Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Proclamation du Manifeste pour la mission lors de la plénière de clôture du Congrès Mission 2018

La quatrième édition du Congrès Mission s’est déroulée du 28 au 30 septembre, à l’Eglise Saint-Sulpice sur le thème : « Par amour il nous relevés, pour amour, ils nous a envoyés ». Le Congrès Mission a proclamé un Manifeste en 10 thèses.

L’ordre du jour, dit le pape François, est à une réforme des structures. Cette « réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié.  (Evangelii Gaudium, 27)

Thèse 1 : Jésus Christ ami universel

Nous avons le désir fou que tous les Français rencontrent Jésus-Christ

Nous souhaitons que dans l’Eglise brûle toujours la flamme missionnaire des origines. Ceux qui suivent Jésus Christ en tant que leur Seigneur personnel enflamment et transforment le monde autour d’eux. Leur quête passionnée de Jésus interpelle et entraînent de nombreuses âmes.  L’espérance dans le Christ change les cœurs et donc le monde. L’Eglise est moins une institution, un héritage culturel ou un organisme défenseur de valeurs qu’une communauté dont Jésus est le centre. C’est pourquoi nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ.

 

 

Thèse 2 : Évangélisation priorité n°1

Nous voulons que l’annonce de l’évangile devienne la priorité n°1 de l’Eglise

Résonne encore à nos oreilles l’ultime commandement que Jésus donne à ses disciples après sa Résurrection : «Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,» (Mt 28, 19). La raison d’être de l’Eglise est de rayonner de la joie contagieuse qui vient de Dieu. Quand elle ne le fait pas, elle décline. Nous pensons nécessaire que les ressources financières et humaines de l’Eglise soient engagées en priorité pour l’évangélisation.

 

 

Thèse 3 : Le courage d’annoncer Jésus

Nous appelons au courage dans l’annonce explicite du Christ

Aujourd’hui 200 millions de chrétiens acceptent la persécution parce qu’ils ne veulent pas quitter Jésus, leur seul espoir. Ils nous montrent combien Dieu peut donner du sens à nos vies. Ils manifestent la vérité du psaume 62 : « Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! ». Faire expérimenter la joie de l’évangile n’a jamais été aussi nécessaire et rester silencieux est une forme de non-assistance à société en détresse.

 

 

Thèse 4 : Le droit pour tous de connaitre Dieu

Nous annonçons l’évangile à tous nos concitoyens sans discriminer personne

Conscients que Jésus a donné sa vie pour tous les hommes sans exception, nous allons à la rencontre des chrétiens, des croyants d’autres confessions et des incroyants. « Dieu est « amour » (1 Jn 4, 16) et veut « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2,4). Nous le voulons aussi.

 

 

Thèse 5 : Dieu peut tout

Nous croyons que la prière sera le socle de notre mission

Chaque renouveau missionnaire a été accompagné par un regain de générosité dans le jeûne et la prière. La puissance de notre mission dépend de notre enracinement personnel et communautaire dans la relation avec le Seigneur. Elle dépend de notre foi dans le fait que Dieu, qui aime passionnément le monde au point de lui donner son Fils, est à l’œuvre dans le monde. Il a agi et agira encore en réponse à nos supplications. Nous croyons que des miracles sont possibles aujourd’hui, nous les voulons grands et nombreux !

 

 

Thèse 6 : Être uni pour l’annoncer

Nous sommes solidaires de tous les chrétiens qui annoncent Jésus Christ, en dehors de l’Église catholique
Nous, catholiques, reconnaissons leur fidélité à l’Écriture et leur attachement au Sauveur. Nous admirons leur zèle missionnaire et leur désir de conduire les âmes à Jésus. Nous voulons que cessent les divisions qui déchirent le corps du Christ. Nous savons que le monde a besoin de notre unité pour Le reconnaître (Jn 17,21) et nous croyons que la mission accomplie d’un même cœur est le chemin de cette unité.

 

 

Thèse 7 : La raison est au service de la foi

Nous voulons cultiver et goûter toujours plus le trésor de la foi pour le proclamer clairement

L’engagement missionnaire ne peut être qu’intégral : âme, cœur, corps et esprit. Nous voulons redire que l’annonce de l’Evangile rend nécessaire pour celui qui s’y engage un travail intense sur sa propre vie et un travail d’apprentissage des contenus de la foi, de connaissance des Ecritures, de la tradition et du magistère afin de proclamer les secrets de la foi dans leur cohérence et leur globalité.

 

 

Thèse 8 : Inviter mais pas endoctriner

Nous annonçons le Sauveur, non une idéologie

Annoncer l’évangile prend la forme d’une invitation à rencontrer la personne de Jésus.  La mission est une proposition gratuite et respectueuse. La mission suppose de laver les pieds des gens, pas leur cerveau. Elle ne persuade pas, n’exerce aucune pression et est incompatible avec la violence.

 

 

Thèse 9 : Démocratiser la mission

La mission est l’affaire de tous les baptisés

La mission que Jésus nous a confiée n’a jamais été réservée à des spécialistes. Être missionnaire est le commandement du Christ envers tous les baptisés, c’est un appel pour tous les chrétiens du fait même qu’ils sont baptisés. La mission ne se limite pas à certains pays « non-chrétiens» ou à certaines cultures. Dans l’esprit du Concile Vatican II, la mission de l’Eglise ne suppose aucun préalable ; elle se poursuit à tout moment et partout avec le concours de tous les laïcs.

 

 

Thèse 10 : Se convertir avant tout

Nous devons nous convertir à la joie de l’Evangile pour conduire les autres à Jésus. 

Immergés dans un vaste courant où l’humanité compte de plus en plus sur ses seules capacités et se perd dans la consommation, nous devons faire un effort déterminé pour nous détacher de la mondanité du monde. C’est en tant qu’«hommes nouveaux» remplis de l’Esprit Saint et convertis dans tous les aspects de notre vie, que nous serons véritablement missionnaires. La mission vient du désir de partager sa propre joie avec les autres.

Congrès Mission  / Paris 28-29 septembre 2018🔸

…nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ

Thèse 1
Pour en savoir plus :

www.congresmission.com

Des scientifiques discrets éloquents

Des scientifiques discrets éloquents

La célébration du bicentenaire de la Maison-Mère prépare un colloque portant sur quelques figures de proue lazaristes.  Des noms de  confrères scientifiques émergent déjà, tels Messieurs Boré, orientaliste, David, chercheur de renommée universelle, Pouget, le penseur, Charles Jean, professeur à l’Ecole du Louvre, Huc et Gabet, les défricheurs. Comment st Vincent concilie-t-il spiritualité et science ? Quels enseignements pour nous ?

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact. Ce sont de simples lazaristes, plutôt adeptes de l’enfouissement, « par expérience et par nature », comme pourrait le souligner leur fondateur avec l’un de ses propos sur lui-même. Monsieur Dodin a presque caricaturé leur apparence : « Extérieurement, ces vincentiens n’ont pas fière allure  une  présentation modeste et souvent étriquée les éloigne des salons mondains. S’ils s‘y égarent ils s’y ennuient, car ils savent que leur grâce est ailleurs. Nourris de travail, éduqués dans la simplicité, ils rêvent toujours d’être les vrais amis des petits et des pauvres. Leur vocation, c’est l’accueil, l’apaisement, le renoncement à soi et aussi la simplicité qui facilite la communion des cœurs »[1].Ce sourcier des études vincentiennes n’avait pas tort d’écrire ces lignes rejoignant un littéraire de bon ton, Georges Goyau, historien prolixe de l’Eglise catholique, secrétaire perpétuel de l’Académie Française en 1938, juste quand il écrivait son ouvrage sur La Congrégation de la Mission des Lazaristes paru chez Grasset, remarqué à l’époque et oublié de nos jours. L’auteur s’arrête sur st Vincent de Paul et ses deux siècles d’élan, sur le « second fondateur » Etienne avec l’expansion universelle de la Congrégation et l’action lazariste singularisée par l’esprit missionnaire. Alors peuvent apparaître des noms et des actions, voir surgir un esprit chez quelques hommes de science remarqués.

1. Le temps de l’histoire

L’histoire de la Congrégation se concrétise à travers deux types d’hommes, les missionnaires et les penseurs dont les scientifiques. Pour connaitre ces derniers, je citerai un fin connaisseur parce que chercheur éclairé qui résume la situation au temps du fondateur et par la suite [2] : « Face aux facultés de théologie, telle que la Sorbonne, qui ont une visée uniquement intellectuelle, les séminaires ont une visée nettement pastorale. C’est une œuvre difficile, qui a connu et connaît encore bien des échecs, et qui n’a pas le prestige des universités … Chez les Lazaristes, les esprits sont divisés. Certains refusent d’y enseigner, même quand ils y sont envoyés, arguant que leur vocation, c’est les missions aux pauvres gens des champs, tel Luc Plunket” [3].  D’autres, à l’opposé, voudraient en faire l’œuvre principale, tel Bernard Codoing, ou se lancer dans le travail de spécialistes, comme François du Coudray, à qui on demandait de participer à la traduction latine de la Bible syriaque. M. Vincent s’efforce de maintenir chacun dans la ligne moyenne d’études sérieuses, mais avec le primat de la visée pastorale. [4]

Au XVIIIème siècle, l’accent est mis davantage sur l’étude, très pointue, en raison des controverses jansénistes. Les directives de M. Bonnet poussent les “régents” à un travail intensif pour eux-mêmes, qui réclame qu’ils aient chacun dans sa chambre les livres de fond, sur chaque courant, y compris les auteurs protestants ; mais les cours doivent rester selon les méthodes actives, faisant surtout travailler les séminaristes, et viser à faire des pasteurs, avec l’application pratique à la prédication et à la catéchèse. L’étude des sciences est également approfondie, si bien que, lorsque les Jésuites seront supprimés et devront quitter la Cour de Chine, les Lazaristes qui les remplaceront comme astronomes et mathématiciens de l’Empereur feront toute aussi bonne figure – mais en outre, ils iront évangéliser les villages reculés, s’apercevant que cela n’avait pas été fait ! ».

En ce XVIIIème siècle, les Séminaires deviendront l’œuvre principale des Lazaristes, il n’y aura pas de fondation de nouvelles maisons de Missions en France. Un peu plus tard s’ouvriront des Ecoles dites apostoliques, d’un siècle d’existence environ.

 Faut-il rappeler que trente ans après la tentative de st François Xavier, la Compagnie de Jésus reprit de nouveau le chemin de la Chine en 1582, avec succès cette fois. Elle introduisit la science à l’occidentale, les mathématiques et l’astronomie. En 1601, l’un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les Jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré « secte dangereuse ». La Querelle des Rites leur porta le coup de grâce ; en 1773, le pape ordonna la clôture de leurs missions. Au milieu du XIXème, les missions catholiques reprirent avec les Lazaristes (dont la figure notable est st Jean-Gabriel Perboyre), et encore les Jésuites[], surtout après la première guerre de l’opium, dans les zones côtières. « Porte-sacs des Jésuites », aime-t-on répéter.

Bref, en Chine comme ailleurs, nos confrères lazaristes peuvent donc être savants et apporter aussi avec eux l’annonce évangélique.

 

2. Quel message ?

 A pressentir le détail de la vie de nos missionnaires, on pense à la maxime de st Vincent : « Il faut… de la science… Missionnaires savants et humbles sont le trésor de la Compagnie » (XI, 126-127)[5]. La fin de la conférence est porteuse de spiritualité : « ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : « scientia inflat », la science gonfle, (1 Cor 8,1)  et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! ». Le balancement de la phrase exprime bien celui de la pensée profonde du fondateur. Le trop-plein de savoir est dangereux, boursouffle, surtout quand il n’est pas au service de la charité. Paul l’énonce en un raccourci éloquent : « La connaissance enfle mais l’amour édifie » (1 Cor 8,1). Néanmoins, la juste connaissance est don de Dieu. Et il ajoutera plus tard : « A l’un est donné un message de sagesse, à l’autre un message de connaissance, selon le même Esprit » (1 Co 12,8). Pascal, de son côté, devait connaître ces références quand il déchantait de connaître la science de l’homme, fatigué des sciences abstraites, et concluait : « Ce n’est pas encore là, la science que l’homme doit avoir » (Pensées 687). Il faut une science qui porte du fruit, un fruit de charité. Le missionnaire savant est plus connu, selon st Vincent, par l’amour dont il témoigne, au risque de fanfaronner, et il martèle aux Filles de la Charité, toutes proportions de nécessité gardées : « Il vous suffit d’aimer Dieu pour être bien savantes (IX, 32). Tel est son legs : savoir, savoir par amour, savoir à la manière du Christ.

Et c’est selon son esprit qu’il faut allier humilité et science. Le Fils de Dieu a laissé s’anéantir aussi en lui toute connaissance divine pour ne retenir que l’apprentissage et l’expérience humaine. En lui, « reconnu homme à son aspect », il s’accomplit petit à petit, jour après jour, comme tel. Il vit l’enfouissement et la croissance, « grandissant, en taille et en sagesse », selon Luc. On sait avec quel enthousiasme, Vincent parle de l’humilité, comment il en vit et désire qu’on en vive. « Mot du guet, fondement de la perfection, nœud de la vie spirituelle, vertu des Missionnaires, elle est la marque infaillible de Jésus-Christ » et il nous confie : « C’est la vertu que j’aime le plus » (I, 284, les citations précédentes parsemant les Règles Communes).

Des nôtres ont réalisé en eux-mêmes cette alliance science-humilité. Ils ont connu bien des secrets de la nature et de l’homme mais en même temps ont su qu’ils ne savaient rien sous et sans le regard du Verbe.

***

Pour achever selon  les directives imposées par la ligne éditoriale, j’aimerai citer le plus discret de nos scientifiques, l’inoubliable occupant de la cellule 104 du couloir central du 2e étage de St Lazare, le cher Monsieur Pouget. Un soir de février 1906, il lâche à Jacques Chevalier : « Le propre de l’homme c’est Dieu », et cinq jours après ; « Jadis je rêvais de posséder bien ma mécanique céleste, et puis de m’en aller à l’éternité. Mais notre science fige le réel dans ses équations ; elle n’en suit qu’une piste. Le réel lui-même nous échappe : il est ce clapotement que je perçois lorsque je traverse la Seine … »[6].

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact.

NOTES :

[1] André Dodin, st Vincent de Paul et la charité, coll. Maîtres spirituels – Seuil 1960 p 87.

[2] Bernard KOCH : étude informatique intitulée « st Vincent et le savoir ».

[3] Le 21 mai 1659, VII, 561.

[4] Il faut, en lisant ses lettres, toujours tenir compte du destinataire de son état de vie, de ses dons et limites…peut-être de ses ambitions.

[5] On gagnerait à lire tout le contexte de cette sentence  sur l’étude (Répétition d’oraison d’octobre 1643) :

« … Quoique tous les prêtres soient obligés d’être savants, néanmoins nous y sommes particulièrement obligés, à raison des emplois et exercices auxquels la providence de Dieu nous a appelés, tels que sont les ordinands, la direction des séminaires ecclésiastiques et les missions, encore bien que l’expérience fasse voir que ceux qui parlent le plus familièrement et le plus populairement réussissent le mieux. Et de fait, mes frères, ajouta-t-il, avons-nous jamais vu que ceux qui se piquent de bien prêcher aient fait bien du fruit ? Il faut pourtant de la science. Et il ajouta de plus que ceux qui étaient savants et humbles étaient le trésor de la Compagnie, comme les bons et pieux docteurs étaient le trésor de l’Eglise…

Il ajouta ensuite quelque, moyens d’étudier comme il faut :

1° C’est d’étudier sobrement, voulant seulement savoir les choses qui nous conviennent selon notre condition.

2° Etudier humblement, c’est-à-dire ne pas désirer que l’on sache, ni que l’on dise que nous sommes savants ; ne vouloir pas emporter le dessus, mais céder à tout le monde. O Messieurs, dit-il, qui nous donnera cette humilité, laquelle nous maintiendra ! Oh! Qu’il est difficile de rencontrer un homme bien savant et bien humble ! Néanmoins cela n’est point incompatible. J’ai vu un saint homme, un bon Père jésuite, nommé …, lequel était extrêmement savant ; et avec toute sa science il était si humble, qu’il ne me souvient pas d’avoir vu une âme si humble que celle-là. Nous avons vu encore le bon M. Duval, un bon docteur, fort savant et tout ensemble si humble et si simple qu’il ne se peut davantage.

3° Il faut étudier en sorte que l’amour corresponde à la connaissance, particulièrement pour ceux qui étudient en théologie, et à la manière de M. le cardinal de Bérulle, lequel, aussitôt qu’il avait conçu une vérité, se donnait à Dieu ou pour pratiquer telle chose, ou pour entrer dans tels sentiments, ou pour en produire des actes ; et par ce moyen, il acquit une sainteté et une science si solides qu’à peine en pouvait-on trouver une semblable.

Enfin il conclut ainsi : «Il faut de la science, mes frères, et malheur à ceux qui n’emploient pas bien leur temps ! Mais craignons, craignons, mes frères, craignons, et, si j’ose le dire, tremblons et tremblons mille fois plus que je ne saurais dire ; car ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : scientia inflat et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! » (XI, 127 0 128)

[6] Jacques Chevalier, LOGIA  Propos et enseignements, Père POUGET, Grasset 1955, p 4

Livre : ” Saint Vincent de Paul. Un génie de la Charité “

Livre :

“Saint Vincent de Paul. Un génie de la Charité”. Biographie

Editions Salvator

On l’appelle volontiers ” le grand saint du Grand Siècle ” : à l’époque de Louis XIII, Vincent de Paul donne une éclatante leçon de charité et de modernité.

On connaît son combat pour les plus pauvres, les galériens, les enfants abandonnés. On se souvient de son rôle de fondateur des Confréries de la Charité, des Prêtres de la Mission, des Filles de la Charité. On le considère, à côté de Bérulle ou d’Olier, comme une des grandes figures de l’École française de spiritualité. Mais dans cette vivante biographie, Chantal Crépey met aussi l’accent sur des points moins connus : l’impulsion que Vincent a donnée à l’engagement des femmes dans l’Église et dans la société, son influence sur la prédication, sa spiritualité mariale.

D’une façon nouvelle, l’auteur raconte les temps forts de la postérité de saint Vincent et leur insertion dans la grande Histoire.
En notre temps, marqué par les nouvelles pauvretés et la mondialisation, le charisme de « Monsieur Vincent » garde toute sa pertinence. Et au questionnement d’aujourd’hui et de toujours : « Qui est l’homme ? », saint Vincent de Paul répond par sa vie : l’homme est don.

En notre temps, marqué par les nouvelles pauvretés et la mondialisation, le charisme de “Monsieur Vincent” garde toute sa pertinence. Et au questionnement d’aujourd’hui et de toujours ” Qui est l’homme ? “, saint Vincent de Paul répond par sa vie : l’homme est don.

Extrait de l’avant-propos

“Le nom seul de Saint Vincent de Paul est un éloge. Partout dans le monde, on connaît, on admire, on aime saint Vincent. Son visage même parle au cœur. Le regard est le miroir de l’âme, dit-on. Rien n’est plus vrai chez Saint Vincent.

Malgré les supplications de ses proches qui réclamaient qu’on fasse son portrait, Monsieur Vincent refusa toujours de poser. Il fallut employer la ruse. En 1660, on introduisit dans la maison mère de Saint-Lazare un peintre tourangeau, Simon François, qui se mêla à la communauté pour étudier de près son modèle. Le peintre de Tours réalisa de cette façon deux portraits de Vincent, l’un en tenue de ville, l’autre en surplis. Les gravures qui lui furent tirées, les copies qui en furent faites, reflètent la physionomie lumineuse et douce, le regard d’une grande profondeur de l’homme d’action et du mystique…”

 

 

Mais l’essentiel n’a pas été dit. Ce qui manque, c’est l’histoire de toutes celles et de tous ceux qui ont suivi saint Vincent, c’est l’histoire aussi de celles et de ceux, pauvres, malades, isolés, abandonnés, prisonniers, exclus, exilés, qui ont bénéficié de l’élan de charité initié par Vincent de Paul et on repris espoir, c’est le présent de la charité sur tous les continents, comme “un grand feu”…

Chantal Crépey
Note Bibliographique :

Chantal Crépey

SAINT VINCENT DE PAUL. UN GÉNIE DE LA CHARITÉ. BIOGRAPHIE

Éditions Salvator, Paris, 2017

103, rue Notre-Dame des Champs. F-75006 PARIS

www.editions-salvator.com

Caractéristiques :


Auteur : Chantal Crépey
Editeur : SALVATOR
Paru en : novembre 2017
Présentation : roché,10 mm * 140 mm * 210 mm,224 pages,290 g
Code barre : 9782706715983

Historienne et écrivain. Chantal Crépey a été présidente nationale du mouvement caritatif féminin fondé par saint Vincent de Paul en 1617 : Les équipes Saint-Vincent (AIC-France)

http://www.equipes-saint-vincent.com/

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres. 33e dimanche tuTemps Ordinaire. 19 novembre 2017

  1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles videsqui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

  1. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureuxet héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

  1. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

  1. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation àsuivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

  1. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’: ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

  1. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

  1. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33èmedimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

  1. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Pèreest la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Pèreest une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.
  2. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvress’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017. Mémoire de saint Antoine de Padoue

Pape François 🔸

Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur

Pape François
Site :

Pour aller vers le site : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/poveri/documents/papa-francesco_20170613_messaggio-i-giornatamondiale-poveri-2017.html

Rencontre de supérieurs de la Province de France  : Bilan au bout d’un an

Rencontre de supérieurs de la Province de France : Bilan au bout d’un an

Durand une année, Supérieurs des communautés, Visiteur et Conseil de la Province de France se sont réunis avec régularité.

De manière unanime, nous avons apprécié positivement ces rencontres. Elles ont permis aux uns et aux autres de se connaître, de s’intégrer à la nouvelle réalité provinciale, de respirer, de partager joies et peines vécues dans les communautés, de mettre en route le « Projet Missionnaire » devenu « Projet Provincial ». Nous avons compris surtout, que le Visiteur et son Conseil ont autant besoin de la collaboration des supérieurs que ces derniers ont besoin du soutien et de la compréhension des premiers. Bref, ces rendez-vous ont été source d’apaisement et de stimulation.

Notre point de départ était la mise en route, de toute urgence, du Projet Provincial (désormais PP). Il contient de grandes lignes sensées nous mobiliser en vue de l’avenir. Chemin faisant, nous nous sommes rendu compte qu’il était indispensable de nous écouter avant de nous mettre en perspective à partir de nos réalités locales et provinciales, retrouvant ainsi l’audace nécessaire pour aller de l’avant tout en hiérarchisant les priorités.

  • Avec sérénité et humilité nous avons constaté qu’il existe ici et là de l’inertie qui se traduit par un certain immobilisme : combien il est difficile de mettre quelque chose de nouveau en route ! On a aussi du mal à rêver, peut-être à cause des blessures paralysantes et des cicatrices douloureuses en lien avec l’autorité. Il existe également des situations paradoxales telle que celle-ci : d’un côté on attend que le Visiteur fixe la mission et de l’autre on lui reproche de ne pas consulter. Le PP a reçu un accueil mitigé de la part de l’ensemble de confrères. Dans certaines communautés on ne s’y réfère plus.
  • Avec joie et espérance, nous constatons que nous avons encore de l’avenir et des défis à relever : travailler davantage en lien avec les communautés locales, communiquer à celles-ci les points forts et les convictions trouvés dans les rencontres de supérieurs, aider de manière concrète à faire le lien entre le PP et le Projet communautaire local, vivre la mission en clé de coresponsabilité et non pas en ‘soldat solitaire’, savoir ce que l’on veut et le faire savoir, s’adapter aux situations nouvelles de manière pragmatique, grandir dans l’esprit du dialogue et dans le sens d’appartenance, se convaincre qu’il est plus l’avantageux de coopérer avec les autres que de s’épuiser tout seul, soutenir la créativité des confrères etc.

On ne part jamais de zéro ! Il est vrai et nous constatons que plusieurs points du PP sont déjà en route ; ici et là, on les vit déjà. Par contre, il est nécessaire d’y mettre un esprit nouveau dans le sens de la coresponsabilité, du zèle missionnaire, dans l’ouverture à d’autres acteurs, dans le travail avec la famille vincentienne (nouveaux partenariats). Nous avons encore de forces vives (malgré l’âge des confrères), un charisme mobilisateur et surtout des confrères qui ont une bonne volonté et le désir d’être missionnaires à la manière de saint Vincent.

 

Le chantier est ouvert …

Nous devrons encore à aller de l’avant en travaillant avec une méthode adaptée à nos « ambitions » et à nos limites. L’aide des personnes externes et des experts est toujours nécessaire, mais sous quelle forme ? Nous voulons donner encore de la chair aux mots qui sont dans le PP. Nous souhaitons faire au moins une ou deux réunions de supérieurs dans une communauté locale par an pour transmettre l’enthousiasme et rendre les confrères de plus en plus participatifs. Comment impliquer chaque confrère dans cette dynamique provinciale ? Nous avons à chercher la manière de restituer à l’ensemble des confrères les fruits et les avancées des rencontres de telle manière que l’on ne pense plus que ce que font Supérieurs, Visiteur et Conseil ne les concerne pas. Nous avons à travailler davantage la dynamique de la coresponsabilité et contribuer au rapprochement des uns aux autres. Peut-être plus concrètement, avons-nous encore à apprendre à mettre en route un projet nouveau en tenant compte de l’atelier animé toute le long de l’année par Paule Zellitch (théologienne et experte en accompagnement des congrégations religieuses). Retenons qu’elle a insisté sur la nécessité d’être factuels, d’oser innover, de trouver des « personnes ressources ».

Pour conclure, nous voulons partager avec nos confrères de la province les 10 critères « pour vivre la mission dans la Province de France », fruit de la réflexion commune tout au long de cette année :

 

  • Donner la priorité à des lieux marqués par des réelles pauvretés
  • Rendre effective une collaboration avec la Famille Vincentienne et les associations caritatives, comme avec les autres Provinces de la Congrégation
  • Répondre à l’appel d’une instance ecclésiale, « l’envoi » étant incontournable et décisif (ex. pour des « missions-temps fort »)
  • Porter attention au dialogue interreligieux et à l’œcuménisme
  • Être créatif dans le service des pauvres
  • Donner toute sa place à la formation des laïcs et des prêtres
  • Accueillir des jeunes dans nos maisons
  • Être conscients de la réalité de nos forces
  • Travailler en tenant compte du Projet Communautaire
  • Favoriser l’unité de lieu de vie des confrères
Conseil Provincial 🔸

« D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur »

(Rm 12,11)

Accueillir l’étranger. Saint Vincent de Paul et les sans-abri

Accueillir l’étranger. Saint Vincent de Paul et les sans-abri

« Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. » (1) Ces dures paroles de Luc atténuent la joie du récit de l’enfance que nous proclamons chaque Noël. Pas de place pour un jeune charpentier et son épouse enceinte ? Est-ce à cause de leur accent galiléen qui les identifiait comme étrangers ? (2) N’y avait-il pas de place pour l’enfant si longuement attendu, dont les anges à sa naissance proclament « une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple » ? (3) Non, il n’y a pas de place. Leur propre peuple renvoie Marie et Joseph. Le premier berceau de leur nouveau-né sera une mangeoire.

Matthieu, dans le récit de l’enfance, raconte un autre épisode de la naissance de Jésus, où de nouveau, la joie devient tristesse. (4) Il décrit les circonstances tragiques qui conduisent Joseph et Marie à s’éloigner de leur patrie avec Jésus. Dans sa réflexion sur ce récit  de l’évangile de Matthieu, Pie XII affirme : « La Sainte Famille de Nazareth en exil, émigrant en Égypte, est le modèle de toutes les familles de réfugiés. » (5) En commentant ces paroles, le pape François fait référence à la situation pénible des sans-abri et des réfugiés qui sans cesse réclament leur droit aux trois « T » : terre, travail et toit. (6)

De nos jours, d’une manière ou d’une autre, 1,2 milliards de personnes partagent le lot de Joseph, Marie et Jésus. Notre Famille Vincentienne pourrait-elle causer un impact de premier plan dans leurs vies ?

Dans cet article, je propose d’examiner le thème en trois étapes :

  1. Vincent et les sans-abri
  2. L’initiative de la Famille Vincentienne internationale pour les sans-abri
  3. Unir le changement systémique à une « culture de la rencontre »

dans le service des sans-abri

1. VINCENT ET LES SANS-ABRI

Les sans-abri ont la cote d’amour sur la liste de Vincent. Une analyse soigneuse de sa vie, de ses écrits et de ses conférences donne un portrait très concret de ses œuvres à leur égard.

a. Les « 13 maisons » – Les efforts de Vincent pour procurer un foyer aux enfants trouvés.

En 1638, Vincent s’attaque au problème des enfants « trouvés ». Au tout début, les enfants habitent avec Louise de Marillac et les sœurs. Par la suite, Vincent leur loue une maison, rue des Boulangers. (7)

Entre 1638 et 1644, le nombre d’enfants trouvés s’est accru jusqu’à 1 200. On peut imaginer tous les problèmes qu’impliquaient le logement, le personnel et le financement de cette œuvre. Vincent est très inventif à cet égard. De fait, sa créativité pour abriter les enfants trouvés illustre combien il était un homme d’affaires habile.

À la mort de Louis XIII en 1643, une clause de son testament permet à la reine Anne d’Autriche d’assigner un million de dollars à Vincent comme dotation stable pour les missions de la Congrégation à Sedan. Vincent choisit plutôt d’utiliser l’argent pour bâtir 13 petites maisons près de Saint-Lazare, la maison mère de la Congrégation de la Mission. Il les loue ensuite aux Dames de la Charité pour loger les enfants trouvés. L’argent de la location devenait la dotation stable pour soutenir les missions à Sedan. Voyez comment Vincent obtient du deux pour un dans cet arrangement ! L’argent du legs royal sert à acheter les maisons pour les enfants trouvés, et celui de la location aux Dames de la Charité à soutenir les missions à Sedan.

Mais le nombre d’enfants trouvés ne cessant de croître, il était difficile de se procurer des fonds pour en prendre soin. Les Dames de la Charité considèrent alors l’abandon de l’œuvre en 1647. Vincent la sauve en faisant un vibrant plaidoyer auprès des Dames, leur exprimant que ces enfants trouvés sont leurs enfants :

Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés ; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains ; je m’en vais prendre les voix et les suffrages ; il est temps de prononcer leur arrêt et de savoir si vous  ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront    si vous continuez d’en prendre un charitable soin ; et, au contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez ; l’expérience ne vous permet pas d’en douter. (8)

Finalement, Vincent assigna plusieurs Filles de la Charité au soin des enfants trouvés. Il écrivit une règle particulière pour les Filles qui travaillaient à l’hôpital des enfants trouvés9, très touchante par son côté pratique et sa spiritualité. Décrivant la vocation des sœurs, il affirme : « Elles reflèteront que leur emploi est de servir l’Enfant- Jésus en la personne de chaque bébé qu’elles élèvent, et qu’en cela elles ont l’honneur de faire ce que faisait la Bienheureuse Vierge auprès de son cher fils, lui qui a affirmé que le service rendu au plus petit de ses frères est rendu à lui-même. En effet, elles feront tout ce qui est possible pour élever ces pauvres enfants avec autant d’attention et de respect que si c’était la personne même de Notre Seigneur ».10 Il indique aussi plusieurs détails pratiques sur la nourriture des enfants, leur temps de repos et leurs jeux, leur hygiène, la lessive des couches, leur prière, leur apprentissage de la lecture  et de l’écriture, etc. C’est un document remarquablement concret par son approche bienveillante dans la manière de discipliner les enfants.

Selon toute apparence, les sœurs ont eu beaucoup de succès dans l’éducation des enfants trouvés. Au cours d’une rencontre avec le Conseil des Filles de la Charité tenue le 13 août 1656, Vincent émet le souhait que quelques-unes des orphelines soient admises dans la communauté. La sœur en charge de l’hôpital des enfants trouvés s’oppose toutefois à cette idée (se demandant ce qu’en penseraient les gens !).11 Il n’est pas clair si, à ce moment-là, les Filles acceptèrent la recommandation de Vincent. Avec  les années, cependant, l’attitude  face  aux  enfants  trouvés  et  aux  orphelins  a changé considérablement. Aujourd’hui, un grand nombre de merveilleuses Filles de la Charité sont heureuses de dire qu’elles ont été élevées dans des maisons dirigées par les sœurs.

b. Maisons pour réfugiés – Les efforts de Vincent pour trouver des logements et de l’assistance à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants déplacés durant les guerres en Lorraine

À compter de 1639, Vincent commence à organiser des campagnes pour le soulagement de ceux qui souffraient de la guerre, de la peste et de la famine. Ces secours ont duré plus de dix ans. Durant ce temps, Vincent réussira à faire parvenir en Lorraine plus de 1 500 000 livres en argent [60 millions de dollars] et environ14 000 aunes [38 000 mètres] de draperies diverses. (12) Il recueillit d’abord des fonds par l’entremise des Dames de la Charité, puis obtint des contributions des plus hautes autorités. Le roi Louis XIII lui remit un don de 1 800 000$. (13)

L’un des assistants de Vincent, le frère Mathieu Regnard, a fait 53 voyages en se déguisant pour traverser des lignes ennemies, apportant l’argent de Vincent pour le soulagement de ceux qui vivaient dans les zones de guerres. (14) À ses retours de voyage, il ramenait souvent avec lui des personnes en détresse. En octobre 1639, Vincent  disait de lui : « Il nous en emmena cent le mois passé, entre lesquels il y avait quarante-six filles, demoiselles et autres, qu’il a conduites et menées jusqu’en cette ville. » (15)

Vincent exigeait des comptes rigoureux. Il demandait régulièrement des rapports afin que les bienfaiteurs sachent de quelle manière leurs dons avaient été dépensés et pour qu’ils soient encouragés à donner encore davantage. À son confrère François   du Coudray il écrit : «…qu’ils retirent quittance de tout ce qu’ils donneront, pource qu’il nous en faut compter, que, sous quelque prétexte que ce soit, l’on n’en divertisse ni applique ailleurs pas une maille. Et vous m’enverrez, s’il vous plaît, par le frère Mathieu une copie de l’état, signée de M. de Villarceaux et de son ordonnance, s’il y en a, et me manderez tous les mois les sommes que vous aurez distribuées ou donné ordre qu’on distribue aux autres lieux. » (16)

Toute sa vie, Vincent répétait aux membres de sa famille qu’ils devaient offrir non seulement une aide matérielle mais aussi une assistance spirituelle à ceux qui fuient les villes et les cités. Dans   sa lettre du 12 octobre 1639, après avoir décrit le déplacement de la population en Lorraine et l’aide matérielle qui leur a été fournie, il raconte : « [Nous les assistons] spirituellement, en leur enseignant à tous les choses nécessaires à salut et leur faisant faire une confession générale de toute leur vie passée d’abord et continuer de deux ou de trois en trois mois. » (17)

Réfléchissant sur les réalisations de Vincent en Lorraine, l’historien Bernard Pujo conclut :

Au-delà des chiffres des secours distribués et des miséreux assistés, cette action menée en faveur de la Lorraine est remarquable. C’est le premier essai d’une assistance organisée pour  toute  une  région  sinistrée.  Sans  être  investi  d’aucune mission particulière, Vincent de Paul a assumé le rôle d’un secrétaire d’État aux réfugiés et victimes de guerre. Dépassant largement le cadre de ses attributions en tant que supérieur de la congrégation de la Mission, il s’est placé, de son propre chef, au niveau d’une action caritative sur le plan national. (18)

c. L’hôpital « Nom de Jésus » – Les efforts de Vincent pour trouver le gîte, le vêtement et le couvert à ceux qui vivent dans les rues de Paris.

Vers 1652, comme la pauvreté enveloppait Paris (19) durant la guerre civile, Vincent, âgé de 72 ans, organise des secours : deux fois par jour, il procure de la soupe à des milliers de pauvres à Saint- Lazare et nourrit des milliers d’autres dans les maisons des Filles  de la Charité. Il organise des collectes, recueillant chaque semaine cinq ou six kilos de viande, deux ou trois mille œufs, une grande quantité de vêtements et des ustensiles. (20) Il fournit de l’hébergement aux personnes déplacées. Par exemple, lorsqu’un riche marchand anonyme de Paris donne à Vincent 4 000 000$ pour quelque bonne œuvre, il fonde un hôpital appelé « Nom de Jésus ». Après avoir discuté de son projet avec le bienfaiteur, il réserve 440 000$ à l’achat de la maison. Il met également de côté une somme pour les meubles et l’agrandissement de la maison, tout en lui réservant un revenu annuel substantiel. Elle fonctionnait déjà en mars 1653. Saint Vincent choisit comme premiers locataires des artisans, 20 hommes et 20 femmes sans travail, et il leur fournit des métiers à tisser et autres outils. Louise de Marillac mentionne que les résidents, durant ces années, étaient des fabricants de toutes sortes : bottes, boutons, mousseline, lacets, gants, épingles et des tailleurs. Les Filles de la Charité travaillaient en étroite collaboration avec eux. Selon les termes du contrat, un Prêtre de la Mission agissait comme aumônier. Saint Vincent venait souvent visiter et instruire les ouvriers. (21)

Vincent décrit la situation à l’un de ses prêtres : « Paris fourmille de pauvres, à cause que les armées ont contraint les pauvres gens des campagnes de s’y venir réfugier. On fait tous les jours des assemblées pour tâcher de les assister ; on a loué quelques maisons dans les faubourgs, où l’on en retire une partie, particulièrement les pauvres filles ». (22)

Il ajoute : « Et en outre on a retiré les filles en des maisons particulières, au nombre de huit ou neuf cents ; et l’on va enfermer toutes les religieuses réfugiées qui logent par la ville, et quelques- unes, dit-on, en des lieux de soupçon, dans un monastère préparé à cet effet. » (23) Au début, Vincent et Louise de Marillac avaient l’habitude de placer les jeunes filles dans les maisons d’enfants trouvés ; plus tard, elles seront placées comme servantes dans les meilleures familles. Les jeunes garçons étaient logés à Saint-Lazare jusqu’à ce qu’ils trouvent du travail.

Pour nourrir ceux qui ont faim, toutes les paroisses organisaient des distributions de soupe. La paroisse de Saint-Hippolyte servait 900 personnes ; la paroisse de Saint-Laurent, 600 ; la paroisse de Saint-Martin, 300. Vincent affirme qu’à Saint-Lazare « on organise des distributions de potage à quatorze ou quinze mille personnes qui mourraient de faim sans cette assistance ».

Les Filles de la Charité travaillent inlassablement. Vincent décrit cette situation à Lambert aux Couteaux, supérieur à Varsovie : « Voilà comme il plaît à Dieu que nous participions à tant de saintes entreprises. Les pauvres Filles de la Charité y ont plus de part que nous quant à l’assistance corporelle des pauvres. Elles font et distribuent du potage tous les jours chez Mademoiselle Le Gras à 1 300 pauvres honteux, et dans le faubourg Saint-Denis à 800 réfugiés ; et dans la seule paroisse de Saint-Paul quatre ou cinq de ces filles en donnent à 5.000 pauvres, outre soixante ou quatre-vingts malades qu’elles ont sur les bras. Il y en a d’autres qui font ailleurs la même chose ». (24)

d. Les « Petites Écoles » – Les efforts de Vincent dans l’organisation de services éducatifs pour l’apprentissage de métiers et pour catéchiser ceux qui vivaient dans des conditions déplorables.

L’expression « changement systémique » n’était pas connue de Vincent et Louise, mais tous deux reconnaissaient, à la base, que l’éducation et la formation à l’emploi sont de la plus haute importance pour transformer la vie des sans-abri et des pauvres. (25)

Vincent et  Louise  étaient  totalement  dédiés  à  l’éducation  et à la formation morale des jeunes qui vivaient dans la rue ou dans des conditions déplorables. Ils souhaitaient qu’ils développent les habiletés nécessaires à l’obtention d’emplois. Pour cette raison, avec le soutien de Vincent, Louise fonde les « petites écoles », faisant de l’instruction des jeunes gens pauvres l’une des principales œuvres des premières Filles de la Charité. (26)

La tâche n’est pas simple. Tout d’abord, les familles considèrent les  enfants  comme  une  force  de  travail,  et  les  sœurs  doivent convaincre les parents de les envoyer à l’école. De plus, la maladie étant endémique, les absences sont fréquentes. Les enfants eux- mêmes font souvent l’école buissonnière, flânant dans les rues pour jouer ou mendier. À leur retour à l’école à l’heure du repas, les sœurs profitent de l’occasion pour leur enseigner « à prier, à lire et à écrire, en un mot, à faire toute bonne chose qui leur sera utile ». (27)

Louise elle-même enseigne dans ces écoles. Elle écrit un catéchisme dont les sœurs se servent pour enseigner aux jeunes enfants. Elle insiste pour que l’instruction donnée dans les écoles soit claire et pratique.28 Le tricot, la couture et la broderie sont parmi les matières enseignées aux jeunes femmes.

Les sœurs organisent également des programmes éducatifs dans leurs hôpitaux29 pour enseigner aux enfants de sept à onze ans à gagner leur vie. (30)

2. L’INITIATIVE  DE LA FAMILLE  VINCENTIENNE INTERNATIONALE POUR LES SANS-ABRI

Pour son 400e anniversaire, la Famille Vincentienne internationale a choisi un thème dont les  racines bibliques sont profondes : « accueillir l’étranger ».

a. Racines bibliques

Les  Écritures  hébraïques, en particulier l’Exode, le Lévitique et le Deutéronome, exhortent maintes fois les Israélites à aimer « l’étranger au pays », leur rappelant qu’autrefois eux aussi ont été des « étrangers » sur la terre d’Égypte. (31) En cela, le Deutéronome 10, 18-19 est très frappant : «…c’est le Seigneur votre Dieu… qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Égypte vous étiez des émigrés. » La répétition fréquente de ce thème est une indication que les résidents étrangers étaient souvent maltraités.

Le Nouveau Testament poursuit ce thème. Dans l’évangile de Matthieu, parmi les critères sur lesquels nous serons jugés, Jésus cite : « J’étais un  étranger et vous  m’avez accueilli ». (32) L’auteur  de la lettre aux Hébreux accentue ce même point : « N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. » (33) Étant donné ce contexte scriptural, loger les sans-abri a rapidement trouvé une place sur la liste chrétienne des œuvres corporelles de miséricorde.

La description du jugement dernier de Matthieu 25, 31-46 a fortement influencé Vincent de Paul. Dans ses conférences, il réfère souvent au paroxysme de la scène, dans laquelle le Christ s’identifie à la personne pauvre : « …chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Vincent, voyant le Christ dans la personne pauvre, est rongé par le souci de réaliser les œuvres de miséricorde énumérées dans la scène du jugement, en particulier celle du service des sans-abri.

Réfléchissant sur ce contexte biblique, le Comité exécutif des leaders internationaux de la Famille Vincentienne approuvait, les 6 et 7 janvier 2017, une proposition pour lancer, comme famille, un mégaprojet sur la situation des sans-abri. Le Père Tomaž Mavrič annonçait : « Nous espérons commencer ce projet autour du 1er juillet 2017 pour célébrer notre année jubilaire, et nous envisageons de le poursuivre au moins jusqu’en 2030, ce qui coïncidera avec les Objectifs du Développement Durable des Nations Unies ».

b. Les étapes qui ont mené à la décision

Pour déterminer le genre de mégaprojet le plus approprié pour notre Famille, un petit groupe a visité, l’automne dernier, l’Union Européenne à Bruxelles, les Nations Unies à New York, et les Catholic Charities à Baltimore, demandant des suggestions aux représentants et aux experts de ces organisations. Peu à peu, ils ont eu la conviction que deux critères devaient guider le choix de la Famille : 1) que le projet soit un service authentique des pauvres d’un grand nombre de pays et 2) qu’il permette à plusieurs branches de la Famille Vincentienne internationale de travailler ensemble.

Finalement, après avoir révisé la liste des possibilités, le Comité exécutif de la  Famille  Vincentienne  internationale  décidait  que le mégaprojet porterait sur les sans-abri et comprendrait trois dimensions :

  1. celle des personnes sans logement, e.g. qui dorment dans la rue ;
  1. celle des personnes vivant dans des lieux provisoires, g. camps de réfugiés, déplacés internes ;
  1. celle des personnes vivant dans des logements inadéquats/ inquiétants, e.g. taudis et favelas,

Cette définition tridimensionnelle, soigneusement formulée par l’International Institute of Homelessness, a été acceptée par les Nations Unies comme critère pour évaluer et combattre le problème des sans-abri.

Le Comité exécutif estime que parmi tout ce qui a été présenté comme mégaprojets, celui-ci semble le plus approprié pour la Famille internationale. La réalité des sans-abri, quelle que soit sa forme, existe partout ; nous espérons donc qu’il sera possible pour nous de nous y attaquer là où se trouve notre Famille Vincentienne.

Actuellement, nous avons identifié 225 branches dans la Famille. Ces branches travaillent dans plus de 150 pays. Si nous travaillons ensemble au service des sans-abri, nos efforts pourraient provoquer un immense impact.

c. Le mégaprojet

Le Comité exécutif considère ce mégaprojet comme l’une des façons les plus significatives de célébrer le 400e anniversaire de la naissance de notre charisme vincentien.

Depaul International, l’une des plus nouvelles branches  de  notre Famille, offre de diriger ce projet. Fondé en 1989, Depaul International se spécialise dans le service d’aide aux sans-abri. Son expansion de l’Angleterre à l’Irlande, de la Slovaquie à l’Ukraine, et des États-Unis à la France a été rapide.

L’Institute of Global Homelessness, fondé il y a  deux  ans  à l’université DePaul à Chicago, assistera activement Depaul International. Depuis les deux dernières années, cet institut a recueilli les plus récentes informations sur le sujet et rassemblé plusieurs experts. On lui doit la définition décrite ci-dessus, et que les Nations Unies ont acceptée. Comme résultat, pour la première fois dans l’histoire, nous avons la chance de rassembler des statistiques exactes sur le problème des sans-abri et sur les efforts pour l’éradiquer. Les Nations Unies estiment que plus de 1,2 milliards d’habitants sur les 7 milliards sont sans logement d’une manière ou d’une autre. Ce nombre continue de s’accroître en raison des conflits, des désastres naturels et de l’urbanisation.

Toutes les branches représentées à la rencontre de janvier ont déjà exprimé leur engagement à se joindre activement à ce projet : l’AIC, la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité, la Société de Saint-Vincent-de-Paul, la Fédération des Sœurs de la Charité des États-Unis et du Canada, la Fédération des Sœurs de la Charité en France, en Allemagne et en Autriche, de même que les Frères CMM. Les 225 branches de la Famille sont invitées à se joindre à ce projet.

Parmi toutes les personnes que sert déjà la Famille Vincentienne, plusieurs sont dans la catégorie des sans-abri : ceux qui vivent dans la rue ou dans des refuges, qui recherchent de l’hébergement, les déplacés internes ou ceux qui vivent dans des logements provisoires tels que les taudis ou favelas.

  1. Quelques-unes des stratégies élaborées

Depaul International met en œuvre une série de stratégies pour aller de l’avant. Ci-dessous, je les énumère sous cinq titres. Au fil du temps, d’autres s’ajouteront sans doute.

  1. Rassembler et évaluer les données
    • Créer, avec l’aide du Bureau de la Famille Vincentienne, une carte internationale des projets de la Famille Vincentienne qui s’adressent aux sans-abri.
    • Construire une base de données dynamique qui nous permettra d’analyser notre force actuelle  en  nombre de personnes, temps, financement, et de planifier l’évaluation de l’impact du travail de la Famille Vincentienne avec les sans-abri.
  2. Planifier
    • Tenir une conférence de planification pour les membres de la Famille Vincentienne qui travaillent avec les sans- abri afin de bâtir des réseaux, partager les meilleures pratiques et élaborer un plan de travail dans les trois domaines, soit les personnes dormant dans la rue, celles qui logent dans les taudis, et les réfugiés ;
  • Nommer une commission de leaders visionnaires de la Famille Vincentienne qui pourra donner son avis sur le résultat des plans de travail spécifiques.
    1. Bâtir la capacité
      • Mandater un directeur des opérations pour réviser le projet avec Depaul
      • Produire un court métrage, en plusieurs langues, montrant les meilleures pratiques de la Famille Vincentienne dans les trois aspects de la situation des sans-abri.
      • Créer une boîte à outil en
      • Organiser un service de consultation pour encourager les groupes à bâtir de nouvelles œuvres pour les sans-abri au plan international, régional, national ou local ;
      • EnconsultationaveclesleadersdelaFamilleVincentienne internationale, s’entendre sur un protocole et un mécanisme pour que la Famille Vincentienne parvienne à répondre aux crises humanitaires internationales, en mettant un accent particulier sur l’hébergement et les services primaires tels que les soins de santé.
      • S’aligner sur les ressources de l’Institute of Global Homelessness pour favoriser cette initiative de la Famille Vincentienne, en donnant de la formation aux leaders en devenir ou actuels, en ayant accès à un centre en ligne (basé sur la recherche et les meilleures pratiques), en lançant des invitations sur des questions axées sur les enjeux (par exemple, sur le plaidoyer ou le financement) et/ou en organisant des symposiums géographiquement ciblés
  1. Travailler pour le changement structurel
    • Tenir un événement à l’Union Européenne pour lancer l’initiative en faveur des sans-abri et commencer à développer une capacité de lobbying à ce
    • Planifier au Vatican34 un symposium sur les sans-abri et l’enseignement social catholique afin de promouvoir un débat et une action au sein des groupes de foi et
    • En consultation avec les délégations vincentiennes actuelles des Nations Unies, s’entendre sur un plan de travail par rapport à la situation mondiale des sans-abri en posant des actions concrètes, par exemple, en évaluant la situation des sans-abri de la rue comme faisant partie des Objectifs du Développement
  2. Bâtir un réseau de communications
    • Mandater un directeur des communications et élaborer une stratégie de
    • Créer un portail sur le site web de Depaul International (utilisant les langues clés de la famille) comme point focal du projet en le reliant au site web de
    • Produire une lettre circulaire
    • Produire du  matériel  pour  les  leaders  de  la  Famille Vincentienne sur l’initiative.
  • Participer à  des  rassemblements  internationaux  de la Famille Vincentienne pour promouvoir le projet.
  • Produire un rapport annuel pour les leaders internationaux de la Famille Vincentienne.

Dans ce contexte, il est important de noter que depuis les vingt dernières années, la Famille Vincentienne a fortement insisté sur le changement systémique et la collaboration. Le mégaprojet illustrera les deux approches.

Le changement systémique est à la racine du rêve de Frédéric Ozanam : la capacité non seulement d’offrir la charité aux plus démunis, mais aussi de lutter pour la justice en analysant les raisons pour lesquelles les gens sont dans le besoin et en plaidant avec et pour eux afin de changer les systèmes qui les prennent au piège. Depuis maintenant plus d’une décennie, la Commission de la Famille Vincentienne pour la Promotion du Changement Systémique offre des ateliers partout dans le monde afin de soutenir la mentalité du changement systémique.

La collaboration n’est pas une idée nouvelle dans la Famille Vincentienne. C’est le modèle que Vincent propose depuis le début. Pendant sa vie, le partenariat étroit entre les Confréries de Charité, les Dames de la Charité, la Congrégation de la Mission, et les Filles de la Charité maximisait l’impact de la Famille Vincentienne sur la vie des pauvres au plan local, national et international. Récemment, les professeurs de l’université Stanford ont commencé à parler d’« impact collectif ».

Une question se pose dans la Famille Vincentienne : après avoir prôné la formation par la méthodologie du changement systémique et encouragé la collaboration, comment aller de l’avant, tout en équilibrant l’autonomie de chaque branche et la solidarité qui vient du fait d’être membre de la Famille Vincentienne ? Le mégaprojet vise à unir les énergies des branches autonomes pour qu’elles puissent collaborer dans un but commun au service des sans-abri.

3.  UNIR  LE  CHANGEMENT SYSTÉMIQUE À UNE « CULTURE DE LA RENCONTRE » DANS LE SERVICE DES SANS-ABRI

Ces dernières années, le pape François a illustré trois thèmes qui ont une importance considérable pour la Famille Vincentienne.

En premier lieu, tout comme saint Vincent, le pape ne cesse de répéter que les pauvres sont un don pour nous et que nous devons les laisser nous évangéliser. (35) En célébrant ce 400e anniversaire, il sera important pour la Famille de remercier Dieu pour ce don et de bien écouter les pauvres, afin qu’en unissant nos énergies, nous soyons capables de les servir plus efficacement. Ils sont, pour employer les paroles que saint Vincent prononçaient si souvent, « nos Seigneurs et nos Maîtres ». (36)

En second lieu, le pape François a maintes fois prôné la nécessité d’un changement structurel ou systémique. Dans son encyclique Laudato  Si’,  il  répète  souvent  que  «  tout  est  lié  dans l’univers » (37), thème que la Commission de la Famille Vincentienne pour la Promotion du Changement Systémique aborde dans tous ses ateliers. En juillet 2015, en Bolivie, le pape François a fait un appel émouvant en faveur du changement systémique : Il y a un fil invisible qui rassemble chacune des formes d’exclusion : pouvons-nous le reconnaître ? Ce ne sont pas des faits isolés. … n’ayons pas peur de le dire : nous voulons du changement, un vrai changement, un changement structurel. Ce système n’est plus tolérable. … il y a un sens d’insatisfaction mondial et même de découragement. Beaucoup espèrent un changement capable de les libérer des liens de l’individualisme et du découragement qu’il engendre. (38)

En troisième lieu, le pape François exhorte la société contemporaine à créer une « culture de la rencontre » et une « culture du dialogue », dans laquelle nous serons préparés non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres. (39) L’hospitalité, dit-il, s’accroît en donnant et en recevant. (40) Il met en garde contre la « mondialisation de l’indifférence. » (41)

Pour servir les pauvres d’un amour « affectif et effectif » à la manière de saint Vincent, (42) je suggère quelques réflexions. J’espère qu’elles seront utiles à ceux qui s’engageront dans le mégaprojet, afin que nous puissions travailler ensemble au changement systémique et, en même temps, créer une « culture de la rencontre » dans notre travail avec les sans-abri.

a. Écouter les sans-abri

L’écoute est le fondement de toute spiritualité. (43) Si nous n’écoutons pas, rien n’entre dans notre esprit et notre cœur. Les Écritures nous enseignent que l’écoute est cruciale. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, dit Jésus, et qui l’observent » (Lc 11, 28). Par ailleurs, il déplore que « tout  en regardant ils ne voient pas et que, tout en entendant, ils ne comprennent pas » (Mc 4, 12).

Mon expérience, je regrette de le dire, est que certains ont une bonne écoute, mais d’autres pas. Certains, malheureusement, sont tellement remplis de connaissances techniques et d’habiletés, ou ayant leurs propres buts, ne peuvent entendre la voix de la personne qui crie à l’aide. Combien de personnes écoutent vraiment les sans- abri ?

L’écoute est essentielle pour amener le changement systémique. Les deux premiers principes qu’enseigne la Commission pour la Promotion du Changement Systémique sont :

  1. Écouter attentivement et chercher à comprendre les besoins et les aspirations des pauvres, en créant une atmosphère de respect, de confiance mutuelle et d’estime de soi parmi les gens.
  2. Inviter les pauvres eux-mêmes, incluant les femmes et les enfants, à tous les stades : identification des besoins, planification, implantation, évaluation et révision.

Dans son magnifique livre sur la communauté, Dietrich Bonhoeffer écrit : « Le premier service à rendre aux autres dans la communauté, c’est de les écouter. »

b. Voir et servir le Christ dans les sans-abri

En suivant l’exemple de Jésus au chapitre 25 de l’évangile de Matthieu, Vincent recommande continuellement à son entourage de voir le visage du Christ dans le visage des personnes pauvres. Il disait aux Filles de la Charité : Vous servez Jésus-Christ en la personne des pauvres. Et cela est aussi vrai que nous sommes ici. Une sœur ira dix fois   le jour voir les malades, et dix fois par jour elle y trouvera Dieu… O mes filles, que cela est obligeant… Il agrée le service que vous rendez à ces malades et le tient fait à lui- même…(44)

Employant une terminologie qui rappelle celle de Vincent, Mère Theresa de Calcutta parle de la présence réelle du Christ non seulement dans l’Eucharistie, mais aussi dans la souffrance. (45)

Beaucoup d’autres traditions religieuses ont un même accent   et demandent : « Où trouver Dieu ? » puis ils répondent : « Nous trouvons Dieu dans nos frères et sœurs pauvres ». (46)

En pratique, cela nous amène à traiter les sans-abri (et tous ceux que nous servons) avec dignité. Récemment, John Rybolt nous rappelait « la nappe blanche », un détail charmant qui accentue la dignité. Dans la règle que Vincent écrivait en 1617 pour la première Confrérie de Charité à Châtillon, il affirmait :

Celle qui apprêtera le dîner leur apportera, à 9 heures, de la soupe et de la viande dans un plat, du pain dans une serviette blanche, et du vin dans une bouteille. Elle fera de même au souper,  autour de 4 heures de l’après-midi. En entrant dans     la chambre du malade, elle le saluera gaiement, s’approchant joyeusement du lit,  l’encourageant  à  manger  ;  elle  relèvera la tête du lit et arrangera les couvertures ; elle disposera la tablette, la nappe blanche, l’assiette et la cuillère, elle rincera le verre, trempera le pain dans le potage, disposera la viande dans l’assiette, elle récitera le bénédicité et lui servira la soupe. Elle coupera la viande et l’aidera à manger, lui disant de douces paroles de consolation pour l’égayer. Elle lui versera quelque chose à boire, l’invitant de nouveau à manger. Enfin, le repas fini et la vaisselle lavée, la nappe pliée et la tablette enlevée, elle récitera les grâces avec le malade, puis elle le quittera pour aller servir quelqu’un d’autre. (47)

D’après les paroles de Vincent, « voir et servir le Christ dans les sans-abri » implique, pour utiliser la terminologie actuelle, des soins de qualité qui répondent aux normes professionnelles

c. Offrir l’amitié

L’amitié est au cœur des relations de Jésus avec ses disciples. Il leur dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle amis ». (48) La relation d’amitié se caractérise par la chaleur, la conversation, le partage, le service, le sacrifice et le pardon.

L’amitié est l’un des meilleurs dons que nous pouvons offrir aux autres. Elle est inhérente à la spiritualité de miséricorde que Jésus souligne dans la scène du jugement dernier de Matthieu 25, 31-46.

Dans notre Famille, Vincent nous appelle à traiter ceux que nous servons non pas comme « des pauvres » mais comme des personnes. Il nous demande de les traiter non pas comme des clients mais comme des amis que nous aimons profondément.

En effet, tout bon soin est relationnel. Nous offrons aux personnes non seulement le toit mais aussi l’hospitalité. Nous les visitons dans leurs maisons. Nous les secourons dans l’amitié.

d. Donner un service holistique

Chez les sans-abri, c’est la personne entière qui est affectée : au plan physique, psychologique, émotionnel et relationnel. Tous, nous avons expérimenté combien profondes sont les blessures des personnes marginalisées. Beaucoup de sans-abri souffrent de la stigmatisation causée par les préjugés dans leur propre pays ou en terre étrangère. Beaucoup se sentent isolés et seuls. Certains sont aux prises avec des problèmes psychologiques, ou de drogue ou d’alcool. Certains ne parlent pas bien la langue locale. Plusieurs  ont des problèmes juridiques ou médicaux. Beaucoup souffrent de dépression et ont perdu leur joie de vivre. (49)

Un service holistique est fondamental au changement systémique. Tout est relié. Qu’un seul élément se brise dans un système, et tout le reste est affecté.

e. Servir d’avocats

Le psaume 85, 11 raconte qu’en Dieu « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ». Amour, vérité, justice  et paix sont toutes reliées. Aucun de ces éléments ne se tient seul. L’amour assaisonne la justice.50 La paix sans la vérité et la justice  ne peut durer. Les œuvres de miséricorde ne sont qu’une solution palliative quand les œuvres de justice ne les accompagnent.

Une approche systémique nous appelle à nous tenir aux côtés des sans-abri comme leurs défenseurs : des défenseurs qui essaient de bannir les préjugés, qui essaient de gagner le soutien  des gouvernements et des fondations, qui essaient de les réunir avec leurs familles et les communautés qui les ont peut-être isolés. Ici, j’aimerais simplement noter que plusieurs stratégies formulées par la Commission de la Famille Vincentienne pour la Promotion du Changement Systémique coïncident avec les meilleures pratiques formulées par les organisations qui ont obtenu du succès en plaidant avec et pour les sans-abri. (51) Trouver une maison est sûrement fondamental pour les sans- abri. Un logement adéquat est un droit humain essentiel. (52) Le pape François a souvent parlé des  « trois T » : terre, travail et toit. (53) Les treize maisons que Vincent a achetées près de Saint-Lazare symbolisent à quel point il était conscient de l’importance, pour la dignité humaine, d’avoir un toit.

CONCLUSION

En 1823, John Howard Payne écrivait les paroles d’une chanson pour son opéra « Clari, or the Maid of Milan ». Il décida alors de publier la chanson séparément et l’intitula « Home ! Sweet Home ! » Cette chanson est devenue immensément populaire et 100 000 copies ont été vendues rapidement. Elle contient une phrase remarquable :

« Qu’elle soit toujours si modeste, que rien ne la remplace. » Petit  à petit, plusieurs autres cultures ont assimilé la chanson de Payne et ses sentiments. (54)

Le mot anglais « home » contient une forte connotation émotionnelle. Le mot « house / maison » est une structure comprenant des murs, des fenêtres, des planchers et des plafonds, mais « home / chez-soi » est un lieu où l’on se sent à l’aise, en sécurité et en paix.55 En anglais, le mot « house » est à la fois un nom et un verbe, tandis que le mot « home » est simplement un nom. On peut « loger des personnes / to house people », mais non pas « to home people ». Beaucoup d’autres langues ont  des  mots ou  expressions pour «  maison » ou « chez-soi » avec diverses connotations. (56)

En travaillant ensemble, notre Famille Vincentienne internationale pourrait-elle produire un impact important dans la vie des sans-abri, leur apportant un sens de sécurité, de paix, et un avenir viable, dans les 150 pays où nous vivons et servons ? C’est le but du mégaprojet que nous lançons pour célébrer le 400e anniversaire de la naissance du charisme de saint Vincent.

Le récent document du Vatican sur la vie contemplative énumère, parmi les obstacles qui nous lient, le « démon de midi », mentionné si souvent par les premiers auteurs chrétiens (57). C’est « une tendance à l’apathie, la routine, la démotivation, la léthargie paralysante ». De nos jours, on pourrait l’appeler : le « cafard », l’ennui ou le découragement qui peuvent saper l’énergie et le zèle des gens (58). Dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape François explique : « La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe. Déçus par la réalité, par l’Église ou par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre qui envahit leur cœur comme le « plus précieux des élixirs du démon » (59).

Vincent devient éloquent lorsqu’il décrit ceux qui deviennent vraiment libres : ils volent ! « Au contraire, ceux qui se détachent de l’affection des biens de la terre, de la convoitise des plaisirs et de leur propre volonté deviennent les enfants de Dieu, qui jouissent d’une parfaite liberté ; car c’est dans le seul amour de Dieu qu’elle se rencontre. Ce sont ces personnes-là, mes frères, qui sont libres, qui n’ont point de lois, qui volent, qui vont à droite et à gauche, qui volent encore un coup, sans pouvoir être arrêtées, et ne sont jamais esclaves du démon, ni de leurs passions. Oh ! heureuse liberté des enfants de Dieu 60! »

CONCLUSION

Dans un poème sur la lumière et les ténèbres, William Blake (1757-1827), connu également pour ses gravures et ses tableaux, écrivait : « …nous avons été mis sur terre un bref moment pour apprendre à porter les rayons de l’amour (61). »

Après sa conversion, Vincent (62) a porté les rayons de l’amour avec persévérance et créativité comme « mystique de la charité ». Sa vie mystique résultait de ce qu’il était consumé par l’amour de Dieu et l’amour du prochain, considérés inséparables. Il parlait des deux avec extase. Ses « visions » comme mystique consistaient à regarder dans les yeux des personnes pauvres pour y voir l’humanité souffrante de Jésus. Les « révélations » qu’il recevait comme mystique venaient des cris des pauvres. Dans son « exubérante confiance » (63) en l’amour de Dieu, il pouvait répéter tout haut, en extase, « le cœur de Notre Seigneur, le cœur de Notre Seigneur, le cœur de Notre Seigneur… ce feu divin, ce feu de l’amour »64. Connaissant la mission confiée à Jésus par son Père et immensément conscient que sa Famille et lui la partageaient, Vincent pouvait vivement la décrire, avec Jésus, comme « les pauvres, les pauvres, les pauvres »65. À propos de membres de sa Famille qui venaient de mourir, il s’exclame  : « Oh ! que ceux-là seront heureux qui pourront dire, à l’heure de la mort, ces belles paroles de Notre-Seigneur : « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres ! (66). »

Dans ses dernières années, les paroles de Vincent sur l’amour de Dieu étaient de plus en plus extatiques. Le 13 décembre 1658 : « O amour de mon Sauveur ! ô amour ! vous étiez incomparablement plus grand que les anges n’ont pu comprendre et ne comprendront jamais ! (67) » Il priait tout haut, le 21 février 1659, durant sa conférence à ses prêtres et ses frères : « O mon Sauveur Jésus-Christ, qui vous êtes sanctifié afin que les hommes fussent aussi sanctifiés, qui avez fui les royaumes de la terre, leurs richesses et leur gloire et n’avez eu à cœur que le règne de votre Père dans les âmes… que ne devons-nous pas faire pour vous imiter, vous qui nous avez tirés de la poussière et appelés pour observer vos conseils et aspirer à la perfection (68) . »

Le 30 mai 1659, il dit à ses frères : « Regardons le Fils de Dieu ; oh ! quel cœur de charité ! quelle flamme d’amour ! Mon Jésus, dites-nous, vous, un peu, s’il vous plaît, qui vous a tiré du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que vous y avez reçus. O Sauveur ! ô source de l’amour humilié jusqu’à nous et jusqu’à un supplice infâme, qui en cela a plus aimé le prochain que vous-même ? Vous êtes venu vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse pour nous ; y a-t-il un amour pareil ? (69) »

Le 7 juin 1660, moins de quatre mois avant sa mort, saint Vincent de Paul, s’adressait à un groupe d’amis rassemblés autour de lui : « Se consommer pour Dieu, n’avoir de bien ni de forces que pour les consommer pour Dieu, c’est ce que Notre-Seigneur a fait lui- même, qui s’est consommé pour l’amour de son Père70. » À son tour, Vincent s’est consommé pour l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Vincent, ce « mystique de la charité », puisait à deux sources principales : la méditation quotidienne de la parole de Dieu et le contact direct avec les pauvres. L’une infusait l’autre. Peu de saints, s’il y en a, ont atteint une telle alliance.

P. Robert MALONEY, CM 🔸

De nos jours, d’une manière ou d’une autre, 1,2 milliards de personnes partagent le lot de Joseph, Marie et Jésus. Notre Famille Vincentienne pourrait-elle causer un impact de premier plan dans leurs vies ?

Auteur
Explications :

Traduction de l’Anglais : Mme Raymonde DUBOIS

Article publié dans la revue VINCENTIANA (Avril-Juin 2017)

Notes :

1. Lc 2, 7.

2. Les Galiléens avaient un accent clairement reconnaissable. Cf. Mt 26, 73 : « Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « À coup sûr, toi aussi tu es des leurs ! Et puis, ton accent te trahit ».

3. Lc 2, 10.

4. Mt 2 ,13-15.

5. Ce sont les paroles d’introduction de la Constitution apostolique Exsul Familia, 1er août 1952.

6. En espagnol, le pape François utilise trois « T » : tierra, trabajo, techo.

7. En 1647, les Dames de la Charité acquièrent le Château de Bicêtre, où on leur amène les nourrissons. Puis, en 1651, toutes reconnaissent que Bicêtre  est malsain pour les enfants ; elles retournent donc à Paris et sont hébergées à la limite du faubourg Saint-Denis. En 1670, elles ont deux maisons, l’une à l’opposé de Notre-Dame et l’autre dans le faubourg Saint-Antoine.

8. SV XIII, 801. (SV fait référence à l’édition française en quatorze volumes de Pierre Coste, Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, Paris, Gabalda, 1920-1925.)

9. Ces Règles, conservées dans les Archives des Filles de la Charité, sont tirées du Livre des Règles C. N ° 3 Communauté – Livre des Enfants Trouvés, copié de la collection des Règles pour les Enfants Trouvés à Paris, datée de 1708 et portant la signature de M. Watel.

10 Ces Règles, conservées dans les Archives des Filles de la Charité, sont tirées du Livre des Règles C. N ° 3 Communauté – Livre des Enfants Trouvés, copié de la collection des Règles pour les Enfants Trouvés à Paris, datée de 1708 et portant la signature de M. Watel.

11. Recueil des proces verbaux des conseils tenus par Saint Vincent et Mlle. Le Gras, pp. 196 ss, publié in Documents, Doc. 659, p. 753.

12. Cf. Bernard Pujo, Vincent DePaul le précurseur, Paris, Albin Michel, 1998, 159-160.

13. Pour le bénéfice des lecteurs, j’ai converti les livres du temps de saint Vincent en dollars d’aujourd’hui, mais je dois candidement admettre que c’est un procédé hasardeux. Pour de plus amples informations sur la valeur relative des devises, cf. John Rybolt, “St. Vincent de Paul and Money,” Vincentian Heritage Journal 26 (2005) 92 ; également cf. Gerry Lalonde, “Monetary Values in 1650 – 1750 in New France Compared to Today,” qu’on peut trouver sur : http://freepages.genealogy.rootsweb.ancestry.com/~unclefred/ MONETARY.html

14. SV II, 32, note 20 : Le frère Mathieu était « chaque fois chargé de sommes variant entre 20 000 et 50 000 livres », i.e. entre 1 000 000$ et 1 200 000$ !

15. SV I, 590-591.

16. SV II, 61.

17. SV I, 590.

18. Pujo, op. cit., 162-163.

19. Habituellement appelée « la Fronde », cette guerre a duré de 1648 à 1652.

20. Pour plusieurs détails intéressants sur la manière dont Vincent administre l’argent et les œuvres charitables, cf. René Wulfman Charité Publique et Finances Privées : Monsieur Vincent, Gestionnaire et Saint, Villeneuve d’Ascq, France : Presses Universitaires du Septentrion, 1998.

21 SV XI, 194. L’hôpital Nom de Jésus devint plus tard un centre municipal de santé. Ses immeubles se trouvaient sur le site qui est maintenant occupé par les bureaux de la Gare de l’Est. Il y a plusieurs références à cet hôpital dans les écrits de Vincent et de Louise de Marillac. Cf. Écrits spirituels de Louise de Marillac, 786.

22. SV IV, 392.

23. SV IV, 402.

24. SV IV, 407.

25. Dans son encyclique Populorum Progressio, 35, le pape Paul VI écrivait : « La faim d’instruction n’est en effet pas moins déprimante que la faim d’aliments : un analphabète est un esprit sous-alimenté ».

26. Cf. Matthieu Brejon de Lavergnée, Histoire des Filles de la Charité, Paris, Fayard, 2011, 493-498.

27. SV XIII, 570 et Ces Règles, conservées dans les Archives des Filles de la Charité, sont tirées du Livre des Règles C. N ° 3 Communauté – Livre des Enfants Trouvés, copié de la collection des Règles pour les Enfants Trouvés à Paris, datée de 1708 et portant la signature de M. Watel.

28. De nos jours, les écoles de la Famille Vincentienne comptent plus d’un million d’étudiants. En plus des écoles, les groupes de Jeunesse Mariale Vincentienne offrent de la formation à plus de 120 000 jeunes.

29. On peut facilement oublier qu’étymologiquement, hôpital est relié à hospitalité, de même que hospice et hostel (refuge pour personnes pauvres). Relié également au mot latin hospes, signifiant « invité » ou « hôte ».

30. Cf. Matthieu Brejon de Lavergnée, op. cit., 498.

31. Ex 23, 9 ; Lev 19, 33-34 ; Dt 10, 17-19 ; 14, 28-29 ; 16, 9-12.

32. Mt  25, 35.

33. He 13, 2.

34. Jusqu’à récemment, pour une raison ou pour une autre, l’enseignement social catholique, qui aborde un grand nombre de sujets, n’a dit que peu de choses sur le problème des sans-abri. Depuis quelques années, le pape François aborde souvent le sujet en parlant des trois « T » : terre, travail, toit. En 2000, la Conférence Catholique des États-Unis avait pour sujet : « Accueillir l’étranger parmi nous : l’unité dans la diversité ». En 2011, la même Conférence publiait : « Accueillir le Christ dans l’immigré ».

35. Evangelii Gaudium, 198. Cf. Audience jubilaire, 22 octobre 2016.

36. SV II, 122 ; IX 119, 222 ; X 266, 332 ; XI 328, 393 ; XII 5.

37. Laudato Si’, 16, 42, 51, 70, 91, 111, 117, 138, 162, 240.

38. Rencontre mondiale des mouvements populaires, 10 juillet 2015.

39. Discours aux immigrés, 12 septembre 2015.

40. Au cours d’une rencontre avec les étudiants des écoles des Jésuites en Europe, le 17 septembre 2016, le pape François affirmait que « l’hospitalité authentique est notre plus grande sécurité contre les actes de haine du terrorisme».

41. Cf. Message pour la journée mondiale contre la faim, 16 Octobre 2013.

42. SV IX, 475.

43. Dietrich Bonhoeffer, Life Together (London: SCM Press, 1954) 75.

44. SV IX, 252.

45. Dans la même ligne d’idée, Jon Sobrino, un théologien latino-américain renommé, a intitulé son livre : The Principle of Mercy: Taking the Crucified People Down from the Cross (Orbis Books, 1994).

46. Juifs, chrétiens et musulmans, tous réfèrent à Abraham comme un modèle d’hospitalité. On pourrait en ajouter davantage sur l’hospitalité dans les diverses traditions religieuses.

47. SV XIII, 474. – Cf. vidéo sur le sujet : https://www.youtube.com/ watch?v=0CgJVAC7Na8.

48.  Jn 15, 15.

49. Rm 12, 8 exige de ceux qui prodiguent des soins « d’exercer la miséricorde avec joie ».

50. Cf. Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte IV, Scène 1.

51. Cf. Louise Sullivan, D.C., Vincentian Mission in Health Care (Daughters  of Charity National Health System, 1997). Voir également : http://famvin.org/ wiki/Vincentian_Mission_in_Health_Care. Elle décrit huit attributs essentiels de la mission vincentienne en soins de santé, lesquels sont très appropriés pour la Famille Vincentienne dans l’approche du problème des sans-abri : 1) enraciné  dans la spiritualité ; 2) holistique ; 3) intégré ; 4) excellent ; 5) collaboratif ; 6) souple ; 7) créatif ; 8) centré.

52. Cf. Déclaration universelle des Droits de l’Homme, art. 25. Beaucoup d’autres déclarations universelles incluent le logement comme l’un des droits humains fondamentaux.

53. Laudato Si’, 152. Cf. également : discours à l’Expo de Santa Cruz de la Sierra, Bolivie, le jeudi 9 juillet 2015 ; discours à Nairobi, Kenya, le vendredi 27 novembre 2015 ; discours au collège Bachilleres, État du Chihuahua, Ciudad Juárez, Mexique, le mercredi 17 février 2016.

54. En 1827, le compositeur suisse Franz Berwald citait la chanson de Payne dans son Konzertstück for Bassoon and Orchestra (partie centrale, marquée andante). En Italie, Gaetano Donizetti utilisa le thème dans son opéra « Anne Boleyn » (1830), Acte 2, Scène 3, où la scène de la folie d’Anna met en évidence sa nostalgie de la maison de son enfance. En Angleterre, Sir Henry Wood l’a utilisée dans sa « Fantasia on British Sea Songs ». L’organiste et compositeur français Alexandre Guilmant l’a utilisée dans sa « Fantasy for Organ », Op. 43, et pour la « Fantaisie sur deux mélodies anglaises ». En 1857, le compositeur/pianiste suisse Sigismond Thalberg a écrit une série de variations pour piano (op. 72) sur le thème de « Home ! Sweet Home ! » Au Japon, elle est devenue célèbre sous le titre Hanyū no Yado ou « My Humble Cottage ». En 1909, le film muet « The House of Cards » la mettait en vedette. Plus tard, elle fut utilisée dans plusieurs films.

55. Henry David Thoreau exprimait ceci de manière éloquente : « Le lieu que vous avez choisi pour vivre, si sombre et lugubre soit-il, commence aussitôt à paraître attrayant et devient pour vous un centre d’humanisation : la maison est la maison, qu’elle soit toujours un lieu d’accueil. » Cf. Henry David Thoreau, Canoeing in the Wilderness, publication posthume éditée par Clifton Johnson (Houghton Mifflin, 1916) chapitre 9.

56. Casa et hogar, Haus et Heimat, maison et chez-moi, etc. Je suis sûr que d’autres pourront, mieux que moi, ajouter à cette liste et identifier diverses nuances.

57. Querere Vultum Dei, 11.

58. Pour un traitement intéressant de ce sujet, cf. Kathleen Norris, Acedia & me: A Marriage, Monks, and a Writer’s Life (Riverhead Books, 2008).

59. Evangelii Gaudium, 83.

60. SV XII, 301.

61. William Blake, “The Little Black Boy”.

62. Ou bien, on pourrait dire comme Hugh O’Donnell : Vincent 2.

63. SV III, 279.

64. SV XI, 291.

65. SV XI, 108.

66. SV XI, 135.

67. SV XII, 109.

68. SV XII, 147.

69. SV XII, 264.

70. SV XIII, 179.