2e Dimanche de l’Avent. Préparez. “Préparez le chemin du Seigneur, rendez droites ses sentiers”. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Pendant tout l’Avent, nous entendons parler de la venue du Seigneur et de l’attitude qui convient pour ne pas manquer sa visite. Il me semble que les textes qui sont proposés par la liturgie, durant ces quatre dimanches, nous dictent quatre attitudes : veiller, préparer, espérer, écouter (une par dimanche). Quatre mots, mais ce sont des verbes actifs, car il faudra le faire. Alors, dimanche dernier, le premier dimanche de l’avent, nous étions invités à « veiller ». Aujourd’hui, le deuxième dimanche, nous sommes invités à préparer. « Préparez le chemin du Seigneur. »

Pierre Hung VAN NGUYEN

2e Dimanche de l’Avent. Préparez. “Préparez le chemin du Seigneur, rendez droites ses sentiers”. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs : Pendant tout l’Avent, nous entendons parler de la venue du Seigneur et de l’attitude qui convient pour ne pas manquer sa visite. Il me semble que les textes qui sont proposés par la liturgie, durant ces quatre dimanches, nous dictent quatre attitudes : veiller, préparer, espérer, écouter (une par dimanche). Quatre mots, mais ce sont des verbes actifs, car il faudra le faire. Alors, dimanche dernier, le premier dimanche de l’avent, nous étions invités à « veiller ». Aujourd’hui, le deuxième dimanche, nous sommes invités à préparer. « Préparez le chemin du Seigneur. »

Nous allons garder ce mot : PREPARER. C’est le temps pour préparer le chemin du Seigneur, enlever les obstacles à sa venue.

D’abord, nous nous arrêtons sur la première lecture du prophète Isaïe, il nous donne un message plein d’espoir. Dans une vie si difficile et pleine des ténèbres, il semble que Dieu est absent, ou Dieu abandonne l’homme. La voix du prophète Isaïe, proclame que Dieu est tout proche pour accomplir sa promesse, Il vient rétablir la justice et la paix. Notre temps est loin du temps du prophète Isaïe, mais nous devons encore écouter et espérer son message. Les hommes aujourd’hui veulent jeter Dieu, mais Dieu, ne peut pas abandonner l’homme aux tragédies qu’il créé lui-même. La puissance infinie de Dieu a toujours un moyen de surmonter les choses négatives dans l’histoire humaine et réaliser son plan de salut. Le prophète Isaïe a annoncé au peuple d’Israël qui a vécu dans les ténèbres, et nous donne aujourd’hui le visage d’un Dieu, Rédempteur dont tous les hommes ont besoin, Isaïe dit dans la première lecture : “Le Seigneur juge les pauvres avec sa justice” (cf. Is 11, 1-10). Ce sont les principales caractéristiques d’un Dieu dont tout être humain de tous les temps a besoin, un Dieu juste dans son jugement et son amour, car il vient établir une vie paisible et harmonieuse, pour les humains. Cette vie a été proclamée par le prophète Isaïe à l’image de l’environnement, dans lequel les loups vivent avec des moutons, les enfants jouent avec des animaux sauvages. C’est le don suprême que Dieu donne aux hommes pour vivre en paix. Mais du côté humain, ils doivent savoir comment changer leur vie et retourner à Dieu, pour recevoir le Don de Dieu, pour obtenir son salut.

Dans ce contexte, L’Evangile aujourd’hui nous rappelle le message de Jean Baptiste, il nous invite à une conversion : « Préparer le chemin du Seigneur », mais quel chemin? Commençons par le plus évident. Le chemin qu’il faut préparer, passe d’abord par notre propre cœur. “Convertissez-vous” dit Jean-Baptiste. Se convertir, c’est se retourner vers Dieu et vers les autres. Reprendre le chemin ou bien changer de chemin, si l’on s’est égaré. Chacun sait bien ce à quoi cela lui fait penser dans sa vie. Se convertir, vous le savez, c’est sérieux. Se convertir. C’est se décider à redonner à la relation avec Dieu et avec les autres plus de force et de chaleur, enlever les obstacles à sa venue dans notre vie. Ainsi, une conversion véritable nous demande à la fois « changement de direction, » et « correction de notre pensée et de notre agir. »

Ne nous rassurons pas trop vite. Certains diraient : “Nous sommes de fidèles pratiquants depuis toujours”. Vous savez, Jean-Baptiste s’adressait aussi à d’honnêtes pratiquants, des Pharisiens et des Sadducéens, et pourtant, il les mettait sérieusement en garde.

Jean Baptiste leur dit :“N’allez pas dire en vous-mêmes, nous avons Abraham pour père . Car, je vous le dis, avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham”. N’allons pas dire en nous-mêmes : “notre pratique religieuse est bien enracinée”, car si elle ne germe pas, si elle ne porte pas de fruits, elle va être coupé et jeté au feu. Notre conversion doit porter du fruit. Ceux qui accueillent le Christ sont voués à changer leur vie et à changer le monde.

Alors, si nous voulons maintenant que notre chemin soit tracé dans nos vies, si nous voulons également qu’il soit tracé au milieu de ce monde, alors il nous faut prendre au sérieux l’appel à la conversion que nous lance Jean le Baptiste ce matin. Bien sûr, les soucis du quotidien, la réforme de gouvernement, le mouvement social, la grève et la manifestation tout le temps, particulièrement en ce moment, ainsi la maladie, la peur, le découragement et tant d’autres obstacles viennent parfois brouiller l’horizon vers lequel nous marchons. N’ayons pas peur, soyons persévérance comme  saint Paul nous invite dans la deuxième lecture.

Au moment de préparer Noël, aurons-nous la force de redonner la priorité de notre amour aux préférés de Jésus ? Au loin ou tout près de nous, il y a encore tant de frères et sœurs qui sont malades, pauvre et âgés à consoler, qu’ils ont besoins de nous, par un peu de pain partagé, par une visite, par une parole consolation, par une sourire, par un brin d’amour gratuit.

Mes frères et sœurs, vous savez bien que nous sommes tous pécheurs, nous avons besoin de conversion, une conversion au fond du cœur, un vrai retour vers Dieu et vers les autres. Méditations, pour voir s’il y a des obstacles en nous et dans notre société qui nous empêchent de venir vers Dieu et vers les autres.

À l’écoute de l’Esprit saint, préparons le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers et nous verrons le salut de Dieu. Amen.

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Homélie du Deuxième dimanche de l’Avant. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance. Les premiers, proposent de vivre « des attentes et non pas en attente », de se contenter des petits espoirs mais n’apprennent pas à vivre dans l’espérance. Ces prophètes de malheur divisent l’humanité, paralysent les cœurs et n’apportent surtout pas la paix.

Roberto Gomez

Homélie du Deuxième dimanche de l’Avant. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Frères et sœurs : « Nous avons besoin de prophètes » ! « Notre Monde souffre du manque de vrais prophètes » !

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance. Les premiers, proposent de vivre « des attentes et non pas en attente », de se contenter des petits espoirs mais n’apprennent pas à vivre dans l’espérance. Ces prophètes de malheur divisent l’humanité, paralysent les cœurs et n’apportent surtout pas la  paix. C’est tout le contraire du monde réconcilié décrit par le prophète Isaïe dans la première lecture: « Le loup habitera avec l’agneau , le léopard se couchera près du chevreau,  la vache et l’ourse aurons même pâturage, le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère, l’enfant éteindra la main… ». Les faux prophètes divisent l’humanité, créent le chaos et la confusion, opposent les hommes  les uns contre les autres.  Et nous ? Nous nous laissons souvent tromper parce par ces « charmeurs de serpents » qui utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et suscitent l’affrontement des hommes les uns contre les autres. Au lieu de proposer un chemin, un long et patient chemin, « ils nous offrent une multiplicité de sentiers qui ne conduisent pas à un but certain et qui prennent plutôt l’aspect d’un labyrinthe » (pape François, La Lumière de la foi, n° 13).

Jean-Baptiste, l’ultime voix des prophètes de l’Ancien Testament est chaque année le personnage du deuxième dimanche de l’Avent. C’est bien pour cela que évangile de ce jour ne met pas en scène Jésus, mais Jean-Baptiste : son message se résume dans une proclamation : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ». La conversion est un long chemin, est un pèlerinage intérieur qui suppose la rencontre avec Dieu.

Pour appeler à la conversion, Jean-Baptiste, habillé comme les prophètes de l’Ancien Testament, se situe dans le désert. Pourquoi Jean-Baptiste crie précisément en plein désert ? Parce que le désert dans la Bible ne se réduit pas dans un lieu géographique mais il symbolise un itinéraire, un voyage intérieur et profond ; il désigne un état d’âme rendant possible que Dieu parle droit au cœur : c’est le silence du désert qui donne à la voix de Dieu l’espace de  son cri, comme dit le poète. C’est là, en plein désert, dans l’inconfort, en pleine expérience du manque, que la voix du Dieu est saissante :  «  A travers le désert une voix crie : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Lorsque l’on prend conscience de son propre désert intérieur alors on désire la paix, le repos. Lorsque l’on prend conscience de nos propres solitudes nos âmes cherchent des sources vives, des oasis pour reprendre des forces neuves et continuer le chemin.

Le temps de l’AVENT est beau ! C’est le temps du désir…  Désir d’un visage nouveau. Le visage d’un Dieu déconcertant de tendresse et de pauvreté. Le Visage de l’enfant Jésus de la crèche qui nous attendri, nous désarme et en même temps nous dépouille.  Oui, le désert spirituel à partir duquel nous parle Jean Baptiste nous fait prendre conscience de nos pauvres déserts. Notre monde traverse de déserts, notre église elle-même vit de déserts. Et tant que nous ne prendrons pas conscience de nos propres déserts, nous nous installons, nous ne cherchons pas une autre chose, nous nous y résignons. 

Le prophète Jean-Baptiste invite aussi à cheminer : « préparez le chemin du Seigneur, rendrez droits ses sentiers ». Le peuple de Dieu n’a jamais été aussi fécond que lorsqu’il marchait. Le peuple de Dieu a grandi dans la foi en marchand. Le peuple de n’a pas connu Dieu avec leur têtes mais avec leurs pieds (Gustavo Gutierrez). Pour se convertir il faut se déplacer ! C’est pour cela que l’évangile d’aujourd’hui nous invite précisément par la voix du prophète, à faire chemin, à cheminer, à aller à la rencontre du Seigneur qui vient. Et pour ce faire, le prophète invite encore à produire « un fruit digne de la conversion », des fruits concrets de justice. Nous ne serons pas des disciples du Christ si nous nous installons, si nous nous conformons à nos pauvres déserts. Nous ne serons pas des véritables amis de Jésus si nous n’aspirons pas à une autre chose plus grande et meilleure, si nous n’aspirons pas à de rêves qui nous dépassent, des rêves qui nous relèvent et rendent possible que nous nous mettions débout tout en continuant notre chemin.

Produisez des fruits de justice en vous convertissant ! Aujourd’hui notre société est bouleversée à cause de la pauvreté et de l’injustice. Cependant on veut nous faire croire que la seule pauvreté qui nous abîme est la pauvreté sociale. Il y a une autre pauvreté qui nous réduit en esclavage et à la servitude : c’est la pauvreté spirituelle et le manque de transcendance. Il n’y a pas que la pauvreté sociale à vaincre, il y a aussi la pauvreté spirituelle  qui doit être surmontée.

Le prophète et l’évangile de ce jour nous rappelle notre propre baptême. Jean baptisait dans l’eau et Jésus le prophète des prophètes baptise dans l’esprit et le feu. C’est-à-dire que la face de la terre sera renouvelée et nous serons à notre tour purifiés et renouvelés. La prière de l’ouverture de la Messe de ce jour suppliait le Dieu miséricordieux de ne pas laisser entraver notre marche à la rencontre du Christ à cause des soucis de nos tâches présentes. Nous sommes invités par contre à entrer dans la propre vie du Christ, dans son propre itinéraire afin d’accueillir Dieu qui se rend visible à travers le visage de son Fils bien-aimé.

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Homélie pour le dimanche, 24 novembre 2019. Fête de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Nos lectures d’aujourd’hui nous donnent plusieurs images de rois, alors comment comprenons-nous ce que c’est un roi ? Comment pouvons-nous concevoir notre Seigneur Jésus Christ, comme il est nommé dans le titre de la fête de l’Église qu’on célèbre aujourd’hui, comme un roi, le roi de l’univers ?

Warren Schmidt

Homélie pour le dimanche, 24 novembre 2019. Fête de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Nos lectures d’aujourd’hui nous donnent plusieurs images de rois, alors comment comprenons-nous ce que c’est un roi ? Comment pouvons-nous concevoir notre Seigneur Jésus Christ, comme il est nommé dans le titre de la fête de l’Église qu’on célèbre aujourd’hui, comme un roi, le roi de l’univers ?

Le deuxième livre de Samuel nous présente aujourd’hui une première image d’un roi, celle de David, le roi d’Israël. « Tous les anciens d’Israël » sont attirés à Hébron, où siégeait le roi David, pour que David fasse alliance avec eux. Ces alliances entre David et les anciens de son peuple Israélite d’abord, puis sans doute d’autres alliances entre David et les nations autour d’Israël, assureraient la paix et la sécurité de la nation d’Israël, à l’intérieur d’elle-même et vis-à-vis les nations voisines d’Israël. C’est-à-dire qu’un bon roi, comme David, pouvait (ou même devait) fonctionner pour assurer la paix pour son peuple et de tout le monde.

La lettre de St. Paul aux Colossiens, de laquelle vient notre deuxième lecture d’aujourd’hui, fut écrite à une communauté chrétienne de l’Église primitive pour les évangéliser et augmenter leur espoir durant une période (probablement) de persécution des premiers Chrétiens par l’Empire romain. Il est probable que St. Paul, quand il écrivait sa lettre aux Colossiens, n’avait pas encore rencontré les Chrétiens des Colosses auxquels il écrivait. St. Paul s’est même peut-être adressé aux Colossiens pendant qu’il était emprisonné ; les biblistes ne sont forcément sûrs de ces détails. Néanmoins, il nous semble à partir du début de la lettre aux Colossiens que les Colossiens avaient une idée de ce que c’était un roi. Une image puissante d’un roi que les Colossiens auraient pu avoir dans l’imagination, c’était celle de l’Empereur romain ou des représentants locaux du César de Rome. Leur image dominante d’un roi aurait vraisemblablement été quelqu’un qui montrait son pouvoir politique et militaire, brutalement de temps en temps, sur un vaste territoire.

C’est à ce peuple colossien, avec ces images prédominantes de ce qu’était un roi, que St. Paul propose une autre image d’un roi ; un roi dont « la primauté » sur tout autre roi, y compris l’empereur de Rome, vient du fait qu’il a souffert et est mort librement pour le salut de son peuple. Si on y pense bien, le propos de St. Paul, que ce Jésus Christ soit le roi au-dessus de tout roi, non pas malgré mais á cause de sa mort sur une croix pour le salut de son peuple – pour notre salut- c’est ridicule ! Un vrai roi ne se soumettrait pas à une telle mort, une mort ignoble sur une croix, même pour le bien de son peuple. Mais c’est en effet ce que St. Paul veut que nous considérions comme l’image proéminente d’un roi : Jésus crucifié, le roi au-dessus de tout roi, de tout être visible et invisible ; au-dessus de toutes « puissances, principautés, souverainetés, dominations », par qui et pour qui tout est créé ; celui qui est « avant toute chose », en qui « tout subsiste ».

Notre lecture aujourd’hui de l’Évangile de St. Luc nous présente la même image d’un roi, le Christ crucifié, que nous présente St. Paul dans son épître aux Colossiens, mais d’une manière d’autant plus intense. Cette image d’un homme cloué à une croix entre deux larrons, soumis à une mort de condamné, de quelqu’un de tout-à-fait oubliable dans l’histoire, comme l’on vient de remarquer, ne serait-il pas loin d’être l’image la plus convaincante d’un roi ? Dans l’Évangile, ça nous prend la déclaration du « bon larron », sous le nom duquel il est souvent connu, pour nous révéler la nature royale de ce Jésus, le Christ : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».

Ces mots du bon larron à Jésus, à partir desquels Jésus lui promet le salut – « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis »- nous révèle non seulement que ce Jésus Christ est roi, mais que son royaume n’a pas son origine dans ce monde. Pourtant, par la mort et puis la résurrection de Jésus, ce royaume, qui est d’origine en dehors de ce monde, est inauguré dans ce monde-même ; ce règne de Dieu et de son Christ, Fils de Dieu et Roi de l’univers, qui sera achevé dans ce monde à la fin des temps.

Cependant, tout cela – la révélation par le bon larron de la royauté du Christ crucifié, les images bibliques de ce que pourrait être un roi, l’expérience du Peuple de Dieu dans l’histoire avec des bons et fidèles rois comme David – ne nous aide-t-il peut-être pas à reconnaître pourquoi, aujourd’hui, on célèbre Jésus sous le nom de « roi de l’univers » ? N’avons-nous pas peut-être certaines difficultés à réconcilier ce titre que nous donnons à Jésus par cette célébration avec le fait qu’un roi, pour au moins la grande majorité de nous, nous est un concept étranger ? Combien d’entre nous, en fin de compte, ont connu un roi (ou autre membre de la royauté) comme chef d’état de notre pays ?

Venant du Canada, où notre système de gouvernement est une monarchie constitutionnelle, il faut que je réponde qu’en effet le chef d’état de mon pays, au moins officiellement, est un roi ou une reine. Actuellement, la Reine Élizabeth II de l’Angleterre est le chef d’état du Canada, mais son pouvoir au Canada est exercé par un gouverneur général et des lieutenants généraux, à travers le parlement national et les assemblées de chaque province. Mais ce n’est pas tout-à fait la même chose que d’être gouverné directement par un roi ou une reine. Ici en France, effectivement, nous sommes dans une république, alors sous un président et non pas un roi comme chef d’état. La France, bien sûr, a connu une longue succession de rois. L’un d’entre eux, Louis IX, a même été canonisé ; reconnu comme saint par l’Église. Mais nous n’avons pas, pour la plupart, l’expérience d’avoir été gouverné par un roi ou une monarchie.

Alors pourquoi célébrons-nous cette fête en ce dernier dimanche du temps ordinaire dans l’Église ? Pourquoi appliquons-nous le surnom de « roi de l’univers » à Jésus quand on lui donne plusieurs titres qui sont probablement moins difficiles pour nous que d’imaginer le Christ comme roi ? Cette célébration fut intégrée dans le calendrier de notre Église en 1925 par le pape Pie XI pour répondre surtout au communisme athée, système gouvernemental et socio-économique qui renie à la fois à la souveraineté de Dieu et à la dignité humaine, puisque le communisme pourrait en faire de l’ouvrier rien de plus qu’une machine productrice de biens consommateurs.

Mais, encore une fois, quand on parle des origines de cette célébration du Christ-Roi, nous sommes loin d’être dans ce monde. Alors que le communisme n’a pas totalement disparu du monde, les régimes totalitaires sont actuellement de moins en moins. Pourquoi, alors, continuer de célébrer le Seigneur Jésus Christ comme roi de l’univers aujourd’hui ?

Une raison pour continuer à célébrer le Seigneur Jésus Christ ainsi peut se trouver dans notre rituel du baptême. Quand nous sommes baptisés, nous sommes tous appelés « prêtre, prophète et roi » au moment de notre onction avec le saint-chrême. Le prêtre ou le diacre qui nous baptise dit au nouveau-baptisé à ce point : « Toi qui fait partie de son peuple, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi ».

N’est-il pas raisonnable que, ne pas ayant eu, pour la plupart, l’expérience des rois dans notre monde actuel, nous aurions de la difficulté à imaginer le Christ comme roi ? Traditionnellement, l’image du Christ comme roi est rattachée à son sacrifice libre de lui-même sur la croix pour notre salut. Cependant, nous sommes appelés par notre baptême à être, individuellement et ensemble en Église, le corps du Christ, l’image du Christ, « prêtre, prophète et roi ». Si nous avons de la difficulté à imaginer le Christ comme roi, regardons autour de nous.

Ici, nous voyons dans notre prochain, dans cette assemblée eucharistique, l’image vraisemblable du Christ, roi de l’univers au-dessus de tout roi ; du Christ, roi dont le royaume n’est pas de ce monde mais qui s’est fait homme et qui s’est sacrifié la vie-même, non seulement pour nous sauver, mais pour que nous participions à son œuvre de salut, son règne déjà inauguré et tout-à-fait authentique dans notre monde ici et maintenant.

JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES. HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS, Basilique vaticane XXXIIIe Dimanche du Temps ordinaire, 17 novembre 2019

Les pauvres sont précieux aux yeux de Dieu parce qu’ils ne parlent pas la langue du je : ils ne se soutiennent pas par eux-mêmes, par leurs propres forces, ils ont besoin de celui qui les prend par la main. Ils nous rappellent que l’Evangile se vit ainsi, en mendiants qui implorent Dieu.

Pape Francois

JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES. HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS, Basilique vaticane XXXIIIe Dimanche du Temps ordinaire, 17 novembre 2019

Aujourd’hui, dans l’Evangile, Jésus surprend ses contemporains, et nous aussi. En effet, alors même qu’était loué le magnifique Temple de Jérusalem, il dit qu’il n’en restera pas « pierre sur pierre » (Lc 21, 6). Pourquoi ces paroles envers une institution si sacrée, qui n’était pas seulement un édifice, mais aussi un signe religieux unique, une maison pour Dieu et pour le peuple croyant ? Pourquoi prophétiser que la ferme certitude du peuple de Dieu s’écroulerait ? Pourquoi, à la fin, le Seigneur permet-il que s’écroulent des certitudes, alors que le monde en est toujours davantage privé ?

Cherchons des réponses dans les paroles de Jésus. Il nous dit aujourd’hui que presque tout passera. Presque tout, mais pas tout. En cet avant-dernier dimanche du Temps ordinaire, il explique que ce sont les avant dernières choses qui croulent, non pas les dernières : le Temple, non pas Dieu ; les royaumes et les événements de l’humanité, non pas l’homme. Les choses avant-dernières passent, qui semblent souvent définitives mais ne le sont pas. Il y a des réalités grandioses, comme nos temples, et terrifiantes, comme les tremblements de terre, des signes dans le ciel et des guerres sur la terre (cf. v. 10-11) : elles nous semblent faites pour la une des journaux ; mais le Seigneur les met en deuxième page. En première page reste ce qui ne passera jamais : le Dieu vivant, infiniment plus grand que tous les temples que nous construisons, et l’homme, notre prochain, qui vaut plus que toutes les chroniques du monde. Alors, pour nous aider à recueillir ce qui compte dans la vie, Jésus nous met en garde contre deux tentations.

La première est la tentation de la hâte, du tout de suite. Pour Jésus il ne faut pas courir derrière celui qui dit que la fin arrivera tout de suite, que « le temps est proche » (v. 8). Celui qui sème la panique et qui entretient la peur de l’autre et de l’avenir ne doit donc pas être suivi, car la peur paralyse le cœur et l’esprit. Et cependant, combien de fois nous laissons-nous séduire par la hâte de vouloir savoir tout et tout de suite, par la démangeaison de la curiosité, de la dernière information retentissante et scandaleuse, par les histoires troubles, par les hurlements du plus énervé qui crie le plus fort, ce celui qui dit “maintenant ou jamais”. Mais cette hâte, ce tout et tout de suite, ne vient pas de Dieu. Si nous nous épuisons dans le tout de suite, nous oublions ce qui demeure pour toujours : nous poursuivons les nuages qui passent et perdons de vue le ciel. Attirés par le dernier tapage, nous ne trouvons plus de temps pour Dieu et pour le frère qui vit à côté. Comme cela est vrai aujourd’hui ! Dans la frénésie de courir, de tout conquérir et tout de suite, celui qui reste en arrière gène. Et il est considéré comme un rebut : combien de personnes âgées, d’enfants à naître, de personne handicapées, de pauvres sont considérés comme inutiles. On se dépêche, sans avoir souci que les distances augmentent, que la cupidité d’un petit nombre accroit la pauvreté d’un grand nombre.

Comme antidote à la hâte, Jésus propose aujourd’hui à chacun la persévérance : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (v. 19). La persévérance, c’est aller de l’avant chaque jour avec le regard fixé sur ce qui ne passe pas : le Seigneur et le prochain. Voilà pourquoi la persévérance est le don de Dieu par lequel tous les autres dons sont conservés (cf. Saint Augustin, De dono perseverantiae, 2, 4). Demandons pour chacun de nous, et pour nous comme Eglise, de persévérer dans le bien, de ne pas perdre de vue ce qui compte.

Il y a un deuxième mensonge dont Jésus veut nous détourner, lorsqu’il dit : « Beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”. Ne marchez pas derrière eux ! » (v. 8). C’est la tentation du je. De même qu’il ne recherche pas le tout de suite mais le toujours, le chrétien n’est pas non plus un disciple du je, mais du tu. Il ne suit pas les sirènes de ses caprices, mais l’appel de l’amour, la voix de Jésus. Et comment reconnaît-on la voix de Jésus ? “Beaucoup viendront sous mon nom”, dit le Seigneur, mais il ne faut pas les suivre : l’étiquette de “chrétien” ou de “catholique” ne suffit pas pour appartenir à Jésus. Il faut parler la même langue que Jésus, celle de l’amour, la langue du tu. Celui qui parle la langue de Jésus est celui qui ne dit pas je mais qui sort de son je. Et cependant, combien de fois, même pour faire le bien, règne l’hypocrisie du je : je fais le bien mais pour être reconnu comme bon ; je donne, mais pour recevoir à mon tour ; j’aide, mais pour m’attirer l’amitié de cette personne importante. C’est ainsi que parle la langue du je. La Parole de Dieu, en revanche, pousse à une « amour sans hypocrisie » (Rm 12, 9), à donner à celui qui n’a rien à rendre (cf. Lc 14, 14), à servir sans chercher de récompense et de retour (cf. Lc 6, 35). Alors, nous pouvons nous demander : Est-ce que j’aide une personne dont je n’aurai rien à recevoir ? Moi, chrétien, est-ce que j’ai au moins un pauvre pour ami ?

Les pauvres sont précieux aux yeux de Dieu parce qu’ils ne parlent pas la langue du je : ils ne se soutiennent pas par eux-mêmes, par leurs propres forces, ils ont besoin de celui qui les prend par la main. Ils nous rappellent que l’Evangile se vit ainsi, en mendiants qui implorent Dieu. La présence des pauvres nous ramène au climat de l’Evangile, où se trouve les bienheureux et les pauvres en esprit (cf. Mt 5, 3). Alors, plutôt que d’éprouver du désagrément lorsque nous les entendons frapper à nos portes, puissions-nous accueillir leur cri comme un appel à sortir de notre je, à les accueillir avec le même regard d’amour que Dieu a pour eux. Qu’il serait beau que les pauvres occupent dans notre cœur la place qu’ils ont dans le cœur de Dieu ! En étant avec les pauvres, servant les pauvres, apprenons les goûts de Dieu, comprenons ce qui reste et ce qui passe.

Revenons ainsi aux questions du début. Parmi beaucoup de choses avant-dernières, qui passent, le Seigneur veut nous rappeler aujourd’hui celle qui est dernière, qui rester pour toujours. C’est l’amour, car « Dieu est amour » (1Jn 4, 8), et le pauvre qui demande mon amour me conduit droit à lui. Les pauvres nous facilitent l’accès au ciel : c’est pourquoi le sens de la foi du Peuple de Dieu les a vus comme les portiers du ciel. Ils sont dès maintenant notre trésor, le trésor d l’Eglise. Ils nous entrouvrent en effet la richesse qui ne vieillit jamais, celle qui relie la terre et le ciel et pour laquelle il vaut vraiment la peine de vivre : l’amour.

Homélie 32e Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris. (2 Mac 7 1-2. 9-14 ; Ps 16 ; 2 Th 2 16 – 3 5 ; Lc 20 27-38)

A quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos sœurs et frères défunts, la liturgie nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection. Les textes nous invitent à prendre conscience que la résurrection n’est pas seulement un phénomène d’après Pâques.

Jean-Daniel PLANCHOT CM

Homélie 32e Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris. (2 Mac 7 1-2. 9-14 ; Ps 16 ; 2 Th 2 16 – 3 5 ; Lc 20 27-38)

A quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos sœurs et frères défunts, la liturgie nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection. Les textes nous invitent à prendre conscience que la résurrection n’est pas seulement un phénomène d’après Pâques. Elle concerne toute l’humanité, et même ceux qui ont précédé Jésus dans le cours de l’histoire ont pu connaître ce mystère. Il est logique, puisque Jésus est venu pour accomplir, de trouver dans l’Ancien Testament des témoignages de la foi en la résurrection. Le livre des Maccabées contient un des tous premiers.
Ce témoignage prend une forme très concrète : un fils torturé et mis à mort sous les yeux de ses frères et de sa mère prétend que Dieu, qui lui a donné ses membres, les lui rendra. Cette conviction trouve son fondement dans la fidélité de Dieu. Puisque Dieu nous a donné la vie, il ne nous la reprendra pas. La première condition pour ressusciter est donc un acte de confiance dans la fidélité de Dieu.

Un autre exemple de cette confiance indéfectible en la fidélité de Dieu nous est donné par Jésus, sur la Croix : « entre tes mains je remets mon esprit ». Puisque Dieu est fidèle, lui remettre notre vie et tout ce que nous sommes, est s’assurer que personne ne nous en dépossèdera, et que la vie nous sera rendue. Mais avant d’être un couronnement ou une récompense, la résurrection est en elle-même un combat.

L’exemple grotesque de la femme qui épouse sept maris successifs au nom de la loi du lévirat montre que les Sadducéens perçoivent la résurrection comme une continuité avec la vie terrestre, et c’est pourquoi ils la refusent. Ils ont raison. Mais ils ont à faire un pas de plus et accepter la résurrection pour ce qu’elle est et non la refuser pour ce qu’elle n’est pas.

Comme l’explique Jésus faisant allusion aux anges, il y a un vrai hiatus entre la vie que nous connaissons ici-bas et celle qui sera donnée en partage. En présence de Dieu, nous serons en parfaite communion avec lui, l’expression de notre vie ne sera qu’action de grâce. Tout amour vécu ici-bas dans l’ordre de la charité demeurera et sera transfiguré.

Nous connaissons cette différence d’ordre. Mais le danger subsiste d’imaginer seulement un saut qualitatif. Or la différence radicale est annoncée dans l’évangile par l’expression « quand Jésus passa de ce monde à son Père ». Jésus passe d’un monde à un autre. Ce passage se fait par la mort, une vraie mort. Pas seulement une mort biologique, mais une mort métaphysique, si l’expression existe. C’est-à-dire que la résurrection n’est pas une simple réanimation biologique qui réduirait la mort à un sommeil douloureux et temporaire, mais elle est un passage de la mort à la vraie vie. C’est pourquoi la résurrection est la victoire contre la mort, la mort en elle-même, et non la victoire contre une mort particulière, celle d’une personne déterminée, Jésus de Nazareth. Nous le disons d’ailleurs dans le Credo : « il est ressuscité d’entre les morts », et non pas « quelqu’un de mort est ressuscité ». Ce n’est pas sa mort qui est dépassée, mais la mort qui est vaincue.

En vainquant la mort, le Christ nous extirpe de la mort. Il n’y a donc pas que la Passion et la Croix qui soient un combat, la résurrection l’est aussi. La résurrection est une partie intégrante du combat pour le salut des hommes. Jésus n’est pas seulement le ressuscité, il est aussi le ressuscitant, le principe actif de la résurrection des hommes.

Ce qui nous aide à mieux comprendre pourquoi entre la Croix et la Résurrection il y a un délai, pourquoi entre la victoire définitive de Jésus remportée au matin de la Pâques et l’avènement du Christ dans la gloire il y a un temps où nous luttons encore contre la mort, pourquoi entre notre baptême où nous sommes plongés dans la mort du Christ et notre accès à la plénitude la vie, il y a le temps où le Christ nous attire à lui, le temps où il nous enfante à la vie malgré nos résistances. Le temps où la résurrection est une lutte.

Il est donc grand temps de laisser le Christ nous enfanter à la vie filiale qui seule peut faire notre béatitude. C’est par le psaume que nous participons déjà à la louange des anges et des fils et que nous découvrons la vérité de nos âmes et le dessein de Dieu pour ses enfants. Il chante la gloire de celui qui nous appelle à la vie, tenant pour vraies et acquises les richesses à venir : « Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage. »

Écouter la Parole de ce jour

Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche.

Jean-Pierre Renouard

Écouter la Parole de ce jour

Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche. A quelques soixante kilomètres d’ici, est situé un village désormais paré deux fois de pourpre, rouge par son piment, rouge par son cardinal, Roger Etchegaray ; il fut inhumé dans le caveau familial du village basque de son enfance proche d’une autre famille célèbre, celle du Père Armand David, le lazariste découvreur du Panda et missionnaire botaniste. Ces deux hommes issus de la même terre ont foulé le même champ apostolique de la lointaine Chine pour y faire entendre le message évangélique et y parler du Christ, seul Sauveur des hommes. Ce qui est frappant chez ces êtres d’exception épris d’humilité, c’est qu’ ils sont passés par un enracinement typé fait de solidité et d’endurance, doués d’une forte nature, d’une volonté à toute épreuve et d’une foi toujours prête à se donner sans réserve ni économie, à ‘rendre compte de son espérance’.

Pourquoi les évoquer aujourd’hui ? Parce qu’ils me font écouter la Parole de ce jour avec une oreille ouverte autrement, parce qu’ils sont arrivés au comble du bonheur, j’ai envie grâce à eux, de regarder ce Père des cieux amoureux des hommes qui nous attend tous et que nous chrétiens d’ici et d’ailleurs, avons toujours à annoncer. Ce père est bon comme celui de l’évangile. Il est réticent à se séparer d’un trop jeune fils, exécutant ses désirs malgré tout, et, des temps et des temps plus tard, scrutant l’horizon pour mieux apercevoir sa silhouette chérie revenant à la maison, être saisi de compassion, courir à sa rencontre, le couvrir de baisers , le revêtir comme un prince, lui passer la bague d’alliance, organiser la fête et calmer son frère à la jalousie déplacée. Ce Père se montre aussi ‘bon berger’, à la recherche exclusive de la brebis perdue et ‘bon balayeur’ à la quête de la pièce d’argent qui roule à la dérive dans quelque coin obscur de sa maison. Dieu est un empressé, un chercheur d’hommes, un insatisfait de sa battue tant qu’il n’a pas retrouvé l’objet ou le sujet de sa tendresse. J’aime ce Dieu la, le vrai Dieu, Celui qui s’est abaissé jusqu’à l’extrême. Quel regard habituel je porte sur Lui ? Est-ce que je convertis mon regard s’il est toujours tourné vers un Dieu avide de répression et de punition ? C’est à un accueil chaleureux que j’ai à m’ouvrir car il m’attend, bras et cœur ouverts.

Certes, je suis souvent de la race des « chiens perdus sans collier » comme celui qui a traîné toute la semaine, sur la place du Berceau, au gré de nos humeurs. Nous sommes de ce « peuple corrompu », adorateur de veau d’or ou d’argent selon les traditions bibliques. Et nous mériterions châtiment mais Dieu ne varie pas et reste délibérément optimiste sur la créature que nous sommes. Inlassablement, Il nous aime ! Et il martèle par st Paul interposé : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ». Et le Christ, c’est son fils, son Bien aimé, son image parfaite, sa réplique, son double, l’expression éclatante de sa bonté toujours avide de partager l’amour et de le partager à l’homme. Est-bien ainsi que je m’approche moi-aussi de lui, cœur dilaté, toujours prêt à aimer et à répandre le bien sans frontières?

Et je reviens au Cardinal d’Espelette plus basque que romain et qui nous a confié de mille manières ce qui fit battre son cœur d’apôtre de la paix, le poussant à des milliers de kilomètres et qui fut le moteur de sa vie. Je le cite en remerciant Dieu de me l’avoir donné comme évêque à Marseille et puis, comme pèlerin du Berceau et de Buglose en 1981,  clamant sans se lasser à toutes races « l’amour du Christ nous presse » ; écoutez-le:

« -Heureux celui qui, ayant découvert cette source de l’amour, ne sait plus s’en détacher !

-Heureux celui qui, buvant à cette source de l’amour, voit la soif grandir à l’instant même où elle est comblée !

Heureux celui qui ne peut contenir son admiration et va, comme un fou errant, crier l’amour du Christ par-dessus les toits et de colline en colline ! »[1].

Amen.

[1] « J’avance comme un âne » – Roger Etchegaray Fayard 84 – L’amour du Christ nous presse p 89

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Outre notre bel octave de Buglose, sous les premiers charmes de l’automne, nous sommes comblés par ce que nous venons de vivre ces derniers jours et d’écouter en ce dimanche. A quelques soixante kilomètres d’ici, est situé un village désormais paré deux fois de pourpre, rouge par son piment, rouge par son cardinal, Roger Etchegaray ; il fut inhumé dans le caveau familial du village basque de son enfance proche d’une autre famille célèbre, celle du Père Armand David, le lazariste découvreur du Panda et missionnaire botaniste. Ces deux hommes issus de la même terre ont foulé le même champ apostolique de la lointaine Chine pour y faire entendre le message évangélique et y parler du Christ, seul Sauveur des hommes. Ce qui est frappant chez ces êtres d’exception épris d’humilité, c’est qu’ ils sont passés par un enracinement typé fait de solidité et d’endurance, doués d’une forte nature, d’une volonté à toute épreuve et d’une foi toujours prête à se donner sans réserve ni économie, à ‘rendre compte de son espérance’.

Pourquoi les évoquer aujourd’hui ? Parce qu’ils me font écouter la Parole de ce jour avec une oreille ouverte autrement, parce qu’ils sont arrivés au comble du bonheur, j’ai envie grâce à eux, de regarder ce Père des cieux amoureux des hommes qui nous attend tous et que nous chrétiens d’ici et d’ailleurs, avons toujours à annoncer. Ce père est bon comme celui de l’évangile. Il est réticent à se séparer d’un trop jeune fils, exécutant ses désirs malgré tout, et, des temps et des temps plus tard, scrutant l’horizon pour mieux apercevoir sa silhouette chérie revenant à la maison, être saisi de compassion, courir à sa rencontre, le couvrir de baisers , le revêtir comme un prince, lui passer la bague d’alliance, organiser la fête et calmer son frère à la jalousie déplacée. Ce Père se montre aussi ‘bon berger’, à la recherche exclusive de la brebis perdue et ‘bon balayeur’ à la quête de la pièce d’argent qui roule à la dérive dans quelque coin obscur de sa maison. Dieu est un empressé, un chercheur d’hommes, un insatisfait de sa battue tant qu’il n’a pas retrouvé l’objet ou le sujet de sa tendresse. J’aime ce Dieu la, le vrai Dieu, Celui qui s’est abaissé jusqu’à l’extrême. Quel regard habituel je porte sur Lui ? Est-ce que je convertis mon regard s’il est toujours tourné vers un Dieu avide de répression et de punition ? C’est à un accueil chaleureux que j’ai à m’ouvrir car il m’attend, bras et cœur ouverts.

Certes, je suis souvent de la race des « chiens perdus sans collier » comme celui qui a traîné toute la semaine, sur la place du Berceau, au gré de nos humeurs. Nous sommes de ce « peuple corrompu », adorateur de veau d’or ou d’argent selon les traditions bibliques. Et nous mériterions châtiment mais Dieu ne varie pas et reste délibérément optimiste sur la créature que nous sommes. Inlassablement, Il nous aime ! Et il martèle par st Paul interposé : « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ». Et le Christ, c’est son fils, son Bien aimé, son image parfaite, sa réplique, son double, l’expression éclatante de sa bonté toujours avide de partager l’amour et de le partager à l’homme. Est-bien ainsi que je m’approche moi-aussi de lui, cœur dilaté, toujours prêt à aimer et à répandre le bien sans frontières?

Et je reviens au Cardinal d’Espelette plus basque que romain et qui nous a confié de mille manières ce qui fit battre son cœur d’apôtre de la paix, le poussant à des milliers de kilomètres et qui fut le moteur de sa vie. Je le cite en remerciant Dieu de me l’avoir donné comme évêque à Marseille et puis, comme pèlerin du Berceau et de Buglose en 1981,  clamant sans se lasser à toutes races « l’amour du Christ nous presse » ; écoutez-le:

« -Heureux celui qui, ayant découvert cette source de l’amour, ne sait plus s’en détacher !

-Heureux celui qui, buvant à cette source de l’amour, voit la soif grandir à l’instant même où elle est comblée !

Heureux celui qui ne peut contenir son admiration et va, comme un fou errant, crier l’amour du Christ par-dessus les toits et de colline en colline ! »[1].

Amen.

[1] « J’avance comme un âne » – Roger Etchegaray Fayard 84 – L’amour du Christ nous presse p 89