Vincent et les vocations de la Congrégation de la Mission

Vincent et les vocations de la Congrégation de la Mission

Tous les jours, après la prière pour les vocations, le fameux Expectation Israël, les lazaristes du monde entier invoquent st Joseph. Excellente tradition qui plonge ses racines dans l’expérience de st Vincent. En cette st Joseph 2018, nous vous communiquons des lettres de notre fondateur, significatives à cet égard :

 

 

A MONSIEUR DE SAINT MARTIN

Monsieur,

Je vous envoie, par l’occasion de Monsieur Touschard, qui se rend à Aqcs (Dax), le petit tableau que j’ai commandé à Monsieur Brentel faire à votre intention[1]. Le présent est de peu de conséquence ; mais j’ai espérance que vous le tiendrez de quelque prix, venant d’une personne qui est de si longtemps le tant obligé de votre maison. Le voyant devant vos yeux, n’oublierez en vos prières le plus humble de vos serviteurs.

VINCENT DEPAUL

De Paris, ce 16 août 1636.

Lettre 233. ­ Archives de la Mission, copie prise sur l’original, qui était en entier de la main du saint. –

 

 

***

A Etienne Ozenne, supérieur à Varsovie

De Paris ce 20 è mars 1654

Grâces à Dieu, nous n’en avons point de mauvaises de deçà. Il est vrai qu’à Gênes toute la maison quasi a été incommodée, qui d’une sorte, qui d’une autre ; mais à présent tous se portent mieux, quoique quelques-uns ne soient pas tout à fait guéris. Ils vont recommencer un séminaire interne et continuer une dévotion qu’ils ont commencée, et nous avec eux, pour demander à Dieu, par les mérites et les prières de saint Joseph, dont nous célébrions hier la fête, qu’il envoie de bons ouvriers en la compagnie pour travailler à sa vigne. Jamais nous n’en avons connu le besoin au point que nous le ressentons à présent, à cause que plusieurs cardinaux et évêques d’Italie nous pressent pour leur donner des missionnaires. (V, 102)

 

 

***

12 novembre 1655.

A CHARLES OZENNE, SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 20e mars 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai rien à vous dire de particulier, n’ayant encore reçu vos lettres, quoique l’on soit allé deux fois les demander chez Madame des Essarts, qui m’a mandé n’être pas encore arrivées. Dieu veuille qu’elles ne nous apportent que de bonnes nouvelles ! Je rends grâces à Dieu des dévotions extraordinaires que vous vous êtes proposé de faire pour demander à Dieu, par le bienheureux saint Joseph, la propagation de la compagnie. Je prie sa divine bonté qu’elle les ait agréables. J’ai été plus de vingt ans que je n’ai  osé demander cela à Dieu, estimant que, la congrégation été son ouvrage, il fallait laisser à sa providence seule le soin de sa conservation et de son accroissement; mais à force de penser à la recommandation qui nous est faite sans l’Evangile, de lui demander qu’il envoie des ouvriers à sa moisson, je suis demeuré convaincu de l’importance te de l’utilité de cette dévotion (V, 462-463)

 

 

***

­ A JACQUES PESNELLE

De Paris, ce 23 mai 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

…/…

Je suis consolé de la dévotion que vous faites à l’honneur de saint Joseph pour obtenir de Dieu de bons missionnaires. Si le prêtre de Chiavari ne s’accommode pas aux exercices de votre séminaire, après quelque temps de patience et de semonces, vous pourrez le prier de faire place à un autre. ..

 

 

Conclusion : redoublons de constance et de piété pour prier st Joseph pour les vocations.

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Tous les jours, après la prière pour les vocations, le fameux Expectation Israël, les lazaristes du monde entier invoquent st Joseph. Excellente  tradition qui plonge ses racines dans l’expérience de st Vincent.

NOTE :

[1] Voici la description que nous en fait Firmin-Joussemet, qui l’a eu sous les yeux (Lettre de saint Vincent de Paul sur sa captivité à Tunis dans la Revue des provinces de l’Ouest, septembre 1856, p. 230 et suiv.) : «Cette peinture très finement touchée a été exécutée sur parchemin par un artiste nommé François Brentel. Elle représente la fuite en Égypte. La Vierge, assise à l’ombre de grands arbres, allaite l’enfant Jésus, tandis que saint Joseph les contemple. Plus loin l’âne cherche sa nourriture. Dans le fond du paysage est une ville décorée de beaux édifices et bâtie au milieu d’un site sévère. Deux anges en prière, portés sur des nuages, occupent le haut de la composition. Autour règne une bordure noire et or, et au bas se trouve une bande pourpre, sur laquelle on lit en caractères romains : Aimez Dieu et votre prochain, légende qui résume la doctrine du donateur. Au-dessous est la signature de l’artiste et la date 1636. L’ensemble a 0 m. 14 de haut sur 0 m. 10 de large. Ce petit tableau, d’une conservation parfaite, se recommande surtout par l’extrême finesse de la touche. Il semble être la copie d’une oeuvre d’un artiste de l’école des Carrache.» Arthur Loth l’a reproduit   dans son bel ouvrage Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Paris, 1880, in-8, p. 74. Celui que Firmin-Joussemet appelle François Brentel n’est autre vraisemblablement que le Strasbourgeois Frédéric Brentel, mort à Augsbourg en 1651, artiste de grand talent, au dessin correct, au coloris brillant et agréable, auteur de divers tableaux d’histoire, de portraits, de plusieurs gravures et des miniatures d’un manuscrit intitulé : Officium B. Mariae Virginis, in-8, 1647. (Bibl. Nat. f. l. 10.567-10.568.) (Cf. Schreiber, Das Mûnster zu Strassburg, Carlsruhe, 1828.

Discours du Pape François aux membres du groupe “Diaconie de la Beauté”

Discours du Pape François aux membres du groupe “Diaconie de la Beauté”

Samedi 24 février 2018

Chers amis, je vous accueille à l’occasion du Symposium que vous organisez à Rome en lien avec la fête du Bienheureux Fra Angelico. Je remercie l’Archevêque Robert Le Gall pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom. A travers vous, je veux exprimer mon cordial salut à tous les artistes qui cherchent à faire « briller la beauté », avec leurs talents et leur passion, ainsi qu’aux personnes en situation de fragilité qui se relèvent grâce à l’expérience de la beauté dans l’art.

Le Pape Jean-Paul II écrit dans la Lettre aux artistes, « l’artiste vit une relation particulière avec la beauté. En un sens très juste, on peut dire que la beauté est la vocation à laquelle le Créateur l’a appelé par le don du “talent artistique”. Et ce talent aussi est assurément à faire fructifier, dans la logique de la parabole évangélique des talents (cf. Mt 25,14-30) » (4 avril 1999, n. 3). Cette conviction vient éclairer la visée et la dynamique propre de la Diaconie de la Beauté qui s’est enracinée ici même à Rome, au moment du Synode sur la Nouvelle Évangélisation, en octobre 2012. Avec vous, je rends grâce au Seigneur pour le chemin parcouru et pour la diversité de vos talents qu’il vous appelle à développer au service du prochain et de toute l’humanité.

Les dons que vous avez reçus sont pour chacun de vous une responsabilité et une mission. Vous avez, en effet, à travailler sans vous laisser dominer par la recherche d’une vaine gloire ou d’une popularité facile, et encore moins par le calcul souvent mesquin du seul profit personnel. Dans un monde où la technique est souvent comprise comme le principal moyen d’interpréter l’existence (cf. Enc. Laudato Si’, n. 110), vous êtes appelés, au moyen de vos talents et en puisant aux sources de la spiritualité chrétienne, à proposer « une autre manière de comprendre la qualité de vie, [à encourager] un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation » (ibid., n. 222), et à servir la création et la préservation “d’oasis de beauté” dans nos villes trop souvent bétonnées et sans âme. Vous êtes appelés à faire connaitre la gratuité de la beauté.

Je vous invite donc à déployer vos talents pour contribuer à une conversion écologique qui reconnait l’éminente dignité de chaque personne, sa valeur propre, sa créativité et sa capacité à promouvoir le bien commun. Que votre recherche de la beauté dans ce que vous créez soit portée par le désir de servir la beauté de la qualité de vie des personnes, de leur adaptation à l’environnement, de la rencontre et de l’aide mutuelle (cf. ibid., n. 150). Je vous encourage donc, dans cette Diaconie de la Beauté, à promouvoir une culture de la rencontre, à construire des ponts entre les hommes, entre les peuples, dans un monde où s’élèvent encore tant de murs par peur des autres. Ayez à cœur aussi de témoigner, dans l’expression de votre art, que croire en Jésus- Christ et le suivre « n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 167). L’Église compte sur vous pour rendre perceptible la Beauté ineffable de l’amour de Dieu et pour permettre à chacun de découvrir la beauté d’être aimé de Dieu, d’être comblé de son amour, pour en vivre et en témoigner dans l’attention aux autres, en particulier à ceux qui sont exclus, blessés, laissés pour compte dans nos sociétés.

En vous confiant au Seigneur, par l’intercession du Bienheureux Fra Angelico, je vous donne la Bénédiction apostolique, ainsi qu’à tous les membres de la Diaconie de la Beauté. Merci !

Pape François 🔸

A travers vous, je veux exprimer mon cordial salut à tous les artistes qui cherchent à faire « briller la beauté », avec leurs talents et leur passion, ainsi qu’aux personnes en situation de fragilité qui se relèvent grâce à l’expérience de la beauté dans l’art.

Pape François
Pour aller vers le site :

Vatican : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2018/february/documents/papa-francesco_20180224_diaconie-de-la-beaute.html

Photo Illustration

Juan Diego CASTILLO : https://www.facebook.com/juandiegocastillo/photos_albums?lst=682450793%3A636716246%3A1521218801

La Congrégation de la Mission dans les montagnes boliviennes

 

La Congrégation de la Mission dans les montagnes boliviennes

 

La mission est située dans une montagne aride et froids, elle est au service de 56 communauté sur Mocomoco et 31 à Italaque. Toutes sont dispersées et difficiles d’accès. Dans nombre de ces communautés, les jeunes s’en vont à la recherche d’un avenir seul demeurent les aînés. Seulement le village de Mocomoco et quelques-unes de ses communautés connaissant un retour de population grâce au commerce qui croit ces dernières années.

Construire des communautés de foi est toujours le principal défi pastoral avec les visites des communautés et le travail avec les catéchistes.

Il est fondamental de célébrer l’Eucharistie et de former les personnes pour les sacrements. Le travail pastoral est diversifié : cercles bibliques, cours de préparation aux sacrements, formation de catéchistes, travail pastoral avec les familles, préparation des fêtes, formation des groupes d’enfants et de jeunes. Il y a aussi des programmes qui proposent l’éducation, l’alimentation, la santé et des services sociaux.

Durant sa visite de la mission de El Alto (entre 2600 et 4300 mètres au-dessus de niveau de la mer), les pères Tomaž Mavrič, CM, Supérieur Général et Aarón Gutiérrez, CM, Assistant Général, se sont réunis le 8 mars avec les pères Diego Plá Aranda, CM et Cyrille de Nanteuil, CM missionnaires présents et ensuite avec l’évêque de El Alto, Monseigneur Eugenio Scarpellini. Ils ont célébré l’eucharistie à Italaque avec la communauté en souvenir du P. Francis Pavlic, CM, qui laissa la mission orpheline il y a 13 ans, pour rejoindre celle du ciel. Ensuite, ils se sont réunis avec les équipes pastorales d’Italaque et de Mocomoco pour connaitre davantage le présent de la Mission.

Le vendredi 9, ils ont participé à un atelier pédagogique sur la résilience, capacité qui permet de dépasser les situations de désavantage social, donné par la licenciée Violeta Rodriguez, Directrice du projet d’autopromotion Sayt’asim (“Lève-toi” en aymara), aux 72 professeurs aymaras des trois collèges les plus importants de la paroisse d’Italaque. Ensuite, ils ont visité l’atelier de coupe et de confection de Punama qui fonctionne avec le soutien de cette paroisse, puis ils ont célébré la messe à Ingas. Le Samedi 10, descendant à Huaracamarca, ils ont participé à un cercle biblique à Saphia, avec un groupe engagé dans la réfaction de la maison paroissiale du lieu, ainsi que dans la production de rose longue, et le dimanche 11 ils se sont à nouveau réunis avec les confrères pour penser l’avenir de la mission.

Dans la visite du Supérieur Général de la Mission de El Alto qui compte deux paroisses Saint Michel d’Italaque et Saint Pierre de Mocomoco, il a visité des communatés paroissiales où il a pu goûter l’immense sans de l’accueil des fidèles. Il a visité le projet d’artisanat des femmes. Les serres solaires du projet de sureté alimentaire. Il a inauguré l’école de football athlétique Saint Vincent ou les enfants de l’école de football ont dansé et joué des danses locales.

Le Supérieur Général a vraiment pu connaitre cette mission internationale de El Alto, sa géographie et ses habitants

Cyrille DE NANTEUIL et Diego PLA ARANDA, CM 🔸

Clichés de l’Altiplano

P. Cyrille de Nanteuil CM

 

Construire des communautés de foi est toujours le principal défi pastoral avec les visites des communautés et le travail avec les catéchistes.

Explications :

Site Facebook du Père Cyrille de Nanteuil : https://www.facebook.com/cyrille.denanteuil

Article paru sur : https://cmglobal.org/fr/ Traduction : P. Bernard Massarini CM

 

« La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix

« La vérité vous rendra libres » (Jn 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix

Message du Pape François pour la 52e Journée Mondiale des Communications Sociales

Chers frères et sœurs, dans le dessein de Dieu, la communication humaine est un moyen essentiel de vivre la communion. L’être humain, image et ressemblance du Créateur, est capable d’exprimer et de partager le vrai, le bien, le beau. Il est capable de raconter sa propre expérience et le monde, et de construire ainsi la mémoire et la compréhension des événements. Mais l’homme, s’il suit son propre égoïsme orgueilleux, peut faire un usage déformé de la faculté de communiquer, comme l’illustrent dès l’origine les épisodes bibliques de Caïn et Abel et de la tour de Babel (cf. Gn 4,1-16; 11,1-9). La manipulation de la vérité est le symptôme typique d’une telle distorsion, tant au niveau individuel que collectif. Au contraire, dans la fidélité à la logique de Dieu, la communication devient un lieu d’expression de sa propre responsabilité dans la recherche de la vérité et dans la réalisation du bien. Aujourd’hui, dans un contexte de communication toujours plus rapide et au sein d’un système numérique, nous voyons le phénomène des «fausses nouvelles», les soi-disant fake news: cela nous invite à réfléchir et m’a suggéré de consacrer ce message au thème de la vérité, comme l’ont déjà fait plusieurs fois mes prédécesseurs depuis Paul VI (cf. Message 1972: « Les communications sociales au service de la vérité »). Je voudrais ainsi contribuer à l’engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique et la responsabilité personnelle de chacun dans la communication de la vérité.

 

1. Qu’est-ce qui est faux dans les “fausses nouvelles”?

Fake news est un terme discuté et qui fait l’objet de débat. Il s’agit généralement de la désinformation diffusée en ligne ou dans les médias traditionnels. Cette expression fait référence à des informations non fondées, basées sur des données inexistantes ou déformées et visant à tromper voire à manipuler le lecteur. Leur propagation peut répondre à des objectifs fixés, influencer les choix politiques et favoriser des gains économiques.

L’efficacité des fake news est due principalement à leur nature mimétique, à la capacité d’apparaître plausibles. En second lieu, ces nouvelles, fausses mais vraisemblables sont fallacieuses, dans leur habilité à focaliser l’attention des destinataires, en se fondant sur des stéréotypes et des préjugés diffus dans un tissu social, en exploitant les émotions immédiates et faciles à susciter, comme la peur, le mépris, la colère et la frustration. Leur diffusion peut compter sur une utilisation manipulatrice des réseaux sociaux et des logiques qui en garantissent le fonctionnement: ainsi les contenus, bien que non étayés, gagnent une telle visibilité que même les dénégations de sources fiables peinent à en limiter les dégâts.

La difficulté de dévoiler et d’éradiquer les fake news ou fausses nouvelles est également due au fait que les gens interagissent souvent dans des environnements numériques homogènes et imperméables à des perspectives et opinions divergentes. La conséquence de cette logique de la désinformation est que, au lieu d’avoir une confrontation saine avec d’autres sources d’information, ce qui pourrait mettre  positivement en discussion les préjugés et ouvrir à un dialogue constructif, on risque de devenir des acteurs involontaires dans la diffusion d’opinions partisanes et infondées. Le drame de la désinformation est la discréditation de l’autre, sa représentation comme ennemi, jusqu’à une diabolisation susceptible d’attiser des conflits. Les fausses nouvelles révèlent ainsi la présence d’attitudes en même temps intolérantes et hypersensibles, avec pour seul résultat le risque d’expansion de l’arrogance et de la haine. En fin de compte, cela mène au mensonge.

 

2. Comment pouvons-nous les reconnaître?

Aucun d’entre nous ne peut être exonéré de la responsabilité de contrecarrer ces faussetés. Ce n’est pas une tâche facile, parce que la désinformation est souvent basée sur des discours variés, délibérément évasifs et subtilement trompeurs, et use parfois de mécanismes raffinés. Il convient donc de louer les initiatives éducatives qui permettent d’apprendre à lire et à évaluer le contexte communicatif, enseignant à ne pas être des propagateurs inconscients de la désinformation, mais des acteurs de son dévoilement. Il faut également louer les initiatives institutionnelles et juridiques visant à définir des réglementations pour freiner le phénomène, ainsi que celles entreprises par les sociétés de Technologies et de Média, afin de définir de nouveaux critères pour la vérification des identités personnelles qui se cachent derrière les millions de profils numériques.

Mais la prévention et l’identification des mécanismes de la désinformation nécessitent également un discernement profond et attentif. Il faut démasquer en effet ce qui pourrait être défini comme “la logique du serpent”, capable partout de se dissimuler et de mordre. C’est la stratégie utilisée par le «serpent rusé», dont parle le Livre de la Genèse, celui qui, au commencement de l’humanité, est devenu l’auteur de la première “fake news” (cf. Gn 3,1-15), qui a conduit aux conséquences tragiques du péché, mises en acte ensuite dans le premier fratricide (cf. Gn 4) et dans d’autres formes innombrables du mal contre Dieu, le prochain, la société et la création. La stratégie de cet habile “père du mensonge” (Jn 8,44) est précisément le mimétisme, une séduction rampante et dangereuse qui fait son chemin dans le cœur de l’homme avec des arguments faux et attrayants. Dans le récit du péché originel, le tentateur, en fait, s’approche de la femme feignant d’être son ami, de s’intéresser à son bien, et commence le discours avec une affirmation vraie, mais seulement partiellement: « Alors, Dieu vous a vraiment dit  : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » (Gn 3,1). Ce que Dieu avait dit à Adam n’était pas en réalité de ne manger d’aucun arbre, mais seulement d’un arbre : « Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas  » (Gn 2,17). La femme, répondant, l’explique au serpent, mais elle se fait attirer par sa provocation : «  Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “ Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. ” » (Gn 3,2). Cette réponse sait se faire légaliste et pessimiste: ayant donné crédibilité au faussaire, se laissant séduire par son arrangement des faits, la femme se fait corrompre. Ainsi, de prime abord elle prête attention à son assurance: « Vous ne mourrez pas du tout » (v. 4). Puis la déconstruction du tentateur assume une apparence crédible : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (v. 5). Finalement on en vient à discréditer la recommandation paternelle de Dieu, qui visait le bien, pour suivre l’incantation séduisante de l’ennemi: « La femme vit que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable » (v. 6). Cet épisode biblique révèle donc un fait essentiel pour notre discours: aucune désinformation n’est inoffensive; de fait, se fier à ce qui est faux, produit des conséquences néfastes. Même une distorsion apparemment légère de la vérité peut avoir des effets dangereux.

L’enjeu en fait, c’est notre avidité. Les fake news deviennent souvent virales, en réalité elles se répandent rapidement et de manière difficilement contrôlable, non pas en raison de la logique de partage qui caractérise les médias sociaux, mais plutôt pour leur emprise sur l’avidité insatiable qui s’allume facilement dans l’être humain. Les mêmes motivations économiques et opportunistes de la désinformation ont leur racine dans la soif du pouvoir, de l’avoir et du plaisir, qui, finalement, nous rend victimes d’un imbroglio beaucoup plus tragique que chacune de ses manifestations singulière: celui du mal, qui se  meut de mensonge en mensonge pour nous voler la liberté du cœur. C’est pourquoi éduquer à la vérité signifie éduquer à discerner, évaluer et pondérer les désirs et les inclinations qui s’agitent en nous, pour ne pas nous retrouver privés de bien « en mordant » à toute tentation.

 

3. «La vérité vous rendra libres» (Jn 8,32)

La contamination continuelle par un langage trompeur finit en fait par embrumer l’intériorité de la personne. Dostoïevski a écrit quelque chose de remarquable dans ce sens : « Celui qui se ment à soi-même et écoute ses propres mensonges arrive au point de ne plus pouvoir distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; ainsi il commence à ne plus avoir l’estime de soi ni des autres. Ensuite, n’ayant plus l’estime de personne il cesse aussi d’aimer, et alors en manque d’amour, pour se sentir occupé et se distraire, il s’adonne aux passions et aux plaisirs vulgaires ; et dans ses vices il va jusqu’à la bestialité ; et tout cela dérive du mensonge continuel aux autres et à soi-même.» (Les frères Karamazov, II, 2).

Comment nous défendre? L’antidote le plus radical au virus du mensonge est de se laisser purifier par la vérité. Dans la vision chrétienne, la vérité n’est pas seulement une réalité conceptuelle, qui concerne le jugement sur les choses, les définissant vraies ou fausses. La vérité ne consiste pas seulement à porter à la lumière des choses obscures, à “dévoiler la réalité”, comme l’ancien terme grec qui le désigne, aletheia (de a-lethès, “non caché”), conduit à penser. La vérité a à voir avec la vie entière. Dans la Bible, la notion porte en soi le sens de soutien, de solidité, de confiance, comme le donne à comprendre la racine ‘aman, dont provient également l’Amen liturgique. La vérité est ce sur quoi l’on peut s’appuyer pour ne pas tomber. Dans ce sens relationnel, le seul vraiment fiable et digne de confiance, sur lequel on peut compter, et qui est «vrai», est le Dieu vivant. Et c’est l’affirmation de Jésus: « Je suis la vérité » (Jn 14,6). L’homme, alors, découvre et redécouvre la vérité quand il en fait l’expérience en lui-même comme fidélité et fiabilité de celui qui l’aime. C’est seulement cela qui libère l’homme : “La vérité vous rendra libres” (Jn 8,32).

Libération du mensonge et recherche de la relation: voici les deux ingrédients qui ne peuvent pas manquer pour que nos paroles et nos gestes soient vrais, authentiques, fiables. Pour discerner la vérité, il est nécessaire d’examiner ce qui favorise la communion et promeut le bien et ce qui, au contraire, tend à isoler, diviser et opposer. La vérité, par conséquent, ne s’acquiert pas vraiment quand elle est imposée comme quelque chose d’extrinsèque et d’impersonnel; elle découle au contraire de relations libres entre les personnes, de l’écoute réciproque. En outre, on ne cesse jamais de chercher la vérité, parce que quelque chose de faux peut toujours s’insinuer, même en disant des choses vraies. Un argument impeccable peut en fait reposer sur des faits indéniables, mais s’il est utilisé pour blesser quelqu’un et pour le discréditer aux yeux des autres, aussi juste qu’il apparaisse, il n’est pas habité par la vérité. A partir des fruits, nous pouvons distinguer la vérité des énoncés: s’ils suscitent la controverse, fomentent les divisions, insufflent la résignation ou si, au contraire, ils conduisent à une réflexion consciente et mûre, au dialogue constructif, à une dynamique fructueuse.

 

4. La paix est la vraie nouvelle

Le meilleur antidote contre les faussetés, ce ne sont pas les stratégies, mais les personnes : des personnes qui, libres de l’avidité, sont prêtes à l’écoute et à travers l’effort d’un dialogue sincère laissent émerger la vérité ; des personnes qui, attirées par le bien, se sentent responsables dans l’utilisation du langage. Si la façon de sortir de la propagation de la désinformation est la responsabilité, cela concerne particulièrement celui qui est responsable par devoir d’informer, c’est-à-dire le journaliste, gardien des nouvelles. Celui-ci, dans le monde contemporain, n’exerce pas seulement un métier, mais une véritable mission. Il a la tâche, dans la frénésie des nouvelles et dans le tourbillon des scoop, de rappeler qu’au centre des informations ce n’est pas la rapidité dans la transmission et l’impact sur l’audience, mais ce sont les personnes. Informer c’est former, c’est avoir affaire avec la vie des personnes. C’est pourquoi, l’exactitude des sources et le soin de la communication sont de véritables processus de développement du bien, qui génèrent la confiance et ouvrent des voies de communion et de paix.

Je voudrais donc adresser une invitation à promouvoir un journalisme de paix, n’ayant toutefois pas l’intention avec cette expression d’évoquer un journalisme « débonnaire » qui nie l’existence de graves problèmes et assume des tonalités mielleuses. J’entends, au contraire, un journalisme sans duperies, hostile aux faussetés, aux slogans à effet et aux déclarations emphatiques; un journalisme fait par des personnes pour les personnes, et qui se comprenne comme un service à toutes les personnes, spécialement à celles-là – qui sont la majorité au monde – qui n’ont pas de voix; un journalisme qui ne brûle pas les nouvelles, mais qui s’engage dans la recherche des véritables causes des conflits, pour en favoriser la compréhension à partir des racines et le dépassement à travers la mise en route de processus vertueux; un journalisme engagé à indiquer des solutions alternatives à l’escalade de la clameur et de la violence verbale.

C’est pourquoi, nous inspirant d’une prière franciscaine, nous pourrions ainsi nous adresser à la Vérité en personne:

Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix.
Fais-nous reconnaitre le mal qui s’insinue dans une communication qui ne crée pas la communion.
Rends-nous capables d’ôter le venin de nos jugements.
Aide-nous à parler des autres comme de frères et de sœurs.
Tu es fidèle et digne de confiance; fais que nos paroles soient des semences de bien pour le monde:
Là où il y a de la rumeur, que nous pratiquions l’écoute;
Là où il y a confusion, que nous inspirions l’harmonie;
Là où il y a ambiguïté, que nous apportions la clarté;
Là où il y a exclusion, que nous apportions le partage;
Là où il y a du sensationnalisme, que nous usions de la sobriété;
Là où il y a de la superficialité, que nous posions les vraies questions;
Là où il y a des préjugés, que nous suscitions la confiance;
Là où il y a agressivité, que nous apportions le respect;
Là où il y a la fausseté, que nous apportions la vérité.
Amen.

Pape François 🔸

Je voudrais donc adresser une invitation à promouvoir un journalisme de paix, n’ayant toutefois pas l’intention avec cette expression d’évoquer un journalisme « débonnaire » qui nie l’existence de graves problèmes et assume des tonalités mielleuses.

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En 2018, cinq films sur la foi catholique. Article publié dans le journal LA CROIX du 5 janvier 2018

En 2018, cinq films sur la foi catholique.

Article publié dans le journal LA CROIX du 5 janvier 2018

Plusieurs films français et américains abordent en 2018 la question de la foi catholique témoignant ainsi du regain des questions spirituelles dans notre société.

On dit que le cinéma est un reflet assez exact de l’état de notre société. Depuis quelques années, le regain des questions religieuses y est logiquement perceptible. Le plus souvent, en France, sous le prisme de la coexistence des religions dans une société laïque ou de la tentation du radicalisme musulman. Or, en 2018 c’est bien la question de la foi chrétienne qui est directement interrogée dans deux films français qui sortent coup sur coup le 14 février et le 21 mars.

1. “L’Apparition” de Xavier Giannoli, le 14 février

Dans l’Apparition de Xavier Giannoli, Vincent Lindon ex-reporter de guerre est sollicité par le Vatican pour participer à une commission d’enquête canonique mise en place pour examiner les dires d’une jeune fille qui affirme avoir vu la Vierge Marie, provoquant un afflux de pèlerins dans un village de montagne.

En se lançant à la recherche de la vérité, ce sont ses propres questionnements et ses doutes que le journaliste, traumatisé par la perte de son ami et photographe sous ses yeux au cours d’un reportage sur un théâtre de guerre, poursuit en réalité. Peu importe au fond la réalité de ces phénomènes surnaturels qui, comme le montre le réalisateur, embarrassent plutôt l’Église catholique. C’est le mystère de la foi et le don de soi qu’elle peut provoquer qui fascine ici le personnage interprété par Vincent Lindon, tout comme le réalisateur.

2.  “La Prière” de Cédric Kahn, le 21 mars

La même démarche semble être à l’œuvre dans La Prière de Cédric Kahn qui sort sur nos écrans le 21 mars. Il s’agit dans ce film d’un jeune toxicomane de 22 ans, qui pour sortir de sa dépendance, rejoint une communauté d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Le film, qui s’inspire d’une communauté réelle Le Cénacle, raconte « le trajet d’un être non religieux qui fait un chemin vers la religion », explique son réalisateur.

Xavier Giannoli et Cédric Kahn se présentent tous deux comme des agnostiques qui s’interrogent. « Il s’agit d’abord pour moi d’une quête intime et secrète », confie Xavier Giannoli qui dit s’être volontairement situé loin des clichés ou des débats sur le retour du religieux et du choc des civilisations. « On ne répondra pas au sens de nos vies avec des algorithmes, des smartphones, des promesses économiques ou des illusions politiques », ajoute-t-il dans la note d’intention du film.

La Prière « est un film qui passe de la conviction au doute, de la mort à l’amour. Il ne répond pas à la question de la foi mais l’interroge », explique de son côté Cédric Kahn. Ce faisant ils s’inscrivent dans les pas de Xavier Beauvois et de son film « Des hommes et des dieux », témoignant du regain des questions spirituelles dans notre société.

Mais c’est également une façon pour eux de s’interroger sur le mystère de la création dans leur art. « La foi ne vaut que s’il y a doute, à mon sens la création fonctionne de la même manière (…) faire un film c’est un peu entrer en religion, croire en une fiction supérieure au réel », explique très bien Cédric Kahn.

3. “Marie Madeleine” de Garth Davis, le 28 mars

La démarche est très différente côté américain où Marie Madeleine, le film de Garth Davis est présenté comme un biopic qui se veut selon les scénaristes un portrait « authentique et humaniste d’une des plus énigmatiques et mal comprises figures spirituelles de l’Histoire ». Le film interprété par Rooney Mara et Joaquin Phoenix a tout de la production destinée au grand public.

4.  “Jésus, l’enquête” de Jon Gun, le 28 février

Le 28 février sort par ailleurs Jésus, l’enquête de Jon Gun que nous n’avons pas encore vu et qui est le récit d’une conversion. Le film est l’adaptation du livre de Lee Strobel (The Case for Christ), dans lequel ce journaliste d’investigation, athée revendiqué, est confronté à la conversion de sa femme au christianisme et enquête sur la figure du Christ. Il est distribué en France par Saje distribution, spécialisé dans les « faith-based movies », les films d’inspiration chrétienne.

5. “Sainte Vierge” de Paul Verhoeven

Enfin, dans un registre encore différent, le provocateur Paul Verhoeven a réalisé Sainte Vierge, un film dans lequel Virginie Efira interprète le rôle de Benedetta Carlini, une religieuse mystique du début du XVIIe siècle qui, pour avoir entretenu une relation avec une autre sœur, sera confinée pendant quarante ans pour éviter tout contact avec d’autres femmes

Céline Rouden, journaliste à LA CROIX 🔸

On dit que le cinéma est un reflet assez exact de l’état de notre société. Depuis quelques années, le regain des questions religieuses y est logiquement perceptible.

Explications :
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