Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Famille Vincentienne - FRANCE

Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Famille Vincentienne - FRANCE
Famille Vincentienne - FRANCE

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Sont présents : France Morane des Equipes Saint Vincent-AIC France (E.S.V.), Patrick Rabarison de la Congrégation de la Mission (C.M.), Sœur Marie-Vianney Ressegand des sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond, Sœur Blandine Klein des  sœurs de la charité de Strasbourg et Fanny Douhaire, leur chargée de projets, Sœur Nicole Roland et Sœur Pascale Haratik des sœurs de Jeanne Antide Thouret, Michel Lanternier de la Société Saint Vincent de Paul (S.S.V.P.), P. Yves Danjou de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, Aurélie Madrid de la Jeunesse Mariale Vincentienne, Marie-Pierre Flour, secrétaire et membre de l’Association de la Médaille Miraculeuse, Sœur Marguerite-Marie Nmargo des sœurs de st Vincent de Paul de Lambélé, Sœur Laetitia Tremolet des sœurs du rosier de l’Annonciation et le P. Bernard Massarini, coordinateur.

Le coordinateur propose d’ouvrir par un temps de prière en lisant l’évangile du jour : Mt 5, 38-42 qui se termine par la phrase «Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos », prière avec le texte du jour et la citation d’Ozanam.

Il prolonge en citant Frédéric Ozanam «l’assistance humilie si elle n’est en rien réciproque, si vous ne portez à vos frères qu’un morceau de pain, un poignée de paille que nous n’aurez probablement jamais à lui demander, si vous le mettez dans la nécessité douloureuse d’un cœur bien fait de recevoir sans rendre ». Après un court silence, la prière du Notre Père est récitée.

Nous commençons par un tour de table pour présenter nos nouvelles associées :

les sœurs du rosier de l’Annonciation : elles sont reconnues comme association publique de fidèles fondée par Sœur Laetitia Tremolet, actuellement en service à Lourdes et en fondation en Corse. Elles se mettent dans les pas de Louise de Marillac et de Saint Vincent de Paul comme  soutien de leur spiritualité. Un charisme au service de toutes les pauvretés (transmission de la foi aux enfants, accompagnement des mères seules en difficultés et auprès des malades).

les sœurs de Saint Vincent de Paul de Lembélé : elles sont fondées en Belgique en 1811 par un prêtre, qui va les faire naître au Rwanda en 1956. Elles sont présentes dans 7 pays dont l’Ouganda, le Centre-Afrique, le Congo et la Belgique. Elles sont arrivées dans la Somme en 2018 : 3 sœurs, une sœur en catéchèse et service d’Eglise (sacristie et servants de messe), une en aumônerie d’hôpital et une en aumônerie de jeunes pour les établissements publics et privés.

1 – Nos projets communs

Nous commençons l’ordre du jour en nous mettant au courant de nos projets communs. Le projet « Louise et Rosalie » (accueil de jour pour femmes seules à la rue), à la Maison-Mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres, en partenariat entre E.S.V., S.S.V.P. et C.M. Le confinement a contraint à un arrêt total des travaux qui ont pu reprendre lors du déconfinement. Cet espace d’accueil aura un point sanitaire-douche, une cuisine et un espace d’écoute. L’ouverture prévue en juin est reportée après la Toussaint 2020.

Pour le Projet de Pantin, l’évêque du diocèse de Saint Denis a sollicité la S.S.V.P. pour un accueil de jour pour les SDF (femmes à la rue). Les travaux ont dû être reportés. Ce lieu d’accueil n’ouvrira que courant 2021. La S.S.V.P. a fait appel à la collaboration des Filles de la Charité. Quelques-unes participeront à ce service.

2 – Pauvretés rencontrées du fait de la pandémie

Le coordinateur nous informe que les Vincentiens à l’ONU ont obtenu 4 jours de travail lors de l’assemblée sur les personnes sans-abris qui a conduit à l’adoption d’un texte. Il a partagé lors d’une rencontre ZOOM des visiteurs de la Congrégation de la Mission 3 initiatives nouvelles de la S.S.V.P., 2 des E.S.V., 2 des Sœurs de la Charité de Strasbourg et 2 des Lazaristes qui ont créé des services de proximité de pauvres, d’enfants ou de soignants durant le confinement.

Mr Lanternier, de la Société Saint Vincent de Paul, nous informe des rencontres régulières entre le Ministère de la cohésion sociale et un collectif de 30 associations travaillant avec les populations pauvres.

Ils se sont aperçu que ce sont les étudiants et les jeunes qui sont plus particulièrement précarisés par la pandémie (chômage..). L’Etat a mis 50M€ au service de ces actions. Les bénévoles âgés ont dû se protéger et il a fallu faire appel à des bénévoles extérieurs.

Mr Lanternier déplore la méconnaissance des dispositifs : les 200€ pour les étudiants, les bons d’achats pour les personnes à faible revenus, les moyens mis à disposition par les collectivités territoriales… L’insécurité alimentaire a explosé et il est à craindre que le chômage explose sans pouvoir faire face.

La S.S.V.P. a consacré son énergie à remettre ou conserver le réseau au service et n’a pas eu l’occasion d’être davantage attentive aux personnes. Elle a mis en route un système de rapports que les conseils départementaux sont invités à remonter pour avoir une vue plus générale l’état des situations.

Nouvelle adaptation à faire avec des personnes d’âge avancé et comprendre comment continuer avec les nouveaux visages parus durant cette période.

A Besançon, les sœurs de Jeanne Antide Thouret (S.J.A.T.) ont constaté la paupérisation des étudiants étrangers qui vivaient de travaux intérimaires. L’un d’entre eux n’avait plus rien à manger, ni de quoi payer son loyer universitaire. Les S.J.A.T. lui ont procuré des  rations alimentaires et une association a accepté de prendre en charge le coût du loyer. Ce jeune étudiant est reçu en second cycle (Master) sur Paris à la rentrée et cherche un travail d’été en vain.  

Toujours à Besançon, « l’escale jeune » s’est retrouvée sur zoom ou Skype et a cherché des réponses aux nouvelles demandes. Il a été proposé de garder le lien par téléphone ou internet avec les personnes seules ou isolées. La rencontre en présentiel avec la pastorale de la santé les a invitées à voir comment continuer la dynamique engagée. Divers projets : repas, fêtes…

Les Equipes Saint Vincent-AIC France n’ont eu que des appels téléphoniques de mères seules pour obtenir une aide alimentaire. Il est triste de constater que beaucoup ne connaissent pas les dispositifs dont ils peuvent bénéficier (peu savent qu’ils peuvent contacter la paroisse de leur quartier ou les services de la mairie). Il faut faire en sorte que l’information soit connue. Les bénévoles âgés des E.S.V. ont dû se mettre à l’abri pour se protéger mais elles sont su s’adapter en s’initiant à la visioconférence zoom pour que leurs élèves en français/langue étrangère ne perdent pas leurs acquis ; elles ont conservé les liens en mettant en place les cours par whatsapp ou autre support. France Morane partage sa crainte de l’augmentation des violences tant pour les femmes que les enfants sans pouvoir encore évaluer combien de personnes suivies sont concernées. Pendant le confinement, la violence intrafamiliale a augmenté de 30%.

Les sœurs de la Charité de Lembélé, dans la Somme, ont accompagné le prêtre lors de la célébration des obsèques avec parfois seulement le cercueil, sans membre de la famille du fait du confinement. Elles ont aussi beaucoup écouté les personnes de leur environnement qui vivaient dans l’angoisse liée à l’isolement dû à une maladie.

Soeur Laetitia, des sœurs du Rosier de l’Annonciation, informe qu’avoir laissé l’église ouverte a permis aux personnes de faire des passages discrets et furtifs. Une grande solidarité les a fait bénéficier de nourriture de la part du maire ou du curé : elles en ont assuré la redistribution aux personnes en difficultés, cela a ouvert de nouvelles relations de proximité.

Faute de pouvoir faire patronage en présentiel, elles ont inventé un patronage en ligne : de courtes vidéos régulières avec un éveil à la foi, prière avec les sœurs, une activité bricolage ou recette et un jingle. De nombreux enfants s’y sont connectés :https://rosierdelannonciation.org/videos-en-ligne-pour-vos-enfants/

Patrick Rabarison (aumônier et prêtre accompagnateur des jeunes du diocèse de St Denis et prêtre de la paroisse de Villepinte) voit exploser la pauvreté relationnelle pendant le confinement car nombreux sont les jeunes qui vivent seuls (étudiants de province venus s’installer dans la région parisienne entre autres). Ces jeunes sont en attente de relations authentiques. La paroisse a proposé des messes et le chapelet en ligne, des échanges par ZOOM.

Suite à la mort de Georges Floyd, l’émotion des jeunes de la communauté afro-antillaise est forte en Seine-St Denis. Un grand courant de colère s’est levé et il a fallu tenter de canaliser cette situation explosive. Le service diocésain des jeunes a tenté une action pédagogique en trois temps auxquels plusieurs paroisses se sont jointes : 1/écouter les expressions de mal-être autour du racisme (cellules d’écoute avec leur curé et des animateurs laïcs) en apprenant à mettre des mots dessus et en invitant à formuler leur colère en prière. 2/recontextualiser les choses par un temps de formation. Cela a abouti à un chemin de croix pour associer les souffrances ressenties à la passion de Jésus souffrant (belle dévotion des jeunes au chemin de croix). 3/prévoir dans les prochaines semaines d’organiser des temps de rencontres entre jeunes et policiers. Il est important d’être artisan de paix et de tenir compte des souffrances de chacun. La S.S.V.P. se tient disposée à aider ce qui se passe dans la paroisse de Villepinte si cela était nécessaire (à voir comment et pour quel type de service).

En tant que Vincentiens, nous devrons être inventifs pour renouveler notre pratique de l’écoute.

Les Sœurs de la Charité de Strasbourg saluent les jeunes qui sont venus en renfort des équipes. Elles ont rencontré des difficultés dans les EHPAD mais sont reconnaissantes face à la solidarité des équipes de professionnels travaillant dans l’enfance qui se sont proposés pour renforcer la main d’œuvre dans les EHPAD.

Les sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond ont eu leurs établissements scolaires fermés. Les professeurs principaux ont fait preuve d’inventivité  pour garder le contact chaque semaine avec tous les élèves. Le fossé risque de se creuser entre les bons élèves et les élèves en difficultés. A Madrid, le taux de mortalité a été important dans les familles, notamment parmi les grands-parents d’élèves. Les sœurs sur place ont accompagné par téléphone et sur les réseaux sociaux ces familles.

Les activités régulières de la Jeunesse Mariale Vincentienne ont été interrompues depuis le début du confinement. Les responsables d’équipe ont toutefois pu maintenir le lien avec les enfants et les jeunes qu’ils accompagnent, par téléphone ou en les rencontrant depuis la réouverture des établissements scolaires. L’Assemblée internationale qui devait avoir lieu en juillet 2020 a été reportée d’un an, et différentes initiatives ont été mises en place au niveau international, via les réseaux sociaux, afin de maintenir le lien et de partager des nouvelles entre pays.

L’Association de la Médaille Miraculeuse a poursuivi son activité grâce au télétravail. Un temps important a été consacré à l’appel des personnes seules, âgées et/ou malades.  Elle a constaté une grande dévotion mariale en ce temps de pandémie : plus de 1000 médailles miraculeuses ont été demandées depuis le début de l’année pour recourir à la protection de Marie.

Le Père Yves Danjou, de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, n’a pas connu davantage de demandes mais a été en contact avec des personnes éprouvant une plus grande  solitude et qui étaient heureuses de bénéficier par exemple de l’extension de la non-expulsion hivernale. La suppression de temps de prière mensuel a été difficile à vire. Ceci a été une invitation à approfondir la spiritualité de Jésus à Gethsémani. Le Père Yves nous partage la mort du Covid-19 de son frère, lui aussi Lazariste. La gestion du deuil a été difficile à vivre mais cela a été l’occasion d’une communication plus profonde avec des amis qui se sont faits proches de lui.

3 – Questions diverses

Après un échange entre le coordinateur et la secrétaire-trésorière, et au vu des comptes de la Famille Vincentienne France, il est proposé de ne pas demander de cotisation annuelle pour 2020, ce qui sera une contribution à l’effort post-pandémie de la famille vincentienne en France pour le travail de chacun.

Nous évoquons la réédition du calendrier des saints vincentiens pour le rendre plus ajusté aux dates changées par la congrégation pour la cause des saints et vérifier ceux qui demeurent mémoire de notre famille et ceux qui ont été transférés dans une autre tradition spirituelle. La décision est positive.

Lorsqu’est évoquée la possibilité de réfléchir à une formation pour nos bénévoles, sans sœurs ni prêtres, avec l’organisme VDP formation (possibilité de rencontre en septembre ou octobre), la présidente des E.S.V pense qu’il serait mieux d’attendre la rencontre de novembre pour en rediscuter car la priorité actuelle sont les actions  en lien avec la pandémie.

Le prochain rendez-vous en présentiel de notre comité aura lieu le lundi 16 novembre 2020, à la maison mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres à Paris. Ce sera aussi l’occasion de visiter le lieu d’accueil « Louise-Rosalie »…

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Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

A travers l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus.

Famille Vincentienne Internationale

Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

À travers l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent  soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus. Nous avons demandé au Père Robert Maloney, ancien Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, d’écrire sur la façon dont Vincent de Paul lui-même a réagi face aux pandémies de son temps. Nous espérons que cet article vous offre un peu d’inspiration et de réconfort. La FHA aimerait savoir comment vous réagissez. Veuillez poster vos histoires ici. Nous offrirons plus de ressources sur la question dans le cadre d’une extension de la Campagne « 13 Maisons » à partir de la semaine prochaine. Que Dieu vous bénisse tous et en particulier ceux qui travaillent dans les systèmes de santé et autres apostolats associés ».

Cher Mark,

J’ai regroupé quelques réflexions qui pourraient être utiles aux collaborateurs de l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), en particulier maintenant que nous sommes confrontés à de nouveaux défis créés par le COVID-19. J’écrirai sans doute un article plus détaillé. Mais, la crise étant urgente, je te transmets tout de suite cette brève synthèse. Elle décrit comment Saint Vincent a réagi dans la pratique à la peste. J’espère que son expérience stimulera la réflexion et générera des idées créatives parmi nous, membres de sa Famille.

Bob

 

COVID-19. Leçon de sagesse du passé. L’expérience de saint Vincent de Paul

Saint Vincent a fait l’expérience des pandémies. Aucun autre sujet peut-être ne l’a aussi profondément troublé. Les épidémies de la peste ont fréquemment ravagé l’Europe au cours de ses années d’activité, tuant de nombreuses personnes qu’il aimait. Marguerite Naseau, dont il a souvent raconté l’histoire et qu’il a toujours considérée comme la première Fille de la Charité, a succombé à la peste à 27 ans, avant même que les Filles ne soient reconnues juridiquement. Lambert au Couteau – dont Vincent a dit un jour « la perte de cet homme, je la vis comme si je m’arrachais un œil ou que je me coupais le bras » et qu’il a envoyé pour établir la Congrégation de la Mission en Pologne – est décédé au service des victimes de la peste à Varsovie en 1653. Antoine Lucas – très admiré non seulement par Vincent, mais aussi par d’autres fondateurs de communautés religieuses à cette époque – mourut de la peste à Gênes en 1656.

Les tragédies se sont multipliées dans la vie de Vincent, en particulier dans les années 1650. Il a souvent parlé de « la guerre, la peste et la famine » comme du fléau des pauvres. De plus, il y a eu des persécutions à Alger, à Tunis, en Irlande et aux Hébrides. Le premier martyr de la Congrégation de la Mission, Thaddeus Lye, séminariste, a donné sa vie à Limerick en 1652. Ses persécuteurs lui ont écrasé le crâne et lui ont coupé les mains et les pieds en présence de sa mère. Lorsqu’en 1657, en plus d’entendre que trois prêtres étaient morts en route pour Madagascar, Vincent a appris que six membres de la maison de Gênes avaient succombé à la peste, il s’est dit « accablé de chagrin » et a ajouté qu’il « serait incapable de recevoir un plus grand coup sans être complètement dévasté ».

Dans ses lettres et ses conférences, Vincent a mentionné la peste plus de 300 fois. Il a envoyé de longues lettres offrant des conseils pratiques sur l’aide aux victimes de la peste à son ami Alain de Solminihac, Evêque de Cahors, et aux supérieurs de Gênes et de Rome. Dans ses entretiens, il a décrit la peste en France, à Alger, à Tunis, en Pologne et dans toute l’Italie.

Les chiffres étaient impressionnants. La France à elle seule a perdu près d’un million de personnes à cause de la peste lors de l’épidémie de 1628-1631. À peu près à la même période en Italie, 280 000 personnes sont mortes. En 1654, 150 000 habitants de Naples succombent. Alger a perdu environ 40000 personnes en 1620-21 et de nouveau en 1654-57.

Gênes a été parmi les villes les plus durement touchées. La moitié de la ville est morte en 1657. La longue liste des membres de la Famille Vincentienne qui y ont perdu la vie est touchante.

Comme on pourrait l’imaginer, les Filles de la Charité et les confraternités étaient en première ligne pour servir ceux qui ont été touchés par la peste (sans parler de leur service à ceux dont la vie avait été perturbée par la guerre, la famine et les conflits politiques en même temps). Certaines affirmations de Vincent à ses prêtres, ses frères et sœurs, ainsi qu’aux membres laïcs des confréries, sont marquées par les circonstances de l’époque et par le manque de connaissances et de ressources médicales que nous en avons aujourd’hui. Mais une grande partie de ce qu’il a dit et comment il a réagi est tout à fait pertinente alors que les membres de la Famille Vincentienne affrontent COVID-19.

Permettez-moi de souligner quatre points :

  1. Alors qu’il se débattait avec des émotions douloureuses, Vincent est resté convaincu que, quelles que soient les circonstances, nous ne devons jamais abandonner les pauvres. Ils sont « notre part » dans la vie, a-t-il déclaré. Il disait avec fermeté aux membres de sa Famille que, même dans des circonstances extrêmement difficiles, nous devons faire preuve de créativité pour trouver des moyens de répondre aux besoins de ceux qui Vincent a écrit à Alain de Solminihac : « Les pauvres paysans frappés par la peste sont généralement abandonnés et très à court de nourriture. Ce sera une action digne de votre piété, Excellence, de prévoir cela en envoyant l’aumône à tous ces endroits. Veillez à ce qu’ils soient confiés à de bons pasteurs, qui apporteront du pain, du vin et un peu de viande pour que ces pauvres gens les ramassent aux endroits et aux heures qui leur sont indiqués… ou à quelque bon fidèle de la paroisse qui pourrait faire ça. Il y a généralement quelqu’un dans chaque zone capable de faire cet acte de charité, surtout s’ils n’ont pas à entrer en contact direct avec les pestiférés. »
  2. L’interprétation évangélique des événements par Vincent est rapidement passée au premier plan en ces temps de crise. En décembre 1657, pensant à onze membres de sa Famille qui avaient récemment perdu la vie, il écrivait : « Nous avons tant de missionnaires au ciel maintenant. Il n’y a pas lieu d’en douter, car ils ont tous donné leur vie pour la charité, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour le prochain, comme Notre Seigneur l’a dit et pratiqué. Ainsi donc, si nous avons perdu d’une part, nous avons gagné d’autre part car il a plu à Dieu de glorifier les membres de notre Famille, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, et les cendres de ces hommes et femmes apostoliques seront la semence d’un grand nombre de bons missionnaires. Telles sont, tout au moins, les prières que je vous demande d’offrir à Dieu. »
  3. Dans ses conseils aux membres de sa Famille sur la manière de servir en pleine épidémie, Vincent a choisi un juste D’une part, il les a exhortés à rester près des personnes atteintes de la peste et à ne pas les abandonner ; d’autre part, il a encouragé la Famille à respecter les mises en garde des autorités civiles et ecclésiastiques. Il dit à Etienne Blatiron, le supérieur de Gênes : « La seule chose que je vous recommande le plus sérieusement et ardemment est de prendre toutes les précautions raisonnables pour préserver votre santé ». Blatiron a pris de nombreux risques et est décédé de la peste en 1657. Vincent a écrit à Jean Martin, le supérieur de Turin : « Je crains que vous ne vous reposiez que peu de temps et que vous retourniez au travail si tôt. Au nom de Notre- Seigneur, veuillez modérer ce que vous faites et obtenir toute l’aide que vous pouvez ». Martin a survécu et servi énergiquement jusqu’en 1694.
  4. Il a élargi la définition du martyr pour inclure tous ceux qui ont vaillamment donné leur vie pour les pauvres et il n’a cessé de chanter leurs louanges. Parlant des Filles de la Charité, il a déclaré : « Un saint Père a dit un jour que quiconque se donne à Dieu pour servir son prochain et endure volontiers toutes les difficultés qu’il peut rencontrer en ceci est un Les martyrs ont-ils souffert plus que ces sœurs… qui se donnent à Dieu (et) sont parfois auprès de malades pleins d’infection et de plaies et souvent de fluides corporels nocifs ; parfois avec des enfants pauvres pour qui tout doit être fait ; ou avec de pauvres condamnés chargés de chaînes et d’afflictions… Elles sont bien plus dignes d’éloges que tout ce que je pourrais vous dire. Je n’ai jamais rien vu de tel. Si nous voyions l’endroit où s’est trouvé un martyr, nous ne l’aborderions qu’avec respect et l’embrasserions avec une grande révérence. Considérez-les comme des martyrs de Jésus-Christ, car elles servent leur prochain par amour pour Lui. »

Aujourd’hui, nous sommes confrontés au COVID-19, ce qui, pour la plupart d’entre nous, est une crise sans précédent. Comment pourrions-nous y faire face dans l’esprit de Saint Vincent ? J’ose suggérer trois actions, qui se font déjà d’une manière ou d’une autre. Ton équipe et toi, ainsi que les membres de toutes les branches de notre Famille, serez certainement en mesure de les développer davantage.

  1. Bénévolat. Les pauvres souffrent le plus de crises comme celle-ci. Souvent, ils se retrouvent sans emploi. Ils ont besoin de logement, de nourriture et d’autres services essentiels. De l’époque de Saint Vincent à nos jours, la longue histoire de notre Famille a été une réponse à de telles nécessités. On ne peut qu’admirer les médecins, les infirmières, les techniciens médicaux d’urgence, les visiteurs à domicile et autres qui continuent de servir ceux qui souffrent en ce
  2. Le marché boursier et d’autres indices économiques ont baissé de façon spectaculaire au cours de cette période. Certains prennent cela comme un signal qu’il faut éviter de donner. Pourtant, les besoins des pauvres sont d’autant plus importants dans des moments comme celui-ci. Pouvons-nous, en tant que Famille, continuer à manifester notre générosité envers les plus démunis ?
  3. Prière. Le pape François et de nombreux autres responsables religieux nous pressent de prier pour les victimes et pour une fin de la pandémie. Tomaz Mavric nous a écrit récemment pour lancer un appel similaire d’une grande sincérité. De belles prières ont été composées et circulent en ligne, comme celle du P. Jean-Pierre Renouard. En plus de cela, puis-je offrir cette suggestion simple de Saint Vincent : « Dieu lui-même nous dit :

« Une prière courte et fervente perce les nuages » (Si 35, 17). Ces fléchettes d’amour sont très agréables à Dieu et, par conséquent, sont fortement recommandées par les saints Pères, qui ont compris leur importance. C’est ce à quoi je vous exhorte, mes sœurs et frères ».

Merci, Mark, pour tout le travail que ton équipe et toi faites pour promouvoir l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais). Avec l’expansion du coronavirus, les besoins des personnes sans-abri sont plus que jamais aigus et un nombre croissant de personnes se retrouvent à la limite du sans-abrisme. Réfléchissant à un moment similaire dans la vie de Vincent, tel que décrit ci-dessus, l’un des principaux biographes du saint, le P. José-María Román, a écrit : « L’année 1657 a été une mauvaise année pour Vincent… Certains auraient pu être tentés de dire que le Seigneur accumulait les désastres sur Vincent pour tester son courage et sa vertu. Mais le vieil homme vigoureux a courageusement surmonté toutes ces adversités. Et il lui restait encore assez d’esprit pour lancer de nouvelles entreprises ».

Je suis convaincu qu’à l’exemple de Saint Vincent, notre Famille du monde entier relèvera le défi du coronavirus avec courage et créativité.

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Rappel à Dieu de Soeur Kathleen APPLER, Supérieure générale des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. Textes et célébrations.

Merci Sœur Kathleen pour ta bonté par laquelle j’ose terminer. Il me semble que s’il fallait te résumer en un seul mot c’est celui-ci que je choisirai. Aide-nous maintenant à être également des âmes de Dieu, bonnes et de paix dans la vie de tous les jours, pour bâtir ici et maintenant le Royaume de Dieu dans la joie du « toute donnée ». Sr Françoise Petit

CMission

Rappel à Dieu de Soeur Kathleen APPLER, Supérieure générale des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. Textes et célébrations.

Chers amis. Aujourd’hui 24 mars 2020, nous avons célébré le départ à la Maison du Père de Soeur Kathleen Appler, supérieure générale des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. Nous vous partageons les textes qu’ont éclairé les deux célébrations : l’une à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse (rue du Bac) et l’autre à la Chapelle Saint Vincent de Paul. Pour des raison de confinement nous n’avons pas pu participer (les missionnaires) à la célébrations des obsèques et les soeurs ont pas eu l’occasion d’avoir une Eucharistie. Donc, nous nous sommes réunis en un seul coeur : celui du Christ, Evangélisateur des pauvres et nous avons prié “ensemble” pour sr Kathleen et avec elle pour toutes les personnes souffrantes en ce moment, et pour tous ceux qui donnent leur vie pour le bien-être des tous… MERCI

 

PAROLES DE SOEUR FRANÇOISE PETIT, fdlc, lues en la chapelle de la Médaille Miraculeuse :

” Mercredi dernier à 7h du matin, Sœur Kathleen nous a quittées pour rejoindre le Seigneur. Elle était en paix et ne souffrait plus. La veille, elle avait pu encore dire « je ne comprends pas » mais quelques instants après, à trois reprises et avec sa fermeté habituelle qu’elle avait gardée même dans l’extrême faiblesse, elle a murmuré « j’accepte ». Sa maladie a été l’occasion d’un cheminement, une lutte qu’elle arrivait à ne pas faire porter à son entourage, un dépouillement qu’elle a accompli jusqu’à son dernier souffle.

Car Sœur Kathleen était à la fois une femme profondément humaine et une femme de foi. Bien sûr nous la pleurons comme toutes les Filles de la Charité du monde en tant que Supérieure générale mais aussi comme une Sœur parmi nous. Chacune ici, et dans sa Province d’origine aux Etats Unis, a son histoire avec elle et, à la vue de si nombreux courriers et témoignages reçus, il est clair que ses qualités ont été reconnues partout où elle est passée et quel que soit son service. Elle a été aimée et elle aimait chacune.

Elle est issue d’une famille nombreuse de l’état de New York. Certainement, elle y a puisé ses dons, tant spirituels qu’humains. Elle était très attachée à ses frères et sœurs, neveux et nièces. Une famille nombreuse, chrétienne et généreuse. Pourtant, dès le début de sa maladie elle a exprimé le désir de vivre jusqu’à la fin dans son pays de mission, c’est-à-dire la Compagnie tout entière, en restant ici à la Maison-Mère. Sa famille l’a compris et nous la remercions bien sincèrement. Nous mesurons le détachement qui leur est demandé.

Enracinée dans le Christ, elle avait une dévotion particulière à sainte Louise. Elle a beaucoup médité les textes de notre Fondatrice et aimait s’en inspirer. Prenons cette phrase qui s’accorde tellement avec ce qu’elle a vécu ces derniers moments : « Je me suis donnée à Dieu pour acquiescer à la conduite de sa Providence et vivre la fin du Carême en délaissement intérieur, et même en affliction, pour honorer l’état de Jésus Christ que la sainte Eglise nous représente ».

Elle est décrite par toutes et tous, comme une personne souriante, joyeuse, simple et humble. A plusieurs reprises pendant ces mois de la maladie, elle s’interrogeait : « Je veux bien accepter la volonté de Dieu, mais je veux vivre ». Elle aimait la vie.  Dans le quotidien de notre communauté nous avons pu souvent le constater. Elle était toujours prête à nous aider alors même qu’elle portait la charge de la Compagnie. Son plaisir, et notre intérêt, était d’imprimer nos cartes d’embarquement ! Elle cherchait la meilleure place dans l’avion pour nous. Elle savait aussi provoquer des petits moments de détente tout simples qui nous unissaient et nous renforçaient dans notre mission.

Elle a été longtemps enseignante et en avait les qualités : de la rigueur, de la précision et de la patience pour expliquer et redire sans cesse les mêmes choses.

Comme Supérieure générale, il est clair que lors de ses voyages, elle a marqué chaque Province par sa capacité d’écoute et son intérêt aux missions auprès des plus pauvres. Elle était habitée par nos frères et sœurs en situation de détresse et il était facile de lui partager les initiatives, la créativité dont nous étions nous mêmes les témoins dans chaque Province. C’était je crois sa priorité dans l’esprit et dans les faits. Elle était une Fille de la Charité avant tout, qui a su exprimer l’essentiel de notre vocation dans ses différents courriers, qu’elle voulait simples mais développés.

Ephata : franchir la porte, aller vers, rencontrer. Je crois que c’est ce chemin que Sœur Kathleen a parcouru d’une manière très concrète et en vérité tous ces derniers mois. Elle s’est ouverte au mystère qu’est l’annonce d’une maladie, a parcouru les différentes étapes de soin en gardant toujours l’Espérance, sûre de la présence de Dieu et enfin en pleine conscience, elle l’a rencontré en plénitude. Ecoutons encore une fois sa dernière invitation du 2 février : « Est-ce que je suis prête à vivre radicalement les vœux afin de m’ouvrir à l’Esprit transformateur, de me rapprocher du Christ et de me remettre réellement entre les mains de Dieu pour faire sa sainte volonté ? » Alors que nous allons renouveler nos vœux demain, c’est avec elle que nous allons redire « oui » au Seigneur. 

Merci Sœur Kathleen pour ta bonté par laquelle j’ose terminer. Il me semble que s’il fallait te résumer en un seul mot c’est celui-ci que je choisirai. Aide-nous maintenant à être également des âmes de Dieu, bonnes et de paix dans la vie de tous les jours, pour bâtir ici et maintenant le Royaume de Dieu dans la joie du « toute donnée ».

 

HOMÉLIE DU PÈRE BERNAD SCHOEPFER, CM (En la chapelle Saint-Vincent de Paul)

Aujourd’hui, Jésus nous dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Jn 12, 24

Quelques jours avant sa mort, Jésus annonce à ses disciples son départ en utilisant l’image du grain de blé tombé en terre. Le processus de la germination du grain de blé, de la croissance des jeunes plants est très habituel pour le monde agricole. Nous, les citadins, réfléchissons un peu sur le développement du grain enterré dans le terreau ou dans la terre : le grain traverse une période noire totale, sans lumière, il n’est plus lui-même, mais pendant cette période, il reçoit une autre nourriture : eau, engrais, minéraux du sol… qui l’aide à se transformer pour entrer dans la phase de la croissance, ensuite celle de la floraison. Un grain de blé peut nourrir des milliers de personnes en en donnant beaucoup d’autres. « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle ». (Jn 12, 24)

Chère Sœur Kathleen, au début de la session du mois de mars, qui s’intitulait : « Un temps pour nourrir et soutenir le désir de fidélité », vous  avez demandé à Sœur Françoise de nous partager ces paroles de sainte Louise : « Je vous dis donc tout simplement qu’il faut attendre dans la paix que la grâce produise en nous la véritable humilité qui, nous donnant connaissance de notre impuissance, nous la fasse avouer ». (Ecrits, p.91 – L.80) Le 18 mars à 7 h 00 du matin, vous êtes entrée dans la paix de Dieu, à l’âge de 68 ans, comme sainte Louise.

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. » Que veut dire alors mourir pour nous ? Cela signifierait-il de refuser de nous refermer sur nous-mêmes, de nous recroqueviller, et de faire tout pour nous ouvrir aux autres et à la parole de Dieu ? Mourir de cette manière, ce serait libérer toutes les forces d’amour qui sont en nous et que nous contenons à force de peurs, d’égoïsme, de méfiance ?

L’appel au « confinement dans nos maisons » peut nous aider, si nous le voulons, à contempler à nouveau la beauté de nos frères et sœurs ; à comprendre que la vie sans solidarité ni coresponsabilité n’est pas la vraie vie ; à grandir dans la foi en notre Dieu : « Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ?  Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu ! » (Ps 41, 12)

Dans une lettre à Sœur Kathleen au Ciel, le Père Tomaž faisait l’éloge de votre manière d’être et de vivre votre vocation de Fille de la Charité. Il disait : « Vous avez été et vous êtes pour moi l’exemple d’une personne qui a vécu au maximum les vertus de simplicité, humilité et charité. J’ai toujours apprécié votre soutien, votre collaboration profonde, votre proximité. J’aime la manière dont vous terminiez toujours vos lettres : « L’union dans la prière ! »

Le grain de blé, le gland du chêne, la graine quelle qu’elle soit, meurent-ils vraiment lorsqu’ils sont enfouis en terre, au sens de finir et de disparaître ? Je les vois plutôt s’ouvrir, éclater, libérer toutes les forces de vie qui sont en eux et renouveler chaque fois cette sorte de miracle : faire naître d’un grain un épi, lourd et blond, faire surgir d’un petit gland un immense chêne.

Elle est simple et belle, mais surtout riche et évocatrice de sens cette image du grain de blé déposé en terre que Jésus utilise pour parler de sa mort. Une telle façon d’envisager sa mort, ou plutôt de remettre sa vie, ne peut qu’exprimer un amour total, intense, ultime. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Avec le psalmiste nous osons chanter : « Tu m’as montré, Seigneur, la route de la vie ; en ta présence, la joie est sans mesure ». Ps 15,11

Chère Sœur Kathleen dans votre dernière lettre du 14 mars vous avez invité vos sœurs à relire et méditer la Constitution 15a : « Qui cherche à suivre Jésus Christ, rencontre celle qui l’a reçu du Père : Marie, première chrétienne, consacrée par excellence, présente à la vie de la Compagnie depuis le commencement ». Et en fin de la lettre vous nous avez encouragés à ne pas douter : « Si réellement nous essayons de mettre nos pas dans ceux de Marie et de vivre comme elle toutes nos expériences d’Ephata alors, ne doutons pas qu’elles porteront du fruit pour nous-mêmes et pour les pauvres ».

Laissons encore résonner en nos cœurs ces paroles de Jésus : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ».

Jésus se dépose dans notre terre, il s’offre même en nourriture, en pain partagé, afin que, communiant à son amour et à sa vie, nous soyons à notre tour vie donnée et partagée. Il ne sera plus un grain de blé seul, nous serons grains de blé avec lui, pour devenir un pain partagé pour la vie de nos frères et nos sœurs les plus fragiles.

Chère Sœur Kathleen, aujourd’hui, vous vivez votre Pâques. Vous nous accompagnez d’une manière différente mais toujours aussi présente. Nous retenons de vous cet héritage : votre détermination et votre courage dans le service malgré la maladie. Courage fondé sur l’Espérance et la Providence.

Pour conclure cette méditation, je reprends vos paroles de l’allocution finale à l’Assemblée générale le 12 juin 2015 (Echos n° 3) : Choisir d’oser vivre simplement et radicalement, d’oser vivre unies dans la communion, d’oser vivre la compassion de Jésus sera la lumière qui va éclairer notre chemin et qui fera disparaître l’obscurité et réduira les zones d’ombre qui risquent de nous empêcher d’avancer. Je crois que notre vie authentique de servantes des pauvres va permettre à quelque chose de neuf et d’audacieux de s’épanouir ! Osons vivre pleinement la richesse de l’universalité de notre charisme en trouvant le Christ dans les pauvres et les pauvres dans le Christ !

 

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175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Près de 150 personnes avaient pris place dans la chapelle Notre-Dame de grâce, ce 2 mars, dans la rue Fondary pour la célébration du deuxième jour du triduum des 175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Bernard Massarini

175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul

Près de 150 personnes avaient pris place dans  la chapelle Notre-Dame  de grâce, ce 2 mars, dans la rue Fondary pour la célébration du deuxième jour du triduum des 175 ans de la fondation des religieux de saint Vincent de Paul.

9 prêtres entouraient le Père  provincial de France et le provincial d Afrique de l’Ouest et moi-même ainsi que deux servants de messe pour la procession d’entrée. Célébration simple animée par un chœur qui favorisait l’action de grâce.

Dans son homélie, le père provincial nous a rappelé que l’appel à la charité était le chemin ordinaire du disciple de Jésus, qu’un chrétien sans charité est une personne sans cœur, un chrétien en peinture selon les dires de Monsieur Vincent : « …Tous les hommes composent un corps mystique ; nous sommes tous membres les uns des autres. On n’a jamais ouï qu’un membre, non pas même dans les animaux, ait été insensible à la douleur d’un autre membre ; qu’une partie de l’homme soit froissée, blessée ou violentée, et que les autres ne s’en ressentent pas. Cela ne se peut. Tous nos membres ont tant de sympathie et de liaison ensemble que le mal de l’un est le mal de l’autre. A plus forte raison, les chrétiens, étant membres d’un même corps et membres les uns des autres, se doivent-ils de compatir. Quoi ! Être chrétien et voir son frère affligé, sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! C’est être sans charité ; c’est être chrétien en peinture ; c’est n’avoir point d’humanité ; c’est être pire que les bêtes » (XII, 271). Il souligne que pour Jean-Léon Le Prevost, fondateur de leur Congrégation, aidé de Maurice Maignen et Clément Myionnet, cette charité est la marque de leur vie.  Ce 2 mars étant l’anniversaire de la première journée de patronage, le Père provincial nous a cité les impressions des premiers Frères face à des enfants  vivant dans une pauvreté repoussante, grossiers et indisciplinés. Guidés par la foi, embrasés de l’amour du Christ, ils vont déplacer des montagnes. Ainsi va naître la Congrégation des Religieux de st Vincent de Paul, composée de frères laïcs que des prêtres viendront rejoindre par la suite.

Tous après avoir rendu grâce avec Marie sont invités  à rejoindre une salle où nous attend un apéritif dinatoire et où vont se retrouver avec les Religieux de plusieurs nationalités, des fidèles de la chapelle et des autres œuvres RSV, des collaborateurs et amis ainsi que des animateurs des patronages.

Puis lentement nous sommes dirigés vers une des salles du patronage pour la table ronde réunissant autour de Louis Daufresne,  rédacteur en chef de radio Notre-Dame,  le frère Alexis Kleiner qui vient de rédiger le “Prier quinze jours avec Jean-Léon Le Prévost”, le R.P. Bernard Pitaud, sulpicien, spécialiste de l’École française, Laurence Munoz, vice-présidente de la Fédération Sportive et Culturelle de France à laquelle sont affiliés les patronages RSV, et Martin Choutet, co-fondateur de l’Association Pour l’Amitié connue pour son service de collocation solidaire.

L’animateur ouvre en nous rappelant que nous allons être situés au cœur du XIXe siècle et de l’émergence des questions sociales que l’Eglise aura soucis d’accompagner tant par des paroles que des œuvres. C’est le frère  Kleiner qui nous fait mieux découvrir Mr le Prévost. Son père était chef de fabrique (président du conseil économique) donc croyant et pratiquant fidèle. En cette première moitié du XIXème siècle la France sort de la tourmente révolutionnaire. On réouvre les églises au culte. Lorsqu’il se présente sur Paris, Jean-Léon Le Prevost fréquente les salons où il côtoie des personnalités telles que Montalembert et Victor Hugo. Il  rejoint le groupe de jeunes étudiants qui s’est constitué autour de Frédéric Ozanam et propose de mettre cette “conférence de la charité” sous le patronage de saint Vincent de Paul. Il s’agit de mettre la charité en œuvre pour montrer la pertinence de la foi chrétienne à la société anti-religieuse qui s’organise. Jean-Léon Le Prevost entend l’appel à se mettre au service de la jeunesse des classes ouvrières pauvres et participe à la dynamique qui mettra en œuvre les premières lois sociales les concernant en 1862. Si les enfants travaillent pour garantir les faibles économies familiales, il faut préserver leur aptitude à s’instruire. C’est donc avec l’aide de deux autres compagnons, Clément Myionnet et Maurice Maignen, qu’il fonde une Congrégation de frères et de prêtres à laquelle sont associés les laïcs pour servir et évangéliser les pauvres.

Il s’inscrit dans la dynamique de Saint Vincent de Paul comme nous le rappelle le Père Pitaud, à une époque ou la richesse était bénédiction et la pauvreté un statut social qui allait bénéficier de l’aumône pour vivre en harmonie, assuré de la providence divine. Monsieur Vincent va entendre l’appel de Jésus à se faire le proche des pauvres. Et dans la société, les pauvres vont devenir ses maîtres et ses seigneurs. Il met les dames riches à leur service et créé les Filles de la Charité pour qu’elles deviennent les “domestiques des pauvres” à l’image des riches qui ont les leurs. Il a le génie de l’organisation et répond à tous types de pauvretés (enfants abandonnés, personnes âgées, prisonniers etc…) prolongeant ainsi la mission de Jésus.

Puis Madame Munoz nous retrace l’histoire de la fédération des associations sportives et culturelles de France qui ont regroupées jusqu’à 4500 patronages. Nées dans l’après-guerre, elles visent à offrir aux jeunes des espaces pour se construire des personnalités fortes et harmonieuses ; elles s’inscrivent dans la dynamique du catholicisme social. Ces patronages vont progressivement se spécialiser dans les activités sportives devenant des clubs attractifs porteurs d’un projet pédagogique marqué par les valeurs chrétiennes. Dans les années 1960, l’épiscopat mettra davantage l’accent sur les mouvements d’action catholique, ce qui aura pour conséquence la perte de vitesse des patronages.

Dans les années 1980 le cardinal Lustiger, pressentant la nécessité d’espaces où pourrait être présentée la foi chrétienne dans un cadre d’animation, crée la fédération des associations culturelles, éducatives et de loisirs, relançant la magnifique expérience qui jusqu’à ce jour est en grand dynamisme.

La FSCF quant à elle va choisir de retrouver ses fondamentaux en proposant une charte GPS (guide de proposition de sens)  qui lui permettra de reprendre sa mission d’éducation intégrale, sortant de la seule culture sportive qui s’était progressivement transformée en culture de la réussite au lieu d’être une culture de la rencontre.  

Enfin nous parle Mr Choutet fondateur de l’Association Pour l’Amitié connue pour ses collocations solidaires qui permettent à des personnes à la rue de retrouver un lieu de vie en compagnie de personnes insérées en recréant des espaces de confiance et renouant le tissu social défait par la vie errante.

Depuis peu cette association développe aussi des repas partagés les dimanches dans 7 paroisses parisiennes permettant aux personnes seules de vivre leur déjeuner du dimanche autrement, et des sorties de tourisme culturel ou spirituelles associant des personnes en difficulté avec d’autres membres de communautés chrétiennes. Martin Choutet rappellera que malgré le droit au logement reconnu pour toute personne humaine nous avons en France 50.000 personnes qui chaque soir dorment en hôtel et de nombreuses personnes déplacées qui vivent en grande précarité aux portes de nos villes.

Suit un débat qui fait ressortir que les patronages sont une institution dynamique, 2 par an sont créés à Paris. Ils répondent en même temps aux besoins des familles surchargées dans les rythmes de travail et sont des lieux de transmission de la culture (apprentissage des règles de la vie commune) et spirituelle (transmission du message chrétien). Sollicité pour nous résumer l’héritage de Mr le Prévost, le frère Kleiner nous parle de la bienveillance qui devra toujours caractériser quelqu’un désirant s’engager dans ses pas. Cette qualité permet de découvrir en chacun la perle rare dont il est porteur et qu’il peut offrir à tous pour la construction d’une société fraternelle. Faisant en sorte que le Royaume de Dieu dont Jésus s’est fait le propagateur puisse se déployer.

Les derniers mots reviendront au supérieur général qui présentera les novices qui vont continuer à porter le charisme et remercie tous les coopérateurs rappelant que la congrégation désormais présente aussi au Canada, en Afrique et au Brésil va continuer à déployer ces splendides intuitions qu’ont su porter des chrétiens en période troublée.

 

LIEN IMPORTANT : https://www.paris.catholique.fr/pelerinage-pour-les-175-ans-des.html

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La rencontre des délégués de la famille vincentienne à Rome. 7-12 Janvier 2020

Une première dans notre famille, quatre jours pour comprendre notre histoire, écouter ce que déjà nous vivons, approfondir le sens de notre charisme et finalement proposer des voies pour progresser afin d’offrir un service efficace des plus pauvres afin que l’Evangile de Jésus soit porté aux périphéries de l’Eglise et du monde.

Bernard Massarini

La rencontre des délégués de la famille vincentienne à Rome. 7-12 Janvier 2020

Nous étions près de 200 personnes de 97 branches de la Famille Vincentienne réunis à Rome du 7 au 12 janvier 2020 par le Bureau international de la Famille Vincentienne. Une première dans notre famille : quatre jours pour comprendre notre histoire, écouter ce que déjà nous vivons, approfondir le sens de notre charisme et finalement proposer des voies pour progresser afin d’offrir un service efficace des plus pauvres pour que l’Évangile de Jésus soit porté aux périphéries de l’Eglise et du monde.

La rencontre s’est ouverte par l’audience du pape. Il nous a accordé un temps de photo à l’issue de sa catéchèse. L’après-midi a ouvert la rencontre par deux conférences : celle du Père MALONEY, ancien supérieur général des Lazaristes, qui a mis en route cette aventure commune et une de l’actuel supérieur Général, le P. Tomaz MAVRICK qui nous a donné des orientations à vivre pour que la Famille Vincentienne développe la richesse du charisme que l’Eglise lui a confié.

C’est en 1994, lors d’une visite des lazaristes au Mexique, que le Père MALONEY aura la joie de découvrir avec les Pères de la Mission, les Filles de la Charité, ce qu’il avait l’habitude de rencontrer lors de ses visites mais cette fois, ils lui ont donné l’occasion de rencontrer la Société Saint-Vincent-de-Paul, les Equipes Saint-Vincent (AIC) et la Jeunesse Mariale Vincentienne. La découverte de cette solide collaboration fait prendre conscience du  dynamisme de ces divers acteurs animés de l’esprit laissé par Saint Vincent au Mexique. C’est cette prudence audacieuse alliant amour des pauvres et  attachement indéfectible à Jésus-Christ qui caractérisait Vincent. Fort de cela, le Père MALONEY va proposer l’année suivante, à Rome, que se retrouvent le président international de la Société Saint-Vincent-de-Paul, la Président des AIC et la Supérieure Générale des Filles de la Charité. C’est l’occasion pour chacun des responsables de dire leur joie de découvrir qu’en Eglise, ils vivent le même charisme, chacun dans sa tradition propre. Ils repartiront après avoir vécu un moment avec le Pape Jean-Paul II, heureux d’entendre que les vincentiens étaient disposés à mettre leur charisme au service de l’Eglise. Ils repartiront avec une intuition à manifester ensemble : ils établiront une date annuelle de fête et créeront une prière pour avoir une force commune.

Puis le Père MAVRICK, actuel supérieur général des prêtres de la mission et coordinateur de la Famille Vincentienne,  nous a partagé la joie de constater ce grand dynamisme que nous sommes au cœur de l’Eglise et il nous a invité à approfondir la formation à la spiritualité, à veiller à conserver le charisme dans toutes nos institutions d’éducation où la présence des religieux et religieuses diminue, à veiller au service intégral de la personne dans nos institutions de santé, à continuer à promouvoir des initiatives pour aider à sortir de la misère et améliorer nos réponses aux situations de catastrophes naturelles.  

Nous avons vu qu’il faudra attendre 2015 pour que le premier Bureau de la Famille Vincentienne voie le jour et que s’organise cette dynamique souhaitée depuis 20 ans déjà. Elle est composée d’un Bureau formé des 4 branches historiques (AIC, Lazaristes, Filles de la Charité, Société Saint Vincent de Paul) et de 4 branches rotatives pour des mandats de 3 ans. Il est assisté par le Bureau du comité exécutif qui coordonne le travail des commissions : communication, charisme, collaboration, changement systémique, sans-abris depuis le symposium 2017. Il nous a été demandé d’insister sur la communication entre nous afin que nous entrions davantage dans une ère de communion en approfondissant notre chemin commun.

La Famille Vincentienne est aujourd’hui présente dans 158 pays sur les 197 reconnus par l’ONU. Elle s’est  déjà dotée de 120 conseils nationaux dont 46 animés par des frères ou prêtres de la Congrégation de la Mission, et 20 par des religieuses de plus de 15 congrégations. Parmi les 54 autres conseils nationaux, la moitié sont animés par des laïcs des divers mouvements et associations vincentiennes. Il s’agit donc d’une famille en action et dynamique qui a besoin de solides bases communes pour déployer la richesse des services qu’elle propose de par le monde.

Le second jour, ce fut la culture des vocations qui a été abordée. Nous nous sommes interrogé sur la façon dont nous pouvons transmettre l’appel au service comme vincentiens, en sachant témoigner de la joie de vivre et en invitant celles et ceux qui nous entourent à partager nos activités, nos temps de prière et peut-être en faisant bénéficier de nos lieux de vies pour que les personnes puissent s’ancrer dans le chemin vincentien. La table ronde qui suivra fera échanger un jeune d  la Jeunesse Mariale Vincentienne du Liban, une avocate Haïtienne au service des projets de développement, un frère d’une communauté aux USA et une sœur anglaise. Ils nous ont permis d’entendre à nouveau le murmure de Jésus qui a invité au creux de leurs rencontres du quotidien ces sœurs et ces frères à faire un pas de plus pour répondre à son appel au service des plus fragiles.

L’après-midi a été consacré à la transmission du charisme et les difficultés rencontrées. Le Père MAVRICK nous exposera l’appel du frère Aloïs, prieur de la Communauté de Taizé. Honorant l’appel du frère Roger, fondateur de la communauté, l’ancienne supérieure générale des Filles de la Charité avait offert quelques sœurs pour le service des jeunes. Elles n’ont pu demeurer, et la communauté sollicite la Famille vincentienne pour qu’elle propose des frères ou des sœurs pour prendre en charge l’infirmerie de ce lieu d’évangélisation de plus de 40.000 jeunes du monde entier annuellement. Puis ont été évoqué les saints et bienheureux de la famille en vue de l’élaboration du lectionnaire de la Famille Vincentienne. S’en est suivie une réflexion sur la continuité du charisme sans la présence des religieux et religieuses avec l’exemple de la Hollande. Le samedi a été consacré à penser notre façon d’affermir le déploiement de la famille et sur la façon de la rendre présente sur le net. 

Nous avons ensuite évoqué le festival de films qui a eu lieu l’année suivant l’anniversaire des 400 ans du charisme à Castel-Gondolfo, ce qui a révélé une richesse de création cinématographique durant le synode des évêques sur les jeunes. Il avait pour thème « la mondialisation de la charité ». De nombreux courts-métrages et films ont été réalisés. Nous avons eu la joie de voir deux courts-métrages qui nous ont présenté deux situations en Europe : la crise économique en Espagne et la situation des migrants. Puis ce fut au tour de l’alliance pour les sans-abris lancée lors du symposium de 2017, qui avec la délégation vincentienne à l’ONU s’est proposée de trouver 10.000 logements stables pour des sans-abris. Il faut saluer l’efficacité de nos réseaux qui depuis octobre 2017 ont déjà trouvé 8600 logements pour des personnes seules et des familles. Nous entendons que le fondement de notre charisme n’est pas dans la défense de valeurs, mais bien dans l’acceptation à nous laisser bousculer par l’Évangile qui rejoint tout homme et tout l’Homme. Cette dignité n’est pas liée à la performance individuelle mais doit prendre en compte l’histoire, les relations, la dimension familiale et sociale de la personne accueillie.

Les échanges en groupes linguistiques ont aidé à soutenir, préciser et donner des éléments que le Bureau pourra utiliser pour continuer son action de soutien de la grande dynamique de service des pauvres dans laquelle nous sommes engagés en Eglise. Nous venons de vivre un symposium riche en rencontres, en échanges : il nous a aidé à préciser, à approfondir notre identité, tout en envisageant des outils pour ce nouvel espace missionnaire de notre Eglise. La charité du Christ nous presse, nous sommes conscients que la dignité de l’homme n’est pas une idéologie mais un combat. Sans jamais renoncer, nous aimerons corporellement et spirituellement les plus fragiles qui nous serons présentés pour que la Bonne Nouvelle de Jésus soit effective.

Bernard MASSARINI, c.m. au nom de l’Archiconfrérie de la Sainte-Agonie

 

Bernard MASSRINI c.m. au nom de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie

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