les croyants qui le font parler. Il rappelle que ce n’est que progressivement que les mystiques si populaires dans l’islam du XIIème seront discrédités.

Après la pause du repas, c’est Mme Farah REZAI, membre fondatrice de COEXISTER et du Conseil d’administration qui va nous raconter comment son expérience des JMJ madrilène avec les ignaciens va lui permettre d’approfondir la conviction reçue dans son éducation familiale : construire des relations humaines fraternelles avec les proches de son environnement.
Alors que les JMJ sont célébrées durant le ramadan des membres de la délégation vont chaque jour jeûner avec elle pour qu’elle ne soit pas seule. Cela va la toucher bien au-delà de ses ses craintes de le vivre seule, Elle sera bouleversée lorsqu’une jeune allemande viendra la prendre dans ses bras en larmes alors qu’elle entamait une prière pour lui dire sa joie de la voir prier avec elle. Elle n’avait jamais été aussi proche d’elle des musulmans. Elle dira aussi sa surprise de découvrir qu’un jeune chrétien d’un pays ne vit pas s foi de la même façon que celui d’un autre pays.

Ce sera ensuite Françoise THOMAS adjointe en pastorale de l’établissement vincentien de Nîmes, qui va nous conter combien les tensions sont fortes entre les diverses cultures et la joie qu’elle a eu à faire travailler des jeunes musulmanes et chrétiennes sur la miséricorde. Elles sont parvenues à découvrir qu’elles avaient des valeurs communes. Et lorsqu’il s’agissait de retenir le plus important : tant les musulmanes que les chrétiennes s’étaient arrêtées aux mêmes éléments. Ceci les a conduites à projeter de se retrouver pour fonder peut-être une équipe « Coexister ».

Enfin, une petite communauté de sœurs nous a partagé comment elles ont tentés le vivre ensemble avec des migrants turcs. Elles se sont inspirées de la spiritualité de la lettre de la Mission de France, elles se sont mises à la disposition de chacun comme de simples témoins proches ; elles ont ainsi créés des liens de confiance qui ont permis à beaucoup de parvenir à une réelle intégration. Elle nous a dit combien la spiritualité développée par les moines de Thibbirine est guide dans leur mission.

Autant de paroles d’espérance qui renvoie chacun chez lui, fort de ces messages à partager autour de soi. Il faut redire que construire la fraternité n’est pas un rêve, mais la vocation de tout vivant et tout spécialement des vincentiens. Nous sommes convaincus à la suite de St Vincent, que chaque être vivant et un être bien-aimé de Dieu. Il attend que chacun retrouve le sourire et rende grâce pour le don de la vie sur cette terre aux multiples couleurs.

Bernard Massarini c.m.🔸

Autant de paroles d’espérance qui renvoie chacun chez lui, fort de ces messages à partager autour de soi.

Dans peu de temps, les textes et vidéos seront consultables sur le site !

Dieu est miséricordieux


Dieu est Miséricordieux

Lundi 14 novembre 2016 | de 9h à 16h45

Chers amis, chers frères et sœurs,

« Nous tous, chrétiens et musulmans, vivons sous le soleil d’un Dieu unique miséricordieux ».

Jean-Paul II à Kaduna au Nigéria en février 1992.

Il m’apparaissait difficilement concevable de terminer cette année jubilaire de la Miséricorde sans vivre une rencontre comme celle-ci, réunissant des croyants du judaïsme, du christianisme et de l’Islam. Chez chacun la Miséricorde tient une place importante ; elle dit quelque chose de Dieu et ne peut laisser indifférents l’homme. La Miséricorde fait partie de l’identité de Dieu.

Je remercie donc la commission de formation permanente d’avoir préparé cette journée que je nous souhaite riche et agréable, comme un temps fraternel qui en appellera d’autres. Je remercie particulièrement et chaleureusement nos invités d’avoir accepté de participer à cette rencontre et de nous partager quelque chose de leur foi. Se dire, se livrer dans ce qui constitue notre profondeur est une belle démarche humaine et spirituelle.

Je suis heureux de retrouver le P. Christophe Roucou qui a dirigé pendant 9 ans le service national pour les relations avec l’Islam au sein de la Conférence des Evêques de France. Je lui laisse le soin de se présenter.

Merci à vous tous d’être venus. Votre présence est un beau cadeau et une belle richesse. Je souhaite sincèrement que ce genre de rencontre entre nous, puisse se continuer ici ou ailleurs. Nous avons beaucoup à nous dire pour faire connaissance et avoir moins peur de l’autre.

Dans le monde et dans notre société, les évènements ne manquent pas où le vivre ensemble est secoué, blessé, meurtri et interrogé. Notre parole commune peut soigner, guérir ces liens qui sont ainsi fragilisés. Le dialogue lui-même est secoué : celui du quotidien et celui inter religieux qui demeure « une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme en nous et chez l’autre. C’est par lui que nous sommes appelés à exprimer notre foi en l’amour de Dieu qui aura le dernier mot sur toutes les puissances de division et de mort » ce que nous rappelle le P. Claverie, évêque d’Oran, assassiné il y a 20 ans. Il précise que le « dialogue doit commencer dans la vie par l’expérience de la rencontre parce que la vérité de l’homme est là où il souffre, là où il rit, là où il vit avec d’autres. » L’ignorance engendre la peur. Apprenons à regarder l’autre avec estime, curiosité bienveillante et le désir de marcher ensemble. Je me réjouis d’ailleurs de ce qui vit à différents endroits pour donner un vrai visage à la fraternité humaine et à celle entre croyants.

« Dans notre pèlerinage terrestre, nous ne sommes pas seuls : nous croisons le chemin d’autres fidèles, parfois nous partageons avec eux un bout de chemin, parfois nous vivons ensemble une étape qui nous donne du courage. Nous vivons une communication et un échange fraternels qui peuvent nous donner du réconfort et nous offrir de nouvelles forces pour affronter les défis communs qui se présentent à nous ».

Souvent on parle des autres avec des mots, des idées. Il faut avoir les personnes en face de soi, voir leur visage. Je pense aux migrants de Calais, déplacés à travers la France et qui ont provoqué des réactions parfois difficiles (mais c’est vrai que leur placement sur le territoire n’a pas été préparé) ; pourtant, quand ils sont arrivés dans les lieux de destinations, la population les a bien accueillis et s’implique à leur côté. Tout simplement parce qu’il ne s’agit plus d’idées mais de personnes concrètes. Ça change tout. C’est par là que passe l’humanité, qu’elle se reconnaît et s’accueille de part et d’autre.

Que cette journée nous donne courage pour nous apprécier, qu’elle nous donne du réconfort, qu’elle nous offre des forces neuves pour continuer le chemin ensemble et relever les défis de ce monde. En Algérie est né dans les années 90 le ‘Ribat el Salam’ (le lien de la Paix) ; n’y a t-il pas là un chemin à continuer ici ?

Bonne journée à tous.

Mot final :

Il est difficile de clôturer une telle journée, d’ailleurs je ne veux pas lui donner une conclusion car il n’y en a pas ; c’est davantage un envoi, tel qu’on vient de le voir sur ces images. C’est bien de cela qu’il s’agit. Je commencerai par dire que je regrette que le Rabin ne soit pas venu. C’est une voix qui a manqué et qui manque dans ce concert. Espérons et souhaitons l’entendre à un autre moment. Elle est nécessaire.

Je remercie les intervenants ; ils ont parlé avec leurs entrailles et ils ont fait remuer nos propres entrailles. Ils étaient passionnés et passionnants. La place du visage de l’autre, de la personne change notre regard et notre écoute. Les expériences entendues sont une parole incarnée et elles vérifient ce qu’on peut dire de la Miséricorde.

Je souligne ces points comme pouvant nous aider à repartir :

  • être des pèlerins de la vérité
  • êtres des révélateurs de sens, donner du sens
  • être en visitation pour accueillir une parole nouvelle et donner une parole positive sur l’autre.

Durant la journée, j’ai pensé à Christian de Chergé et à l’échelle mystique, définissant la dimension spirituelle de chacun. On aurait pu parler de trépied aussi. Cette échelle a deux montants, bien enracinés en terre et qui s’élancent vers le ciel dans lequel ils s’enfoncent. Pour tenir et permettre de progresser dans cette montée, il y a besoin des barres transversales, des échelons. Ceux-ci nous aident à monter. Ils relient aussi les deux montants et leur donnent un équilibre, une assurance. Ces échelons ce sont ces actes, gestes posés par les jeunes entendus dans les témoignages, par les réfugiés ou migrants etc. c’est cela qui nous relient et nous font avancer pas à pas dans notre montée commune vers Dieu qui est, qui fonde notre unité.

Un envoi. Puissions-nous continuer ce partage à plusieurs voix et pourquoi pas, (encore un rêve) au moins une fois l’an. Pas forcément sous cette forme mais se retrouver pour une parole commune !

Bon retour à chacune et à chacun dans cette dynamique et merci encore de votre présence.

P. Christian MAUVAIS, cm, Visiteur de France🔸

La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre.

Pape François

Textes en complément :
La miséricorde en islam une nécessité divine
Le testament du P. Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine

 

MISÉRICORDE


Miséricorde

Cette causerie était destinée à des Filles de la charité pour une retraite. Les circonstances ont privé son auteur de voix audible ; Il partage volontiers le fruit de sa préparation à celles et ceux qui veulent clore, par sa lecture, l’année jubilaire finissante !

C’est un mot que nous allons entendre très (trop ?) souvent durant l’année jubilaire. Contrairement à ce que vous pourrez lire ou entendre, ce n’est ni un mot vieux (ou trop vieux) ni un mot neuf (jamais utilisé). Il existe depuis toujours et l’Ancien Testament en fait volontiers un usage ; le mot est cité 57 fois et 45 fois dans le Nouveau Testament.

I. La miséricorde est d’abord l’attitude première de Dieu

La miséricorde, c’est d’abord un mot de la Bible, c’est un mot qui traduit deux termes bibliques : le premier est rahamim, qui veut dire « les entrailles ». La miséricorde est d’abord une caractéristique de Dieu lui-même, qui est “pris aux entrailles” pour sa création. On pourrait comparer cela avec l’amour d’une mère prise aux entrailles par l’amour qu’elle porte à son enfant… Quand Dieu se révèle à Moïse, il lui révèle son identité, puis il lui dit : “J’ai vu la misère de mon peuple”. C’est une caractéristique de Dieu que d’être touché par la misère de son peuple en esclavage. Ensuite, le deuxième terme biblique que le mot miséricorde traduit, c’est resed, qui signifie « un amour fidèle ». Ce n’est pas l’amour d’un instant, c’est un amour voulu, choisi, décidé par Dieu, et durable à l’infini malgré tous les errements et les égarements que peut vivre son peuple. (Père Marc Fassier dans la revue croire)

J’ai déjà raconté cette histoire : un jour, une malentendante recevait mal ce mot « miséricorde » dans une conférence ; elle se mit à réfléchir sans trouver le mot et le sens exacts. Et soudain ce fut une illumination dans son esprit ; elle comprenait « la misère est corps de Dieu ! ».A sa manière, cette personne avait compris l’essentiel. Dieu est pris aux entrailles. Bien sûr quand nous disons cela nous faisons de l’anthropomorphisme, nous utilisons une image, Dieu n’a pas d’entrailles. Mais cela parle. Dieu souffre et il souffre parce que le Fils souffre. Au nom de la Trinité, le Père ne peut qu’épouser la peine du Christ. Si le fils souffre, les autres personnes divines souffrent ; on peut parler du cri de Dieu[1].

Le saint pape Jean-Paul II a parlé de la miséricorde avec maestria et comme sur un  air nouveau avec son encyclique « Dives in misericordia », Dieu riche en miséricorde.

Voici quelques repères extraits de ce texte :

  • L’Eglise vit d’une vie authentique lorsqu’elle professe et proclame la miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur, et lorsqu’elle conduit les hommes aux sources de la miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice.
  • l’Eglise annonce la conversion et y appelle. La conversion à Dieu consiste toujours dans la découverte de sa miséricorde, c’est-à-dire de cet amour patient et doux comme l’est Dieu Créateur et Père: l’amour, auquel «le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ» est fidèle jusqu’à ses conséquences extrêmes dans l’histoire de l’alliance avec l’homme, jusqu’à la croix, à la mort et à la résurrection de son Fils. La conversion à Dieu est toujours le fruit du retour au Père riche en miséricorde.
  • Jésus-Christ nous a enseigné que l’homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu’il est appelé à «faire miséricorde» aux autres: «Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde».

Dieu est Miséricordieux

Votre service est miséricorde si vous agissez au nom de Dieu miséricordieux par excellence. Dès les débuts de la Révélation, nous pouvons entendre des pages bibliques éducatives comme ces 3 proposées :

Ex. 34, 6-7 ; 06 « Yahvé passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. »

Jr. 31, 18-20 : 18 J’entends bien Éphraïm se plaindre : -« Tu m’as corrigé, et je suis corrigé, comme un jeune taureau non dressé. Fais-moi revenir, et je reviendrai, car c’est toi qui es le Seigneur mon Dieu. Oui, je me repens après être revenu ; après avoir reconnu qui je suis, je me frappe la poitrine. Je rougis et je suis confus, car je porte la honte de ma jeunesse. » – Éphraïm n’est-il pas pour moi un fils précieux, n’est-il pas un enfant de délices, puisque son souvenir ne me quitte plus chaque fois que j’ai parlé de lui ? Voilà pourquoi, à cause de lui, mes entrailles frémissent ; oui, je lui ferai miséricorde – oracle du Seigneur.

Michée 7, 18-20 « Qui est Dieu comme toi, pour enlever le crime, pour passer sur la révolte comme tu le fais à l’égard du reste, ton héritage : un Dieu qui ne s’obstine pas pour toujours dans sa colère mais se plaît à manifester sa faveur ? De nouveau, tu nous montreras ta miséricorde, tu fouleras aux pieds nos crimes, tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés ! Ainsi tu accordes à Jacob ta fidélité, à Abraham ta faveur, comme tu l’as juré à nos pères depuis les jours d’autrefois. »

On voit bien que Dieu a éduqué son Peuple, malgré les brisures nombreuses de la part de celui-ci. Petit à petit, il le fait miser sur sa miséricorde et rien que sur elle. Ceux qui attendront le Christ seront uniquement sur ce registre-là. Pour les prophètes, la miséricorde est plus forte que le péché et l’infidélité. Dieu est « le Dieu de tendresse et de miséricorde ». Nous  sommes prêts à entendre le message du Nouveau Testament.

Dieu Miséricorde

Nous sommes stupéfaits par cette affirmation, « le nom de Dieu est miséricorde ». Et pourtant tous les derniers papes ont insisté sur ce point et nous y avons peu fait attention. St Jean XXIII a ouvert le Concile Vatican II en proclamant : « L’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que d’empoigner les armes de la rigueur ». Dans ses pensées sur la mort publiées le 5 août 1978, Paul VI écrivait : « Je considère toujours comme synthèse suprême celle de saint Augustin : misère et miséricorde. Ma misère, la miséricorde de Dieu. Que je puisse au moins maintenant honorer celui que Tu es, le Dieu de bonté infinie, en invoquant, acceptant, célébrant Ta très douce miséricorde ». Et nous venons de voir ce que Jean-Paul II a souligné dans sa fameuse encyclique sans oublier Benoît XVI qui a dit explicitement : « La miséricorde est en réalité le noyau central du message évangélique, c’est le nom même de Dieu, le visage par lequel Il s’est révélé dans l’ancienne Alliance et pleinement en Jésus Christ, incarnation de l’Amour créateur et rédempteur. Cet amour de miséricorde illumine également le visage de l’Église et se manifeste aussi bien à travers les sacrements, en particulier celui de la réconciliation, qu’à travers les œuvres de charité, communautaires et individuelles. Tout ce que l’Église dit et fait, manifeste la miséricorde que Dieu nourrit pour les hommes, donc pour nous. Lorsque l’Église doit rappeler une vérité méconnue, ou un bien trahi, elle le fait toujours poussée par l’amour miséricordieux, afin que les hommes aient la vie et l’aient en abondance (cf. Jn 10, 10). De la miséricorde divine, qui pacifie les cœurs, naît ensuite la paix authentique dans le monde, la paix entre peuples, cultures et religions diverses. (Regina Coeli du dimanche de la miséricorde de 2008) «

« Le nom de Dieu est miséricorde ». Dieu, souverain, le Clément, le Miséricordieux » commence la première sourate du Coran (puis répété à chaque sourate) ! Il y a comme instinctivement, une conception spontanée de Dieu bon ; il est celui qui pardonne. Dans son dernier interview, François explique : « La miséricorde, c’est l’attitude divine qui consiste à ouvrir les bras, c’est Dieu qui se donne et qui accueille, qui se penche pour pardonner…On peut dire la miséricorde est la carte d’identité de Dieu”…(« Le nom… » p 29)

2. Soyez miséricordieux

Si le Pape François a eu cette idée de génie de transformer 2016 en un jubilé de la Miséricorde, c’est qu’elle est la clé de son pontificat. Voyez ses armoiries : « miserando ac eligendo », « parce qu’il lui faisait pitié, il le choisit »[2]. Dieu a pitié de nous et l’Eglise aussi. Nous sommes dans un océan de miséricorde.

Je crois qu’avec la miséricorde nous tenons la marque de notre service vincentien qui n’est pas simplement œuvre matérielle mais annonce du cœur de l’Evangile : ne pas condamner, soigner, mettre debout et remettre en marche. C’est aujourd’hui la pensée souvent exprimée du Pape François. Commentant la parabole du Bon Samaritain, il a dit que Dieu ne veut pas la condamnation mais la miséricorde pour tous. “Il veut la miséricorde du cœur car, miséricordieux, il comprend nos misères, nos difficultés et même nos péchés. Il n’est pas donné à tous d’avoir un cœur miséricordieux! Faisons comme le samaritain qui imite Dieu et exerce sa miséricorde envers le besogneux” (14 juillet 2013) et encore : « Dieu pardonne non pas décret, mais avec une caresse, en caressant nos blessures causées par le péché » (7 avril 14).

Vous le voyez parler de miséricorde, c’est parler de re – évangélisation. C’est redonner à l’homme blessé ses lettres de noblesse, le remettre sous le regard de Dieu qui ne condamne pas, apaise avec le baume du pardon et l’inviter à la reconquête de sa propre dignité.

Avec la miséricorde, nous sommes dans le droit fil de l’envoi missionnaire évangélique La miséricorde est une vertu missionnaire. Elle n’est pas notre propriété partagée ; elle est le domaine partagé du cœur de Dieu Le plus grand bonheur est de faire connaître Jésus, nous qui avons  le bonheur des bonheurs de le connaître. Il est urgent de manifester ce cœur de Dieu et te dire à qui peut l’entendre : « Tu as du prix à mes yeux » selon Isaïe 43 :

Mais maintenant, ainsi parle le Seigneur, lui qui t’a créé, Jacob, et t’a façonné, Israël : Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas. Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur. Pour payer ta rançon, j’ai donné l’Égypte, en échange de toi, l’Éthiopie et Seba. Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime, je donne des humains en échange de toi, des peuples en échange de ta vie. » (Is 43,3-4).

La miséricorde vient nous ouvrir à Dieu en nous ouvrant à l’autre. Plus je laisse aller mon âme au pardon de Dieu comme je l’ouvre au pardon des autres, plus je me laisse diviniser. Je prends les mœurs de Dieu, les sentiments de Dieu, les pensées de Dieu, la vérité de Dieu. Je me situe dans son élan qui est toute ouverture à l’autre quelles que soient ses dettes et ses écarts.

La parabole du débiteur impitoyable (Mt 18, 23 à 35) nous montre bien la largeur d’esprit de Dieu (qui remet dix mille talents, soit 60 millions de francs or !) et notre tentation d’étroitesse et de mesquinerie, nous qui ne remettons pas cent francs or. La miséricorde est toujours infinie, sans limite car nous connaissons celle que Dieu manifeste à notre égard. Si notre situation est sans issue et nous ne devons notre salut qu’à la pitié de Dieu, pourquoi serions-nous exigeants et non ouverts au pardon et à toute remise de la part des autres et pour les autres ?

Le plus beau cadeau est de pardonner et de remettre debout, proposition du Christ de toujours.

Questions pour réfléchir :

  1. Suis-je encore bloqué par quelque amertume contre quelqu’un ? Pourquoi ?
  2. Ai-je pris du temps pour prier et m’ouvrir au pardon de Dieu ?
  3. Quelles sont mes ouvertures, mes réussites dans mes  démarches ?
Lire : Le chapitre 5 de Matthieu
Explications :

[1] Je vous revoie  à « la souffrance de Dieu » de F. Varillon ppp 38-39 pp…
[2] « pitoyable, il le choisit »

Sainte Louise de Marillac, femme de Miséricorde


Sainte Louise de Marillac, femme de Miséricorde

Retranscription de la conférence de Sr Stanisawa fdlc

Bonjour à vous tous et à toutes!

Merci beaucoup pour cette invitation. Je ne suis pas venue ici comme une spécialiste de la spiritualité vincentienne mais comme une des filles de Saint Vincent et de Sainte Louise, et je voudrais vous partager un peu mon expérience et les fruits de ma prière et de mes méditations.

Notre vie est jalonnée par des dates et des événements. Souvent, nous consultons nos agendas pour bien organiser notre travail, nos rencontres ; pour ne pas oublier les fêtes de nos proches et pour, tout simplement, nous ordonner dans notre vie de tous les jours. Je suis sure que le 14 février a été bien noté pour ne pas oublier à venir a u Ressourcement Vincentien.

En feuilletant notre agenda nous voyons que depuis le 8 décembre 2015, l’Eglise est en train de vivre l’Année de la Miséricorde Divine. Nous sont passés par la Porte Sainte et nous sommes entrés dans un nouvel espace spirituel, pour marcher jusqu’au 20 novembre 2016 à la suite de Jésus-Christ qui

est le visage de la miséricorde du Père. » (1) – comme le rappelle le Pape François dans le document publié à cette occasion, dans la BULLE D’INDICTION DU JUBILÉ EXTRAORDINAIRE DE LA MISÉRICORDE (Misericordiae Vultus) : En cette fête de l’Immaculée Conception, j’aurai la joie d’ouvrir la Porte Sainte. En cette occasion, ce sera une Porte de la Miséricorde, où quiconque entrera pourra (écoutons bien) faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance. (3)Une Année Sainte extraordinaire pour vivre dans la vie de chaque jour la miséricorde que le Père répand sur nous depuis toujours. …, (alors) laissons-nous surprendre par Dieu. (25)

et faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance. (N°3) Les chemins de notre vie ne sont pas toujours clairs. Nous avons besoin de quelqu’un pour nous guider, et ce quelqu’un nous pouvons le trouver parmi les saints : L’Eglise vit la communion des saints. (25) Nous connaissons beaucoup de saints. Rappelons-nous, par exemple : dans la Chapelle de la Médaille Miraculeuse nous sommes entourés de Saints. Jésus lui-même, Il est là, ainsi que la Sainte Vierge qui a honoré ce lieu par ses Apparitions, saint Vincent de Paul est là, Sainte Catherine Labouré, et aussi Sainte Louise de Marillac. C’est cette dernière, la Fondatrice de la Compagnie des Filles de la Charité, que je vous propose aujourd’hui comme guide, car elle a beaucoup d’expérience.

Justement, elle peut nous aider à « faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance. » (n°3). Louise de Marillac est née le 12 août 1591 à Paris.

Elle est passée par différentes étapes dans sa vie, qui n’était pas du tout facile :

  1. Enfant et jeune fille
  2. Epouse, mère et grand-mère
  3. Au service des plus pauvres dans la Confrérie de la Charité
  4. Fondatrice des Filles de la Charité avec Saint Vincent de Paul

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas étudier toute la biographie de Sainte Louise, mais je vous invite à relire avec moi quelques événements de sa vie, pour constater trois aspects : comment Louise accueillait, vivait et transmettait l’Amour de Dieu au quotidien. Comment elle « a fait l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance. ». Louise – « femme de Miséricorde ». Qu’est-ce que cela veut dire ? J’ai envie de répondre tout simplement : elle est une femme de Miséricorde parce qu’elle aimait, qu’elle était bonne, pleine de tendresse et de compassion, compréhensive et douce …: dans ses gestes, dans ses actions et dans ses paroles… Mais ce n’est pas tout. La réponse n’est pas si simple. La vie est plus exigeante. Allons donc plus loin…

Louise désirait connaître et accueillir la miséricorde et le pardon de Dieu. Pourquoi ? Parce que, souvent, elle se sentait coupable, par exemple: à cause du mystère de sa naissance, des difficultés avec son fils, des mauvais exemples qu’elle s’imaginait donner aux Filles de la Charité, etc.

I. Enfant rejetée par sa famille

Même si Louise faisait partie d’une grande famille : les « de Marillac », son enfance a été marquée par la souffrance : elle a ignoré qui était sa mère. Le mystère qui entourait sa naissance l’a écrasée et a été pour elle une source de grande souffrance. Elle était profondément aimée par son père mais éloignée, rejetée par le reste de sa famille.

*au Couvent des Dominicaines de Poissy

D’abord, encore petite, Louise a été placée par son père au couvent des Dominicaines de Poissy où habitait sa grand-tante. En utilisant le langage d’aujourd’hui, nous pouvons dire, qu’elle a été placée dans une maison d’enfants. Louise a su bien profiter de ce temps de formation. A Poissy elle a été formée à la piété et elle y a reçu une très bonne et complète éducation.

*« une bonne fille pauvre »

Mais, après la mort de son père, elle avait13 ans, Louise a dû quitter le couvent, et a été placée dans un foyer, toujours séparée de la famille…Louise a 13 ans ; elle sait, elle comprend… En elle la blessure s’élargit ; c’est la vocation à la souffrance qui s’affirme. La dame responsable de ce foyer la préparait à mener une vie familiale ainsi qu’aux différents travaux domestiques. Ici, nous avons une bonne occasion de voir que Louise avait bon coeur et un esprit pratique. Le foyer était pauvre, la dame avait beaucoup de peine à le faire subsister. Alors Louise se montre inventive et créative. Vite, elle trouve le moyen de l’aider : à ses compagnes, elle propose de faire du travail à domicile pour gagner de l’argent.

Comment ne pas admirer cette enfant qui donne du bien-être par son travail à une personne qui, pour elle, est étrangère ! Dans ce foyer, Louise trouve la paix, mais elle souffre toujours. Un jour elle a compris qu’elle n’était pas comme les autres. Elle aurait pu se révolter, mais ce n’était pas son style. Elle ne se révolte pas mais elle souffre, comme pliée sous un fardeau reçu mystérieusement de son berceau.

Il est très fréquent de voir les enfants, nés de mère inconnue, qui sont persuadés de ne pas mériter d’être aimés. Ils se perçoivent comme des êtres sans valeur. Il a fallu du temps à Louise de Marillac pour dépasser le regard très négatif qu’elle portait sur elle-même. Elle se sentait même « abandonnée de Dieu… ». Tous ces sentiments la rendaient malade. Louise se sentait coupable et désirait connaître le pardon de Dieu.

Elle cherchait Dieu et son vrai visage. Et nous savons que Dieu vient toujours à la rencontre de l’homme. Louise l’a cherché à sa façon, selon son tempérament et dans le contexte de son époque. D’abord, Dieu était pour elle plutôt un Dieu sévère et exigeant. Dès son enfance elle a eu le goût et la facilité de la méditation. Et cela l’aidait beaucoup. En cherchant Dieu, elle priait et méditait. La réflexion sur le Sacrement de Baptême reçu le jour de sa naissance lui a fait prendre conscience qu’en cet instant elle était devenue l’enfant de Dieu. Elle a compris alors qu’elle était aimée, aimée de Dieu, de ce Dieu qui est plein de douceur et de tendresse.

Peu à peu le regard de Louise change. Sans trop s’en rendre compte, elle était en train d’accueillir l’Amour de Dieu, de Dieu qui est le Père des orphelins, de Dieu qui, dans sa Miséricorde, est en même temps le Père et la Mère. Louise commence à faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne, et qui donne l’espérance.

Un jour elle a écrit :

Je soussignée, en la présence de Dieu éternel, (j’ai) considéré que, au jour de mon baptême je fus vouée et dédiée à mon Dieu pour être sa fille, et … (j’ai considéré) aussi l’immense miséricorde de l’amour et la douceur avec laquelle ce très bon Dieu m’a toujours maintenue dans le désir de le servir …
(Acte de Protestation E. 692)

Grâce à la prière et à l’esprit de foi, Louise commence à accueillir et à vivre la Miséricorde de Dieu dans son coeur. Enfin elle se sent aimée par Dieu. Plus tard, elle transmettra son expérience aux plus pauvres. Grâce à sa propre expérience, Louise était très sensible au regard porté sur les nombreux « enfants trouvés », dont elle assurera l’éducation avec les Filles de la Charité. Par leur Baptême, ces enfants sont devenus, eux aussi, enfants de Dieu. Comme Vincent de Paul, Louise combattra avec force l’opinion de son époque qui ne voyait en eux que des enfants du péché. Quelle belle action de Dieu Miséricordieux dans la vie de Sainte Louise ! Passons maintenant à la deuxième étape de sa vie.

II. Epouse et mère

A. Mariage forcé contre son gré

Louise est une fille belle, pieuse et cultivée. La famille décide de la marier. Antoine Le Gras, l’un des secrétaires de la Reine, devient son époux. Le nouveau foyer se sentait porté par la faveur et l’espérance. Les parents se réjouirent à la naissance de leur fils Michel. Louise était heureuse, mais Antoine tombe malade, son tempérament se modifie, il devient irritable, difficile à vivre pendant 4 ou 5 ans. C’était pour Louise une croix très lourde. Elle ne comprenait pas le changement de caractère de son mari, devient triste, angoissée, s’enferme dans sa chambre et se réfugie dans la prière.

Dans sa méditation quotidienne, elle contemple le Christ, plein de tendresse et de compassion, pour tous ceux qu’il rencontre. Elle apprend de Jésus comment accepter la douleur et elle accueille la Miséricorde de Dieu, sa patience, sa douceur pour pouvoir vivre ces mêmes vertus et les transmettre à son mari. Elle ouvre son coeur et, malgré ses doutes et ses crises, elle le soigne avec amour. Elle l’assiste et se sent utile. Elle a eu la consolation de le voir de plus en plus calme. Jésus la console. Elle remarque qu’il y a une grâce spéciale pour les malades dans la charité envers eux.

Dans une de ses lettres elle partage (au père Hilarion Rebours): « J’étais seule avec lui pour l’assister dans ce passage si important, et il témoigna tant de dévotion…son esprit était attaché à Dieu ». Antoine lui a demandé de prier pour lui. Louise disait que ces paroles étaient à jamais gravées dans son coeur. Voilà comment Louise accueille, vit et transmet la Miséricorde de Dieu, sa douceur, sa tendresse et sa patience dans les situations très concrètes de sa vie quotidienne, d’abord envers les plus proches : son mari et aussi son fils Michel.

B. Relation avec son fils

Dès la naissance de Michel, Louise était très préoccupée. Saura-t-elle nourrir, élever ce tout petit enfant un peu prématuré ? Qui va pouvoir la conseiller ? Elle n’a ni mère, ni belle-mère. Michel a 12 ans quand son père meurt. Il devient de plus en plus instable. A la moindre réaction de Michel, à chaque problème de santé, Louise s’inquiète. Elle aime tant son fils qu’elle voudrait le savoir toujours heureux. Louise désire que Michel devienne prêtre. Les années passent et Michel se sent mal à l’aise face à son avenir.

Quel déchirement pour Louise lorsqu’elle apprend que son fils préfère se donner la mort plutôt que d’être contraint de devenir prêtre ! Peu après, Michel, au cours d’une discussion assez violente avec sa mère, lui annonce brutalement sa décision: il ne veut pas devenir prêtre. C’est un moment très dur pour la mère. Il faudra du temps à Louise pour reconnaître qu’elle doit laisser à son fils toute liberté de choisir son orientation de vie. Durant de longs mois, elle souffre et se culpabilise.

Sa souffrance devient plus intense lorsque Michel disparaît de Paris. Il est parti vivre à la campagne avec une fille qu’il souhaitait épouser. L’absence se prolonge près de 6 mois. Louise, malgré tout, retrouve son fils avec joie. Comme le père de l’enfant prodigue, elle lui ouvre largement les bras.

Quelques mois plus tard, sentant l’atmosphère détendue, elle souhaite avoir une explication avec son fils. Celui-ci ne le supporte pas, il claque la porte et disparaît à nouveau. Quelle souffrance pour cette mère qui a une grande affection pour son fils. Comme beaucoup de mères angoissées et meurtries, Louise n’a pas su dire à son fils tout cet amour qui brûle au fond de son cœur. Peut-être, ses paroles ont été maladroites, dites avec trop d’ardeur et elles ont été très mal reçues.

Et dans cette situation encore, la contemplation du mystère de la mort de Jésus sur la Croix l’aide beaucoup. Louise regarde la Vierge Marie qui a vécu l’échec apparent de son Fils et Elle ne s’est pas culpabilisée. Louise réfléchit sur ce qu’elle considère comme un échec dans l’éducation de son fils. Elle reconnaît qu’elle s’est montrée une mère très sensible, voire captative. Son attitude peut s’expliquer par toute la souffrance vécue et peu partagée durant sa propre enfance. Louise aimait son fils, l’accueillant avec ses manques, ne le rejetant pas lorsqu’il brisait son coeur de mère. Cela, c’est la miséricorde ! En apprenant à respecter la liberté de Michel, elle s’est libérée elle-même, comprenant que l’amour seul est source et finalité de cette liberté. 

Alors, Dieu la console et lui donne l’espérance. En janvier 1650, a été célébré le mariage de Michel. L’année suivante, Louise se réjouie de la naissance de sa petite-fille Louise-Renée.

III. Au service des plus pauvres

Louise de Marillac, femme de piété profonde, puisait en l’Eucharistie la force et la lumière. C’est justement le jour de la Pentecôte 1623, durant la Messe à l’église Saint Nicolas des Champs, qu’elle a reçu une grâce extraordinaire, un éclair spirituel qui perce les ténèbres et qui oriente l’avenir, mais qui demande, par la suite, un engagement personnel. En ce dimanche de Pentecôte, Louise retrouve la certitude de la foi. Sa mission lui est précisée. Le Seigneur lui fait comprendre qu’elle sera en une communauté consacrée au service des Pauvres. Elle a compris que l’amour de Dieu ne peut se limiter à une pure expérience spirituelle, il doit prendre corps dans une charité active auprès du prochain.

Louise ne parle pas beaucoup de la Miséricorde de Dieu, mais elle la découvre, grâce aussi à la rencontre avec Saint Vincent de Paul qui l’oriente vers le service des plus pauvres. Vincent de Paul devient son nouveau directeur spirituel. Il l’accueille avec patience et bonté, il l’aide à se décentrer d’elle-même et à s’ouvrir aux autres. Il découvre chez Louise une riche personnalité qui ne demande qu’à s’épanouir. Il lui demande d’abord de préparer des vêtements pour les pauvres.

Dans les villes et villages où il prêche la mission, Monsieur Vincent regroupe des femmes bénévoles pour visiter les pauvres malades. Ces associations s’appellent « Confréries de la Charité ». Elles se multiplient ; certaines sont très vivantes, d’autres rencontrent des difficultés. Vincent se rend compte que, pour maintenir la ferveur de ces groupes dans les services rendus aux pauvres, des visites régulières sont nécessaires. Il a en Louise de Marillac la personne qui lui faut. Et, à partir du mois de mai 1629, Louise commence à parcourir les routes de la France pour visiter les Confréries en vue d’un meilleur service des plus pauvres. Elle réunit les membres de l’association, les encourage dans leur travail, réanime leur ferveur. Si cela lui parait être nécessaire, elle réajuste le règlement. Elle visite elle-même les malades, rencontre les petites filles pauvres sans instruction et s’efforce de leur trouver une maîtresse d’école. Son enthousiasme était très communicatif.

* Fondatrice des Filles de la Charité avec Saint Vincent de Paul

Un jour, une fille de la campagne, Marguerite Naseau, vient trouver Vincent pour être employée aux tâches les plus basses que ne pouvaient assurer les dames des Confréries. Elle s’est fait, dans son amour tout évangélique, la servante des plus délaissés. Son exemple a été communicatif. C’est ainsi qu’est née la Compagnie des Filles de la Charité.

Le 29 novembre 1633, Louise accueille, dans sa propre maison rue Saint Victor à Paris, quelques filles de villages qui servent dans les Confréries de la Charité. C’est le début de la Compagnie des Filles de la Charité. D’emblée, Louise se sent responsable de la formation de ces filles, tant au plan humain qu’au plan spirituel. D’abord elles prennent soin des pauvres malades chez eux, dans les villes et les campagnes, puis, au fur et à mesure des besoins, celui des malades dans les hôpitaux, des petites filles à instruire, des enfants trouvés, des prisonniers, des soldats blessés, des réfugiés, des personnes âgées, des malades, et autres… Le sceau de la Compagnie avec la phrase qui dit : « La Charité de Jésus crucifié nous presse », exprime l’unité profonde avec la Charité de Jésus Christ, qui anime et enflamme le cœur de la Fille de la Charité. Louise s’efforce d’enseigner aux Sœurs le projet de cette nouvelle communauté : “se consacrer à Dieu et vivre en communauté pour servir le Christ dans les pauvres“. Pour ces jeunes, il n’était pas toujours facile de vivre ensemble quotidiennement, de servir avec douceur et amabilité des malades difficiles, de se retrouver chaque jour pour prier. Louise les accompagne, les aide personnellement et aussi par ses lettres. Ses lettres sont à la fois un soutien pour toutes les Sœurs qui sont parties loin de Paris et, lorsque cela est nécessaire, elles sont aussi un rappel de la finalité de la Compagnie. Si les Sœurs ne sont pas tout à fait fidèles, elle se sent coupable de ne pas leur donner un bon exemple.

Au long des jours souvent surchargés, Louise de Marillac constate que de nombreux pauvres sont soulagés par les Filles de la Charité. Combien d’enfants ont pu vivre grâce aux dons des Dames de la Confrérie de Hôtel Dieu, chargées de cet œuvre et aux soins attentifs des Sœurs éducatrices. Louise perçoit que toutes ces femmes portent une vraie attention à la souffrance de ceux et celles qu’elles rencontrent. Une forte certitude l’habite progressivement : Dieu a pitié de tous ceux qui souffrent, Dieu n’abandonne pas le pauvre et le pécheur.

Sans crainte, elle demande aux Filles de la Charité au service des galériens, des soldats blessés, des mendiants, etc., de respecter et d’aimer chaque personne créée à l’image de Dieu et réconciliée par le Christ mort et ressuscité. Elle leur demande de savoir découvrir et faire jaillir la petite étincelle de divinité qui réside au fond de chacun. A une Sœur elle a écrit :

Pour l’amour de Dieu, ma chère Sœur, pratiquez une grande douceur envers les pauvres et tout le monde; et essayez de contenter autant de paroles que d’actions; cela vous sera facile si vous conservez une grande estime de votre prochain…

En 1638, elle entreprend, à l’appel de Vincent, une lutte concrète contre le fléau de l’abandon d’enfants. Tous les deux s’y engagent totalement avec ce qui fait leur richesse et leur force, leur amour du prochain et leur esprit pratique. Louise découvre la Miséricorde de Dieu davantage encore en voyant que les pauvres souffrent beaucoup de la faim pendant la guerre, mais que Dieu ne les abandonne pas : en effet, malgré les obstacles, les dames de la Charité arrivent à les nourrir. Louise, elle aussi, se sent pauvre mais elle devient encore plus sûre que, pour elle également, Dieu est Miséricorde. Elle connaît sa propre faiblesse, sa tendance à s’arrêter sur ce qui lui paraît mauvais en elle, mais elle réalise davantage que tout être humain est aimé de Dieu. Elle médite la vie de Jésus qui, tout au long de sa vie publique, proclame – par ses paroles et par ses actes – que Dieu accueille toute personne, sans s’arrêter à sa faute, à ses erreurs, à ses infidélités. Quel réconfort !

CONCLUSION

Louise a découvert personnellement cette tendresse et cette bonté de Dieu, cet amour qui rejoint l’autre au plus profond de son être, qui fait confiance au-delà de ce que l’homme pouvait espérer. Comme son attention se concentre sur Dieu et les pauvres, elle se décentre tout naturellement de sa propre culpabilité. Alors elle peut accueillir la bonté de Dieu qui ne se lasse pas de faire confiance. Elle comprend combien Dieu l’invite à s’accepter avec ses limites et ses qualités. La découverte de la Miséricorde de Dieu va de pair avec la reconnaissance de son péché. Ce que Louise regardait en elle comme fautes devient source d’humilité et elle peut écrire :

Me confiant en l’infinie miséricorde de mon Dieu, je lui demande pardon de tout cœur

Le regard sur son péché ne la trouble plus, car elle a compris l’immense bonté de Dieu qui, sans cesse, pardonne et appelle à l’Amour. Elle se transforme en femme paisible et calme. Ayant appris à reconnaître la grandeur de tout homme, Louise apprend à s’aimer au-delà de toutes les misères qu’elle regarde en elle. Elle devient plus libre et s’engage de plus en plus dans le service des pauvres.

Louise de Marillac a fait l’expérience de la miséricorde de Dieu

  • pour elle-même, dans ses difficultés
  • pour les pauvres à travers les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles.

Aujourd’hui, le Pape François a un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse sur les oeuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience, souvent endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le coeur de l’Evangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine. La prédication de Jésus nous dresse le tableau de ces oeuvres de miséricorde, pour que nous puissions voir si nous vivons, oui ou non, comme ses disciples… et comme Louise de Marillac.

En souvenir de cette réflexion je vous offre l’image de Jésus « Sacré-Coeur» peinte par Ste Louise de Marillac. Au dos de cette image vous trouvez les oeuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Cela peut nous aider dans notre réflexion personnelle qui doit mener toujours vers l’action concrète. Louise de Marillac a bien compris et accompli ces oeuvres en servant Jésus Christ dans la personne des pauvres, par elle-même, ainsi que par les Soeurs et les laïcs qu’elle a formés.
Sr Stanisawa fdlc ♦

Louise a découvert personnellement cette tendresse et cette bonté de Dieu, cet amour qui rejoint l’autre au plus profond de son être.

Sr Stanisawa
Images :

Redécouvrons *les oeuvres de miséricorde corporelles:

1) donner à manger aux affamés,
2) donner à boire à ceux qui ont soif,
3) vêtir ceux qui sont nus,
4) accueillir les étrangers,
5) assister les malades,
6) visiter les prisonniers,
7) ensevelir les morts.

*les œuvres de miséricorde spirituelles:

1) conseiller ceux qui sont dans le doute,
2) enseigner les ignorants,
3) avertir les pécheurs,
4) consoler les affligés,
5) pardonner les offenses,
6) supporter patiemment les personnes ennuyeuses,
7) prier Dieu pour les vivants et pour les morts.