Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

C'est un évènement plein de symboles: ce dimanche matin, plusieurs père synodaux de l'assemblée spéciale sur l'Amazonie ont participé à une messe célébrée dans les Catacombes de Sainte Domitille situées non loin de la Via Appia à Rome. Une messe présidée par le cardinal brésilien Claudio Hummes, rapporteur général du synode. Ils ont fait mémoire du "Pacte des Catacombes" au cours duquel 42 pères du Concile Vatican II avaient demandé à Dieu la grâce d'«être fidèle à l'esprit de Jésus» dans le service des pauvres. Ce document intitulé «Pacte pour une Église Servante et Pauvre» avait alors pour ambition de mettre les pauvres au centre du ministère pastoral.

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Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

Pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine

Nous, participants au Synode panamazonien, nous partageons la joie de vivre parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, d’habitants des rives de fleuves, de migrants et de communautés des périphéries des villes de cet immense territoire de la planète. Avec eux, nous avons fait l’expérience de la puissance de l’Évangile qui agit dans les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple, de partage et de gratuité. Marqués par l’écoute de leurs cris et de leurs larmes, nous accueillons chaleureusement les paroles du Pape François :

“Beaucoup de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse de l’amour de l’Église. Pour eux, avec eux, nous marchons ensemble”.

Souvenons-nous avec gratitude de ces évêques qui, dans les catacombes de sainte Domitille, à la fin du Concile Vatican II, ont signé le Pacte pour une Église servante et pauvre. Nous nous souvenons avec vénération de tous les martyrs membres des communautés ecclésiales de base, des organismes pastoraux et des mouvements populaires, des leaders indigènes, des missionnaires hommes et femmes, des laïques et des laïcs, des prêtres et des évêques, qui ont versé leur sang en raison de cette option pour les pauvres, de la défense de la vie et de la lutte pour protéger notre Maison commune. À la gratitude pour leur héroïsme, nous joignons notre décision de poursuivre leur lutte avec fermeté et courage. C’est un sentiment d’urgence qui s’impose face aux agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Très Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, devant les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et devant celles qui sont solidaires avec nous en Afrique, en Asie, en Océanie, en Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des Apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et surtout de notre Amazonie, en profonde communion avec le Successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous nous engageons personnellement et collectivement à :

1.   Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de notre mère la terre, mais ses fils et ses filles, formés par la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), hôtes et pèlerins (1 Pt 1, 17b et 1 Pt 2, 11), appelés à être ses gardiens zélés (Gn 1, 26). À cette fin, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est interconnecté, le genre humain et l’ensemble de la création, parce que tous les êtres sont filles et fils de la terre et sur elle plane l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec toute la création: «Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.» (Gn 9, 9-10 et Gn 9, 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier pour les peuples originaires, et garantir avec eux le droit d’être protagonistes dans la société et dans l’Église. Les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs identités et leur spiritualité. Prendre conscience qu’elles doivent être respectées aux niveaux local et mondial et, par conséquent, encourager, avec tous les moyens à notre disposition, à les accueillir sur un pied d’égalité dans le concert mondial des peuples et des cultures. 

5. Par conséquent, dans nos paroisses, diocèses et groupes, tout type de mentalité et d’attitude coloniale, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toute forme de violence et d’agression contre l’autonomie et les droits des peuples originaires, leur identité, leurs territoires et leurs modes de vie.

7. Proclamer la nouveauté libératrice de l’Évangile de Jésus-Christ, en accueillant l’autre et le différent, comme ce fut le cas pour Pierre dans la maison de Corneille: «Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain.» (Ac 10, 28).

8. Marcher œcuméniquement avec les autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Evangile, et avec les autres religions et personnes de bonne volonté, en solidarité avec les peuples originaires avec les pauvres et les petits, dans la défense de leurs droits et dans la préservation de la maison commune.

9. Établir dans nos Églises particulières un style de vie synodal, dans lequel les représentants des peuples originaires, les missionnaires, les laïcs hommes et femmes, en vertu de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, ont une voix et un vote dans les assemblées diocésaines, dans les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, en tout ce qui les concerne dans la gouvernance des communautés.

10. Nous engager à reconnaître d’urgence les ministères ecclésiaux déjà existants dans les communautés, exercés par des agents pastoraux, des catéchistes indigènes, des ministres – hommes et femmes – de la Parole, en valorisant en particulier leur attention aux plus vulnérables et exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de la visite à une pastorale de la présence, en assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie devienne effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la véritable diaconie du grand nombre de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et essayer de les consolider avec un ministère adéquat de leaders féminins de communautés.

13. Chercher de nouveaux parcours d’action pastorale dans les villes où nous opérons, avec les laïcs et les jeunes comme protagonistes, en prêtant attention à leurs périphéries et aux migrants, aux travailleurs et aux chômeurs, aux étudiants, aux éducateurs, aux chercheurs et au monde de la culture et des communications.

14. Face à la vague de consumérisme, assumer un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire avec ceux qui ont peu ou rien ; réduire la production de déchets et l’utilisation du plastique ; encourager la production et la commercialisation de produits agro-écologiques ; utiliser les transports publics autant que possible.

15. Se placer aux côtés de ceux qui sont persécutés pour leur service prophétique de dénonciation et de réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des plus petits, d’accueil et de soutien aux migrants et réfugiés. Cultiver de vraies amitiés avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, exercer un ministère d’écoute, de consolation et de soutien qui soulage et redonne espoir.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et de notre petitesse face à de si grands et si graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Par-dessus tout, que nos communautés ecclésiales nous aident par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, quand cela est nécessaire, par la charité et la correction fraternelle.

Acceptons avec un cœur ouvert l’invitation du Cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et en regagnant nos églises :

«Laissez-vous envelopper par le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas submerger par l’autoréférentialité, mais par la miséricorde devant le cri des pauvres et de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce synode est comme une table que Dieu a dressée pour ses pauvres et Il nous demande de servir à cette table».

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme «un acte d’amour cosmique» «“Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde”. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, “la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même”. C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.» (Laudato Si’, 236).

 

Catacombes de Sainte Domitille

Rome, 20 octobre 2019

“Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur !” (Ps 112, 3). Chronique de la première rencontre des responsables de la pastorale des vocations de la Congrégation de la Mission. 1er Journée, 19 Novembre 2018

“Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur !” (Ps 112, 3).

Chronique de la première rencontre des responsables de la pastorale des vocations de la Congrégation de la Mission

1er Journée, 19 Novembre 2018

Depuis plusieurs années nous assumons pleinement que la Congrégation de la Mission c’est une réalité présente partout dans le Monde. Nous percevons et nous vivons cette réalité en cette 1ère rencontre des Animateurs des Vocations organisée par le Centre Internationale de Formation (CIF) à la Maison-Mère de Paris, du 19 novembre au 1er décembre 2018.

Toute au long de cette première journée, nous avons eu le temps de partager les impressions des quelques « hommes apostoliques » intéressés, pas seulement, pour porter la Bonne Nouvelle à nos frères et sœurs les plus nécessiteux, mais aussi, pour savoir comment transmettre l’héritage reçu aux prochaines générations des missionnaires « plus jeunes » et ainsi continuer cette aventure d’évangélisation sur les chemins du monde.

Notre supérieur général le père Tomaž Mavrič, dans son discours d’ouverture, a insisté sur la priorité du travail que nous devons accomplir en bien de notre « petite compagnie » en prenant le risque d’abandonner des méthodes obsolètes qui peuvent empêcher l’entrée des nouveaux candidats. Le Père Général a mis accent sur la mise à disposition des moyens (de tout ordre) pour accueillir, soutenir et promouvoir les vocations surtout dans ces régions du monde où les formateurs et les infrastructures viennent à manquer.

Le Père Général nous invite, aussi (dans l’espérance) à faire tous les efforts pour que, sur un horizon de dix ans, 200 vocations viennent nous joindre pour ainsi augmenter le nombre des disciples du Christi évangélisateur des pauvres. La participation des toutes les provinces est nécessaire ! Avec leur participation, nous aurons la possibilité de montrer, transmettre et appuyer des idées créatives des confrères du monde entier, qui viendront soutenir le travail d’animation des vocations des uns et des autres.

Nous nous sommes donnés comme tâche finale de cette rencontre de formation, de publier un document de conclusion qui va servir (nous l’espérons) de guide pour mettre en route des nouveaux projets dans la cadre de la pastorale des vocations.

A la fin de la journée, ensemble comme « des frères qui s’aiment en Jésus-Christ ». Nous avons célébré l’eucharistie inaugurale de ce cours intensif, présidée par le 24è successeur de saint Vincent de Paul en la chapelle qui lui est dédiée et qui reste comme un très beau reliquaire pour garder jalousement la dépouille de celui qui est connu comme « le Mystique de la Charité ».

De cette manière, nous, membres de la Congrégations de la Mission, venus des quatre horizons du monde « du levant au couchant du soleil », nous continuons notre réflexion pour partager nos réflexions et nous encourager mutuellement, dans notre mission d’animateurs de la Pastorale des Vocations dans la Congrégation et au service de l’Église et surtout pour les bien des méprisés et délaissés de cette société du XXIe siècle.

José Luis Cañavate Martínez, CM – Province de Saragosse 🔸

Depuis plusieurs années nous assumons pleinement que la Congrégation de la Mission c’est une réalité présente partout dans le Monde.

Traduction de l’espagnol :

Alexis CERQUERA TRUJILLO CM – Province de Paris

Qui suis-je pour juger ? « TVU ‘Tendre Vers l’Unification’ »

Qui suis-je pour juger ?

« TVU (Tendre vers l’unification) »

Groupe de partage, de fraternité,
destiné aux prêtres ou religieux concernés par l’homosexualité qui souhaitent retrouver la joie d’un célibat chaste et continent

C’est l’Association « Devenir un En Christ » (groupe des catholiques concernées directement ou indirectement par l’homosexualité existant depuis 30 ans) qui m’a sollicitée pour faire naitre cette initiative. L’expérience a commencé en établissant des contacts par mail avec les prêtres qui demandaient de l’aide spirituelle face à cet aspect de leur personnalité.

À partir de ces échanges une proposition de retraite spirituelle a vu le jour. Ce temps de méditation et de prière a été préparé avec la collaboration d’une psychologue laïque thérésienne, il a été bâti sous le thème : « re choisir le Christ ». Sept prêtres ont répondu à cette proposition. Malheureusement, à la suite du texte de la Congrégation de l’Education Catholique interdisant l’accès au sacerdoce aux hommes homosexuels, tous ont décliné leur participation.

Après deux ans de réflexion et avec la collaboration d’un prêtre diocésain de Toulouse, nous avons créé ce service qui porte le nom de TENDRE VERS L’UNIFICATION et a pour objectif de venir en aide aux prêtres ou aux frères religieux  en situation de crise en les invitant à vivre la joie de consacrés dans le célibat continent.

Le Visiteur de la province Lazariste de Toulouse à l’époque, le père Yves Bouchet, CM nous a invité à aller rencontrer Mgr Giraud, évêque auxiliaire Lyon et responsable de la commission de la Conférence Episcopale chargée des prêtres à ce moment-là : Mgr GIRAUD qui a manifesté son intérêt pour une telle initiative. Nous avons commencé à bâtir ce projet et par la suite nous avons pris l’habitude d’envoyer nos compte-rendu à ces successeurs en ce service : Mgr Bouilleret (alors évêque d’Amiens) et Mgr Beau (alors évêque auxiliaire de Paris).

Le groupe de réflexion a commencé en 2011, co-animé par le prêtre diocésain, du Diocèse de Toulouse, qui connaissait aussi l’Association « Devenir Un En Christ ». Nous l’avons mis sous le patronage de la Congrégation de la Mission, pensant que le service d’accompagnement des prêtres était un service vincentien. Le groupe s’est retrouvé à Paris trois fois les deux premières années, suite à cela et avec le souci d’une plus grande stabilité des vies personnelles nous avons abouti à quatre rencontres annuelles. Les rencontres ont lieu au 67, rue de Sèvres dans le 6e arrondissement.

Normalement nos rencontres commencent le dimanche soir et finissent le lendemain dans l’après-midi. Ils comportent trois axes fondamentaux : la prière liturgique (complies le dimanche soir, laudes et messe le lundi matin). Le partage du « quoi de neuf » (ce qui est advenu dans les mois passés) le dimanche soir et un moment de formation autour des textes ou des petits ouvrages le lundi matin et l’après-midi pour finir avec un moment d’échange de perspectives.

Tous les participants disent que nous sommes devenus une « fraternité » et pour aller plus loin nous avons constitué un groupe whats’app qui est devenu une manière de nous soutenir.

Ordinairement le groupe est constitué par 18 membres (prêtres ou frères) ; quatre ont décidé d’arrêter pour différentes raisons. D’autres sont en lien avec le groupe mais ils ne parviennent pas à faire le pas de venir “s’exposer” avec d’autres prêtres  ou frères pour vivre le partage. A chaque fois nous sommes entre 10 et 14 prêtres et frères par rencontre.

Nous nous sommes donnés à connaître par le « bouche-à-oreille ». Nous nous présentons aussi aux évêques avec lesquels nous sommes en lien et quelques abbayes ou centres spirituels dont nous sommes proches (Solesmes, Tamie, Leyrins, En Calcat, Notre Dame du Désert, Maylis, Grottes Saint Antoine).

Pour aller plus loin dans la communication nous désirons constituer un blog ou dans l’avenir bâtir un site internet. Cet article se veut une manière humble de vous partager l’existence de cette expérience évangélique et d’Église en ce temps de difficulté dans notre communauté ecclésiale.

Nous bénéficions de l’attention des quelques évêques de la Conférence Épiscopale Française, et tenons informé le responsable de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale de ladite Conférence. Nous informons régulièrement nos supérieurs de nos activités (bien sûr en gardant la discrétion) pour qu’ils comprennent l’importance de ce service et nous aident à avancer dans nos recherches de stabilité spirituelle et humaine pour mieux servir l’Église que nous appelle chaque jour.

Nous nous retrouvons tous les trois mois à Paris, et nous espérons être des bons instruments à l’écoute de nos confrères prêtres et frères….

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

L’homosexualité est difficile à aborder parce qu’elle touche aux profondeurs de l’humain et qu’elle a des effets socio-politiques. Nous avons souhaité nous laisser provoquer par l’interrogation du pape et, au-delà des « pré-jugés », ré-ouvrir la réflexion sur l’homosexualité.

François EUVÉ, revue ETUDES n. octobre 2014

Pour toute information ou pour prendre contact :

 

P. Bernard MASSARINI, CM

par courriel (click) :

waranaka@hotmail.com

Portable (mobile ) :

(0033) (0) 6 26 01 45 70

 

Les Lazaristes et Pierre Poivre, grands bâtisseurs de notre chrétienté

Les Lazaristes et Pierre Poivre, grands bâtisseurs de notre chrétienté

Pour vous les jeunes, dont un certain nombre se prépare activement à la grande célébration qui aura lieu au Thabor un dimanche de mai. Pour les moins jeunes aussi qui ont tout intérêt à savoir ce que nous Mauriciens devons à deux grands bâtisseurs de notre chrétienté ; voici une histoire qui mérite d’être connue.

En 1843, arrive le Père Laval et il y a eu, par la suite, quelque 220 prêtres et frères de la congrégation religieuse missionnaire nouvellement créée des Spiritains, qui sont venus donner un grand dynamisme à l’église catholique de notre pays.

En 1862, la congrégation des Pères Jésuites a commencé à nous envoyer des prêtres.

Avant eux toutefois, les premiers missionnaires qui sont venus travailler dans notre pays ont été les Lazaristes. Ils méritent d’être connus et reconnus.

L’autre bâtisseur, profondément croyant, qui avait la vision d’un pays riche de valeurs et d’honnêteté, est Pierre Poivre.

 

Les Lazaristes, premiers missionnaires de Maurice

Les Lazaristes appartiennent à une congrégation fondée en 1625 par Saint Vincent de Paul regroupant des prêtres et des frères. Ils sont appelés Lazaristes ou prêtres de Saint-Lazare, parce que c’était le nom du quartier où se trouvait leur maison à Paris. Le prêtre lazariste portait le titre « Monsieur » suivi de son nom de famille, et non celui de « Père », comme c’est le cas pour les autres prêtres.

En 1648, saint Vincent envoie des missionnaires à Madagascar. Ceux-ci doivent abandonner l’île en 1674, lors du massacre de Fort-Dauphin. Depuis, les Lazaristes ont toujours souhaité pouvoir y retourner et c’est dans ce but qu’ils acceptent de venir comme missionnaires dans les Mascareignes, pour accompagner les migrants français qui vont s’établir dans cette région du monde, cette nouvelle mission pouvant servir de base à cette reprise.

 

113 lazaristes en mission à Bourbon et à l’Isle de France

La plus ancienne et la plus importante colonie française dans l’océan Indien était alors l’Ile Bourbon, l’actuelle Ile de la Réunion. Dès 1712, un traité est signé entre la Compagnie des Indes et les Lazaristes pour qu’une mission soit fondée dans l’Ile Bourbon et les cinq premiers Lazaristes y arrivent finalement en 1714.

Quand en 1721, la Compagnie des Indes décide d’ouvrir une nouvelle colonie, l’Isle de France, qui est devenue notre Ile Maurice actuelle, 2 prêtres lazaristes et 2 frères lazaristes acceptent d’accompagner les colons pour le service spirituel dans cette nouvelle terre d’implantation des Français.

Le livre de Marc Thieffry, « Les Lazaristes aux Mascareignes aux XVIIIe et XIXe siècles dans Ile Bourbon (La Réunion) et Isle de France (Maurice) » publié en 2017 par les Éditions Harmattan, raconte en détail la présence et le travail des 113 lazaristes qui ont été missionnaires dans les deux îles que la Compagnie des Indes voulait exploiter.

« Ces missionnaires ont donné leur jeunesse, leurs rêves, leurs souffrances, leur vocation pour que vive la foi sur ces îles… » Ces deux îles étaient régies par un seul responsable qui portait le nom de Préfet apostolique, ayant les responsabilités de l’évêque actuel. Ce préfet résidait à Bourbon d’abord, puis est venu s’installer à l’Isle de France. Un vice-Préfet était responsable de l’autre île.

Les missionnaires lazaristes sont donc venus exercer leur ministère à l’Ile Bourbon qui était déjà habité par des Français venus s’établir dans l’île. En 1720, le voyage pour voguer entre les deux îles pouvait prendre 19 jours.

 

Les lazaristes dans l’Isle de France

Avant le départ des premiers Français de Lorient pour venir exploiter notre pays, le Père Général des Lazaristes et les dirigeants de la Compagnie des Indes avaient, d’un commun accord, divisé notre île en deux paroisses. Port Sud-Est, aussi connu comme Port-Bourbon, allait être dédié à Notre-Dame des Anges. L’autre paroisse, celle du Port Nord-Ouest, allait être mise sous le patronage de St. Louis IX, roi de France, d’où le nom de la capitale, Port-Louis.

Les premiers Lazaristes MM. Borthon et Daniel Igou, tous deux âgés de 43 ans et les frères Adam (26 ans) et Lecocq (29 ans) ont donc accompagné les colons, venus s’établir dans l’Isle de France.

Le 5 avril 1722 : Dimanche de Pâques, arrivent les premiers migrants au Port-Nord-Ouest sur le bateau, La Diane, après 9 mois d’une traversée longue et pleine de dangers, d’où l’importance pour les croyants d’être accompagnés de prêtres pour recevoir les sacrements et les aider à rester en relation avec Dieu.

Comme les Lazaristes débarquent avec les autres voyageurs au Port Nord-Ouest la paroisse Saint-Louis existe dès le premier jour, mais il n’y a aucun lieu de culte. L’autre paroisse est celle de Grand-Port: les bâtiments délabrés laissés par les Hollandais ont servi de chapelle.

Mgr Amédée Nagapen raconte dans son livre : « A la fin de 1723, l’île abritait 160 blancs, en 1725, 313, et vers 1730, un peu moins de 1 000. » C’est la présence des esclaves qui est venu gonfler la population. Vers 1730, ils étaient 648.

En 1735, arrive François Mahé de Labourdonnais comme gouverneur des deux îles – Bourbon et l’Isle de France. Il fait de Port-Louis, un port protégé et une capitale. Il encourage des Européens et des Indiens libres à se fixer dans l’île comme planteurs, soldats, artisans, ils sont 67 nouveaux immigrants qui ont obtenu des concessions de terre; ils introduisent dans le pays 504 esclaves pour travailler dans la culture et 87 esclaves pour travailler dans les familles.

En 1738 : 101 immigrants ont obtenu des concessions de terre avec 672 esclaves pour la culture, ce qui va constituer un total de 3946 habitants

8 septembre 1738 : Une première messe est célébrée aux Pamplemousses dans la case qui servait de logement, ce n’est qu’en 1740, que les missionnaires disposeront d’une petite chapelle.

 

Gabriel Igou, le fondateur de l’Église dans notre pays

Gabriel Igou a passé 42 ans dans nos îles. Ce prêtre prend tout de suite la charge du Port-Nord-Ouest. Il est donc le premier curé de la paroisse Saint-Louis. Il y reste 9 mois. Il part ensuite pour Bourbon (La Réunion) où durant 10 ans, il s’occupe de la paroisse de Port-Bourbon. En décembre 1733, il prend possession de la paroisse de Saint-Louis au Port-Louis. M. Igou a été le prêtre responsable de l’Isle de France durant 27 ans. « Tant que le vénérable M. Igou a pu agir, il valait seul dix ouvriers… En 1758, il est atteint de cécité et de paralysie. A présent, courbé sous le poids des années et privé de la vue, il n’a presque de mouvement que celui qui lui est donné. On le porte, les dimanches et fêtes, à l’église, pour la satisfaction et la consolation des insulaires. Ils croiraient avoir tout perdu s’ils ne le voyaient plus. Ils se plaisent à recueillir quelques paroles de vie que peut encore prononcer sa voix faible et mourante. Ils le regardent comme leur apôtre, et ont pour lui la même vénération que les fidèles d’Ephèse avaient pour Saint Jean. »  Il est mort le 2 avril 1764.

Une pierre tombale avec une plaque portant le nom de Gabriel Igou, premier curé de la Cathédrale Saint-Louis, a été retrouvée le 3 novembre 2005 lors des fouilles. La pierre tombale, décrétée patrimoine national de l’Ile Maurice le 2 mai 2007, a intégré le 25 août 2007, la cour de la Cathédrale Saint Louis à Port-Louis.

 

Les paroisses de l’Isle de France

En 1764, il n’y a que 3 paroisses : Saint-Louis, de la ville du Port-Nord-Ouest, chef-lieu de la colonie, Saint-François des Pamplemousses et celle de Notre-Dame du Grand Port.

En 1767, Pierre Poivre écrit : « Il n’y a pas assez de prêtres dans l’île. L’instruction manque. Il faut une paroisse aux plaines de Wilhems, une au Flacq. Il en faudra, sous peu, une autre au sud de l’île où il reste beaucoup de concessions à faire… Cette île divisée en 8 quartiers principaux n’a encore que trois paroisses qui sont établies. Une dans chacun des deux ports, dont les deux églises tombent en ruine. La troisième au quartier des Pamplemousses, dont l’église n’est pas finie. Tout le reste de l’île est sans paroisse, et par conséquent sans culte public. Beaucoup d’habitants n’entendent la messe qu’une fois l’année; quelques-uns passent plusieurs années sans aucun exercice de religion. »

En 1770, 2 nouvelles paroisses sont établies.

La paroisse de Flacq prend le nom de St-Julien.

La paroisse de Moka est érigée. Le 19 août 1770 est posée la première pierre de l’église St-Jean.

En 1780, il n’y a que 33 510 habitants dans le pays.

En 1788, ils sont quelque 45 000, dont 4393 Blancs et 2 456 Gens libres.

Il n’y a plus, à l’hôpital, que trois sœurs d’une Communauté de Chartres. Elles ne paraissent pas contentes de leur sort parce qu’elles n’y ont plus aucune autorité. L’église paroissiale du Port Nord-Ouest tombe en ruines, elle est abandonnée; on fait les offices divins dans le bas d’un magasin de l’État, lieu malsain, indécent, trop petit.

 

Fin de la mission des Lazaristes à Maurice en 1808

Pierre Nicolas Boucher (1771-1808) est arrivé à l’Isle de France en 1776, a été curé de Pamplemousses et supérieur des missionnaires. Il est mort à Port-Louis le 16 octobre 1808. En 1805, il fait un triste constat de la situation dans le pays.

« La population de ces colonies est divisée en Noirs et Blancs. La population Noire est composée de Noirs Mozambiques, Malgaches, Indiens et Créoles…

Chacun raisonne de la religion à sa manière. Les plus mauvais livres sont ceux qu’on lit. Si par hasard, on va à l’église, c’est par cérémonie, par ton, curiosité ou besoin. Nous n’avons qu’un certain nombre de femmes qui approchent des sacrements, et il n’est pas grand.

Vous jugerez de là qu’il se commet dans le commerce beaucoup d’injustices, que le luxe et la volupté sont portés au comble; que les modes, les spectacles et les bals sont très recherchés; que les intrigues, les séparations, le divorce et l’usure ne sont pas rares et que la cupidité joue un grand rôle dans toutes les têtes. A les entendre, toutes les religions sont également bonnes et ils n’en professent aucune; les mariages se font sans piété, sans aucune préparation religieuse… Dans les campagnes, on vient à la messe que 3 ou 4 fois par an, en partie à cause de l’éloignement, en partie à cause de l’indifférence pour la religion… Jamais de prières ni d’instruction aux Noirs. Ces gens sont totalement abandonnés, on ne les instruit pas, le Code Noir n’est plus du tout suivi; on ne suit plus aucune règle; Noirs et Blancs vivent et meurent généralement sans sacrements. »

Un constat certes déprimant. En 1807, la population de la colonie s’élevait, selon le Baron d’Unienville, à 77 768 habitants seulement (la population de l’actuelle ville de Curepipe ou du district de Moka en l’an 2000). L’administration britannique promulguait la liberté religieuse mais le supérieur ecclésiastique devait être un sujet britannique.  Quand Mgr. Slater, moine bénédictin anglophone, prend la responsabilité de son vaste vicariat apostolique, il ne reste que 6 prêtres lazaristes en fonction: ils sont soit morts dans le pays ou ont été rappelés en France.

 

Bref retour des Lazaristes à Maurice entre 1873 et 1880

Quand Mgr. Scarisbrick arrive dans son diocèse de Port-Louis, en 1872, il demande au supérieur des Lazaristes de lui envoyer des prêtres, surtout pour évangéliser les Chinois qui sont au nombre de 3 000. Quatre prêtres lazaristes ont été durant 7 ans en mission à Maurice.

Émile Joseph Navarre, prêtre lazariste, à qui est confiée la paroisse de St Vincent de Paul, à Pailles, s’est occupé de la mission auprès des Chinois établis dans le pays.

Julien Paillard a construit une église à trois nefs, toute en bois à Chamarel dont il avait été nommé curé en 1876.

Les derniers Lazaristes sont rentrés en France en 1880.

Monique DINAN 🔸

Ces missionnaires ont donné leur jeunesse, leurs rêves, leurs souffrances, leur vocation pour que vive la foi sur ces îles…

Explications :

Ce article est publié avec la collaboration de Marc Thieffry

Pour plus d’information vous pouvez visiter le site du journal : https://www.lemauricien.com/article/les-lazaristes-et-pierre-poivre-grands-batisseurs-de-notre-chretiente-i/

Mgr Ardura à Cahors sur les pas du bienheureux Alain de Solminihac

Mgr Ardura à Cahors sur les pas du bienheureux Alain de Solminihac

L’année du 400e anniversaire de l’ordination sacerdotale du bienheureux Alain de Solminihac, évêque de Cahors (1636-1659), « année des vocations » dans ce diocèse, sera marquée par un colloque, avec la participation de Mgr Ardura, et par un pèlerinage organisé pour prier pour les vocations dans les diocèses de France, avec la participation du cardinal Barbarin.

Mgr Bernard Ardura, prémontré, et président du Comité pontifical des sciences historiques participera au colloque organisé, le samedi 9 juin 2018, par le diocèse de Cahors, en partenariat avec la Société des Etudes du Lot, sur le thème: « A. de Solminihac, le courage et l’humilité au service des autres ».

Mgr Ardura interviendra sur le thème : « Alain de Solminihac, un évêque dans la mise en œuvre de la Réforme Catholique ».

Participeront aussi à cette journée, placée sous la présidence de Mgr Laurent Camiade : Bernard Barbiche, Etienne Baux, Nicole Lemaitre, Patrick Petot, Christine Mengès-Le Pape, David Gilbert.

« Soucieux par dessus tout d’appliquer les décrets du Concile de Trente, Alain de Solminihac fut, pour « ce siècle des saints », l’un des grands acteurs de la Réforme catholique dans le royaume de France, expliquent els organisateurs. En une époque de fortes violences gallicanes, la sainteté de sa vie quasi monacale, son courage, ses heureuses initiatives pour la restauration du culte et le soulagement des pauvres, forcèrent l’admiration du peuple chrétien, de ses amis dont Vincent de Paul, du pouvoir royal et de ses opposants.  »

Ce sera l’occasion, indiquent les organisateurs, de « rappeler aux fidèles la vie et l’oeuvre de ce grand évêque, baron et conte de Cahors, réformateur, ami des pauvres, dont la devise était : « Aussy bien que se peut, jamais rien à demy ».

Le programme se trouve ici : https://www.cahors.catholique.fr/IMG/pdf/programme-3.pdf .

On peut s’inscrire par mail à l’adresse : colloquesolminihac@gmail.com .

Auparavant, une « Journée mariale » aura lieu le 5 mai 2018 à Rocamadour.

Pour la clôture de l’année Solminihac, le samedi 22 septembre 2018, jour anniversaire de l’ordination sacerdotale du bienheureux Alain, Mgr Laurent Camiade évêque de Cahors, convie ses confrères évêques de France ou leurs délégués à venir prier ensemble pour les vocations dans tous les diocèses.

Le cardinal Philippe Barbarin y participera les 22 et 23 septembre.

Au programme du samedi 22 : la messe, à 15 h à la cathédrale Saint-Etienne de Cahors, auprès des reliques du bienheureux.

Puis, pour ceux qui le souhaitent, ce sera le départ vers Rocamadour au sanctuaire de Notre Dame, avec, à 21 h, la procession aux flambeaux puis une veillée de prière et une nuit d’adoration eucharistique à la crypte.

Au programme du dimanche 23 septembre, à 11 h, la messe dominicale présidée par le cardinal Barbarin.

“Alain de Solminihac, religieux puis évêque, baron et comte de Cahors, de 1636 à 1659, au temps de Richelieu et Mazarin, béatifié en 1981, par Jean-Paul II, assuma ses responsabilités religieuses et civiles en consacrant ses ressources pour lutter contre la misère spirituelle et matérielle du peuple”, explique la page qui lui est consacrée par le diocèse, qui ajoute: “Etrangement méconnu aujourd’hui, il fut un des grands acteurs de la Réforme catholique dans le royaume et particulièrement en Quercy. En un siècle dur et violent, la sainteté de sa vie quasi monacale, son courage, ses heureuses initiatives pour la restauration du culte et le soulagement des pauvres forcèrent l’admiration du peuple, de ses amis, dont Vincent de Paul, du pouvoir royal et de ses opposants. Son activité et son influence notable lui valurent le surnom de «  Borromée français ».”

Un décryptage de l’icône du bienheureux « écrite » par Véronique Vié (artdelicone.fr), pour l’Année Solminihac, se trouve ici.

Anita BOURDIN – Zenit 🔸

Ce sera l’occasion, indiquent les organisateurs, de « rappeler aux fidèles la vie et l’oeuvre de ce grand évêque, baron et conte de Cahors, réformateur, ami des pauvres, dont la devise était : « Aussy bien que se peut, jamais rien à demy ».

ANITA BOURDIN,

Journaliste accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef du service en français de ZENIT qu’elle a lancé en janvier 1999. Correspondante de Radio Espérance à Rome depuis l’An 2000. Maître ès lettres (Paris IV-Sorbonne), habilitation au doctorat en théologie biblique (PUG, Rome). Master en journalisme (IJRS, Bruxelles).

www.zenit.org

GAUDETE ET EXSULTATE : Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François

GAUDETE ET EXSULTATE : Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François

« Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François »: ce sont les « pistes de lecture » d’Antonio Spadaro, directeur de La Civilta Cattolica (mars 2018), que publient les éditions Parole et Silence.

Cinq ans après son élection, le pape François publie sa troisième Exhortation apostolique sous le titre Gaudete et exsultate (GE). Comme l’indique explicitement le sous-titre, elle a pour thème « l’appel à la sainteté dans le monde actuel ». Le Pape lance un message essentiel en  indiquant ce qui compte, le sens même de la vie chrétienne qui, selon les propres termes de saint Ignace de Loyola aux jésuites, « chercher et trouver Dieu en toutes choses » : curet primo Deum. C’est le cœur de toute réforme, personnelle et ecclésiale : mettre Dieu au centre.

Le card. Bergoglio, devenu pape, a choisi le nom de « François » pour cette raison : en tant que pontife, il a épousé la mission de François d’Assise : « reconstruire » l’Église dans le sens d’une réforme spirituelle avec Dieu au centre. Il affirme : « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » (GE 1).

Ce texte magistériel ne veut pas être « un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification ». L’  « humble objectif » du pape est de « faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités » (GE 2). Et en ce sens il espère « que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté » (GE 177). Comme nous le verrons au cœur de ce désir du Pape il y a le discernement.

Gaudete et exsultate se compose de cinq chapitre. Le point de départ est « l’appel à la sainteté » adressé à tout le monde. De là, nous passons à l’identification claire de « deux ennemis subtils » qui tendent à résorber la sainteté dans des formes élitistes, intellectuelles ou volontaristes. D’où la présentation des béatitudes évangéliques  comme un modèle positif d’une sainteté qui consiste à suivre le chemin à la « lumière du Maître » et non d’une vague idéologie religieuse. Ensuite, nous avons la description de « certaines caractéristiques de la sainteté dans le monde d’aujourd’hui » : la patience et la douceur, l’humour, l’audace et la ferveur, la vie communautaire et la prière constante. L’Exhortation se termine par un chapitre consacré à la vie spirituelle comme « combat, vigilance et discernement ».

Le document est facile à lire et n’a pas besoin d’explications complexes. Cependant, dans ce petit guide, en plus d’une présentation du document, nous essaierons de montrer surtout ses sources lointaines dans les réflexions pastorales de Bergoglio jésuite puis évêque, et enfin dans le pontife plus récent. Nous essaierons également d’identifier les thèmes centraux et le message clair que François a l’intention de lancer aujourd’hui à l’Église. Qu’est-ce que la sainteté pour François ? Où la voyons-nous réalisée ? Sous quelles formes et dans quels contextes ? Comment pouvons-nous la définir ?

 

La ‘‘classe moyenne de la sainteté’’

La sainteté est au cœur du pontificat de François depuis le début. Dans l’interview qu’il a donnée à La Civiltà Cattolica en août 2013, soit cinq mois après son élection, il en a longuement parlé. Il est nécessaire de relire un passage fondamental : « Je vois la sainteté dans le peuple de Dieu, sa sainteté quotidienne ». Et encore, plus précisément : « Je vois la sainteté, continue le Pape, dans le peuple de Dieu, patient : une femme qui élève ses enfants, un homme qui travaille pour apporter le pain à la maison, les malades, les prêtres âgés qui ont de nombreuses blessures mais qui ont le sourire parce qu’ils ont servi le Seigneur, les sœurs qui travaillent si dur et vivent une sainteté cachée. Telle est pour moi la sainteté commune. La sainteté, je l’associe souvent à la patience : non seulement la patience comme hypomonè, la prise en charge des événements et des circonstances de la vie, mais aussi comme constance pour aller de l’avant, jour après jour. Telle est la sainteté de l’Église militante dont parle aussi saint Ignace. C’était la sainteté de mes parents : de mon père, de ma mère, de ma grand-mère Rosa qui m’a fait tant de bien. Dans mon bréviaire, j’ai le testament de ma grand-mère Rosa et je le lis souvent ; pour moi, c’est comme une prière. Elle est une sainte qui a tant souffert, même moralement, et elle est toujours allée de l’avant avec courage ».

Dans cette réponse, il est possible de reconnaître le ton et la signification de Gaudete et exsultate, son climat spirituel et son application pratique. Parmi ses réponses à notre interview le Pape avait donné une définition : « c’est une « classe moyenne de la sainteté » dont nous pouvons tous faire partie, celle dont parle Malègue ». Joseph Malègue est un écrivain français qui lui est cher, – né en 1876 et mort en 1940 – il est également mentionné dans Gaudete et exsultate à propos de la sainteté « “de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (GE 7). Malègue écrit dans Augustin, ou le maitre est là : « La vieille idée que seule l’âme des saints est le terrain propice à l’exploration correcte du phénomène religieux lui semblait insuffisante. Même les âmes les plus modestes ont compté, les classes moyennes de la sainteté ».

La sainteté doit donc être recherchée dans la vie ordinaire et chez les proches, non dans des modèles idéaux, abstraits ou surhumains. « Le chemin de la sainteté est simple – avait dit François à sainte Marthe le 24 mai 2016 –. Ne vous retournez pas, mais allez toujours de l’avant. Et avec force « . Elle n’est pas non plus « une sainteté de vernis, tout belle » (Homélie à sainte Marthe, 14 octobre 2013) ou une « sainteté feinte » (5 mars 2015). Il ne faut pas chercher des vies parfaites sans erreur (cf. GE 22), mais, « malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur » (GE 3). Il n’y a pas d’asymétrie et il n’y a pas de distance sidérale entre l’homme ordinaire et celui qui a l’honneur des autels.

Dans notre interview, François a également parlé de la sainteté au sujet de la renonciation au pontificat de son prédécesseur, en disant : « Le pape Benoît a fait acte de sainteté, de grandeur, d’humilité ». La sainteté réunit l’humilité et la grandeur, et concerne aussi bien un travailleur normal, une grand-mère ou un pape. C’est la même sainteté. Peut-être Bergoglio l’a-t-il aussi appris dans les pages de Malègue qui écrivait aussi : « Parce que dans la confession c’est Jésus qui absout, l’âme du vicaire d’Ars et la mienne sont, pour ce qui regarde la sainteté, à égal distance de l’Infini ».

Une sainteté du peuple

François nous fait comprendre que la sainteté n’est pas le résultat de l’isolement : elle est vécue dans le corps vivant du Peuple de Dieu. Dans un texte publié en 1982, Bergoglio disait : « Nous sommes né pour la sainteté, dans un corps saint, celui de notre sainte mère l’Église ». De façon synthétique il affirme que la sainteté « est la visite de Dieu à son corps ». Et il écrit dans l’exhortation : « C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple » (GE 6).

Nous sommes donc « entourés d’une multitude de témoins », qui « nous encouragent à ne pas nous arrêter en chemin, qui nous incitent à continuer de marcher vers le but » (GE 3). Nous lisions déjà dans Evangelii gaudium (EG) : « nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage » (EG 87).

Cette expérience du peuple ne concerne pas seulement ceux qui sont proches de nous, mais elle se fonde sur une tradition vivante qui inclut ceux qui nous ont précédés.

Ici, le Pape développe une intuition qu’il avait déjà exprimée dans le prologue, écrit en 1987, de son deuxième livre, Reflexiones sobre la vida apostolica. Dans ces pages il parlait des ancêtres qui nous ont précédés dans l’espérance, « des générations et des générations d’hommes et de femmes, pécheurs comme nous ». Ils « ont vécu les nombreuses contrariétés de la vie, les ont endurés et ont pu transmettre le flambeau de l’espoir ; Voilà comment cela nous est arrivé. C’est à nous d’être féconds en le transmettant à notre tour. La plupart de ces hommes et femmes n’ont pas écrit l’histoire : ils ont simplement travaillé et vécu et – parce qu’ils se savaient pécheurs – ils ont accueilli le salut dans l’espérance. Ils ont transmis non seulement une « doctrine » mais surtout un « témoignage », et ils l’ont fait « dans la simplicité des choses de tous les jours. ».

Bergoglio cite encore l’écrivain français qui lui est cher : « Nous ne connaissons pas leurs noms, ils délimitent un peuple de croyants, une sainteté quotidienne : la classe moyenne de la sainteté, aimait à dire Malègue. Nous ne savons rien de leurs histoires, pourtant leur vie a fleuri devant la nôtre : le parfum de leur sainteté nous est parvenu ». Trente ans plus tard nous retrouvons les mêmes expressions dans l’Exhortation Apostolique Gaudete et exsultate. Ils manifestent en profondeur la vision que Bergoglio a de la sainteté.

 

Une sainteté personnelle comme mission

La sainteté n’est donc pas l’imitation de modèle abstrait et idéal. Les références de la sainteté ordinaire sont simples, proches, populaires : une « minuscule sainteté ». Tant de fois François se réfère à Thérèse de Lisieux, rappelant son chemin vers la sainteté. Il porte ses écrits avec lui lors de ses voyages apostoliques et a canonisé ses parents. Dans l’homélie de la Messe célébrée à Tbilissi, en Géorgie, le 1er octobre 2016, il cite les écrits autobiographiques de Thérèse de l’Enfant Jésus dans lesquels il indique sa « petite voie » vers Dieu, « l’abandon du petit enfant, qui s’endort sans crainte dans les bras de son père », car « Jésus ne demande pas de grands gestes, mais seulement de l’abandon et de la gratitude  » ».

Mais la sainteté est aussi liée à la personne dans sa singularité la santità è anche legata alla singola persona : la sainteté c’est vivre sa propre vocation et mission sur la terre : « Chaque saint est une mission » (GE, 19). C’est également un enseignement de la petite Thérèse, comme il l’a dit dans son homélie en la Cathédrale de l’Immaculée Conception de Manille le 16 janvier 2015. La sainteté elle-même est une mission. Elle n’est pas un idéal abstrait. François l’avait écrit avec des mots de feu dans Evangelii gaudium : « Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. Là apparaît l’infirmière dans l’âme, le professeur dans l’âme, le politique dans l’âme, ceux qui ont décidé, au fond, d’être avec les autres et pour les autres. » (EG 273). Le concret des exemples est frappant. Bergoglio ne parle ni n’écrit « en général » : il a besoin de pointer des figures concrètes.

En 1989 Bergoglio avait présenté un livre du P. Ismael Quiles, un jésuite qui lui était cher et qui avait été son professeur. François l’a également mentionné dans Evangelii gaudium. Le titre du volume présenté par Bergoglio était Mon idéal de sainteté. Après avoir parlé de la sainteté en général, Quiles consacre sa deuxième partie à la sainteté que Dieu veut pour chacun d’une manière différenciée. Il s’agit donc de discerner son propre chemin de sainteté, celui qui permet de donner le meilleur de soi-même, comme François l’écrit implicitement en rappelant la leçon de son confrère. (cf. GE 11).

 

Une sainteté progressive et sans limites

C’est Quiles lui-même qui recommande – comme le fait François dans Gaudete et exsultate – la gradualité : « Dieu ne veut pas une perfection égale pour toutes les âmes ; il désire encore moins qu’une âme atteigne d’ un coup à ce degré de sainteté qu’elle peut atteindre ». La sainteté concerne la totalité de la vie, et non le détail méticuleux des actions d’une personne. Il n’y a pas de « comptabilité » des vertus. C’est par l’ensemble de sa vie – parfois aussi faite de contrastes, de lumière et d’ombre – que le mystère d’une personne est capable de refléter Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui (Cf. GE 23). Elle se réalise « même au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes » (GE 24).

Nous devons toujours prendre en compte les limites humaines, le chemin progressif de chacun, mais aussi le grand mystère de la grâce qui agit dans la vie des gens. Le saint n’est pas un « surhomme ». « La grâce agit historiquement et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive. C’est pourquoi si nous rejetons ce caractère historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver à la nier et à la bloquer, bien que nous l’exaltions par nos paroles. » (GE 50).

La sainteté peut se vivre « même en dehors de l’Église catholique et dans des milieux très différents », nei quali « l’Esprit suscite des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ » (GE 9), comme l’écrit Jean-Paul II.

Le risque le plus grave est de prétendre « définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes » (GE 42). Au contraire, « même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie » (GE 42).

Nous devons donc chercher le Seigneur dans chaque vie humaine sans « exercer une supervision stricte sur la vie des autres » (GE 43). Nous avons ici en quelques mots l’exhortation – qui apparaît fréquemment dans Amoris laetitia (voir, par exemple, AL 112 ; 177; 261; 265; 300; 302; 310) – à fuir l’attitude qui consiste à contrôler la vie des autres et qui débouche sur un jugement qui est condamné.

C’est un point très important de la perspective spirituelle de François, qui avec Ignace de Loyola a appris à « chercher et trouver Dieu en toutes choses » sans imposer de limites et de clôtures à l’action du Saint-Esprit ni aux modalités de sa présence dans le monde. En effet « l’expérience spirituelle de la rencontre avec Dieu n’est pas contrôlable »

 

Les ennemis de la sainteté

À ce stade, le Pape porte son attention sur deux « ennemis » de la sainteté. Une fois de plus, François insiste sur le danger du néo-gnosticisme et du néo-pélagianisme. Ce sont les mêmes dangers mis en évidence par la récente Lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi aux Évêques de l’Église Catholique sur certains aspects du salut chrétien

Le gnosticisme est une dérive idéologique et intellectualiste du christianisme, transformée « en une encyclopédie d’abstractions ». Selon le Gnosticime, seuls ceux qui sont capables de comprendre la profondeur d’une doctrine seraient considérés comme de vrais croyants (GE 37). Le pape est très dur à cet égard et parle d’une religion « au service de ses élucubrations psychologiques et mentales » (GE 41) qui détourne de la fraîcheur de l’Évangile.

La sainteté a à voir avec la chair. Dans une homélie de sainte Marthe, le Pape a indiqué : « Notre plus grand acte de sainteté est précisément lié à la chair du frère et à la chair de Jésus-Christ. […] Il va partager le pain avec les affamés, guérir les malades, les personnes âgées, ceux qui ne peuvent rien nous donner en échange : il n’a pas honte de la chair !» (7 mars 2014).

C’est pourquoi il n’est pas possible de considérer notre compréhension de la doctrine comme « un système clos, privé de dynamiques capables d’engendrer des questions, des doutes, des interrogations ». En effet  « les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations, possèdent une valeur herméneutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au sérieux le principe de l’incarnation. Ses questions nous aident à nous interroger, ses interrogations nous interrogent » (GE 44).

L’autre grand ennemi de la sainteté est le pélagianisme, cette attitude qui souligne d’une manière exclusive l’effort personnel, comme si la sainteté était le fruit de la volonté et non de la grâce. Pour Bergoglio, la sainteté personnelle est avant tout un processus accompli par Dieu qui nous attend. Ceci est la sainteté : « laisser le Seigneur écrire notre histoire » (Homélie de sainte Marthe, 17 décembre 2013), « docilité au Saint-Esprit ».

Francesco identifie certaines attitudes concrètes et les énumère : « l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle » (GE 57).

Le résultat est un christianisme obsessionnel, submergé de règles et de préceptes, dépourvu de sa « simplicité captivante » (GE 58) et de sa saveur. Un christianisme qui devient esclavage, comme l’a rappelé saint Thomas d’Aquin, affirmant que « les préceptes ajoutés à l’Évangile par l’Église doivent s’exiger avec modération de peur que la vie des fidèles en devienne pénible et qu’ainsi notre religion ne se transforme en « un fardeau asservissant »(GE 59)[1]. François avait déjà exposé cette idée dans Evangelii gaudium qu’il reprend ici à la lettre. Il avait reconnu que cet avertissement « devrait être un des critères à considérer au moment de penser une réforme de l’Église et de sa prédication qui permette réellement de parvenir à tous » (EG 43).

 

Les Béatitudes

Comment faire pour arriver à être un bon chrétien ? La réponse « est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes » (GE 63). Pour François la contemplation des mystères de la vie de Jésus, « comme le proposait saint Ignace de Loyola, nous amène à les faire chair dans nos choix et dans nos attitudes » (GE 20). La vie de Christ doit être contemplée et son « programme de sainteté » pratique qui est les Béatitudes doit être suivi. C’est la conviction qui amène le Pontife à se concentrer sur les Béatitudes, chapitre central de l’Exhortation. « Quelques mots, des mots simples, mais pratiques pour tous, car le christianisme est une religion pratique : il ne s’agit pas de le penser, mais de le pratiquer, le faire ».

Dans Gaudete et exsultate il insiste sur chaque phrase du texte évangélique des Béatitudes, en les commentant. François présente ainsi une sainteté clairement évangélique, sine glossa et sans excuses. « Le Seigneur nous a précisé que la sainteté ne peut pas être comprise ni être vécue en dehors de ces exigences » (GE 97). Elle ne peut se réfugier dans une spiritualité abstraite qui sépare la prière de l’action ou qui, au contraire, aplatit tout dans la dimension mondaine. Et le Pape profite de cette occasion pour rappeler « le nœud politique mondial » – comme il l’a défini – des migrants que malheureusement « certains catholiques » considèrent comme « un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique » (GE 102).

 

Les caractéristiques de la sainteté

Dans le chapitre quatre François expose quelques-unes des caractéristiques de la sainteté dans le monde contemporain. Ce sont cinq « grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain que je considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui » (GE 111). Le pape est conscient des risques et des limites de nos cultures qu’il n’hésite pas à énumérer : « l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel » (GE 111).

La première caractéristique touche à l’endurance, la patience et la douceur. Il nous faut « lutter et être attentifs face à nos propres penchants agressifs et égocentriques pour ne pas permettre qu’ils s’enracinent » (GE 114). L’humilité qui est acquise aussi en supportant des humiliations quotidiennes est une caractéristique du saint qui a un cœur « pacifié par le Christ, libéré de cette agressivité qui jaillit d’un ego démesuré » (GE 121).

La seconde caractéristique est la joie et le sens de l’humour. La sainteté en effet, « n’implique pas un esprit inhibé, triste, aigri, mélancolique ou un profil bas amorphe » (GE 122). De même, « la mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté » (GE 126. Au contraire, « le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance » (GE 122). Le Seigneur « nous veut positifs, reconnaissants et pas trop compliqués » (GE 127).

La troisième caractéristique est l’audace et la ferveur. Reconnaître notre fragilité ne doit pas nous conduire à manquer d’audace. La sainteté surmonte les peurs et les calculs, le besoin de trouver des sécurités. François en énumère quelques-unes : « individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes » (GE 134). Le saint n’est pas un bureaucrate ou un fonctionnaire, mais une personne passionnée qui ne sait pas vivre dans une « médiocrité tranquille et anesthésiante » (GE 138). Le saint dérange et surprend parce qu’il sait que « Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières » (GE 135).

La quatrième caractéristique est le cheminement communautaire. En effet l’Église a parfois « canonisé des communautés entières qui ont vécu héroïquement l’Évangile ou qui ont offert à Dieu la vie de tous leurs membres »  (GE, 141), se préparant ensemble au martyre, comme dans le cas des trappistes, béatifiés, de Tibhirine en Algérie (cf. GE 141). Pour François la vie communautaire nous préserve « de la tendance à l’individualisme consumériste qui finit par nous isoler dans la quête du bien-être en marge des autres » (GE 146).

La cinquième caractéristique est la prière constante. Le saint « a besoin de communiquer avec Dieu. C’est quelqu’un qui ne supporte pas d’être asphyxié dans l’immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-même dans la louange et élargit ses limites dans la contemplation du Seigneur » (GE 147).

Mais le pape précise : « Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses » (GE 147). Au contraire, il met en garde contre les « préjugés spiritualistes » qui nous amènent à penser que « la prière devrait être une pure contemplation de Dieu, sans distractions, comme si les noms et les visages des frères étaient un désordre à éviter ». Au contraire, l’intercession et la prière de demande sont agréables à Dieu parce qu’elles sont liées à la réalité de notre vie.

Des alternatives telles que « Dieu ou le monde », « Dieu ou rien », sont fausses. Dieu est à l’œuvre dans le monde, il est à l’œuvre pour l’amener à l’accomplissement afin que le monde soit pleinement en Dieu. Dans la prière se réalise le discernement des voies de sainteté que le Seigneur nous propose.

 

Une sainteté de lutte et de discernement

« La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie. » (GE 158). Ces lignes résument bien le sens du dernier chapitre de Gaudete et exsultate.

Le pape ne réduit pas le combat à la bataille contre la mentalité mondaine qui « nous étourdit et nous rend médiocres », ni à la lutte contre sa propre fragilité et inclinations – et chacun a les siens, explique François : paresse, luxure, envie, jalousies, et ainsi de suite. C’est aussi « une lutte permanente contre le diable qui est le prince du mal » (GE 159), et il n’est donc pas seulement « un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée » (GE 161).

Le chemin de la sainteté exige que nous soyons avec « les lampes allumées » parce que ceux qui ne commettent pas de manquements graves contre la Loi de Dieu peuvent « tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur » (GE, 164) qui conduit à une corruption qui est « pire que la chute d’un pécheur, car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite » (GE 165).

Le don du discernement aide dans ce combat spirituel parce qu’il nous fait comprendre « si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable » (GE, 166). Cette partie de l’Exhortation Apostolique est son cœur qui bat. Pour Bergoglio, une vie sainte n’est pas simplement une vie vertueuse, en ce sens qu’elle cultive les vertus en général. C’est une vie qui sait accueillir l’action du Saint-Esprit, ses mouvements, et les suit.

Dans un contexte de zapping existentiel constant, « sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment » (GE 167). Nous pourrions même vivre un zapping spirituel, pour ainsi dire, si nous ne sommes pas guidés par le discernement.

Ce don est important car il nous permet d’être « disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce, pour ne pas gaspiller les inspirations du Seigneur, pour ne pas laisser passer son invitation à grandir ». Une fois de plus, le Pape insiste sur le fait que cela se joue dans les petites choses de tous les jours, « même dans ce qui semble hors de propos, parce que la magnanimité se révèle dans les choses simples et quotidiennes ». C’est – dit-il – « de ne pas avoir de limites pour ce qui est grand, pour ce qu’il y a de mieux et de plus beau, mais en même temps d’être attentif à ce qui est petit, au don de soi d’aujourd’hui » (GE 169). François rappelle ici une devise attribuée à saint Ignace et qui lui très chère au point de consacrer un essai éclairant : Non coerceri a maximo, contineri tamen a minimo divinum est (« Ne pas être forcé par ce qui est plus grand, être contenu dans ce qui est plus petit, c’est divin »).

Le discernement n’est pas une sagesse pour les instruits, les savants, les éclairés. Le pape avait dit aux jésuites du Myanmar lors de sa visite apostolique, en expliquant ce qui pour lui est le critère vocationnel de la Société de Jésus : « Le candidat peut-il discerner ? Voulez-vous apprendre à discerner ? S’il sait discerner, il sait reconnaître ce qui vient de Dieu et ce qui vient du mauvais esprit, alors cela lui suffit pour continuer. Même s’il ne comprend pas grand-chose, même s’il échoue aux examens… ça va, pourvu qu’il sache discerner spirituellement ». Le discernement est un charisme : « Il ne requiert pas de capacités spéciales ni n’est réservé aux plus intelligents ou aux plus instruits, et le Père se révèle volontiers aux humbles (cfr Mt 11,25) » (GE 170).

François conclut sa réflexion sur le discernement par un paragraphe d’une pertinence particulière et qui semble résumer le sens du chemin parcouru jusqu’ici : « Quand nous scrutons devant Dieu les chemins de la vie, il n’y a pas de domaines qui soient grandir et offrir quelque chose de plus à Dieu, y compris sur les plans où nous faisons l’expérience des difficultés les plus fortes. Mais il faut demander à l’Esprit Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie. Lui qui demande tout donne également tout, et il ne veut pas entrer en nous pour mutiler ou affaiblir mais pour porter à la plénitude. Cela nous fait voir que le discernement n’est pas une autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes vers le mystère de Dieu qui nous aide à vivre la mission à laquelle il nous a appelés pour le bien de nos frères. » (GE 175).

 

Joie et sainteté

Pour conclure l’analyse de Gaudete et exsultate considérons de manière précise son titre. L’appel de François à la sainteté s’ouvre par l’invitation à la simple joie de l’Évangile cité au début de l’Exhortation : « Réjouissez-vous et soyez heureux » (Mt 5, 12). L’invitation à la joie évangélique avait déjà résonné dans la première Exhortation de François, dont le titre était Evangelii gaudium, ainsi que dans les documents magistériels Laudato si et Amoris laetitia, qui font appel à la louange et à la joie.

De quelle joie parle le pape François ? Pour Bergoglio, la joie est la « consolation spirituelle » dont parle saint Ignace, la « joie intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut propre de l’âme, l’apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur » (Exercices Spirituels, p. ). C’est – a écrit Bergoglio – « l’état habituel de ceux qui reçoivent la manifestation de Jésus-Christ avec la disponibilité et la simplicité du cœur ». Le chrétien ne peut pas avoir « tête d’enterrement » (EG 10). Le terme de joie (alegría, gozo) est l’un des plus récurrents du vocabulaire bergogliano. À la joie de l’Évangile, il a aussi consacré certaines de ses méditations dans ses Exercices spirituels.

Mais le titre lui-même, Gaudete et exsultate, renvoit à Gaudete in Domino (GD) signé par le Bhx Paul VI, le 9 mai 1975. « Nous pouvons  goûter la joie proprement spirituelle, qui est un fruit de l’Esprit saint : elle consiste en ce que l’esprit humain trouve le repos et une intime satisfaction dans la possession du Dieu trinitaire, connu par la foi et aimé avec la charité qui vien t de lui. Une telle joie caractérise dès lors toutes les vertus chrétiennes. Les humbles joies humaines, qui sont dans nos vies comme les semences d’une réalité plus haute, sont transfigurées » (GD, III).

Il y a aussi le discours de saint Jean XXIII à l’ouverture du Concile Vatican II Gaudet Mater Ecclesia. À ces pages s’ajoutent celles du document d’Aparecida (2007), qui « transparaissent » dans les pages de Bergoglio. Nous y trouvons l’appel à la joie environ 60 fois. Dans le document de clôture de la 5e Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, la joie du disciple caractérise sa vie spirituelle et son aspiration à la sainteté : « n’est pas un sentiment de bien être égoïste mais une certitude qui naît de la foi, qui apaise le cœur et qui  rend  capable  d’annoncer  la  bonne  nouvelle de l’amour de Dieu. » (n. 29). Et encore : « Nous   pouvons rencontrer  le  Seigneur  au milieu  des  joies  de  notre  existence  limitée  et c’est ainsi que jaillit une sincère gratitude » (n. 356).

Les liens de Gaudete et exsultate avec les autres textes magistériels de François, ainsi que ceux de Bergoglio pasteur en Argentine, nous font réaliser que l’Exhortation est le fruit d’une réflexion que le Pape porte depuis longtemps et exprime de façon organique sa vision de la sainteté intimement connectée à la mission de l’Église dans le monde contemporain. Dans son ensemble, le document exprime une conviction semblable à celle exprimée il y a quelque temps par le cardinal Bergoglio : « Nous devons conduire la fragilité de notre peuple à la joie évangélique, qui est la source de notre force ».

* * *

François termine Gaudete et exsultate en adressant ses pensées à Marie. Déjà au début des années quatre-vingt, Bergoglio voyait la sainteté de l’Église reflétée « dans le visage de Marie, la sans péché, la toute pure » sans jamais oublier que « dans son sein, elle rassemble les enfants d’Ève, mère des hommes pécheurs ». Marie est la « sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne », la mère qui « parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie » (GE 176).

Antonio SPADARO, SJ – directeur revue “La Civilta Cattolica” 🔸

La sainteté, je l’associe souvent à la patience : non seulement la patience comme hypomonè, la prise en charge des événements et des circonstances de la vie, mais aussi comme constance pour aller de l’avant, jour après jour.

Notes :

[1] Cfr Summa Theologiae, I-II, q. 107, art. 4.

Lien vers l’article :

https://fr.zenit.org/articles/gaudete-et-exsultate-racines-structure-et-signification-par-antonio-spadaro-s-i/

En Italien :

https://www.laciviltacattolica.it/articolo/gaudete-et-exsultate/