MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

Pape Francois

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques ! Aujourd’hui retentit dans le monde entier l’annonce de l’Eglise : “ Jésus Christ est ressuscité ! ” – “ Il est vraiment ressuscité !”.

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

C’est une autre “contagion”, qui se transmet de cœur à cœur – parce que tout cœur humain attend cette Bonne Nouvelle. C’est la contagion de l’espérance : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » Il ne s’agit pas d’une formule magique, qui fait s’évanouir les problèmes. Non, la résurrection du Christ n’est pas cela. Elle est au contraire la victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “ n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu.

Le Ressuscité est le Crucifié, pas un autre. Dans son corps glorieux il porte, indélébiles, les plaies : blessures devenues fissures d’espérance. Nous tournons notre regard vers lui pour qu’il guérisse les blessures de l’humanité accablée.

Aujourd’hui ma pensée va surtout à tous ceux qui ont été directement touchés par le coronavirus : aux malades, à ceux qui sont morts et aux familles qui pleurent la disparition de leurs proches, auxquels parfois elles n’ont même pas pu dire un dernier au revoir. Que le Seigneur de la vie accueille avec lui dans son royaume les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, spécialement aux personnes âgées et aux personnes seules. Que sa consolation ne manque pas, ni les aides nécessaires à ceux qui se trouvent dans des conditions de vulnérabilité particulière, comme ceux qui travaillent dans les maisons de santé, ou qui vivent dans les casernes et dans les prisons. Pour beaucoup, c’est une Pâques de solitude, vécue dans les deuils et les nombreuses difficultés que la pandémie provoque, des souffrances physiques aux problèmes économiques.

Cette maladie ne nous a pas privé seulement des affections, mais aussi de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation qui jaillit des Sacrements, spécialement de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Dans de nombreux pays il n’a pas été possible de s’en approcher, mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis sa main sur nous (cf. Ps 138, 5), nous répétant avec force : ne crains pas, « je suis ressuscité et je suis toujours avec toi » (cf. Missel romain) !

Que Jésus, notre Pâque, donne force et espérance aux médecins et aux infirmiers, qui partout offrent au prochain un témoignage d’attention et d’amour jusqu’à l’extrême de leurs forces et souvent au sacrifice de leur propre santé. A eux, comme aussi à ceux qui travaillent assidument pour garantir les services essentiels nécessaires à la cohabitation civile, aux forces de l’ordre et aux militaires qui en de nombreux pays ont contribué à alléger les difficultés et les souffrances de la population, va notre pensée affectueuse, avec notre gratitude.

Au cours de ces semaines, la vie de millions de personnes a changé à l’improviste. Pour beaucoup, rester à la maison a été une occasion pour réfléchir, pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie, pour être avec ses proches et jouir de leur compagnie. Pour beaucoup cependant c’est aussi un temps de préoccupation pour l’avenir qui se présente incertain, pour le travail que l’on risque de perdre et pour les autres conséquences que la crise actuelle porte avec elle. J’encourage tous ceux qui ont des responsabilités politiques à s’employer activement en faveur du bien commun des citoyens, fournissant les moyens et les instruments nécessaires pour permettre à tous de mener une vie digne et pour favoriser, quand les circonstances le permettront, la reprise des activités quotidiennes habituelles.

Ce temps n’est pas le temps de l’indifférence, parce que tout le monde souffre et tous doivent se retrouver unis pour affronter la pandémie. Jésus ressuscité donne espérance à tous les pauvres, à tous ceux qui vivent dans les périphéries, aux réfugiés et aux sans-abri. Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls. Ne les laissons pas manquer des biens de première nécessité, plus difficiles à trouver maintenant alors que beaucoup d’activités sont arrêtées, ainsi que les médicaments et, surtout, la possibilité d’une assistance sanitaire convenable. Vu les circonstances, que soient relâchées aussi les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens, et que tous les Etats se mettent en condition d’affronter les besoins majeurs du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres.

Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes. Parmi les nombreuses régions du monde frappées par le coronavirus, j’adresse une pensée spéciale à l’Europe. Après la deuxième guerre mondiale, ce continent a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé. Il est plus que jamais urgent, surtout dans les circonstances actuelles, que ces rivalités ne reprennent pas vigueur, mais que tous se reconnaissent membres d’une unique famille et se soutiennent réciproquement. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier. Que ne se soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité, même en recourant à des solutions innovatrices. L’alternative est seulement l’égoïsme des intérêts particuliers et la tentation d’un retour au passé, avec le risque de mettre à dure épreuve la cohabitation pacifique et le développement des prochaines générations.

Ce temps n’est pas le temps des divisions. Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez le feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde. Ce n’est pas le temps de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, dépensant des capitaux énormes qui devraient être utilisés pour soigner les personnes et sauver des vies. Que ce soit au contraire le temps de mettre finalement un terme à la longue guerre qui a ensanglanté la Syrie bien-aimée, au conflit au Yémen et aux tensions en Irak, comme aussi au Liban. Que ce temps soit le temps où Israéliens et Palestiniens reprennent le dialogue, pour trouver une solution stable et durable qui permette à tous deux de vivre en paix. Que cessent les souffrances de la population qui vit dans les régions orientales de l’Ukraine. Que soit mis fin aux attaques terroristes perpétrées contre tant de personnes innocentes en divers pays de l’Afrique.

Ce temps n’est pas le temps de l’oubli. Que la crise que nous affrontons ne nous fasse pas oublier tant d’autres urgences qui portent avec elles les souffrances de nombreuses personnes. Que le Seigneur de la vie se montre proche des populations en Asie et en Afrique qui traversent de graves crises humanitaires, comme dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Qu’il réchauffe le cœur des nombreuses personnes réfugiées et déplacées, à cause de guerres, de sécheresse et de famine. Qu’il donne protection aux nombreux migrants et réfugiés, beaucoup d’entre eux sont des enfants, qui vivent dans des conditions insupportables, spécialement en Libye et aux frontières entre la Grèce et la Turquie. Et je ne veux pas oublier l’île de Lesbos. Qu’il permette au Venezuela d’arriver à des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre à cause de la grave conjoncture politique, socio-économique et sanitaire.

Chers frères et sœurs,

indifférence, égoïsme, division, oubli ne sont pas vraiment les paroles que nous voulons entendre en ce temps. Nous voulons les bannir en tout temps ! Elles semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie. Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel, qu’il disperse les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin.

Par ces réflexions, je voudrais souhaiter à vous tous une bonne fête de Pâques.

 

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COVID-19 : Message des évêques de France aux catholiques et à tous nos concitoyens. 18 mars 2020

Notre pays, avec de nombreux autres, traverse une grande épreuve. Le chef de l’État nous appelle à laisser de côté nos divisions et à vivre ce temps dans la fraternité. C’est pourquoi nous avons voulu que ce message destiné en premier lieu aux catholiques s’adresse aussi à tous nos concitoyens sans distinction.

CMission

COVID-19 : Message des évêques de France aux catholiques et à tous nos concitoyens. 18 mars 2020

L’ensemble des évêques de France invite les Français à un geste commun le mercredi 25 mars prochain. Les catholiques lui donneront une signification particulière en raison de la fête de l’Annonciation, mais tout le monde peut s’y joindre : déposer une bougie sur sa fenêtre au moment où les cloches sonneront sera une marque de communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays. Ce sera aussi l’expression de notre désir que la sortie de l’épidémie nous trouve plus déterminés aux changements de mode de vie que nous savons nécessaires depuis des années. Nous, catholiques, demanderons en même temps à la Vierge Marie de remplir nos cœurs de foi, d’espérance et de charité en ces temps et de nous obtenir la grâce de l’Esprit-Saint pour que nous sachions trouver les gestes nécessaires.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort
Archevêque de Reims
Président de la Conférence des évêques de France

 

Notre pays, avec de nombreux autres, traverse une grande épreuve. Le chef de l’État nous appelle à laisser de côté nos divisions et à vivre ce temps dans la fraternité. C’est pourquoi nous avons voulu que ce message destiné en premier lieu aux catholiques s’adresse aussi à tous nos concitoyens sans distinction. 

Nous le faisons dans un esprit d’humilité, mais avec la certitude que la foi chrétienne a une mission spécifique dans ce monde et qu’elle ne doit pas s’y dérober. Nous pensons aussi à tous ceux et celles qui partagent avec nous la foi en Dieu et la conviction qu’Il accompagne notre vie. Nous pensons enfin à tous ceux et celles qui ne croient pas mais souhaitent que la solidarité et l’esprit de service s’accroissent entre les hommes. 

À tous, nous disons notre désir que notre communauté nationale sorte grandie de cette épreuve. Depuis bien des années déjà notre humanité a l’intuition qu’elle doit changer radicalement sa manière de vivre. La crise écologique nous le rappelle sans cesse, mais la détermination a fait largement défaut jusqu’ici pour prendre ensemble les décisions qui s’imposent et pour s’y tenir. Osons le dire, l’égoïsme, l’individualisme, la recherche du profit, le consumérisme outrancier mettent à mal notre solidarité. Nous avons le droit d’espérer que ce que nous vivons en ce moment convaincra le plus grand nombre, qu’il ne faut plus différer les changements qui s’imposent : alors, ce drame porteur d’angoisse n’aura pas été traversé en vain. 

Le mercredi 25 mars, à 19h30 

Un peu partout en France, les cloches de toutes les églises sonneront pendant dix minutes, non pour appeler les fidèles à s’y rendre, mais pour manifester notre fraternité et notre espoir commun. 

Elles sonneront comme elles ont sonné aux grandes heures de notre histoire, la Libération par exemple. En réponse à ce signe d’espoir, nous invitons tous ceux qui le voudront à allumer des bougies à leur fenêtre. Ce geste, qui est de tradition dans la ville de Lyon, est un signe d’espérance qui transcende les convictions particulières : celui de la lumière qui brille dans les ténèbres ! 

 

CE QUI SUIT S’ADRESSE MAINTENANT AUX CATHOLIQUES.

Mercredi 25 mars, nous fêterons l’Annonciation du Seigneur. Elle eut lieu à Nazareth, chez une jeune fille, Marie. Dans sa maison, le Ciel rencontre la terre ; dans sa maison, le salut du monde est conçu ; dans sa maison, une joie nouvelle apparaît, la joie de l’Évangile, une joie pour le monde: «Car rien n’est impossible à Dieu» (Lc 1, 37).

Cette année, sans l’avoir voulu, nous fêterons l’Annonciation, confinés, dans nos maisons ! Pouvons-nous célébrer cette fête plus en vérité, plus intensément, plus en communion?

Quand les cloches sonneront, le 25 mars, à 19h30, que chaque disciple de Jésus, dans sa maison, ouvre sa Bible (ou son ordinateur) et lise, seul ou en famille, le récit de l’Annonciation, dans l’Évangile selon saint Luc, chapitre 1, versets 26 à 38.

Et qu’au même moment chaque maison allume une ou plusieurs bougies, à sa fenêtre, pour dire son espérance et conforter celle de ses voisins.

Nous prierons en communion par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie en nous unissant au chapelet récité, à Lourdes, chaque jour à 15h30. Nous demanderons à Marie de nous protéger et de nous aider à mieux accueillir Jésus dans nos maisons, dans nos cœurs, dans nos vies comme elle l’a fait elle-même pour nous: «Que tout m’advienne selon ta parole» (Lc 1, 38) – [1re dizaine].

Nous confierons à Marie qui devient Mère du Sauveur et qui deviendra notre Mère, nos frères et sœurs malades, nos frères et sœurs soignants, notre communauté humaine éprouvée. Nous lui dirons que nous voulons les aimer comme nous aimons Jésus, «le fruit béni de ses entrailles» (cf. Lc 1, 42), Lui qui a pris sur lui nos souffrances et nos péchés [2e dizaine].

Nous pourrons aussi confier nos craintes et nos doutes à celle qui fut toute bouleversée et s’interrogea: «Comment cela va-t-il se faire?» (Lc 1, 34). La peur d’une vie remise à Dieu, différente de celle dont nous rêvons, rejoint la peur de la mort. Marie la connaît de l’intérieur et nous pouvons lui dire sans cesse: «Prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort», comme l’Église nous l’a appris [3e dizaine].

Enfin, poussés par l’Esprit, nous pourrons dire à Jésus: «Guéris-nous !» Nous ne savons pas quelle sera la réponse sinon que, dans quelques jours, nous fêterons la passion, la mort et la résurrection de Jésus, le premier-né d’une multitude de frères qu’il fait entrer dans la vie de Dieu [4e dizaine.]

[5e dizaine avec intentions particulières].

Ouvrir sa fenêtre, allumer une bougie est un geste de communion que nous voulons offrir à toute la nation pour qu’elle rende hommage aux défunts, victimes du Covid-19, et aussi à ceux qui donnent de l’espoir, soignants, autorités mais aussi famille, amis, voisins.

C’est pourquoi nous vous demandons de relayer ce message très largement autour de vous, par tous les moyens autorisés à votre disposition !

 

LES ÉVÊQUES DE FRANCE

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Discours du Pape François à la Curie Romaine pour les voeux de Noël. Salle Clémentine Samedi 21 décembre 2019

Le Cardinal Martini, dans sa dernière interview, à quelques jours de sa mort, a dit des paroles qui doivent nous interroger : « L’Eglise est restée en arrière de deux cents ans. Comment se fait-il qu’elle ne se secoue pas ? Avons-nous peur ? Peur au lieu du courage ? De toute façon, la foi est le fondement de l’Eglise. La foi, la confiance, le courage. […] Seul l’amour vainc la lassitude »

Pape Francois

Discours du Pape François à la Curie Romaine pour les voeux de Noël. Salle Clémentine Samedi 21 décembre 2019

Chers frères et sœurs. J’adresse une cordiale bienvenue à vous tous. Je remercie le Cardinal Angelo Sodano pour les paroles qu’il m’a adressées, et je voudrais surtout lui exprimer ma gratitude, ainsi qu’au nom des membres du Collège des Cardinaux, pour le précieux et ponctuel service de Doyen qu’il a accompli durant de longues années avec disponibilité, dévouement, efficacité et une grande capacité organisationnelle et de coordination. Avec cette manière d’agir de “notre peuple”, comme le dirait Nino Costa [écrivain piémontais]. Merci de tout cœur, Eminence! Maintenant il revient aux Cardinaux Evêques d’élire un nouveau Doyen ; j’espère qu’ils choisiront quelqu’un qui s’occupe à temps plein de cette charge très importante. Merci.

A vous tous ici présents, à vos collaborateurs, à toutes les personnes qui remplissent une fonction dans la Curie, de même qu’aux Représentants Pontificaux et à tous ceux qui collaborent avec eux, je souhaite de saintes et heureuses fêtes de Noël. J’ajoute aussi aux vœux, ma reconnaissance pour votre disponibilité quotidienne au service de l’Eglise. Merci beaucoup.

Cette année encore, le Seigneur nous offre l’occasion de nous rencontrer pour ce geste de communion qui renforce notre fraternité et qui s’enracine dans la contemplation de l’amour de Dieu qui se révèle à Noël. En effet, « la naissance du Christ – a écrit un mystique de notre époque – est le témoignage le plus fort et le plus éloquent de combien Dieu a aimé l’homme. Il l’a aimé d’un amour personnel. C’est pour cela qu’il a pris un corps humain, auquel il s’est uni et l’a fait sien pour toujours. La naissance du Christ est elle-même une “alliance d’amour” établie pour toujours entre Dieu et l’homme»[1]. Et saint Clément d’Alexandrie écrit : « C’est pour cela qu’il [le Christ] est descendu, pour cela qu’il a revêtu l’humanité, pour cela qu’il a souffert volontairement la condition des hommes, afin qu’après s’être confronté à notre faiblesse qu’il a aimée, il puisse, en échange, nous confronter à sa puissance »[2].

En considérant tant d’amour et tant de bienveillance, l’échange des vœux de Noël est aussi une occasion d’accueillir de nouveau son commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). En fait, ici, Jésus ne nous demande pas de l’aimer comme réponse à son amour pour nous ; il nous demande plutôt de nous aimer l’un l’autre avec son propre amour. Autrement dit, il nous demande d’être semblables à lui, parce qu’il s’est fait semblable à nous. Que la fête de Noël, donc, – exhorte le saint Cardinal Newman –  « nous trouve toujours plus semblables à Celui qui, en ce temps, est devenu enfant par amour pour nous ; que chaque nouveau Noël nous trouve plus simples, plus humbles, plus saints, plus charitables, plus résignés, plus heureux, plus remplis de Dieu »[3]. Et il ajoute : « Ce temps est celui de l’innocence, de la pureté, de la douceur, de la joie, de la paix »[4].

Le nom de Newman nous évoque aussi un de ses propos biens connus, presqu’un aphorisme, que l’on retrouve dans son ouvrage “Le développement de la doctrine chrétienne”, lequel s’insère historiquement et spirituellement au carrefour de son entrée dans l’Eglise Catholique. Il dit ceci : « Ici, sur terre, vivre c’est changer, et la perfection est le résultat de nombreuses transformations »[5]. Il ne s’agit évidemment pas de chercher le changement pour le changement, ou de suivre les modes, mais d’avoir la conviction que le développement et la croissance sont la caractéristique de la vie terrestre et humaine, alors que, dans la perspective du croyant, au centre de tout se trouve la stabilité de Dieu[6].

Pour Newman, le changement est une conversion, c’est-à-dire une transformation intérieure[7]. La vie chrétienne, en réalité, est un cheminement, un pèlerinage. L’histoire biblique est tout un cheminement marqué par des commencements et de nouveaux départs ; comme pour Abraham ; comme pour tous ceux qui, il y a deux mille ansen Galilée, se mirent en chemin pour suivre Jésus : « Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 11). Depuis, l’histoire du peuple de Dieu – l’histoire de l’Eglise – est toujours marquée de départs, de déplacements, de changements. Le chemin, évidemment, n’est pas purement géographique, mais il est avant tout symbolique : c’est une invitation à découvrir le mouvement du cœur qui, paradoxalement, a besoin de sortir pour pouvoir rester, de changer pour pouvoir être fidèle[8].

Tout ceci a une importance particulière en notre époque, parce que ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un véritable changement d’époque. Nous sommes donc dans l’un de ces moments où les changements ne sont plus linéaires, mais d’époque ; ils constituent des choix qui transforment rapidement notre mode de vivre, de tisser des relations, de communiquer et de penser, de se comporter entre générations humaines et de comprendre et vivre la foi et la science. Il arrive souvent de vivre le changement en se limitant à revêtir un vêtement nouveau et à rester, en fait, comme on était avant. Je me rappelle de l’expression énigmatique qu’on lit dans un célèbre roman italien : « Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change » (Il Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa).

Le comportement sain est plutôt celui de se laisser interroger par les défis du temps présent et de les saisir grâce aux vertus de discernement, de parrhésie et d’hypomoné. Le changement, dans ce cas, assumerait un tout autre aspect : d’élément de contour, de contexte ou de prétexte, de paysage extérieur…, il deviendrait toujours plus humain et aussi plus chrétien. Il serait toujours un changement extérieur, mais accompli à partir du centre même de l’homme, c’est-à-dire une conversion anthropologique[9].

Nous devons engager des processus et non occuper des espaces : « Dieu se manifeste dans une révélation historique, dans le temps. Le temps initie les processus, l’espace les cristallise. Dieu se trouve dans le temps, dans les processus en cours. Il n’y a pas besoin de privilégier les espaces de pouvoir par rapport au temps, même long, des processus. Nous devons engager des processus, plutôt qu’occuper des espaces. Dieu se manifeste dans le temps, et il est présent dans les processus de l’histoire. Cela conduit à privilégier les actions qui génèrent des dynamiques nouvelles. Cela requiert patience et attente »[10]. Pour cela, nous sommes invités à lire les signes des temps avec les yeux de la foi, afin que la direction de ce changement « réveille des questions anciennes et nouvelles avec lesquelles il est juste et nécessaire de se confronter »[11].

En affrontant aujourd’hui le thème du changement, qui s’appuie principalement sur la fidélité au depositum fidei et sur la Tradition, je désire revenir sur la mise en œuvre de la réforme de la Curie romaine, en rappelant que cette réforme n’a jamais eu la prétention de faire comme si rien n’avait existé auparavant ; au contraire, l’accent a été mis sur la valorisation de tout ce qui a été bon au cours de la complexe histoire de la Curie. Il est juste d’en valoriser l’histoire afin de construire un avenir qui ait des bases solides, qui ait des racines et donc puisse être fécond. Faire appel à la mémoire ne veut pas dire s’ancrer dans l’auto-conservation, mais plutôt rappeler la vie et la vitalité d’un parcours en continuel développement. La mémoire n’est pas statique, mais elle est dynamique. Elle requiert, par nature, le mouvement. Et la tradition n’est pas statique, elle est dynamique, comme le disait ce grand homme [G. Mahler] : la tradition est la garantie du futur et non pas la gardienne des cendres.

Chers frères et sœurs,

Durant nos précédentes rencontres de Noël, je vous ai parlé des critères qui ont déjà inspiré ce travail de réforme. J’ai aussi encouragé certaines mise en œuvre qui ont été réalisées, soit définitivement, soit ad experimentum[12]. En 2017, j’ai souligné certaines nouveautés dans l’organisation de la Curie, comme, par exemple, la Troisième Section de la Secrétairerie d’Etat, qui se porte très bien ; ou bien les relations entre la Curie romaine et les Eglises particulières, tout en rappelant aussi l’antique pratique des Visites ad limina Apostolorum ; ou encore la structure de certains Dicastères, en particulier celui des Eglises Orientales et d’autres, pour le dialogue œcuménique et pour le dialogue interreligieux, particulièrement avec le judaïsme.

Dans la rencontre d’aujourd’hui, je voudrais me pencher sur certains autres Dicastères, en partant du cœur de la réforme, c’est-à-dire du premier et plus important devoir de l’Eglise : l’évangélisation. Saint Paul VI a affirmé qu’ « Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser »[13]Evangelii nuntiandi, qui continue même aujourd’hui d’être le document pastoral le plus important de l’après Concile, et actuel. En réalité, l’objectif de la réforme actuelle est que « les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 27). Et alors, nous inspirant de ce Magistère des Successeurs de Pierre depuis le Concile Vatican II jusqu’aujourd’hui, on a pensé proposer pour l’instruenda nouvelle Constitution apostolique sur la réforme de la Curie romaine, le titre de Praedicate evangelium. C’est-à-dire l’attitude missionnaire.

Voilà pourquoi ma pensée va aujourd’hui à certains Dicastères de la Curie romaine, qui ont déjà une référence explicite à tout cela dans leurs dénominations : la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples. Mais je pense aussi au Dicastère de la Communication et au Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral.

Quand ces deux premières Congrégations citées ont été instituées, on était à une époque où il était plus simple de distinguer deux versants assez bien définis : un monde chrétien d’une part, et un monde encore à évangéliser d’autre part. Maintenant, cette situation n’existe plus. Les populations qui n’ont pas encore reçu l’annonce de l’Evangile ne vivent plus du tout seulement sur les Continents non occidentaux, mais se trouvent partout, surtout dans les énormes concentrations urbaines qui demandent, en elles-mêmes, une pastorale spécifique. Dans les grandes villes, nous avons besoin d’autres “cartes”, d’autres paradigmes, qui nous aident à repositionner nos manières de penser et nos attitudes : frères et sœurs, nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus ! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés[14]. Par conséquent, nous avons besoin d’un changement de mentalité pastorale, ce qui ne veut pas dire passer à une pastorale relativiste. Nous ne sommes plus dans un régime de chrétienté parce que la foi – spécialement en Europe, mais aussi dans une grande partie de l’Occident – ne constitue plus un présupposé évident du vivre-ensemble ; pire elle est souvent même niée, raillée, marginalisée et ridiculisée. Cela a été souligné par Benoît XVI lorsque, ouvrant l’Année de la Foi (2012), il écrivait : « Alors que dans le passé il était possible de reconnaître un tissu culturel unitaire, largement admis dans son renvoi aux contenus de la foi et aux valeurs inspirées par elle, aujourd’hui il ne semble plus en être ainsi dans de grands secteurs de la société, en raison d’une profonde crise de la foi qui a touché de nombreuses personnes »[15]. Et pour cette raison le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Evangélisation a été institué en 2010, afin de « promouvoir une évangélisation renouvelée dans les pays où a déjà retenti la première annonce de la foi et où sont présentes des Eglises d’antiques fondations, mais qui vivent une sécularisation progressive de la société et une sorte d’ “éclipse du sens de Dieu”, qui constituent un défi à trouver des moyens adaptés pour reproposer la vérité éternelle de l’Evangile du Christ »[16]. Parfois, j’en ai parlé avec certains d’entre vous… Je pense à cinq Pays qui ont rempli le monde de missionnaires – je vous ai dit lesquels – et aujourd’hui ils n’ont pas de ressources vocationnelles pour aller de l’avant. Et c’est le monde actuel.

La perception que le changement d’époque soulève une série d’interrogations concernant l’identité de notre foi n’est pas arrivée, il est vrai, soudainement[17]. Dans ce cadre s’est insérée aussi l’expression “nouvelle évangélisation” adoptée par saint Jean-Paul II, qui, dans l’Encyclique Redemptoris missio, écrivait : « L’Eglise doit affronter aujourd’hui d’autres défis, en avançant vers de nouvelles frontières tant pour la première mission ad gentes que pour la nouvelle évangélisation de peuples qui ont déjà reçu l’annonce du Christ » (n. 30). Une nouvelle évangélisation, ou ré-évangélisation (cf. n. 33) est nécessaire.

Tout cela implique nécessairement des changements et de nouvelles attentions, même dans les Dicastères susmentionnés, comme aussi dans toute la Curie[18].

Je voudrais aussi faire quelques considérations sur le Dicastère pour la Communication, d’institution récente. Nous sommes dans la perspective d’un changement d’époque, étant donné que « de vastes portions de l’humanité y sont plongées de manière ordinaire et continuelle. Il ne s’agit plus seulement d’”utiliser” des instruments de communication, mais de vivre dans une culture largement numérisée qui influence profondément les notions de temps et d’espace, la perception de soi, des autres et du monde, la façon de communiquer, d’apprendre, de s’informer et d’entrer en relation avec les autres. Une approche de la réalité qui tend à privilégier l’image par rapport à l’écoute et à la lecture a une incidence sur la façon d’apprendre et sur le développement du sens critique » (Exhort. ap. postsyn. Christus vivit, n. 86).

Au Dicastère pour la Communication a donc été confié la charge de regrouper dans une nouvelle institution les neuf entités qui s’occupaient précédemment, de différentes façons et selon différentes tâches, de la communication : le Conseil Pontifical des Communications Sociales, la Salle de Presse du Saint-Siège, la Typographie vaticane, la Librairie Éditrice Vaticane, L’Osservatore Romano, Radio Vatican, le Centre de Télévision du Vatican, le Service internet du Vatican, le Service Photographique. Toutefois, ce regroupement, conformément à ce qui a été dit, ne voulait pas être un simple regroupement “de coordination”, mais harmoniser les différentes composantes visant à produire une meilleure offre des services et à maintenir une ligne éditoriale cohérente.

La nouvelle culture, marquée par des facteurs de convergence et multimédia, a besoin d’une réponse adéquate de la part du Siège Apostolique en matière de communication. Aujourd’hui, par rapport aux services diversifiés, la forme multimédia prévaut, et cela marque aussi la manière de les concevoir, de les penser et de les mettre en œuvre. Tout cela implique, avec le changement culturel, une conversion institutionnelle et personnelle pour passer d’un travail à compartiments étanches – qui, dans les meilleurs cas, était quelque peu coordonnés – à un travail intrinsèquement connecté, en synergie.

Chers frères et sœurs,

beaucoup de choses dites jusqu’à présent valent aussi, dans le principe, pour le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral. Il a été, lui aussi, institué récemment afin de répondre aux changements intervenus au niveau global, en mettant en œuvre la confluence de quatre précédents Conseils Pontificaux : Justice et Paix, Cor Unum, Pastorale des Migrants et Pastorale des Services de la santé. La cohérence des tâches confiées à ce Dicastère est synthétiquement rappelée au début du Motu Proprio Humanam progressionem qui l’a institué : « Dans tout son être et par tout son agir, l’Église est appelée à promouvoir le développement intégral de l’homme à la lumière de l’Évangile. Ce développement se réalise à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création ». Il est mis en œuvre dans le service des plus faibles et des marginalisés, en particulier les migrants forcés qui représentent en ce moment un cri dans le désert de notre humanité. L’Eglise est donc appelée à rappeler à tous qu’il ne s’agit pas seulement de questions sociales ou migratoires, mais de personnes humaines, de frères et sœurs qui sont aujourd’hui le symbole de tous les exclus de la société globalisée. Elle est appelée à témoigner que, pour Dieu, personne n’est “étranger” ou “exclu”. Elle est appelée à réveiller les consciences assoupies dans l’indifférence devant les réalités de la Mer Méditerranée devenue, pour beaucoup – pour trop – de personnes, un cimetière.

Je voudrais rappeler l’importance du caractère d’intégralité du développement. Saint Paul VI a affirmé que « le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme » (Enc. Populorum progressio, n. 14). En d’autres termes, enracinée dans sa tradition de foi et en se référant, au cours des dernières décennies, au magistère du Concile Vatican II, l’Eglise a toujours affirmé la grandeur de la vocation de tous les êtres humains, que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance, pour qu’ils forment une seule famille ; et, dans le même temps, il a cherché à embrasser l’humain dans toutes ses dimensions.

C’est précisément cette exigence d’intégralité à nous proposer de nouveau aujourd’hui l’humanité qui nous rassemble en tant qu’enfants d’un seul Père. « Dans tout son être et par tout son agir, l’Église est appelée à promouvoir le développement intégral de l’homme à la lumière de l’Évangile » (M.P. Humanam progressionem). L’Evangile ramène toujours l’Eglise à la logique de l’incarnation, au Christ qui a assumé notre histoire, l’histoire de chacun de nous. Noël nous le rappelle. Alors, l’humanité est le chiffre distinctif avec lequel lire la réforme. L’humanité appelle, interpelle et provoque, c’est-à-dire appelle à sortir et à ne pas craindre le changement.

N’oublions pas que l’Enfant couché dans la crèche a le visage de nos frères et sœurs les plus nécessiteux, des pauvres qui « sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous » (Lett. ap. Admirabile signum, 1er décembre 2019, n. 6).

Chers frères et sœurs,

il s’agit donc de grands défis et d’équilibres nécessaires, souvent pas faciles à réaliser, pour le simple fait que, dans la tension entre un passé glorieux et un futur créatif et en mouvement, il y a le présent où se trouvent des personnes qui, nécessairement, ont besoin de temps pour acquérir la maturité ; il y a des circonstances historiques à gérer dans la quotidienneté, parce que, durant la réforme, le monde et les évènements ne s’arrêtent pas ; il y a des questions juridiques et institutionnelles qui seront résolues graduellement, sans formules magiques ou raccourcis.

Enfin, il y a la dimension du temps et il y a l’erreur humaine, avec lesquelles il n’est pas possible ni juste de ne pas faire face parce qu’elles font partie de l’histoire de chacun. Ne pas en tenir compte signifie faire les choses en faisant abstraction de l’histoire des hommes. Liée à ce difficile processus historique, il y a toujours la tentation de se replier sur le passé (même en usant de formulations nouvelles), car plus rassurant, connu et, sûrement, moins conflictuel. Cela aussi fait cependant partie du processus et du risque d’engager des changements significatifs[19].

Il faut mettre ici en garde contre la tentation de prendre une attitude de rigidité. La rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par disséminer des piquets et des obstacles sur le terrain du bien commun, en le transformant en champ miné d’incommunicabilité et de haine. Rappelons-nous toujours que derrière toute rigidité se trouve un certain déséquilibre. La rigidité et le déséquilibre s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux. Et aujourd’hui, cette tentation de la rigidité est devenue trop actuelle.

Chers frères et sœurs,

la Curie romaine n’est pas un corps détaché de la réalité – même si le risque est toujours présent –, mais doit être conçue et vécue dans l’aujourd’hui du chemin parcouru par les hommes et les femmes, dans la logique du changement d’époque. La Curie romaine n’est pas un immeuble ou une armoire pleine de vêtements à porter pour justifier un changement. La Curie romaine est un corps vivant, et elle l’est d’autant plus qu’elle vit l’intégralité de l’Evangile.

Le Cardinal Martini, dans sa dernière interview, à quelques jours de sa mort, a dit des paroles qui doivent nous interroger : « L’Eglise est restée en arrière de deux cents ans. Comment se fait-il qu’elle ne se secoue pas ? Avons-nous peur ? Peur au lieu du courage ? De toute façon, la foi est le fondement de l’Eglise. La foi, la confiance, le courage. […] Seul l’amour vainc la lassitude »[20].

Noël est la fête de l’amour de Dieu pour nous. L’amour divin qui inspire, dirige et corrige le changement et défait la peur humaine de laisser le “sûr” pour nous relancer dans le “mystère”.

Joyeux Noël à tous !

Dans la préparation à Noël, nous avons écouté les prédications sur la Sainte Mère de Dieu. Adressons-nous à elle avant la bénédiction.

[Je vous salue Marie et bénédiction]

Maintenant je voudrais vous donner un souvenir, un petit cadeau : deux livres. Le premier est le “document”, disons-le ainsi, que j’ai voulu faire pour le mois missionnaire extraordinaire [octobre 2019], et je l’ai fait en forme d’interview, Sans Lui nous ne pouvons rien faire. Une phrase m’a inspiré, je ne sais pas de qui, qui disait que lorsque le missionnaire arrive dans un endroit, il y a l’Esprit Saint qui l’y attend. C’est l’inspiration de ce document. Et le second est une retraite donnée aux prêtres récemment par le Père Luigi Maria Epicoco, une retraite aux prêtres, Quelqu’un à admirer. Je les donne de tout cœur pour qu’ils servent à toute la communauté. Merci !


 

 


[1] Matta El Meskin, L’umanità di Dio, Qiqajon-Bose, Magnano 2015, p. 170-171.

[2] Qui dives salvetur 37, 1-6.

[3] Sermon “L’incarnazione, Mistero di grazia”: Parochial and Plain Sermons V, 7.

[4] Ibid., V, 97-98.

[5] Meditazioni e preghiere, a cura di G. Velocci, Milano 2002, p. 75.

[6] Dans une prière, Newman affirmait : « Il n’y a rien de stable, en dehors de toi, o mon Dieu. Tu es le centre et la vie de tous ceux qui changent, qui se confient en toi comme leur Père, qui ont les yeux tournés vers toi et sont fiers de se remettre en tes mains. Je sais, mon Dieu, que si je veux voir ta face, je dois changer » (ibid., p. 112).

[7] Newman le décrit ainsi : « Au moment de la conversion, je n’ai pas eu conscience d’un quelconque changement, intellectuel ou moral, qui soit advenu dans mon esprit… il me semblait retourner au port après une navigation orageuse ; et dès lors, mon bonheur a continué sans interruption jusqu’aujourd’hui » (Apologia pro vita sua, a cura di A. Bosi, Torino 1988, p. 360; cf. J. Honoré, Gli aforismi di Newman, LEV, Città del Vaticano 2010, p. 167).

[8] J.M. Bergoglio, Messaggio quaresimale ai sacerdoti e consacrati, 21 febbraio 2007, in Nei tuoi occhi è la mia parola, Milano, 2016, p. 501.

[9] Cf. Const. ap. Veritatis gaudium (27 décembre 2017), n. 3 : « Il s’agit, en définitive, de convertir le modèle de développement global et de redéfinir le progrès : le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise, et il faut des leaderships qui tracent des chemins ».

[10] Interview accordée au P. Antonio Spadaro : La Civiltà Cattolica, 19 septembre 2013, p. 468.

[11] Lettre au peuple de Dieu qui est en chemin en Allemagne, 29 juin 2019.

[12] Cf. Discours à la Curie, 22 décembre 2016.

[13] Exhort. ap. Evangeli nuntiandi (8 décembre 1975), n. 14. Saint Jean Paul II a écrit que l’évangélisation missionnaire « constitue le premier service que l’Eglise peut rendre à tout homme et à l’humanité entière dans le monde actuel, lequel connaît des conquêtes admirables mais semble avoir perdu le sens des réalités ultimes et de son existence même » (Enc. Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2).

[14] Cf. Discours aux participants au Congrès International de la Pastorale des Grandes Villes, Salle du Consistoire, 27 novembre 2014.

[15] Lett. ap. M.P. Porta fidei, n. 2.

[16] Benoît XVI, Homélie, 28 juin 2010 ; cf. Lett. ap. M.P. Ubicumque et semper, 17 octobre 2010.

[17] Le changement d’époque a été aussi perçu en France par le Card. Suhard (on pense à sa lettre pastorale Essor ou déclin de l’Église, 1947), et aussi à celui qui était alors Archevêque de Milan, J.B. Montini. Il se demandait même si l’Italie était encore un pays catholique (cf. Prolusione alla VIII Settimana nazionale di aggiornamento pastorale, 22 septembre 1958, dans Discorsi e Scritti milanesi, 1954-1963, vol. II, Brescia-Roma 1997, 2328).

[18] Saint Paul VI, il y a de cela environ cinquante ans, en présentant aux fidèles le nouveau Missel Romain, a rappelé l’équation entre la loi de la prière (lex orandi) et la loi de la foi (lex credendi) et a décrit le Missel come une “démonstration de fidélité et vitalité”. En concluant sa réflexion, il a affirmé : « Nous ne disons donc pas “nouvelle Messe”, mais plutôt “nouvelle époque” de la vie de l’Eglise » (Audience générale du 19 novembre 1969). C’est ce que, analogiquement, on pourrait aussi dire de notre cas : non pas une nouvelle Curie romaine, mais plutôt une nouvelle époque.

[19] Evangelii gaudium énonce la règle de « privilégier les actions qui génèrent les dynamismes nouveaux dans la société et impliquent d’autres personnes et groupes qui les développeront, jusqu’à ce qu’ils fructifient en évènement historiques importants. Sans inquiétude, mais avec des convictions claires et de la ténacité » (n. 223).

[20] Interview à Georg Sporschill, S.J. et à Federica Radice Fossati Confalonieri : “Corriere della Sera”, 1er septembre 2012.

 

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Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

C'est un évènement plein de symboles: ce dimanche matin, plusieurs père synodaux de l'assemblée spéciale sur l'Amazonie ont participé à une messe célébrée dans les Catacombes de Sainte Domitille situées non loin de la Via Appia à Rome. Une messe présidée par le cardinal brésilien Claudio Hummes, rapporteur général du synode. Ils ont fait mémoire du "Pacte des Catacombes" au cours duquel 42 pères du Concile Vatican II avaient demandé à Dieu la grâce d'«être fidèle à l'esprit de Jésus» dans le service des pauvres. Ce document intitulé «Pacte pour une Église Servante et Pauvre» avait alors pour ambition de mettre les pauvres au centre du ministère pastoral.

CMission

Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

Pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine

Nous, participants au Synode panamazonien, nous partageons la joie de vivre parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, d’habitants des rives de fleuves, de migrants et de communautés des périphéries des villes de cet immense territoire de la planète. Avec eux, nous avons fait l’expérience de la puissance de l’Évangile qui agit dans les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple, de partage et de gratuité. Marqués par l’écoute de leurs cris et de leurs larmes, nous accueillons chaleureusement les paroles du Pape François :

“Beaucoup de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse de l’amour de l’Église. Pour eux, avec eux, nous marchons ensemble”.

Souvenons-nous avec gratitude de ces évêques qui, dans les catacombes de sainte Domitille, à la fin du Concile Vatican II, ont signé le Pacte pour une Église servante et pauvre. Nous nous souvenons avec vénération de tous les martyrs membres des communautés ecclésiales de base, des organismes pastoraux et des mouvements populaires, des leaders indigènes, des missionnaires hommes et femmes, des laïques et des laïcs, des prêtres et des évêques, qui ont versé leur sang en raison de cette option pour les pauvres, de la défense de la vie et de la lutte pour protéger notre Maison commune. À la gratitude pour leur héroïsme, nous joignons notre décision de poursuivre leur lutte avec fermeté et courage. C’est un sentiment d’urgence qui s’impose face aux agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Très Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, devant les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et devant celles qui sont solidaires avec nous en Afrique, en Asie, en Océanie, en Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des Apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et surtout de notre Amazonie, en profonde communion avec le Successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous nous engageons personnellement et collectivement à :

1.   Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de notre mère la terre, mais ses fils et ses filles, formés par la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), hôtes et pèlerins (1 Pt 1, 17b et 1 Pt 2, 11), appelés à être ses gardiens zélés (Gn 1, 26). À cette fin, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est interconnecté, le genre humain et l’ensemble de la création, parce que tous les êtres sont filles et fils de la terre et sur elle plane l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec toute la création: «Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.» (Gn 9, 9-10 et Gn 9, 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier pour les peuples originaires, et garantir avec eux le droit d’être protagonistes dans la société et dans l’Église. Les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs identités et leur spiritualité. Prendre conscience qu’elles doivent être respectées aux niveaux local et mondial et, par conséquent, encourager, avec tous les moyens à notre disposition, à les accueillir sur un pied d’égalité dans le concert mondial des peuples et des cultures. 

5. Par conséquent, dans nos paroisses, diocèses et groupes, tout type de mentalité et d’attitude coloniale, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toute forme de violence et d’agression contre l’autonomie et les droits des peuples originaires, leur identité, leurs territoires et leurs modes de vie.

7. Proclamer la nouveauté libératrice de l’Évangile de Jésus-Christ, en accueillant l’autre et le différent, comme ce fut le cas pour Pierre dans la maison de Corneille: «Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain.» (Ac 10, 28).

8. Marcher œcuméniquement avec les autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Evangile, et avec les autres religions et personnes de bonne volonté, en solidarité avec les peuples originaires avec les pauvres et les petits, dans la défense de leurs droits et dans la préservation de la maison commune.

9. Établir dans nos Églises particulières un style de vie synodal, dans lequel les représentants des peuples originaires, les missionnaires, les laïcs hommes et femmes, en vertu de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, ont une voix et un vote dans les assemblées diocésaines, dans les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, en tout ce qui les concerne dans la gouvernance des communautés.

10. Nous engager à reconnaître d’urgence les ministères ecclésiaux déjà existants dans les communautés, exercés par des agents pastoraux, des catéchistes indigènes, des ministres – hommes et femmes – de la Parole, en valorisant en particulier leur attention aux plus vulnérables et exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de la visite à une pastorale de la présence, en assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie devienne effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la véritable diaconie du grand nombre de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et essayer de les consolider avec un ministère adéquat de leaders féminins de communautés.

13. Chercher de nouveaux parcours d’action pastorale dans les villes où nous opérons, avec les laïcs et les jeunes comme protagonistes, en prêtant attention à leurs périphéries et aux migrants, aux travailleurs et aux chômeurs, aux étudiants, aux éducateurs, aux chercheurs et au monde de la culture et des communications.

14. Face à la vague de consumérisme, assumer un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire avec ceux qui ont peu ou rien ; réduire la production de déchets et l’utilisation du plastique ; encourager la production et la commercialisation de produits agro-écologiques ; utiliser les transports publics autant que possible.

15. Se placer aux côtés de ceux qui sont persécutés pour leur service prophétique de dénonciation et de réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des plus petits, d’accueil et de soutien aux migrants et réfugiés. Cultiver de vraies amitiés avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, exercer un ministère d’écoute, de consolation et de soutien qui soulage et redonne espoir.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et de notre petitesse face à de si grands et si graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Par-dessus tout, que nos communautés ecclésiales nous aident par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, quand cela est nécessaire, par la charité et la correction fraternelle.

Acceptons avec un cœur ouvert l’invitation du Cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et en regagnant nos églises :

«Laissez-vous envelopper par le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas submerger par l’autoréférentialité, mais par la miséricorde devant le cri des pauvres et de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce synode est comme une table que Dieu a dressée pour ses pauvres et Il nous demande de servir à cette table».

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme «un acte d’amour cosmique» «“Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde”. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, “la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même”. C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.» (Laudato Si’, 236).

 

Catacombes de Sainte Domitille

Rome, 20 octobre 2019