Vivre la Mission à la Paroisse Saint Vincent de Paul du Pays de Chaussée (Oise)

Vivre la Mission à la Paroisse Saint Vincent de Paul du Pays de Chaussée (Oise)

La paroisse du Pays de Chaussée où se trouve Gannes a vécu une mission du Samedi 18 Mars au Dimanche 2 Avril avec la Congrégation de la Mission. Une banderole avait été mise sur la façade de l’église de Saint Just en Chaussée avec comme message « Jésus est proche …. Ouvre ton cœur à l’amour ». Les confrères Eric JACQUET, Bruno NOVISTSKI, Thomas LUNOT, Didier MAHIEU, Patrick RABARISON et Pierre MARIONNEAU y ont participé.

Une première rencontre a eu lieu avec les enfants, les jeunes et leurs parents pour présenter le programme et surtout pour impulser un élan missionnaire. Lors de la messe dominicale du dimanche 19 mars, les visiteurs ont été envoyés pour inviter des habitants à vivre ce temps de mission. La première semaine avait pour but de visiter chacune des quatre communautés qui composent la paroisse du Pays de Chaussée. La journée commençait par les Laudes puis un temps d’adoration. La journée se terminait par la messe suivie d’un repas partagé, d’un temps de partage, de fraternité autour de la Parole de Dieu et l’office des Complies. Les personnes présentes ont « redécouvert » l’importance de partager et de prier ensemble. Ils espèrent que cela portera du fruit à l’avenir pour la vitalité de la paroisse. Le mercredi, notre diacre Patrick a proposé aux enfants et aux jeunes  de confectionner des chapelets et de découvrir le message de la Vierge à Sœur Catherine Labouré. Un fruit de cette mission sera nous l’espérons la création d’une équipe de Jeunesse Mariale Vincentienne.

Nous avons vécu le samedi 25 Mars en famille vincentienne avec le renouvellement des vœux pour les Filles de la Charité de la Communauté de Beauvais. Les sœurs ont ensuite témoigné de leur vocation à partir de cette parole de la Vierge Marie « le Seigneur fait pour moi des merveilles ». Au même moment était proposé un chemin de réconciliation dans l’église de Saint Just en Chaussée avec la possibilité pour ceux et celles qui le voulaient de vivre le sacrement de réconciliation.  Les visites à domicile se sont poursuivies durant la deuxième semaine avec en soirée les veillées missions sur les thèmes suivants « l’Amour – Jésus Christ – le Pardon – la Prière – l’Envoi en Mission » avec un son et lumière retraçant une page de l’Evangile (Annonciation – Bon Samaritain – fils Prodigue – la Cène – la Conversion de Paul). Le sacrement des malades a été proposé à Saint Just en Chaussée ainsi que dans deux maisons de retraite. Le samedi 1er Avril, une quarantaine d’enfants, de jeunes, d’adultes ont pu jouer la Passion du Christ. Nous espérons que cette mission a pu raviver la flamme de l’amour du Christ dans les cœurs et qu’elle va consolider les liens entre les habitants de la Paroisse du Pays de Chaussée.

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LE PASSAGE DE SAINT VINCENT DE PAUL A GANNES ( article trouvé sur le site de la Mairie de Gannes )

Références “La vie de Saint Vincent De Paul”, par Louis Abelly, évêque de Rodez. (1664) “Saint Vincent De Paul”, par le vicomte De Bussierre, tome I. (1850)

« Suite à une maladie de Saint Vincent De Paul, une confession générale qu’il fit faire à un Paysan, donna lieu à sa première mission, et le succès de cette Mission lui en fit entreprendre d’autres. »

Les conditions amenant Saint Vincent de Paul à Gannes

Originaire du sud-ouest, Saint Vincent Depaul fit ses études à Toulouse, puis monte à Paris où il entre au service des Gondi en 1613 comme précepteur de leurs enfants. C’est là, auprès de Françoise-Margueritte de Silly, épouse de Mr. de Gondi, qu’il commence à s’occuper d’œuvres charitables tant elle-même s’affairait à faire le bien autour d’elle. Il était donc le plus souvent à Paris, rue neuve des petits champs, à l’hôtel des Gondi, mais il accompagnait Mr et Mme de Gondi dans leurs résidences de province à Joigny, Montmirail et Folleville qu’elle hérita de son oncle, Mr. de Lannoy. Madame la générale visitait ses gens en prodiguant les plus grands biens. On peut supposer que, comme il n’avait qu’un enfant à s’occuper, Pierre né en 1602, il disposait assez de temps libre pour visiter les terres en compagnie de madame de Gondi. Madame De Gondi et sa famille passaient une grande partie de l’année dans leurs domaines provinciaux où cette dame ver-tueuse prodiguait de grandes aumônes et autres bienfaits pour soulager les pauvres, particuliè-rement ceux de ses terres. Elle allait visiter les malades et les plus humbles dans leurs chaumières, et les servait de ses mains. Elle mettait un soin particulier à contrôler que les officiers aient rendu une bonne et prompte justice, elle veillait à remplir les Charges de personnes de probité, et non contente de cela, elle s’employait elle-même pour terminer à l’amiable les procès et les différends qui naissaient parmi ses sujets, pour apaiser les querelles, et surtout elle se rendait la protectrice des veuves et des orphelins, et empêchait qu’on ne leur fît aucune oppression ou injustice. Aussi, son arrivée dans ses domaines était un sujet de joie pour ses vassaux, car on savait que le cœur de la noble châtelaine était plein de compassion, et qu’elle ne repoussait jamais les infortunés. Du ministère de Dieu, elle apportait autant qu’il était en elle sa contribution pour que Dieu soit honoré et servi en tous lieux où elle avait quelque pouvoir ; en quoi elle était autorisée et portée par la piété de monsieur son Mari, et aidée par la présence et par les avis de Mr Vincent, qui de son côté ne manquait pas d’exercer sa charité et son zèle en ces occasions, visitant et consolant les malades, instruisant et exhortant les peuples, par ses discours publics et particuliers, et s’employant en toutes les manières possibles à gagner les âmes à Dieu. Madame de Gondi, comtesse de Joigny, ressentait une joie et une consolation indicibles d’avoir en sa maison Mr Vincent, qu’elle regardait comme un second Ange Tutélaire qui attirait tous les jours de nouvelles grâces sur sa famille par son zèle et par sa prudente conduite : comme elle aspirait incessamment à la perfection, aussi était-ce tout le désir de son sage Directeur, de lui aider et de lui fournir tous les moyens qu’il pouvait pour l’y faire avancer ; et ainsi poussés d’un même esprit, ils s’adonnaient tous deux à diverses bonnes oeuvres. Vincent Depaul ne redoutait aucune fatigue et ne ménageait rien. Il était toujours auprès d’elle pour la seconder dans ses oeuvres charitables. Malheureu-sement, la nature succomba enfin. Il fit en 1616 une longue et cruelle maladie, premier principe des douleurs et des fièvres presque continuelles qu’il endura pendant les 45 dernières années de sa vie. Il semblerait qu’il ait eu la fièvre quarte. Il souffrit beaucoup, mais il supporta cette épreuve avec une entière soumission au bon plaisir de Dieu. Plus ses douleurs étaient aiguës, plus les bénédictions et les louanges qu’il adressait au Seigneur étaient ardentes et, quoique privé souvent de repos pendant les jours et les nuits, son visage conservait l’expression de la douceur. Il restait dans une parfaite quiétude. Ainsi en décembre 1616 il se retrouve en convalescence à Folleville où Madame de Gondi le fit suivre pour se reposer, proba-blement en présence du jeune Henri de Gondi. Ils rendirent certainement visite à Gannes au cours de leur séjour. Certains imaginèrent Monsieur Vincent venant en l’église Saint-Denis de Gannes (1) et attachant son cheval aux anneaux qui étaient fixés dans le mur de l’escalier pour prier dans ce sanctuaire.

L’intervention de Saint Vincent auprès du Meunier

En 1616 donc, la comtesse de Joigny mena Vincent Depaul pendant sa convalescence à son domaine de Folleville dans le diocèse d’Amiens, en Picardie. Là, il s’occupait à ces oeuvres de misé-ricorde et, un jour du mois de Janvier 1617, on le vint prier d’aller à Gannes, petit village situé à deux lieues du Château, pour confesser un paysan qui était dangereusement malade, et qui avait témoigné désirer cette consolation (1). De cette course, Vincent de Paul ne voyait qu’une œuvre de charité très ordinaire, mais elle devint par la grâce de Dieu le germe et le point de départ d’une institution qui a répandu d’innombrables bénédic-tions sur le monde entier. Or, le moribond passait pour un homme bon au point qu’il jouissait dans le voisinage de la réputation sans tache d’un homme de bien. Mr Vincent l’étant allé voir et ayant commencé à l’entendre, eut la pensée de le porter à faire une Confession générale, pour mettre son salut en plus grande sûreté ; et il parut par l’effet qui s’ensuivit, que cette pensée venait de Dieu voulant faire miséricorde à cette pauvre âme, et se servir de son fidèle Ministre pour la retirer du penchant du précipice où elle allait tomber ; car quelque bonne vie que cet homme eût menée en apparence, il se trouva qu’il avait la conscience chargée de plusieurs péchés mortels qu’il avait toujours retenu par honte, et dont il ne s’était jamais accusé en confession, comme lui-même le déclara et publia hautement depuis, même en la présence de Madame, qui lui fit la charité de le venir visiter jusqu’en sa demeure (2). “Ha Madame ! lui dit-il, j’étais damné si je n’eusse fait une confession générale à cause de plusieurs gros péchés, dont je n’avais osé me confesser.” Ces paroles témoignaient assez la vive contrition dont ce pauvre malade était touché, et dans les sentiments de laquelle il finit sa vie au bout de trois jours, âgé de soixante ans, ayant après Dieu l’obligation de son salut à Monsieur Vincent. Ce franc aveu toucha vivement les assistants. Madame de Gondi en fut profondément émue, mais en même temps elle éprouva un sentiment de grande frayeur. “Ah ! monsieur, que venons-nous d’entendre” dit-elle à Vincent de Paul en versant des larmes, “il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Si ce vieillard qui avait une excellente réputation était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal ? Ah ! monsieur, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ?” Sans la présence de Madame les choses en seraient peut-être restées là mais préoccupée de ces pensées, elle poussa (3) notre Saint à faire une prédication aux habitants de Folleville pour leur exposer la nécessité des confessions générales. Il y consentit, et prêcha le 25 janvier 1617, jour de la Conversion de saint Paul.

(1) La statue de Saint Vincent de Paul, qui se trouve près du confessionnal, a été érigée en 1943 par les soins de Mr le curé de Folleville de cette époque. Elle indique le passage de Saint Vincent en décembre 1616.

 

Pierre Marionneau, CM 🔸

Les personnes présentes ont « redécouvert » l’importance de partager et de prier ensemble. Ils espèrent que cela portera du fruit à l’avenir pour la vitalité de la paroisse

La Trinité, comme enracinement de la pratique coopérative ou collaboratrice de Saint Vincent

La Trinité, comme enracinement de la pratique coopérative ou collaboratrice de St Vincent

St Vincent, homme de relations a un véritable réseau dans les différentes couches sociales et ecclésiales ; il a mis les gens en relation, quelque soit leurs conditions ; La mission, les missions qu’il a menées, il a pu les réaliser à partir de ses relations avec lesquelles il a collaboré, coopéré et qu’il a fait coopérer entre elles. Il a joué sur l’’entre-eux’, l’inter connexion ! Il avait un savoir-faire extraordinaire. Mais où a-t-il cherché cette force ; qu’est-ce qui a bien l’inspirer, le motiver dans cette voie de la collaboration, essentielle pour mettre en route ?

Quand on regarde son expérience, qu’on lit ses écrits, on est frappé de voir que, pour Vincent, tout prend sa source dans la Sainte Trinité. C’est son modèle ; le seul qu’il nous propose. Ce modèle, peut nous paraître inaccessible, hors de notre sphère ! C’est pourtant de ce côté qu’il faut chercher et regarder. A partir de son expérience, il est possible de souligner quelques points qui pourront être intéressants pour nous, éclairants pour notre propre expérience.

St Vincent est un priant. Son regard est sans cesse tourné vers Dieu (il commençait et terminait sa journée par ce temps de pleine gratuité) ; ce n’est peut-être pas l’image 1ère que nous avons de cet homme.

  • La prière (ce cœur à cœur ou face à face), oraison, est le lieu qui l’ouvre à la dimension spirituelle, la sienne et celle de toute personne ;
  • la prière lui permet de trouver sa juste place dans cet ‘allant et venant’ relationnel et de permettre à toute personne de se situer à sa vraie place dans le monde.
  • La prière est en quelque sorte son lieu de formation pour développer la collaboration : il contemplait celle qui existe en Dieu, ce Dieu qui n’est pas une idée, une abstraction mais une réalité relationnelle dont nous sommes à l’image.

Il y a chez lui une profondeur de contemplation : son regard va au cœur de Dieu ; il ne reste pas à la surface. Pour St Vincent, la Trinité est une famille où 3 personnes égales et distinctes sont en continuelle relation et œuvrent ensemble. Chacune procède l’une de l’autre. Il y a un allant et venant entre elles. Contempler la Trinité, c’est contempler non pas un monde statique mais une dynamique qui respecte chacun en nous ouvrant à l’autre différent et semblable. Ce qui lie ces personnes, c’est l’Amour « … qui est si grand que l’enten­dement humain ne le peut comprendre ; il faut que les lumiè­res d’en-haut nous élèvent pour nous faire voir la hauteur et la profondeur, la largeur et l’excellence de cet amour… Si nous avons de l’amour, nous le devons montrer en portant les peuples à aimer Dieu et le prochain, à aimer le prochain pour Dieu et Dieu pour le prochain… Il est donc vrai que je suis envoyé, non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer. Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime. » (Aux Missionnaires, sur la Charité, 30 mai 1659. (XII, 260, 261, 262)

C’est un amour qui n’enferme pas en soi-même, mais qui envoie à tous les frères, qui nous tourne vers l’autre pour le recevoir et se donner à lui : dynamisme missionnaire de l’amour de Dieu. Voilà le modèle de toute collaboration !

Aux Filles de la Charité surtout, il en montre surtout les traces et les applications dans la vie humaine, dans la vie communautaire, soulignant quelle est notre place au cœur de nos relations : « Dieu est le Dieu unique en trois personnes, qui nous a donné son Fils : la Trinité. Par là-même se voit notre place, c’est Jésus qui nous la montre : c’est la sienne ; nous sommes son Corps mystique, nous avons à continuer son rôle. Nous devons exercer les deux grandes vertus de Jésus-Christ, c’est à savoir la religion vers son père et la charité vers les hommes’ : (VI, 393) ; la religion s’entend au mot de lien, Jésus est relié, en lien constant avec son Père et de ce lien jaillit l’Amour, le lien envers les hommes.

Monsieur Vincent a longuement médité la vie de la Sainte Trinité en elle-même, et le fait que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Cela se sent dans la manière dont il sait expliquer comment c’est en vivant uni entre nous que nous pouvons devenir l’image de la Sainte Trinité c’est à dire de vrais collaborateurs, coopérants.

Il nous propose quatre voies :

  1. S’harmoniser les uns aux autres pour avoir un même esprit, avoir l’image de la Trinité en nous : « Qu’est-ce qui fait l’unité et le comité en Dieu, si ce n’est l’égalité et la distinction des trois person­nes ? Et qu’est-ce qui fait leur amour, si ce n’est leur ressemblance?… Ils n’ont qu’une même puis­sance et une même opération. Voilà l’origine de la perfection et notre modèle. Rendons-nous uniformes ; nous serons plusieurs comme si nous n’étions qu’un, et nous aurons la sainte union dans la pluralité. … Voyons en quoi nous différons les uns des autres pour tâcher de nous ressembler tous et de nous égaler ; car la ressemblance et l’égalité engendrent l’amour, et l’amour tend à l’unité. Tâchons donc d’avoir tous les mêmes affections et un même agrément pour les choses qui se font, ou se laissent faire parmi nous » (XII, 256-257).
  1. Se respecter entre nous pour que personne ne puisse reconnaître la fonction de l’un par rapport à l’autre ; ceci enlève toute comparaison, pas un qui est plus grand que l’autre, meilleur que l’autre, pas de supériorité, de domination… Etre UN dans la pluralité (même cœur, même esprit). « Il y a longtemps que je souhaite, et je voudrais bien que nos sœurs en fussent venues à ce point de respect entre elles, que le monde de dehors ne prit jamais connaître laquelle sœur est la sœur servante; car, voyez-vous, mes filles, comme Dieu n’est qu’un en soi, et qu’en Dieu il y a trois personnes, sans que le Père soit plus grand que le Fils, ni le Fils que le Saint-Esprit, il faut de même que les Filles de la Cha­rité, qui doivent être l’image de la très Sainte Trinité, encore qu’elles soient plusieurs, ne soient toutefois qu’un cœur et qu’un esprit… Il faut qu’entre les Filles de la Charité, celle qui sera des pauvres ait relation à celle qui sera des enfants, et celle des enfants à celle des pauvres… Et qu’y a-t-il en Dieu ? Il y a, mes filles, égalité de personnes et unité d’essence. Et que vous enseigne cela, sinon que vous devez tou­tes, tant que vous êtes, n’être qu’unes et égales …. » (XIII, 633-634). 
  1. Avoir la communication mutuelle ; se donner du temps pour échanger sur les activités propres à chacun car rester sur son quant-à-soi « cadenasse les cœurs ». « Il faut avoir cette mutua­lité » ; cette réciprocité dans les relations. Nous avons dans cette page un magnifique développement sur l’application aux relations humaines de la doctrine chrétienne de la « circulation » entre les Personnes divines (la « circumincession ») comme modèle des communautés humaines et chrétiennes. Dans ses entretiens avec les Filles, les Frères, Vincent leur donne toujours la parole. Il s’appuie sur leur expérience, leur appréhension de la réalité, pour développer son enseignement.

« Mon Père, il y a à cette heure quelque chose à dire sur la manière d’agir de nos sœurs entre elles. Votre charité ne trouverait-elle pas à propos que tous les jours elles prissent quelque temps ensemble, d’une demi-heure ou environ, pour se rapporter les choses qu’elles auront fai­tes, les difficultés qu’elles auront rencontrées, et aviser ensemble de ce qu’elles auront à faire ? »

« O mon Dieu ! Oui dit notre honoré Père, il faut cela ; grande com­munication l’une à l’autre, s’entre-dire tout. Il n’y a rien de plus néces­saire. Cela lie les cœurs, et Dieu bénit le conseil que l’on prend, de sorte que les affaires en vont mieux. Tous les jours, à la récréation, vous pouvez dire : « Ma sœur, qu’avez-vous rencontré ? Aujourd’hui, telle chose m’est arrivée, que vous en semble ? » Cela fait une si douce conversation que vous ne le sauriez croire.

Au contraire, quand on fait son fait à part, sans en rien dire, cela est insupportable. Et pour moi, j’éprouve que là où nous avons de pauvres gueux de la Mission, s’il y a un supérieur qui soit libre, qui se communique, tout va bien ; au contraire, s’il y a quelqu’un qui se tienne sur son quant à moi et en son particulier, cela cadenasse les cœurs et personne ne l’oserait aborder. De sorte, ma fille, qu’il faut cela, qu’il ne se passe rien, qu’il ne se fasse rien, et qu’il ne se dise rien que vous ne le sachiez l’une et l’autre. Il faut avoir cette mutualité » (XIII, 641-642).

4. Avoir la Prévenance réciproque, par l’union des volontés. Il nous montre le modèle sous l’aspect par­ticulier de la conformité des volontés : l’union se fait par l’obéissance du Fils à son Père et par l’amour mutuel du Père et du Fils, qui produit le Saint Esprit.

Une remarque: en Dieu, l’unité est facile parce que ces Personnes sont égales. Mais l’union n’est pas facile entre des personnes qui ne sont pas éga­les, spécialement lorsqu’il y a inégalité de rôles, lorsqu’il y a un supérieur.

Cette unité ne peut se faire que par un double mouvement d’élévation et d’abaissement. « Ainsi votre compagnie représente l’unité de la très Sainte Trinité. Qu’est-ce qui garde et fait l’union entre le Père et le Fils ? C’est, mes chères sœurs, que ce que le Père veut, le Fils le veut ; et ils sont telle­ment conformes que jamais le Fils ne veut ce que le Père ne veut pas, ce qui unit parfaitement ces deux personnes divines, qui produisent la troisième, qui est le Saint Esprit. …Qui fait donc cette union ? La sainte condescendance du Fils aux volontés de son Père, c’est ce qui fait cette union ; et l’amour récipro­que qui est entre le Père et le Fils produit le Saint Esprit, qui est égal au Père et au Fils.

Et parce que les trois personnes de la Sainte Trinité sont égales en toutes choses, il est facile de faire l’union… Mais, afin qu’il y ait union entre des personnes inégales, il faut que l’une s’abaisse et que l’autre se hausse, c’est-à-dire qu’il faut que l’une ait la puissance et qu’elle soit établie avec autorité, et que l’autre se soumette. C’est ce qui fait les supérieurs et les inférieurs. Or, comme il faut qu’ils s’unissent ensemble, il est de nécessité que l’une s’abaisse et que l’autre s’élève… Or Dieu, qui veut unir ces deux extrémités, a ordonné que les supé­rieurs descendent autant qu’ils peuvent jusqu’à leurs inférieurs. Voilà pourquoi quiconque est souple et soumis à ses supérieurs contribue à entretenir cette union » (X, 383, 384).

C’est en chaque baptisé que vit la Trinité

Le Père engendre son Fils et tous deux « respirent » le Saint Esprit. Et c’est en nous, en chacun de nous, que se vit ce « travail » incessant du Dieu Vivant. « L’âme donc de celui qui aime Notre-Seigneur est la demeure du Père et du Fils et du Saint Esprit, et où le Père engendre perpétuelle­ment son Fils, et où le Saint Esprit est incessamment produit par le Père et le Fils » (XI, 44).

Nous avons ici l’article fondamental de la vie chrétienne et de la vie mystique. Qu’est-ce-que la vie spirituelle ? C’est laisser Dieu Trinité vivre en nous, laisser se développer cette habitation de la Trinité reçue au baptême, qui a fait de nous son temple, (1 Corinthiens 3, 16-17 et 6, 19 et 2 Cor. 6, 16).

C’est nous laisser imprégner du Père, du Fils incarné et de l’Esprit Saint, dans toutes nos pensées, tous nos jugements, tous nos désirs, tous nos comportements…

Monsieur Vincent l’évoque souvent, mais claire­ment le 13 décembre 1658, à ses missionnaires :

« Oui, le Saint Esprit, quant à sa personne, se répand dans les jus­tes et habite personnellement en eux. Quand on dit que le Saint Esprit opère en quelqu’un, cela s’entend que cet Esprit, résidant en cette per­sonne, lui donne les mêmes inclinations et dispositions que Jésus-Christ avait sur la terre, et elles le font agir de même, je ne dis pas d’une égale perfection, mais selon la mesure des dons de ce divin esprit » (XII, 108).

« Où est la charité, là Dieu habite. Le cloître de Dieu, dit un grand personnage, c’est la charité, c’est là que Dieu se plaît, là qu’il loge, là que se trouve son palais de délices, là le séjour où il prend son plai­sir. Soyez charitables, soyez bénignes, ayez l’esprit de support, et Dieu habitera avec vous, vous serez ses cloîtres, vous l’aurez chez vous, vous l’aurez dans vos cœurs » (IX, 292).

Monsieur Vincent a contemplé l’envoi du Fils, la mission du Fils, et il en déduit que « notre vocation est donc une continuation de la sienne, » ce qu’il souligne à un confrère : « Ce n’est pas ici l’œuvre d’un homme, c’est l’œuvre d’un Dieu. C’est la continuation des emplois de Jésus-Christ, … Il faut que Jésus Christ s’en mêle avec nous, ou nous avec lui… que nous parlions comme lui et en son esprit, ainsi que lui-même était en son Père, … Il faut donc, Monsieur, vous vider de vous-même pour vous revê­tir de Jésus Christ » (XI, 343).

De même l’apôtre, l’homme envoyé par Jésus et par l’Eglise, n’a pas à quitter Dieu pour aller au monde : il doit rester profondément présent à Dieu, uni à Dieu, combinant la vie contemplative et la vie active, l’amour « affectif » et l’amour « effectif ». De plus, il n’a pas for­cément à inventer des méthodes purement techniques : il a essentielle­ment à laisser le Christ et le Saint Esprit instituer en lui un nouveau mode de présence au monde : un mode « personnel », qui laisse trans­paraître la présence d’une autre personne, des Personnes Divines.

Mais l’union profonde à Dieu n’est pas seulement une affaire de sentiment, elle n’est vraie que si elle passe aux actes : « faire la volonté de Dieu ». Ainsi Jésus entièrement uni à la volonté de son Père est notre modèle, comme il l’explique par exemple à ses confrères le 7 mars 1659 :

« O Sauveur !… Vous êtes le roi de la gloire, et cependant vous ne venez au monde que pour faire la volonté de celui qui vous a envoyé. … Ma nourriture, disait-il, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé : ce qui me nourrit, me délecte, me fortifie, c’est de faire la volonté de mon Père » (XII, 154, 155).

« Ç’a été votre plaisir, Sauveur du monde, votre ambroisie et votre nectar, de faire la volonté de votre Père. Nous sommes vos enfants, qui nous jetons entre vos bras pour imiter vos pratiques ; faites-nous cette grâce…

Car nous ne vivons plus de la vie humaine, nous vivons d’une vie divine, et nous y vivons, mes frères, si nos cœurs sont pleins et nos actions accompagnées de cette intention de faire la volonté de Dieu. » (XII, 164-165)

Le 17 octobre 1655, il insistait déjà sur cette union de volonté :

« La pratique de la présence de Dieu est fort bonne, mais je trouve que se mettre dans la pratique de faire la volonté de Dieu en toutes ses actions l’est encore plus ; car celle-ci embrasse l’autre » (XI, 319).

L’animation de l’Eglise se fait aussi par l’union des cœurs dans les communautés : « Vivez ensemble comme n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, afin que par cette union d’esprit vous soyez une véritable image de l’unité de Dieu,… Je prie à cet effet le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, qu’il soit pareillement le vôtre, qu’il vous donne une pro­fonde paix dans les contradictions et les difficultés, qui ne peuvent être que fréquentes autour des pauvres » (IV, 235-236). (Lettre à sœur Anne Hardemont, le 30 juillet 1656)

Nécessité d’inscrire dans toute vie, la dimension spirituelle (beau, bon, vrai) qui élève la personne, donne du sens, met en lien avec le Créateur.

  • Dieu a quelque chose à nous dire dans notre ‘être ensemble’, dans ces liens multiples qui nous relient les uns aux autres, dans notre façon de travailler ensemble, de construire un projet commun.
  • Cette relation avec Dieu nous apprend à trouver notre juste place les uns avec les autres, à nous ajuster sans que l’un écrase, élimine l’autre ou le mette sur un piédestal mais à trouver le juste milieu où chacun peut donner ce qu’il est sans gêner l’autre. Eliminer l’envie, la jalousie, l’orgueil, la prise de pouvoir.
  • Nous sommes envoyés, avec une mission : rassembler en un corps ce qui est différent et ressemblant. Appelés à devenir ‘image de Dieu’ en cherchant l’harmonie d’un corps pluriel ; en respectant la valeur de chacun, l’unique de chacun ; en ayant une mutualité dans la communication ; en étant à l’écoute de l’autre, par un compromis, pour décider une orientation. Avoir ce mouvement d’élévation et d’abaissement. Place du visage à donner, à contempler : il est mon reflet, celui de Dieu.

 

Christian Mauvais, CM 🔸

Il y a chez lui une profondeur de contemplation : son regard va au cœur de Dieu ; il ne reste pas à la surface

HOPITAUX DE VICHY. Historique de la présence des Filles de la Charité

HOPITAUX DE VICHY

Historique de la présence des Filles de la Charité

Chers frères, sœurs et amis : L’invitation de ces jours vient du Seigneur, le Seigneur de la Charité comme le nommait sainte Louise et du Cœur de saint Vincent présent ici, à Vichy.

L’histoire de Vichy est très riche, des documents nombreux et très anciens l’attestent, et vous la connaissez mieux que moi. La richesse de Vichy ce sont « LES EAUX » et tout ce qu’elles ont fait de Vichy, grâce à ses administrateurs dans de nombreux domaines : géographique, historique, politique, médical, pour un bon épanouissement de tout homme.

Ce sont aussi ses curistes qui ont fait VICHY permettant des découvertes médicales pour un retour en santé et favorisant un brassage des personnes au plan national et international. Qui ne connait pas les pastilles ?

En arrière fond, pour comprendre notre présence de Filles de la Charité à Vichy il faut nous situer dans les époques de ces derniers siècles et de leurs turbulences : les guerres et la présence des armées, la pauvreté entrainant la maladie, la misère, la mortalité et le manque de ressources.

Et, en plus, il faut citer tous les différents passages vécus par la société ….

 ….. la Royauté, l’Empire, la République, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les guerres mondiales et leur cortège de drames.

L’histoire continue de s’écrire en gardant la mémoire d’une naissance…. celle du charisme vincentien en 1617. En effet,

La Congrégation de la Mission fut conçue le 25 janvier 1617 à FOLLEVILLE (elle naîtra officiellement en 1625).

La Confrérie des dames de la Charité vit le jour à Chatillon en cette même année 1617

Sainte Louise et saint Vincent fondent la Compagnie des Filles de la Charité le 29 novembre 1633 et, à partir de 1643, apparait le sceau de la petite Compagnie qui porte notre devise La Charité de Jésus Crucifié nous presse, elle représente un cœur enflammé sur lequel se détache Jésus crucifié.

Notre mission sera de répondre aux besoins des Pauvres où que nous soyons et quel que soit notre service :

« Toutes données à Dieu pour servir les Pauvres ».

« Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à Moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

« Servant les Pauvres on sert Jésus Christ ».

La Charte des Filles de la Charité est claire et s’adapte aux besoins des temps, des lieux et des circonstances, mais c’est une grande nouveauté pour la vie religieuse, à cette époque.

« Elles considèreront qu’elles ne sont pas dans une religion, cet état n’étant pas convenable aux emplois de leur vocation.

Néanmoins, à raison qu’elles sont plus exposées aux occasions de péché que les religieuses obligées à la clôture, n’ayant

  • POUR MONASTERE QUE LES MAISONS DES MALADES ET CELLE OU RESIDE LA SUPERIEURE,
  • POUR CELLULE UNE CHAMBRE DE LOUAGE,
  • POUR CHAPELLE l’EGLISE PAROISSIALE,
  • POUR CLOITRE LES RUES DE LA VILLE,
  • POUR CLOTURE L’OBEISSANCE, NE DEVANT ALLER QUE CHEZ LES MALADES OU AUX LIEUX NECESSAIRES POUR LEUR SERVICE,
  • POUR GRILLE LA CRAINTE DE DIEU,
  • POUR VOILE LA SAINTE MODESTIE…. »

Saint Vincent de Paul quittait cette terre en 1660, son message reste d’une brûlante actualité et est bien vivant dans le monde d’aujourd’hui.

35 ans après la mort de saint Vincent, les Filles de la Charité arrivent à VICHY

Développons rapidement ce que fut la présence des Sœurs dans l’hôpital et la ville 

En 1696, l’établissement de l’hôpital est confirmé, il prend le titre de « hôpital des Pauvres de VICHY». Le texte de reconnaissance officielle, que l’on appelle lettres patentes, est signé par LOUIS XIV en mars 1696.

L’arrivée des Filles de la charité à Vichy remonte à l’année 1696, date à laquelle le Directeur de l’hôtel Dieu fit doter l’établissement de trois religieuses de saint Vincent de Paul.

« Dans le courant d’août 1696, trois sœurs de charité avaient été envoyées pour desservir l’hôpital par Monsieur Jolly, second successeur de Mr Vincent et par dame Mathurine Guérin, deuxième supérieur de la communauté».

Après une expérience de sept années, l’on s’aperçut de part et d’autre de la nécessité d’un traité signé le 25 août 1703 (voir en ANNEXE).

Les hôpitaux de l’époque répondaient à beaucoup de besoins ; dans les premiers règlements on trouve cet énoncé : Sont reçus : les malades civils, hommes, femmes, enfants, atteints de maladies aigues ou blessés accidentellement, les malades militaires ou marins, les galeux, les teigneux, les femmes enceintes….

L’hospice reçoit les vieillards indigents et valides des deux sexes, les incurables indigents, les orphelins pauvres, les enfants trouvés et abandonnés, des vieillards valides ….

  • EN 1818 les sœurs sont au nombre de huit

Certaines années les sœurs étaient nombreuses à la communauté de l’hôpital, parfois jusqu’à 50..

  • Entre 1890 et 1997 un registre des sœurs témoigne du passage de 200 sœurs qui ont servi à l’hôpital

Les sœurs étaient polyvalentes, infirmières, beaucoup de pharmaciennes pour la préparation des médicaments, des sœurs pour l’orphelinat, des sœurs pour l’école, car le souci de l’éducation se faisait sentir.

Autrement dit ce n’est pas le centre hospitalier de nos jours.

  • En 1881 ouverture de la Maison de Charité, du Bureau de Bienfaisance et d’une École

C’est la pleine période des difficultés pour les écoles et les sœurs cherchent comment être fidèles aux directives sans abandonner un enseignement privé. La maison fermera en 1904

  • En 1942 ouverture de la Maison de Cure rue Victoria (elle durera jusqu’en 1973)

Cette maison a été créée pour répondre aux besoins des PAUVRES, c’est-à-dire présenter une formule d’accueil moins coûteuse que l’hôtel le temps d’une cure thermale, elle s’adresse aux sœurs le plus souvent, mais est ouverte aux laïcs. Cette communauté abrite aussi une association de dames de la Charité et le mouvement des enfants de Marie.

En l’année 1972 : 5248 journées de cure figurent au registre.

Pour la période hors des saisons de cure, les chambres sont disponibles pour un foyer de midinettes et d’étudiantes. Cette maison est ouverte pour favoriser l’accueil à la cure et les sœurs participent à la pastorale de la paroisse.

Les temps changent l’hôpital s’agrandit et l’essor de la médecine se développe

L’Esprit souffle où il veut

Dans l’Eglise aussi, ça bouge. Le Concile nous a invitées à l’aggiornamento pour un meilleur service.

C’est une grande mutation qui s’opère pour beaucoup de communautés hospitalières vu la diminution des vocations.

Dans le diocèse de Moulins, des fermetures s’imposent, il faut réorganiser en fonction des âges certaines communautés.

QUE DEVONS NOUS GARDER ? Que devons-nous abandonner…… à regret ?

Proche de l’enceinte de l’hôpital existant, un nouveau bâtiment de 5 étages est construit au milieu des préfabriqués et des anciennes constructions.

En 1969, date de mon arrivée à la communauté de Vichy, nous étions 16 sœurs et nous savions qu’après de mûres réflexions un passage allait avoir lieu en fidélité à la mission.

 10 sœurs allaient partir rejoindre une autre communauté et 6 resteraient travailler à l’hôpital sans y habiter. Nous ne serions pas sur place 24 h sur 24 !

Notre statut de personnel congréganiste change pour celui de salariées parce que, une fois de plus, la justice nous appelait à une conversion.

La vie change avec les allées et venues de la maison à l’hôpital, les repas ne sont plus ceux de l’hôpital tout prêts, il y a la vie dans le voisinage, la fréquentation de la Paroisse, beaucoup de découvertes à voir et à vivre au quotidien.

Nous étions les unes infirmières, les autres surveillantes avec des horaires différents. La maison était ouverte, le groupe de jeunesses mariales grandissait, le tout pour un meilleur service de nos frères les Pauvres.

En 1972, six sœurs ont continué à travailler, en habitant rue de Thiers et ensuite boulevard Carnot jusqu’au 18 juin 1997

En résumé, elles ont traversé les divers déménagements de l’hôpital et leur présence a duré 300 ans

Maison du Boulevard Carnot 1989-1997

De nouveaux appels se précisent au service de l’hôpital et en pastorale. Une communauté quitte Vichy et leur logement en plein centre-ville, appartenant à la paroisse, est proposé aux sœurs.

Deux sœurs seront au service de la Communauté. Trois sœurs continuent leur service à l’hôpital comme aide-soignante, infirmière et surveillante générale.

Une sœur catéchiste est nommée en qualité d’aumônier du collège des Célestins.

Les services sont nombreux : soutien scolaire, jeunesses mariales, conférence de jeunes vincentiens, chorale, service de la Paroisse et de l’aumônerie de l’hôpital.

Le 15 juin 1997, 301 ans après l’arrivée des premières Filles de la Charité, l’Eucharistie de départ des sœurs a été célébrée.

Le 19 MAI 1998, à l’occasion de la réouverture après des travaux de rénovation de la chapelle de l’hôpital, une plaque souvenir a été posée en reconnaissance aux Filles de la Charité.

Sainte Louise au moment de la Fondation ne comprenait pas ce désir de Dieu pour la Compagnie « car il devait y avoir en Allant et Venant » (chose inconcevable pour des religieuses à l’époque)

Deux verbes aller et venir, deux verbes de la vie de tous les jours que Jésus utilise : allez à ma vigne, allez par toute la terre Et : Viens suis moi…. Venez les bénis de mon Père ….

« Pour être vraies Filles de la Charité, il faut faire ce que le Fils de Dieu a fait sur la terre ». St Vincent

« Il a passé en faisant le bien … »

 « L’appel entendu par les premières sœurs est toujours celui qui à travers le monde, suscite et rassemble les Filles de la Charité [1]»

Pour nous, cela se traduit par une exigence dans l’adaptation à l’aujourd’hui de Dieu dans notre vie de servante vécue en humilité, simplicité et Charité.

Toutes paroles de Jésus dans l’Evangile ont quelque chose à voir un jour ou l’autre avec l’humble quotidien, tout évènement peut faire germer une parole de vie.

Notre lot c’est donc d’aller et venir entre communautés, entre pays avec d’autres pour l’annonce du Royaume :

  • Aller et venir dans la confiance fait partie de notre histoire sacrée.
  • Aller et venir en Eglise avec Jésus reçu dans sa Parole et ses sacrements.
  • Aller et venir dans notre monde dans sa réalité.
  • Aller et venir au service des Pauvres et vivre avec eux leur mystère douloureux et joyeux dans l’amitié
  • Aller et venir en réseau, en association, entre croyants et hommes de bonne volonté
  • Aller et venir à l’intérieur de nos communautés, appelées et assemblées dans le pardon et la joie
  • Aller et venir pour recevoir et bâtir la Paix

Voici un bon résumé du charisme vincentien !

*********

Aujourd’hui, la famille vincentienne est toujours présente à Vichy, elle continue sa route ici grâce à la présence de nos frères Lazaristes et des conférences de St Vincent de Paul et grâce à tous ceux et celles qui partagent le charisme vincentien.

Nous sommes réunis ici autour du cœur de saint Vincent. En nous approchant de cette relique, ouvrons notre propre cœur à Jésus, comme le fit saint Vincent, et invitons-le à y entrer, à le transformer à l’image du sien, à l’ouvrir à l’universalité, afin d’être des témoins de l’amour.

La Vierge de la Chapelle de l’hôpital porte le nom de Notre Dame de la Consolation ; qu’elle soit notre Modèle afin de porter à tous ceux que nous côtoyons consolation, écoute et soutien.

Marie Claude Receveur, FdlC 🔸

Toutes paroles de Jésus dans l’Evangile ont quelque chose à voir un jour ou l’autre avec l’humble quotidien, tout évènement peut faire germer une parole de vie

 

[1] Constitutions Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul.

Monsieur Vincent et son temps. 79 ans à travers l’histoire de France

Monsieur Vincent et son temps. 79 ans à travers l’histoire de France

Conférence donnée à Gannes – Oise, le 20 octobre 2016

Introduction

Pierre Coste avait intitulé sa grande biographie sur St Vincent de Paul publiée en 3 volumes à partir de 1931 : « Le grand saint du grand siècle- Monsieur Vincent ». Qui dit « Grand siècle » sous-entend pour beaucoup le siècle de Louis XIV : le grand règne, une forme d’apogée du royaume de France !

Vincent sera pleinement marqué par le Siècle de Louis XIV, le siècle où se constitue la monarchie absolue française. C’est aussi le siècle infiniment marqué par les questions religieuses et entre autres la mise en place de la « République catholique » initiée par le Concile de Trente (1545-1563), temps de la reconstruction spirituelle de la France.

Avec Vincent de Paul, nous traversons ainsi 79 années d’histoire de France marquée par de grandes figures politiques comme Henri IV, le roi Louis XIII et son fameux premier ministre le cardinal de Richelieu, le jeune dauphin-futur Louis XIV.

Mais ces 79 années sont aussi marquées par de trop nombreux conflits. Il y’a tout d’abord les guerres de religion qui marquent le règne de Henri IV avec son prolongement qui sera la guerre de Trente Ans (1618-1648). Il y’ aura aussi les graves crises de régime que seront les fins de règnes d’Henri IV et de Louis XIII.

De près ou de loin, Vincent de Paul sera un acteur dans cette première moitié du XVIIème siècle que l’historien Hubert Methivier qualifie de « exubérant, proliférant et baroque par ses excès et ses contrastes 1»…bien plus riche et créateur à tous les égards que le second dit le Grand, stylisé et codifié dans l’Ordre louisquatorzien, colbertiste et bossuétiste.

Il est aussi le prolongement du long XVIème siècle ; il est donc un siècle antinomique, tumultueux et tourmenté de crises chroniques ».

I. Le règne de Henri IV (1598-1610) les guerres de religion et la pacification du Bon Roi Henri

1. Quand Vincent vient au monde en 1581

Nous allons d’abord faire un petit détour par le Sud-Ouest, la Gascogne, cette région entre les Landes et le Béarn. C’est le règne encore d’Henri III, fils du roi défunt Henri II et de la célèbre Catherine de Médicis. Henri III (1574-1589) est devenu roi malgré lui suite au décès de ses deux frères : François II (roi à 15 ans de 1559 à 1560), Charles IX (1560-1574). Leur mère Catherine dut plusieurs fois exercer la régence. La France commençait à être gagnée par les idées du réformateur de Genève Jean Calvin (1508-1564).

Les régions du Sud-Ouest (qui n’étaient pas encore totalement soumises à la Couronne de France) étaient gagnées au protestantisme de Calvin. Le royaume de Navarre joue un rôle prépondérant dans l’extension du protestantisme : Antoine de Bourbon et sa femme Jeanne d’Albret les parents du futur Henri IV sont déjà convertis au protestantisme de Calvin.

Et soutiennent officiellement le parti protestant au sein du royaume de France. Des nobles du Sud-Ouest sont gagnés eux aussi par la Réforme et engagent le conflit armé contre les armées royales qui viennent jusqu’en Gascogne « chasser le protestant ». Les armées protestantes poussèrent même leurs exactions jusqu’à Orthez qui faisait partie du Diocèse de Dax et même jusqu’aux portes de Dax accumulant les reines sur leur passage et laissant derrière elles des églises détruites, des monastères pillés et des cadavres de prêtres. Ces scènes d’horreur étaient bien présentes dans les mémoires et on devait encore les évoquer durant les veillées auxquelles le jeune Vincent de Paul participait.

2. Les guerres de religion (1562-1593)

Depuis 1559, les Églises protestantes se fédèrent et adoptent une confession de foi rédigée par Calvin lui-même. Et le protestantisme ne cesse alors de progresser. Mais le roi (déjà Henri II) veut engager une lutte sans merci contre les hérétiques ! Le point culminant est atteint le 24/29 août 1572 jour de la Saint Barthélémy, les protestants sont massacrés. (Une délégation étant venue accompagner Henri de Navarre à l’occasion de son mariage avec Marguerite de Valois).

Les massacres s’étendirent alors à toutes les grandes villes du royaume de France. La France va connaître une période délicate et un début de guerre civile. A l’avènement de Henri III (beau-frère de Henri de Navarre) la guerre civile continue. Catherine de Médicis cherchait en vain des solutions de paix l’accordant même à de nombreuses villes du Sud-Ouest où les protestants pouvaient librement exercer leur culte. Ce n’était pas du goût du parti catholique ultra mené par le duc de Guise issu de la famille ducale de Lorraine qui se proclamait famille héritière légitime des Carolingiens ! Les Guise ne cessent pas de comploter contre Henri III. Les choses se compliquent après le décès du plus jeune frère du roi qui fait d’Henri de Navarre le seul héritier légitime à la Couronne de France. Mais Henri est prince protestant d’où fait-il alors couronner roi un hérétique ? Henri de Guise reste très populaire et il est prêt à devenir roi de France : il a même monté une armée : la Ligue.

Finalement Henri III fait assassiner le duc de Guise à Blois e décembre 1588. Le lendemain, climat révolutionnaire à Paris où un comité prononce la déchéance du roi. Même chose dans plusieurs villes du royaume. Henri III est contraint d’appeler Henri de Navarre à son secours. En août 1589, un moine fanatique Jacques Clément assassine Henri III. Henri de Navarre (famille de Bourbon) peut ainsi devenir roi sous le nom d’Henri IV. Mais le nouveau roi est mal accepté des français majoritairement catholiques. En juillet 1593, il doit abjurer la foi protestante. Il fut alors sacré roi à Chartres en février 1594. 1598 : un accord est trouvé entre catholiques et protestants c’est le fameux Édit de Nantes.

3. Henri IV et la restauration de la France (1598-1610)

La France connaît douze années de paix réparatrice : une période de reconstruction dans tous les domaines :

– La reconstruction matérielle : elle fut l’œuvre de deux protestants : Sully et Barthélémy de Lafferras. Il s’agit de remettre un pays au travail car le pays est en crise. « Qui aurait dormi quarante ans penserait voir non la France mais un cadavre de la France. » disait un contemporain au lendemain des Guerres de Religion. Il fallait d’abord restaurer les finances royales et donc de rechercher de nouvelles recettes en augmentant la fiscalité directe. Ce fut principalement toute l’œuvre de Sully qui fut aussi un bon gérant des finances avec des dépenses limitées et le sens de l’économie. Sully put rembourser une partie de la dette, mettre le budget en équilibre et accumuler de grosses réserves d’or !

Grand propriétaire terrien, Sully s’intéressait beaucoup au développement agricole d’où cette expression que lui attribua : « pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France ». Le règne d’Henri IV fut marqué par un gouvernement qui prit autant la défense des paysans : interdiction de se saisir instruments agricoles et des bestiaux, interdiction de chasser dans les vignes ou dans les blés avant la moisson, baisse de certaines taxes et impôts qui pesaient sur le monde paysan ! Sully fit même venir des techniciens hollandais (probablement calvinistes !) pour assécher les marécages. Il y’eut une politique de développement du réseau routier et des ponts. Le canal est creusé pour relier la Seine à la Loire par la vallée du Loing. Il y’eut aussi une reprise de la colonisation du Canada (commencé sous François I) avec la fondation du Québec et de la colonie française en 1608.

– Restauration de l’autorité

Comment effacer près de 40 ans de guerre civile ? Voilà le défi qui attendait Henri IV. Il était prêt à rallier à lui tous les hommes de bonne volonté, catholiques ou protestants à condition d’être fidèle au nouveau roi. L’essentiel pour lui est d’abord et avant tout de se « faire obéir » : tout est prêt pour mettre en place une monarchie absolue en restant garant des pouvoirs des provinces (dans une bonne partie de la Gascogne de St Vincent de Paul !) et de leurs gouverneurs en faisant contrôler ces derniers par des intendants royaux. (NB : qui ressemblent beaucoup aux préfets de Napoléon I quelques siècles plus tard !). Cependant Henri IV ne remit jamais fondamentalement en cause l’édit de Nantes qui limitait beaucoup les pouvoirs protestants.

– Reconstruction spirituelle

Quand Vincent de Paul arriva à Paris en 1608, l’Église en France connaît une première grande « réforme catholique ». C’est ce que l’on appellera aussi le « réveil catholique ». En 1603 par l’Edit de Rouen, les Jésuites, fers de lance de l’esprit issu du Concile de Trente, reçoivent de nombreux privilèges afin de faciliter leur installation en France. On leur accorde le Collège Royal de la Flèche, des collèges à Dijon et Lyon. Un jésuite, le père Cotton devient le confesseur du roi.

Vincent de Paul arrivant à Paris découvre une sorte « d’invasion de la mystique » à partir de certains salons mondains dont le plus célèbre fut celui de Mme Acarie (qui devint religieuse carmélite sous le nom de Marie de l’Incarnation) où se rencontraient des prêtres entre autres, Pierre de Bérulle que le jeune Vincent rencontra très rapidement, il lui fut d’un grand soutien et un bon conseiller !)

Ce furent aussi les débuts du Carmel en France et la réforme des ordres religieux (cf : la réforme des cisterciennes de Port Royal en 1609 sous la conduite d’une abbesse de 18 ans, Mère Angélique Arnauld). On parle alors de l’intrusion du courant espagnol. En 1608, François de Sales publia l’Introduction à la Vie dévote et ce furent aussi les débuts de l’Ordre de la Visitation. Vincent de Paul fit la connaissance de François de Sales en 1618 lors de sa venue à Paris.

Trois courants se dessinent autour de la spiritualité :

a. L’humanisme dévôt salésien adopté par les jésuites

b. L’École Française de Spiritualité à partir de la pensée de Bérulle.

c. Le courant mystique qui prédomine chez les Chartreuses (cf dans Beaucousin : on dit que Vincent de Paul fréquentait beaucoup les chartreux de Paris!), les Carmes et surtout chez les Capucins (le père capucin anglais Benoît de Canfield, directeur spirituel de Mme Acarie et dont Vincent de Paul recommandait la lecture!).

Henri IV fit aussi nommer des évêques de valeur : Camus à Belley, Frémyot à Bourges, Sébastien Zamet à Langres, Richelieu à Luçon, Du Perron à Évreux et à Sens… A partir de 1600, l’esprit du Concile de Trente commence à souffler sur des ordres religieux. Ainsi tous les éléments d’une grande réforme de l’Église de France sont en place et le jeune Vincent en découvre les prémices avec quelques réalisations concrètes dont les débuts de la Congrégation de l’Oratoire de Jésus (que Vincent fréquente sans y être membre).

II. Le règne de Louis XIII : la monarchie bicéphale (1610-1643)

1. La crise gouvernementale (1610-1617)

A la mort du roi Henri IV, le jeune Louis n’avait que 9 ans ! La reine mère, Marie de Médicis, assure la régence du royaume jusqu’à la majorité du roi fixée au 2 octobre 1614. D’origine italienne, la royauté laisse le pouvoir à un couple d’aventuriers (italiens eux aussi) Léonora Galigai et son mari Concini qui vont très vite s’attirer la haine de la Haute noblesse. Ce sera une période de troubles graves marquées par toute une série de complots. Un jeune évêque de Luçon fait alors une entrée discrète dans le gouvernement : Richelieu comme secrétaire d’État pour la guerre et les Affaires Étrangères. En 1612 sont conclus deux contrats de mariage qui lient la France à l’Espagne (ennemi juré!) : celui de Louis XIII à l’infante Anne d’Autriche.

La sœur de Louis XIII avec l’héritier d’Espagne.

Ces deux mariages auront pour conséquence l’entrée de la France dans le sillage de la puissante famille des Hasbourgs qui règne sur l’Espagne et le Saint Empire Romain Germanique ! Une telle alliance n’est pas du goût de tout le monde particulièrement des Grands du royaume qui tentent un coup de force en voulant éliminer Concini. En vain. Mais le 24 avril 1617, retournement brutal de situation. En effet, Louis XIII qui a 16 ans fait assassiner Concini. Léonora est suppliciée le 8 juillet pour sorcellerie et Richelieu est renvoyé dans son évêché de Luçon. De là commence la « guerre de la mère et du fils » (1619-1620). Ce n’est que par l’entremise de Richelieu qu’un accord sera possible entre la mère et le fils. Secrètement, Richelieu attend aussi sa récompense : le chapeau du Cardinal et l’entrée au Conseil du Roi.

2. La monarchie bicéphale : Louis XIII et Richelieu

Par l’entremise de la reine mère Marie de Médicis (et un peu aussi du Cardinal de Bérulle et du parti catholique ou le « parti des Dévots » favorable à une réforme radicale de l’Église de France), Richelieu entre en février 1624 au Grand Conseil du Roi dont il devient le Chef. Il n’a qu’un seul désir : avoir toute la confiance de Louis XIII et devenir le serviteur du roi et de l’État ! L’ambassadeur de Venise à Paris Pesaro nous décrit ainsi le cardinal : « …Personnage estimé le plus intelligent du royaume, il est capable des plus grandes choses…mais on dit que le cardinal servira le roi et ne s’occupera pas d’autre chose que de la grandeur du règne2 ». Tout pour la grandeur du royaume. C’est ainsi que Richelieu engagea la France dans la lutte contre les Habsbourg. Pour sauvegarder la majesté du roi, il veut abaisser les deux factions qui lui tenaient tête : les protestants et les Grands.

  • Fin du danger protestant

Les protestants possédaient des places fortes et tenaient des assemblées politiques d’où une sorte d’État dans l’État. Tout cela était intolérable aux yeux du Cardinal. Prenant prétexte que les protestants de l’Ouest aidaient la flotte anglaise à prendre l’Île de Ré, Richelieu mit le siège devant La Rochelle. La ville dut capituler. La lutte contre les protestants s’intensifia dans les Cévennes et les protestants signèrent l’Édit de Grâce ou a Paix d’Ales en 1629. Celle ci enlevait aux protestants toutes leurs places fortes et supprimaient leurs assemblées mais garantissait (à la demande de Richelieu) l’égalité devant la loi et la liberté de culte (dans les limites fixées par l’Édit de Nantes.

Remarque : on peut alors comprendre toutes les recommandations de prudence que donnait Vincent de Paul lorsqu’il envoyait des missionnaires dans les Cévennes !

  • La lutte contre les Grands (et leur chef de file : Gaston d’Orléans).

Elle sera acharnée et sans merci. « Dans cette partie où se jouèrent l’autorité royale et la vie même du Cardinal, il ne recula devant aucune illégalité : à ses yeux le « salut de l’État » justifiait tout, même les décisions les plus arbitraires »3au nom de la Raison d’État. Dans cette lutte sans pitié, on retrouve un certain nombre de grandes familles qui n’étaient pas tout à fait étrangères à Vincent de Paul dont les Marillac et la méfiance royale face au parti dévot. Cette lutte contre les grands verra aussi la fin du parti de la Reine-Mère.

Le développement de l’autorité royale : les prémices qui vont conduire à l’absolutisme de Louis XIII.

Richelieu a de grands projets pour la France : uniformiser l’administration, répartir plus équitablement les impôts, supprimer l’achat et l’hérédité des offices. Mais le cardinal est trop occupé à déjouer les complots des Grands et à faire la guerre aux Habsbourg. Richelieu travailla au moins à fortifier l’autorité du roi en limitant de plus en plus les pouvoirs des provinces et en donnant plus de pouvoirs encore aux commissaires et aux intendants. Richelieu continua à développer le commerce en se dotant d’une flotte commerciale pour faire concurrence aux hollandais ! Il tenta également de développer l’Empire colonial (Antilles, comptoirs de Madagascar et du Sénégal) et envoya des colons et des missionnaires au Canada. Pour justifier sa pratique : il sut utiliser les pamphlets et journaux entre autres la Gazette de France fondée en 1631 dans laquelle lui et le roi écrivaient des articles. (Anonymes)

3. Un règne marqué par les guerres (surtout la Guerre de Trente Ans)

La France d’alors ne connaît que deux grands ennemis : les Habsbourg et l’Espagne ! Vinent de Paul interviendra maintes fois en faveur de la paix.

La Guerre de Trente Ans (1618-1648)

Il s’agit d’une des guerres les plus terribles qui ait marqué l’Europe du XVIIIe siècle. A y voir de plus près, cette guerre est une suite des guerres de religion du XVIe siècle. Elle est aussi l’illustration du duel qui se poursuivait en Allemagne entre Réforme et Contre-Réforme catholique (avec l’influence grandissante des Jésuites).

Nous sommes donc au début du conflit au sein du Saint Empire Romain Germanique qui constitue une constellation d’états sous la direction plus ou moins forte d’un empereur élu par un ensemble de collègues dont les principaux sont au nombre de 7 ( 2 sur 7 sont calvinistes, dans d’autres collèges les protestants luthériens pèsent lourd dans la balance).L’enjeu est donc à la fois religieux et politique : qui sera le prochain empereur ? Sera-t-il encore catholique ?

Au début, la France se tient en retrait du conflit car préoccupée par la présence des Espagnols au Sud du Roussillon, au nord de l’Artois et en Franche Comté. Mais Richelieu soutient les adversaires des Habsbourg (en secret) et pour protéger le royaume des envahisseurs, ses armées envahissent l’Alsace puis la Lorraine. Désir d’étendre les frontières de la France ?

En 1635, Richelieu et Louis XIII jugent que le moment est venu de passer à la « guerre ouverte » et la guerre est déclarée d’abord contre l’Espagne puis contre l’Empereur. Ils ne craignent pas d’allier la France à des princes protestants ! Il s’agit d’un conflit sur plusieurs fronts mais aussi et surtout avec son long cortège de malheurs ! Les témoignages ne manquent pas pour illustrer les horreurs de cette guerre où les premières victimes furent surtout les populations civiles.

Ces témoignages (surtout ceux venus de Lorraine rapportés par les réfugiés lorrains venus à Paris !) parviennent aux oreilles de Vincent de Paul qui organise les secours en Lorraine dès 1639. En 1640, il va même jusqu’à supplier la paix auprès de Richelieu. NB : les Lorrains se méfièrent longtemps de l’entreprise de Vincent de Paul y voyant un agent pour annexer le duché de Lorraine à la France ! Seul un chanoine de Verdun (l’abbé Doignon) fit un panégyrique de l’œuvre de Vincent de Paul en faveur des Lorrains. Le petit peuple se montre moins ingrat ! Contre l’Espagne une guerre se poursuit encore même après la mort de Louis XIII et de Richelieu. La guerre fait aussi rage en Picardie, Champagne et Ile de France. Ce qui pousse Vincent de Paul a demandé en 1649 la paix auprès de Mazarin. Il organise aussi des secours en 1651.

III. Les débuts du règne de Louis XIV

En 1642, Richelieu meurt épuisé après tant d’années de guerres et d’efforts pour déjouer les complots de toutes sortes. « …il mourut haï de tous, sauf du roi. Les nobles ne lui pardonneraient pas ses exécutions, ni les parlements sa brutalité, beaucoup de Français lui reprochent de s’allier à des princes protestants contre les Habsbourg catholiques ; enfin la nation entière écrasée d’impôts maudissait son nom. Richelieu avait tout sacrifié à sa volonté de faire triompher l’autorité royale et de vaincre les Habsbourg. Par là il préparait le règne de Louis XIV, c’est à dire la victoire de l’absolutisme au dedans et la prépondérance française au dehors »4. En 1643, Anne d’Autriche assure la régence et abandonne la direction des affaires au successeur désigné par Richelieu : Mazarin qui restera aux affaires jusqu’à sa mort en 1661.

1. La Fronde

Ce fut une guerre civile, derrière les réactions du Parlement de Paris et de certains nobles contre l’absolutisme royal. Ce fut la Fronde des Parlements ! La situation était telle qu’en janvier 1649, Anne d’Autriche, Mazarin et le jeune Louis XIV quittèrent Paris pour trouver refuge à Saint Germain en Laye. Le jeune roi gardera toujours cet épisode en mémoire ! Mais il y’eut aussi la Fronde des Princes autour du Prince de Condé auquel il faut joindre Paul de Gondi, futur Cardinal de Retz. En février 1651, les deux frondes s’unissent plongeant Paris dans deux années d’anarchie ! Mais de guerre lasse, les Parisiens supplièrent le roi de rentrer au Louvre à Paris. Ce fut la victoire de l’absolutisme et la paix « au dedans ». Au dehors, le Traité des Pyrénées signé en 1659 marquait la fin de la longue guerre contre l’Espagne.

2.  L’épanouissement du catholicisme et les débuts du Jansénisme

C’est le temps où sous l’impulsion du Concile de Trente une foi austère et ardente pénètre non seulement parmi les clercs mais aussi chez les laïcs en quête d’une vie spirituelle authentique. Juste un petit mot sur le « Conseil de Conscience » dont Vincent de Paul fut un membre de 1643 à 1653. En effet, comment ne pas réformer l’Église sans nommer de bons évêques selon le modèle tridentin ! Ce fut la tâche du conseil de conscience, conseil royal chargé de nommer les évêques et les abbés des grandes abbayes. De l’avis des témoignages de l’époque, le discernement et l’esprit de synthèse de Vincent de Paul permit de nommer de bons évêques.

Les débuts du jansénisme avec la publication en 1640 de l’Augustinus écrit par l’évêque d’Utrecht Cornélius Jansen attaquait les idées des Jésuites à propos de la collaboration de l’homme dans l’œuvre de la grâce. Le livre s’appuyait sur des idées puisées chez Saint Augustin ! Peu après Antoine Arnaud fut pris à partie par les Jésuites qui parlèrent de « jansénisme » et résumèrent les idées de Jansénius en « 5 propositions ». Le débat rebondit avec l’intervention de l’abbé de Saint Cyran qui fut un des confesseurs de la communauté de Port Royal ! Vincent de Paul se trouva pris lui aussi dans les débats théologiques tiraillé entre une amitié pour Saint Cyran et la volonté de défendre la doctrine catholique ! Les jansénistes trouvèrent un nouveau soutien de poids dans la personne de Blaise Pascal. Tout cela engendra de profondes divisions dans le clergé entre jansénistes et anti jansénistes. 1660 marqua la fin du « jansénisme théologique » avec la destruction de Port Royal ordonnée par Louis XIV.

CONCLUSION

Nous venons de passer 79 années de l’histoire de France et de découvrir les implications de Vincent de Paul. Tout d’abord, nous constatons combien les guerres les ont marquées ! Des guerres avec leurs longs cortèges de miséreux, de réfugiés, de personnes déplacées. Mais aussi, nous avons vu des gens soumis à des taxes, des impôts, des efforts divers pour soutenir toutes ces guerres, ce qui peut aussi expliquer tous ces pauvres Vincent de Paul dut rencontrer ! Vincent fut aussi un des artisans et des acteurs de la Réforme catholique mue par une sorte de « révolution de la mystique ». Et enfin, homme avec les relations les plus diverses, toujours fidèle dans ses amitiés, Vincent n’avait peut-être pas toujours la sympathie des « puissants » de son temps mais il savait s’attirer leurs faveurs par son efficacité à aider les pauvres et les victimes des guerres. La charité ne pouvait connaître ni frontières ni parti pris. Malgré son humilité, notre histoire ne porte-t-elle pas quelques marques du passage d’un paysan landais dans un « grand XVIIe siècle » leur affirmant sans cesse au nom de sa foi la valeur de toute personne ?

 

Robert Gurtner, CM 🔸

Vincent fut aussi un des artisans et des acteurs de la Réforme catholique mue par une sorte de « révolution de la mystique ». Et enfin, homme avec les relations les plus diverses, toujours fidèle dans ses amitiés, Vincent n’avait peut-être pas toujours la sympathie des « puissants » de son temps mais il savait s’attirer leurs faveurs par son efficacité à aider les pauvres et les victimes des guerres.

 

 

1Hubert METHIVIER, « Le siècle de Louis XIII », coll. Que suis-je, n.1138, PUF, Paris 1982, pp.3-4

2Hubert METHIVIER, « Le siècle de Louis XIII », coll. Que suis-je, n.1138, PUF, Paris 1982, p.41

3Mallet-Issac, L’histoire l’âge classique 1492-1789, p. 109

4Mallet-Issac, L’histoire l’âge classique 1492-1789, p. 111

 

Une rénovation des vœux pour contester le monde

Une rénovation des vœux pour contester le monde

 

Les auteurs spirituels parlent volontiers de la “sequela Christi”, la marche à la suite du Christ. Il s’agit de mettre ses pas dans ceux du Christ.

Le Pape François nous rappelle que les baptisés ont à vivre comme disciples, et les confirmés comme disciples-missionnaires. Celles et ceux qui émettent les trois vœux inaugurent d’abord un certain prophétisme de cette situation. “A cause de moi et de l’Évangile” dira Jésus (Mc 8, 35). Il est préféré à tous (c’est le prophétisme de l’amour), à tout (c’est le prophétisme du juste usage des biens) et même à toute prétention personnelle (c’est le prophétisme de la dépendance). Librement, nous choisissons de vivre dans un état où la rigueur et la visibilité deviennent le lot préféré de notre existence. La rénovation n’est pas autre chose qu’une réaffirmation de cet engagement. Rien pour nous, tout pour Dieu et les autres, spécialement les plus pauvres.

De tout temps, les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, ont eu pour but de contester le monde. Saint Vincent présentait les vœux en général en affirmant : “Evangéliser les pauvres comme Notre-Seigneur et en la façon que Notre-Seigneur le faisait, nous servant des mêmes armes, combattant les passions et désirs d’avoir des biens, plaisirs, honneurs” (XII, 367). Qui ne voit l’actualité de tels propos ? Satisfaire ses plaisirs, posséder, être puissant et honoré sont toujours le grand attrait de l’homme.

L’homme immergé dans le monde a soif de possessions, de biens ; l’argent est roi qui permet de vivre à sa guise et sans souci pour le lendemain. Il est le moteur du monde… Nous sommes dans une société de consommation poussée à l’extrême et la mondialisation dans ses mêmes excès, n’arrange pas les choses. Nous produisons pour avoir plus et nous finissons par perdre le sens du réel, tant nous sommes dans le virtuel et l’apparence. Le paraître est une tentation permanente. L’image véhiculée par les médias, par exemple une présidentielle qui se fait ‘à l’image’ plus qu’aux idées, le look, l’air qu’on se donne semblent enténébrer l’essentiel de l’homme moderne. On est prompt à croire que l’on est ce que l’on paraît ! Le pouvoir est l’idéal souhaité par celui qui cherche à se hisser au-dessus des autres, en écrasant le petit et le faible. L’auto-référentiel envahit tout. St Jean a parlé de la triple concupiscence : “la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse” (1 Jn 2,16).

  1. Le monde enfermé dans la publicité, le confort et la satisfaction de ses instincts nous habitue insidieusement à nous prendre comme point de référence absolue ; tout est bon pour moi d’abord. La tentation existe de nous approprier aussi les autres ou un seul autre, au point de délaisser tous les autres.

La vie de chasteté dit à ce monde que l’on peut rester soi-même, tout en ayant une vie normale de relations nettes et profondes. Est chaste celui qui vit dans la vérité de son être, la maîtrise de ses instincts, la relation équilibrée à autrui.

  1. Sollicité par une société de consommation, par le “tout, tout de suite”, les peuples d’Occident sont victimes de leurs richesses et deviennent peu enclin à partager. On le voit bien dans un dialogue Nord-Sud-Est difficultueux, tandis que la mondialisation vient bousculer les habitudes au risque des populismes et des replis identitaires.

Le vœu de pauvreté vient rappeler l’irremplaçable rôle du partage… jusqu’à partager ce que l’on est, plus que ce que l’on a, jusqu’à donner ce que l’on croit ne pas avoir, jusqu’au don de soi, de son temps, de ses capacités humaines. La pauvreté enrichit parce qu’elle est la pauvreté même du Christ.

  1. Enfin le monde dans lequel nous vivons semble depuis toujours être la proie du pouvoir et des pouvoirs. L’homme rêve de décider de tout à partir de lui-même sans en référer à d’autres. Nous sommes submergés aujourd’hui par l’individualisme.

Par le vœu d’obéissance quelquefois cinglant et crucifiant, nous voulons  témoigner que tout pouvoir vient de Dieu et n’existe que pour le bien des autres dans le service. L’obéissance est libératrice parce que forte de la volonté du Père accomplie parfaitement par Jésus.

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Notre temps marqué par ce paraître, ce pouvoir, ces désirs tout charnels a besoin d’un témoignage fort et lisible. Il ne croit pas à notre sincérité et cherche les failles de notre comportement. On le voit dans les affaires qui affectent gravement l’Eglise et plus encore les victimes qui en sont marquées à vie et qui crient réparation. Il est important d’être vrai, cet adjectif cher à st Vincent qui l’emploie 53 fois dans sa très belle et inégalable causerie sur « l’imitation des filles des champs » (XI, 79 sq.).

Aussi est-il important de durer dans la manière de vivre que nous avons choisie. Il est bon de montrer que l’on dure pour soi et pour les autres. Cela ne peut se faire sans un lien intense et sans cesse renforcé entre Dieu et nous. La rénovation va bien au-delà d’un acte juridique. Elle appelle un sursaut et un rebond spirituel. La vie intérieure est ce ciment de qualité qui arrime notre vie, notre activité à Dieu. Et le lien de la prière est plus facile s’il a le soutien de la vie fraternelle comme celle-ci nourrit aussi notre vie apostolique et s’en nourrit.

Il est non moins clair que nos vœux ont une incidence sur nous-mêmes. Ils nous aident, jour après jour, à être d’authentiques servantes et serviteurs du dessein du Père « à la suite du Christ ».

Je vous laisse conclure vous-mêmes, en citant le Pape François :

« Ne cédez pas à la tentation du nombre et de l’efficacité, moins encore à celle de se fier à ses propres forces. Scrutez les horizons de votre vie et du moment actuel en veille vigilante. Avec Benoît XVI je vous répète : « Ne vous unissez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non-sens de la vie consacrée dans l’Église de nos jours ; mais revêtez-vous plutôt de Jésus Christ et revêtez les armes de lumière, comme exhorte saint Paul (cf. Rm 13, 11-14), en demeurant éveillés et vigilants ». Continuons et reprenons toujours notre chemin avec la confiance dans le Seigneur ». (21/11/14)

Saint Vincent ne dit pas autre chose quand il martèle :

 « Il faut vous vider de vous-même pour vous revêtir de Jésus-Christ » (XI, 343)

Jean-Pierre Renouard CM 🔸

Librement, nous choisissons de vivre dans un état où la rigueur et la visibilité deviennent le lot préféré de notre existence. La rénovation n’est pas autre chose qu’une réaffirmation de cet engagement. Rien pour nous, tout pour Dieu et les autres, spécialement les plus pauvres.