Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Proclamation du Manifeste pour la mission lors de la plénière de clôture du Congrès Mission 2018

La quatrième édition du Congrès Mission s’est déroulée du 28 au 30 septembre, à l’Eglise Saint-Sulpice sur le thème : « Par amour il nous relevés, pour amour, ils nous a envoyés ». Le Congrès Mission a proclamé un Manifeste en 10 thèses.

L’ordre du jour, dit le pape François, est à une réforme des structures. Cette « réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié.  (Evangelii Gaudium, 27)

Thèse 1 : Jésus Christ ami universel

Nous avons le désir fou que tous les Français rencontrent Jésus-Christ

Nous souhaitons que dans l’Eglise brûle toujours la flamme missionnaire des origines. Ceux qui suivent Jésus Christ en tant que leur Seigneur personnel enflamment et transforment le monde autour d’eux. Leur quête passionnée de Jésus interpelle et entraînent de nombreuses âmes.  L’espérance dans le Christ change les cœurs et donc le monde. L’Eglise est moins une institution, un héritage culturel ou un organisme défenseur de valeurs qu’une communauté dont Jésus est le centre. C’est pourquoi nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ.

 

 

Thèse 2 : Évangélisation priorité n°1

Nous voulons que l’annonce de l’évangile devienne la priorité n°1 de l’Eglise

Résonne encore à nos oreilles l’ultime commandement que Jésus donne à ses disciples après sa Résurrection : «Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,» (Mt 28, 19). La raison d’être de l’Eglise est de rayonner de la joie contagieuse qui vient de Dieu. Quand elle ne le fait pas, elle décline. Nous pensons nécessaire que les ressources financières et humaines de l’Eglise soient engagées en priorité pour l’évangélisation.

 

 

Thèse 3 : Le courage d’annoncer Jésus

Nous appelons au courage dans l’annonce explicite du Christ

Aujourd’hui 200 millions de chrétiens acceptent la persécution parce qu’ils ne veulent pas quitter Jésus, leur seul espoir. Ils nous montrent combien Dieu peut donner du sens à nos vies. Ils manifestent la vérité du psaume 62 : « Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! ». Faire expérimenter la joie de l’évangile n’a jamais été aussi nécessaire et rester silencieux est une forme de non-assistance à société en détresse.

 

 

Thèse 4 : Le droit pour tous de connaitre Dieu

Nous annonçons l’évangile à tous nos concitoyens sans discriminer personne

Conscients que Jésus a donné sa vie pour tous les hommes sans exception, nous allons à la rencontre des chrétiens, des croyants d’autres confessions et des incroyants. « Dieu est « amour » (1 Jn 4, 16) et veut « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2,4). Nous le voulons aussi.

 

 

Thèse 5 : Dieu peut tout

Nous croyons que la prière sera le socle de notre mission

Chaque renouveau missionnaire a été accompagné par un regain de générosité dans le jeûne et la prière. La puissance de notre mission dépend de notre enracinement personnel et communautaire dans la relation avec le Seigneur. Elle dépend de notre foi dans le fait que Dieu, qui aime passionnément le monde au point de lui donner son Fils, est à l’œuvre dans le monde. Il a agi et agira encore en réponse à nos supplications. Nous croyons que des miracles sont possibles aujourd’hui, nous les voulons grands et nombreux !

 

 

Thèse 6 : Être uni pour l’annoncer

Nous sommes solidaires de tous les chrétiens qui annoncent Jésus Christ, en dehors de l’Église catholique
Nous, catholiques, reconnaissons leur fidélité à l’Écriture et leur attachement au Sauveur. Nous admirons leur zèle missionnaire et leur désir de conduire les âmes à Jésus. Nous voulons que cessent les divisions qui déchirent le corps du Christ. Nous savons que le monde a besoin de notre unité pour Le reconnaître (Jn 17,21) et nous croyons que la mission accomplie d’un même cœur est le chemin de cette unité.

 

 

Thèse 7 : La raison est au service de la foi

Nous voulons cultiver et goûter toujours plus le trésor de la foi pour le proclamer clairement

L’engagement missionnaire ne peut être qu’intégral : âme, cœur, corps et esprit. Nous voulons redire que l’annonce de l’Evangile rend nécessaire pour celui qui s’y engage un travail intense sur sa propre vie et un travail d’apprentissage des contenus de la foi, de connaissance des Ecritures, de la tradition et du magistère afin de proclamer les secrets de la foi dans leur cohérence et leur globalité.

 

 

Thèse 8 : Inviter mais pas endoctriner

Nous annonçons le Sauveur, non une idéologie

Annoncer l’évangile prend la forme d’une invitation à rencontrer la personne de Jésus.  La mission est une proposition gratuite et respectueuse. La mission suppose de laver les pieds des gens, pas leur cerveau. Elle ne persuade pas, n’exerce aucune pression et est incompatible avec la violence.

 

 

Thèse 9 : Démocratiser la mission

La mission est l’affaire de tous les baptisés

La mission que Jésus nous a confiée n’a jamais été réservée à des spécialistes. Être missionnaire est le commandement du Christ envers tous les baptisés, c’est un appel pour tous les chrétiens du fait même qu’ils sont baptisés. La mission ne se limite pas à certains pays « non-chrétiens» ou à certaines cultures. Dans l’esprit du Concile Vatican II, la mission de l’Eglise ne suppose aucun préalable ; elle se poursuit à tout moment et partout avec le concours de tous les laïcs.

 

 

Thèse 10 : Se convertir avant tout

Nous devons nous convertir à la joie de l’Evangile pour conduire les autres à Jésus. 

Immergés dans un vaste courant où l’humanité compte de plus en plus sur ses seules capacités et se perd dans la consommation, nous devons faire un effort déterminé pour nous détacher de la mondanité du monde. C’est en tant qu’«hommes nouveaux» remplis de l’Esprit Saint et convertis dans tous les aspects de notre vie, que nous serons véritablement missionnaires. La mission vient du désir de partager sa propre joie avec les autres.

Congrès Mission  / Paris 28-29 septembre 2018🔸

…nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ

Thèse 1
Pour en savoir plus :

www.congresmission.com

Des scientifiques discrets éloquents

Des scientifiques discrets éloquents

La célébration du bicentenaire de la Maison-Mère prépare un colloque portant sur quelques figures de proue lazaristes.  Des noms de  confrères scientifiques émergent déjà, tels Messieurs Boré, orientaliste, David, chercheur de renommée universelle, Pouget, le penseur, Charles Jean, professeur à l’Ecole du Louvre, Huc et Gabet, les défricheurs. Comment st Vincent concilie-t-il spiritualité et science ? Quels enseignements pour nous ?

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact. Ce sont de simples lazaristes, plutôt adeptes de l’enfouissement, « par expérience et par nature », comme pourrait le souligner leur fondateur avec l’un de ses propos sur lui-même. Monsieur Dodin a presque caricaturé leur apparence : « Extérieurement, ces vincentiens n’ont pas fière allure  une  présentation modeste et souvent étriquée les éloigne des salons mondains. S’ils s‘y égarent ils s’y ennuient, car ils savent que leur grâce est ailleurs. Nourris de travail, éduqués dans la simplicité, ils rêvent toujours d’être les vrais amis des petits et des pauvres. Leur vocation, c’est l’accueil, l’apaisement, le renoncement à soi et aussi la simplicité qui facilite la communion des cœurs »[1].Ce sourcier des études vincentiennes n’avait pas tort d’écrire ces lignes rejoignant un littéraire de bon ton, Georges Goyau, historien prolixe de l’Eglise catholique, secrétaire perpétuel de l’Académie Française en 1938, juste quand il écrivait son ouvrage sur La Congrégation de la Mission des Lazaristes paru chez Grasset, remarqué à l’époque et oublié de nos jours. L’auteur s’arrête sur st Vincent de Paul et ses deux siècles d’élan, sur le « second fondateur » Etienne avec l’expansion universelle de la Congrégation et l’action lazariste singularisée par l’esprit missionnaire. Alors peuvent apparaître des noms et des actions, voir surgir un esprit chez quelques hommes de science remarqués.

1. Le temps de l’histoire

L’histoire de la Congrégation se concrétise à travers deux types d’hommes, les missionnaires et les penseurs dont les scientifiques. Pour connaitre ces derniers, je citerai un fin connaisseur parce que chercheur éclairé qui résume la situation au temps du fondateur et par la suite [2] : « Face aux facultés de théologie, telle que la Sorbonne, qui ont une visée uniquement intellectuelle, les séminaires ont une visée nettement pastorale. C’est une œuvre difficile, qui a connu et connaît encore bien des échecs, et qui n’a pas le prestige des universités … Chez les Lazaristes, les esprits sont divisés. Certains refusent d’y enseigner, même quand ils y sont envoyés, arguant que leur vocation, c’est les missions aux pauvres gens des champs, tel Luc Plunket” [3].  D’autres, à l’opposé, voudraient en faire l’œuvre principale, tel Bernard Codoing, ou se lancer dans le travail de spécialistes, comme François du Coudray, à qui on demandait de participer à la traduction latine de la Bible syriaque. M. Vincent s’efforce de maintenir chacun dans la ligne moyenne d’études sérieuses, mais avec le primat de la visée pastorale. [4]

Au XVIIIème siècle, l’accent est mis davantage sur l’étude, très pointue, en raison des controverses jansénistes. Les directives de M. Bonnet poussent les “régents” à un travail intensif pour eux-mêmes, qui réclame qu’ils aient chacun dans sa chambre les livres de fond, sur chaque courant, y compris les auteurs protestants ; mais les cours doivent rester selon les méthodes actives, faisant surtout travailler les séminaristes, et viser à faire des pasteurs, avec l’application pratique à la prédication et à la catéchèse. L’étude des sciences est également approfondie, si bien que, lorsque les Jésuites seront supprimés et devront quitter la Cour de Chine, les Lazaristes qui les remplaceront comme astronomes et mathématiciens de l’Empereur feront toute aussi bonne figure – mais en outre, ils iront évangéliser les villages reculés, s’apercevant que cela n’avait pas été fait ! ».

En ce XVIIIème siècle, les Séminaires deviendront l’œuvre principale des Lazaristes, il n’y aura pas de fondation de nouvelles maisons de Missions en France. Un peu plus tard s’ouvriront des Ecoles dites apostoliques, d’un siècle d’existence environ.

 Faut-il rappeler que trente ans après la tentative de st François Xavier, la Compagnie de Jésus reprit de nouveau le chemin de la Chine en 1582, avec succès cette fois. Elle introduisit la science à l’occidentale, les mathématiques et l’astronomie. En 1601, l’un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les Jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré « secte dangereuse ». La Querelle des Rites leur porta le coup de grâce ; en 1773, le pape ordonna la clôture de leurs missions. Au milieu du XIXème, les missions catholiques reprirent avec les Lazaristes (dont la figure notable est st Jean-Gabriel Perboyre), et encore les Jésuites[], surtout après la première guerre de l’opium, dans les zones côtières. « Porte-sacs des Jésuites », aime-t-on répéter.

Bref, en Chine comme ailleurs, nos confrères lazaristes peuvent donc être savants et apporter aussi avec eux l’annonce évangélique.

 

2. Quel message ?

 A pressentir le détail de la vie de nos missionnaires, on pense à la maxime de st Vincent : « Il faut… de la science… Missionnaires savants et humbles sont le trésor de la Compagnie » (XI, 126-127)[5]. La fin de la conférence est porteuse de spiritualité : « ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : « scientia inflat », la science gonfle, (1 Cor 8,1)  et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! ». Le balancement de la phrase exprime bien celui de la pensée profonde du fondateur. Le trop-plein de savoir est dangereux, boursouffle, surtout quand il n’est pas au service de la charité. Paul l’énonce en un raccourci éloquent : « La connaissance enfle mais l’amour édifie » (1 Cor 8,1). Néanmoins, la juste connaissance est don de Dieu. Et il ajoutera plus tard : « A l’un est donné un message de sagesse, à l’autre un message de connaissance, selon le même Esprit » (1 Co 12,8). Pascal, de son côté, devait connaître ces références quand il déchantait de connaître la science de l’homme, fatigué des sciences abstraites, et concluait : « Ce n’est pas encore là, la science que l’homme doit avoir » (Pensées 687). Il faut une science qui porte du fruit, un fruit de charité. Le missionnaire savant est plus connu, selon st Vincent, par l’amour dont il témoigne, au risque de fanfaronner, et il martèle aux Filles de la Charité, toutes proportions de nécessité gardées : « Il vous suffit d’aimer Dieu pour être bien savantes (IX, 32). Tel est son legs : savoir, savoir par amour, savoir à la manière du Christ.

Et c’est selon son esprit qu’il faut allier humilité et science. Le Fils de Dieu a laissé s’anéantir aussi en lui toute connaissance divine pour ne retenir que l’apprentissage et l’expérience humaine. En lui, « reconnu homme à son aspect », il s’accomplit petit à petit, jour après jour, comme tel. Il vit l’enfouissement et la croissance, « grandissant, en taille et en sagesse », selon Luc. On sait avec quel enthousiasme, Vincent parle de l’humilité, comment il en vit et désire qu’on en vive. « Mot du guet, fondement de la perfection, nœud de la vie spirituelle, vertu des Missionnaires, elle est la marque infaillible de Jésus-Christ » et il nous confie : « C’est la vertu que j’aime le plus » (I, 284, les citations précédentes parsemant les Règles Communes).

Des nôtres ont réalisé en eux-mêmes cette alliance science-humilité. Ils ont connu bien des secrets de la nature et de l’homme mais en même temps ont su qu’ils ne savaient rien sous et sans le regard du Verbe.

***

Pour achever selon  les directives imposées par la ligne éditoriale, j’aimerai citer le plus discret de nos scientifiques, l’inoubliable occupant de la cellule 104 du couloir central du 2e étage de St Lazare, le cher Monsieur Pouget. Un soir de février 1906, il lâche à Jacques Chevalier : « Le propre de l’homme c’est Dieu », et cinq jours après ; « Jadis je rêvais de posséder bien ma mécanique céleste, et puis de m’en aller à l’éternité. Mais notre science fige le réel dans ses équations ; elle n’en suit qu’une piste. Le réel lui-même nous échappe : il est ce clapotement que je perçois lorsque je traverse la Seine … »[6].

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact.

NOTES :

[1] André Dodin, st Vincent de Paul et la charité, coll. Maîtres spirituels – Seuil 1960 p 87.

[2] Bernard KOCH : étude informatique intitulée « st Vincent et le savoir ».

[3] Le 21 mai 1659, VII, 561.

[4] Il faut, en lisant ses lettres, toujours tenir compte du destinataire de son état de vie, de ses dons et limites…peut-être de ses ambitions.

[5] On gagnerait à lire tout le contexte de cette sentence  sur l’étude (Répétition d’oraison d’octobre 1643) :

« … Quoique tous les prêtres soient obligés d’être savants, néanmoins nous y sommes particulièrement obligés, à raison des emplois et exercices auxquels la providence de Dieu nous a appelés, tels que sont les ordinands, la direction des séminaires ecclésiastiques et les missions, encore bien que l’expérience fasse voir que ceux qui parlent le plus familièrement et le plus populairement réussissent le mieux. Et de fait, mes frères, ajouta-t-il, avons-nous jamais vu que ceux qui se piquent de bien prêcher aient fait bien du fruit ? Il faut pourtant de la science. Et il ajouta de plus que ceux qui étaient savants et humbles étaient le trésor de la Compagnie, comme les bons et pieux docteurs étaient le trésor de l’Eglise…

Il ajouta ensuite quelque, moyens d’étudier comme il faut :

1° C’est d’étudier sobrement, voulant seulement savoir les choses qui nous conviennent selon notre condition.

2° Etudier humblement, c’est-à-dire ne pas désirer que l’on sache, ni que l’on dise que nous sommes savants ; ne vouloir pas emporter le dessus, mais céder à tout le monde. O Messieurs, dit-il, qui nous donnera cette humilité, laquelle nous maintiendra ! Oh! Qu’il est difficile de rencontrer un homme bien savant et bien humble ! Néanmoins cela n’est point incompatible. J’ai vu un saint homme, un bon Père jésuite, nommé …, lequel était extrêmement savant ; et avec toute sa science il était si humble, qu’il ne me souvient pas d’avoir vu une âme si humble que celle-là. Nous avons vu encore le bon M. Duval, un bon docteur, fort savant et tout ensemble si humble et si simple qu’il ne se peut davantage.

3° Il faut étudier en sorte que l’amour corresponde à la connaissance, particulièrement pour ceux qui étudient en théologie, et à la manière de M. le cardinal de Bérulle, lequel, aussitôt qu’il avait conçu une vérité, se donnait à Dieu ou pour pratiquer telle chose, ou pour entrer dans tels sentiments, ou pour en produire des actes ; et par ce moyen, il acquit une sainteté et une science si solides qu’à peine en pouvait-on trouver une semblable.

Enfin il conclut ainsi : «Il faut de la science, mes frères, et malheur à ceux qui n’emploient pas bien leur temps ! Mais craignons, craignons, mes frères, craignons, et, si j’ose le dire, tremblons et tremblons mille fois plus que je ne saurais dire ; car ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : scientia inflat et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! » (XI, 127 0 128)

[6] Jacques Chevalier, LOGIA  Propos et enseignements, Père POUGET, Grasset 1955, p 4

Livre : ” Saint Vincent de Paul. Un génie de la Charité “

Livre :

“Saint Vincent de Paul. Un génie de la Charité”. Biographie

Editions Salvator

On l’appelle volontiers ” le grand saint du Grand Siècle ” : à l’époque de Louis XIII, Vincent de Paul donne une éclatante leçon de charité et de modernité.

On connaît son combat pour les plus pauvres, les galériens, les enfants abandonnés. On se souvient de son rôle de fondateur des Confréries de la Charité, des Prêtres de la Mission, des Filles de la Charité. On le considère, à côté de Bérulle ou d’Olier, comme une des grandes figures de l’École française de spiritualité. Mais dans cette vivante biographie, Chantal Crépey met aussi l’accent sur des points moins connus : l’impulsion que Vincent a donnée à l’engagement des femmes dans l’Église et dans la société, son influence sur la prédication, sa spiritualité mariale.

D’une façon nouvelle, l’auteur raconte les temps forts de la postérité de saint Vincent et leur insertion dans la grande Histoire.
En notre temps, marqué par les nouvelles pauvretés et la mondialisation, le charisme de « Monsieur Vincent » garde toute sa pertinence. Et au questionnement d’aujourd’hui et de toujours : « Qui est l’homme ? », saint Vincent de Paul répond par sa vie : l’homme est don.

En notre temps, marqué par les nouvelles pauvretés et la mondialisation, le charisme de “Monsieur Vincent” garde toute sa pertinence. Et au questionnement d’aujourd’hui et de toujours ” Qui est l’homme ? “, saint Vincent de Paul répond par sa vie : l’homme est don.

Extrait de l’avant-propos

“Le nom seul de Saint Vincent de Paul est un éloge. Partout dans le monde, on connaît, on admire, on aime saint Vincent. Son visage même parle au cœur. Le regard est le miroir de l’âme, dit-on. Rien n’est plus vrai chez Saint Vincent.

Malgré les supplications de ses proches qui réclamaient qu’on fasse son portrait, Monsieur Vincent refusa toujours de poser. Il fallut employer la ruse. En 1660, on introduisit dans la maison mère de Saint-Lazare un peintre tourangeau, Simon François, qui se mêla à la communauté pour étudier de près son modèle. Le peintre de Tours réalisa de cette façon deux portraits de Vincent, l’un en tenue de ville, l’autre en surplis. Les gravures qui lui furent tirées, les copies qui en furent faites, reflètent la physionomie lumineuse et douce, le regard d’une grande profondeur de l’homme d’action et du mystique…”

 

 

Mais l’essentiel n’a pas été dit. Ce qui manque, c’est l’histoire de toutes celles et de tous ceux qui ont suivi saint Vincent, c’est l’histoire aussi de celles et de ceux, pauvres, malades, isolés, abandonnés, prisonniers, exclus, exilés, qui ont bénéficié de l’élan de charité initié par Vincent de Paul et on repris espoir, c’est le présent de la charité sur tous les continents, comme “un grand feu”…

Chantal Crépey
Note Bibliographique :

Chantal Crépey

SAINT VINCENT DE PAUL. UN GÉNIE DE LA CHARITÉ. BIOGRAPHIE

Éditions Salvator, Paris, 2017

103, rue Notre-Dame des Champs. F-75006 PARIS

www.editions-salvator.com

Caractéristiques :


Auteur : Chantal Crépey
Editeur : SALVATOR
Paru en : novembre 2017
Présentation : roché,10 mm * 140 mm * 210 mm,224 pages,290 g
Code barre : 9782706715983

Historienne et écrivain. Chantal Crépey a été présidente nationale du mouvement caritatif féminin fondé par saint Vincent de Paul en 1617 : Les équipes Saint-Vincent (AIC-France)

http://www.equipes-saint-vincent.com/

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres. 33e dimanche tuTemps Ordinaire. 19 novembre 2017

  1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles videsqui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

  1. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureuxet héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

  1. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

  1. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation àsuivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

  1. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’: ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

  1. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

  1. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33èmedimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

  1. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Pèreest la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Pèreest une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.
  2. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvress’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017. Mémoire de saint Antoine de Padoue

Pape François 🔸

Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur

Pape François
Site :

Pour aller vers le site : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/poveri/documents/papa-francesco_20170613_messaggio-i-giornatamondiale-poveri-2017.html

Rencontre de supérieurs de la Province de France  : Bilan au bout d’un an

Rencontre de supérieurs de la Province de France : Bilan au bout d’un an

Durand une année, Supérieurs des communautés, Visiteur et Conseil de la Province de France se sont réunis avec régularité.

De manière unanime, nous avons apprécié positivement ces rencontres. Elles ont permis aux uns et aux autres de se connaître, de s’intégrer à la nouvelle réalité provinciale, de respirer, de partager joies et peines vécues dans les communautés, de mettre en route le « Projet Missionnaire » devenu « Projet Provincial ». Nous avons compris surtout, que le Visiteur et son Conseil ont autant besoin de la collaboration des supérieurs que ces derniers ont besoin du soutien et de la compréhension des premiers. Bref, ces rendez-vous ont été source d’apaisement et de stimulation.

Notre point de départ était la mise en route, de toute urgence, du Projet Provincial (désormais PP). Il contient de grandes lignes sensées nous mobiliser en vue de l’avenir. Chemin faisant, nous nous sommes rendu compte qu’il était indispensable de nous écouter avant de nous mettre en perspective à partir de nos réalités locales et provinciales, retrouvant ainsi l’audace nécessaire pour aller de l’avant tout en hiérarchisant les priorités.

  • Avec sérénité et humilité nous avons constaté qu’il existe ici et là de l’inertie qui se traduit par un certain immobilisme : combien il est difficile de mettre quelque chose de nouveau en route ! On a aussi du mal à rêver, peut-être à cause des blessures paralysantes et des cicatrices douloureuses en lien avec l’autorité. Il existe également des situations paradoxales telle que celle-ci : d’un côté on attend que le Visiteur fixe la mission et de l’autre on lui reproche de ne pas consulter. Le PP a reçu un accueil mitigé de la part de l’ensemble de confrères. Dans certaines communautés on ne s’y réfère plus.
  • Avec joie et espérance, nous constatons que nous avons encore de l’avenir et des défis à relever : travailler davantage en lien avec les communautés locales, communiquer à celles-ci les points forts et les convictions trouvés dans les rencontres de supérieurs, aider de manière concrète à faire le lien entre le PP et le Projet communautaire local, vivre la mission en clé de coresponsabilité et non pas en ‘soldat solitaire’, savoir ce que l’on veut et le faire savoir, s’adapter aux situations nouvelles de manière pragmatique, grandir dans l’esprit du dialogue et dans le sens d’appartenance, se convaincre qu’il est plus l’avantageux de coopérer avec les autres que de s’épuiser tout seul, soutenir la créativité des confrères etc.

On ne part jamais de zéro ! Il est vrai et nous constatons que plusieurs points du PP sont déjà en route ; ici et là, on les vit déjà. Par contre, il est nécessaire d’y mettre un esprit nouveau dans le sens de la coresponsabilité, du zèle missionnaire, dans l’ouverture à d’autres acteurs, dans le travail avec la famille vincentienne (nouveaux partenariats). Nous avons encore de forces vives (malgré l’âge des confrères), un charisme mobilisateur et surtout des confrères qui ont une bonne volonté et le désir d’être missionnaires à la manière de saint Vincent.

 

Le chantier est ouvert …

Nous devrons encore à aller de l’avant en travaillant avec une méthode adaptée à nos « ambitions » et à nos limites. L’aide des personnes externes et des experts est toujours nécessaire, mais sous quelle forme ? Nous voulons donner encore de la chair aux mots qui sont dans le PP. Nous souhaitons faire au moins une ou deux réunions de supérieurs dans une communauté locale par an pour transmettre l’enthousiasme et rendre les confrères de plus en plus participatifs. Comment impliquer chaque confrère dans cette dynamique provinciale ? Nous avons à chercher la manière de restituer à l’ensemble des confrères les fruits et les avancées des rencontres de telle manière que l’on ne pense plus que ce que font Supérieurs, Visiteur et Conseil ne les concerne pas. Nous avons à travailler davantage la dynamique de la coresponsabilité et contribuer au rapprochement des uns aux autres. Peut-être plus concrètement, avons-nous encore à apprendre à mettre en route un projet nouveau en tenant compte de l’atelier animé toute le long de l’année par Paule Zellitch (théologienne et experte en accompagnement des congrégations religieuses). Retenons qu’elle a insisté sur la nécessité d’être factuels, d’oser innover, de trouver des « personnes ressources ».

Pour conclure, nous voulons partager avec nos confrères de la province les 10 critères « pour vivre la mission dans la Province de France », fruit de la réflexion commune tout au long de cette année :

 

  • Donner la priorité à des lieux marqués par des réelles pauvretés
  • Rendre effective une collaboration avec la Famille Vincentienne et les associations caritatives, comme avec les autres Provinces de la Congrégation
  • Répondre à l’appel d’une instance ecclésiale, « l’envoi » étant incontournable et décisif (ex. pour des « missions-temps fort »)
  • Porter attention au dialogue interreligieux et à l’œcuménisme
  • Être créatif dans le service des pauvres
  • Donner toute sa place à la formation des laïcs et des prêtres
  • Accueillir des jeunes dans nos maisons
  • Être conscients de la réalité de nos forces
  • Travailler en tenant compte du Projet Communautaire
  • Favoriser l’unité de lieu de vie des confrères
Conseil Provincial 🔸

« D’un zèle sans nonchalance, d’un esprit fervent, servez le Seigneur »

(Rm 12,11)